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Full text of "Société de l'histoire de France"

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r 


CHRONIQUES 


DE 


J.  FROISSART 


IMPRIMERIE  DAUPELEY-GOUVERNBDR 


A  NOOBNT-LB-ROTROU. 


CimONIQUES 


DE 


J.  FROISSART 

0       ^^  DIUXIÀME   LIYÏK 

PUBLIA    POUE   LA   SOClili   Bt    L*HI8T0IRB   DB    FEIRCB 

PAR  GASTON  RAYNAUD 


TOME  DIXIÈME 
1380-1382 

(depuis   L'ATàNIMKKT   DE   CHARLES    VI   JUSQu'àU   COMUElfCEMENT 

DE   LA    CAMPAGNE   DE   FLANDEe) 


À  PARIS 

LIBRAIRIE    RENOUARD 

H.   LAURBNBy   8U0GB88EUR 
LIBRAIBB    DB    LA    SOGIÉTrf    DB    l'hISTOIRB    DB     PRAHGB 

RCT  DB  TOURRORy  R«  6 

M  DGOG  xcyn 

282 


THE  NEW  YORK 

PUBLIC  LIBCARY 

ASTOR,  LEHOX  ANO 
TILO&N  fOUNOATlONS. 

t8d8. 


EXTRAIT  DU  RÈGLEMEIfr. 

AmT.  44.  —  Le  Conseil  désigne  les  ouTrages  à  publier,  et 
choisit  les  personnes  les  plus  capables  d'en  préparer  et  d'en 
saivre  la  publication. 

n  nomme,  pour  chaque  ouvrage  à  publier,  un  Commissaire 
responsable,  chargé  d'en  surveiller  Texécution. 

Le  nom  de  l'éditeur  sera  placé  en  tète  de  chaque  volume. 

Aucun  volume  ne  pourra  paraître  sous  le  nom  de  la  Société 
sans  l'autorisation  du  Conseil,  et  s'il  n'est  accompagné  d'une 
déclaration  du  Commissaire  responsable,  portant  que  le  travail 
lai  a  paru  mériter  d'être  publié. 


Le  CamnUsiaire  responsable  soussigi^  déclare  que  le  tome  X 
de  PédUion  des  Ghrohiqubs  de  J.  Feoissaki,  préparé  par 
M.  Gaston  Rathaud,  lui  a  paru  digne  d'être  publié  par  la 
Soaiii  DB  l'Histouub  db  Fraucb. 


FttU  à  Paris,  le  4«'  août  4896. 


Signé  :  L.  DBUSLE. 


Certifié  : 

Le  Secrétaire  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France, 

A.   DB  BOI8U8LE. 


SOMMAIRE. 


CHAPITRE  XI. 

1380,  septembre.  sNTEis  en  bbetagne  dk  L'AimiE  du  comte  de 
BUCEiNGHAïf .  —  4  novembre,  couaonnement  du  boi  ghables  yi 
A  BEDts.  —  Du  commencement  de  novembre  au  2  janvier  1381. 

SIÈGE  DE  NANTES  PAB  LES  ANGIAIS.  mVEBNAGE   DES   ANGLAIS  EN 

BBETAGNE.  —  15  janvier  et  4  avril,  tbait^  de  paix  entbe  le 

BOI  DE  FBANCE  ET  LE  DUC  DE  BBETAGNE.  11  UVril.   LES  ANGLAIS 

EVACUENT  LA  BBETAGNE;  BUCEINGHAM  BENTBE  EN  ANGLETEBBE 

(SS  169  à  192). 

La  nouvelle  de  la  mort  du  roi  Charles  Y  arrive  à  Buckin- 
gham  au  moment  où,  après  avoir  traversé  la  Sarthe  à  Noyen, 
il  fait  reposer  ses  gens  à  Poillé^  ;  elle  parvient  en  même  temps 
au  Mans',  au  quartier  général  de  l'armée  française,  dont  les 
chefs  se  dispersent  pour  courir  aux  informations.  Les  Anglais 
poursuivent  leur  route  par  Saint -Pierre- sur -Erve'  et  par 
Argentré^,  passent  la  Mayenne  au  milieu  de  marécages  dan- 
gereux et  s'arrêtent  à  Ck)ssé',  pour  attendre  les  instructions 
du  duc  de  Bretagne*. 

1.  Sarthe,  arr.  de  la  Flèche. 

2.  Le  duc  de  Bourgogne  commandait  l'armée  royale  an  Mans  ;  ce  ne  fat 
qae  le  13  octobre  1380  que  les  troupes  furent  licenciées  par  le  duc  d'An- 
jou, régent,  qui  retint  seulement  les  hommes  d'armes  de  Clisson,  de  Jean 
de  Beuil  et  de  Pierre  de  la  Rocherousse  (Bihl,  not.,  Clair,  vol.  23, 
n-  1665). 

3.  Mayenne,  arr.  de  Laval. 

4.  Mayenne,  arr.  de  Laval. 

5.  Go88é-le- Vivien,  Mayenne,  arr.  de  ChAteau-Gontier.  C'est  à  tort  que 
Kerryn  a  identifié  cette  ville  avec  Changé  (arr.  de  Laval). 

6.  Dès  le  mois  de  septembre,  on  préparait  en  Angleterre  l'envoi  de  ren- 

X  —  a 


II  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Le  duCy  qui  se  trouve  à  Hennebont,  mécontent  de  Thosti- 
lité  continue  de  ses  villes  et  particulièrement  de  Nantes,  à 
rapproche  des  Anglais,  députe  vers  Buckingham  ses  conseil- 
lers habituels  :  Bertrand  de  Montbouchier,  Etienne  Guyon, 
Guillaume  Tannegui,  Eustache  de  la  Houssaie,  Geoffroi  de 
Kerimel  et  Télu  de  Léon  %  pour  lui  demander  de  venir  à 
Rennes  conférer  ensemble. 

Cette  ambassade  rejoint  à  Châteaubourg  '  Tarmée  anglaise, 
qui  de  Ck)ssé,  à  travers  la  forêt  de  la  Gravelle',  avait  gagné 
Vitré ^,  puis  Châteaubourg,  sûre  désormais  de  ne  plus  être 
poursuivie  par  les  Français.  P.  1  à  3,  297,  298. 

Après  de  longs  pourparlers  au  cours  desquels  Buckingham 
se  plaint  de  ne  pas  être  accueilli  en  Bretagne  comme  il  s'y 
attendait  d'après  les  conventions  passées,  rendez-vous  est  pris 
pour  Rennes,  où  les  Anglais  arrivent  au  bout  de  quelques 
jours.  Mais  ils  n*y  peuvent  entrer  et  les  portes  de  la  ville  ne 
s'entr* ouvrent  que  pour  loger  le  comte  et  quelques  barons  avec 
lui.  Ils  attendent  ainsi  plus  de  quinze  jours  la  venue  du  duc  de 
Bretagne,  qui  multiplie  ses  excuses  plus  ou  moins  sincères. 

Les  Nantais  profitent  de  ce  répit  pour  obtenir' des  quatre 
oncles  du  roi,  ayant  alors  le  gouvernement  du  royaume,  six 
cents  lances  de  renfort,  qui  les  mettent  en  état  de  soutenir  un 
siège».  P.  4à6,  298,  299. 


forts  à  Tarmée  de  Buckingham,  et  Thomas  Gredy  était  chargé  d'arrêter 
des  navires  pour  le  passage  des  troupes  en  Bretagne  (Aec.  0^.,  Queen's 
Rem.,  Mise.,  Navy  610/11). 

1.  La  chronologie  des  évêques  de  Saint-Pol-de-Léon  est  assez  indécise 
à  cette  date,  d'autant  que  les  archives  du  Finistère,  comme  a  bien  voulu 
nous  le  dire  notre  confrère,  M.  J.  Lemoine,  ne  renferment  aucun  acte  ni 
aucune  mention  d'évéque  de  ce  diocèse  entre  1364  et  1390.  A  en  croire 
Fr.-Alb.  Le  Grand  {Vie,  gestes,  mort  et  miracles  des  saincts  de  la  Bre- 
taigne,..,  1637,  p.  484),  il  s'agirait  ici  de  Pierre  Ouvroin,  élu  évéque  en 
1370  et  mort  en  1385,  prélat  qui  «  n'estoit  pas  encore  sacré  en  1380.  » 
Malheureusement,  pour  cette  partie  de  sa  notice,  l'auteur  ne  parait  pas 
avoir  eu  d'autre  source  que  le  texte  même  de  Froissart,  dans  lequel  il 
identifie  «  l'esleu  de  Lion  »  avec  Pierre  Ouvroin  ;  et,  quelque  vraisem- 
blable que  soit  son  hypothèse,  il  ne  saurait  être  cru  sans  preuves. 

2.  Ille-et- Vilaine,  arr.  de  Vitré. 

3.  Mayenne,  arr.  de  Laval. 

4.  Ille-et^Vilaine,  ch.-l.  d'arr. 

5.  Ce  fut  seulement  après  le  sacre  du  roi  que  les  ducs,  apprenant  la 
marche  de  7,000  Anglais  sur  Nantes,  «  ordonnèrent  que  Chastelmorand 
«  et  le  Barrois,  qui  avoient  quatre  cens  hommes  d'armes  en  la  frontière 


SOMMAm  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §|  169-192.  ni 

Las  d'attendre,  le  comte  de  Backingham  envoie  vers  le  duc 
de  Bretagne  comme  messagers  :  Robert  Knolles,  Thomas  de 
Persi  et  Thomas  Trivet,  accompagnés  de  cinq  cents  lances, 
tandis  que  lui-même,  avec  le  restant  de  ses  hommes,  s'ache- 
mine vers  Gombourg^  par  Saint-Sulpice^.  Le  duc,  qui  s'était 
décidé  à  quitter  Vannes,  où  il  était  allé  en  partant  de  Henne- 
bont,  rencontre  les  trois  chevaliers  et  se  dirige  avec  eux  sur 
Rennes.  Entrevue  à  Hédé'  du  duc  et  de  Buckingham;  dîner  à 
la  Mézière^;  longues  conférences  à  Rennes  entre  le  duc  et  les 
envoyés  du  cœnte.  P.  6  à  8,  290,  300. 

Finalement  le  duc  de  Bretagne  s'engage  à  venir  mettre  le 
siège  devant  Nantes,  quinze  jours  au  plus  tard  après  l'arrivée 
des  forces  anglaises  sous  les  murs  de  cette  ville,  et  à  fournir 
les  barques  nécessaires.  Le  comte  revient  de  Hédé  prendre 
acte  de  cette  convention  à  Rennes,  et  le  duc  retourne  à  Hen- 
nebont,  tandis  que  les  Anglais  mettent  quinze  jours  encore  à 
faire  leurs  préparatifs'. 

De  leur  c6té,  les  Nantais,  ayant  à  leur  tète  Jean  le  Barrois 
des  Barres*,   Jean  de  Châteaumorand ^,   le   sire  de  Tour- 

t  de  Pooeneé,  près  d'Angers,  menassent  leurs  gens  dedans  Nantes  et  qu'ils 
c  se  hastassent  avant  que  les  Anglois  y  parvenissent  et  qu'ils  chevau- 
«  chassent  jour  et  nuit.  Ainsi  le  firent,  et  furent  à  Nantes  premiers  que 
«  les  Anglois  quelques  trois  heures  »  {Chronique  du  bon  duc  Loyt 
p.  120).  Us  eurent  facilement  accès  à  la  Tour  neuve,  commandée  par 
Giûliaume  Leet,  mais  n'obtinrent  que  par  force  les  clefs  de  la  ville,  gar- 
dées par  un  chanoine,  ami  des  Anglais,  comme  beaucoup  des  habitants. 
Us  tarent  bientôt  renforcés  par  Pierre  de  Beuil  et  200  hommes  d'armes 
(/Md.,  p.  123). 

1.  lUe-et-Vilaine,  arr.  de  Saint-Halo. 

2.  Saint-Sulpice-la-Forét,  Ule-et- Vilaine,  arr.  de  Rennes. 

3.  lUe-et-Vilaine,  arr.  de  Rennes. 

4.  lUe-et-Yilaine,  arr.  de  Rennes. 

5.  Les  désertions  commençaient  à  décimer  l'armée  anglaise,  et  un  man- 
dement, daté  de  Northampton  le  10  novembre  1380,  ordonne  l'arrestation 
d'hoomies  d'armes  revenus  de  France  et  de  Bretagne  avant  l'expiration 
de  leur  service  {fiée,  Off,,  Close  Rolls  227,  m.  27  v). 

6.  Jean  des  Barres,  dit  le  Barrois,  que  nous  avons  déjà  vu  à  Troyes  en 
1380  dans  l'armée  du  duc  de  Bourgogne  (t.  IX,  p.  cvii,  note  3),  appartenait 
à  la  maison  du  duc  de  Bourbon.  Avant  cette  date,  il  avait,  en  1375,  assisté 
à  la  chevauchée  d'Auvergne;  nous  le  retrouvons  ici,  aux  côtés  de  son 
cousin  germain  Jean  de  Chàteaumorand,  à  Nantes  et  à  Vannes.  La  Chro- 
nique  du  bon  duc  Loys  nous  le  montre  successivement  à  la  bataille  de 
Bosebecque  (1382),  à  l'Écluse  (1386),  puis  en  Espagne,  en  Bordelais,  en 
Bretagne  (1387),  enfin  en  Barbarie  (1390)  et  à  Gènes  auprès  de  Boucicaut. 

7.  Jean  de  ChAteaumorand,  l'inspirateur,  peut-être  le  véritable  auteur 


tv  GHRONIQUKS  DE  J.  FR0IS8ABT. 

nemine^  et  autres,  s'apprêtent  à  la  défense.  P.  8,  9,  300. 
Pendant  ce  temps,  à  Reims,  le  dimanche  4  novembre  1380, 
a  lieu  le  couronnement  du  jeune  roi  Charles,  entouré  de  ses 
quatre  oncles,  les  ducs  d'Anjou,  de  Berry,  de  Bourgogne  et  de 
Bourbon^,  des  ducs  de  Brabant,  de  Bar,  de  Lorraine,  etc.  Le 
comte  de  Flandre'  et  le  comte  de  Blois  s'étaient  excusés.  La 
veille,  le  samedi,  le  jeune  roi  avait  fait  son  entrée  solennelle, 
au  milieu  d'un  concours  immense  de  seigneurs  et  de  jeunes 
écuyers,  comme  ses  cousins  de  Navarre,  d'Aibret,  de  Bar  et 
d'Harcourt,  qu'il  devait  le  lendemain  armer  chevaliers  ;  il  avait 
veillé  une  grande  partie  de  la  nuit  dans  l'église  Notre-Dame. 
Le  dimanche,  le  roi  est  sacré  par  l'archevêque  de  Reims,  en 
présence  de  tous  les  seigneurs  et  d'Olivier  de  Glisson,  le  non- 

de  la  Chroniqw  de  Cabaret  d'Orville,  était  en  1370  écayer  de  la  mai- 
son du  doc  de  Bourbon,  dont  il  portait  a  continuellement  »  le  pennon. 
Après  avoir  &it,  en  1375,  la  chevauchée  d'Auvergne  et  accompagné  B.  du 
Guesclin  à  son  passage  en  Bourbonnais,  en  1380,  nous  le  retrouvons  à 
Nantes  et  à  Vannes.  11  prend  dès  lors  part  à  toutes  les  expéditions  où 
figure  le  duc  de  Bourbon,  qui  l'envoie  souvent  en  ambassade,  et  la  ChrO" 
nique  du  ban  duc  Loys  s'étend  longuement  sur  ses  exploits.  Elle  ne  men- 
tionne cependant  pas  son  r61e  en  Orient  (voy.  Delaville  Le  Roulx,  la 
France  en  Orient^  p.  302,  360,  etc.).  Jean  de  Ghâteaumorand,  qui  fut 
sans  doute  fait  chevalier  à  l'occasion  du  couronnement  de  Charles  VI 
(Chazaud,  Chr.  du  bon  duc  Loy$,  p.  xiii-xiv),  figure,  en  1385,  comme 
chambellan  du  duc  de  Bourbon,  et,  en  1388,  comme  chambellan  du  roi;  en 
1389,  il  est  au  service  du  duc  de  Touraine  (Bibl.  nal.,  Pièces  erig.  vol.  699). 

1.  Un  Jean  de  Toumemine,  écujer  de  Charles  d'Orléans,  est,  en  1410, 
au  service  du  roi  sous  les  ordres  de  Richement  (Bihl,  nai..  Pièces  oHg, 
vol.  2867). 

2.  Ne  pouvant  s'entendre  sur  l'interprétation  de  l'ordonnance  de 
Charles  V  (août  1374}  qui  avait  fixé  la  succession  royale,  les  quatre 
oncles  du  roi  convoquèrent  au  Parlement,  le  2  octobre  1380,  un  conseil 
où  figurèrent,  à  leur  cdté,  la  reine  Blanche,  la  duchesse  d'Orléans,  les 
comtes  d'Eu,  d'Artois,  de  Tancarville,  d'Harcourt,  de  Sancerre,  de  Brene, 
Charles  de  Navarre,  les  archevêques  de  Rouen,  de  Reims  et  de  Sens,  les 
évéques  de  Laon,  Beauvais,  Agen,  Paris,  Langres,  Bayeux,  Thérouanne, 
Évreux,  Meaux  et  Chartres,  et  autres  prélats  et  barons  (Arch.  nai,, 
Xiâ  1471,  fol.  382  v).  Ce  conseil  décida,  après  avoir  donné  le  titre  de 
régent  au  duc  d'Anjou  et  confié  la  garde  du  roi  aux  ducs  de  Bourgogne  et 
de  Bourbon,  de  couronner  au  plus  tôt  le  jeune  Charles  VI  {Religieux  de 
Saint'DeniSf  t.  I,  p.  16).  Une  violente  dispute  eut  lieu  entre  le  duc  d'An- 
jou et  le  duc  de  Bourgogne,  le  jour  même  du  couronnement,  à  propos  de 
la  préséance  (ibid,,  p.  30  et  32). 

3.  Le  comte  de  Flandre  était  occupé  par  le  siège  de  Gand,  qu'il  voulut 
quitter,  dit  la  Chronique  des  Quatre  Valois  (p.  290),  pour  aller  assister 
au  sacre  du  roi,  a  mais  les  Flamens  ne  vouldrent  souffrir  qu'il  laissast 
«  leur  host  durant  ledit  siège  devant  Gant  d. 


SOMMAIRB  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §§  469-192.  y 

▼ean  connétable^.  Pour  célébrer  son  avènement ,  il  ordonne 
que  toutes  impositions,  aides,  gabelles,  fonages,  subsides  et 
antres  impôts  grevant  le  peuple  seront  i^lis*. 

Après  la  messe,  le  roi  dtne  au  palais,  sous  une  tente,  avec 
ses  oncles  et  les  prélats;  il  est  servi  par  des  hauts  barons 
montés  sur  des  destriers  caparaçonnés  d'or  :  les  sires  de  Gouci, 
de  Clisson,  Gui  de  la  Trémoîlle,  l'amiral  de  France',  et  autres. 

Le  lundi,  le  roi  se  rend  pour  dtner  à  Tabbaye  de  Saint- 
Thierri'*,  près  de  Reims;  il  retourne  ensuite  à  Paris  où  il  est 
bien  accueilli  par  les  habitants*. 

Après  ces  fêtes,  les  oncles  du  roi  se  partagent  le  gouverne- 
ment :  le  duc  de  Berri  a  le  Languedoc;  le  duc  de  Bourgogne 
la  Picardie  et  la  Normandie;  le  duc  d'Anjou  reste  auprès  de 
son  neveu,  pour  diriger  en  son  nom  le  royaume*.  Sur  la 

1.  Olivier  de  Clisson  ne  fut  officiellement  nommé  connétable  de  France 
que  par  lettres  patentes  du  28  novembre  1380  (Dom  Lobineau,  Preuvei 
de  l'hist.  de  Bretagnêy  t.  II,  p.  610]  ;  mais  il  avait  prêté  serment  au  roi 
dès  le  21  octobre  {BUd.  nat.^  Brienne  vol.  259,  p.  27),  •  en  especial  contre 
•  le  roy  d'Angleterre  ».  Nous  trouvons,  à  la  date  du  8  novembre,  une 
quittance  donnée  au  service  du  connétable  de  France  {Bild.  nat.f  Clatr, 
vol.  36,  n-  2725). 

2.  Le  roi  promit  à  Reims  de  supprimer  les  aides,  mais  il  ne  tint  cette 
promesse  qu'à  son  retour  à  Paris,  sous  la  menace  d'une  émeute  (ReU* 
gieux  de  Sain^Denis,  t.  I,  p.  44;  Grandes  Chraniquet,  t.  VI,  p.  472; 
Ordonn.^  t.  VI,  p.  527)  :  «  Le  juedi  après  la  Saint  Martin  d'hiver  n 
(15  novembre),  «  le  roi  nostre  sire  abati  les  aydes  ayans  cours  en  son 
«  royaume,  par  le  conseil  de  nos  seigneurs  de  son  sang  »  {Arck,  nat, 
XI»  1471,  foL  443;  voy.  aussi  Petit  Thalamus,  p.  401,  la  Chr.  des  Quatre 
Valois,  p.  291).  Cette  suppression  des  aides  fut  suivie  à  Paris  {Areh.  nat., 
a  147,  fol.  108)  et  au  dehors  (/ftid.,  JJ  148,  fol.  55)  d'excès  de  tous  genres 
contre  les  Juifs,  qui  venaient,  en  octobre,  d'obtenir  du  roi  la  confirma- 
tion des  lettres  que  Charles  V  avait  données  en  leur  faveur  {Arch.  nat,, 
JJ  118,  fol.  11  et  22).  Ces  excès  n'avaient  pas  encore  pris  fin  en  décembre 
1380,  pulsqu'à  la  date  du  19  de  ce  mois  on  voit  un  Jean  Beaudouin  arrê- 
tant un  Juif  «  pour  avoir  de  lui  une  ou  deux  pintes  de  vin,  ainsi  que 
«  compagnons  ont  acoustumé  de  demander  aux  Juifs,  quant  ils  sont 
«  trouvez  sanz  rouelle  ou  sauf  conduit  »  (iirc^.  nat.,  JJ  118,  fol.  93  v*). 
Une  nouvelle  émeute  contre  les  Juifs  avait  lieu  à  Paris  en  janvier  1381 
(iM.,  fol.  139). 

3.  M.  Terrier  de  Loray  [Jean  de  Vienne,  p.  158,  note  2)  cite  une  quit- 
tance donnée  par  l'amiral,  A  la  date  du  4  novembre,  «  estant  à  la  poursuite 
des  Anglais  »,  ce  qui  rend  sa  présence  au  sacre  de  Reims  assez  douteuse. 

4.  Marne,  arr.  de  Reims. 

5.  C'est  le  dimanche  1 1  novembre  que  le  roi  rentra  à  Paris  «  à  grant 
c  solempnité...  et  fu  la  ville  encourtin^,  et  furent  joustes  laites  au  palais, 
ff  le  lundi  et  le  mardi,  des  chevaliers  et  escuiers  qui  y  estoient  m  {Grandes 
Chroniques,  t  VI,  p.  472). 

6.  A  la  date  du  19  novembre  1380,  le  duc  de  Berri  est  nommé  lieute- 


Yi  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  . 

demande  des  ducs  de  Brabant  et  d'Anjou,  le  comte  de  Saint- 
Pol  peut  rentrer  en  France  ^  où  il  s'établit  dans  son  château 
de  Bohain'.  P.  9  à  13,  300,  301'. 

Le  duc  de  Bretagne,  comme  nous  Tavons  dit,  avait  quitté 
Rennes  et  se  dirigeait,  avec  les  seigneurs  de  Montbouchier, 
de  Montraulieu  et  tous  ses  conseillers,  vers  Hennebont  et 
Vannes.  Le  comte  de  Buckingham,  passant  par  Ghàtillon^, 
Bain'  et  Nozay*,  arrive  en  quatre  jours  aux  faubourgs  de 
Nantes  où  il  se  loge  à  la  porte  Sauvetout;  Guillaume  de  Lati- 
mer,  connétable  de  l'armée,  Gautier  Fitz-Walter  et  Raoul  Bas- 
set se  logent  à  la  porte  Saint-Pierre;  Robert  KnoUes  et  Tho- 
mas de  Persi  à  la  porte  Saint-Nicolas;  Guillaume  de  Windsor 
et  Hugues  de  Calverley  à  la  poterne  de  Richebourg. 

Ils  sont  aussitôt  inquiétés  par  les  défenseurs  de  la  ville,  Jean 
le  Barrois  des  Barres  en  tète  ^,  qui,  la  veille  de  la  Saint-Martin 
(10  novembre),  les  surprennent  à  la  porte  Saint-Pierre.  P.  13 
à  15,  301,  302. 

Le  surlendemain  (12  novembre),  nouvelle  escarmouche  du 
côté  de  la  Loire,  que  soutiennent  Jean  de  Harleston,  Guillaume 
de  Windsor  et  Robert  Knolles.  P.  15,  16,  302. 

nant  général  du  roi  en  Guyenne,  Toulousain,  Languedoc,  Berri,  Poitou 
et  Auvergne,  avec  faculté  de  disposer  dans  ces  pays  des  finances  du  roi 
{Bibi.  nat.y  Brienne  vol.  259,  fol.  219-222  v).  Le  duc  d'Anjou,  qui  s'éUit 
déjà  fait  attribuer  la  majeure  partie  du  trésor  royal,  reçoit  en  don  (25  dé- 
cembre 1380)  les  restes  des  forfaitures  des  Navarrais  {Arck.  nat.t  JJ  t21, 
fol.  120).  L'accord  définitif  pour  le  gouvernement  du  royaume  eut  lieu  le 
28  janvier  1381  :  un  conseil  de  régence  de  douze  personnes  était  nommé; 
la  garde  du  roi  et  de  M'  de  Valois  était  confiée  aux  ducs  de  Bourgogne 
et  de  Bourbon  ;  le  duc  d'Anjou  avait  la  présidence  du  conseil  (BibL  «a<., 
ms.  fr.  6537,  fol.  45,  orig.). 

1.  Le  comte  de  Sain^Pol  vint  à  Paris  demander  grâce  au  roi,  et,  son- 
tenu  par  de  puissants  amis,  entre  autres  le  sire  de  CJouci,  obtint  la  res- 
titution de  ses  biens  (Chronographia  regum  firancorum,  p.  p.  H.  Moran- 
villé,  t.  m,  p.  2).  Il  ne  put,  malgré  ses  efforts,  arriver  à  perdre  Bureau 
de  la  Rivière,  auquel  il  reprochait  sa  disgrâce  {Religieux  de  SaifU^DeiUs^ 
t.  I,  p.  36  et  38). 

2.  Aisne,  arr.  de  Saint-Quentin. 

3.  Ici  se  placent,  dans  l'édition  de  Johnes,  deux  chapitres  nouveaux, 
dont  nous  reparlerons  à  propos  des  H  210  et  216. 

4.  GhAtillon-sur*Seiche,  lUe-et- Vilaine,  arr.  de  Rennes. 

5.  Ille-et- Vilaine,  arr.  de  Redon. 

6.  Loire-Inférieure,  arr.  de  ChAteaubriant. 

7.  Aux  défenseurs  de  la  ville  était  venu  se  joindre,  avec  ses  hommes 
d'armes,  Pierre  de  Beuil,  dont  le  père,  Jean  de  Beuil,  était  engagé,  le 
12  décembre  1380,  par  le  connétable  de  Clisson  pour  la  guerre  de  Bre- 
tagne (Bibl.  fia/.,  Ciair.  vol.  23,  n«  1665). 


SOmiAIRB  DU  DBUXI&lfE  LIYBE,  §§  169-192.  vii 

Le  18  novembre^  les  Français  font  une  sortie  par  la  porte 
Sanvetout;  mais  les  Anglais ,  gardés  par  les  troupes  alie- 
mandesy  se  défendent  bien  :  ils  n'en  perdent  pas  moins  un  de 
leurs  chefs,  Thomas  de  Rhodes,  et  se  laissent  faire  six  prison- 
niers. P.  16,  17,  302. 

Le  siège  dure  toujours,  et  le  comte  de  Buckingham  reste 
sans  nouvelles  du  duc  de  Bretagne,  malgré  les  messagers  qu'on 
lui  envoie  et  que  guettent  sur  les  chemins  les  gens  du  pays. 
Le  duc,  en  effet,  ne  peut  décider  ses  hommes  à  venir  avec  lui 
assiéger  Nantes  :  ils  refusent  de  faire  guerre  et  dommage  sur 
la  terre  de  Bretagne,  pour  le  service  des  Anglais,  alors  que  la 
cour  de  France,  qu'on  voulait  effrayer  tout  d'abord,  semble 
disposée  à  respecter  leurs  anciennes  coutumes. 

D'autre  part,  les  hauts  barons,  les  seigneurs  de  Glisson,  de 
Dinan,  de  Laval,  de  Rochefort,  le  vicomte  de  Rohan,  menacent 
le  duc  de  lui  faire  eux-mêmes  la  guerre,  s'il  vient  assiéger 
Nantes;  ils  lui  conseillent,  au  contraire,  de  se  soumettre  au 
jeune  roi  de  France,  qu'il  ne  peut  haïr  comme  son  père*. 
P.  17  à  19,  302,  303. 

Sous  les  murs  de  Nantes  les  escarmouches  continuent;  le 
soir  de  la  Notre-Dame  des  Avents  (8  décembre),  dans  une  sor- 
tie contre  Guillaume  de  Gosyngton'  et  les  hommes  de  guet,  le 
seigneur  d'Amboise'  est  fait  chevalier  par  Amauri  de  Glisson'*, 
cousin-germain  du  connétable.  P.  19,  20,  303. 

Le  jeudi  d'avant  la  Noël  (20  décembre)',  les  Anglais  sont 


1.  D'après  le  Religieux  de  Saint-Denis  (t.  I,  p.  58  et  60),  c'est  surtout 
à  rinterrention  du  sire  de  Beaumanoir  qu'est  due  la  reprise  des  négocia- 
tions, commencées  du  vivant  même  de  Charles  V  (Grandes  CfironiqueSy 
t.  VI,  p.  473). 

2.  Ce  Cosyngian,  qui  ne  peut  être  le  Guillaume  figurant  en  1313  dans 
Rymer  (t.  III,  p.  406),  doit  être  identifié  avec  Etienne  de  Gosyngton, 
bien  connu  déjà,  qui,  d'après  la  Chronique  du  ban  duc  Loys  de  Bour- 
bon (p.  124),  fut  fait  prisonnier  dans  cette  sortie. 

3.  Pierre  II,  seigneur  d'Amboise,  vicomte  de  Thouars  en  1397,  mort 
en  1422. 

4.  Amauri  de  Clisson,  qui  prend  part  plus  tard  à  l'expédition  de 
Gneldre,  figure  comme  chevalier  bachelier,  avec  deux  autres  chevaliers 
et  six  écuyers,  dans  une  revue  reçue  à  Corenzich  le  1*'  octobre  1388.  Une 
quittance  à  son  nom,  de  129  francs,  porto  la  date  du  27  septembre  de  la 
même  année  [Bibl,  nat,  Pièces  oriç.  vol.  789). 

5.  A  la  date  du  18  décembre  1380,  le  roi-  Richard  appointe  John  Ore- 
well  pour  arrêter  vingt  vaisseaux  destinés  à  aller  porter  secours  par  la 


VIII  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART. 

encore  attaqués  par  le  Barrois  des  Barres  et  le  seigneur  de  Cho- 
let^  ;  ils  perdent  un  de  leurs  chevaliers,  Hugues  TyreP,  mais, 
malgré  leur  désir,  ils  n'osent  dégarnir  leurs  postes  pour 
envoyer,  sous  bonne  escorte,  de  nouveaux  messagers  rappeler 
au  duc  ses  engagements.  P.  20  à  22,  303,  304. 

La  veille  de  Noël  (24  décembre),  grande  escarmouche,  où 
se  distinguent  du  côté  anglais  Yves  Fitz-Warin  et  Guillaume 
Drayton^;  le  chevalier  français,  Tristan  de  la  Jaille,  est  fait 
prisonnier  par  un  écuyer  de  Hainaut,  Thierri  de  Sommaing^. 
P.  22,  23,  304. 

Pendant  les  fêtes  de  Noël,  les  hostilités  cessent.  P.  23,  24, 
304. 

Depuis  plus  de  deux  mois,  les  Anglais  sont  sous  les  murs  de 
Nantes.  Le  comte  de  Buckingham  décide  alors  de  lever  le  siège 
et  d'aller  avec  toutes  ses  troupes  trouver  le  duc  à  Vannes. 
L'armée  anglaise  part  donc  le  2  janvier',  passe  par  Nort*, 
Moisdon^,  Teillais®,  Bain,  traverse  la  Vilaine  et  arrive  à 
Lohéac^  un  samedi  (12  janvier);  de  là  par  Guer^^,  Mauron^*, 


Loire  à  l'armée  de  Buckingham  {Ree,  Off.,  Lord  Treat.  Rem,,  For.  RoUs 
n-2). 

1.  Yves  de  Cholet  mourait  en  1390  sous  les  murs  de  Garthage  pendant 
l'expédition  de  Barbarie  {Religieux  de  SoM-Deniêy  t  I,  p.  668). 

2.  Rymer  cite  au  moins  deux  Anglais  de  ce  nom.  Il  faut  sans  doute 
identifier  celui  dont  il  s'agit  ici  avec  Hugh  Tyrrel,  capitaine,  en  1374, 
du  château  d'Auray  en  Bretagne  et  garde  du  chÂteau  de  Carisbrooke  dans 
l'Ue  de  Wight  en  1377  (Rymer,  t.  VII,  p.  51  et  147). 

3.  Nous  retrouvons  ce  personnage  en  Flandre  en  1385  au  service  du  roi 
d'Angleterre  (Rymer,  t.  VII,  p.  488). 

4.  Les  Nantais  surprirent  l'ennemi  et  détruisirent  la  mine  qu'il  &isait 
depuis  plusieurs  jours.  Tristan  de  la  Jaille,  prisonnier,  fut  sans  doute 
échangé,  car  il  figure  plus  loin  aux  joutes  de  Vannes.  Au  dire  de  la 
Chronique  du  bon  duc  Loy$,  Thierri  de  Sommaing  fut  tué  dans  cette 
escarmouche  (p.  125). 

5.  Malgré  les  pillages  nombreux  auxquels  ils  se  livraient  [Religieux  de 
Saint'DeniSy  t.  I,  p.  62),  les  Anglais  avaient  grand'peine  à  se  ravitailler; 
aussi  la  disette  de  vivres,  jointe  à  «  une  maladie  de  cours  de  ventre  qui 
«  fort  les  acoura  »  (CAr.  du  bon  duc  Loys  de  Bourbon,  p.  12*7),  fut  la 
véritable  cause  de  la  levée  du  siège  de  Nantes. 

6.  Loire-Inférieure,  arr.  de  Ghâteaubriant. 

7.  Loire-Inférieure,  arr.  de  Chàteaubriant 

8.  lUe-et- Vilaine,  arr.  de  Redon. 

9.  Ille-et- Vilaine,  arr.  de  Redon. 

10.  Morbihan,  arr.  de  Ploërmel. 

11.  Morbihan,  arr.  de  Plofirmel. 


SOmiAIRE  DU  DKUXIAmE  LIVBE,  §S  169-492.  ix 

la  Trinité^,  elle  vient  traverser  l'Oust  à  Brehan',  et  campe  sur 
la  rive  droite  de  la  rivière. 

Effrayés  de  rapproche  des  Anglais,  les  habitants  de  Vannes 
demandent  conseil  au  duc  de  Bretagne  qui  les  rassure  et  les 
engage  à  ouvrir  leurs  portes  au  comte^  sous  la  condition  qu'il 
ne  logera  que  quinze  jours  dans  leur  ville.  Lui-même,  le  len- 
demain, il  sort  de  Vannes  au-devant  de  Buckingham  qui,  après 
un  arrêt  à  Brehan,  avait,  la  nuit  précédente,  couché  à  Saint- 
Jean'. 

Le  duc  s'excuse  auprès  du  comte  de  son  manque  de  parole  : 
il  invoque  les  résistances  qu'il  a  rencontrées  chez  ses  vassaux 
et  les  menaces  des  seigneurs  de  Clisson,  de  Laval  et  autres 
hauts  barons.  La  saison,  du  reste,  est  avancée;  mieux  vaut 
attendre  l'été  pour  recommencer  la  campagne.  Le  comte,  bien 
accueilli  par  les  habitants  de  Vannes,  jure  de  n'y  séjourner 
que  quinze  jours  et  est  logé  au  château  de  la  Motte*,  tandis 
que  le  duc  s'en  va  à  son  chAteau  de  Sucinio',  d'où  il  échange 
des  visites  avec  le  comte. 

Les  lieutenants  de  Buckingham  devaient,  d'après  les  con- 
ventions, être  logés  avec  leurs  hommes  à  Hennebont*,  à  Quim- 
per-Gorentin^  et  à  Quimperlé^;  mais  ils  ne  peuvent  réussir  à 
se  faire  ouvrir  les  portes  de  ces  villes  et  sont  forcés  de  se  can- 
tonner dans  les  faubourgs,  où  ils  souffrent  du  froid  et  du 
manque  de  vivres*. 

Harcelées  sans  cesse  par  les  garnisons  des  châteaux  de  Kaer^^ 
et  de  Guéméné-Guingamp'S  appartenant  au  vicomte  de  Rohan, 


1.  La  Trinité-Porhoët,  Morbihan,  arr.  de  Ploërmel. 

2.  Morbihan,  arr.  de  Ploërmel. 

3.  Saint-Jean-Brevelay,  Morbihan,  arr.  de  Ploërmel. 

4.  Ce  chAteau  ducal,  à  Vannes,  fat  rebAti  au  xiir,  puis  an  xvii*  siècle 
pour  devenir  le  palais  épiscopal,  et  servit  de  préfecture  après  la  révoln- 
tion;  il  a  été  presque  complètement  démoli  en  1866. 

5.  ChAteau  situé  à  Sarzean,  Morbihan,  arr.  de  Vannes. 

6.  Morbihan,  arr.  de  Lorient. 

7.  Quimper,  Finistère,  ch.-l.  de  dép. 

8.  Finistère,  ch.-l.  d'arr. 

9.  Les  barons  bretons  n'avaient  pas  consenti  à  laisser  entrer  les 
Anglais  dans  les  villes;  ils  ne  leur  avaient  laissé  que  la  campagne  et  les 
laiiiwnrgs  et  les  avaient  obligés  à  s'approvisionner  A  prix  d'argent  auprès 
des  habitants  {Heligieux  de  Saint-Denis,  t.  I,  p.  58]. 

10.  ChAteau  situé  A  Locmariaqner,  Morbihan,  arr.  d' Aurai. 

11.  Aujourd'hui  Guéméné-snr-Scorf,  Morbihan,  arr.  de  Pontivi. 


X  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSABT. 

et  par  celles  des  châteaux  de  Josselin^,  de  Montaigu^  et  de 
Moncontour'y  appartenant  au  seigneur  de  Qissoni  menacées 
par  les  forces  du  connétable  qui  occupe  le  pays^,  n'osant  ni 
s'en  aller  ni  se  porter  mutuellement  secours  ^  les  troupes 
anglaises  en  sont  réduites  à  se  contenter  de  Tintervention  dou- 
teuse du  duc  de  Bretagne.  P.  24  à  30,  304  à  306. 

Le  duc,  en  effet,  durant  ce  temps,  négocie  la  paix  à  Paris 
avec  le  roi  de  France,  par  l'entremise  du  vicomte  de  Rohan, 
de  Charles  de  Dinan,  de  Gui  de  Laval  et  de  Gui  de  Rochefort, 
aux  conseils  desquels  il  se  rend,  craignant  qu'une  fois  établis 
en  Bretagne,  les  Anglais  n'en  veuillent  plus  sortir.  P.  30  à  32, 
306,  307. 

Les  Anglais  ignorent'  tout  cela  et  passent  leur  temps  en 
joutes.  On  se  rappelle  le  combat  de  Gauvain  Michaille  et  de 
Janekin  Cator  dans  la  forêt  de  Marchenoir*.  A  cette  occasion, 
plusieurs  défis  avaient  été  échangés  entre  chevaliers  anglais  et 
français,  mais  le  comte  de  Buckingham  avait  ajourné  ces  joutes, 
qui,  une  fois  encore,  sous  les  murs  de  Nantes,  n'avaient  pu 
avoir  lieu. 

Quand  les  Anglais  sont  cantonnés  à  Vannes  et  aux  environs, 
les  chevaliers  français  veulent  à  tout  prix  tenir  leurs  engage- 
ments, et,  grâce  à  un  sauf-conduit  donné  par  le  connétable  de 

1.  Morbihan,  arr.  de  Ploermel. 

2.  Vendée,  arr.  de  la  Roche-sur- Yon. 

3.  Gôtes-du-Nord,  arr.  de  Saint-Brieuc. 

4.  Les  troupes  qu'avait  rassemblées  Olivier  de  Clisson  étaient  impor- 
tantes; à  la  date  du  1*'  août  1380,  nous  voyons  figurer  dans  une  montre 
passée  à  Ghàteau-Josselin  deux  chevaliers  bannerets,  trente-deux  che- 
valiers bacheliers  et  cent  soixante-cinq  écnyers  (Dom  Morice,  Mémoires, 
t.  II,  col.  254-255). 

5.  Malgré  Topinion  du  Religieux  de  Saint^Denis  (t.  I,  p.  56),  les  Anglais 
ignorèrent  si  bien  les  négociations  de  paix  entreprises  par  les  barons  bre- 
tons, qu'à  la  date  des  21  et  24  décembre  1380,  Thomas  Credy  et  Walter 
Leicester  étaient  chargés  de  réunir  des  navires  destinés  à  transporter  des 
troupes  en  Bretagne  en  même  temps  qu'en  Portugal  (Aec.  0/f.,  Istue 
Rolls  302,  m.  13;  Queen's  Aem.,  Mise,  NuneU  632/12).  Dès  le  mois  de 
février  1381,  Thomas  de  Felton  s'apprêtait  À  partir  pour  la  Bretagne  avec 
900  hommes  d'armes  et  900  archers,  «  pro  fortificatlone  Thome,  comitis 
«  Buk.  et  exercitUB  régis...  »  (Ibid.,  Issue  Rolls  303,  m.  12).  L'insur- 
rection des  communes  empêcha  son  départ  ainsi  que  celui  de  Jean  des 
Roches,  de  Pierre  Veel  et  de  Robert  Passelewe,  qui,  de  Dartmouth, 
devaient  aller  au-devant  de  Buckingham  {Rec.  Off.,  Lord  Treas.,  Rem*, 
For.  Âee,  5,  m.  11  r*  et  m.  20  v«). 

6.  Voy.  t.  IX,  p.  272-274  et  278-279. 


SOMUillBE  DU  DBUXIÈMB  LIVRB,  §§  169-192.  xi 

France  y  des  passes  d'armes  mettent  en  présence  à  Château- 
Josselin  des  chevaliers  des  deux  nations,  entre  autres  le 
Galois  d'Annoi^  et  Guillaume  Clynton',  Lionnel  d'Airaines'  et 
Guillaume  Frank^.  P.  32  à  34,  307,  308. 

Les  joutes  se  continuent  à  Vannes,  en  présence  du  comte  de 
Buckingham  et  des  principaux  chefs  anglais".  P.  34,  35,  308. 

Joute  des  seigneurs  de  Pouzauges  et  de  Vertaing;  le  sei- 
gneur de  Pouzauges  est  blessé.  Joute  de  Jean  d'Aubrecicourt  et 
de  Tristan  de  la  Jaille.  Joute  du  bâtard  de  Glarens^  et 
d'Edouard  de  Beauchamp^,  remplacé  par  Janekin  Stonckel. 
P.  35  à  37,  308,  309. 


1.  Voy.  sur  Robert  d*Aanoi,  dit  le  Galois,  que  Ker^yn  confond  avec  son 
père  Philippe,  la  notice  détaillée  de  M.  H.  Moranvillé  dans  le  Songe  vérir 
UUOe,  p.  93-96  (Extrait  des  Mémoires  de  la  Soc.  de  l'Hist.  de  Parii, 
t.  XVII). 

2.  La  Chronique  du  bon  due  Loyt  fait  mourir  ce  «  banneret  »  anglais 
sons  les  murs  de  Nantes.  Il  est  probable  (pi'elle  commet  une  erreur,  car 
en  avril  1399,  nous  voyons  nn  Guillaume  Clynton  accompagnant  le  roi 
Richard  en  Irlande  et  Intervenant,  en  1406,  à  l'acte  réglant  la  succession 
du  roi  Henri  IV  (Rymer,  t.  VIII,  p.  78  et  463). 

3.  Peu  de  temps  auparavant,  le  1*'  octobre  1380,  Lionnel  d'Airaines 
assistait  à  une  revue  à  Ardres  {BiM.  nat.,  Clair,  vol.  5,  n*  238). 

4.  Ce  chevalier  anglais  est  sans  doute  le  même  que  Jean  Franc,  que 
la  Chronique  du  bon  duc  Loy$  fait  mourir  à  tort  dans  une  escarmouche 
du  siège  de  Nantes,  puisque  nous  le  retrouvons  plus  tard  en  Barbarie 
en  1390.  Le  témoignage  de  Cabaret  est  du  reste  ici  comme  ailleurs  assez 
sujet  à  caution,  car  parmi  les  chevaliers  anglais  tués  en  même  temps 
que  Franc,  il  cite  Thomas  Trivet,  qui  ne  mourut  qu'en  1388  d'une  chute 
de  cheval  (FroiBsart,  éd.  Kervyn,  t.  XII,  p.  251-252). 

5.  La  Chronique  du  bon  duc  Loys  parle  longuement  de  ces  joutes  de 
Vannes,  où  devaient  primitivement  figurer  quinze  hommes  d'armes  de 
l'hétel  du  duc  de  Bourbon  contre  quinze  Anglais  (p.  127-128)  et  com- 
battre à  outrance.  Les  champions,  réduits  à  cinq  de  chaque  côté,  par 
suite  de  la  fatigue  des  chevaliers  anglais  (p.  130),  ne  portent  pas  tout  à 
fiût  les  mêmes  noms  que  dans  Froissart  Ce  sont,  du  parti  anglais  :  Wau- 
tier  Cloppeton,  Edouard  de  Beauchamp,  Thomas  de  Hennefort,  Brisselai 
et  Jean  de  Traro;  du  parti  français  :  Jean  de  Châteaumorand,  le  Banois, 
le  bAtard  de  Glarains,  le  vicomte  d'Aunai  et  Tristan  de  la  Jaille. 

6.  De  la  maison  du  duc  de  Bourbon,  le  bAtard  de  Clarens  se  trouvait 
en  Bretagne,  après  avoir  fait  la  campagne  d'Auvergne,  en  1375,  et  accom- 
pagné B.  du  Guescltn  en  Bourbonnais  en  1380.  En  1382,  il  assiste  à  la 
bataille  de  Rosebecque  et,  en  1386,  il  fait  partie  des  chevaliers  partant 
porter  secours  à  l'évêque  de  Metz,  Pierre  de  Luxembourg. 

7.  D'après  la  Chronique  du  bon  due  Loys  (p.  131),  Éd.  de  Beauchamp 
était  ivre,  ce  qui  l'empêcha  de  fournir  sa  joute.  Cet  écuyer  fit,  en  1386, 
la  campagne  d'Bspagne  au  service  du  roi  de  Castille  (Rymer,  t.  VII, 
p.  490). 


/  : 


XII  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Joute  de  Janekin  Cloton*  et  de  Jean  de  Châteaumorand. 
Jasekin  Gloton  est  jugé  trop  faible  pour  lutter.  P.  37,  38,  309. 

Il  est  remplacé  par  Guillaume  de  Faringdon^,  qui  blesse  k 
la  cuisse  Jean  de  Châteaumorand.  P.  38,  39,  309,  310. 

Tandis  que  les  Anglais,  logés  à  Vannes  et  aux  environs, 
sans  autre  ravitaillement  que  ce  qui  leur  vient  des  îles  de  la 
Manche  et  de  Cornouailles ,  attendent  la  fin  de  Thiver  pour 
recommencer  la  guerre  avec  de  nouveaux  renforts,  les  barons 
bretons  continuent  à  Paris  leurs  négociations  en  vue  de  la 
paix,  désirée  surtout  par  le  duc  d'Anjou  qui  prépare  son  expé- 
dition d'Italie'. 

On  arrive  enfin  à  une  entente  :  le  duc  de  Bretagne  s'engage 
à  faire  évacuer  son  duché  par  les  Anglais,  auxquels  il  fournira 
des  navires.  Ceux  d'entre  eux  qui  appartiennent  à  la  garnison 
de  Cherbourg  seront  libres  de  retourner  par  terre  avec  un 
sauf-conduit.  Le  duc  viendra  en  France  faire  hommage  au  roi^. 
P.  39  à  42,  310,  311. 

Quand  les  Anglais  apprennent  que  la  paix  est  conclue  entre 
le  roi  de  France  et  le  duc  de  Bretagne,  ils  s'en  montrent  fort 
mécontents.  Après  de  longues  explications  et  excuses  de  la 
part  du  duc^,  le   comte   de  Buckingham   quitte  Vannes  le 

1.  Le  même  sans  doute  que  le  Gautier  Glopton  de  la  Chronique  du 
bon  duc  Loys,  que  Rymer  cite  à  la  date  de  1397  (t.  VIII,  p.  10). 

2.  La  joute  de  Jean  de  Châteaumorand  et  de  Guillaume  de  Faringdon 
eut  lieu  le  lendemain  de  celle  où  ayait  figuré  Janekin  Gloton. 

3.  Grâce  aussi  au  duc  de  Bourgogne,  aUié  par  sa  femme  au  duc  de 
Bretagne  {Religieux  de  Saint-Denis,  t.  I,  p.  60). 

4.  Le  traité  de  paix,  par  lequel  le  duc  de  Bretagne  fait  sa  soumission 
au  roi,  est  signé  le  15  Janyier  1381  à  Vincennes.  Par  cet  acte,  le  duc  de 
Bretagne  demande  pardon  au  roi  et  s'engage  à  lui  faire  hommage;  il 
promet  son  concours  contre  les  ennemis  du  roi  de  France  et  particuliè- 
rement les  Anglais;  il  paie  une  indemnité  de  200,000  francs  (Dom  Lobi- 
neau,  Hiit.  de  Bretagne,  t.  II,  col.  610  et  suiy.).  Olivier  de  Clisson  ratifie 
ce  traité  le  23  février,  remettant  aux  mains  du  roi  son  dififérend  avec  le 
duc  de  Bretagne,  qui,  le  4  aviil,  à  Guérande,  appose  son  sceau  au  traité 
en  présence  des  commissaires  royaux  :  Jean  le  Fèvre,  évêque  de  Chartres, 
Arnaud  de  Corbie,  premier  président  au  Parlement,  Pierre  de  Chevreuse, 
Jean  le  Mercier  et  Jean  Tabary,  secrétaire  du  roi  (H.  Moranvillé,  Étude 
tur  Jean  le  Mercier,  p.  85).  Ce  n'est  que  le  27  septembre,  à  Paris,  que 
le  duc  de  Bretagne  prête  hommage  au  roi  (Dom  Morice,  Hist,  de  Bre^ 
tagne,  t.  I,  p.  384).  Charles  VI  n'avait  pas  attendu  cette  date  pour  accor- 
der une  rémission  générale  aux  partisans  du  duc  de  Bretagne  à  Saint- 
Denis,  le  2  mars  1381  (Arch,  nat,  JJ  118,  fol.  187). 

5.  Pour  apaiser  Buckingham,  le  duc  avait,  le  11  avril,  fait  dresser  un 


SOMMAIIIB  DU  DEUXIÉMB  LIVBB,  $$  193-208.  xm 

11  avril  1381^  et  s'embarque  aussitôt  :  U  part  le  soir  même 
pour  r  Angleterre  y  refusant  une  dernière  entrevue  que  lui 
demande  le  duc.  P.  42  à  44,  311. 

Le  connétable  fait  donner  des  sauf-conduits  aux  Anglais  qui 
retournent  à  Cherbourg;  parmi  eux  se  trouvent  les  chevaliers 
Jean  Burley,  Yves  Fitz-Warin,  Guillaume  Glynton  et  Téouyer 
Nicolas  Glifford'.  Ce  dernier  rencontre  à  Chàteau-Josselin  un 

m 

écuyer  du  comte  de  la  Marche,  Jean  Boucinel,  qui  l'avait  défié 
autrefois  à  Valognes.  Un  nouveau  défi  a  lieu,  et,  malgré  les 
résistances  de  Clifford,  le  connétable,  pris  comme  arbitre, 
décide  que  le  lendemain  le  combat  se  fera.  P.  44  à  47,  311,  312. 
Jean  Boucinel  est  tué  par  Clifibrd.  Les  Anglais,  sous  la  con- 
duite du  Barrois  des  Barres,  s'acheminent  vers  Cherbourg. 
P.  47  à  51,  312,  313. 

CaiAPITRE  XII. 

1380,  Juin,  CONCLUSION  de  la  paix  KNTBS  LK  COMTB  de  FLAimiE  ET 
LES  GANTOIS.  8  aOÛt,   EEPRI8E   DES   HOSTILITES.    27   aOÛt, 

DÏFAiTB  DES  GANTOIS.  —  Septembre,  le  comte  paît  le  SliOB  DE 
6AND.  —  5  novembre,  victoire  des  gantois  a  longpont.  — 
10  novembre,  paix  mabtinienne.  —  1381,  février,  nouveaux 
DippiaiNDs.  —  13  mai.  dïpaite  des  gantois  a  ne  vêle;  lbue 
DïsuNioN  (§§  193  à  208). 

En  Flandre,  les  Gantois  sont  toujours  en  hostilités  avec  le 

acte  par  lequel  ses  baions  s'engageaient  à  refuser  de  combattre  les 
Anglais,  si  le  roi  de  France  voulait  y  forcer  le  duc.  Backingham  feignit  de 
se  contenter  de  cet  acte  et  partit  (Dom  Morice,  BUt.  de  Bret.,  1. 1,  p.  384). 

1.  Walsingham  {RUt.  angl.j  t.  I,  p.  444)  prétend  que  le  duc  de  Bre- 
tagne donna  de  l'argent  aux  Anglais  pour  obtenir  leur  départ.  L'armée 
anglaise  était  alors  bien  diminuée  par  les  maladies  {Religieux  de  Saint' 
uHiiSj  1. 1,  p.  66)  :  de  6,000  hommes  qu'elle  comptait  devant  Nantes,  elle 
n'en  avait  guère  plus  de  3,000  (Chr,  du  bon  duc  Loys,  p.  35),  et  avait 
perdu  tous  ses  chevaux  (Walsingham,  t  I,  p.  444).  Le  paiement  des 
gages  de  Buckingham  (9,000  livres)  et  celui  de  ses  chevaliers  est  daté  de 
Brest,  30  avril  1381  (Rec  Off.,  Lord  Treas.  Jl«m.,  For.  Âcc,  4,  m.  40  v* 
et  50  V*).  Le  2  mai,  le  comte  de  Buckingham  arrive  à  Falmouth  avec 
1,069  hommes;  le  reste  de  ses  gens  débarque  dans  d'autres  ports  de  Cor^ 
nouailles  (Aec.  0/f.,  Lord  Trea».  Rem.,  For.  Acc.  4,  m.  40  v*). 

2.  A  ces  noms,  il  faut  ajouter  ceux  de  Guillaume  de  Windsor,  qui 
part  pour  Cherbourg  le  5  mars,  de  Guillaume  de  Faringdon  et  de  Hassy 


XIV  CHRONIQUES  DE  J.  FR0Î8SART. 

comte^  qui  profite  d'une  émeute  populaire  à  Bruges  pour  inter- 
venir et  mettre  la  main  sur  la  ville^  où  il  fait  de  nombreuses 
exécutions;  ce  qui  entraîne  la  soumission  du  Franc  de  Bruges ^ 

Enhardi  par  ce  succès,  le  comte  décide  d'aller  assiéger 
YpreSy  que  viennent  secourir  SyOOO  Gantois,  conduits  par 
Jean  Boele'  et  Amould  de  Glerk'.  De  Bruges,  le  comte  se 
dirige  sur  Thourout,  puis  sur  Poperinghe,  où  il  réunit  une 
armée  de  20,000  hommes.  P.  51  à  53,  313,  314. 

Les  Gantois  envoient  alors  à  Ypres  un  nouveau  renfort  de 
9,000  hommes,  sous  les  ordres  de  Basse  d'Herzeele,  Pierre 
du  Bois,  Pierre  de  Wintere^  et  Jean  de  Launoit^,  qui,  après 
être  passés  par  Courtrai,  décidés  à  livrer  bataille  au  comte, 
attendent  à  Boulers  ^  d'être  rejoints  par  les  troupes  d' Ypres, 
déjà  renforcées  par  celles  de  Jean  Boele  et  d'Axnould  de  Glerk. 

Surprises  dans  une  embuscade,  ces  dernières  troupes  sont 
taillées  en  pièces  par  les  gens  du  comte  ^  et  perdent  près  de 

de  Podyngton,  qui  s'apprêtent  à  le  rejoindre,  le  30  mai  {Ree,  Off,, 
Early  Chaneery  RolU  325,  m.  13  et  2). 

1.  Après  l'exécution  de  Jean  Pruneel  et  l'appel  fait  par  le  comte  aux 
bannis  de  Flandre  (voj.  t.  IX,  p.  xcnr-xcv),  le  18  juin  1380,  les  Bmgeois 
avaient  arraché  à  Louis  de  Maie  certains  privilèges  relatifs,  entre  antres, 
à  la  bière  et  aux  vins.  Revenu  à  Lille,  le  comte  s'était  hâté  de  révoquer 
ces  concessions  {Arch.  du  Nordj  citées  dans  Le  Glay,  Chronique  rimée, 
p.  88,  note  1)  et  avait  imposé  son  alliance  aux  habitants  de  Bruges  et 
du  Franc  (J.  Meyer,  Ann,  flandr,,  fol.  174).  Malgré  ces  alliés,  malgré 
ses  mercenaires  anglais  {Religieux  de  Saint-Denis^  t.  I,  p.  110),  le 
comte  assistait  aux  nouveaux  succès  des  Gantois,  qui  s'étaient  emparés 
de  plusieurs  villes  (Kervyn,  M.  et  chr.  de  Flandre  y  t.  II,  p.  191  et  236); 
il  se  résolut  à  la  paix,  qui  fut  «  criée  »  au  mois  de  juin  1380.  Elle  fut 
bientôt  rompue,  le  8  août,  à  l'occasion  d'une  querelle  de  tisserands 
(Meyer,  fol.  174),  et  les  hostilités  recommencèrent. 

2.  C'est  par  erreur  que,  dans  le  volume  précédent  (t.  IX,  p.  lxxxii),  ce 
personnage  a  été  appelé  Guillaume.  Jean  Boele,  qui  figure  à  différentes 
reprises  dans  les  comptes  de  la  ville  de  Gand,  était  âhevin  en  février 
1381  (J.  Vujlsteke,  Rekeningen  der  Stad  Gent,  1893,  p.  185). 

3.  Amould  de  Glerk  (en  flamand  Àrent  de  Cleerc)  est  mentionné  en 
1380  avec  Simon  Golpaert  dans  les  comptes  de  Gand  (Rekeningen, 
p.  192)  &  propos  d'une  expédition  à  Dixmnde. 

4.  Un  Pierre  de  Wint  paraît  en  mai  1378  dans  les  comptes  de  Gand 
{Rekeningen,  p.  104). 

5.  Jean  de  Launoit  (Jan  vander  Blst)  appartient  à  la  corporation  des 
marchands  en  1376  et  1377  {Rekeningen,  p.  24,  35,  83,  97,  etc.).  Est-oe 
le  même  que  Jan  vander  Helst,  échevin  entre  1377  et  1380  {Ibid.,  p.  151)? 
D'après  Meyer  (fol.  177  r),  c'était  un  banni. 

6.  Belgique,  prov.  de  Flandre  occidentale. 

7.  La  défaite  des  Gantois  eut  lieu  le  27  août  1380  (Meyer,  fol.  175  r), 


SOHMAmS  DU  DSUXIÈHB  LTVRB,  $§  193-208.  XV 

SyOOO  hommes  V  Les  Yprois  rentrent  dans  leur  ville  et  les 
Gantois  se  réfugient  à  Gourtrai.  P.  53  à  56,  314. 

Mais,  dans  leur  fureur  d'avoir  été  vaincus,  ils  accusent  Jean 
Boele  de  trahison  et  le  tuent;  ils  retournent  ensuite  à  Gand, 
pendant  que  Jean  de  Launoit  va  s'emparer  du  château  de 
Gavre  sur  TËscaut.  P.  56,  57,  315. 

Le  comte  marche  alors  sur  Ypres,  qui  lui  ouvre  ses  portes 
et  se  rend  à  merci  ^;  il  fait  mettre  à  mort  plus  de  700^  parti- 
sans des  Gantois,  envoie  à  Bruges  300  otages,  et,  cela  fait,  se 
dispose  à  assiéger  Gourtrai.  P.  57,  58,  315. 

N'espérant  plus  de  secours  de  la  part  des  Gantois,  la  ville 
se  rend  au  comte  ^,  qui  prend  200  otages  et,  peu  de  temps 
après,  rentre  à  Bruges  en  passant  par  Deynse'.  Au  bout  d'une 
quinzaine  de  jours,  aux  environs  de  la  fête  de  la  Décollation 
de  saint  Jean-Baptiste  (29  août)  ^,  le  comte  convoque  de  nou- 
veau ses  gens  et  vient  s'établir  à  la  Biete^  pour  faire  le  siège 
de  Gand.  Robert  de  Namur  a  répondu  à  son  appel,  mais  non 
Guillaume,  qui  alors  est  en  France,  auprès  du  roi.  Gautier 
d'Enghien  est  maréchal  de  l'armée.  Les  Gantois,  encouragés 
dans  leur  défense  par  les  Liégeois,  les  gens  de  Bruxelles  et  du 
Brabant,  supportent  vaillamment  le  siège,  qui  ne  peut  être 
complet,  et  sont  ravitaillés  du  côté  de  Bruxelles  et  des  Quatre- 
Hétiersi».  P.  58  à  60,  315. 

au  moment  où,  d'après  une  rédaction  des  Chroniques  de  Flandre,  ils 
se  disposaient  à  marcher  sur  Dixmude  (IH*  et  chr,,  t.  II,  p.  539).  C'est 
peot-étie  ici  qu'il  faut  placer  l'expédition  d'Amould  de  Clerk,  voy.  p.  xiv, 
note  3. 

1.  Mejer  n'esUme  qu'à  1,200  le  nombre  des  Gantois  morts. 

2.  Ypres  ouvrit  ses  portes  au  comte  le  28  août,  bien  qu'une  rédaction 
des  Chroniques  de  Flandre  {IsL  et  chr,,  t.  II,  p.  257}  place  cet  événe- 
ment après  le  9  septembre. 

3.  Le  comte  «  fist  decoler  bien  .mic.  de  ceuls  de  ladicte  ville  »  (Jsl.  et 
dur.,  t.  II,  p.  174). 

4.  Le  29  août  1380. 

5.  Voy.  Jst,  et  ehr,,  L  II,  p.  174. 

6.  D'après  Meyer  (fol.  175),  ce  fut  1^  1*'  septembre.  Immédiatement 
après  la  prise  de  Deynse,  que  commença  le  siège  de  Gand,  qui  devait  être 
long  et  durer  près  de  dix  semaines.  Le  comte  avait  avec  lui  100,000  hommes 
llst.  et  ehr.,  t.  II,  p.  193). 

7.  Ter  Boote,  plateau  situé  au  nord  de  Gand,  au  delÀ  de  Longpont 
(Langerbrugge). 

8.  Région  située  au  nord  de  Gand  et  comprenant  les  métiers  d'Asse- 
nede,  de  Bouchaute,  de  Hulst  et  d'Axel. 


XVI  CHRONIQUES  DE  J.  PROISSART. 

Tandis  que  le  seigneur  d*Enghien,  que  le  Hase  de  Flandre 
et  le  jeune  sénéchal  de  Hainaut,  Jacques  de  Werchin,  se  dis- 
tinguent dans  des  escarmouches,  les  gens  de  Bruges,  de  Pope- 
ringhe  et  d'Ypres,  envoyés  par  le  comte  à  Longpont^  se  font 
battre  par  les  Gantois^.  P.  60  à  62,  316. 

Fiers  de  ce  succès,  les  Gantois,  au  nombre  de  6,000,  vont 
prendre,  brûler  et  piller  Aiost^,  dont  les  seigneurs,  Louis  de 
Marbais,  Geoffroi  de  la  Tour^  et  Philippe  de  Jonghe,  n*ontque 
le  temps  de  fiiir;  ils  se  rendent  maîtres  ensuite  de  la  ville 
de  Termonde*  (Philippe  de  Bfasmines  est  tué  dans  cette 
affaire),  mais  ne  peuvent  s'emparer  du  château,  défendu  par 
le  seigneur  de  Widescot;  enfin  ils  entrent  par  force  dans 
Grammont',  puis  retournent  à  Gand  avec  leur  butin.  P.  62, 
63,  316. 

L'hiver  s'approche;  le  comte  se  retire  alors  à  Bruges^  et 

1.  Langerbiugge,  au  nord  de  Gand. 

2.  Ce  combat  eut  lieu  à  la  fin  du  siège,  le  5  novembre  1380.  Il  fut  fort 
meurtrier;  c'est  lA  que  mourut  Josse  de  Hallwin  (/«(.  et  ehr,,  t.  Il, 
p.  174).  Voj.  les  comptes  relatifs  A  Longpont  (Adfcenlit^en,  p.  218). 

3.  Le  6  octobre  1380  (Heyer,  fol.  176). 

4.  Godefroy  de  la  Tour,  rentier  de  Brabant,  donne  quittance  le  15  dé- 
cembre 1374  de  125  francs  d'or,  pour  terme  d'une  rente  à  lui  due  par  le 
trésor  royal  {Bibl.  nat.,  Pièeei  orig.  vol.  2859). 

5.  C'est  le  jour  de  la  Saint-Denis,  9  octobre,  que  les  Gantois  partent 
pour  Termonde,  qu'ils  prennent  le  11  (Meyer,  fol.  176  r). 

6.  La  prise  de  Grammont  par  les  Gantois  eut  lieu  en  novembre  1380; 
le  seigneur  d'Enghien  y  fut  fait  prisonnier  {ht.  et  chr.y  t.  II,  p.  193).  Elle 
avait  été  précédée  en  octobre  de  l'attaque  contre  Audenarde,  de  la  prise 
d'Eenaeme  et  de  la  défaite  et  mort  d'Amould  de  Clerk,  que  Froissart, 
d'accord  avec  une  des  rédactions  des  Chroniques  de  Flandre  (t.  II, 
p.  198-199),  place  en  carême  1381;  ce  dernier  combat  est  daté  par  Heyer 
(fol.  176  r)  du  25  octobre.  Dix  jours  après  (le  5  novembre)  se  passait  la 
bataille  de  Longpont,  dont  Froissart  a  parlé  plus  haut. 

7.  Avant  de  retourner  A  Bruges,  le  comte  signa  la  paix  que  deman- 
daient les  Gantois;  lui-même  «  tôt  fessus  mails  et  œre  exbaustus,  videns 
«  plus  se  damni  quam  lucri  facere  »  (Meyer,  fol.  176  v*),  y  consentit  volon- 
tiers. Cette  paix,  signée  «  au  camp  devant  Gand  »  le  11  novembre  1380, 
jour  de  la  Saint-Martin,  prit  le  nom  de  paix  Martinienne;  elle  est  igno- 
rée de  certaines  Chroniçt^es^  qui  disent  que  «  demeura  la  cose  ainsy 
a  toute  la  saison  sans  paiSy  sans  trleues  et  sans  nul  accord  »  {Ist.  et  ehr,^ 
t.  II,  p.  193;  cf.  p.  238).  Par  cette  paix,  dit  Wielant,dans  ws  Antiquités 
de  Flandres  (Dom  Smet,  Ree.  des  ehr.  de  FL,  t.  lY,  p.  307),  c  le  comte 
a  pardonne  tous  melfaictz  sans  jamais  rien  pouoir  demander;  Uem^  que 
«  tous  ceulx  qui  sont  bannix  par  ceuls  de  Gand  demeureront  banniz  et 
a  obeyront  au  ban  et  que  désormais  l'on  fera  justice  selonc  les  cous- 
«  tûmes  de  la  ville  ».  De  plus,  toute  personne  qui  violera  cette  paix  sera 


SOMMAIRE  DU  DEUXIEME  LIVRE,  ^  493-208.  XVU 

envoie  à  Aadenarde  tenir  garnison  les  seigneurs  d*Enghien  et 
de  Montigniy  pour  inquiéter  les  Gantois. 

En  mars  suivant,  au  printemps,  le  comte  rassemble  une 
nouvelle  armée,  dont  il  fait  chef  le  seigneur  d^Enghien.  Les 
contingents  de  Deynse  et  d'Audenarde  sont  attaqués  et  mal- 
traités par  Rasse  d'Herzeele  et  Jean  de  Launoit,  qui  revenaient 
à  Gand  d'une  expédition  contre  Deynse  ^ 

Le  lendemain,  les  Gantois  vont  brûler  les  faubourgs  de 
Courtrai  et  rencontrent  les  troupes  du  comte  àNevele'.  Rasse 
d*Herzeele  et  Jean  de  Launoit  s'apprêtent  à  livrer  bataille, 
sans  attendre  Pierre  du  Bois  et  Amould  de  Glerk.  P.  63  à  66, 
316,  317. 

L'armée  du  comte  est  forte  de  20,000  hommes,  de 
1,500  lances,  tant  chevaliers  qu'écuyers  ;  ce  sont  :  de  Hainaut, 
le  seigneur  d'Enghien,  maréchal  de  l'armée,  Michel  de  la 
Hamaide,  le  l>âtard  d'Enghien',  le  seigneur  de  Montigni, 
Gille  de  Risoit,  Hustin  du  Lai,  le  seigneur  de  Lens  et  Jean  de 
Berlaimont^;  de  Flandre,  Jean  et  Gui'  de  Ghistelles,  le  sei- 

ponie  comme  si  elle  avait  violé  une  réconciliation  légale  (Van  Dayse  et 
de  Bosscher,  Inventaire..,  des  chartes...  de  Gand^  p.  158,  et  J.  Vuyls- 
teke,  Rekeningen  der  Stad  Gent^  p.  448-450).  A  cette  époque,  le  comte 
cherche  anssi  à  s'assurer  le  concours  de  l'Angleterre,  où  Û  envoie  des 
ambftssadears,  en  décembre  1380  {Rec.  O/f.,  Earty  Chane.  Rolls  325, 
m.  20).  Le  20  février  suivant,  Jean  Elyot  est  envoyé  à  Calais,  porteur  de 
lettres  pour  le  comte,  les  échevins  et  bourgeois  de  Bruges,  Ypres  et  Gand 
[Ree.  Off.,  Issue  Rolls  302,  m.  20). 

1.  La  paix  ne  dure  guère.  De  nouvelles  contestations  s'élèvent  entre 
les  Gantois  et  les  Brugeois,  ces  derniers  voulant  garder  ce  qui  avait  été 
pris  par  les  autres  durant  les  hostilités.  Le  24  février  1381,  les  Gantois 
renouvellent  leur  alliance  avec  Ypres  et  créent  un  tribun  du  peuple, 
Rasse  Mulaert;  par  une  nouvelle  loi,  ils  décident  que  quiconque  fera  pri- 
sonnier un  chevalier  recevra  deux  livres  ;  pour  un  écuyer  le  prix  ne  sera 
que  d'une  livre.  Au  commencement  de  mai,  les  Gantois  prennent  Ter- 
monde,  Courtrai,  Grammont,  etc.,  sans  pour  cela  que  le  calme  règne 
dans  la  ville.  Pendant  une  émeute,  Simon  Rym  est  tué  (Meyer,  fol.  176  v*- 
mr). 

2.  Village  près  de  Gand.  La  bataille  eut  lieu  le  lundi  13  mai  1381,  jour 
de  la  Saint-Servais.  On  trouve  des  comptes  se  rapportant  aux  expédi- 
tions de  Courtrai  (voy.  la  note  précédente)  et  de  Nevele  dans  le  livre  de 
M.  J.  Vuylsteke  (Rekenlnjjfen,  p.  220-223). 

3.  Jean,  bâtard  d'Enghien,  figure  déjà  en  1379  au'^siège  d'Audenarde, 
pendant  lequel  il  fut  fait  chevalier  (Ist.  et  chr.,  t.  II,  p.  230). 

4.  Kervyn  a  consacré  aux  Berlaimont  une  assez  longue  notice  (t.  XX, 
p.  310-311)  où  ne  figure  pas  celui  dont  il  est  ici  question. 

5.  Sur  Gui  de  Ghistelles,  voy.  t.  IX,  p.  lxxxiv,  note  4. 


zvin  CHRONIQUES  DB  J.  FROI88AAT. 

gneur  d*Escomaiy  le  seigneur  de  Hullac,  le  seigneur  et  Daniel 
d'Halewin,  le  seigneur  d*Estaimbourg,  Thierri  de  DixmudeS 
et  d'autres  >  en  y  comptant  le  jeune  sénéchal  de  Hainant, 
Jacques  de  Werchin^  qui  mourut  à  Obies.  Le  seigneur  de 
Leeuwerghem^  porte  la  bannière  du  comte.  Le  choc  a  lieu,  et 
mal  fût  avenu  aux  gens  du  comte,  si  Pierre  du  Bois,  qui  était 
arrivé  sur  le  lieu  du  combat,  eût  pu  secourir  les  siens;  maisU 
en  est  empêché  par  un  marais.  P.  66  à  68,  317,  318. 

Rasse  d'Herzeele  et  Jean  de  Launoit,  assaillis  par  une  armée 
quadruple  de  la  leur,  se  replient  en  désordre  sur  la  ville. 
Rasse  d'Herzeele  se  fait  tuer  en  défendant  l'église  où  Jean  de 
Launoit'  est  brûlé  vif  avec  tous  ceux  qui  s'y  sont  réfugiés. 
P.  68  à  70,  318,  319. 

Des  6,000  hommes  de  Jean  de  Launoit  et  de  Rasse  d'Her^ 
zeele,  à  peine  en  survit-il  300 '*.  Pierre  du  Bois,  qui  a  assisté 
au  combat,  sans  pouvoir  y  prendre  part,  s'achemine  vers 
Gand,  où  les  fuyards  ont  déjà  annoncé  la  mauvaise  nouvelle, 
se  plaignant  de  l'inaction  de  Pierre  du  Bois. 

Aussi,  quand  ce  dernier,  bien  que  poursuivi  parle  seigneur 
d'Enghien,  arrive  à  Gand,  est-il  assez  mal  accueilli  et  a  grand'- 
peine  à  se  disculper.  De  là  cette  haine,  dont  Gilbert  de  Gru- 
tere  et  Simon  Bette  sentirent  bientôt  les  effets.  P.  70  à  74, 
319,  320. 


1.  Thierri  de  Dixmude,  chevalier,  donne  qaittance  le  1*'  mars  1376  de 
ses  gages  et  de  ceux  de  deux  chevaliers  et  neuf  écuyers  de  sa  compa- 
gnie, au  service  de  Louis  de  Sancerre.  On  le  retrouve  en  1380  figurant 
dans  une  revue  à  Hesdin,  le  19  juillet,  et  à  Corbeil,  le  1*'  septembre;  U 
est  sous  les  ordres  du  seigneur  de  Gouci  (Bibl.  nat.t  Clair,  vol.  40,  n*"  192, 
193  et  195).  En  différend  depuis  quelqiie  temps  déjà  avec  les  bourgeois  de 
Valenciennes,  au  sujet  de  la  mort  de  son  écuyer  tué  dans  cette  ville,  U 
soumet  son  cas  au  comte  de  Blois  et  au  seigneur  de  Gouci  A  la  fin  de 
1382  [Arch.  du  Nord,  série  B,  t.  I,  p.  184).  Le  13  septembre  1386,  nous 
le  retrouvons  au  service  du  duc  de  Bourgogne,  comte  de  Flandre,  dans 
une  montre  passée  à  Thérouanne,  où  il  figure  avec  huit  chevaliers  et 
soixante  et  un  écuyers  {BibL  no^..  Clair,  vol.  40,  n*  199). 

2.  Un  heer  van  Leewerghem  parait  dans  les  comptes  de  la  ville  de 
Gand  en  1380  (Rekeningent  p.  177). 

3.  D'après  Meyer  (fol.  178  r),  Jean  de  Launoit  ne  meurt  pas  à  Nevele, 
mais  est  banni  après  le  combat. 

4.  Les  Gantois  perdirent  6,000  hommes  {Isl,  et  chr,,  t.  II,  p.  174).  Une 
quinzaine  de  jours  après  l'affaire  de  Nevele,  le  comte  «  envoya  le  banieie 
«  des  Gantois,  qui  avoit  esté  gaihgnie,  à  le  comtesse  d'Artois,  se  mère  » 
{IsL  et  chr.,  t.  II,  p.  199). 


SOMMAIBB  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §§  193-208.  xix 

Le  comte  retourne  k  Bruges  et  licencie  son  armée;  il  ren- 
voie le  seigneur  d*Enghien  à  Audenarde^ 

Les  Gantois^  au  nombre  de  15,000,  au  moment  de  la  fête  de 
Bruges  (mai  1381),  vont  brûler  les  faubourgs  de  Gourtrai^,  que 
le  comte  se  contente  de  munir  d'hommes  d'armes. 

Sous  les  murs  d'Audenarde,  les  attaques  de  Pierre  du  Bois 
et  de  ses  gens  sont  repoussées  par  les  chevaliers. 

Trois  jours  après,  Amould  de  Clerk  et  1,200  chaperons 
blancs  viennent  tenir  garnison  à  Gavre,  pour  faire  échec  aux 
gens  d'Audenarde;  ils  en  sortent  bientôt  pour  surprendre  une 
route  conduite  par  le  seigneur  d'Escomai,  Blanchard  de 
Gal<mne'  et  autres,  leur  font  perdre  plus  de  60  hommes  et 
s'emparent  de  la  ville  et  de  l'abbaye  d'Eenaeme^;  Pierre  de 
Steenhuyse  est  tué.  P.  74  à  77,  320,  321. 

Le  lendemain,  les  chevaliers  d'Audenarde  marchent  sur 
Eenaeme,  surprennent  les  Gantois,  les  tuent  presque  tous,  et, 
parmi  eux,  Amould  de  Clerk;  ils  retournent  ensuite  à  Aude- 
narde.  Ces  nouvelles  comblent  le  comte  de  joie.  P.  77  à  79, 
321,  322. 

Désespérés  de  ces  échecs,  les  Gantois  songent  k  faire  leur 
soumission,  mais  ils  n'osent,  par  crainte  de  Pierre  du  Bois  et 
de  ses  partisans,  qui  les  imposent  et  les  obligent  à  continuer 
la  lutte,  sous  prétexte  de  défendre  leurs  franchises.  Les  hon- 
nêtes gens  sont  ainsi  victimes  de  leur  faiblesse,  témoin  Jean 
de  la  Faucille',  qui,  pour  éviter  d'être  compromis,  s'exile, 

t.  Le  combat  de  Nevele  fut  suivi  d'une  accalmie  qui  ne  se  prolongea 
guère.  Le  comte  de  Hainant  s'interposa  pour  arriver  à  conclure  la  paix; 
mais  les  Gantois  s'y  refusaient  {M.  et  ehr,,  t.  II,  p.  243),  et  le  comte 
exigeait  des  conditions  trop  onéreuses  (Heyer,  fol.  178  r*). 

2.  Cette  attaque  des  Gantois,  qui  doit  être  placée  avant  le  combat  de 
Nevele,  eut  lieu  le  2  mai  1381.  Quant  aux  événements  qui  suivent,  rela- 
tifs à  Audenarde  et  à  Eenaeme,  on  a  déjà  vu  qu'ils  sont  de  beaucoup 
aitérieurs.  Voy.  plus  bant,  p.  xvi,  note  6. 

3.  Nous  retrouvons  plus  tard,  après  la  campagne  de  Flandre  de  1383, 
ce  Blanchard  de  Galonné,  chargé  par  le  roi,  ainsi  que  Jacques  de  Galonné, 
dit  Riilart,  «  de  pranre  et  recevoir  les  biens  des  Flamans  et  de  ceux  qui 
«  tenoient  leur  partie  et  aussi  des  Urbanistes  t  (Àrch.  naL^  Xi»  1472, 
fol.  62,  XU 10,  fol.  163  et  11,  fol.  49). 

4.  Belgique,  prov.  de  Flandre  orientale. 

5.  Sur  Jean  de  la  Faucille,  voy.  t.  IX,  p.  lxiv,  note  1,  et  le  Cartuiairê 
des  comtes  de  ffai/naut,  t.  II,  p.  311-331.  n  était  accusé  par  Simon  Rym 
d'avoir  été  la  cause  de  la  mort  de  son  onde.  Voy.  plus  baut,  p.  xvu, 
note  1. 


XX  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

mais  n'en  est  pas  moins  accusé  par  Simon  Rym*,  qui  le  tue  en 
duel  à  Lille.  P.  79  à  81,  322,  323. 

Voyant  que  les  notables  de  Gand  sont  fatigués  de  la  guerre, 
et  que,  d'autre  part,  il  ne  peut  traiter  avec  le  comte  sans  ris- 
quer sa  vie,  Pierre  du  Bois  imagine  de  s'adjoindre  un  autre 
chef  capable  de  gouverner  la  ville  de  Gand  avec  lui*.  Il  pro- 
pose à  la  nomination  des  Gantois  Philippe  d'Artevelde,  fils  de 
Jacques  d'Artevelde,  si  populaire  autrefois.  P.  81  à  85,  323 
à  325. 

Après  bien  des  hésitations  voulues,  Philippe  se  rend  aux 
instances  de  Pierre  du  Bois,  de  Pierre  de  Wintere  et  de 
Sohier  d'Herzeele';  il  accepte  et  fait  donner  au  seigneur 
d'Herzeele,  ruiné  par  la  guerre,  une  partie  des  revenus  que  le 
comte  possédait  dans  la  ville  de  Gand.  P.  85,  86,  325. 

CHAPITRE  XIII. 

1381,  14  mai.  traita  d'alluhcb  entes  le  poetugal  et  l'angle- 

TEEEE.    HOSTILITES   ENTEE   LE   POETUGAL   ET   LA   CA8TILLE.  

10  Juin.  iNSUEEEGTioN  EN  angleteeee;  les  bandes  dtsuegEes 

MAECHENT  SUE  L0NDEE8. 13  Juin.  PDLLAGE,  MEUETEES  ET  INCEN- 
DIES DANS  LA  VILLE. 15  Juin.  MOET  DE  WAT  TYLEE. iSjUÙt, 

NOUVELLE   TeAvE    CONCLUE   AVEC   l'EcOSSE    PAE   LE    DUC    DE    LAN- 

CASTEE.  EiPEESSION   DE  l'iNSUEEECTION  DANS  LES  COMTES.  

Août.  AEEIVÉE  DU   COMTE  DE  CAXBEIDGE  ET   DE  SON  AEHÏE  A  LIS- 
BONNE (§§  209  à  227). 

La  mort  du  roi  Henri  de  Castille  ne  met  pas  fin  à  la  guerre 
entre  la  Castille  et  le  Portugal.  Aussitôt  couronné,  lui  et  sa 
femme  ^,  Jean  est  attaqué  par  Ferdinand,  qui  soutient  les  droits 

1.  Le  Simon  Rjm  qni  parait  eo  1360  comme  caution  d'on  hôtelier 
(J.  Huyttens,  Recherches  sur  les  corporations  gantoises,  p.  54)  est  sans 
doute  l'oncle  de  celui-ci.  Voy.  la  note  précédente. 

2.  Après  Neveie,  Pierre  du  Bois  et  François  Àckerman  avaient  été 
nommés  capitaines  de  Gand  {Ist.  et  ehr.y  t.  Il,  p.  243).  Ce  dernier  fut 
même  rewaert  de  Gand  du  30  juillet  an  6  août  1381  {Rekenéngen,  p.  202 
et  211).  Il  eut  pour  successeur  Gilles  le  Foulon  jusqu'en  janvier  1382. 

3.  C'est  à  tort  que  le  Religieux  de  Saint-Denis  (t.  I,  p.  172)  prétend 
que  Sohier  d'Herzeele  aida  PUlippe  d'Artevelde  seulement  A  partir  du 
siège  d'Andenarde,  au  courant  de  1382. 

4.  Éléonore  d'Aragon. 


SOMMAIRB  DU  DEUXIAmB  LIVRE,  §§  209-227.  x« 

aa  trône  de  Casdlle  de  ses  deux  cousines^  Constance  et  Isa- 
belle,  filles  de  Pèdre  le  Cruel,  et  mariées.  Tune  au  duc  de  Lan- 
castre,  l'autre  au  comte  de  Cambridge.  Le  roi  Jean  se  défend 
avec  l'aide  des  chevaliers  français  ^  qui  sont  venus  se  mettre 
à  son  service  depuis  l'entrée  des  Anglais  en  Bretagne  :  le 
Bègue  de  Villaines,  Pierre',  son  fils,  Jean  de  Berguettes,  Guil- 
laume de  Nailhac^,  Gauthier  de  Passac^,  Bertrand  de  Ter- 


1.  Depuis  son  avènement  au  trône  de  Gastille  (30  mai  1379),  Jean  était 
resté  rallié  du  roi  de  France,  avec  lequel  il  amt  renouvelé  les  traités 
conclus  par  son  père.  Une  première  fois,  en  1379,  il  envoie  une  flotte  en 
aide  à  Charles  V;  une  seconde  fois,  en  1380,  ses  vaisseaux  entrent  dans 
la  Tamise.  La  gnerre  semble  cependant  suspendue  pour  quelque  temps, 
et  des  fiançailles  sont  même  décidées  entre  Henri,  infant  de  CastiUe,  et 
Béatrice  de  Portugal.  Hais,  tout  à  coup,  le  roi  Jean,  retenu  à  Salamanque 
par  les  obsèques  de  sa  mère,  morte  le  27  mars  1381,  apprend  que  le  roi 
de  Portugal  s'apprête  à  une  nouvelle  lutte  pour  laquelle  il  attend  d'An- 
gleterre des  troupes  commandées  par  le  comte  de  Cambridge.  Jean  renou- 
velle alors  à  Vincennes,  le  22  avril  1381,  par  ses  ambassadeurs  Lopez  de 
Ayala  et  Fernando  Alfonso  de  Algana,  les  traités  antérieurs  conclus  avec  le 
roi  de  France  (Rymer,  t.  VII,  p.  285).  Il  décide  de  s'opposer  tout  d'abord  à 
l'arrivée  des  renforts  anglais,  ce  qu'il  ne  peut  cependant  faire,  malgré  la 
Yictoire  nayale  que  remporte  son  amiral,  Femao  Sanchez  de  Toar,  sur  la 
flotte  portugaise  commandée  par  Juan  Alfonso  Tello,  le  17  juillet  1381. 
Sur  terre,  les  Portugais  ne  sont  pas  plus  heureux  :  ils  voient  leurs  villes 
minées  par  Fernando  Oaorez  et  leurs  châteaux  pris  par  le  roi  Jean  lui- 
même,  qui  manque  mourir  sous  les  murs  d'Almeida  (Lopez  de  Ayala, 
Cnmieat,  t.  II,  p.  125-153;  Duarte  Nunez,  CronUas,  t.  II,  p.  308-317). 

2.  Pierre  de  Viilaines  figure  en  1388  comme  écuyer  dans  une  montre 
de  son  père,  le  Bègue  de  Viilaines,  avant  de  partir  pour  l'expédition  de 
Gneldre  {Bibl,  nai.j  Pièee$  orig.  vol.  3001)  ;  en  1386,  il  est  envoyé  par 
Charles  VI  au  secours  du  roi  de  Castille  {ReUgieux  de  Saint-Denis^  t.  I, 
p.  440). 

3.  Guillaume,  seigneur  de  Naillac,  du  Blanc  et  de  ChAteaubrun, 
Ticomte  de  Bridiers,  conseiller  et  chambellan  du  roi  et  du  duc  de  Berri, 
surnommé  le  Preux,  parait  comme  chevalier  en  1376  {Bibi.  nat.j  Clair. 
J€lt.  80,  n'  153),  prend  part  en  1382  à  U  campagne  de  Flandre  {Clur.  du 
bon  due  Loys^  p.  170),  est  créé  sénéchal  de  Saintonge  et  gouYemeur  de 
U  RocheUe  le  16  avril  1383  (Guérin,  Arch.  hist.  du  Poitou,  t.  XXIV, 
p.  201,  note  1),  et  nommé  garde  du  château  de  Taillebourg  en  1385  {Chr. 
du  bon  due  LoffS,  p.  140)  ;  le  5  février  1387,  il  s'engage  avec  Gauthier 
de  Passac,  moyennant  l6o,000  fr.,  à  mener  en  Castille  2,000  hommes 
d'armes  contre  le  duc  de  Lancastre  (DouCt  d'Arcq,  Choix  de  pièces  iné- 
dites,  t.  I,  p.  76-78)  ;  en  mars  1396,  il  reçoit  du  duc  de  Bourgogne,  A  la 
maison  duquel  il  appartenait  aussi,  une  livrée  pour  assister  A  une  récep- 
tion d'ambassadeurs  (E.  Petit,  Itinéraires,  p.  552). 

4.  Gauthier  de  Passac,  que  nous  trouvons  chevalier  bachelier  en  1372 
(Bibl,  nut..  Pièces  orig.  vol.  2209),  assiste,  avec  le  duc  de  Bourbon,  A 
la  prise  de  Brive-la-Gaillarde  en  1374  et  de  la  Roche-Senadoire  en  1375 


xxn  GHRONIQUIS  DE  J.  FROI88ART. 

ride  S  Jean  et  Tristan  de  Roye^  d'autres  encore.  Le  roi  de  Por- 
tugal songe  alors  à  envoyer  en  ambassade  en  Angleterre  Jean- 
Femandez^y  pour  demander  au  duc  de  Lancastre  de  venir  à  son 
secours  avec  une  nombreuse  armée.  Jean-Femandez  s*embarque 
à  Lisbonne  et  arrive  à  Plymouth,  alors  que  les  troupes  du  comte 
de  Buckingham,  venant  de  Bretagne^  débarquaient  en  Angle- 
terre après  avoir  essuyé  une  violente  tempête.  Buckingham  et 
l'ambassadeur  de  Portugal  font  route  ensemble  jusqu'à 
Londres,  où  est  le  roi.  P.  86  à  89,  326,  327. 

Jean-Femandez  est  bien  accueilli  par  le  roi  et  ses  oncles;  il 
assiste  aux  fêtes  de  Saint-Georges  (23  avril)  à  Windsor,  en 
même  temps  que  Robert  de  Namur,  venu  auprès  du  roi  rele» 
ver  ses  fiefs  anglais^.  Le  parlement  s*assemble  à  Westminster 
et  décide  que  le  comte  de  Cambridge  ira  en  Portugal  avec 
500  lances  et  500  archers,  tandis  que  le  duc  de  Lancastre  par- 


(Chr.  du  bon  due  Loys,  p.  58  et  102)  ;  il  est  sénéchal  de  Limoasin  en 
1376  {Bibl.  nat.  Clair,  vol.  83,  n*  217)  et  conseiller  du  roi  en  1381  {Bibi. 
naty  Pièces  orig,  vol.  2209);  en  1382,  il  fait  la  campagne  de  Flandre, 
assiste  à  la  bataille  de  Rosebecque  {Chr.  du  bon  duc  LoifSj  p.  169  et  172), 
fait  partie  de  l'armée  de  l'Écluse  (p.  185)  et  part  avec  Guillaume  de  Nail* 
lac  (voy.  la  note  précédente)  pour  l'Espagne  en  1387.  Il  était  chambellan 
du  roi  (Bibl  nai,.  Clair,  vol.  84,  n*  3)  et  vivait  encore  en  1405  {Ibid,^ 
n«  6). 

1.  Bertrand  de  Terride,  fils  de  Bertrand  de  Terride,  seigneur  de  Pen- 
neville  et  sénéchal  de  Bigorre  {Bibl,  nat.y  Pièces  orig.  yoI.  2809),  était 
chambellan  du  duc  d'Orléans  en  1403  et  chambellan  du  roi  en  1410  [Bibl. 
nai.,  Ibid.), 

2.  Juan  Femandez  d'Andeiro,  qui  devait  jouer  un  peu  pins  tard  un 
rôle  considérable  comme  favori  de  la  reine  Éléonore,  avait  été  exilé  en 
Angleterre  par  suite  du  traité  intervenu  entre  la  Gastille  et  le  Portugal. 
Ayant  reçu  du  roi  les  pouvoirs  nécessaires  pour  traiter  avec  le  Portugal 
(Rymer,  t.  VII,  p.  253),  il  était  revenu  secrètement  auprès  de  Ferdinand, 
qui  s'engageait,  le  15  juillet  1380,  à  payer  un  prix  raisonnable  pour 
trois  mois  les  1,000  hommes  d'armes  et  les  1,000  archers  que  lui  amè- 
nerait le  comte  de  Cambridge;  il  promettait  de  plus  de  marier  sa  fille 
Béatrice  au  fils  du  comte  (Rymer,  t.  VII,  p.  263),  qui  devait  succéder  à 
son  bean-père  sur  le  trône  de  Portugal.  Le  14  mai  1381  a  lieu  à  West- 
minster le  renouvellement  de  l'alliance  entre  l'Angleterre  et  le  Portugal 
(Rymer,  t.  VII,  p.  307). 

3.  En  1346,  lors  dn  siège  de  Calais,  Robert  de  Namur  avait  reçu  du 
roi  d'Angleterre  «  trois  cens  livres  à  Testrelin,  qui  valent  dix  huit  cent 
«  frans  de  Franche...  Adonc  fist  hommaige  le  dit  conte  au  roy  d'Engle- 
«  terre  »  (Froissart,  t.  IV,  p.  260).  Le  12  mai  1376,  il  reçut  du  roi,  pour 
hommage,  la  confirmation  d'une  pension  annoelle  de  1,20()  florins  (Rymer, 
t.  VII,  p.  102-103). 


80MHAIRB  DU  DKUXltlfB  LIYRB,  ^  209-227.         xxm 

tira  poar  l'Ecosse  et  tâchera  d'obtenir  pour  trois  ans  une  pro- 
longation de  la  trêve  qui  prend  fin  au  l*'  juin;  cela  fait,  il 
pourra,  en  août  ou  en  septembre,  aller  retrouver  en  Portugal 
son  frère  le  comte  de  Cambridge*.  Sa  présence  en  Angleterre 
est,  du  reste,  rendue  nécessaire  par  les  négociations  du 
mariage  du  roi  avec  la  sceur  du  roi  des  Romains  ^  P.  89  à  91, 
327. 

Le  duc  de  Lancastre  part;  quinze  jours  plus  tard,  le  comte 
de  Northumberland  le  suit,  pour  se  rendre  à  son  poste  de  gou- 
verneur du  pays  de  Northumberland  et  de  Tévéché  de  Durham, 


t.  Le  6  septembre  13S0,  le  dac  de  Lancastre  avait  déjà  reçu  un  pou- 
voir général  pour  aller  en  Ecosse  réformer  *les  attentats  aux  trêves  anté- 
rieures (Rymer,  t.  VU,  p.  268).  Les  attentats  avaient  été  réparés  le 
1**  novembre,  les  trêves  confirmées  le  1"  décembre  (/Md.,  p.  276  et  278) 
et  le  comte  de  Northumberland  avait  reçu  Tordre  de  payer  comme  répa- 
rations an  comte  de  Douglas  la  somme  de  59  livres,  qui  lui  étaient  rem- 
boursées le  8  février  1381  {Rec.  Ojf.,  Close  RoUs  227,  m.  21). 

2.  Simon  Bnrley  s'était  occupé,  depuis  le  18  juin  1379,  avec  Richard 
de  Bmybroke,  des  négociations  de  ce  mariage  (Aec.  Ojf.,  Lord  Trea$, 
Rem.j  For»  RoU$,  n*  2),  pour  lequel  il  fit  de  nombreux  voyages.  Nous 
l'avons  vu,  à  la  fin  de  juillet  1380,  revenir  d'Allemagne  (t.  IX,  p.  ci,  note  7) 
avec  les  ambassadeurs  de  Wenceslas  et  traverser  la  France;  il  était 
accompagné  de  Robert  de  Braybroke,  plus  tard  évèque  de  Londres  {Ree. 
Off.^  I$tue  RolU  302,  m.  13).  Un  passage  d'un  ms.  connu  de  Johnes 
seul  nous  apprend  que  l'envoyé  de  Wenceslas,  qu'il  nomme  duc  de  Saxe, 
se  rendait  en  Angleterre  •  to  observe  the  state  of  England  and  to  make 
I  inquiries  conceming  the  dower,  and  how  it  was  to  be  settled  on  the 
«  Qneen  »  (ChrotUeles,  translated...  by  Thomas  Johnes,  1862,  1. 1,  p.  622- 
624).  Le  duc  de.  Tesschen  repart  bientôt  pour  l'Allemagne,  accompagné, 
nous  dit  Froissart,  de  Pileo  de  Prata,  archevêque  de  Ravenne;  Simon 
Bnrley,  qui  a  reçu  ses  pouvoirs  le  26  décembre  (Rynier,  t.  VII,  p.  280), 
part  avec  lui,  emmenant  Adam  Houghton,  évêque  de  Saint-David.  Le 
23  janyier  1381,  Anne  de  Bohême  nomme  les  trois  plénipotentiaires 
chargés  de  négocier  son  mariage  :  Przenislas,  duc  de  Tesschen,  Conrad 
Kreyger  et  Pierre  de  Wartenberg  (Rymer,  t.  VII,  p.  282).  L'acte  par 
lequel  le  roi  d'Angleterre  s'engage  à  épouser  Anne  de  Bohême  et  à  verser 
à  Wenceslas  la  somme  de  80,000  florins,  payables  à  Bruges,  est  signé  à 
Nuremberg  le  1"  février  1381  (Rymer,  t.  VII,  p.  290).  Les  plénipoten- 
tiaires repartent  alors  pour  aller  faire  ratifier  à  Londres  (2  mai  1381) 
{IMd.,  p.  294)  cet  acte,  dans  lequel  intervient  le  comte  de  Cambridge. 
Des  pensions  viagères  sont  accordées  par  le  roi  d'Angleterre  aux  ambas- 
sadeurs de  Wenceslas  (Rymer,  t.  VII,  p.  288,  et  Rec.  Off.,  Patent  RoUs, 
n*  311,  m.  17);  et,  vers  le  milieu  de  mai  1381,  Simon  Burley  et  les 
envoyés  de  Wenceslas  retournent  «  versus  partes  Alemannie  ad  regem 
«  Romanorum  »  en  compagnie  de  Walter  Skirlawe  {Rec.  Off,,  Lord  Trea*, 
Rem.,  For.  RoUê,  n*  2),  pour  aller  chercher  la  jeune  reine,  qui  doit  être 
conduite  à  Calais. 


XXIV  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

jusqu'à  la  Sevem<.  De  son  côté,  le  comte  de  Cambridge  fait 
à  Plymouth'  tous  ses  préparatifs  de  départ  pour  le  Portugal'. 
Il  emmène  avec  lui  sa  femme,  la  princesse  Isabelle,  et  son  fils 
Jean^.  Les  chevaliers  qui  doivent  raccompagner  sont  nom- 
breux; ce  sont  Matthieu  de  Goumai',  connétable  de  Tarmée, 
le  Chanoine  de  Robersart*,  Raimond  de  Castelnau^,  Guillaume 
de  Beauchamp^,  maréchal  de  Tarmée,  le  syndic  de  Latrau*, 

1.  Fleuve  qui,  prenant  sa  source  dans  le  nord  du  pays  de  Galles,  se 
jette  dans  le  canal  de  Bristol. 

2.  Froissart  place  à  tort  Plymouth  dans  le  Berkshire,  alors  qu'il  est 
dans  le  Devonshire.  De  Dartmouth  devaient  aussi  partir  un  certain 
nombre  de  bateaux  {Ree,  0/f.,  Itsue  RoUt  303,  m.  12). 

3.  Depuis  la  fin  de  décembre  1380,  grftce  aux  soins  de  Thomas  Seyville, 
Walter  Leicester,  Thomas  Credy  et  Will.  Lokyngton,  de  nombreux 
bateaux  avaient  été  retenus  pour  le  passage  des  troupes  en  Portugal  {Ree, 
Of.,  Issue  RoUs^02,  m.  13;  303,  m.  1;  Early  Chanc.  Rolls  325,  m.  16; 
QvieefCs  Rem.,  Mise,  Nuncii  632/12).  Jean  Gokefeld,  dès  le  6  avril  1381, 
avait  été  chargé  de  préparer,  à  Plymouth  et  À  Dartmouth,  les  logements 
de  l'armée  {Ree.  Off.,  Issue  Rolls  302,  m.  25;  Early  Chanc.  Rolls  325, 
m.  12);  Robert  Crull  et  Will.  Lokyngton  étaient  préposés  au  paiement 
•des  gages  (/Md.,  Issue  RoUs  303,  m.  4,  et  Accounts  Queen's  Rem.  39/17). 

4.  Le  comte  de  Cambridge  emmenait  avec  lui,  outre  4  chevaliers  ban- 
nerets  et  16  bacheliers,  500  hommes  d'armes  et  500  archers  {Ree.  0/f., 
Issue  Rolls  302,  m.  20  et  24).  S'étant  endetté  pour  faire  ses  préparatifs, 
il  obtenait,  le  4  mai,  que  ses  pensions,  en  cas  de  décès,  fussent  payées 
pendant  un  an  à  ses  héritiers  {Ibid.,  303,  m.  2)  ;  le  10,  il  chargeait  de 
le  représenter,  pendant  son  absence,  son  frère  le  duc  de  Lancastre  et  le 
comte  Richard  d'Arundell  {Early  €hanc.  RoUs  325,  m.  7). 

5.  Matthieu  de  Goumai  commandait  à  250  hommes  d'armes  et  à 
250  archers  {Ree.  Off.,  Issue  Rolls  302,  m.  20  et  24).  Le  1"  mars  1381, 
il  recevait  son  sauf-conduit  {Early  Chanc.  RoUs  325,  m.  13)  ;  ses  com- 
pagnons le  4.  Le  8  mai,  il  obtenait  la  remise  d'un  procès  {Privy  Seait 
470,  n*  1770)  et,  le  9,  la  confirmation  du  don  de  Tortas  {Ibid.,  n*  1794). 

6.  Thierri,  dit  le  Chanoine  de  Robersart,  était  à  la  tête  de  100  hommes 
d'armes  et  de  100  archers  {Ree.  0/f.,  Issue  Rolls  302,  m.  20  et  24). 

7.  Il  s'agit  bien  ici  de  Raimond  et  non  de  Jean  de  Castelnau,  comme 
l'indiquent  certains  mss.,  ce  personnage  étant  désigné  dans  la  suite  par 
le  titre  de  seigneur  de  Castelnau,  qui  convient  seul  à  Raimond,  l'alné. 

8.  Guillaume  de  Beauchamp,  dernier  fils  du  comte  de  Warwick,  rece- 
vait une  pension  de  200  marcs  les  3  décembre  1380  et  20  février  1381 
{Ree.  O/f,  Privy  Seals  467,  n*  1485,  et  469,  n*  1606);  il  emmenait  en 
Portugal  250  hommes  d'armes  et  250  archers  {IMd.,  Issue  RoUs  302, 
m.  20  et  24). 

9.  Le  syndic  de  Latrau  commandait  à  100  hommes  d'armes  et  à 
100  archers  {Ree.  O/f.,  Isstie  Rolls  302,  m.  20  et  24).  Le  4  mai  1381,  on 
lui  faisait  une  avance  de  200  livres  sur  sa  solde  {Ibid.y  303,  m.  2);  le 
18  mai,  le  roi  d'Angleterre  lui  confirmait  une  rente  de  200  écus  à  Bor- 
deaux, dont  il  donnait  quittance  le  23  (/Md.,  Privy  Seals  470,  n*  1794, 
et  Close  RoUs,  227,  m.  6  r). 


SOMMAIBE  DU  DEUXIEME  LIVHS,  §§  209-227.  xxv 

Jean  de  la  Barthe,  Richard  Talbot  *,  Guillaume  Elmhaniy  Tho- 
mas Simond^  Miles  de  Windsor ^^  Jean  de  Sandwich^  et 
d'autres  encore';  parmi  eux,  Jean-Femandez*,  le  chevalier 
portugais.  L'expédition  compte  500  hommes  d'armes  et 
500  archers^.  Us  attendent  plus  de  trois  semaines  à  Plymouth 
un  vent  favorable. 

Pendant  ce  temps,  le  duc  de  Lancastre  arrive  à  Berwick^, 
obtient  un  sauf-conduit  du  roi  Robert  et  s'achemine  par  Rox- 
burgh  vers  l'abbaye  de  Melrose,  où  il  attend  que  les  Écossais 
soient  réunis  au  Lammerlaw,  pour  entamer  les  négociations, 
qui  durent  plus  de  quinze  jours.  P.  91  à  94,  327,  328. 

Une  révolution  éclate  en  Angleterre,  qui  met  le  royaume 
bien  près  de  sa  perte.  Les  serfs  des  comtés  de  Kent,  d'Essex, 


1.  Richard  Talbot,  qui  était  allé  en  France  en  1359  (Rymer,  t.  VI,  p.  137) 
et  avait  accompagné  en  Italie  Lionnel,  duc  de  Glarence,  lors  de  son  mariage 
avec  Yolande  Visconti  (/M.,  p.  587),  participe,  en  1385,  aux  expéditions 
de  Portugal  et  d'Ecosse  {Ibid,,  t.  VII,  p.  454  et  475). 

2.  Thomas  Simond  avait  avec  lui  20  hommes  d'armes  et  20  archers 
(Rec.  Off.,  Issue  Rolls  302,  m.  20  et  24).  Il  fit  plus  tard,  en  1386,  partie 
de  l'expédition  de  Castille  (Rymer,  t.  VII,  p.  491). 

3.  Miles  de  Windsor,  fils  de  Guillaume  de  Windsor,  devait,  en  1386, 
suivre  le  duc  de  Lancastre  en  Castille  (Kervyn,  t.  XI,  p.  455). 

4.  Peat-étre  faut-il  lire  ici,  comme  plus  loin  (p.  159),  Jean  de  Caven- 
disch. 

5.  Aux  noms  donnés  par  Frolssart,  il  &ut  ajouter  les  suivants  :  l'évèque 
de  Dax  (Jean  Guitier),  a?ec  70  hommes  d'armes  et  70  archers,  Thomas 
Fichet,  avec  40  hommes  d'armes  et  40  archers,  et  les  barons  espagnols 
Femand  Rodrigaes  et  Jean  Alphonse,  avec  50  hommes  d'armes  et  50  ar- 
chers {Bec.  0/f.,  Issue  BoUs  302,  m.  20  et  24,  et  Early  Chanc,  Rolls 
325,  m.  12). 

6.  Jean-Femandez  avait  avec  lui  120  hommes  d'armes  et  120  archers 
{Ree.  Off.,  Issue  RoUs  302,  m.  20  et  24). 

7.  Ce  chiffre  est  tout  à  &it  au-dessous  de  la  réalité  et  ne  doit  s'appli- 
quer qu'aux  troupes  que  le  comte  de  Cambridge  commandait  personnel- 
lement. L'expédition  comptait  1,500  hommes  d'armes  et  1,500  archers, 
réduits,  au  moment  du  départ,  à  1,379  hommes  d'armes  et  1,483  archers, 
sans  compter  les  chefs,  4  chevaliers  bannerets  et  37  bacheliers  {Ree,  O/f,, 
AccouiUs  Queen's  Rem,  39/17). 

8.  Les  nouveaux  pouvoirs  du  duc  de  Lancastre,  pour  réformer  les  atten- 
tats commis  contre  les  trêves  d'Ecosse,  datent  du  1*'  mai  1381  (Rymer, 
t  VII,  p.  288).  Parmi  les  chevaliers  qu'il  emmenait  figure  Robert  Rous, 
ancien  capitaine  de  Cherbourg,  aux  gages  d'une  litre  par  jour  {Rec.  Ojf., 
Lord  Treas.  Rem.,  For.  Rolls  ^  n*  2);  avec  lui  étaient  aussi  l'évèque 
de  Hereford,  Jean  Gilbert,  et  maître  Jean  Waltham  {Ibid.,  Warr,  for 
issues,  bundle  5). 


XXVI  CHEONIQUES  BB  J.  FROISSilRT. 

de  Sussex  et  de  Bedford  se  sottlèyent  et  prétendent  être  payés 
de  leur  travail^. 

Us  sont  poussés  à  cet  esprit  de  révolte  par  nn  prêtre  de 
Kenty  Jean  Bail',  puni>  à  plusieurs  reprises,  par  Tarchevêque 
de  Gantorbéry,  qui  prêche  Tégalité  de  tous  les  hommes',  excite 
le  peuple  à  la  haine  des  riches  et  des  nobles  et  engage  ses 
auditeurs  à  aller  à  Londres  demander  justice  au  roi.  Les  habi- 
tants de  Londres  murmurent  de  leur  côté  et  appellent  à  eux 
les  gens  des  provinces.  P.  94  à  97,  328,  329. 

Cet  appel  est  entendu;  les  gens  de  Kent,  d'Essex,  de 
Sussex,  de  Bedford  et  des  pays  environnants,  au  nombre  de 
60,000,  se  dirigent  sur  Londres.  Ils  ont  pour  chefs  Jean  Bail, 
Jack  Straw^  et  Wat  Tyler',  un  couvreur  en  tuiles,  le  plus 
populaire  des  trois.  A  leur  approche,  les  habitants  de  Londres, 
sauf  ceux  qui  partagent  ces  idées,  ont  peur  et  songent  à  fer- 
mer leurs  portes;  mais,  craignant  Tincendie  des  faubourgs, 
ils  laissent  pénétrer  dans  leur  ville  ces  bandes  de  paysans, 
qui,  venues  parfois  de  cent  lieues,  ne  savent  guère  ce  qu*ils 

1.  La  cause  détenninante  de  rinsorrection  fut  la  perception  de  l'impôt 
personnel,  qui,  fixé  à  4  deniers  par  personne  en  1380  et  modifié  en  1381, 
n'avait  pas  donné  ce  qu'on  espérait.  Jean  Leg,  chargé  de  la  perception, 
avait  exaspéré  par  ses  abus  les  populations  déjà  épuisées  par  les  imposi- 
tions des  années  précédentes  (Knyghton,  dans  Hist.  angL  seripL  ont., 
t.  II,  col.  2632-33). 

2.  Déjà  soumis  à  la  justice  ecclésiastique  à  la  fin  du  règne  d'Edouard  III, 
Jean  Bail,  chanoine  excommunié,  fut  poursuivi  de  nouveau  en  décembre 
1380  par  l'archevêque  de  Gantorbéry  {Ordann.  royale,  citée  par  Kerryn, 
t.  IX,  p.  561],  qui  dirigea  contre  lui  un  mandement,  à  la  date  du  26  avril 
1381.  Jean  Bail  était  en  prison  à  Maidstone,  quand  il  fut  délivré  par  les 
bandes  de  Wat  Tyler  (Knyghton,  col.  2634),  sans  doute  le  11  juin  1381, 
comme  il  le  prédisait  lui-même  (Walsingham,  t.  II,  p.  32). 

3.  Partisan  des  doctrines  de  Wiclef,  Jean  Bail  prêchait  contre  la  dime  : 
personne,  selon  lui,  ne  pouvait  espérer  gagner  le  ciel  s'il  était  né  hors 
mariage  (V^alsingham,  t.  II,  32). 

4.  Jack  Straw,  qui  était  à  la  tête  des  insurgés  de  l'Essex,  a  été  con- 
fondu par  plusieurs  historiens,  entre  autres  par  Knyghton  (col.  2636), 
avec  Wat  l^ler;  mais  un  acte  de  Rymer  (t.  VII,  p.  311)  les  distingue 
positivement 

5.  Les  historiens  ne  sont  pas  d'accord  sur  l'origine  de  Wat  Tyler,  les 
uns  le  fiiisant  venir  d*Essex,  les  antres  de  Kent  :  en  réalité,  il  y  eut, 
parmi  les  insurgés,  deux  personnages  de  ce  nom  (voy.  Bémont,  dans 
Histoire  générale  de  MM.  Lavisse  et  Rambaud,  t.  III,  p.  388,  note  1).  Un 
Wat  Tyler  est  signalé  comme  «  manens  in  Ketleston,  from  which  we 
may  perhaps  infer  that  he  was  not  a  résident  in  the  district  »  (Powell, 
The  RUing  in  EaU  Anglia  in  1381,  p.  34-35). 


SOMMAIRE  DU  DEUXIAmK  LIVRE,  §$  209-227.        xxvn 

▼enlent  et  ne  demandent  qu'à  yoir  le  roi.  Effrayés,  les  nobles 
s'apprêtent  à  la  lutte. 

Le  jour  de  leur  arrivée  à  Londres^  les  gens  de  Kent  ren- 
contrent en  chemin  la  mère  du  roi  ^,  qui  revenait  de  Cantor- 
béry.  Molestée  par  eux,  elle  se  hâte  de  se  rendre  auprès  de 
son  fils.  Elle  le  trouve  entouré  de  son  conseil,  du  comte  de 
Salisbury,  de  Tarchevéque  de  Cantorbéry',  de  Robert  de 
Namnr,  de  Jean  de  Gommegnies  et  d'autres  qui,  depuis  long- 
temps déjà,  avaient  connaissance  de  ce  mouvement  populaire 
et  auraient  dû  y  pourvoir'.  P.  97  à  99,  329  à  331. 

Cest  le  lundi  10  juin  1381  que  les  bandes  commandées  par 
Jean  Bail,  Wat  Tyler  et  Jack  Straw  entrent  à  Cantorbéry  et 
envoient  des  émissaires  dans  les  autres  comtés  pour  leur 
donner  rendez-vous  le  jour  de  la  Fête-Dieu  (13  juin)  ou  le 
lendemain,  sous  les  murs  de  Londres  ;  elles  pillent  les  abbayes 
de  Saint -Thomas  et  de  Saint- Vincent '*,  et,  le  lendemain, 
prennent  le  chemin  de  Rochester,  abattant  les  maisons  des 
gens  de  loi  et  entraînant  à  leur  suite  les  habitants  des  villages. 

Arrivés  à  Rochester,  les  insurgés,  bien  accueillis  par  la 
population,  s'emparent  de  Jean  Newton',  capitaine  de  la  ville, 
et  l'emmènent  avec  eux  sous  menace  de  mort. 

Dans  toutes  les  autres  parties,  de  l'Angleterre,  jusqu'à  Lynn* 

1.  Jeanne  de  Kent,  princesse  de  Galles,  malgré  un  premier  mariage 
contracté  aTec  Thomas  Roland,  avait  été  forcée,  pendant  l'absence  de 
son  mari,  à  épouser  le  comte  de  Salisbury.  Ce  second  mariage  fut  déclaré 
nnl  par  le  pape.  Veuve  de  Thomas  Holand,  en  décembre  1381,  elle  avait 
été  recherchée  et  épousée  par  le  prince  de  Galles,  père  de  Richard  IL 

2.  Simond  de  Sudbury,  archevêque  de  Cantorbéry  depuis  le  mois  de 
mai  1375. 

3.  C'est  à  tort  que  Froissart  reproche  au  roi  de  ne  pas  avoir  pris  de 
précautions  contre  l'émeute  menaçante.  Les  mesures  prises  à  cet  égard 
furent  même  en  partie  causes  de  l'échec  du  comte  de  Buckingham  en  Bre- 
tagne, car  les  renforts  qu'il  attendait  durent  rester  en  Angleterre  et  furent 
rappelés  à  Londres  dès  le  commencement  des  troubles.  C'est  ainsi  que 
Thomas  Felton  et  autres  chevaliers,  engagés  dès  le  1*'  mars  1381,  retournent 
auprès  du  roi  (Aec.  0/f.,  Lord  Trea$.  Rem.^  For,  Aec,  5,  m.  il  r« et  20  v*; 
Jtiue  RoUâ,  A  Rieh,  II,  m.  20). 

4.  Kervyn  (t.  XXIV,  p.  164)  estime  que  Froissart,  ici  comme  ailleurs, 
désigne  ainsi  à  tort  l'abbaye  de  Saint- Augustin. 

5.  Walsingham  (t.  II,  p.  464)  fait  jouer  à  Jean  Newton  un  certain  rôle 
le  jour  de  la  mort  de  Wat  Tyler.  Insulté  et  menacé  par  le  chef  des  insur- 
gés, il  va  être  frappé,  quand  s'interpose  le  maire  de  Londres,  Guillaume 
Walworth. 

6.  King's  Lynn,  port  du  Norfolkshire  sur  la  mer  du  Nord. 


xxvni  GHR0NIQUB8  DB  J.  FROISSART. 

et  à  Yarmouth^^  les  mêmes  violences  se  produisent,  et  des 
chevaliers  tels  que  Thomas  de  Morley',  Etienne  de  Haies  ^  et 
Etienne  de  Cosyngton  sont  contraints  de  marcher  avec  les 
révoltés.  P.  100  à  102,  331,  332. 

Les  insurgés  partent  de  Rochester  et  s'acheminent  vers 
Londres;  ils  passent  la  rivière  à  Brentford^,  puis  s'établissent 
sur  la  montagne  de  Blakheath',  à  quatre  lieues  de  Londres. 
Le  maire,  Jean  Walworth^,  et  les  notables  font  fermer  et  gar- 
der la  porte  du  pont  de  la  Tamise.  Plus  de  30,000  habitants 
partagent  les  idées  des  émeutiers. 

Ces  derniers  députent  Jean  Newton  vers  le  roi,  pour  lui 
demander  de  venir  les  trouver  et  pour  se  plaindre  du  mauvais 
gouvernement  du  royaume.  Le  roi  leur  promet  de  venir  les 
voir  le  lendemain  jeudi  13  juin.  P.  102  à  104,  332,  333. 

1.  Port  du  Norfolkshire  sur  la  mer  dn  Nord.  —  D'après  une  note  com- 
muniquée par  notre  confrère  Petit-Dutaillis,  note  qu'il  a  bien  voalu 
extraire  pour  nous  de  la  thèse  manuscrite  du  regretté  André  Réville, 
qu'il  doit  bientôt  publier,  sur  le  soulèvement  des  paysans  d'Angleterre.., 
daru  les  comtés  de  Heriford,  Suffolk  et  Norfolk  en  138t,  la  révolte 
s'étendit  plus  au  nord  encore  que  la  ligne  de  démarcation  que  lui  assigne 
Froissart.  Les  positions  de  la  thèse  d'André  Réville  ont  été  publiées  en 
1390  (PosUions  des  thèses  smUen^tes  par  les  élèves  de  la  promotion  de 
1890,  pour  obtenir  le  dipUHne  darehivUte-paléographe^  p.  139-148). 

2.  Ce  chcTalier,  que  Walsingham  nomme  Guillaume  de  Morlee,  fut 
envoyé  avec  Jean  Brewes  à  Londres,  par  les  insurgés  de  Norfolk,  pour 
demander  au  roi  les  lettres  d'affrancbdssement  (t.  II,  p.  6).  En  1405,  il 
fait  partie  d'une  expédition  contre  la  France  (Rymer,  t.  YIII,  p.  403)  ; 
en  1406,  il  intervient  dans  l'acte  par  lequel  le  roi  r^le  sa  succession 
(Ibid.,  p.  463). 

3.  Ce  personnage  figure  aussi  dans  Walsingham  (t.  II,  p.  5)  parmi  les 
chevaliers  «  qui  eos  sequi  compulsi  sunt,  »  à  côté  de  Jean  Brewes  et 
Robert  de  SaUe.  Le  fait  ne  semble  pas  prouvé  pour  ce  dernier  (Powell, 
The  Rising  in  East  Anglia  in  1381,  p.  31). 

4.  Froissart  a  évidemment  confondu  ici  Brentford  sur  la  Tamise  avec 
Dartford  sur  la  Darent,  où  la  tradition  place  la  première  explosion  de 
colère  des  paysans  à  propos  des  vexations  des  collecteurs  de  la  poU-tax, 
Pour  aller  de  Rochester  à  Blackheath,  on  passe  en  effet  par  Dartford  et 
non  par  Brentford. 

5.  Ce  nom  est  porté  aujourd'hui  par  une  petite  localité  des  environs 
de  Greenwich,  dont  le  parc  est  encore  borné  de  bruyères  au  sud  et  au 
sud-est. 

6.  Le  prénom  du  maire  de  Londres  était  Guillaume  et  non  pas  Jean, 
comme  en  témoignent  les  documents  officiels  du  Record  Office  {Paient 
Rolls  311,  n*"  4  V*  et  5)  et  un  procès -verbal  des  Guildhall  Records 
(Letter  Booh  H,  fol.  133). 


SOMIIAIRS  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §§  209-227.  XXXS 

Le  comte  de  Bnckingham  ne  quitte  pas,  durant  tout  ce  temps, 
le  pays  de  Galles,  où  sa  femme*,  fille  du  comte  de  Northamp- 
ton,  possède  des  terres*.  Le  bruit  court  cependant  à  Londres 
qu'il  accompagne  les  émeutiers,  et  cela  à  cause  d'un  certain 
Thomas,  de  Kent,  qui  lui  ressemble. 

Le  comte  de  Cambridge  et  ses  barons,  craignant  de  voir 
arrêter  leur  expédition  par  cette  révolution,  mettent  à  la  voile 
malgré  le  vent  et  sont  obligés  de  jeter  l'ancre  devant  Ply* 
mouth. 

Le  duc  de  Lancastre,  malgré  les  craintes  qu'il  ressent  pour 
lui-même  du  mauvais  état  des  choses,  car  il  se  sait  peu  aimé, 
n'en  continue  pas  moins  à  traiter  avec  les  barons  écossais, 
les  comtes  de  Douglas,  de  Moray,  de  Sutherland,  Thomas 
d'Erskine^  et  autres,  qui  se  montrent  d'autant  plus  difficiles 
qu'ils  sont  au  courant  de  ce  qui  se  passe.  P.  104  à  106,  333. 

Le  jour  de  la  Fête-Dieu  arrive  (13  juin)  ;  le  roi  entend  la 
messe  et,  accompagné  des  comtes  de  Salisbury,  de  Warwick, 
d'Oxford  et  de  quelques  chevaliers,  il  se  dirige  en  bateau 
vers  la  rive  droite  du  fleuve,  du  côté  de  son  château  de  Rother- 
hithe^.  Plus  de  10,000  hommes  Taccueillent  par  des  cris;  très 
effrayé,  il  n'aborde  pas,  et  rentre  au  château  de  Londres. 

Furieux  de  leur  déconvenue,  les  émeutiers  envahissent  les 


1.  ÉléoDore  de  Bohun,  fille  du  comte  de  Hereford  et  Northampton,  avait 
épousé  Buckingham  en  1374. 

2.  A  flon  retour  de  Bretagne,  le  comte  de  Bnckingham  avait  appris  le 
mariage  de  son  neven  Henri  de  Lancastre  avec  sa  belle-sœur,  Marie  de 
Bohun,  qu'il  espérait  voir  entrer  en  religion,  pour  être  maître  de  tonte 
la  fortune  revenant  à  sa  femme.  Il  en  fut  fort  mécontent  «  and  never 
«  aAer  loved  the  ducke  of  Lancaster  as  he  had  hitherto  done  ».  C'est 
ainsi  que  Johnes  s'exprime  dans  un  passage  qu'il  est  seul  à  reproduire 
(t  1,  p.  623-624).  Dans  ce  passage,  Froissart  donne  aux  deux  sœurs, 
filles  du  comte  de  Northampton,  les  noms  fautifs  de  Blanche  et  d'Isa- 
belle, an  lieu  d'Éléonore  et  de  Karie. 

3.  Thomas  d'Erskine,  que  nous  voyons  en  1357  prisonnier  des  Anglais 
(Rjmer,  t.  VI,  p.  35),  intervient  au  traité  de  la  rançon  du  roi  David, 
le  3  octobre  1357  {Ibid.,  p.  48).  Il  va  en  Angleterre  en  1366  et  1367  {Ibid., 
p.  534  et  576)  avec  12  chevaUers  et  a  un  duel  retentissant  avec  Jean  de 
Douglas  en  1367  (/Md.,  p.  582,  583);  en  1369,  il  se  rend  en  France  et  en 
Angleterre  {Ibid,  y  p.  614)  et  intervient  aux  trêves  qui  sont  signées  pour 
quatorze  ans  (Ibid,<,  p.  632).  Nous  le  retrouvons  ici  négociant  de  nouvelles 
tiêves,  de  même  qu'en  1384  et  1390  (Rymer,  t.  VII,  p.  434  et  683). 

4.  Cette  ancienne  résidence  royale  a  donné  son  nom  à  un  quartier  du 
Londres  actuel. 


tXX  CHRONIQUES  DE  1.  FROI88ÀRT. 

faubourgs  de  Londres,  saccagent  les  maisons  des  gens  d'église 
et  de  cour,  abattent  la  prison  des  Maréchaussées  ^  délivrent 
les  prisonniers  et  se  présentent  aux  portes  de  la  ville. 

Le  peuple  leur  ouvre  les  portes  ';  et  ces  gens  affamés  se  jettent 
sans  mesure  sur  les  vivres  et  sur  les  boissons  qu'on  leur  donne 
pour  les  apaiser. 

Jean  Bail,  Jack  Straw  et  Wat  Tyler,  avec  une  troupe  de 
plus  de  30,000  compagnons,  brûlent  Thôtel  de  Savoie',  pro- 
priété du  duc  de  Lancastre,  la  maison  des  Hospitaliers  con- 
nue sous  le  nom  de  Saint-Jean  de  CleckenwelP;  puis  parcourent 
les  rues,  tuent  les  Flamands'  qu'ils  aperçoivent,  forcent  et 
pillent  les  habitations  des  Lombards;  enfin,  rencontrant  un 
riche  homme,  Richard  Lyons',  qui  avait  autrefois,  pendant 
les  guerres  de  France,  battu  Wat  Tyler,  son  valet  alors,  ils 
lui  coupent  la  tête,  qu'ils  promènent  en  trophée  par  toute  la 
ville.  P.  106  à  108,  333,  334. 

1.  La  prison  de  Manhalsea,  qui  est  démolie  aujourd'hui,  était  située 
dans  le  quartier  de  Southwark,  près  de  remplacement  où  fut  bAtie  au 
XVI*  siècle  l'église  actuelle  de  Saint-George.  Elle  existait  encore  en  1826; 
Dickens  j  a  placé  le  lieu  d'action  de  son  roman  LiUle  DarrH, 

2.  Les  insurgés  entrèrent  du  côté  d'Aldgate  et  de  Southwark  {GuUdhaU 
Records,  LeUer  Book  H,  fol.  133). 

3.  L'hètel  de  Savoie,  construit  au  milieu  du  xm*  siècle,  sous  le  règne 
de  Henri  III,  par  Pierre  de  Savoie,  oncle  de  la  reine,  était  bientôt  devenu 
la  propriété  de  la  maison  de  Lancastre.  Longtemps  après  l'incendie 
de  1381  (1505-1511),  on  bAtit  sur  son  emplacement  la  Savoy-Chapel, 
restaurée  en  1864. 

4.  Ce  quartier  de  Londres  possède  encore  la  crypte  de  l'église  Saint- 
John.  D'après  Walslngham  (t.  I,  p.  457)  l'incendie  dura  sept  jours. 

5.  Cette  haine  du  peuple  anglais  pour  les  étrangers,  et  surtout  pour 
les  Flamands,  a  été  tout  particulièrement  signalée  par  A.  Réville  (Po<i- 
iiom...  de  la  promotion  de  1890,  p.  144, 145  et  146).  Les  Flamands,  mas- 
sacrés le  vendredi  14  et  non  le  jeudi,  étaient  au  nombre  de  40  (G%Udhall 
Records,  LeUer  Book  H,  fol.  133). 

6.  Impliqué  en  1376,  en  même  temps  que  Latymer,  dans  une  affaire 
de  concussion,  Richard  Lyons,  après  avoir  vainement  essayé  de  se  faire 
bienvenir  du  prince  de  Galles  en  lui  envoyant  un  baril  plein  d'or,  avait 
été  condamné  à  la  prison  perpétuelle,  en  h  Tour  de  Londres,  «  pur  cer- 
«  taines  mesprisons  par  lui  faitz  dont  il  est  convict  »  (Rymer,  t.  VII, 
p.  113-114),  puis  gracié  (Knyghton,  col.  2636;  cf.  aussi  un  passage  d'une 
chronique  anonyme  publié  par  Kervyn,  t.  YIII,  p.  469).  C'est  sans  doute 
en  suivant  Latymer  en  France,  lors  de  l'expédition  de  Buckingham  (1380- 
1381),  qu'il  avait  eu  pour  valet  un  Wat  Tyler.  Richard  Lyons  fut  déca- 
pité le  jour  suivant,  vendredi  14.  Son  château  d'Overhall  avait  été  détruit 
par  les  insurgés  de  Suffolk  (Powell,  The  lUsift^  en  EaU  Amglia  in  1381, 
p.  10). 


SOMMAIRB  DU  OEUXIÀMB  LIVRE,  §g  209-227.         xxxi 

Le  soir,  les  insurgés  campent  sur  la  place  Sainte-Catherine  S 
devant  la  Tour  et  le  chAteau  de  Londres;  ils  veulent,  disent-ils, 
que  le  roi  écoute  leurs  doléances  et  que  le  cliancelier  rende 
compte  de  tout  Targent  qui,  depuis  cinq  ans,  a  été  levé  dans 
le  pays. 

Le  roi  et  son  conseil,  se  tenant  dans  la  Tour  de  Londres, 
sont  prêts  à  écouter  Tavis  de  Walworth,  qui  veut  à  minuit 
tomber  sur  tout  ce  monde  et  le  massacrer.  Robert  KnoUes 
a  plus  de  120  compagnons  sous  ses  ordres  ;  de  même  Perducat 
d'Albret.  Avec  ses  chevaliers,  les  notables  de  la  ville  et  leurs 
valets,  le  roi  peut  opposer  au  moins  7  ou  8,000  hommes  aux 
60,000  émeutiers.  Mais  le  peuple  de  Londres  n'est  pas  sûr; 
mieux  vaut,  comme  le  conseillent  le  comte  de  Salisbury  et 
d'autres,  accorder  ce  que  demandent  ces  gens.  On  n'attaque 
donc  point.  P.  108  à  110,  334,  335. 

Le  vendredi  matin,  le  peuple  demande  à  parler  au  roi;  U 
menace  d'assiéger  le  chlteau.  Le  roi  leur  fait  dire  par  le  maire 
d'aller  hors  de  Londres,  à  Mile-End',  où  il  ira  les  trouver  et 
leur  accordera  ce  qu'ils  réclament. 

Les  émeutiers  quittent  donc  peu  à  peu  la  ville,  mais  non 
pas  tous.  Aussitôt  que  le  roi,  ses  deux  frères  et  les  barons  de 
sa  suite  sont  sortis,  400  bandits,  conduits  par  Jean  Bail, 
Jack  Straw  et  Wat  Tyler,  pénètrent  dans  les  chambres  du 
château'  et  massacrent  l'archevêque  de  Cantorbéry,  Simond 
de  Sudbury,  chancelier  d'Angleterre;  de  même  sont  tués  le 
grand  prieur  des  Hospitaliers'*,  un  frère  mineur,  médecin 
du  duc  de  Lancastre',   et  Jean  Leg*,  sergent  d'armes  du 

1.  En  aval  de  U  Tour  de  Londres;  le  nom  est  resté  aux  Saint  Kathe- 
line's  Docks. 

2.  Ce  nom,  donné  alors  A  une  grande  plaine,  a  été  conservé  à  nne  me 
sitaée  à  l'extrémité  est  de  Londres. 

3.  Walsingham  dit  qne  le  roi  avait  permis  anx  insurgés  d'entrer  dans  , 
la  Tour  (t.  I,  p.  458).  | 

4.  Robert  de  Haies,  trésorier  dn  roi,  dont  le  palais  de  Hybery,  situé  à  | 
deux  lieues  de  Londres,  fut  détruit  complètement  (Knyghton,  col.  2636).  , 

5.  Ce  frère  mineur  se  nommait  Guillaume  Appelton  (GuéldhM  Records j 
UtUr  Book  H,  fol.  133). 

6.  Jean  Leg,  chargé,  en  1380,  de  lever  l'impôt  de  la  poU-tax,  était, 
en  1370,  sergent  d'armes  du  roi;  il  avait  dû,  à  cette  époque,  s'occuper 
de  rassembler  des  bateaux  pour  l'expédition  de  Robert  Knolles  en  France 
(Rymer,  t.  VI,  p.  659).  En  1373,  on  lui  avait  confié  la  garde  des  deux 
fils  de  Charles  de  Blois  (/Md.,  t.  VII,  p.  26). 


xxxn  GHRONIQUBS  DB  J.  PROISSARt. 

roi;  les  quatre  tètes  sont  placées  sur  le  pont  de  Londres ^ 

Les  misérables  entrent  aussi  dans  la  chambre  de  la  mère  du 
roi,  dont  ils  mettent  le  lit  en  pièces;  la  malheureuse  femme, 
à  demi  morte  de  peur,  est  transportée  en  bateau  à  la  Tour 
royale,  à  la  Garde-robe  de  la  reine*,  où  elle  reste  toute  la 
journée  et  la  nuit  suivante'.  P.  110  à  112,  335,  336. 

Le  roi  s'avance  avec  une  faible  escorte  sur  la  place  de 
Mile-End,  où  Tabandonnent  ses  deux  frères  et  Jean  de  Gom- 
megnies.  Il  s'adresse  alors  au  peuple,  et,  après  des  pourpar- 
lers, il  promet  Tabolition  du  servage;  chaque  village  aura  sa 
charte  d'affranchissement  et  sa  bannière;  tout  est  pardonné. 
L'apaisement  se  fait,  les  insurgés  rentrent  à  Londres,  et,  à 
mesure  que  sont  écrites  les  chartes^,  ils  les  emportent  et 
rentrent  dans  leurs  pays.  Tous  cependant  ne  partent  pas;  près 
de  30,000  restent  à  Londres  avec  Wat  Tyler,  Jack  Straw  et 
Jean  Bail,  attendant  une  occasion  de  pillage'. 

Le  roi,  voyant  la  rébellion  un  moment  apaisée,  se  rend  à  la 
Tour  royale  pour  rassurer  sa  mère  :  il  y  passe  la  nuit  du  ven- 
dredi. P.  112  à  114,  336. 

Les  mêmes  scènes  de  désordre  se  présentent  ailleurs,  à  Nor- 
wich*,  entre  autres,  où  les  bandes  de  Lynn,  de  Cambridge  et 
de  Yarmouth,  conduites  par  Guillaume  Lister^,  ne  pouvant 

1.  A  ces  noms,  11  faut  ajouter  un  certain  Richard  Somenour,  qui,  avec 
les  antres,  fnt  décapité  sur  le  Tower  hill,  où  avaient  lieu  les  exécutions 
pour  crime  de  haute  trahison  {OuUdhaU  Records,  letter  Book  H,  fol.  133). 

2.  La  Tour  royale,  où  était  la  Garde-robe  de  la  reine,  était  située  sur 
la  Tvre  gauche  de  la  Tamise;  non  loin  du  pont  actuel  des  Blackfriars. 

3.  Le  procès-yerbal  des  Guildhall  Records ^  qui  semble  ici  incomplet 
intentionnellement  (il  ne  parle  pas  des  chartes  octroyées  par  le  roi  à 
Mile-End],  reste  muet  aussi  sur  les  outrages  faits  à  la  reine  mère,  qui 
se  serait  rendue  de  la  Tour  A  la  Garde-robe  non  pas  en  bateau,  mais  en 
suivant  le  roi  en  char. 

4.  Ces  lettres,  dont  la  teneur  est  donnée  par  Walsingham  (t.  I,  p.  467), 
sont  datées  du  15  juin  :  non  seulement  elles  affranchissent  les  serfs,  mais 
encore  leur  pardonnent  tous  leurs  crimes  et  délits. 

5.  Sous  le  prétexte  de  discuter  les  termes  des  chartes  d'afi^nchisse- 
ment  (Walsingham,  t.  I,  p.  463). 

6.  D'après  A.  Révlile,  c'est  le  17  juin  que  la  bande  de  Geofftey  Lis* 
tere,  «  recrutée  dans  la  région  de  Holt  et  de  North  Walsham,  »  marcha 
sur  Norwich  (PosUions  de  thèses,..,  p.  145).  Au  dire  de  Walsingham 
(t.  Il,  p.  5),  le  nombre  des  chevaliers  entraînés  par  les  insurgés  fut  con- 
sidérable en  Norfolk. 

7.  Geoffroy  Listere,  un  teinturier  de  Norwich,  qui  «  apud  North  Wal- 


SOMMAIRB  DU  DEUXIEME  LIVRE,  §§  !U)9-227.       xxxiti 

persuader  au  capitaine  de  la  ville,  Robert  Sali*,  de  venir  avec 
elles,  le  tuent  lâchement,  le  jour  même  de  la  Fête-Dieu,  alors 
qu'à  Londres  on  brûle  Thôtel  de  Savoie  et  qu'on  brise  les 
portes  de  la  prison  de  Newgate^.  P.  114  à  116,  336,  337. 

Le  samedi  matin,  15  juin,  le  roi  quitte  la  Tour  royale,  va  à 
Westminster  faire  ses  dévotions,  mais  n'ose  entrer  à  Londres  ; 
arrivé  près  de  l'abbaye  de  Saint -Barthélemi',  il  tombe,  à 
Smithfield^,  au  milieu  des  partisans  de  Wat  Tyler,  qui,  au 
nombre  de  20,000,  munis  de  leurs  nouvelles  bannières,  s'ap- 
prêtent à  piller  la  ville,  avant  que  les  autres  bandes,  conduites 
par  Guillaume  Lister  et  Thomas  Baker',  ne  soient  arrivées  des 
autres  comtés. 

Wat  Tyler  s'avance  au-devant  du  roi,  se  prend  de  querelle 
avec  un  des  écuyers  et  est  frappé  par  le  maire  de  Londres, 
Jean  Walworth  :  un  écuyer,  Jean  Standish*,  descend  de  che- 
val et  l'achève.  La  foule  se  montre  hostile  et  va  faire  un 
mauvais  parti  au  roi,  quand  des  renforts  lui  arrivent,  7  à 
8,000  hommes,  amenés  par  Robert  KnoUes,  Perducat  d'Albret, 

c  sham  et  nomen  et  potestatem  regiam  exercebat  »  {Chr,  a  manaeho 
SaneH  Âlbani,  p.  310),  était  réellement  de  Felmingham  (Poweil,  The 
Rising  <n  East  Anglia  in  1381,  p.  27). 

1.  C'est  en  refusant  de  snlTie  les  insurgés  que  Robert  Sali  fut  tué 
{Ckr.  a  monacho  SancU  Albanie  p.  305).  Frappé  tout  d'abord  par  Henry 
Riae,  il  fut  achevé  par  Adam  Blak,  William  Broom,  etc.  {CommunicO" 
tkm  de  M.  PetU-DuiaiUis,  d'après  les  papiers  d'André  RMUe).  Les 
rôles  municipaux  de  Norwich  consultés  par  A.  Résille  ne  disent  nulle- 
ment que  Robert  Sali  fût  eapUaine  de  la  ville.  Fait  chevalier  par 
Bdouard  III,  Robert  Sali  représentait  au  Parlement  le  comté  de  Norfolk 
(PoweU,  The  RMng  <n  Easi  Anglia  <n  1381,  p.  29). 

2.  La  principale  prison  de  Londres  porte  encore  aujourd'hui  ce  nom. 

3.  Il  ne  reste  aujourd'hui  du  prieuré  de  Saint^Barthélemi  que  l'église, 
bien  modifiée  au  xvr  siècle. 

4.  Sur  la  place  de  Smithfield  se  donnaient  autrefois  les  tournois  et  se 
tenait  la  foire  de  Saint-Barthélemi  ;  on  y  faisait  aussi  les  exécutions 
capitales. 

5.  Ce  Thomas  Baker  n'est  autre  sans  doute  que  Roger  Bacon,  lieute- 
nant de  6.  Ustere,  qui  c  déchire  la  charte  des  privilèges  de  Yarmouth, 
<  vide  la  prison,  massacre  trois  prisonniers,  pille  les  collecteurs  des  cou- 
«  tûmes  royales  »  (A.  Réville,  Positions  des  thèses.,,  de  1890,  p.  145). 
Ce  Bacon  éUit  chevalier  (PoweU,  The  Rising  ki  Basi  Anglia  in  1381, 
p.  26). 

6.  Ce  jeune  écuyer  du  roi  ne  peut  sans  doute  pas  être  le  même  que  le 
Jean  Standisch,  qui  était  chargé,  en  1346,  de  conduire  à  la  Tour  de  Londres 
un  prisonnier  écossais  (Rymer,  t.  Y,  p.  534),  d'autant  que  son  vrai  pré- 
nom est  Raoul  et  non  Jean  (voy.  la  note  suivante). 


ZXXIT  CHRONIQUKS  DIB  J.  FR0IB8ABT. 

les  neuf  échevins  fidèles  et  Nicolas  Brembre.  Fort  de  cet  appui, 
le  roi  crée  trois  nouveaux  chevaliers^  :  Jean  Walworth,  Jean 
Standish  et  Nicolas  Brembre',  et  fait  redemander  aux  insur- 
gés, par  ces  trois  ^chevaliers,  les  bannières  qui  leur  avaient  été 
distribuées.  Les  bannières  sont  rendues,  déchirées  sur  place, 
et  la  foule  rentre  sans  résistance  dans  Londres,  au  grand 
déplaisir  de  Robert  KnoUes,  qui  eût  voulu  tuer  tout  ce  monde'. 
Le  roi  rentre  à  la  Tour  royale  pour  revoir  sa  mère.  Défense  est 
faite  à  quiconque  n'est  pas  natif  de  Londres  ou  n'y  demeure 
pas  depuis  un  an  d'y  séjourner  plus  tard  que  le  dimanche  sui- 
vant, sous  peine  de  mort.  Chacun  s'en  retourne  donc  dans  son 
pays^.  Jean  Bail'  et  Jack  Straw',  découverts  dans  leur  cachette, 

1.  Les  noms  ne  sont  pas  les  mêmes  dans  le  procès-verbal,  où  il  est  dit 
que  le  roi  «  dictnm  majorem  et  dominum  Nicholaum  Brembre  et  demi- 
«  num  Johannem  Phelipot,  pridem  majores  dictœ  civitatis,  domînnm 
«  Robertum  Launde  ordine  militari  suis  propriis  manibus  decoravit  » 
{Guildhall  Records,  UUer  Book  H,  fol.  133).  On  lit  dans  Knyghton 
(col.  2637)  :  «  Tune  rex  dicto  Johanni  de  Walworth  et  Radulpho  de  Stan- 
a  diche  vicem  rependens,  ipsos  cum  aliis  .ini.  burgensibus  de  ciTitate 
«  militari  cingulo  snblimayit,  scilioet  dominos  Johannem  Philipote, 
«  Nicholaum  de  Brembre,  et  Johannem  Lande,  Nicholanm  Twyford.  » 

2.  Nous  voyons  Nicolas  Brembre  prêter  de  l'argent  an  roi  «  in  magnis 
«  et  urgentlbus  necessitatibus,  »  probablement  en  1381  (Rymer,  t.  VII, 
p.  459)  ;  il  est  membre  du  conseil  du  roi  en  1388  {Jbid.f  p.  566). 

3.  Dans  la  compagnie  dn  roi  se  trouvait  encore  un  jeune  chevalier  de 
Hainaut,  compagnon  de  Robert  de  Namur,  Henri  de  Sansselles,  qae 
Johnes  cite  dans  une  addition  à  notre  texte  (t.  I,  p.  663,  en  note).  Frois- 
sart  l'a  nommé  plus  haut  p.  103. 

4.  Le  roi,  qui  avait,  le  Jour  même  du  15  Juin,  ajourné  le  Parlement 
(Rymer,  t.  VII,  p.  311),  donne  la  garde  de  la  cité  de  Londres  à  Guill.  Wal- 
worth, le  maire,  Robert  Knolles,  Jean  Philipot,  Nicolas  Brembre  et 
Robert  Launde  {Rec.  0/f.,  Patent  RolU  311,  m.  5),  auxquels  il  adjoint, 
le  20  juin,  Robert  Bealknapp  et  Guillaume  Cheyne(/6id.,  m.  4  v*).  A  cette 
date,  de  nombreuses  arrestations  sont  faites  à  Londres  et  ordre  est  donné 
à  Robert  d'Asheton,  capitaine  de  Douvres  et  garde  des  Cinq-Ports,  à 
Jean  de  Clynton,  à  Thomas  Trivet  et  à  Et.  de  Valence  de  s'armer  contre 
les  rebelles  (IM.). 

5.  Arrêté,  non  pas  à  Londres,  le  15  juin,  mais  plus  tard  à  Coventry, 
Jean  Bail  fut  jugé  è  Saint- Albans,  vers  le  15  juillet,  par  Robert  Tresi- 
lian  et  condamné  à  être  écartelé,  puis  pendu  ;  son  corps,  coupé  en  quatre 
morceaux,  fut  exposé  en  différents  quartiers  de  la  ville  (Walsingham, 
t.  II,  p.  34;  Knyghton,  col.  2644).  Il  avait  avoué  qu'il  avait  été  poussé  à 
la  rébellion  par  des  personnes  «  of  the  highest  rank  and  power  »  (Johnes, 
t.  I,  p.  664,  en  note). 

6.  Jack  Straw  fut  pris  à  Londres  :  amené  devant  le  maire,  il  fit  sa 
confession,  où  il  indiqua  que  son  projet  était  de  supprimer  le  roi,  les 
nobles  et  les  ordres  religieux,  sauf  les  frères  mendiants,  et  de  s'emparer 


SOmCAIRB  DU  DSUXlâMS  UVRB,  K  209-227.         xxxv 

sont  décapités,  ainsi  que  Wat  Tyler^  Ces  exécutions  arrêtent 
la  marche  des  bandes  qui,  appelées  par  les  gens  du  Kent,  se 
disposaient  à  venir  à  Londres.  P.  116  à  124,  337  à  340. 

En  Ecosse,  le  duc  de  Lancastre  a  conclu  une  trêve  de  trois 
ans';  muni  d'un  sauf-conduit  donné  par  les  barons  écossais, 
il  veut  entrer  à  Berwick,  mais  Tentrée  de  la  viUe  lui  est  inter- 
dite par  le  capitaine  Matthieu  Redman  ^,  au  nom  du  duc  de 
Northumberland,  qui  a  donné  ordre  de  ne  laisser  pénétrer  qui 
que  ce  fût  dans  les  villes^. 

Le  duc  dissimule  la  colère  qu'il  ressent  de  cet  affront  et  se 
retire  à  Roxburgh,  dont  le  châtelain  lui  appartient.  P.  124  à 
127,  340,  341. 

Ignorant  de  ce  qui  se  passe  exactement  en  Angleterre,  le 
duc  demande  alors  aux  barons  d'Ecosse  de  le  recevoir  dans 
leur  pays;  ils  viennent  le  chercher  avec  500 lances  et  l'accom- 
pagnent à  Edimbourg,  où,  logé  au  château,  il  attend  de  meil- 
leures nouvelles  d'Angleterre. 

Le  bruit  court  cependant  que  le  duc  a  trahi  le  roi  et  a 
embrassé  le  parti  écossais;  propos  haineux  et  mensongers 
propagés  par  les  mêmes  hommes  qui,  à  Londres,  brûlent  l'hô- 
tel de  Savoie,  propriété  du  duc'.  P.  127  à  129,  341,  342. 

da  pouvoir  en  nommant  on  roi  à  la  tête  de  chaque  comté  (Walsingham, 
1. 1,  p.  9-10;  Chr.  a  numacho  Saneii  Àlbani,  p.  308-310).  Il  Ait  décapité. 

1.  Wat  Tyler  avait  été  tué  à  Smithfield,  par  Guillaume  Walworth,  le 
15  juin.  * 

2.  C'est  le  18  juin  1381  qne  la  nouTelle  trère  fut  signée  entre  le  duc  de 
Lancastre  et  Jean,  comte  de  Carrick,  fils  aîné  du  roi;  elle  derait  prendre 
fin  le  jour  de  la  Purification  (2  février  1383),  et  fut  proclamée  le  10  février 
1382  (Rymer,  t.  VII,  p.  312  et  344). 

3.  En  1373,  Mattlûeu  Redman  intervenait  an  traité  d'alliance  entre 
l'Angleterre  et  le  Portugal,  et,  en  1375,  négociait  une  trêve  en  Bretagne 
(Rjmer,  t.  VII,  p.  19  et  78). 

4.  D'après  Knjghton  (col.  2641),  qui  est  très  sensiblement  partial  en 
sa  laveur,  le  duc  de  Lancastre  reçut  du  duc  de  Northumberland  un 
envoyé  par  lequel  il  lui  fit  dire  qu'il  ne  pouvait  le  recevoir  dans  le  chA- 
teau  de  Bamborough ,  avant  de  savoir  si  le  roi  était  bien  disposé  pour 
hd.  Le  duc  de  Northumberland  avait  du  reste  été  chargé  de  la  garde  des 
frontières  d'Ecosse,  au  sujet  desquelles  Thomas  SeyviU  lui  était  envoyé 
en  juillet  1381  (Bec.  Off.y  Lord  Trea$,  Rem.,  For,  Rolli,  n*  2).  Une  addi- 
tion de  Johnes  (t.  I,  p.  664,  en  note)  montre  que  cette  inteidiction  était 
spéciale  au  duc  de  Lancastre,  compromis  par  les  révélations  de  Jean  Bail 
et  de  ses  complices. 

5.  Les  châteaux  du  duc  à  Leicester  et  à  Tutbury  avaient  été  saccagés; 
sa  femme,  la  duchesse  Constance,  fuyant  l'émeute,  s'était  vu  refuser 


XZZYI  CHRONIQUES  DB  J.  PROISSART. 

Quand  le  calme  est  rétabli,  que  Baker  à  Saint-AlbansS 
Lister  à  Stafford',  'l'ylcr»  Bail  et  Straw  à  Londres  ont  payé 
de  leurs  vies  leur  rébellion,  le  roi  décide  qu'il  parcourra  son 
royaume  pour  punir  les  coupables  et  reprendre  les  lettres 
d'affranchissement  qu'il  n'avait  accordées  que  contraint  et 
forcé.  Il  part  pour  le  comté  de  Kent  avec  500  lances',  et  arrive 
à  Ospringe^  :  sept  des  coupables  sont  pendus,  les  lettres  sont 
déchirées.  Les  mêmes  exécutions  (plus  de  1,500)  ont  lieu  à 
Cantorbéry,  à  Sandwich,  à  Yarmouth,  à  Orwell'  et  ailleurs'. 


l'entrée  de  son  chAtean  de  Pontefract  et  arait  été  contrainte  de  se  réfu- 
gier à  BLnaresborough.  Knyghton  prétend  (col.  2642)  qu'ému  par  tons  ces 
désastres,  où  il  voyait  an  châtiment  de  Dieu,  le  duc  aurait  à  oe  moment 
fait  vœu  de  renoncer  à  sa  vie  de  désordre  et  d'éloigner  sa  maîtresse 
Catherine  de  Swinford.  Il  l'épousait  néanmoins  en  1396,  deux  ans  après 
la  mort  de  la  duchesse  Constance. 

1.  Froissart  parle  à  peine  de  la  révolte  de  Saint-AIbans,  où  la  lutte  fut 
vive  entre  les  rebelles  commandés  par  William  Grindecob  et  l'abbé  Tho- 
mas de  la  Mare  (Walsingham,  t.  I,  p.  467-479).  Roger  Bacon,  qui  fut  un 
des  chefs  de  l'insurrection  en  Norfolk,  fut  Jugé  et  emprisonné  à  la  Tour 
de  Londres;  finalement,  il  fut  amnistié  à  l'occasion  du  mariage  du  nA 
(Powell,  The  Rising  in  Bast  Anglia  in  1381,  p.  39). 

2.  Fait  prisonnier  par  l'évèque  de  Norwich,  Henri  Spencer,  qui  s'était 
mis  À  la  tête  des  chevaliers  de  son  comté.  Lister  fut  pendu  (Walsin- 
gham, t.  Il,  p.  8)  avec  douxe  complices  (Johnes,  t.  I,  p.  664,  en  note). 

3.  Dans  cette  armée  figurait  Thomas  Trivet  <  et  certains  hommes 
«  d'armes  et  archiers  chivalchant  en  sa  compaignie  »  (Rec,  Ojf.,  luue 
RoUi  304,  m.  2;  Warr,  for  issues,  bundle  5). 

4.  Village  du  comté  de  Kent. 

5.  Village  du  comté  de  Cambridge. 

6.  Aussitôt  l'émeute  apaisée  à  Londres,  le  roi  était  parti  pour  le  Kent, 
sous  prétexte  d'un  pèlerinage  A  Cantorbéry,  accompagné  des  comtes  de 
Salisbury,  de  Suffolk  et  de  Devonshire.  Il  passe  par  Rochester  où,  après 
enquête  faite  par  J.  Newton,  de  nombreux  rebelles  sont  exécutés;  de 
même  à  Ospringe  et  à  Cantorbéry  (Johnes,  t.  II,  p.  667-668).  Le  roi  se 
rend  alors  en  Essex,  d'où,  en  date  du  23  juin  et  jours  suivants,  il  envoie 
A  tous  les  comtés  d'Angleterre  une  proclamation  déclarant  que  les  rebelles 
n'ont  point  agi  par  son  ordre,  comme  ils  veulent  le  £iire  croire,  et  doivent 
être  poursuivis  partout  où  on  les  trouvera  [Rec.  Off,,  Patent  RoUs  312, 
m.  39  V*);  des  commissaires  sont  nommés  pour  chaque  comté;  le  duc  de 
Lancastre  est  un  de  ceux  du  comté  d'York;  le  comte  de  Bucklngham 
un  de  ceux  du  comté  d'Essex.  De  Waltham-Abbey,  le  roi  va  à  Havering- 
at-Bower,  où  de  nombreux  ordres  d'arrestations  sont  donnés  (/M., 
m.  33  V*)  A  partir  du  28  juin  ;  le  2  juillet,  de  Chelmsford,  il  révoque  ses 
lettres  d'affiranchissement  (Rymer,  t.  VII,  p.  317)  et  continue  ses  enquêtes 
(Rec.  Off.^  Patent  Rolls  312,  m.  33  v*).  Revenu  A  Londres  pour  quelques 
jours,  le  8  juillet,  il  s'occupe  d'organiser  la  résistance  contre  les  rebelles 
dans  les  diiférenU  comtés  (/sive  Rolls  303,  m.  9).  Le  15,  il  est  A  Saint- 


SOMlfAIIlE  DU  DKUXIAmE  LIVRB,  g  209-227.      xzzvn 

Le  roi  envoie  alors  un  de  ses  chevaliers,  Nicolas  Camefelle, 
vers  le  duc  de  Lancastre,  pour  lui  donner  ordre  de  revenir^. 
Le  duc  obéit,  quitte  Edimbourg  et  va  à  Roxburgh  remercier 
de  leur  bon  accueil  les  barons  écossais,  qui  l'accompagnent 
jusqu'à  Helrose;  puis  il  s'achemine  vers  Londres  par  New- 
casUe,  Durham  et  York*. 

A  cette  époque,  meurt  Guichard  d'Angle,  comte  de  Hunting- 
don,  aux  obsèques  duquel  assistent  le  roi  et  toute  la  cour'. 
P.  129  à  132,  342,  343. 

De  retour  en  Angleterre,  le  duc  de  Lancastre  expose  au  roi 
ce  qu'il  a  fait  au  sujet  des  trêves  d'Ecosse,  mais  garde  en  son 
cceur  rancune  au  comte  de  Northumberland,  qui  lui  a  fermé 
les  portes  de  Berwick.  Les  fêtes  de  l'Ascension  (15  août) 
arrivent;  le  roi  tient  cour  plénière  à  Westminster.  Désireux 


Albans,  où  il  ordonne  plnsieurs  enquêtes  {Patent  RolU  312,  m.  29  v*), 
et  assiste  an  supplice  de  Jean  Bail  ;  le  16,  il  convoque,  pour  le  lundi  16  sep- 
tembre, le  Parlement  (Cloie  Rolls  228,  m.  40v;  lisue  RolU  303,  m.  10), 
que,  plus  tard,  il  proroge  aux  premiers  jours  de  novembre  {Close  Rolls 
228,  m.  39v*;  Issue  RoUs  303,  m.  14);  le  20,  éUnt  toujours  à  Saint- 
Albans,  il  reçoit,  avant  de  se  rendre  à  son  chÂteau  de  Berkbampstead, 
le  serment  de  fidélité  des  gens  du  Hertford  (Walsingham,  t.  II,  p.  39).  Il 
s'occupe  enfin,  d'accord  avec  les  évêques  de  Norwich  et  d'Ely  et  le  comte 
de  Sullolk,  des  enquêtes  et  des  poursuites  à  faire  dans  le  Norfolk  et  le 
SuiTolk  {Ree.  Off,^  luue  RolU  303,  m.  11;  Lord  Treas,  Rêm.,  For. 
RolU,  n*  2). 

1.  Dès  le  commencement  de  l'insurrection,  le  roi  avait  envoyé  au  duc 
de  Lancastre  Jean  Orewell,  porteur  d'une  «  quadam  billa  facta  per  com- 
«  mnnes  qui  insurrexerunt  contra  pacem  »  {Ree.  O/f.,  Lord  Tretu.  Rem, , 
For.  RoUs,  n*  2).  Se  sentant  soupçonné  de  pactiser  avec  les  rebelles  (Johnes, 
t.  I,  p.  664,  en  note),  ou  tout  au  moins  avec  les  barons  écossais,  qui  lui 
avaient  offert  des  troupes  pour  marcher  contre  les  révoltés  (Walsingham, 
t  II,  p.  42),  le  duc  écrit  au  roi  pour  lui  expliquer  sa  «  migrationem  in 
«  Sootiam.  »  Richard,  sur  les  conseils  du  comte  de  Warwick  (Johnes, 
t  I,  p.  668),  invite  à  revenir  son  oncle ,  qu'il  déclare  lui  être  toujours 
resté  fidèle,  contrairement  aux  bruits  qui  ont  couru  (3  juillet  1381.  — 
Rymer,  t.  VII,  p.  318),  lui  donne  un  sauf-conduit  {Ree.  Off»,  PaietU 
RMs  312,  m.  35)  et,  à  la  date  du  5  juillet,  ordonne  au  duc  de  Northum- 
berland de  lui  &ire  escorte  (Rymer,  t.  VII,  p.  319). 

2.  D'après  la  rédaction  de  Johnes  (t.  II,  p.  668],  c'est  à  Newcastle  que 
le  duc  de  Lancastre  rencontra  le  comte  de  Northumberland,  avec  lequel 
il  se  réooncUia.  D'York,  en  passant  par  Rothingham  et  Leicester,  le  duc 
arriva  à  Reading,  où  il  trouva  le  roi  (Knyghton,  col.  2641). 

3.  Frotssart  revient  ici  avec  des  détails  complémentaires  sur  la  mort  de 
Guichard  d'Angle,  dont  il  a  déjà  parlé  (t.  IX,  p.  236;  voy.  la  note  2  de  la 
p.  xcvm). 


XZXTin  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART. 

d'aller  à  Reading^,  à  Oxford  et  à  Coventry  châtier  les  rebelles, 
comme  en  Sussex  et  en  Kent,  il  crée  de  nouveaux  chevaliers  : 
le  jeune  comte  Jean  de  Pembroke^,  Robert  Rrembre',  Nicolas 
Twyford*  et  Adam  Fraunceys'.  A  cette  solennité  assistent  de 
nombreux  barons.  En  leur  présence,  le  duc  de  Lancastre 
reproche  son  action  au  comte  de  Northumberland  et  le  défie. 
Le  roi  s'interpose  et  justifie  le  comte,  qui  n*a  agi  que  par  ses 
ordres.  Ses  ordres  étaient  formels;  on  a  seulement  oublié  de 
faire  une  exception  en  faveur  du  duc,  la  faute  en  est  à  un  scribe 
négligent.  Ces  explications  et  les  supplications  des  barons 
décident  le  duc  à  faire  la  paix  avec  le  comte*.  Le  roi  part  le 
surlendemain  avec  500  lances  et  500  archers,  pdur  de  nou- 
velles exécutions  ^  P.  132  à  135,  343,  344. 


1.  Capitale  du  comté  de  Berks. 

2.  Jean  de  Pembroke,  que  nous  retrouvons  en  1386,  dans  Froissart 
(Kenryn,  t.  XXII,  p.  341-342),  chargé  de  la  défense  d'Orwel  et  de  Sand- 
wich, mourut  très  jeune  encore  en  1386,  à  Woods tock,  mortellement 
blessé  dans  un  tournoi. 

3.  Il  s*agit  ici  non  pas  de  Robert  Brembre,  mais  de  Robert  Laundê, 
qui  figure  plus  haut  (p.  zxxiv,  note  4),  et  que  Knyghton  nomme  À  tort 
Jean  Launde. 

4.  Nicolas  Twiford,  orfèvre  de  Londres,  est  chargé,  en  1370,  d'un  essai 
d*or  (Rjmer,  t.  VI,  p.  611);  en  1389,  il  était  maire  de  Ldhdres  et  un  des 
collecteurs  du  roi  en  cette  ville  {Ibid.,  t.  VII,  p.  634  et  646). 

5.  Adam  Fraunceys,  marchand  de  Londres,  fut  chargé  de  l'essai  de  l'or 
de  la  rançon  du  roi  Jean,  en  janvier  1361  (Rymer,  t.  VI,  p.  307);  le 
22  juin  1372,  il  est  un  de  ceux  qui  prêtent  de  l'argent  à  la  reine  Margue- 
rite d'Ecosse  {IMd.,  p.  727).  En  1405,  mentionné  comme  ehevaUer,  il  est 
collecteur  pour  le  Middlesex  {Ihid.y  t.  Vin,  p.  413)  ;  il  devint  plus  tard 
maire  de  Londres  (/Md.,  t.  XI,  p.  29). 

6.  D'après  Walsingham  (t.  II,  p.  44-45),  le  duc  et  le  comte  comparurent 
devant  le  roi  à  Rerkhampstead.  Le  comte  fut  d'abord  arrêté,  puis  relâché 
sous  caution  des  comtes  de  Warwick  et  de  Suifolk,  à  condition  de  se 
présenter  devant  le  Parlement  au  commencement  de  novembre.  Le  duc 
de  Lancastre,  craignant  un  mauvais  accueil  à  Londres,  différa  toujours 
sa  comparution,  et,  l'affaire  n'aboutissant  pas,  le  roi  força  les  deux  adver- 
saires à  se  réconcilier. 

7.  Le  18  août  1381,  le  roi  avait  donné  pouvoir  au  duc  de  Lancastre 
pour  faire  les  enquêtes  sur  l'insurrection  (Rjmer,  t.  VII,  p.  323;  Ree. 
OfT.y  Pat.  Bolls  312,  m.  26  y),  La  répression  continua.  Le  20,  on  arrêta 
un  drapier  de  Londres,  Stephen  HuU,  accusé  d'avoir  participé  à  l'incen- 
die de  l'hôtel  de  Savoie  (Aec.  0/f.,  Clote  Rolls  228,  m.  40)  ;  le  30,  le 
roi  demande  le  rôle  des  sentences  prononcées  dans  les  divers  comtés 
contre  les  insurgés  (làid.);  le  14  septembre,  on  instruit  le  procès  des 
gens  d'Essex  accusés  d'avoir  pillé  et  brûlé  les  domaines  de  la  reine 
mère  (/d.,  Pat.  RolU  312,  m.  23  v).  Enûn,  le  Parlement  s'ouvre  à  la 


SOmiAIRB  DU  DBUXiilfB  LIVBB,  $§  209-227.       zxzix 

Le  yent  se  montre  enfin  favorable,  et  le  comte  de  Cambridge 
cingle  vers  Lisbonne.  Sa  flotte  est  assaillie  le  troisième  jour 
par  ime  tempête  terrible,  qui  sépare  les  navires.  Le  comte  de 
Cambridge  et  la  majeure  partie  de  son  expédition  entrent 
dans  le  port  de  Lisbonne  S  ignorant  ce  que  sont  devenus  les 
chevaliers  gascons  Castelnau,  la  Barthe,  le  syndic  de  Latrau 
et  quarante  hommes  d'armes. 

Le  roi  Ferdinand,  qui  caresse  le  projet  de  marier  sa  fille' 
avec  le  jeune  fils  du  comte  de  Cambridge',  accueille  avec  joie 
les  chevaliers  anglais,  qui,  au  milieu  de  toutes  les  réjouissances 
qu'on  leur  prodigue'*,  songent  à  leurs  compagnons  perdus, 
jetés  peut-être  par  la  mer  sur  les  côtes  mauresques.  Les  che- 
valiers gascons,  en  effet,  ballottés  sur  les  côtes  du  Maroc  et 
du  royaume  de  Tlemcen,  risquent,  pendant  quarante  jours, 
d'être  pris  par  les  Sarrasins.  Le  vent  les  ramène  enfin  dans  la 
mer  d'Espagne.  Us  se  dirigent  d'abord  sur  Séville,  où,  sur  la 
foi  de  marchands  rencontrés  en  mer,  ils  croient  que  le  roi  de 
Cas  tille  est  assiégé  par  le  roi  de  Portugal  et  les  Anglais. 


Toussaint  {RotuU  ParUameniorumy  t.  III,  p.  98).  Les  lettres  d'affiran- 
ehissemeot  sont  réroqaées  et  une  amnistie,  à  laquelle  de  nombreuses 
exceptions  sont  &ites,  est  accordée  aux  communes  rebelles,  en  échange 
d'une  taxe  sur  les  «  leynes,  peanlx,  lanntz  et  quirs,  »  votée  difficilement 
pour  cinq  ans  par  le  Parlement  (/d.,  p.  103)  dans  les  commencements 
de  1382.  A  cette  date,  on  pent  considérer  l'insurrection  comme  finie. 

1.  Le  comte  de  Cambridge  n'arriva  à  Plymonth  qu'après  le  12  mai 
1381,  date  où  fut  &ite  la  montre  des  troupes  partant  pour  le  Portugal 
(Kymer,  t.  VII,  p.  305).  D.  Nunez  (t.  I,  p.  319)  dit  qu'il  arriva  à  lis- 
bonne  le  19  juillet  1381  ;  nous  avons  cependant  un  état  de  solde  daté 
dn  2  août,  où  il  est  parlé  du  départ  prochain  des  Anglais  (Rec.  Off.n  Attftf 
BoUs  303,  m.  12).  Les  bateaux  qui  emportaient  les  3,000  hommes  de 
l'expédition  étaient  au  nombre  de  quarante  et  provenaient  :  sept  de 
Bristol,  quatre  de  Plymouth,  un  de  Lynn,  onze  de  Dartmouth,  deux  de 
Bajonne,  treize  de  Lisbonne  et  deux  d'Oporto,  comptant  en  plus  près  de 
1,200  marins  (Ree,  O/f,  AecùwnU,  Q^een*»  Hem,  Z9/\T), 

2.  Béatrice  de  Portugal  (voy.  la  note  suivante). 

3.  Edouard  et  non  Jean,  comme  le  nomme  Froissart,  n'eut  jamais  pour 
femme  que  Philippine  de  Mohun.  Ses  fiançailles,  décidées  depuis  long- 
temps avec  Béatrice  de  Portugal  (voy.  plus  haut,  p.  xxii,  note  2),  furent 
rompues  en  1383  (voy.  p.  lxviu,  note  2)  par  le  mariage  de  cette  princesse 
avec  le  roi  Jean  de  Castille. 

4.  Le  comte  de  Cambridge  fut  logé  à  San  Domingo.  Les  Anglais  n'ayant 
pas  amené  de  chevaux  avec  eux,  le  roi  Ferdinand  s'occupa  de  leur  en 
procurer  et  fit  don  au  comte  de  Cambridge  de  douze  chevaux,  et  à  la 
comtesse  de  douze  mules  richement  garnies  (D.  Nunez,  t.  II,  p.  319-320). 


XLTI  CHRONIQUES  DS  J.  FROI88ABT. 

Cependant^  des  conférences  s'ouvrent  à  Haerlebeke,  où  le 
comte  et  les  villes  de  Flandre  envoient  des  représentants  ^ 
comme  aussi  les  pays  de  Brabant,  de  Hainaut  et  de  Liège.  Les 
Gantois  sont  au  nombre  de  douze,  panni  eux  Gilbert  de  Gru- 
tere'  et  Simon  Bette.  La  paix,  désirée  par  tous  les  gens  pai- 
sibles, est  décidée  sous  certaines  conditions;  et  les  Gantois 
rentrent  dans  leur  ville.  Gilbert  de  Grutere  et  Simon  Bette 
annoncent  à  leurs  amis  que  bientôt  la  paix  sera  signée,  joyeuse 
pour  les  honnêtes  gens,  mais  funeste  pour  les  mauvais  citoyens. 
P.  145  à  147,  347,  348. 

Informé  de  ce  qui  se  passe  et  voyant  dans  les  paroles  de 
Gilbert  de  Grutere  et  de  Simon  Bette  une  menace  pour  lui, 
Pierre  du  Bois,  d'accord  avec  Philippe  d'Artevelde,  convoque 
ses  gens  pour  le  jour  où  le  traité  doit  être  rendu  public  dans 
la  halle  de  Gand.  P.  147  à  149,  348,  349. 

Le  jour  dit,  à  neuf  heures  du  matin,  les  échevîns  et  les 
notables  de  la  ville  se  réunissent  pour  entendre  ceux  d'entre 
eux  qui  sont  allés  à  Haerlebeke.  Gilbert  de  Grutere  et  Simon 
Bette  prennent  la  parole  et  expliquent  comment^  grâce  à  Tin- 
tervention  des  ducs  de  Brabant  et  de  Bavière,  le  comte  con- 
sent à  la  paix,  sous  la  condition  que  dans  les  quinze  jours  on 
lui  livre  200  otages,  qu'il  désignera  lui-même,  pour  aller  i 
Lille  se  mettre  à  sa  merci.  Pierre  du  Bois  se  montre  alors  et 
reproche  à  Gilbert  Grutere  d'avoir  trahi  la  ville  en  disposant 
ainsi  de  la  vie  de  200  de  ses  concitoyens  :  tirant  sa  dague,  il 
le  frappe  à  mort;  Philippe  d'Artevelde  poignarde  de  son  côté 


ikire  la  paix,  ils  s'y  seraient  résolus  dès  septembre  1381,  si  les  exigences 
du  comte,  qui  ne  cherchait  qu'à  différer,  n'avaient  pas  été  si  grandes 
(Meyer,  fol.  179  t*).  Après  de  nouvelles  hostilités  et  malgré  les  résistances 
du  parti  révolutionnaire,  les  conférences  de  Haerlebeke  eurent  lieu  du 
30  septembre  au  2  octobre  et  du  5  au  7  octobre  1381  {BekeningeHj  p.  272- 
273).  Elles  avaient  été  précédées  d'autres  conférences  tenues  à  Oedelem, 
près  de  Bruges,  le  8  juin,  et  du  13  au  20  août  {Ibid,,  p.  186  et  271). 

1.  Les  représentants  du  comte  aux  conférences  de  Haerlebeke  furent 
messire  de  la  Grathuse,  Josse  de  Halewin,  messire  Jean  de  Halewin, 
maître  Pierre  de  la  Zeppe,  le  receveur  et  Gilles  le  Sonton,  «  envoyés  par 
«  deux  fois  ou  mois  d'octobre  l'an  IIIIxx  et  I  à  Haerlebeke  pour  tenir 
«  journée  contre  chiaus  de  Gand.  »  Les  frais  de  cette  ambassade  mon- 
tèrent à  142  livres,  13  sous,  d'après  un  compte  des  archives  de  Lille,  cité 
par  Le  Glay  {Chr.  rimée,  p.  102). 

2.  Gilbert  de  Grutere  n'assista  qu'aux  dernières  conférences,  du  5  au 
7  octobre  {RekmUngm,  p.  272). 


SOmiAIBB  DU  DBUXlftias  Livn,  Si  234-262.        zun 

Simon  Bette.  Une  émeute  semble  poindre;  elle  se  calme  bien- 
tôt, tandis  que  le  comte,  apprenant  à  Bruges  ces  deux  meurtres, 
jure  de  se  venger*.  P.  149  à  151,  349,  350. 

Les  Gantois  pleurent  tout  bas  ces  deux  victimes,  mais  ils 
sont  terrorisés'  et  continuent  à  souffrir  de  la  guerre,  exposés 
à  être  faits  prisonniers  par  les  garnisons  qui  les  guettent,  et 
ne  recevant  plus  de  vivres  ni  du  Brabant  ni  du  Hainaut. 
P.  151,  152,  350. 

CHAPITRE  XV- 

1382,  24  février.  aivoLTs  a  xoukn.  —  1*'  mara,  iMxuTX  des 
maillotuts.  —  14  janvier,  iiAauGK  du  roi  xichabd  u  et  D*Ainnt 
DE  BOHÊME.  —  22  février,  le  duc  d'amjou  aerive  a  avignok.  — 
13  juin,  EL  PART  POUR  l'italie.  — 14  octobre,  il  piênàtre  sur  le 

TERRITOIRE  NAPOLITAIN.   Mai^juin,   GHEVAUCUiE  DES  ANGLAIS 

EN   ESTRAMADURX.  AoÛt,  GOMMENCEXENT  DES   POURPARLERS   DE 

PAIX  ENTRE  LE  PORTUGAL  ET  LA  GASTILLE. Octobre,  DÏPART  DU 

COMTE  DE  CAMBRIDGE  (§§  234^  à  262). 

Les  Parisiens,  eux  aussi,  s'insurgent  à  la  même  époque 
contre  le  roi,  qui  veut  rétablir  les  aides  et  autres  impôts  dont 
la  suppression,  accordée  par  feu  Charles  V,  avait  été  confirmée 
lors  du  couronnement  à  Reims'*. 


1.  D'après  le  Memorie  Boek  de  Gand,  cité  par  Kervyn  (t.  IX,  p.  566), 
on  moDvemeiit  popalaire  se  produisit  le  26  janvier  1382.  Simon  Bette, 
ptemier  échevin  de  la  Keure,  ne  périt  qne  le  jeudi  30. 

2.  Maitie  de  la  ville,  Philippe  d'Artevelde  édicté  de  noovelles  lois  et 
fait  nommer  quatre  tribuns  :  Pierre  du  Bois,  Jacques  le  Riche,  doyen 
des  tisserands,  Jean  de  Heyst  et  Basse  Yande  Voorde  (Meyer,  fol.  180  v). 
Voy.  Kervyn,  t  IX,  p.  566-567. 

3.  Ce  paragraphe  ne  commence  dans  ce  chapitre  qu'à  la  ligne  13  de  la 
pege  152. 

4.  La  suppression  des  aides  accordée  à  Paris  le  15  novembre  1380  (voy. 
plus  haut,  p.  v,  note  2)  avait  été  accueillie  avec  joie.  La  fin  du  règne 
de  Charles  Y  fat  en  effet  marquée  par  une  augmentation  sensible  des 
impôts,  dont  on  souffrit  vivement  :  «  Dyablement  y  ait  part,  »  disait  en 
parlant  du  feu  roi  un  homme  du  peuple,  «  quant  il  a  vescu  si  longue- 
<  ment,  car  il  nous  feust  mieulx,  s'il  feust  mort  passé  a  .z.  ans  I  »  (AreK, 
nai.f  JJ  136,  fol.  13  v*).  «  Maudite  soit  l'heure  que  il  fu  onques  nez  ne 
c  sacrez!  »  disait  un  autre  (/M.,  JJ  144,  fol.  169  v*).  Aussi,  quand  le 
4  mars  1381  «  ont  esté  mandé  à  Paris  les  gens  des  trois  estas  de  la  Lan- 


XLIV  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART. 

Le  roi  et  son  conseil  sont  forcés  de  se  rëfiigier  à  Meaux'  ;  le 
peuple  de  Paris  prend  les  armes',  massacre  les  collecteurs, 
ouvre  les  portes  des  prisons^,  pille  les  maisons'*  et  délivre 
Hugues  Aubriot*,  ancien  prévôt  du  ^Ghâtelet,  condamné  à  la 

«  goedooyl  et  a  esté  assemblée  à  Paris  pour  atoir  ayde  pour  le  fait  de  la 
a  guerre  »  {Ibid.,  Xia  1471,  fol.  443),  les  États  refusèrent  l'aide.  De  même 
à  Compiègne  et  À  Seuils.  Le  roi  dut  se  contenter  d'une  taille  accordée  à 
Paris  et  dans  le  diocèse  de  Sens  et  de  subsides  du  clergé  obtenus  par  le 
pape  en  septembre  1381.  Après  un  accord  fait  ayec  le  prévôt  des  mar- 
chands et  les  bourgeois  de  Paris  en  Janvier,  il  est  décidé  qu'au  1*'  mars 
prochain  un  impôt  sera  perçu  sur  le  vin  et  sur  le  sel  et  8  deniers  (12, 
d'après  d'autres  chroniques)  par  livre  de  toute  marchandise  {Chranoçra- 
phia,  t.  III,  p.  3-8).  L'ordonnance  est  publiée  au  mois  de  janvier  à  huis- 
dos  au  Ghâtelet;  on  afferme  les  impôts,  et  le  dernier  jour  de  février  on 
a  recours  à  une  ruse  pour  l'annoncer  au  peuple  {Religieux  de  5aM- 
DeniSy  t  I,  p.  134). 

1.  Les  détails  donnés  par  Froissart  sur  la  révolte  des  Maillotins  sont 
assez  confus  et  incomplets;  ils  doivent  être  rectifiés  et  complétés  par 
d'autres  chroniques,  principalement  par  la  Chranographia  regum-  fran- 
corutny  p.  p.  M.  H.  Moranvillé.  Lorsque,  le  1*'  mars  1382,  la  révolte 
éclata  au  sujet  du  recouvrement  de  l'impôt,  la  cour,  forcée  de  fuir  à  la 
hâte,  se  réfugia  non  pas  à  Meaux,  mais  à  Yincennes  {Œuvres  d'Kusiaehe 
Deschamps,  t.  III,  p.  139),  où  était  le  roi,  qui  n'alla  à  Meaux  qu'en 
avril,  après  la  répression  de  l'émeute  de  Rouen  (Petit,  Séjours  de 
Charles  VI,  p.  13). 

2.  Le  peuple  s'empare  à  l'hôtel  de  ville  de  douze  mille  maiUets  de 
plomb,  que  Hugues  Aubriot  avait  autrefois  fait  faire  en  prévision  d'une 
guerre  (Chronographia,  t.  III,  p.  23);  les  insurgés,  au  nombre  de  4,000, 
se  rassemblent  sur  la  place  de  Grève. 

3.  L'émeute  avait  des  partisans,  même  parmi  les  sergents  du  guet  : 
l'un  d'eux,  Jean  Évrart,  «  fut  un  des  principaulx  rompeurs  et  briseurs 
«  de  noz  prisons  du  Ghastellet  »  {Areh.  nat.,  JJ  138,  p.  123). 

4.  Les  Maillotins  tuent  plusieurs  gens  de  justice  {Chnmùgraphiaj 
t.  m,  p.  23-24),  portent  le  pillage  «  à  Montmartre,  à  Sainte  Katherine,  à 
a  Saint  Éloy  et  en  l'ostel  »  du  duc  d'Anjou  {Arch,  nai,j  JJ  136,  fol.  1  v*). 
Le  peuple  profite  du  désordre  pour  tuer  et  piller  de  nouveau.  Les  Juifs 
ne  sont  pas  épargnés  à  Paris  {Ihid.,  JJ  122,  fol.  55,  et  JJ  136,  fol.  114), 
non  plus  qu'à  Mantes  {Ibid.,  JJ  122,  fol.  d6  v*)  «  et  en  aucunes  autres 
a  villes  »  (/Met.,  JJ  136,  fol.  113)  :  on  les  tue,  on  les  robe  «  de  tontes 
«  leurs  chevances  tant  d'or,  d'argent,  de  joyaux  et  autres  meubles,  comme 
a  de  leurs  lettres  et  obligations  en  quoy  leurs  debteurs  estoient  tenuz  à 
tt  eux  »  (/Md.). 

5.  Bourguignon  d'origine,  Hugues  Aubriot  intervient  en  1360  (Frois- 
sart, t.  V,  p.  Lxvii,  note  2)  avec  six  autres  bourgeois  au  traité  par  lequel 
le  roi  d'Angleterre  s'engage  à  respecter  la  Bourgogne,  moyennant  une 
somme  garantie  par  les  dits  bourgeois.  Bailli  de  Dijon  en  1362  (Moran- 
villé, Étude  sur  Jean  le  Mercier ,  p.  85,  note  2),  il  l'est  encore  en  1366 
(Petit,  lUnéralres,  p.  469).  Charles  V  le  fait  alors  venir  auprès  de  lui. 
Prévôt  de  Paris  en  1367,  il  embellit  et  assainit  la  ville,  mais  indispose 


SOmiAmB  DU  DBUXltalB  LIVIIS,  |S  234-26Î.  xlv 

prison  poar  ses  méfaits  dignes  da  feu  :  il  se  hâte  de  fuir  en 
Bourgogne. 

Effrayé  de  cette  émeute,  le  roi  se  décide  à  envoyer  aux  Pari- 
siens le  sire  de  Couci^,  pour  traiter  avec  eux.  P.  152,  153, 
350. 

Sans  autre  suite  que  sa  domesticité  ordinaire,  le  sire  de 
Conci  se  rend  à  Paris,  descend  à  son  hôtel  et  entre  en  négo- 
ciations avec  les  chefs  des  émeutiers.  En  échange  de  la  suppres- 
sion des  aides,  ceux-ci  s'engagent  à  payer  chacjpie  semaine  à 
un  receveur  spécial  du  roi  la  somme  de  10,000  francs,  destinée 
uniquement  à  la  solde  des  gens  d'armes.  Le  roi,  espérant 
mieux  de  l'avenir,  accepte  ce  marché,  mais  reste  éloigné  de 
Paris*.  P.  153  à  155,  350,  351. 


contre  lui  les  clercs  de  rUniversité  par  ses  règlements  de  police.  Il  est 
créé  chevalier  par  le  roi  et  derient  maître  des  comptes  en  1378  {Arck, 
nat.,  P  2295,  fol.  529).  Aux  obsèques  de  Charles  V,  il  entre  en  lotte 
OQverte  arec  l'Université  {Chr.  des  Quatre  Valois,  p.  288);  accusé  d'hé- 
résie, de  liaison  avec  des  Juives  et  d'autres  crimes  encore  (Religieux  de 
SaiiU-Denis,  1. 1,  p.  102-104),  il  est  arrêté,  obligé  de  désavouer  ses  erreurs 
{Ckronographia,  t.  III,  p.  5)  le  17  mai  1381  et  condamné  à  la  prison  pei^ 
pétnelle.  Délivré  le  1*'  mars  1382  par  les  Maillotins,  qui  veulent  en  faire 
leur  chef,  il  s'enfuit  d'abord  en  Bourgogne,  puis  à  Sommières  en  Lan- 
guedoc, où  le  pape  lui  assigne  résidence  (voy.  la  notice  de  Le  Roux  de 
Lincy,  Bibl.  de  tte.  des  chartes,  t.  XXIII,  p.  173-213,  et  Isl.  et  chr. 
de  Flandre,  t.  II,  p.  255-256).  D'après  les  Grandes  Chroniques  (t.  VI, 
p.  475),  il  c  demeura  toujours  prevost  de  Paris  »  jusqu'à  sa  condam- 
nation. Une  quittance  {BibL  nat.  Clair,  vol.  7,  n*  139)  en  date  du 
9  novembre  1375  nous  apprend  quels  étaient  les  gages  d'Aubriot,  qui,  pour 
le  terme  de  la  Toussaint,  reçoit  150  livres,  2  sols  et  7  deniers. 

1.  L'interrention  d'Enguerran  de  Goucl  eut  lieu  deux  fois  :  d'abord 
le  1*'  mars  1382,  et  plus  tard  au  mois  d'avril,  après  la  répression  de 
l'émeute  de  Rouen.  Froissart  supprime  tous  les  faits  qui  se  sont  passés 
entre  ces  deux  dates.  Le  1**  mars  1382,  à  la  première  nouvelle  de  la  révolte, 
le  roi  envoie  le  duc  de  Bourgogne  et  le  sire  de  Gouci  pour  apaiser  le 
peuple.  Sur  le  refus  du  roi  de  supprimer  les  Impôts,  les  troubles  conti- 
nuent :  on  ouvre  les  prisons  du  Châtelet,  dont  on  incendie  les  papiers, 
de  Sainte-Geneviève  et  de  Saint-Germain.  L'émeute  dure  jusqu'au  4  mars. 
Après  des  pourparlers  assez  longs,  le  roi  finit  par  obtenir  des  bourgeois, 
terrorisés  par  le  peuple  et  les  troupes  menaçantes  du  duc  d'Anjou,  la 
punition  des  coupables.  Dans  la  nuit  du  10  au  11,  on  arrête  un  grand 
nombre  de  Maillotins  qui,  du  12  au  15,  sont  décollés  ou  pendus,  à  l'indi- 
gnation croissante  des  Parisiens.  La  paix  semble  rétablie,  sans  que  le  roi 
ait  obtenu  de  subsides  :  il  part  pour  Rouen  (Chronographia,  t.  III, 
p.  24-30). 

2.  Après  son  départ  de  Rouen,  le  roi  s'arrête  à  Gompiègne,  où  il  con- 
voque vers  le  milieu  d'avril  {Beliffieux  de  5aln(-2>enii,  t.  I,  p.  148)  les 


XLYI  CHRONIQUSS  DB  J.  FROIMART. 

Même  insurrection  à  Rouen  au  sujet  des  aides;  meurtres  du 
châtelain  et  des  collecteurs.  Craignant  que  l'exemple  ne  soit 
contagieux  pour  les  autres  villes,  le  roi  arrive  à  Rouen,  apaise 
la  révolte  et  obtient  pour  chaque  semaine  une  somme  qui  sera 
payée  à  un  receveur  spécial^.  P.  155,  156,  351. 

Désireux  de  conquérir  le  royaume,  dont  le  pape  Clément  Ta 
déclaré  héritier,  le  duc  d'Anjou  prépare  sa  campagne  d'Italie'. 

trois  États  de  la  province  de  Reims,  qui  ne  loi  accordent  pas  entièroment 
ce  qn'il  désire  (Chronographia,  t.  III,  p.  32).  Il  demande  alors  aux  Pari- 
siens sur  q[uelle  aide  il  peut  compter  de  leur  part.  Le  sire  de  Couci  part 
de  Meaux,  où  est  le  roi  (20  avril),  pour  chercher  une  réponse.  Paris  offire 
12,000  francs  pour  les  besoins  personnels  du  roi.  Le  18  mai,  une  con- 
férence a  lieu  à  Saint-Denis  entre  les  représentants  du  roi,  à  la  tète  des- 
quels se  trouve  le  président  au  Parlement  Arnaud  de  Corbie,  et  ceux  de 
la  ville,  dirigés  par  l'avocat  Jean  Desmarès.  Moyennant  une  amnistie 
générale  remontant  au  1*'  mars  et  la  renonciation  à  toute  aide,  la  ville 
accorde  au  roi  une  taille  de  80,000  francs  (le  Beligieux  de  Saint'Denis 
dit  100,000),  dont  12,000  pour  le  roi  et  8,000  pour  les  réparations  de  la 
ville  ;  les  60,000  autres,  destinés  à  la  solde  des  gens  de  guerro,  doivent 
rester  entro  les  mains  d'un  receveur  spécial  [Chronographia,  t.  III, 
p.  36-37).  «  Et  par  ce  furont  pour  lors  paix  et  accort  entro  le  roi  et  eulx  > 
{Chr.  des  Quatre  Valois^  p.  302).  Le  roi,  mécontent  de  cette  solution,  ne 
fit  son  entrée  à  Paris  que  le  1"  juin  et  se  hÂta  d'aller  ensuite  à  Maubuis- 
son  (p.  303). 

1.  L'émeute  de  Rouen  précéda  celle  de  Paris  et  commença  le  lundi 
24  février,  jour  de  la  Saint-Mathias,  «  pour  ce  que  le  roy  et  son  conseil 
0  rovoudront  avoir  toutes  les  aides  comme  devant  »  {Chronique  de  Pierre 
Coefunif  p.  163),  et  dura  trois  jours,  pendant  lesquels  il  y  eut  «  infractions 
a  de  prisons,  maisons  rompues,  murtres,  larrecins,  monopoles,  conspira- 
«  cions,  assemblées,  sons  de  cloches,  portes  fermées,  pors  d'armes,  crimes 
«  de  lèse  majesté,  infractions  de  sauvegarde,  sacrilèges  et  infractions 
«  d'églises  et  lieux  saints,  et  autres  maulx  et  inconveniens  »  (àrch, 
naLj  JJ  122,  fol.  56  v*).  Les  Rouennais,  ayant  à  leur  tète  un  drapier  du 
nom  de  Jean  le  Gras  (R^igieux  de  SaitU-DeniSf  t.  I,  p.  130),  obtiennent 
par  la  force  du  chapitre  de  Notre-Dame  et  des  religieux  de  Saint-Ouen 
le  renoncement  à  leurs  droits  {Ibid.,  p.  164-165  ;  Chr,  des  Quatre  Valois, 
p.  298),  puis  envoient  demander  au  roi  des  lettres  de  rémission.  Le  roi 
part  de  Vincennes  le  17  mars  et  séjourne  à  Pont^e-l' Arche  du  23  au  27 
(Petit,  Séjours  de  Ch.  VI,  p.  13).  Avant  de  faire  une  entrée  triomphale  à 
Rouen,  il  fait  mettre  à  mort  les  plus  compromis  des  émeutiers  et  déposer 
toutes  les  armes  au  ch&teau,  puis,  proclamant  son  pardon,  il  entre  dans 
la  ville  le  samedi  29,  veille  des  Rameaux,  et  y  reste  jusqu*au  6  avril, 
jour  de  Pâques.  Le  maire  de  la  ville  est  suspendu  et  sa  mairie  mise  entre 
les  mains  du  bailli  de  Rouen  {Chr.  de  Pierre  Cochan,  p.  166).  «  Le  roy 
«  estant  à  Rouen,  fut  par  les  barons  et  prelas  et  bourgois  de  Normendie 
a  acordée  l'imposicion  eu  cas  que  les  autres  provinces  du  royaume  de 
«  France  l'acorderoient  »  {Chr,  des  Quatre  Valois,  p.  301). 

2.  Les  hésitations  du  duc  d'Anjou  furent  grandes  avant  de  se  décider  4 


SOMMAIBB  DU  DKUXiftiIB  LIVHS,  g  234-262.        ZLvn 

Ne  négligeant  rien  pour  se  faire  bienvenir  des  Parisiens,  dont 
il  espère  obtenir  des  subsides,  il  s'entend  avec  le  duc  de 
Savoie^,  qui,  moyennant  500,000  florins,  lui  fournira  mille 
lances  pour  un  an.  Le  duc,  de  son  côté,  engage  à  sa  solde 
9,000  hommes  d'armes'  et  s'occupe  de  tous  les  préparatifs 
nécessaires  à  un  long  voyage.  P.  156,  157,  351,  352. 

Pendant  que  le  comte  de  Cambridge  et  ses  gens  se  reposent 
à  Lisbonne,  on  célèbre  le  mariage  de  Jean  ',  fils  du  comte  de 
Camlnridge,  et  de  Béatrice,  fille  du  roi  de  Portugal,  tous  deux 


aOer  en  Italie.  Malgré  la  prise  d'Arezzo  par  Charles  de  la  Paix,  que  le 
pape  Urbain  avait  leconnn  roi  de  Sicile,  malgré  les  appels  de  la  reine 
Jeanne  (4  juin  1381),  qni  lui  promettait  de  le  faire  couronner  roi  dès  son 
arrivée  en  Italie  {Bibl.  na^,  coll.  Dupuy  845,  2*  partie,  fol.  26),  malgré 
l'entrée  à  Rome  (8  juin)  de  Charles,  qui  se  fait  couronner  par  Urbain  et 
s'empare  de  Naples  (16  juillet] ,  le  duc  attend  toujours,  «  iUam  guerram 
c*arripere  trepidans  »  [Chronographia,  t.  III,  p.  15  et  20).  Dans  un  con- 
seil du  roi  tenu  à  Créci  les  26-28  juillet  {Journal  de  Jean  le  Fèvre,  p.  p. 
H.  Moranvillé,  t.  I,  p.  8),  il  avait  été  alloué  au  duc  60,000  francs  sur  les 
aides;  le  roi  lui  donnait  de  plus  50,000  francs  en  pièces  d'argenterie, 
c  subsides  auxquels  il  convient  de  joindre  32,000  francs  que  Louis  s'était 
«  appropriés  à  la  mort  de  son  frère  »  (Valois,  La  France  et  le  grand 
9chiime  dOecideni,  t.  II,  p.  14-15).  Décidé  pour  le  moment  à  envoyer  des 
secours  pécuniaires  à  la  reine  Jeanne  {Journal  de  Jean  le  Fèvre,  t.  I, 
p.  9-10),  il  apprend  le  25  septembre  qu'assiégée  dans  Castel  Nuovo,  elle 
B*e8t  rendue  à  Charles  de  la  Paix  après  la  défaite  de  son  mari,  Othon  de 
Bmnswick  ;  tout  le  pays,  devenu  urbaniste,  s'est  soumis  au  nouveau  roi 
(Valois,  La  France  et  le  grand  schisme ^  t.  II,  p.  11-12).  Le  duc  semble 
renoncer  à  ses  projets  définitivement  ;  mais,  à  la  fin  d'octobre,  il  cherche 
à  se  renseigner  auprès  du  pape  sur  les  dispositions  des  Provençaux  A  son 
égard;  enfin,  le  8  janvier  1383,  il  s'engage  A  risquer  l'entreprise  malgré 
tout  et  envoie  A  Avignon  son  chancelier  Jean  le  Fèvre  {Journal  de  Jean 
le  Fèvre,  1. 1,  p.  11-14). 

1.  Avant  de  partir  pour  l'Italie,  le  duc  d'Anjou  avait  essayé,  mais  en 
vain,  de  contracter  une  alliance  avec  les  Bolonais,  les  Florentins  et  les 
Génois.  Ses  ambassadeurs  avaient  été  plus  heureux  avec  les  Visconti  de 
Milan.  Un  projet  de  mariage  avait  été  ébauché  entre  Louis,  fils  aine  du 
duc  d'Anjou,  et  une  des  filles  de  Bemabo.  Ce  dernier  s'engageait  A  payer 
pendant  six  mois  la  solde  de  2,000  lances,  commandées  par  un  de  ses  fils. 
Même  réussite  auprès  d'Amédée,  comte  de  Savoie,  auquel  le  duc  aban- 
donnait sur  son  futur  royaume  le  Piémont  et  quelques  villes.  Le  comte, 
en  échange,  suivait  le  duc  en  Italie  avec  1,200  lances  (Valois,  La  France 
et  le  grand  schisme,  t.  II,  p.  29-35). 

2.  La  majeure  partie  des  troupes  recrutées  par  le  duc  d'Anjou  se  com- 
posait des  «  gens  d'armes  de  Bertram  du  Guesclin,  qui  encore  se  tenoyent 
c  ensemble  >  {Ist.  él  eh,  de  Flandre,  t.  II,  p.  173). 

3.  Les  fiançailles  d'Edouard,  et  non  de  Jean,  fils  du  comte  de  Cam- 
bridge, aTec  la  princesse  Béatrice,  furent  solennellement  célébrées.  Cou- 


XLimi  CHRONIQUSS  DB  J.  PROISSAKT. 

âgés  de  dix  ans  ou  i  peu  près.  Les  enfants  sont  couchés  nus 
dans  le  même  lit. 

Après  les  fêtes  du  mariage  S  le  roi  assigne  comme  garnison 
au  comte  de  Cambridge  et  à  ses  gens  la  ville  d'Estremoz*;  aux 
chevaliers  anglais  et  gascons  Villa  Viçosa',  leur  recomman- 
dant de  ne  faire  aucune  chevauchée  sans  sa  permission.  Pen- 
dant ce  temps,  le  roi  de  Castille^,  séjournant  à  Séville,  fait 
venir  des  renforts  de  France.  P.  157  à  159,  352. 

Désireux  de  ne  pas  rester  inactifs  dans  leur  garnison  de 
Villa  Viçosa,  le  Chanoine  de  Robersart  et  les  autres  chevaliers 
gascons  et  anglais*  envoient  un  des  leurs,  Jean  de  Sandwich, 
demander  au  roi  Tautorisation  de  faire  une  chevauchée  en 
pays  ennemi.  Refus  du  roi.  Les  chevaliers  décident  d'agir 
quand  même,  et,  avec  400  hommes  d'armes  et  400  archers, 
ils  partent  un  jour,  sous  les  ordres  du  Chanoine,  pour  aller 
assiéger  le  château  de  Higuera*,  défendu  par  les  frères  Pierfe 
et  Barthélemi  Gouse^.  P.  159  à  161,  352,  353. 

chés  dans  le  même  lit,  suivant  la  coutume  anglaise^  ils  forent  bénis  par 
révdqae  de  Lisbonne  et  reçurent  le  serment  de  fidélité  des  nobles  de  Por^ 
togal  (D.  Nunez,  Cronicas,  t.  II,  p.  321). 

1.  Les  troupes  anglaises  se  livrèrent  à  Lisbonne  à  des  excès  et  à  des 
désordres  sans  nombre  ;  se  conduisant  en  bommes  qui  Tiendraient,  non 
pas  défendre  le  pays,  mais  le  ruiner,  ils  pillaient  les  villes  et  violaient  les 
femmes  (F.  Lopes,  dans  la  Collecâo  de  libros  ineditos  de  José  Gorrea  de 
Serra,  t.  IV,  p.  413).  Le  roi  de  Portugal  cbercba  alors  à  les  éloigner;  il 
aurait  voulu  les  voir  s'établir  sur  les  rives  de  la  Guadiana,  à  la  frontière 
même;  mais  ils  restèrent  à  Villa  Viçosa,  où  ils  continuèrent  A  exaspé- 
rer les  populations,  qui  ne  pouvaient  se  venger  d'eux  qu'en  cachette 
(D.  Nufiez,  t.  II,  p.  323-324). 

2.  Portugal,  prov.  d'AlenteJo. 

3.  Portugal,  prov.  d'Alentejo,  près  de  la  frontière  d'Espagne. 

4.  Après  la  prise  d'Almeida,  le  roi  de  Gastille  était  venu  A  Coca.  Le 
9  décembre  1381,  il  est  à  Madrigal;  le  31  à  Avila  (Ayala,  t.  II,  p.  155). 

5.  Les  chevaliers  qui  accompagnent  le  Chanoine  de  Robersart  ont  déjà  été 
énumérés  plus  haut,  p.  xxiv-xxv.  Froissart  ajoute  seulement  Ici  les  noms 
de  Raymonnet  de  Marsan  et  de  Jean  Soustrée,  que  Johnes  appelle  Soun- 
der.  Ce  chevalier,  que  les  historiens  désignent  simplement  comme  un 
bâUrd  d'Angleterre  (F.  Lopes,  t.  IV,  p.  448;  D.  Nunez,  t.  II,  p.  319), 
devait  être  un  bStard  de  Thomas  de  Holand  (cf.  Kervyn,  t.  XI,  p.  389,  et 
t.  XII,  p.  96).  Ce  n'est  donc  que  par  extension  qu'il  pouvait  être  considéré 
comme  frère  bâtard  du  roi,  ce  dernier  ayant  pour  mère  Jeanne  de  Kent, 
qui  avait  précédemment  épousé  Thomas  de  Holand.  —  C'est  par  erreur 
que  Froissart  donne  ici  le  prénom  d'il  dam  à  Thonuu  Simond. 

6.  Higuera-la-Real,  bourg  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz. 

7.  Ces  deux  frères  ne  figurent  pas  dans  les  chroniques  espagnoles  et 
portugaises. 


SOmAIRB  DU  DBUXdEMB  LIVRB,  g  234-262.         xlix 

L'assaut  est  donné,  où  se  distingne  tout  particulièrement  un 
jeune  écuyer  de  Hainaut  nommé  Froissait  Meulier  * .  Les  Espa- 
gnolsy  ayant  perdu  un  de  leurs  chefs,  Barthélemi  Gouse,  par- 
lementent' et  livrent  le  château,  où  ils  laissent  leurs  armes  et 
bagages.  Ils  se  dirigent  vers  Xérès  ^,  espérant  y  trouver  le 
grand  maître  de  Saint-Jacques^,  qui,  de  son  côté,  à  la  tête  de 
400  hommes  d^armes,  cherche  les  Anglais  pour  les  combattre. 
P.  161  à  163,  353,  354. 

Les  Anglais  laissent  une  garnison  à  Higuera  et  retournent 
en  trois  routes  à  Villa  Viçosa.  La  route  commandée  par  le 
Chanoine  de  Robersart  aperçoit  en  chemin,  entre  Olivenza'  et 
Alconchel  ',  les  gens  du  grand  maître  de  Saint-Jacques,  qui, 
malgré  leur  nombre,  n'osent  attaquer.  P.  163,  164,  354,  355. 

Tout  rhiver  se  passe  sans  nouvelle  chevauchée  ^.  Le  roi  Jean 
de  Castille  demande  alors  secours  au  roi  de  France,  qui  lui 
envoie  Olivier  du  Guesclin  et  autres  chevaliers  ^  de  toutes  les 
provinces  de  France.  Ces  nouvelles  troupes  traversent  T Ara- 
gon pour  se  rendre  auprès  du  roi  Jean.  P.  164,  165,  355. 

1.  Un  Fioissait  le  Meulier  est  dté  dans  un  document  de  1517  comme 
ancien  propriétaire  d'un  pré  {Monutnents  peur  servir  à  rhisUHre  des  prth 
vinces  de  Namur,  de  Hainaut  ei  de  Luxembourg^  t.  III,  p.  626). 

2.  D'après  Froissart,  ce  fut  à  Matthieu  de  Goumai,  connétable  de  Tar- 
mée,  et  à  Guillaume  de  IVIiuisor,  maréchal  de  l'armée,  que  se  rendit  ce 
château,  n  faut  évidemment  lire  Beauehamp  au  lieu  de  Windsor,  Guil- 
laume de  Beauehamp  étant  alors  maréchal  de  l'armée  (voy.  p.  xxiv),  et 
Guillaume  de  Windsor  se  trouvant  à  cette  époque  en  Angleterre  (cf.  plus 
loin,  p.  L,  note  6). 

3.  Jerez  de  los  Caballeros,  ville  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz. 

4.  Don  Fernando  Osorès,  d'après  F.  Lopes. 

5.  Ville  forte  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz. 

6.  Bourg  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz. 

7.  Durant  cet  hiver,  nous  trouvons  la  mention  de  l'envoi  en  Angleterre 
de  deux  messagers,  Guillaume  Bettenham,  écuyer  de  Guillaume  de  Beau* 
champ,  et  Alph.  Sejns,  espagnol,  a  ad  p:  àsequendum  versus  dominum 
«  regem  et  consilium  snum  quedam  négocia  tangencia  moram  dicti  WiU 
t  lelmi  et  aliorum  militum  de  comitiva  sua  in  guerra  régis  ibidem  »  (Aec. 
Off,^  Issue  Rolls  304,  m.  14;  Warr.  for  issues,  bundle  5).  Ils  reviennent 
en  Portugal  avec  des  lettres  pour  le  comte  de  Cambridge.  Vers  le  milieu 
de  l'année  13S2,  une  autre  ambassade,  où  figure  le  chancelier  de  Portugal, 
se  rend  auprès  du  duc  de  Lancastre  (/Md.,  Issue  RoUs  305,  m.  14). 

8.  Froissart  nomme  plus  loin  (p.  198-199)  quelques-uns  des  chevaliers 
qui  accompagnèrent  Olivier  du  Guesclin  en  Castille.  —  En  automne  1381, 
le  roi  de  Castille  avait  reçu  la  visite  de  Charles  de  Navarre,  autorisé  par 
le  roi  de  France  [Àreh,  nat,  PP  109,  p.  522)  à  se  rendre  en  Castille  et  en 
Navarre  avec  tous  ses  gens.  En  passant  par  Montpellier  (24  à  27  octobre), 


h  CHRONIQUES  0K  J.  FROISSABT. 

GrAce  aux  négociations  de  Simon  Burley^,  le  mariage  du 
roi  d'Angleterre  et  d'Anne  de  Bohème  est  décidé.  La  sœur  du 
roi  des  Romains^,  accompagnée  du  duc  de  Tesschen'  et  de 
nombreux  chevaliers^  s'achemine  vers  Bruxelles^  où  elle  est 
reçue  avec  joie  par  le  duc  et  la  duchesse  de  Brabant^  et 
séjourne  plus  d'un  mois  par  crainte  des  bateaux  normands  qui 
croisent  en  vue  des  côtes. 

Le  duc  envoie  alors  à  la  cour  de  France  deux  messagers  ' 
chargés  d'obtenir  un  sauf-conduit,  ce  qui  est  facilement  accordé. 
La  jeune  princesse,  escortée  par  100  lances  brabançonnes,  se 
rend  à  Gand,  puis  à  Bruges,  où  le  comte  de  Flandre  lui  fait 
bon  accueil  ;  de  là  à  Gravelines,  puis  à  Calais,  où  elle  entre  en 
compagnie  des  500  lances  et  des  500  archers  *  que  les  comtes 
de  Salisbury  et  de  Devonshire  lui  ont  amenés  entre  Gravelines 
et  Calais  7.  P.  165  à  168,  355,  356. 

Anne  de  Bohème  quitte  bientôt  Calais^  grâce  A  un  vent 


Charles  avait  reçu  de  nouveau  du  duc  de  Berri  la  seigneurie  de  la  terre 
de  Montpellier  {Petit  Thalamus,  p.  402-403). 

1.  Les  gages  de  Simon  Burley  pour  ses  voyages  en  Flandre  et  en 
Bohème  sont  ordonnancés  à  la  date  dn  28  février  1382  [Rec.  Off.^  Warr. 
for  issues,  bundle  5). 

2.  Froissart  donne  à  tort  au  roi  des  Romains  le  nom  de  CKarlet,  au 
lien  de  WeneesUu. 

3.  A  côté  du  duc  de  Teschen  et  de  ses  deux  compagnons  Conrad  de 
Kreyg  et  Pierre  de  Vaterbery,  qui  devaient  remporter  l'argent  octroyé  à 
Wencesl&s  à  l'occasion  du  mariage  (Ree,  Off,,  Issue  RoUs  304,  m.  12),  il 
faut  citer  Hère  Poto,  chevalier  banneret  de  Bohème,  qui  accompagna  la 
reine  en  Angleterre  (Jbid,  305,  m.  14). 

4.  Wenceslas  de  Bohême  et  Jeanne  de  Brabant,  sa  femme. 

5.  L'un  de  ces  messagers,  Jean  de  Rotselaer,  appartient  à  une  famille 
bien  connue  de  Brabant. 

6.  Parmi  les  chevaliers  qui  vinrent  à  Calais  au-devant  de  la  reine  était 
Guillaume  de  Windsor,  auquel  l'ordre  avait  été  donné  de  se  préparer  à 
cette  uiission  dès  le  20  septembre  1381  (Ree.  0/f.,  Issue  RoUs  303,  m.  15). 

7.  Les  ambassadeurs  anglais  chargés  de  recevoir  à  Calais  la  reine  Anne 
étaient  Jean  de  Montaigu,  Simon  Burley  et  Jean  de  Holland,  frère  dn 
roi  (Rymer,  t.  YII,  p.  236).  Ils  étaient  jporteurs  d'une  certaine  somme, 
empruntée  à  Nicolas  Brembre  et  destinée  «  à  diverses  chivalers,  esquiers 
«  et  autres  officiers  venantz  en  la  compaignie  de  Anne,  la  soere  du  roy 
a  des  Romayns  et  de  Boeme,  nostre  compaigne  future,  de  son  palis  tan- 
«  que  À  Calais  et  retoumantz  d'illueques  à  leur  palis  susditz  »  [Ree,  Off., 
luue  Rolls  304,  m.  12  et  15;  Warr.  for  issues,  bundle  5). 

8.  La  reine  emmenait  avec  elle  en  Angleterre  55  chevaux  de  selle  et  de 
trait,  qui  nécessitèrent  pour  leur  passage  l'aifrètement  de  trois  bateaux 
de  Dunkerque  {Ree.  Off.,  Issue  Rolls  305,  m.  8). 


SOMMAIRB  DU  DEUXIAME  LIVRB,  §§  234-262.  Ll 

favorable  et  débarque  à  Douvres  ^  De  là  elle  se  rend  à  Cantor- 
bëi7,  où  elle  est  reçue  par  le  comte  de  Buckingham,  eiifin  k 
Londres^.  (Depuis  Maestricht,  la  nouvelle  reine  est  escortée 
par  Robert  de  Namur.)  Le  roi  Tépouse  à  Westminster  le  14  jan- 
vier 1382,  au  milieu  de  grandes  réjouissances  ',  et  Temmène 
auprès  de  sa  mère  à  Windsor,  où  se  trouve  aussi  la  duchesse 
de  Bretagne,  Marie,  qu!on  ne  veut  pas  laisser  retourner  auprès 
de  son  mari,  accusé  de  pactiser  avec  le  roi  de  France.  On 
propose  alors  aux  deux  fils  de  Charles  de  Blois,  Jean  et  Gui,  pri- 
sonniers en  Angleterre  sous  la  garde  de  Jean  d'Aubrecicourt, 
de  leur  rendre  Théritage  paternel  sous  condition  d'en  faire 
hommage  au  roi  d'Angleterre;  Taîné  épouserait  Philippine, 
fille  du  duc  de  Lancastre  et  de  la  duchesse  Blanche '*.  Les  deux 
princes  refusent,  préférant  mourir  en  prison  que  d'abandonner 
leur  qualité  de  bons  Français.  P.  168,  169,  356,  357. 

Ayant  besoin  d'argent  pour  la  solde  des  gens  d'armes  qu'il 
envoie  au  secours  du  roi  de  Castille,  le  roi  demande  au  rece- 
veur de  Paris,  à  qui  chaque  semaine,  comme  cela  est  convenu, 
est  payée  une  certaine  somme  de  florins,  de  lui  avancer 
100,000  francs.  Celui-ci  refuse  de  le  faire  sans  le  consentement 
de  la  commune  de  Paris.  Mécontent,  le  roi  demande  l'argent  à 
ses  bonnes  villes  de  Picardie  '. 

Tandis  que  le  roi,  ne  venant  point  à  Paris,  réside  soit  à 


1.  Anne  fnt  reçue  à  Douvres  par  le  «  connétable  »  du  château,  Robert 
d^Aaheton,  qui  s'occupait  déjà  depuis  quelque  temps  des  préparatifs  de  cette 
réception  (/toc.  Off,,  luue  BolU  304,  m.  14  et  15;  /Md.  305,  m.  6).  L'ar- 
rivée de  la  reine  en  Angleterre  fut  accompagnée  d'un  tremblement  de 
terre,  dont  on  ne  manqua  pas  de  tirer  présage  (Walsingham,  t.  II,  p.  46). 

2.  Arrivée  à  Londres,  la  reine  demande,  le  13  décembre  1381,  une 
anmistie  générale,  qui  est  accordée  aux  rebelles  des  communes  (Rymer, 
t.  VII,  p.  337).  CoDTocation  est  envoyée  «  diversis  episcopis,  prelatis  et 
c  certis  magnatlbus  de  essendo  apud  Westm.  in  diebus  maritagii  et  coro- 
«  nacionis  domine  regine  »  {Bec.  Off, y  luue  Rolls  304,  m.  16). 

3.  Walsingham  (t.  II,  p.  47)  ne  précise  pas  la  date  des  noces  royales  qui 
furent  faites,  dit-il,  après  l'Epiphanie  de  1382.  Ce  fut  l'archevêque  de 
Cantorbérj  qui  célébra  le  mariage  et  couronna  la  reine. 

4.  Cette  princesse  épousa  en  1386  Jean,  roi  de  Portugal. 

5.  Froissart  fait  sans  doute  ici  allusion  à  la  convocation  des  Trois  États, 
qni  eut  lieu  à  Coropiègne  vers  le  milieu  d'avril  1381,  où  «  aucuns  des 
«  bonnes  villes  »,  à  l'exception  de  Reims,  Chftlons,  Laon,  Soissons  et 
Tournai  (Chronographiay  t.  III,  p.  32),  «  acorderent  l'imposicion  »  (Chr, 
des  Quatre  Valois ^  p.  30t)  ;  voy.  plus  haut,  p.  xlv,  note  2. 


Ui  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Meaux^  soit  à  Senlis,  soit  à  Compiègne  ^ ,  le  duc  d*Ajijou  se 
fait  le  défenseur  des  Parisiens  et  sait  si  bien  leur  parler  que, 
pour  sa  campagne  dltaiie,  il  obtient  d'eux  100,000  francs  sur 
les  sommes  recueillies  par  le  receveur  royal,  auxquelles  ni  le 
roi  ni  ses  autres  oncles  ne  peuvent  toucher'  (le  duc  avait, 
dit-on,  rassemblé  à  Roquemaure  ',  près  d'Avignon,  deux  mil- 
lions de  florins). 

Ses  préparatifs  faits,  au  commencement  du  printemps,  le  duc 
part  pour  Avignon  *y  où  il  est  bien  reçu  par  le  pape  '  ;  les  villes 
de  Provence,  excepté  Aix<>,  lui  font  hommage.  A  Avignon  ont 
lieu  les  paiements  convenus  au  comte  Amédée  de  Savoie  et 
aux  chevaliers  qu'il  a  amenés  ''. 

Le  duc,  accompagné  du  comte,  fait  route  par  le  Dauphiné^ 


1.  Depuis  le  1*'  juin  (voy.  plus  haut,  p.  zlv,  note  2)  jusqu'à  sa  tentrée 
définitive  à  Paris,  avant  la  campagne  de  Flandre,  le  roi  séjourna  princi- 
palement À  Melun  (Il  au  28  juin),  à  Ck)mpiègne  (8  à  11  juillet),  à  Senlis 
(13  et  15),  à  Maubuisson,  à  Soissons;  il  était  le  22  août  à  Meaux  (Petit, 
Séjours  de  Charles  VI,  p.  14).  Le  23,  il  allait  coucher  au  Louvre  et, 
s'apprétant  à  continuer  en  Guyenne  la  guerre  contre  les  Anglais,  présen- 
tait son  frère  Louis  de  Valois  comme  son  lieutenant  [ChronograpfUaf 
t.  m,  p.  38-39;  cf.  Chr.  des  Quatre  ValoU,  p.  305). 

2.  Quand  éclata  l'émeute  des  Maillotins,  le  duc  d'Anjou  était  déjà, 
depuis  près  d'une  semaine,  à  Avignon,  où  il  était  arrivé  le  22  février,  oe 
qui  rend  assez  Invraisemblable  l'assertion  de  Froissart  relative  à  l'octroi 
des  subsides  par  les  Parisiens.  Le  fait  n'est  du  reste  pas  mentionné  par 
d'autres  chroniqueurs. 

3.  Gard,  arr.  d'Uzès,  sur  un  bras  du  Rhône. 

4.  Le  duc  d'Anjou  arrive  à  Avignon  le  22  février  1382  {Journal  de  Jean 
le  Fèvre,  t.  I,  p.  21).  Avant  son  départ,  il  avait  dû  renoncer  à  son  titra 
de  régent.  Le  roi  fut  «  dispensé  à  âge  royal  au  jour  de  Toussains  »  1382, 
sous  la  garde  des  ducs  de  Bourgogne  et  de  Bourbon  [Ist.  et  chr.  de 
Flandre,  U  II,  p.  209). 

5.  Aussitôt  son  arrivée  à  Avignon,  le  duc  chercha  à  gagner  les  Proven- 
çaux (Valois,  La  France  et  le  grand  schisme,  t.  Il,  p.  21-23),  auxquels  il 
confirma  à  diverses  reprises  les  dons  faits  par  la  reine  Jeanne.  Le  pape 
l'aida  dans  ces  négociations,  et  le  20  mai,  en  grand  consistoire,  donna 
officiellement  le  royaume  de  Naples  à  la  reine  Jeanne  et  au  duc  d'Anjou, 
auquel  il  remit  la  bannière  papale  {Petit  Thalamus,  p.  405). 

6.  Le  duc  partit  sans  plus  s'occuper  de  la  rébellion  d'Aix,  laissant  an 
duc  de  Berri,  qui  était  en  Provence  depuis  la  Noël  et  auquel  il  avait 
donné  la  principauté  de  Morée  et  celle  de  Tarente  {Journal  de  Jean  le 
fèvre,  1. 1,  p.  34  et  41),  le  soin  d'apaiser  cette  révolte. 

7.  C'est  du  15  au  19  février,  à  son  passage  à  Lyon,  que  le  duc  d'Anjou 
avait  définitivement  conclu  son  traité  avec  le  comte  de  Savoie  (Valois,  iUi 
Urance  et  le  grand  schisme,  t.  II,  p.  34). 

8.  Fourni  d'argent  par  le  roi  de  France  et  le  pape  (Valois,  (oe.  eit.f 


SOMMAIRE  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §§  234-262.  Utt 

jnsqu*en  Savoie  *  et  en  Lombardie^'.  A  Milan,  il  reçoit  les  pré- 
sents des  seigneurs  Galéas  et  Bemabo  ',  et,  tenant  état  de  roi, 
battant  monnaie,  il  traverse  la  Toscane  et  s'approche  de  Rome^. 
Défendu  par  les  bandes  de  Jean  Hawkwood  ',  le  pape  Urbain 
ne  craint  point  les  9,000  lances  du  duc  d'Anjou,  du  comte  de 
Savoie  et  du  comte  de  Genève*.  P.  170  à  i73,  357,  358. 

Le  duc  évite  Rome,  côtoyant  la  marche  d'Ancône  et  le  Patri- 
moine^. Pendant  ce  temps,  Charles  de  la  Paix  est  àNaples, 
s'apprétant  à  soutenir  ses  droits  au  trône  :  héritier  naturel  de 
la  reine  Jeanne  *,  il  n'admet  point,  avec  les  Napolitains  et  les 

t.  n,  p.  24-29),  après  avoir  passé  quelques  jours  (du  31  mai  au  6  juin) 
à  Pont-Bur-Sorgues ,  auprès  de  la  duchesse,  à  laquelle  il  laisse  pleins 
pouvoirs  (loumal  de  Jean  le  Fèvre^  t.  I,  p.  43),  le  duc  s'arrête  du  7  au 
13  à  Carpentras  et  part  décidément  pour  Tltalie  le  13  juin  1382  {Ibid.,  p.  3 
et  44).  11  est  le  14  à  Sault  et  pénètre  en  Dauphiné,  passe  par  Gap  et  Brian- 
çon  et  entre  en  Italie  par  le  col  du  Mont-Genëyre  (Valois,  La  France  et  lé 
grawi  icMsme,  t.  II,  p.  38). 

1.  M.  Valois  (toc.  d(.,  p.  38)  a  montré  que  le  duc  d'Anjou  n'est  point 
allé  en  Savoie;  c'est  aux  environs  de  Rivoli  (le  23  juin)  qu'il  opère  sa 
jonction  avec  les  troupes  du  comte  de  Savoie.  Il  est  le  25  à  Turin. 

2.  Après  s'être  attardé  en  Piémont,  le  duc  entre  seulement  le  18  juiUet 
en  Lombardie  (Valois,  loe.  dt.,  p.  39-40). 

3.  Le  duc  ne  passe  pas  à  Milan,  mais  à  Broni  ;  il  reçoit  la  visite  des 
seigneurs  de  Milan,  qui  le  ravitaillent.  Le  mariage  de  la  princesse  Louise 
et  du  fils  du  duc  est  décidé.  Bemabo  fait  une  avance  de  40,000  florins 
sur  k  dot,  somme  qu'il  s'engage  à  payer  chaque  année  jusqu'à  la  fin  de 
la  guerre  (Valois,  loc.  cU.,  p.  40-41). 

4.  Le  duc  ne  pouvait  traverser  la  Toscane,  contrairement  à  ce  que  dit 
Froissart,  ayant  lui-même  promis  de  prendre  un  autre  chemin.  En  quittant 
la  Lombardie,  il  traverse  les  pays  de  Plaisance  et  de  Parme,  et  parvient 
le  5  août  à  Panzano,  sur  le  territoire  de  Bologne.  A  partir  de  ce  moment, 
les  l^ostilités  commencent  aux  environs  de  Forli  ;  le  seigneur  de  Ravenne 
seul  est  partisan  du  pape  Clément.  Arrivé  à  Ancône,  le  duc  se  décide  à 
passer  les  Apennins  et  à  marcher  sur  Rome.  Il  s'arrête  à  Leonessa,  à 
vingt-cinq  lieues  du  Vatican  (Valois,  toc.  cit.,  p.  40-47). 

5.  Ce  ne  furent  point  les  routiers  de  Hawkwood  (ils  ne  s'avancèrent  sur 
Rome  que  plus  tard,  vers  le  22  octobre),  mais  les  conseils  de  ses  com- 
pagnons, qui  décidèrent  le  duc  d'Anjou  à  s'emparer  du  royaume  de 
Naples,  avant  de  songer  à  détrôner  le  pape  Urbain  (P.  Durrieu,  Bibl,  de 
tEc.  des  chartes,  t.  XLI,  p.  167-168;  Valois,  he.  cit,  p.  36). 

6.  Pierre  de  Genève,  frère  du  pape  d'Avignon. 

7.  Le  17  septembre,  le  duc  est  à  Aquila,  dans  l'Abmzze,  où  il  est 
reçu  avec  les  honneurs  souverains.  Il  reprend  sa  marche  en  avant  et  le 
6  octobre  pénètre  sur  les  terres  de  l'abbaye  du  Mont-Gassin;  le  14,  à 
Maddaloni,  l'armée  angevine  est  à  six  lieues  et  demie  de  Naples  (Valois, 
La  France  et  le  grand  schisme,  t.  II,  p.  49,  52-53). 

8.  La  reine  Jeanne  était  morte  très  probablement  le  27  juillet  1382. 


UV  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART. 

Siciliens,  qa*elle  ait  pu  disposer  de  son  royaume  en  faveur  de 
Fantipape  Clément. 

Il  se  contente  de  pourvoir  d'hommes  et  de  vivres  le  château 
de  rOEuf,  imprenable  sinon  par  magie,  et  compte  sur  le  temps 
pour  rentrer  en  possession  de  ses  provinces,  sachant  bien 
qu'une  armée,  fût-elle  de  30,000  hommes^,  finit  toujours,  loin 
de  son  pays,  à  s'épuiser  et  à  manquer  d'argent.  P.  173  à  175, 
358,  359. 

Le  duc  arrive  en  Fouille  et  en  Calabre,  pays  riches  et  fertiles, 
et  reçoit  la  soumission  des  villes.  Les  habitants  de  Naples 
laissent  leurs  portes  ouvertes,  sachant  bien  que  les  gens  du  duc 
n'oseront  point  s'aventurer  dans  leurs  rues  dangereuses*. 

Mise  à  mort  de  l'enchanteur,  qui  propose  au  duc  de  le  rendre 
maître  du  château  de  TOEuf '.  P.  175  à  178,  359,  360. 

Au  commencement  d'avril,  les  chevaliers  qui  ont  tenu  gar- 
nison tout  l'hiver  à  Villa  Yiçosa  envoient  à  Estremoz  le  syndic 
de  Latrau,  pour  demander  au  comte  de  Cambridge  l'autorisa- 
tion de  chevaucher.  Le  comte  leur  dit  de  patienter  jusqu'à 
l'arrivée  du  duc  de  Lancastre,  qui  doit  venir  avec  une  grosse 
armée.  Le  roi  de  Portugal,  en  même  temps,  leur  députe  Jean 
Fernandez  *  pour  leur  défendre  toute  action. 

Malgré  tout,  les  chevaliers  sont  résolus  à  marcher  et  décident 
Jean  Fernandez  à  les  suivre.  P.  178  à  181,  360,  361. 


Cette  date,  nouvellement  proposée  par  M.  Jarry  {Bibl.  de  VÈc.  des 
Charles 1 1.  LV,  p.  236),  semble  concorder  avec  celle  du  service  solennel 
que  Charles  de  la  Paix  fit  célébrer  le  31  Juillet  pour  le  repos  de  son  Ame 
(Valois,  La  France  et  le  grand  schisme,  t.  II,  p.  51). 

1.  L'évaluation  du  nombre  des  bommes  composant  l'armée  angevine 
varie  suivant  les  chroniqueurs.  M.  Valois  {hc.  dt.,  p.  39,  note  1),  que 
nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  suivre  pour  toute  cette  période,  a 
relevé  des  différences  allant  de  15,000  à  100,000. 

2.  Pour  des  raisons  multiples,  le  duc  s'immobilisa  devant  Naples,  sans 
pouvoir  empêcher  les  bandes  de  Hawkwood  de  faire  leur  jonction  (31  no- 
vembre) avec  Charles  de  la  Paix,  qui  l'amusait  en  le  défiant  à  des  com- 
bats personnels,  dont  la  date  était  éternellement  remise  (Valois,  loe,  cit., 
p.  53-57). 

3.  L'enchanteur  dont  parle  Froissart  était  un  chevalier  nommé  Garillo 
Caracciolo  et  surnommé  le  Chevalier  sauvage.  Envoyé  par  Charles  de  la 
Paix  pour  défier  le  duc  d'Anjou,  il  fut  accusé  de  pratiques  ténébreuses  et 

^  magiques  et  brûlé,  en  dépit  de  son  caractère  de  messager  (Valois,  toc. 
di,,  p.  56). 

4.  Peu  de  temps  auparavant,  Jean  Fernandez  Andeiro  avait  été  fait 
comte  d'Ourem  (D.  Nunez,  t.  II,  p.  325). 


SOMMAIRB  DU  DBUXliMB  LIVBB,  {§  234-262.  LV 

fls  partent  *  et  arrivent  sons  les  murs  de  Lobon  *  ;  la  ville  se 
rend,  ainsi  que  le  chftteau.  Plus  loin,  ils  assiègent  et  prennent 
Cortijo».  P.  181  à  183,  361,  362. 

Os  continuent  leur  chevauchée  :  Zafra  *  est  pris  et  pillé  ;  ils 
s'emparent  d'une  grande  quantité  de  bétail  et  rentrent  à  Villa 
Viçosa. 

De  retour  à  Lisbonne,  Jean  Femandez  est  emprisonné  sur 
Tordre  du  roi,  pour  avoir,  contrairement  aux  instructions  don- 
nées, fait  chevauchée  avec  les  chevaliers  gascons  et  anglais. 
P.  183,  184,  362. 

Rentrés  à  Villa  Viçosa,  les  chevaliers  envoient  à  Lisbonne 
Richard  Talbot  demander  au  roi  le  paiement  de  leurs  gages, 
dus  depuis  près  d'un  an.  Le  roi  reçoit  fort  mal  le  messager  et 
lui  reproche  de  lui  avoir  désobéi  en  chevauchant. 

Le  comte  de  Cambridge,  que  les  chevaliers  accusent  d'avoir 
reçu  leurs  gages  et  de  ne  pas  les  avoir  payés,  quitte  alors 
Estremoz  pour  venir  à  Villa  Viçosa  recevoir  leurs  plaintes. 
P.  184,  185,  362,  363. 

Réunion  orageuse  des  chevaliers,  qui  lèvent  l'étendard  de 
Saint-Georges,  mettent  à  leur  tête  le  bâtard  Jean  Sounder'  et 
veulent  guerroyer  contre  le  roi  de  Portugal.  P.  185  à  187,  363. 

Le  Chanoine  les  apaise  et  leur  conseille  de  parler  au  comte 
de  Cambridge.  Celui-ci  les  engage  à  envoyer  trois  des  leurs 
réclamer  leurs  gages  au  roi.  P.  187  à  189,  363,  364. 

Les  trois  chevdiers  sont  désignés  :  Guillaume  Elmham  par 
les  Anglais,  Thomas  Simond  par  les  Allemands  et  autres  étran- 
gers, Castelnau  par  les  Gascons.  Us  partent.  Le  roi  leur  pro- 


1.  C'est  k  Arronehes  que  se  réunirent  les  Anglais  pour  commencer  lear 
cheYauchée.  L'expédition,  forte  de  200  chevaliers  et  de  4,000  hommes  de 
pied,  prit  d'abord  le  chemin  d'Ouguella  et  gita  la  première  nuit  à  San  Sal- 
Tador  da  Matança.  Ce  n'est  que  le  deuxième  jour  que  Lobon  fut  pris 
(D.  Nuoez,  t.  II,  p.  340). 

2.  Ville  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz.  —  Après  la  prise  du  château,  où 
se  distingua  le  bâtard  d'Angleterre  (F.  Lopes,  t.  IV,  p.  448),  les  Anglais 
y  laissèrent  une  garnison  de  70  hommes  (D.  Nunez,  t.  II,  p.  340). 

3.  Cortjjo  de  Cantaelgallo,  ville  d'Espagne,  proy.  de  Badajoz.  —  La 
mort  d'un  des  leurs  fut  le  signal  pour  les  Anglais  d'un  massacre  général 
des  habitants  de  la  rille,  où  ils  laissèrent  200  hommes  de  pied  et 
30  écuyers  (D.  Nunez,  t.  II,  341). 

4.  Ville  d'Espagne,  prov.  de  Badajoz. 

5.  Sur  ce  personnage,  voy.  plus  haut,  p.  xlviii,  note  5. 


LVl  CHRONIQUES  DE  J.  FROI88ART. 

met  qu'ils  seront  payés  dans  (piinze  jours  ;  mais  il  désire  que  le 
comte  de  Cambridge  vienne  le  voir.  P.  189  à  191,  364. 

Le  comte  de  Cambridge  se  rend  donc  à  Lisbonne  auprès  du 
roi,  et  tous  deux  se  résolvent  à  chevaucher.  Le  roi  convoque 
ses  hommes  d*armes,  qui  devront  se  trouver  le  7  juin  au  ren- 
dez-vous, fixé  entre  Villa  Viçosa  et  Olivenza. 

Le  comte,  après  avoir  obtenu  la  grâce  de  Jean  Femandez, 
qui  sort  de  prison,  retourne  à  Villa  Viçosa.  Peu  après,  les 
gages  des  chevaliers  sont  payés.  P.  191,  364,  365. 

Le  roi  de  Castille,  apprenant  à  Séville  les  intentions  du  roi 
Ferdinand,  lui  fait  demander  de  désigner,  soit  en  Portugal, 
soit  en  Espagne,  le  champ  de  bataille  où  les  deux  armées  se 
rencontreront.  Le  roi  de  Portugal  choisit  un  emplacement 
entre  Elvas^  etBadajoz.  P.  191  à  193,  365. 

Il  vient  camper  à  la  place  convenue  avec  environ  15,000 
hommes;  de  même  le  comte  de  Cambridge,  avec  600  hommes 
d'armes  et  600  archers  '.  A  cette  nouvelle,  le  roi  d'Espagne 
prend  position  à  deux  petites  lieues  de  Badajoz  avec  plus  de 
30,000  hommes  3.  P.  193,  194,  365,  366. 

Les  deux  armées  sont  séparées  par  la  montagne  où  est  située 
Badajoz.  Pendant  quinze  jours,  ce  ne  sont  qu'escarmouches, 
où  s'exercent  les  jeunes  chevaliers.  Le  roi  de  Portugal  hésite  à 
livrer  bataille  :  il  ne  se  sent  pas  assez  fort  pour  s'y  risquer  et 
attend  toujours  les  4,000  hommes  d'armes  et  les  4,000  archers 
que  doit  lui  amener  le  duc  de  Lancastre.  Mais  les  émeutes 
d'Angleterre  et  les  événements  de  Flandre^  ont  empêché  le 
départ  de  ces  renforts. 

1.  Ville  de  Portugal,  prov.  d'Alentejo. 

2.  Le  roi  Ferdinand,  qui  était  à  Vimieiro,  vient  à  Estremoz,  pnis  à 
Borba,  et  rejoint  le  comte  de  Cambridge  à  Elvas  (D.  Nnoez,  t.  II,  p.  341). 
Lopez  de  Ayala  estime  l'armée  portugaise  à  3,000  hommes  d'armes  et 
celle  des  Anglais  à  1,000  hommes  d'armes  et  à  1,000  archers,  forces  aux- 
quelles s'ajoutait  un  grand  nombre  de  gens  de  pied  (t.  Il,  p.  157). 

3.  Le  roi  de  Castille  quitte  Avila,  se  rend  à  Oterdesillas,  puis  à  Siman- 
•   cas,  à  Zamora,  enfin  à  Badajoz,  où  il  est  à  la  fin  de  juillet  1382.  Il  a  sous 

ses  ordres  5,000  hommes  d'armes,  1 ,500  geneieurs  et  quantité  de  gens 
de  pied,  d'arbalétriers  et  d'archers  (D.  Nunez,  t.  II,  p.  342;  Lopez  de 
AyaJa,  t.  II,  p.  156-157).  Le  roi  de  Castille  «  entra  oudit  royaume  de 
«  Portugal  si  fort  et  si  puissant  de  gens  d'armes  que  lesdis  roy  de  Por- 
«  tigal  et  Anglois  furent  contrains  de  faire  traictié  avecques  lui,  par 
«  lequel  traictié  ledit  roy  de  Portigal  renonça  au  traictié  et  aliances  qu'il 
«  avoit  ayecques  les  Anglois  »  {Ist  et  ehr.  de  Flandre,  t.  II,  p.  260). 

4.  Froissart  fait  sans  doute  allusion  à  la  prise  de  Bruges  par  les  Gan- 


SOMHAIBB  DU  DIUXIAMB  LIVRB,  §§  234-262.  ltii 

Des  négociations  s'engagent  alors  entre  Martin,  évèque  de 
Lisbonne  ^9  et  Pierre  Moniz,  grand  mattre  de  Tordre  de 
Calatraya,  don  Pierre  de  Mendoça,  don  Pero  Ferrandez  de 
Velasco'y  Femand  d'Osorès,  grand  mattre  de  l'ordre  de 
Saint- Jacques,  et  Jean  de  Mayorga,  évèque  d'Astorga'  :  la 
paix  est  signée^  à  Tinsu  du  comte  de  Cambridge  et  des  Anglais, 
qui  reprochent  au  roi  de  Portugal  sa  dissimulation  '.  P.  194  à 
196,366. 

Après  une  joute  brillante  entre  Tristan  de  Roye,  jeune  che- 
valier français  du  roi  de  Castille,  et  Miles  de  Windsor,  cheva- 
lier anglais,  les  deux  armées  se  séparent.  P.  196  à  198,  366. 

Une  partie  des  chevaliers  français,  parmi  eux  Tristan  de 
Roye,  Geoffroi  de  Chami  le  jeune,  Pierre  de  Villaines  et  Robert 
de  Clermont,  prennent  congé  du  roi  de  Castille  pour  se  mettre 
au  service  du  roi  de  Grenade  *,  alors  en  guerre  avec  les  rois  de 
Barbarie^  et  deTlemcen^.  Quelques  Anglais  se  joignent  à  eux, 
mais  en  petit  nombre;  les  autres  regagnent  l'Angleterre  avec 
le  comte  de  Cambridge  *  et  le  jeune  prince,  mari  de  la  princesse 
de  Portugal. 

tois  et  anx  négociations  engagées  entre  Philippe  d'Artevelde  et  le  roi  d'An- 
gleterre. 

1.  Martin,  cardinal,  fut  éréque  de  Lisbonne  du  5  mai  1379  au  6  décembre 
1383,  date  à  laquelle  il  fut  tué. 

2.  Grand  chambellan  de  Castille.  Ce  personnage  est  le  seul  de  tous 
ceux  que  cite  Froissart  qui  soit  ofDciellement  intervenu  comme  plénipo- 
tentiaire dans  la  signature  du  traité  de  paix.  Il  avait  pour  collègue  cas- 
tillan Pero  Sarmento.  Le  roi  de  Portugal  était  représenté  par  dom  Alvaro 
Ferez  de  Castro,  comte  d'Arraiolos,  et  Gonçalo  Yasquez  de  Azeuedo 
(Lopez  de  Ayala,  t.  Il,  p.  158;  F.  Lopes,  t.  IV,  p.  459;  D.  Nunez,  t.  II, 
p.  345). 

3.  L'évéqne  d'Astorga  était  chancelier  de  Castille. 

4.  La  principale  clause  du  traité  de  paix  fut  les  fiançailles  de  Ferdi- 
nand, deuxième  fils  du  roi  de  Castille,  avec  l'infante  Béatrice,  dont  le 
mariage  avec  le  fils  du  comte  de  Cambridge  était  ainsi  rompu.  Le  roi  Jean 
s'engageait  à  rendre  sans  rançon  les  vingt  galères  prises  à  la  flotte  por- 
togaise  et  à  fournir  des  bateaux  pour  rapatrier  les  mercenaires  anglais 
(Lopez  de  Ajala,  t.  II,  p.  159;  D.  Nunez,  t.  II,  p.  345). 

5.  Les  chroniqueurs  portugais  mentionnent  la  colère  des  Anglais  de  voir 
signer  la  paix;  ils  se  disaient  trompés  (F.  Lopes,  t.  IV,  p.  464;  D.  Nunez, 
t  II,  p.  348). 

6.  Mohammed  V  était  monté  sur  le  trône  de  Grenade  en  1354,  où  il 
resta  jusqu'en  1391,  après  un  interrègne  entre  1359  et  1360. 

7.  Le  roi  de  Tunis  était  alors  Abou-'l-Abbas-Ahmed  (1370-1394). 

8.  Ab0fa-Hammou  Mouça  II  (1359-1386). 

9.  Le  comte  de  Cambridge  avait  pris  le  chemin  de  Rio  Maior  pour 


LViii  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

Un  an  après  meurt  la  reine  d'Espagne,  Éléonore  d'Aragon^ 
Le  roi,  devenu  veuf,  épouse  Béatrice  de  Portugal',  dont  le 
pape  annule  le  mariage  avec  le  fils  du  comte  de  Cambridge;  il 
en  a  un  fils^. 

Le  roi  Ferdinand  de  Portugal  meurt  peu  de  temps  après  ^  ; 
mais  les  Portugais,  ne  voulant  pas  être  gouvernés  par  le  roi 
d'Espagne,  nomment  roi  le  frère  bâtard  de  Ferdinand,  Jean, 
grand  maître  de  Tordre  d'Avis'.  De  là  les  nombreuses  guerres 
qjai  divisèrent  TEspagne  et  le  Portugal.  P.  198  à  200,  366,  367. 

De  retour  en  Angleterre,  le  comte  de  Cambridge  explique 
au  duc  de  Lancastre  comment  le  roi  de  Portugal,  ne  voyant 
pas  arriver  les  renforts  annoncés,  a  dû  se  résoudre  à  la  paix 
sans  combattre.  Pour  lui,  cpioi  qu'il  puisse  arriver,  il  a  ramené 
avec  lui  son  fils,  croyant  avoir  agi  pour  le  mieux*.  P.  200, 
201,  367,  368. 

venir  à  Santarem;  il  était  à  Almada  le  1*'  septembre  1382,  prêt  à  s'em- 
barquer sur  les  bateaux  castillans  (D.  Nunez,  t.  II,  p.  349);  mais  il  ne 
partit  qu'en  octobre,  après  ayoir  été  ravitaillé  par  Othe  de  (ïraDSon  et 
Jean  de  Gruyères  {Ree.  Off.,  Early  Chane,  Rolls  327,  m.  23;  luue  Rolls 
305,  m.  3).  —  Un  chroniqueur  nous  apprend  que,  dans  l'acte  où  il  s'en- 
gageait à  renvoyer  au  roi  de  Oastille  ses  bateaux,  le  comte  de  Cambridge 
avait  pris  le  titre  de  /ils  du  roy  de  France  et  d'Angleterre,  Le  roi  n'ac- 
cepta pas  cette  rédaction,  à  laquelle  il  fit  substituer  les  mots  :  fils  du 
roy  d'Angleterre  (ht,  et  ehr.  de  Flandre^  t.  II,  p.  260). 

1.  Le  27  octobre  1382,  le  roi  Jean  de  Gastille  éteit  à  Madrid  quand  il 
apprit  la  mort  de  sa  femme,  la  reine  Éléonore  d'Aragon  (Lopez  de  Ayala, 
t.  II,  p.  160).  Cette  princesse  était  fille  du  roi  Pierre  IV  d'Aragon  et 
avait  épousé  Jean  I*'  en  1375. 

2.  Aussitôt  après  la  mort  de  la  reine  de  Oastille,  le  roi  de  Portugal 
propose  au  roi  Jean  de  lui  donner  en  mariage  sa  fille  Béatrice,  qui,  en 
vertu  du  traité  de  paix,  devait  épouser  son  second  fils  Ferdinand.  Le  roi 
Jean  accepte;  l'archevêque  de  SaintJacques  reçoit  pleins  pouvoirs  (mars 
1383)  pour  dire  annuler  les  fiançailles  ayant  eu  lieu  avec  le  fils  du  comte 
de  Cambridge;  les  dispenses  du  pape  sont  obtenues  et  le  mariage,  hâté 
par  le  roi  Ferdinand,  qui  se  sent  malade  à  Salvaterra,  est  célébré  par 
procureur  le  30  avril  1383  (L.  de  Ayala,  t.  II,  p.  161  ;  F.  Lopes,  t.  II, 
p.  469;  D.  Nunez,  t.  II,  p.  350-351).  La  nouvelle  reine  arrive  à  Elvas  le 
13  mai  1383  (D.  NuSez,  t.  II,  359). 

3.  Ce  prince  mourut  en  bas  âge. 

4.  Déjà  malade  depuis  quelque  temps,  le  roi  Ferdinand  mourut  le 
22  octobre  1383,  à  l'âge  de  cinquante-trois  ans  passés. 

5.  Froissart  raconte  avec  plus  de  détails  dans  son  troisième  livre  la 
lutte  du  roi  Jean  de  Oastille,  soutenu  par  la  reine  régente  de  Portugal, 
Éléonore  Tellez,  contre  le  frère  bâtard  du  roi  Ferdinand,  qui  devait  bien- 
tôt porter  le  nom  de  Jean  l"  de  Portugal. 

6.  Peu  de  temps  avant  sa  mort,  au  moment  du  mariage  de  sa  fille 


SOMMAIRE  DU  DEUXIÈME  LIVRE,  §§  263-312.  LIX 

« 

CHAPITRE  XVI. 

1382,  avril,  conf^kence  de  tournai;  propositions  inacceptables 

DU  comte  de  FLANDRE.  3  mai,  BATAILLE  DE  BEVERHOUT8VELD  ; 

victoire  DBS  gantois;  prisji  de  Bruges;  fuite  du  comte.  — 
Commencement  de  Juin.  siiGE  d'audenardb  par  Philippe  d'arte- 

VELDE.    Août.     ASSEMBLA    A    COMPIEGNE    DES    NOBLES    ET    DES 

PRÉLATS.  —  Septembre-octobre,  phiuppe  négocie  avec  l'angle- 
terre.  —  3  novembre,  le  roi  de  frange  arrive  a  arras  pour 

PRÊTER  secours  AU  COMTE  DE  FLANDRE  ET  S^APPRÉTE  A  ENTRER  EN 
FLANDRE  AVEC  SON  ARMÉE  (§§  263  à  312). 

La  guerre  de  garnisons  continue  entre  les  Flamands  fidèles 
au  comte  et  les  Gantois,  qui  ne  reçoivent  de  vivres  que  du 
comte  d'Alost  et  des  Quatre-Métiers  ;  encore  ceux  d'Alost, 
poursuivis  et  harcelés  par  les  gens  de  Termonde,  ne  peuvent- 
ils  continuer  à  les  secourir. 

D'accord  avec  le  duc  Aubert  et  le  duc  de  Brabant,  le  comte 
empêche  le  blé  de  pénétrer  dans  la  ville  de  Gand;  la  famine 
est  imminente  ^  et  Philippe  d'Artevelde  fait  ouvrir  les  greniers 
des  abbayes  et  des  riches  bourgeois  et  vendre  le  blé  à  un  taux 
fixé». 

Malgré  quelques  secours  venus  de  Hollande,  de  Zélande  et 
parfois  de  Brabant,  la  ville  manque  de  tout  à  T époque  du 
carême. 

Douze  mille  hommes,  poussés  par  la  faim,  s'acheminent  alors 
vers  Bruxelles  et  Louvain,  où  ils  trouvent  des  vivres^.  Leur 


avec  le  roi  de  Castille,  le  roi  Ferdinand  avait  envoyé  en  Angleterre  un 
écoyer  nommé  Ruy  Cravo,  pour  s'excuser  d'avoir  été  forcé  de  renoncer  à 
marier  sa  fille  avec  le  prince  Edouard,  fils  du  comte  de  Cambridge,  et 
pour  protester  de  son  amitié  (F.  Lopes,  t.  IV,  p.  478;  D.  Nunez,  t.  II, 
p.  358). 

1.  Les  Gantois  ne  pouvaient  se  procurer  des  vivres  qu'à  grand'peine 
«  et  furent  de  si  près  guettiés  toute  celle  saison  d'yver  et  jnsques  à  l'en- 
c  trée  de  may  que  vivres  deffailloient  en  Gand,  si  que  plus  n'avoient  que 
•  mengier  »  (tsi.  et  ehr.,  t.  Il,  p.  245). 

2.  Philippe  d'Artevelde  avait,  en  mars  1382,  commandé  une  expédition 
qui  était  allée  chercher  des  vivres  dans  les  environs  d'Audenarde  et  de 
Gourtni  (Kervyn,  t.  X,  p.  455). 

3.  Ce  n'est  que  le  16  avril  que  les  Gantois  parent  aller  à  Liège  et  à 


LX  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART. 

chef,  François  Ackerman^,  demande  aux  Liégeois  et  à  leur 
évécpiey  Amould  de  Homes  ^^  d'intervenir  auprès  du  comte  et 
de  leur  laisser  faire  de  copieuses  provisions.  P.  201  à  204, 

368,  369. 

La  permission  est  accordée  ;  en  deux  jours,  six  cents  chars 
sont  remplis  de  farine  et  de  blé.  François  Ackerman  songe 
alors  au  retour;  mais,  en  passant  par  Vilvorde^,  il  s'avise  d'al- 
ler trouver  à  Bruxelles,  au  palais  de  Caudenberg^,  la  duchesse 
de  Brabant.  Celle-ci,  en  l'absence  du  duc,  promet  aux  Gantois 
d'intercéder  pour  eux  auprès  du  comte  et  de  provoquer  à  Tour- 
nai la  réunion  d'une  conférence  en  vue  de  la  paix.  P.  205,  206, 

369,  370. 

Ces  vivres  permettent  aux  Gantois  de  prolonger  quelcpies 
jours  la  lutte,  mais  bientôt  ils  n'en  souffrent  pas  moins.  On 
était  en  carême  (mars  et  avril  1382)  :  le  comte  décide  alors  ' 
de  mettre  le  siège  devant  Gand  et  de  châtier  les  Quatre- 
Métiers.  Il  convoque  ses  bonnes  villes  de  Flandre  et  ses  che- 


Louvain  chercher  des  provisions.  Dès  le  1*'  du  mois,  ils  avaient  envoyé  à 
Louvain  des  députés  qui,  accompagnés  du  bourgmestre  et  de  quatre 
échevins,  avaient  obtenu  de  l'évéque  des  vivres  et  la  promesse  de  s'en- 
tremettre pour  eux  auprès  du  comte  (Kervjn,  t.  X,  p.  455). 

1.  Sur  François  Ackerman,  que  nous  avons  déjà  cité  comme  rewoê/i 
de  Gand  en  1381  (p.  xx,  note  2),  et  que  nous  retrouvons  à  la  tète  d'une 
flotte  en  1382  (p.  lxxi,  note  4),  voy.  dans  Kervyn  (t.  X,  p.  454-455,  et  t.  XX, 
p.  2-5)  plusieurs  actes  du  Record  Office.  Ce  personnage,  qui  joue  dans  la 
suite  un  rôle  important  comme  amiral  de  Flandre,  est  nommé  Frand/m 
et  qualifié  de  eux  ignobilU  par  le  Religieux  de  Saint-Denis  (t.  I,  p.  370); 
une  rédaction  des  Ckroniqties  de  Flandre  (IsL  et  ehr.,  t.  Il,  p.  223-225) 
le  confond  avec  Jean  Yoens  et  lui  attribue  en  1379  l'incendie  du  château 
du  comte  de  Flandre. 

2.  Évéque  de  Liège  de  1378  jusqu'à  sa  mort  en  1390.  La  plupart  des 
manuscrits,  et  d'après  eux  Meyer,  offrent  à  tort  la  leçon  Arnould  d'Erdé 
pour  Jean  d'Arkel,  prédécesseur  d' Amould  de  Hornes  (1364-1378)  sur  le 
siège  épiscopal  de  Liège.  Une  longue  généalogie  de  la  famille  Hornes, 
dans  laquelle  figure  l'évéque  de  Liège,  a  été  imprimée  à  Paris  en  1722; 
elle  est  conservée  à  la  Bibliothèque  nationale  {Pièces  orig.,  vol.  1533). 

3.  Belgique,  prov.  de  Brabant. 

4.  Le  palais  de  Gaudenberg  «  dominait  de  ses  créneaux  et  de  ses  tou- 
«  relies  la  ville  industrielle  placée  au-dessous  »  (Kervyn,  Étude  littéraire 
sur  le  XIV*  siècle^  t.  I,  p.  93).  Le  nom  de  l'hôtel  de  la  duchesse  de  Bra- 
bant est  rappelé  aujourd'hui  par  l'église  de  Saint-Jacques-sur-Cauden- 
berg,  située  tout  près  du  palais  royal. 

5.  C'est,  d'après  Heyer  (fol.  182  v),  le  6  avril  1382  que  le  comte  résolut 
d'assiéger  la  ville  de  Gand. 


SOmCAIRB  DU  DKUXIAme  LIVIIB,  §§  263-312.  LZI 

valiers  de  Hainaut,  voulant  être  prêt  à  partir  après  la  proces- 
sion de  Bruges  (3  mai  1382).  P.  206  à  208,  370. 

Cependant,  la  conférence  de  Tournai  est  fixée  au  dimanche 
13  avril*.  Le  comte  de  Flandre  s'est  engagé  à  s'y  rendre. 
L'évêque  de  Liège  est  représenté  par  douze  notables  et  le  che- 
valier Lambert  d'Oupey;  le  Brabant  a  envoyé  ses  députés,  le 
Hainaut  les  siens,  avec  le  bailli  Simon  de  Lalaing;  les  Gantois 
ont  choisi  douze  des  leurs,  ayant  Philippe  d'Artevelde  à  leur 
tète.  Us  sont  résolus  à  accepter  toutes  les  conditions  du  comte, 
sauf  les  sentences  de  mort.  P.  208,  209,  370. 

On  attend  le  comte  trois  jours  ;  puis  on  lui  envoie  en  dépu- 
tation  le  seigneur  de  Crupelant,  Lambert  d'Oupey,  Guillaume 
d'Hérimez'  et  six  bourgeois  des  villes  de  Flandre.  Le  comte 
leur  répond  (pi'il  leur  fera  bientôt  part  à  Tournai  de  ses  déci- 
sions. 

Six  jours  après,  en  efiiet,  arrivent  à  Tournai  Guillaume  de 
Reighersvliet,  Jean  de  la  Gruthuse,  Jean  Vilain  et  le  prévôt  de 
Haerlebeke',  porteurs  des  conditions  du  comte,  qui  n'entend 
faire  la  paix  avec  les  Gantois  que  si  on  lui  livre,  pour  en  dispo- 
ser selon  sa  volonté,  tous  les  hommes  de  la  ville  de  Gand  de 
quinze  à  fixante  ans.  Philippe  d'Artevelde  et  ses  compagnons 
refusent  d'accepter  un  pareil  traité,  sans  avoir  consulté  les 


1.  Les  Chroniques  ne  fournissent  pas  de  grands  détails  sur  ces  confé- 
rences de  Toomai,  où  furent  «  le  conseil  des  bonnes  Tilles  de  Flandres, 
«  du  Franc  et  de  tout  le  plat  pays;  »  du  c6té  du  comte  «  y  furent  plui- 
c  senrs  nobles  et  gentils  hommes  dudit  pays,  et  aussi  y  furent  l'eTesque 
«  du  Liège  et  son  conseil,  pour  traiter  de  Tacord  dudit  comte  de  Flandres 
«  et  de  ceuls  de  Gand;  mais  on  n'y  peut  paix  trouver  »  {fst.  et  ehr., 
t.  II,  p.  177).  Meyer  prétend  que  l'évêque  de  Liège  arriva  à  Tournai  le 
6  avril  (fol.  1S2  r),  mais  cette  date  est  démentie  par  les  comptes  de  Lou- 
vain  cités  par  Kervyn  (t.  X,  p.  455),  d'après  lesquels  l'évêque,  se  rendant 
à  Tournai,  n'était  encore  à  Loutain  que  le  22.  Il  partit  le  lendemain  pour 
Bruxelles  pour  se  joindre  aux  députés  du  Brabant.  Les  échevins  de  Lou- 
Tain  ne  purent  obtenir  un  sauf^^nduit  du  comte  pour  les  accompagner 
(/Mtf.,  p.  456). 

2.  Sur  les  familles  d'Oupey  et  d'Hérimez,  voy.  Kervyn,  t.  XXII,  p.  317- 
318,  et  t.  XXI,  p.  544-547. 

3.  Le  prévôt  de  Haerlebeke,  conseiller  et  chancelier  du  comte  de  Flandre, 
plus  connu  sous  le  nom  de  prévèt  de  Saint-Donat  de  Bruges,  se  nommait 
Sohler  vander  Beke  et  était  un  ancien  chanoine  de  Tournai.  Malgré  le 
tôle  conciliateur  que  lui  prête  Froissart  (t.  IX,  p.  211),  il  n'en  avait  pas 
moins  été  visé  personnellement  dans  le  traité  de  1379  (t.  IX,  p.  lxxxvi, 
note  6). 


Lxn  CHRONIQUES  DE  J.  FftOISBART. 

Gantois;  ils  retournent  à  leur  ville  en  passant  par  Ath.  P.  209 
à  211,  370,  371. 

La  conférence  de  Tournai  est  donc  terminée,  à  la  grande 
joie  du  comte,  qui  ne  veut  à  aucun  prix  faire  la  paix  avec  les 
Gantois  avant  d'en  avoir  tiré  un  châtiment  exemplaire. 

Nouvelle  émeute  des  Parisiens,  qui,  craignant  que  le  roi  ne 
prenne  la  ville  par  surprise  et  ne  fasse  des  exécutions,  mettent 
les  quartiers  en  état  de  défense  et  multiplient  les  patrouilles  de 
nuit*.  P.  211,  212,  371. 

Philippe  d'Artevelde,  revenu  à  Gand,  hésite  à  annoncer  à  ses 
compatriotes  les  mauvaises  nouvelles  qull  rapporte  et  ajourne 
cette  communication  au  lendemain,  9  heures,'  sur  la  place  du 
marché  du  Vendredi.  Seul,  Pierre  du  Bois  est  mis  au  courant 
des  conditions  que  veut  imposer  le  comte.  C'est  une  lutte  qui 
se  prépare  où  il  faut  réussir  ou  mourir.  P.  212  à  214,  371,  372. 

Le  jour  arrivé,  un  mercredi,  en  présence  du  peuple  et  des 
capitaines  de  la  ville,  Philippe  rend  compte  de  sa  mission  et 
démontre  qu'en  réponse  aux  exigences  du  comte,  ils  n'ont 
d'autre  parti  à  prendre  que  de  marcher  sur  Bruges  au  nombre 
de  5  ou  6,000,  et  de  livrer  bataille.  Les  Gantois  acclament  Phi- 
lippe. Rendez-vous  est  pris  pour  le  lendemain  :  on  choisira  les 
combattants  et  on  partira.  P.  214  à  219,  372,  373. 

Le  jeudi,  1*'  mai,  les  5,000'  hommes  sont  choisis;  ils 
partent  accompagnés  des  voeux  de  la  population  et  viennent 
gîter  à  une  heure  et  demie  de  la  ville.  Le  vendredi,  ils  sont  k 
une  lieue  de  Bruges^.  Protégés  d'un  côté  par  un  grand  marais, 


1.  Ce  passage  de  Froissait,  relatif  à  de  nouveaux  troubles  de  Paris, 
n'est  pas  ici  à  sa  place;  il  se  rapporte  à  la  fin  d'avril,  au  moment  où  le 
sire  de  Gouci,  envoyé  en  ambassade  auprès  des  Parisiens  (T07.  plus  haut, 
p.  XLV,  note  2),  ne  put  obtenir  d'eux  qu'une  somme  de  12,000  francs  pour 
les  besoins  du  roi.  Poussé  par  les  seigneurs,  qui  désiraient  le  pillage  de 
la  ville  et  s'y  préparaient  {Chr.  dêi  Quatre  Valois,  p.  302),  Charles  VI 
voulut  à  ce  moment  affamer  Paris  et  songea  même  à  donner  l'assaut 
{Chronographiaj  t.  III,  p.  32-33).  Les  conférences  de  Saint-Denis  ame- 
nèrent un  accord  dont  Froissart  a  parlé  plus  haut  (p.  153-155). 

2.  D'après  une  chronique  (/st.  etchr.y  t.  II,  p.  204),  les  Gantois  n'étaient 
que  4,000  «  et  avoit  avec  yauls  pluiseurs  carios  qui  menoient  trebus  et 
a  espingalles.  »  D'après  Olirier  de  Dixmude,  cité  par  Kervyn  (t.  X,  p.  458), 
l'armée  de  Philippe  d'Artevelde  s'élevait  à  8,000  hommes. 

3.  Au  point  du  jour,  le  vendredi  2  mai  1382,  les  Gantois  arrivent  à 
nonne  à  une  lieue  de  Bruges  (Ht  et  ehr,,  t.  II,  p.  246),  dans  la  plaine  de 
Bcverhoutsveld,  qui  a  donné  son  nom  à  la  bataille. 


SOIOCAIBS  DU  DlUXlilOB  LTVRB,  ^  263-312.  LXUI 

de  l'antre  par  leurs  bagages,  ils  passent  la  nuit  dans  Tattente 
de  la  bataiUe.  P.  219,  220,  373. 

Le  samedi,  3  mai,  jour  de  la  fête  et  procession  de  Bruges,  le 
comte  est  informé  de  Târrivée  des  Gantois.  Il  fait  prendre  les 
armes  et  envoie  en  avant  trois  de  ses  hommes  pour  le  rensei- 
gner; ce  sont  Lambert  de  Lambres,  Damas  de  Buxeuil^  et  Jean 
du  Bëart'.  De  son  côté,  Philippe  d'Artevelde  fait  dire  la  messe 
dans  son  camp  et  prêcher  la  guerre  par  les  moines  qui  ont 
accompagné  les  Gantois.  P.  220  à  222,  373  à  375. 

Philippe  harangue  ses  troupes.  Le  repas  a  lieu,  et  les  Gan- 
tois se  préparent  au  combat  en  s'abritant  derrière  leurs  ribaw» 
deauxy  sortes  de  brouettes  blindées  de  fer,  garnies  de  piques  et 
armées  de  canons,  qu'ils  poussent  devant  eux.  P.  222  à 224, 375. 

Les  trois  chevaliers  envoyés  en  éclaireurs  reviennent  à 
Bruges.  Le  comte  fait  sonner  le  départ,  et  ses  gens,  au  nombre 
de  40,000',  viennent  prendre  position  en  face  des  Gantois. 
La  journée  est  déjà  assez  avancée^.  Effrayés  par  les  300  canons 
des  Gantois'  et  aveuglés  par  le  soleil,  qui  baisse  à  Thorizon, 
les  Brugeois  se  débandent  bientôt  et  s'enfuient  vers  la  ville, 
poursuivis  par  leurs  ennemis.  Les  morts  sont  nombreux*. 
P.  224  à  227,  375,  376. 

1.  Le  texte  de  Froissart  porte  ici  Bytxy,  mais  de  la  comparaison  d'un 
antre  passage  où  fignre  cet  écoyer,  à  roccasion  des  obsèques  du  comte 
de  Flandre  en  1384  (Kerryn,  t.  X,  p.  282),  et  d'une  pièce  d'archives  publiée 
par  Kervyn  (t.  XXI,  p.  266),  il  résulte  qu'il  s'appelait  BuxeiU  »  BuxeuU. 
C'est  du  reste  ainsi  orthographié  qu'il  apparaît  de  nouveau  dans  Frois- 
sart  (t.  XV,  p.  396,  397  et  423). 

2.  Le  nom  de  ce  personnage,  qui  assiste  comme  écnyer  aux  obsèques 
du  comte  de  Flandre  (Kenryn,  t.  X,  p.  282),  semble  altéré;  nous  le  retrou- 
vons ailleurs  (t.  X,  p.  542,  et  t.  XXI,  p.  266)  sous  les  formes  Leombiati 
et  Le  Ombearde^  peut-être  Lombard, 

3.  D'après  une  chronique  (M,  et  ehr.,  t.  II,  p.  204),  l'armée  du  comte 
était  forte  de  20,000  hommes,  sans  compter  les  courtiers,  bouchers,  pois- 
sonniers et  vairiers  qui  étaient  du  parti  du  comte,  les  tisserands  et  fou- 
lons tenant  pour  les  Gantois  (/frid.,  p.  205).  Dans  Olivier  de  Dixmude, 
ce  nombre  est  réduit  à  12,000  hommes.  Le  comte  devait  avoir  aussi  à  son 
service  des  gens  d'armes  anglais,  que  nous  voyons  faire  montre  en  la 
Tille  de  Bruges  le  6  avril  1382  {Àrck.  du  Nord,  citées  par  Le  OUy,  Chr. 
riWÊée,  p.  103). 

4.  La  bataille  commença  à  l'heure  de  vêpres  {lU.  et  ehr,,  t.  II,  p.  204); 
les  Brugeois  étaient  «  plains  de  viandes  et  de  vins  »  (IMd.,  p.  247). 

5.  Il  7  eut  deux  décharges  d'artillerie  de  la  part  des  Gantois;  l'une 
d'elles  jeta  le  comte  à  bas  de  son  cheval  (IsL  et  ehr.,  t.  II,  p.  247). 

6.  D'après  le  Religieux  de  Saint-jOetUi,  (t.  I,  p.  112),  l'armée  du  comte 
perdit  5,000  hommes;  6,000,  d'après  Olivier  de  Dixmude. 


LXiv  GHR0NIQU1BS  DE  J.  FROISSAAT. 

Voyant  la  lâcheté  des  gens  de  Bruges  ^^  le  comte ,  avec 
(pielques  chevaliers ',  profite  de  la  nuit  qui  commence  pour 
rentrer  dans  Bruges,  dont  il  ordonne  de  fermer  les  portes.  Il 
convoque  toute  la  population  sur  la  ptace  du  marché.  P.  227, 
228,  376,  377. 

Les  Gantois  brisent  les  portes  et  s'emparent  de  la  ville'.  Le 
comte,  qui  se  rend  au  marché,  est  forcé  de  renvoyer  son  escorte 
et  de  revêtir  la  houppelande  de  son  valet  ^.  P.  228  à  231,  377, 
378. 

A  minuit,  il  se  fait  reconnaître  d'une  pauvre  femme,  qui  le 
cache  dans  le  lit  de  ses  enfants'  :  il  échappe  ainsi  aux  recherches 
des  routiers  de  Gand,  qui  veulent  le  remettre  vivant  aux 
mains  de  Philippe  d'Artevelde.  P.  231  à  233,  378,  379. 

Maîtres  de  la  ville,  les  Gantois,  sur  Tordre  de  François 
Ackerman,  épargnent  les  marchands  et  les  étrangers,  mais  sont 
sans  pitié  pour  les  quatre  métiers,  courtiers,  fripiers,  bouchers 
et  poissonniers,  qui  ont  toujours  été  du  parti  du  comte  :  on  en 
tue  plus  de  1,200,  leur^  maisons  sont  pillées',  leurs  femmes 
violentées. 

Le  dimanche  matin,  4  mai,  à  sept  heures,  les  habitants  de 
Gand  apprennent  la  nouvelle  de  leur  victoire  et  en  ont  grande 

1.  Malgré  la  panique  provoquée  dans  les  rangs  de  ses  auxiliaires,  le 
comte  Toiilait  quand  même  assaillir  les  Gantois,  mais  «  une  grant  partie 
a  de  ceulx  de  ladicte  ville  de  Bruges  se  tournèrent  contre  lui  et  se  mirent 
«  avecques  ses  ennemis  et  en  leur  ayde  »  (Ist.  et  chr.,  t.  II,  p.  258). 

2.  Obligé  de  fuir  et  de  rentrer  à  Bruges,  le  comte  n'avait  pour  l'accom- 
pagner que  40  hommes  (Meyer,  fol.  184  r). 

3.  Un  nouveau  combat  eut  lieu  dans  l'intérieur  de  la  ville,  où  périrent 
près  de  10,000  habiUnts  (Chronographkij  t.  III,  p.  33).  Le  Religieux  de 
Saini-Denit  (t.  I,  p.  118)  prétend  qu'étant  entrés  presque  sans  résistance 
dans  Bruges,  sous  prétexte  d'assister  à  la  procession,  les  Gantois  se 
ruèrent  sur  les  habitants  et  en  égorgèrent  une  partie  avec  les  armes  qu'ils 
tenaient  cachées. 

4.  Le  comte  perdit  son  sceau  dans  la  déroute,  et  trois  semaines  après, 
à  Lille,  dut  se  servir  de  celui  du  sire  de  Ghistelles  (7*  Cartulain  de 
Flandre^  cité  par  Le  Glay  dans  Chr.  rimée,  p.  104). 

5.  Froissart  a  donné  dans  sa  Chronique  de  Flandre  {Bibl.  nat,  ms. 
fr.  5004,  fol.  105  v*-108  r*)  une  rédaction  plus  détaillée  qui  nous  apprend 
que  ce  fut  à  un  bourgeois  de  Gand,  nommé  Benier  Campion,  que  le 
comte  dut  son  salut.  La  vieille  femme  qui  le  cacha  chez  elle  était  la 
veuve  Bruynaert  (Kervyn,  Hitt,  de  Flandre^  t.  III,  p.  486). 

6.  Le  pillage  fut  grand  (/s^  et  ehr,j  t.  II,  p.  178);  d'après  Walslngham 
(t.  II,  p.  62),  17,000  hommes  furent  tués  dajis  Bruges. 


SOMMAIRE  DU  DEUXIÈME  UVRE,  §§  263«312.  LZV 

joie.  A  Audenarde»  la  frayeur  est  extrême  S  car  on  craint  l'ar- 
rivée des  Gantois  qui,  avec  3  ou  4,000  hommes,  prendraient 
facilement  la  ville.  Mais. il  n*en  est  rien,  et  les  gens  d'Aude- 
narde,  encouragés  par  trois  chevaliers,  Jean  de  Baronaige', 
Thierri  d'Anvaing'  et  Florent  de  Heule^,  attendent  la  venue 
de  Daniel  d'Halewyn  que  le  comte  va  leur  envoyer.  P.  233  à 
235,  379,  380. 

Philippe  d*Artevelde  et  les  autres  chefs  des  Gantois  ne  font 
aucun  mal  à  ceux  des  menus  métiers,  dont  ils  respectent  la  vie 
et  la  propriété'.  Sans  se  soucier  de  ce  qu'est  devenu  le  comte, 
ils  songent  à  ravitailler  la  ville  de  Gand.  Damme  et  TEcluse 
leur  ouvrent  leurs  portes  et  leur  fournissent  du  vin  et  des 
farines  qu'ils  expédient  à  Gand.  P.  235,  236,  380. 

C'est  le  dimanche,  pendant  la  nuit,  que  le  comte  sort  de 
Bruges,  seul,  à  pied,  couvert  d'une  vieille  houppelande.  Une 
fois  dans  la  campagne,  il  gagne  Lille,  monté  sur  un  cheval  que 
lui  procure  Robert  le  Marescal,  un  de  ses  fidèles  chevaliers, 
mari  d'une  de  ses  filles  bâtardes.  Il  retrouve^  le  lundi,  à  Lille 
la  plupart  de  ses  barons,  qui  ont  échappé  au  combat^.  Les 

1.  Un  assez  grand  nombre  d'habitants  quittèrent  alors  lear  ville  et  se 
retirèrent  à  Tournai  avec  tout  ce  qu'ils  possédaient  (Àrch,  nai.,  JJ  122, 
fol.  37  V). 

2.  Jean  de  Baronaige  figure  déjà,  quoique  non  mentionné  par  Frois- 
aart,  parmi  les  défenseurs  d'Audenarde  en  octobre  1379  {Chr,  et  ist.^  t.  II, 
p.  165  et  230}. 

3.  Sur  la  filiation  et  les  alliances  de  Thierri  d'Anvaing,  voy.  Kervyn 
(t.  XX,  p.  96). 

4.  Florent  de  Heule  avait  été  fait  chevalier  au  siège  d'Audenarde  en 
octobre  1379  (W.  et  ehr.,  t.  II,  p.  166). 

5.  Un  des  premiers  actes  de  Philippe  d'Artevelde  fnt  de  mettre  de  nou- 
veaux fonctionnaires  à  la  tète  de  la  ville  {Ist.  et  ehr,y  t.  II,  p.  248).  La 
Ckronàque  de  Flandre  donne  le  nom  de  l'épicier-hôtelier,  Guillaume  le 
Gat  [BM,  %ai.y  ms.  fr.  5004,  fol.  110  r),  chez  qui  Philippe  organisa  la 
nouvelle  administration  de  Bruges  (voy.  aussi  Kervyn,  t.  X,  p.  460).  Phi- 
lippe avait  lait  rassembler  hors  des  murs,  à  l'abbaye  de  Sainte-Catherine, 
tons  ceux  de  Bruges  qui  acceptaient  le  nouyel  état  de  choses  et  leur  avait 
&it  jurer  fidélité;  le  reste  des  habitants  avait  été  tué  (lit.  et  ckr.,  t.  II, 
p.  205),  ce  qui  ne  concorde  guère  avec  l'opinion  de  Walsingham  (t.  II, 
p.  62),  qui  prétend  que  les  procédés  des  Gantois  furent  si  humains  que, 
trois  Jours  après  la  prise  de  la  ville,  les  marchandises  recommençaient  à 
afliner  à  Gand  et  les  marchés  à  se  rouvrir. 

6.  Le  comte  resta  caché  Jusqu'à  minuit  le  samedi  (et  non  le  dimanche) 
et  sortit  seul  et  à  pied  de  Bruges  {lU.  et  chr,,  t.  II,  p.  247)  «  par  une 
c  fausse  porte  »  {Chr.  normande  de  P.  Cochon,  p.  170).  Il  prit  aussitôt 
le  chemin  de  Lille,  arriva  à  Trois-Sœurs,  y  trouva  une  jument  qui  le 

X  —  e 


LZVI  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART. 

autres^  comme  Gui  de  Ghistelles,  se  sont  réfugiés  en  Zélande 
et  en  Hollande.  P.  237,  238,  380. 

La  nouvelle  de  la  défaite  du  comte  est  reçue  avec  plaisir  par 
les  habitants  des  bonnes  villes,  les  Liégeois  entre  autres,  par 
ceux  de  Paris  et  de  Rouen,  par  le  pape  Clément,  qui  voit  dans 
cet  échec  un  châtiment  céleste  S  et  par  les  gens  de  Louvain', 
qui  se  sentent  d'autant  plus  forts  pour  lutter  contre  leur  sei- 
gneur le  duc  Wenceslas  de  Brabant.  Le  comte  n*est  même  pas 
plaint  par  les  hauts  barons,  qui  n*aiment  pas  son  grand  orgueil. 
P.  238,  239,  380,  381. 

Les  Gantois  décident  d*abattre  deux  portes'  de  Bruges,  avec 
les  murs  qui  sont  du  côté  de  Gand,  et  de  prendre  comme  otages 
500  bourgeois  notables.  Puis  ils  se  font  jurer  obéissance  par 
toutes  les  villes  du  Franc  de  Bruges  et  du  littoral  du  comté  de 
Flandre.  La  soumission  est  reçue  à  Bruges  par  Pierre  du  Bois 
et  Philippe  d'Artevelde,  qui  tient  état  de  prince.  Le  château  de 
Maie  est  pillé,  toutes  ses  richesses  volées.  Pendant  quinze  jours, 
deux  cents  chariots  ne  font  que  transporter  à  Gand  Tor,  l'ar- 
gent, les  vêtements  de  prix,  la  vaisselle,  les  bijoux  que  Ton 
trouve  à  Bruges  ^  P.  239  à  241,  381. 

Les  500  otages  partent  pour  Gand'  escortés  par  François 
Ackerman,  Pierre  de  Wintere  et  1,000  de  leurs  hommes.  Pierre 
du  Bois  reste  à  Bruges  pour  hâter  la  démolition  des  murs.  Phi- 
lippe d'Àrtevelde,  avec  4,000  hommes,  part  pour  Ypres, 
où  il  reste  huit  jours  pour  recevoir  la  soumission  de  Cassel, 
de  Fumes  et  autres  villes*.  Puis  il  se  rend  à  Courtrai^,  mais 

conduisit  jusqu'à  Ronlers;  là  il  se  fit  reconnaître  «  à  son  hoste  da 
«  Cornet,  qui  le  monta  de  bon  cheval  et  le  mena  jusques  en  Lille,  et  ses 
«  gens  siewirent  après  luy  »  {Ist  et  ehr.,  t.  II,  p.  248).  D'après  la  Cknh 
noçraphia  (t.  III,  p.  33),  le  comte  avait  deux  compagnons  de  fuite. 

1.  «  A  part  les  chàtellenies  de  Cassel,  de  Bourbourg  et  de  Dunkerque, 
a  tenues  par  la  dame  de  Bar,  toute  la  Flandre  était  perdue  pour  Clé* 
«  ment  VII  »  (Valois,  La  France  et  te  grand  tchisme,  t.  I,  p.  261-262). 

2.  La  défaite  du  comte  fut  une  occasion  pour  les  gens  de  Louvain  et 
de  Liège  de  resserrer  leur  alliance  avec  les  Gantois,  et  d'échanger  avec 
eux  des  ambassades  (Kervyn,  t.  X,  p.  460). 

3.  Une  des  rédactions  des  Ckrmàqnes  de  Flandre  {Ist  et  ehr,,  t.  II, 
p.  205),  de  même  que  Meyer  (fol.  184  r),  parle  de  trait  portes  de 
Bruges,  qui  furent  détruites  dès  le  7  mai. 

4.  Voy.  M.  et  ehr.,  t.  II,  p.  178. 

5.  Ibid.,  p.  205. 

6.  Ces  autres  villes  étaient  Damme,  l'Écluse,  Berghes  «  et  tout  le  rema- 
«  nant  de  Flandre  »  {Ist,  et  ehr,,  U  II,  p.  178  et  248). 

7.  Philippe  d'Artevelde  alla  à  Courtrai,  où  il  était  le  11  mai,  avant  de 


SOMMAIRE  DU  DEUXIEME  LIVRE,  g  263-312.         LXYii 

De  peut  obtenir  qu'Audenarde  fasse  acte  d'obéissance.  Les 
trois  cbeTalierSy  gardiens  de  la  ville,  ne  veulent  point  trahir 
le  comte  et  se  rient  des  menaces  du  fils  d'an  brasseur  d'hy- 
dromel <.  P.  241,  242,  381. 

Furieux  de  cette  résistance,  Philippe  séjourne  cinq  ou  six 
jours  à  Courtrai,  puis  retourne  à  Gand,  où  il  est  accueilli  avec 
les  plus  grands  honneurs.  Magnifiquement  vêtu,  entouré  de 
soldats,  menant  vie  joyeuse  et  dépensant  largement,  le  nou- 
veau rewaert  de  Flandre  est  au  comble  de  sa  puissance.  P.  242, 
243,  381,  382. 

Le  comte  est  à  Lille';  il  songe  à  reconquérir  son  pays  rebelle 
avec  l'aide  de  son  gendre  le  duc  de  Bourgogne  et  du  jeune  roi 
de  France,  qui,  certainement,  suivra  les  avis  de  son  oncle.  En 
attendant,  il  envoie  comme  capitaine  à  Audenarde  Daniel 
d'Halewyn,  accompagné  de  150  lances,  de  100  arbalétriers 
et  de  200  hommes  de  pied.  P.  243  à  245,  382,  383. 

Le  17  mai,  Daniel  d'Halewyn  entre  dans  Audenarde;  avec 
lui  sont  Louis  et  Gilbert  de  Leeuwerghem',  Jean^  et  Florent 
de  Heule,  Blanchart  de  Galonné,  Gérard  de  Rasseghem,  Gérard 


se  rendre  à  Ypres,  où  il  était  le  24.  A  la  fin  de  mai,  il  mettait  le  siège 
deTant  Audenarde  (Meyer,  fol.  185  v*). 

1.  Une  chronique  française  de  la  Bibliothèque  nationale  (fr.  17272, 
fol.  22  V*)  qualifie  Jacques  d'Arterelde  de  «  brasseur  de  miel.  »  C'est 
ainsi  que  Froissart  s'exprime  dans  sa  première  rédaction  et  dans  la 
rédaction  du  ms.  d'Amiens  (t.  I,  p.  127  et  394);  mais,  dans  la  rédaction 
dn  ms.  de  Rome  (t.  I,  p.  394),  il  le  nomme  simplement  bùurgeoU,  Les 
Grandes  Chroniques  (t.  V,  p.  372)  disent  qu'il  «  prist  A  femme  une 
0  brasseresse  de  miel;  »  même  leçon  dans  la  Chronographia  (t.  II,  p.  46). 
Voy.  à  cet  égard  Kervyn,  t.  II,  p.  533-539,  et  t.  IV,  p.  464-475.  Les  tra- 
vaux de  M.  de  Poter  sur  les  Artevelde,  dans  les  publications  de  l'Acadé- 
mie de  Belgique,  ont  été  complétés  par  M.  J.  VuyIsteke  en  1873  {Eenigê 
Bijzonderheden  over  de  Artevelden). 

2.  Ponr  essayer  de  paralyser  le  commerce  des  villes  révoltées,  le  comte 
signe  à  Lille,  le  15  mai  1382,  des  lettres  par  lesquelles  il  déclare  ne  plus 
prendre  «  sous  sa  protection  et  sauve-garde  les  marchands  étrangers 
■  étant  en  Flandre,  à  cause  de  la  rébellion  des  habitants  de  ce  pays  » 
(Pièce  des  Areh.  du  Nord,  analysée  par  Le  Glay,  Cbr.  rimée,  p.  103). 
D'après  Walsingham  (t.  II,  p.  62),  le  comte  se  tint  A  Saint-Omer  pendant 
le  siège  d' Audenarde. 

3.  Gilbert  de  Leeuwerghem,  écuyer,  était  capitaine  d' Audenarde  A  la 
date  dn  8  avril  1382  (Le  Glay,  Chr,  rUnée,  p.  103).  Il  devint  plus  tard 
chambellan  du  duc  de  Bourgogne. 

4.  Jean  de  Heule  était  un  des  défenseurs  d' Audenarde  en  1379  (l$i,  t{ 
chr.,  t.  II,  p.  165  et  230). 


Lxviii  CHRONIQUES  DS  J.  FROISSART. 

de  MarquillieSy  Lambert  de  Lambres,  Enguerran  Zannequin^ 
Morelet  d'Halewyn,  Hanghenandin  et  plusieurs  autres  cheva- 
liers et  écuyers  de  Flandre  et  d'Artois.  P.  245,  246^  383. 

Philippe  entreprend  alors  le  siège  d'Audenarde,  il  lève  une 
taille  de  quatre  gros  par  semaine  sur  chaque  feu  et  convoque 
tous  les  combattants  flamands  pour  le  9  juin  sous  les  murs 
d'Audenarde.  Personne  ne  manque  à  Tappel  et  Philippe  se 
trouve  à  la  tête  d*une  armée  de  plus  de  100^000  hommes',  bien 
approvisionnés  de  tous  côtés.  Son  premier  soin  est  de  planter 
des  pieux  dans  TEscaut,  pouV  empêcher  les  bateaux  de  Tour- 
nai de  descendre  à  Audenarde.  P.  246,  247,  383,  384. 

Daniel  d*Halewyn  s*apprête  à  soutenir  le  siège  ;  il  distribue 
les  provisions,  couvre  de  terre  les  toits  des  maisons  voisines 
des  murs,  exposées  plus  particulièrement  aux  coups  des  nom- 
breux canons  des  Gantois,  renvoie  de  la  ville  les  vieillards  et 
les  bêtes  de  somme  et  loge  dans  les  églises  les  femmes  et  les 
enfants.  Il  soutient  ainsi  le  siège  tout  Tété,  faisant  parfois  des 
escarmouches  où  se  distinguent  deux  frères,  écuyers  d'Artois, 
Lambert  et  Tristan  '  de  Lambres. 

Philippe  d'Artevelde,  qui  ne  veut  point  donner  Tassant  pour 
ménager  son  monde,  établit  sur  la  montagne  qui  domine  Aude- 
narde un  immense  mouton  destiné  à  jeter  de  grosses  pierres  sur 
la  ville  ^  ;  il  a  de  plus  à  sa  disposition  d'autres  puissants  engins, 
qui  ne  peuvent  réussir  à  lasser  la  patience  et  le  courage  des 
assiégés.  P.  247  à  249,  384. 

Pendant  le  siège  d' Audenarde,  1,200  routiers  environ  se 
détachent  de  l'armée  et  s'en  vont  détruire  par  toute  la 
Flandre  les  châteaux  des  nobles;  ils  dévas'tent  une  seconde  fois 
le  château  du  comte  à  Maie  et  brisent  le  berceau  où  il  dormait 
enfant.  De  là,  ils  se  rendent  à  Bruges,  où  ils  sont  bien  reçus  par 
Pierre  du  Bois  et  Pierre  de  Wintere;  et,  après  quelques  jours 

1.  Cet  écuyer  appartenait  sans  doute  à  la  famille  de  Nicolas  Zannequin, 
capitaine  des  Flamands,  tué  à  la  bataille  de  Gassel. 

2.  D'après  le  Religieux  de  SaitU-Denis  (t.  I,  p.  17Q),  l'armée  de  Phi- 
lippe d'Artevelde  comptait  300  archers  anglais,  40,000  Gantois  et  un 
grand  nombre  de  bannis  et  de  condamnés. 

3.  Nous  voyons  Tristan  de  Lambres,  écuyer,  tenir  un  écu  aux  obsèques 
du  comte  de  Flandre  (Kervyn,  t.  X,  p.  282). 

4.  M.  Kervyn  veut  reconnaître  cette  grosse  pièce  de  siège  «  dans  le 
«  canon  gigantesque  placé  aujourd'hui  à  Gand,  »  près  du  marché  du  Ven- 
dredi (t.  X,  p.  461). 


SOMMAIRE  DU  DEUXIÂME  LIVRE,  §§  263-312.  lxix 

de  reposy  ils  passent  la  Lys  à  Wameton  *  et  viennent  devant 
LiUe  abattre  les  moulins  à  vent  et  brûler  les  villages. 

Attaqués  par  4,000  hommes  de  la  garnison  de  Lille,  les  rou- 
tiers entrent  en  Toumaisis  et,  après  avoir  brûlé  Helchin'  et 
autres  villages,  qui  sont  du  royaume  de  France,  ils  retournent 
au  siège  d*Audenarde'. 

Le  duc  de  Bourgogne  apprend  ces  nouvelles  à  Bapaume  :  il 
en  donne  aussitôt  avis  à  Charles  VI,  qui  est  à  Gompiègnfe^  ;  c'est 
pour  lui  une  bonne  fortune  de  voir  ainsi  mêlé  le  roi  de  France 
à  cette  affaire,  d'où  il  ne  peut  advenir  que  secours  pour  le 
comte  de  Flandre,  son  beau-père.  P.  249,  250,  384,  385. 

Le  comte  apprend  à  Hesdin'  le  sac  de  son  château  de  Maie: 
furieux,  il  se  rend  à  Arras,  puis  à  Bapaume*  auprès  du  duc  de 
Bourgogne,  son  beau-fils,  qui  lui  promet  aide  contre  toute  la 
ribaudaille  de  Flandre.  Revenu  à  Arras,  il  délivre  de  prison 
plus  de  deux  cents  otages  et  retourne  à  Hesdin.  P.  250  à  252, 
385. 

Soucieux  de  tenir  sa  promesse,  le  duc  de  Bourgogne  quitte 
Bapaume  avec  Gui  de  la  Trémollle  et  l'amiral  Jean  de  Vienne. 
Il  se  rend  à  Senlis  auprès  du  roi,  dont  la  jeunesse  ardente  ne 
demande  qu'à  combattre,  d'accord  avec  les  ducs  de  Berri  et  de 
Bourbon.  Un  conseil  de  prélats  et  de  nobles  est  convoqué  à 
Gompiègne  pour  décider  ce  qu'il  y  a  lieu  de  faire  ^.  P.  252  à 
256,  385,  386. 

1.  Belgique,  pfov.  de  Flandre  occidentale,  sar  la  rive  gauche  de  la  Lys. 

2.  Belgique,  piov.  de  Flandre  occidentale.  La  ville  d'Helchin  c  estoit 
•  enclavée  ou  royaume  de  Franche  »  (M,  et  dur.,  t.  II,  p.  178). 

3.  Le  Migieux  de  Saint^Denis  parle  d'un  défi  que  le  seigneur  d'Heer- 
lele  aurait  envoyé  au  comte  (t.  I,  p.  172)  ;  il  est  plus  probable  d'admettre 
que  ce  fut  entre  Daniel  de  Halluin  et  le  sire  d'Heenele  qu'eut  lieu,  sous 
les  murs  d'Audenarde,  une  Joute  dont  parle  une  chronique  française 
(BibL  nat.,  fr.  17272,  fol.  43  v  et  44  V). 

4.  Le  roi  se  trouve  à  Gompiègne  du  8  au  11  Juillet  1382  (Petit,  Séjours 
de  Charles  F/,  p.  14). 

5.  Le  comte,  qui  réside  à  Headln  au  commencement  du  mois  de  Juin, 
approuve,  à  la  date  du  4,  la  défense  fiiite  par  le  bailli  aux  habitants  de 
Tennonde  de  sortir  de  la  ville  {phr,  rh/ufe,  p.  104).  Le  26  août,  il  paie 
.VI.  livres  .ii.  sols  «  au  Grand  Coppin  pour  les  frais  des  justices  fais  à 
c  Hesdin  de  .m.  conspirateurs  de  Flandres  >  [ibid.,  p.  105). 

6.  A  Bapaume,  le  comte  lait  décoller  les  otages  de  la  ville  de  Ck>urtrai, 
qui  vient  de  se  rendre  aux  Gantois;  de  Douai,  il  envoie  les  otages  d'Ypres 
à  Bapaume,  à  Hesdin  et  ailleurs  (/i<.  ei  ehr.y  t.  II,  p.  206). 

7.  C^est  an  mois  d'août  que  fut  convoquée  à  Gompiègne  l'assemblée  des 


LZX  CHRONIQUES  DE  J.  PR0I8SART. 

Songe  du  roi  à  Senlis;  origine  du  cerf  volant  adopté  par  le 
roi  comme  emblème  ^  P.  256  à  259,  386,  387. 

Le  siège  d*Audenarde  traîne  en  longueur.  Craignant  Tinter- 
vention  du  roi  de  France,  Philippe  d'Artevelde,  qui  a  déjà  dans 
son  armée  des  archers  anglais,  songe  à  une  alliance  avec  le  roi 
d'Angleterre.  P.  259  à  261,  387,  388. 

Mais,  pour  masquer  son  jeu,  il  écrit  au  roi  de  France  une 
lettre  où  il  lui  demande  d'obtenir  la  paix  du  comte  de  Flandre^. 
Le  messager,  porteur  de  la  lettre,  arrive  à  Senlis;  comme  il 
n*a  pas  de  sauf-conduit,  il  est  arrêté  et  mis  en  prison  pour  plus 
de  six  semaines '.  Le  roi  et  son  conseil  ne  font  que  rire  de  la 
lettre  de  Philippe.  Ne  recevant  pas  de  réponse,  ce  dernier  pro- 
pose alors  à  ses  capitaines  de  faire  alliance  **  avec  le  roi  d'An- 
gleterre, qu'on  laissera  passer  par  les  Flandres  pour  entrer  en 
France;  moyennant  quoi  le  roi  d'Angleterre  remboursera 
les  200,000  vieux  écus  que  le  pays  flamand  prêta  autrefois  au 


nobles  et  des  prélats  (Terrier  de  Loray,  Jean  de  Vienne^  p.  167).  Le  loi 
et  le  duc  de  Bourgogne  s'y  trouvaient  ensemble  le  15  (Petit,  S^foun  de 
Charles  F/,  p.  14,  et  ItinéraireSy  p.  152). 

1.  Le  Religieux  de  Saint- Denis  (t.  I,  p.  70)  raconte  d'une  autre  façon 
l'origine  de  l'emblème  adopté  par  Charles  VI,  qui  aurait  pris  à  la  chasse 
un  cerf,  porteur  d'un  collier  sur  lequel  étaient  gravés  les  mots  :  OstMor 
hoc  mihi  donavU,  Le  récit  de  Froissart  faisant  allusion  à  un  cerf  valant 
a  au  moins  le  mérite  d'expliquer  toutes  les  particularités  de  l'animal  cher 
au  roi. 

2.  La  Chronoçraphia  (t.  III,  p.  34-35)  fait  remonter  antérieurement 
(au  24  juin  1382)  l'envoi  d'une  lettre  de  Philippe  d'Artevelde,  demandant 
au  roi  de  France,  qu'il  appelle  son  seigneur,  de  prendre  en  main  le  gou- 
vernement des  Flandres  en  lieu  et  place  du  comte,  s'il  ne  voulait  pas 
voir  le  roi  d'Angleterre  se  substituer  à  lui.  Les  Flamands  ne  demandaient 
du  reste  qu'à  traiter;  mais  le  comte  de  Flandre  et  le  duc  de  Bourgogne 
poussaient  au  contraire  le  roi  à  faire  la  guerre  {Chr,  des  Quatre  Valois, 
p.  305). 

3.  Ce  messager,  qui  se  nommait  Hennequin  et  avait  appris  le  fiançais  à 
la  cour  de  France,  fut  accueilli  par  le  duc  de  Bourgogne  avec  des  insultes 
{Chronographia,  t.  III,  p.  34),  mais  fut  laissé  en  liberté,  dit  le  ReUgieus 
de  Saint-Denis  (t.  I,  p.  172).  Froissart  semble  être  plus  dans  la  vérité, 
quand  il  avance  qu'on  le  garda  plus  de  six  semaines  en  prison,  car  cette 
arrestation  fut  un  des  griefs  de  Philippe  d'Artevelde  contre  le  roi  (cf.  dans 
notre  texte  p.  261  et  277). 

4.  Peu  de  temps  après  sa  lettre  du  24  Juin  (voy.  plus  haut,  note  2), 
Philippe  d'Artevelde  avait  entamé  des  négociations  avec  l'Angleterre, 
et  aux  dates  des  11  et  15  juillet  et  du  18  août  1382,  nous  trouvons  la 
mention  de  paiements  faits  soit  à  un  envoyé  de  Philippe,  soit  à  Richard 
Hereford,  héraut,  à  Edmond  Halstede,  Richard  Wodehall  et  George  de 


SOMMAIRB  DU  OBUXIÈME  LIVRK,  §$  263-312.  LZXI 

roi  Edouard  III,  pour  payer  ses  troupes  devant  Tournait 
P.  261  à  263,  388. 

Après  avoir  pris  l'avis  de  Pierre  du  Bois  et  de  Pierre  de  Win- 
tere,  capitaines  de  Bruges*,  et  de  ceux  d'Ypres  et  de  Gourtrai, 
Philippe  organise  son  ambassade  :  cliaque  bonne  ville  enverra 
un  ou  deux  bourgeois,  Gand  en  enverra  six',  à  savoir  Fran- 
çois Ackerman'*,  Basse  vande  Voorde',  Louis  de  Vos^,  Jean  de 
Scotelaere^,  Martin  vande  Water^  et  Jacques  de  Brauvere*. 


;,  éenyers,  dépntés  vers  les  Gantois  (ilee.  0)f.,  ItMm  Botté  305, 
m.  9,  11  et  13).  A  la  date  des  19-24  août  figure  aussi  dans  les  comptes  de 
la  ville  de  Gand  l'embarquement  des  échevins  de  Gand  Michiel  Boene  et 
Jan  de  Hert,  et  à  la  date  du  13  septembre  le  départ  pour  l'Angleterre  de 
Laurent  de  Maech,  de  Jan  de  Jonghe  et  de  Jan  uten  Broacke  {Rekenén" 
geny  p.  328-329). 

1.  Voj.  le  passage  relatif  à  cet  emprunt  de  200,000  florins  ou  50,000  marcs 
dans  la  rédaction  du  ms.  de  Rome,  t.  Il,  p.  256-257. 

2.  Philippe  d'Artevelde  était  à  Bruges  du  4  au  8  septembre  1382;  nous 
le  trouvons  sous  les  murs  d*Audenarde  ou  à  Edelaere  du  12  septembre  à 
la  fin  de  novembre  {Rekeningenj  p.  328-331). 

3.  Le  récit  de  Froissart  renferme  plus  d'une  erreur  et  plus  d'une  con- 
fusion dans  rénumération  des  ambassadeurs  flamands.  Cette  ambassade 
se  composait  en  effet  de  12  membres,  dont  les  noms  nous  ont  été  conser- 
vés par  les  lettres  de  créance  qui  leur  furent  données  le  14  octobre  1382. 
C'étaient  Willem  van  Coudenberghe,  Willem  vanden  Pitte,  Race  vander 
Voerde,  Jan  van  Waes  et  Michiel  Boene,  représentant  Gand  ;  Lodewijc  de 
Vos,  Jacop  de  Scoteleere,  Jacop  de  Bruwere  et  Willem  Matten,  représen- 
tant Bruges;  Gillis  Tant,  Jacop  Moanin  et  Lamsin  de  Borchgrave,  repré- 
sentant Ypres  {Rekeninçeny  p.  457459;  voy.  aussi  Gachard,  Mémoires  de 
VÀcadémie  de  Belgique,  t.  XXVII,  p.  3*7).  Aux  cinq  envoyés  de  Gand 
étaient  adjoints  Gillis  van  Wijnvelde,  Hartin  van  Erpe  et  Pieter  van 
Beerevelt  [Rekenéngen,  p.  330). 

4.  François  Ackerman  ne  pouvait  faire  partie  de  l'ambassade,  étant  à 
cette  époque  parti  pour  la  Rochelle  à  la  tête  d'une  flotte  (Rekeninçen^ 
p.  345). 

5.  Mentionné  plusieurs  fois  dans  les  Rekenéngen  der  Stad  Gent  (p.  278, 
298  et  310). 

6.  Ce  Louis  de  Vos  ^t  peut-être  le  même  que  ce  bourgeois  de  Gand, 
qui,  en  1383,  à  la  bataille  de  Ounkerque,  fut  fait  chevalier  (Kerryn,  t.  X, 
p.  225). 

7.  Nous  trouvons  un  Jean  de  Scotelaere  mentionné  en  1380  dans  les 
Bekeningen  (p.  184);  mais  il  est  à  remarquer  que  l'envoyé  de  Bruges  se 
nommait  Jacquet  et  non  Jean. 

8.  Martin  vande  Water  fut  le  successeur,  en  1384,  de  l'évêque  urbaniste 
de  Gand,  Jean  de  West;  il  oe  faisait  pas  partie  de  l'ambassade  (cf.  Ker- 
vyn,  t.  X,  p.  403). 

9.  Le  nom  de  Bruwere,  qui  appartient  ici  à  un  bourgeois  de  Bruges,  est 
fréquent  à  Gand  (Rekeningenj  p.  64, 84  et  97). 


Lxxn  CHRONIQUES  DE  J.  PR0I8SART. 

A  ces  envoyés  se  joint  un  clerc  ^,  parent  de  Philippe  d'Arte- 
velde,  qui  vient  d'être  élu  évèque  urbaniste  de  Gand  en  rem- 
placement de  Jean  de  West'^  ancien  doyen  de  Notre-Dame  de 
Tournai. 

L'ambassade,  composée  de  douze  bourgeois,  quitte  le  camp 
d'Audenarde  au  commencement  de  juillet'  et  arrive  à  Calais. 
Le  capitaine  de  la  ville,  Jean  d'Évreux,  leur  procure  des 
bateaux  pour  passer  en  Angleterre.  Ils  débarquent  à  Douvres 
et  arrivent  à  Londres,  bien  accueillis  par  la  population  anglaisé. 

Le  roi  venait  de  donner  à  Perducat  d'Albret,  en  récompense 
de  ses  services,  la  terre  de  Gaumont  en  Gascogne,  qui,  après 
le  décès  de  Jean  de  Caumont^  et  d'Alexandre,  son  frère,  morts 
tous  deux  sans  héritiers,  avait  été  attribuée  par  le  roi  à  Jean 


1.  Ce  clerc,  dont  le  nom  est  supprimé  dans  la  plupart  des  manuscrits, 
est  appelé  Bande  QuinUn  dans  l'un  (c'est  la  leçon  que  nous  avons  adop- 
tée) et  Hewart  de  Sueskes  dans  un  autre  ;  mais  ces  noms  sont  tout  à  &it 
fantaisistes.  Nous  avons  consulté  à  ce  sujet  M.  Julius  Yuylsteke,  dont  la 
compétence  est  grande  pour  tout  ce  qui  regarde  l'histoire  de  Gand.  Il 
nous  a  gracieusement  répondu  et  sa  conclusion  est  que  le  personnage  en 
question  ne  peut  être  que  maître  'Willem  de  Coudenbergbe,  l'un  des 
ambassadeurs.  Malgré  la  valeur  de  cette  autorité,  nous  croyons  qu'il  faut 
plutôt  reconnaître  dans  le  clerc  de  Froissart,  parent  de  Philippe  d'Arte- 
velde,  Martin  van  Erpe,  neveu  de  Philippe  et  plus  tard  un  de  ses  héritiers, 
un  de  ceux  qui  avaient  été  adjoints  à  l'ambassade  (voy.  p.  lxxi,  note  3).  En 
faisant  de  ce  clerc  anonyme  le  successeur  prématuré  de  l'évâque  urbaniste 
Jean  de  West,  Froissart  l'identifiait  avec  Martin  vande  Water,  qu'il  avait 
déjà  mentionné  à  tort  comme  accompagnant  l'ambassade. 

2.  Jean  de  West,  évéque  urbaniste  de  Gand,  que  Froissart  semble  avoir 
confondu  avec  l'échevin  Jan  van  Waes,  suivi  dans  cette  erreur  par  Meyer 
(fol.  186  V*)  et  par  Kervyn  de  Lettenhove  {Histoire  de  Flandre,  t.  Ifl, 
p.  505),  a  laissé  peu  de  traces  dans  l'histoire  de  Gand.  Cet  ancien  doyen 
de  Tournai,  nommé  par  les  Gantois,  en  haine  de  la  France  clémentine, 
évéque  de  Tournai  à  la  place  de  Pierre  d'Auxy,  avait  été  pourvu  en  1380 
de  bulles  régulières  par  Urbain  VI  (  Valois ,  La  France  et  le  grand 
schisme,  t.  I,  p.  261).  C'était  un  grand  derc,  disent  les  chroniques  du 
temps  {IsL  et  chr,,  t.  II,  p.  175;  dom  Smet,  Rec.  des  chr.  de  FL,  t.  III, 
p.  273);  il  mourut  en  1384  et  fut  enterré  dans  l'abbaye  de  Saint-Victor  de 
Waestmunster  près  de  Termonde,  revêtu  de  ses  habits  pontificaux  {GaUêa 
ehristiana,  t.  III,  col.  229). 

3.  Les  ambassadeurs  qui  vinrent  recevoir  leurs  instructions  de  Phi- 
lippe d'Artevelde  étaient  à  Edelaere  du  30  septembre  au  2  octobre  ;  ils  par^ 
tirent  le  17  {RekeniTtgen,  p.  32^30). 

4.  Ce  Jean  de  Caumont  semble  devoir  être  nommé  Raymond  (P.  An- 
selme, t.  IV,  p.  481).  Par  contre,  nous  trouvons  un  Jean  de  Caumont,  sans 
doute  frère  de  Nompar  de  Caumont  (/M.,  t.  IV,  p.  470),  écnyer  en  Flandre 
et  à  l'Écluse  en  1387  et  1388  {BibL  nat..  Pièces  wig.  vol.  622). 


SOHKAIRS  DU  DSUXliMS  UVM,  §$  263-312.       Lzxnt 

Chandos,  puis  à  Thomas  de  Felton.  P.  263  à  265,  388,  389. 

Perducat  accepte  la  terre  de  Caumont  et  s*engage,  lui  et  son 
hoir,  à  servir  le  roi  d'Angleterre  contre  tout  ennemi,  excepté 
contre  la  maison  d'Albret,  dont  il  est  issu.  Il  est  mis  en  posses- 
sion de  sa  nouvelle  terre  par  le  sénéchal  de  Bordeaux,  Jean  de 
Neuville^,  mais  meurt  bientôt,  laissant  son  héritage  à  un  jeune 
cousin,  Perducet,  qui  prend  les  mêmes  engagements  vis-à-vis 
du  roi  d'Angleterre  >.  P.  265  à  267,  389. 

Les  ambassadeurs  flamands  sont  reçus  par  le  conseil  du  roi  ; 
ils  demandent  l'alliance  de  l'Angleterre  et  offrent  au  roi 
100,000  hommes  pour  combattre  les  Français';  mais  ils 
tiennent  avant  tout  à  être  remboursés  des  200,000  vieux  écus 
prêtés  autrefois   par  Jacques   d'Artevelde^.    Les    seigneurs 


t.  Perducat  d'Albret,  que  noas  voyons  le  6  mai  1381  rece?oir  du  roi 
d'Angleterre  la  confirmation  du  don  de  la  ville  de  Bergerac,  qu'il  avait 
reçue  précédemment  du  roi  Charles  V,  se  retrouve  à  la  Rochelle,  après 
le  6  mai  1381  (Labroue,  Le  Uvre  de  vie,  p.  154)  et  à  Londres  lors  de  l'in- 
snrrection  de  1381  (voy.  plus  haut,  p.  xxxi),  reçoit  le  6  septembre  le  don 
de  la  baronnie  de  Gaumont  et  autres  lieux  (Aec.  0/f.,  Prk>y  Seals  472, 
o*  1901),  après  avoir  reçu  le  1*'  du  même  mois  les  terres  du  seigneur  de 
Langoiran  rebelle  (Ibid.,  471,  n*  1897).  Il  reçoit  le  25  octobre  un  don  d'ar- 
gent (itee.  Off.,  Issue  RolU  304,  m.  5),  le  6  mai  1382,  le  château  de  Ver- 
teuil-de-Castelmoron  (Labroue,  p.  159);  enfin,  le  26  juillet  de  la  même 
année,  50  livres  à  valoir  sur  une  somme  promise  par  le  roi  Edouard.  Cette 
somme  de  50  livres  est  délivrée  à  «  Bertucato  de  la  Brette  de  dominio 
c  Aqnitannie,  nuper  capto  de  guerra  in  servicio  régis  per  gentes  fran- 
«  cigenas,  inimicos  régis,  et  pro  instante  prisonario  existenti  »  {Ree,  0/f., 
issue  RoUs  305,  m.  12).  Sur  Perducat  d'Albret,  alors  qu'il  était  au  service 
de  la  France,  voy.  une  note  de  Siméon  Luce  (t.  YII,  p.  civ,  note  2). 

2.  Li  noie  précédente  montre  que  Perducat  d'Albret  ne  mourut  que 
passé  le  26  juillet  1382,  an  moins  près  d'un  an  après  avoir  été  mis  en 
possession  de  la  baronnie  de  Caumont. 

3.  Les  ambassadeurs  flamands  étaient  porteurs  d'instructions  que  nous 
résumons  d'après  le  texte  qu'en  a  donné  Kervyn  (t.  X,  p.  464-466).  Ils 
demandaient  la  confirmation  des  privilèges  à  eux  accordés  par  les  rois 
d'Angleterre,  l'établissement  à  perpétuité  en  Flandre  de  l'estaple  de  la 
laine,  la  protection  par  une  flotte  anglaise  du  commerce  que  la  Flandre 
entretenait  avec  la  Rochelle  et  autres  villes  du  continent,  le  paiement 
par  termes  de  la  somme  de  140,000  livres  sterling  octroyées  autrefois 
aox  Flandres  par  le  roi  Edouard,  enfin  l'expulsion  hors  du  territoire 
anglais  des  réfiigiés  flamands.  Les  ambassadeurs  recevaient  des  présents 
dn  roi  à  la  date  du  25  octobre  1382  (Rec.  O/f,  Issue  RoUs  305,  m.  3)  et, 
le  31,  Jean  Morewell  les  accompagnait  jusqu'à  Sandwich  (Ibid.),  comme 
il  l'avait  fait  précédemment  pour  une  autre  ambassade  {Ibid.  306,  m.  1), 
et  retenait  des  bateaux  pour  leur  traversée  {IHd.  305,  m.  3). 

4.  A  la  date  du  20  décembre  1382,  Philippe  d'Artevelde  recevait  du  rai 


LZZIY  CHRONIQUES  D£  J.  FROISSilRT. 

anglais  trouvent  les  propositions  quelque  peu  risibles  et  dif- 
fèrent leur  réponse.  Les  choses  vont  ainsi  à  bien  pour  le  roi  de 
Francei  qui  se  prépare  à  entrer  en  Flandre.  P.  267  à  269,  390. 

Charles  YI  fait  relâcher  le  messager  de  Philippe  d'Artevelde. 
Échange  de  prisonniers  entre  la  ville  de  Gourtrai  et  la  ville  de 
Tournai.  Philippe  d'Artevelde,  qui  s'attend  à  être  attaqué  par 
le  roi  de  France,  défend  aux  habitants  de  Tournai  de  venir 
s'approvisionner  dans  les  Flandres.  P.  269  à  272,  390,  391. 

Philippe  continue  à  assiéger  Audenarde,  mais  ne  donne  pas 
Tassant;  il  espère  affamer  la  ville  et  la  prendre  sans  risquer  de 
faire  tuer  ses  gens^  P.  272,  273,  391. 

Le  roi  de  France  se  résout  à  intervenir  auprès  des  Flamands'; 
il  envoie  à  Tournai  Tévèque  de  Beauvais  Milon  de  Dormans, 
Tévéque  d'Auxerre',  Tévéque  de  Laon^,  Gui  de  Honcourt'  et 

d'Angleterre  une  certaine  somme  à  valoir  sur  les  100  marcs  représentant 
jusqu'au  14  novembre  les  arrérages  d'une  pension  viagère  de  12  sons  par 
jour  à  lui  accordée  autrefois  par  le  roi  Edouard  III  (Aec.  0/f.,  Issue 
BoU$  306,  m.  9). 

1.  Au  cours  du  siège,  Philippe  manqua  de  s'emparer  de  la  ville  sans 
coup  férir,  car  les  chevaliers,  se  plaignant  de  ne  pas  recevoir  leur  solde, 
étaient  décidés  à  abandonner  le  service  du  comte.  Les  bourgeois  inter* 
vinrent,  et  grâce  à  un  changeur  de  Valenciennes,  Pierre  Rasoir,  les  choses 
restèrent  en  l'état.  Voy.  de  longs  détails  sur  cette  négociation  dans  la 
Chrani^M  de  Flandre  de  Froissart  {Bibl.  naL,  ms.  fr.  5004,  fol.  138  r*- 
142  V*).  Pendant  que  les  Gantois  étaient  ainsi  occupés  par  le  siège,  nous 
trouvons,  à  la  date  du  28  septembre,  la  mention  d'un  paiement  fait  par 
le  comte  à  un  garçon  qui  aurait  mis  le  feu  au  logis  de  Philippe  d'Aite- 
velde  {Chr,  rimée,  p.  106).  Cette  maison  n'est  sans  doute  pas  celle  que 
son  père  possédait  à  Gand  place  de  la  Calandre,  à  côté  de  l'hôtel  de  Mas- 
mines  (Kervyn,  t.  II,  p.  537),  et  que  l'on  montrait  encore  au  xv*  siède 
(Kervyn,  t.  IV,  p.  473). 

2.  Malgré  des  avis  contraires  qui  se  manifestèrent  jusqu'au  dernier 
moment,  le  roi,  influencé  par  le  duc  de  Bourgogne,  qui  plaidait  la  cause 
de  son  beau-père  {Chr.  du  ban  due  Loy$j  p.  167),  était  décidé  à  interve- 
nir dès  le  mois  d'août;  et  le  18  il  allait  à  Saint-Denis  prendre  l'oriflamme 
qui  fut  remise  à  Pierre  de  Villiers  {Reli0eux  de  SaM-Denis^  1 1,  p.  176). 
Pendant  ce  temps,  la  campagne  se  préparait  secrètement  et  sous  l'appa- 
rence d'un  projet  d'expédition  en  Angleterre.  C'est  ainsi  que  la  compa- 
gnie de  Jean  de  Vienne,  rassemblée  à  Orléans,  ne  prit  qu'à  la  fin  de 
septembre  le  chemin  du  nord  (Terrier  de  Loray,  Jean  de  Vienne,  p.  167). 

3.  L'évéque  d'Auxerre,  Guillaume  d'Estouteville,  fut  transféré  à  Usieux 
le  18  septembre  1382;  son  successeur,  Ferri  Cassinel,  fut  installé  sur  son 
siège  avant  le  22  octobre  1382. 

4.  Pierre  Aycelin  de  Montaigu. 

5.  Gui  de  Honcourt,  chevalier,  au  service  du  duc  d'Anjou  en  1379,  gou- 
verneur du  bailliage  d'Amiens  en  1385  (BUtl,  nat,  Clair,  vol.  60,  n*>  14  et 


80MMAIBB  DU  DlUXliMB  LIVBB,  gg  263-312.        LZXV 

TMstan  du  Bos.  Ces  commissaires^  apprennent  à  Tournai  de 
Jean  Bonenfant'  et  de  Jean  Piétart',  qui  se  sont  occupés  de 
l'échange  des  prisonniers  avec  Courtrai,  que  Philippe  d'Arte- 
velde  ne  veut  point  entendre  parler  de  traiter  avant  la  prise 
d'Audenarde  et  de  Termonde;  mais^  confiant  dans  le  bon  sens 
des  Flamands,  ils  adressent  à  chacune  des  trois  villes,  Gand, 
Bruges  et  Ypres,  une  lettre  portée  par  un  messager  spécial. 
P.  273,  274,  391. 

Par  cette  lettre,  datée  du  16  octobre  1382,  les  trois  bonnes 
villes  sont  informées  que  le  roi  de  France,  désirant  voir  la  paix 
se  rétablir  entre  le  comte  et  son  peuple,  ne  saurait  tolérer  Tal- 
liance  que  les  villes  de  Flandre  pourraient  contracter  avec  le 
roi  d'Angleterre.  En  conséquence,  les  commissaires  demandent 
un  sauf-conduit  leur  permettant  de  mener  à  bien  les  négocia- 
tions de  paix.  P.  274,  391,  392. 

Les  trois  messagers  arrivent  et  sont  retenus  prisonniers.  Phi- 
lippe, qui  a  lu  la  lettre  à  Gand,  va  la  communiquer  au  seigneur 
d*Herzeele  sous  les  murs  d'Audenarde.  P.  274,  275,  392. 

Réponse  de  Philippe,  datée  d'Audenarde,  20  octobre  1382  *  : 


63),  était  seignear  de  Laidain  et  de  Fontaines,  conseiller  du  roi  (Bibl,  nat. , 
Pièces  orig.  vol.  1530)  en  1387,  et  plus  tard  l)ailli  de  Vermandois.  Nous 
lavons  déjà  mentionné  à  Béthune  et  à  Ham  en  1380  (t.  IX,  p.  eu). 

1.  Ces  commissaires,  auxquels  une  chronique  de  Flandre  ajoute  Enguer- 
ran  de  Hedin  {Id,  et  ehr.,  t.  II,  p.  260),  arrivaient  en  octobre  à  Tournai 
(Cbronographiay  t.  III,  p.  40)  et  demandaient  par  deux  fois  un  sauf-con- 
duit à  Philippe  d'Àrtevelde  pour  aller  traiter  avec  lui,  mais  celui-ci  refusa 
insolemment  une  première  fois  de  Gand  à  la  date  du  10  octobre,  une 
seconde  fois  d'Edelaere  à  la  date  du  14  {ht,  et  chr.,  t.  II,  p.  261-262). 
Une  autre  rédaction  note  cependant  que  quelques-uns  des  commissaires 
allërent  à  Audenarde  parlementer  avec  Philippe  (/Md.,  p.  207). 

2.  Jean  Bonenfant,  bourgeois  de  Tournai,  premier  échevin  de  Saint- 
Brice  en  1379,  était  marchand  de  vins  (Kerryn,  t.  XX,  p.  357). 

3.  Sur  Jean  Piétart,  bourgeois  de  Tournai,  tanneur,  plusieurs  fois 
majeur  des  écherins  de  Saint-Brice,  voy.  Kerryn  (t.  XXII,  p.  358-359). 

4.  Cette  lettre  du  20  octobre  a  été  publiée  par  M.  J.  Vuylsteke  dans  les 
Bekenmgen  der  Stad  Cent  (p.  461-463)  d'après  un  ms.  de  Gand  qui  olfre 
quelques  variantes  avec  notre  texte  et  modifie  même  le  sens  de  toute  une 
phrase;  c'est  ainsi  qu'à  la  p.  276,  1.  19-22,  au  lieu  de  mais  il.,,  entre 
nous  (leçon  qui  se  retrouve  à  peu  près  semblable  dans  tous  les  mss., 
même  ceux  de  la  Chronique  de  Flandre  ^  cf.  Bibl.  nat.,  fr.  5004, 
fol.  145  r*),  on  lit  dans  le  ms.  de  Gand  :  mais  U  vous  samhUque,  selone 
nostre  re^Mnue  à  votu  sur  ce  envoiée  que  nous  n'avons  volenté  de 
entendre  à  la  vojfe  du  traitée;  sur  quoff  fermement  sachiés  que  nul 
fraUié  n'enquerrés  entre  vous. 


Lxxvi  CHRONIQUES  DB  J.  FR0I8SART. 

il  s'étonne  que  son  souverain  seigneur,  le  roi  de  France,  veuille 
aujourd'hui  s'interposer  en  faveur  de  la  paix,  alors  qu'il  ne  lui 
a  pas  répondu  naguères  sur  le  même  sujet.  Aucun  traité  n'aura 
lieu  tant  que  toutes  les  villes  et  forteresses  de  Flandre  ne 
seront  pas  ouvertes  au  peuple  flamand;  jusque-là,  tous  les  mes- 
sagers seront  emprisonnés.  P.  275  à  278,  392,  393. 

Cette  lettre  est  confiée  à  un  écuyer  d'Artois  qui  avait  été  fait 
prisonnier.  Il  la  remet,  à  Tournai,  à  l'évéque  de  Laon  et  aux 
autres  commissaires  royaux,  qui  la  communiquent  au  prévôt 
et  aux  jurés  de  la  ville.  P.  278  à  280,  393. 

Voulant  ne  pas  trop  s'aliéner  les  gens  de  Tournai,  Philippe 
leur  écrit  quelques  jours  après  (23  octobre),  pour  leur  dire  qu'il 
désire  vivre  toujours  en  bonne  amitié  avec  eux,  qu'il  regrette 
de  ne  pouvoir  encore  mettre  en  liberté  les  messagers,  mais 
qu'il  accorde  toute  facilité  aux  marchands  pour  trafiquer  et 
passer  par  les  Flandres.  P.  280  à  282,  393,  394. 

Cette  lettre  est  apportée  à  Tournai  par  un  valet  de  Douai  ; 
elle  est  lue  en  présence  des  commissaires  royaux,  qui  con- 
seillent aux  gens  de  Tournai  de  ne  pas  répondre  aux  avances 
des  Gantois,  de  crainte  de  mécontenter  le  roi  de  France  et  le 
duc  de  Bourgogne.  Trois  jours  après,  les  commissaires  retour- 
nent à  Péronne^  auprès  du  roi  et  de  ses  oncles.  P.  282,  283, 
394. 

La  veille,  le  comte  de  Flandre  était  arrivé  pour  plaider  sa 
cause  et  faire  hommage  du  comté  d'Artois,  qu'il  venait  d'hé- 
riter de  sa  mère.  L'orgueil  des  Flamands  et  leur  désir  de  s'al- 
lier aux  Anglais  décident  le  roi  à  soutenir  les  droits  de  son 
nouveau  vassal*. 


1.  Nous  ne  trouvons  ni  dans  les  Séjown  de  Charles  VI  ni  dans  les 
lUnéraires  de  M.  Petit  la  mention  à  cette  date  du  séjour  à  Péronne  du 
roi  ou  du  duc  de  Bourgogne. 

2.  «  Pluiseur  noble  du  conseil  du  roi  ne  consillèrent  mie  que  li  rois 
«  entreprinst  le  fait,  pour  ce  que  li  Flaroenc  estoient  fort  et  douté,  et 
«  pour  ce  qu'il  sambloit  à  aucuns  que  H  contes  n'avoit  mie  en  temps 
«  passé  obey  à  la  couronne  de  Franche  dont  il  devoit  le  conté  de  Flandres 
«  tenir  en  pairie.  »  Ce  qui  décida  l'intervention  royale  fut  la  promesse 
que  le  comte  ferait  hommage  de  son  comté  au  roi  {Ist.  et  ehr,y  t.  Il, 
p.  207).  On  feignait  du  reste  de  ne  prendre  aucune  décision  ferme,  et  il 
fut  convenu  que  le  roi  irait  d'abord  à  Arras  «  et  là  se  prendroit  la  condu- 
it sion  de  ce  qu'il  devroit  faire  »  (/M.,  p.  262). 


SOmCAIBB  DU  DBUXIÈMB  LIVRS,  §§  263-342.      txxvu 

Le  comte  retourne  à  Hesdin,  et  le  roi  appelle  à  Arras  tous 
les  gens  d*armes  du  royaume  ^  P.  283  à  285,  394,  395. 

Le  comte  s'occupe  des  vivres  nécessaires  à  Tarmée  royale'. 
Le  roi  arrive  à  Arras',  où  le  comte  le  rejoint;  en  recevant  son 
hommage^,  il  lui  promet  de  le  secourir  en  Flandre.  P.  285, 
286,  395. 

Bien  qu'il  affecte  de  se  moquer  des  entreprises  du  jeune  roi 
de  France,  Philippe  d'Artevelde  n'en  appelle  pas  moins  à  Aude- 
narde  le  seigneur  d'Herzeele  pour  le  remplacer,  tandis  qu'il 
part  pour  Bruges  et  Ypres'.  Craignant  que  les  Français  ne  tra- 
versent la  Lys,  il  charge  Pierre  du  Bois  de  garder  le  passage 
de  la  rivière  à  Commines*  et  Pierre  de  Wintere  de  défendre  le 


1.  C'est  vers  la  mi-octobre,  à  Arras,  que  devaient  se  réunir  les  gens 
d'armes  (RHigieux  de  SaitU-DenU,  t.  I,  p.  174).  La  Chronographia  fixe 
le  rendez-Yous  à  Ck>rbie  et  à  Péronne  pour  le  20  octobre  (t.  III,  p.  39). 

2.  Quoi  qu'en  dise  Froissart,  la  distribution  des  vivres  fut  moins  qu'as- 
surée et  l'armée  royale,  ne  recevant  pas  de  solde,  pilla  la  province  d'Ar- 
tois, abandonnée  aux  hommes  et  aux  chevaux  {Ist.  et  ehr.,  t.  Il,  p.  210; 
cf.  Chronographia,  t.  III,  p.  41). 

3.  C'est  de  Compiègne  que  Charles  VI  partit  pour  la  Flandre  ;  et  avant 
son  départ,  le  28  octobre,  il  écrivait  une  lettre  au  bailli  de  Rouen  pour 
presser  l'envoi  d'une  troupe  de  100  arbalétriers  [Bibl.  nat,  Portefeuilles 
Fontanieu,  vol.  99-100,  fol.  152-156).  Les  diverses  chroniques  fournissent 
des  dates  différentes  pour  l'arrivée  de  Charles  VI  à  Arras.  D'après  les 
Séjours  de  Charles  VI,  le  roi  était  les  30  et  31  octobre  à  Nesle,  le  i*'  no- 
vembre à  l'abbaye  de  Saint^Nicolas  d'Arrouaise  et  le  3  à  Arras.  Le  prince 
Louis,  frère  du  roi,  vint  aussi  à  Arras,  mais  le  conseil  décida  son  éloi- 
gnement,  voulant  assurer  la  succession  au  trône,  au  cas  où  il  arriverait 
malheur  au  roi  (Isi.  et  ehr.,  t.  II,  p.  210-211).  L'armée  royale  était  forte 
de  10,000  hommes,  sans  compter  les  arbalétriers,  les  gens  de  pied,  les 
troupes  légères  et  les  valets  d'armée  [Religieuœ  de  Saini-DenU,  t.  I, 
p.  188). 

4.  C'est  à  l'abbaye  de  Saint-Nicolas  d'Arrouaise,  le  1*'  ou  le  2  novembre, 
que  le  comte  de  Flandre  «  fist  hommage  au  roy  de  toutes  les  terres  qu'il 
«  devait  tenir  du  roy  et  du  royaume  »  {Ist.  et  chr.,  t.  II,  p.  210).  Le 
comte  était  du  reste  arrivé  à  Arras  bien  avant  Charles  VI,  puisqu'à  la 
date  du  26  octobre  il  donnait  quittance  en  cette  ville  à  Gilles  Basin,  son 
panetier,  d'une  certaine  somme  empruntée  pour  lui  {Chr.  rimëe,  p.  106). 

5.  D'après  le  Religieux  de  Saint-Denis  (t.  I,  p.  190),  le  roi,  avant  de 
commencer  la  campagne,  fit  sommation  de  déposer  les  armes  et  de  ren- 
trer dans  le  devoir  à  Philippe  d'Artevelde,  qui  refusa.  C'est  sans  doute 
une  allusion  à  l'échange  de  correspondances  qui  eut  lieu  précédemment 
entre  Philippe  et  les  commissaires  royaux. 

6.  Nord,  arr.  de  Lille,  sur  la  rive  droite  de  la  Lys;  la  partie  belge  de 
la  ville  est  sur  la  rive  gauche. 


Lzxvm  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART. 

pont  de  Wameton,  avec  ordre  de  rompre  les  ponts  d*Estaires^, 
de  la  Gorgue^,  de  Merville^  et  autres  jusqu'à  Gourtrai.  Phi- 
lippe pense  ainsi  empêcher  le  roi  de  France  de  pénétrer  en 
Flandre,  jusqu'à  l'arrivée  des  troupes  anglaises,  qui  ne  saurait 
tarder.  P.  286  à  288,  395,  396. 

Un  certain  nombre  de  chevaliers  et  écuyers  de  la  garnison 
de  Lille,  120  hommes  environ,  tentent,  sous  la  direction  du 
Hase  de  Flandre,  de  faire  une  chevauchée.  Us  passent  la  Lys  à 
Menin^  et  dévastent  la  ville,  tuant  et  chassant  tout  devant  eux; 
mais  au  retour,  assaillis  par  les  paysans,  ne  pouvant  se  servir 
du  pont  qui  s'est  brisé,  ils  perdent,  tant  tués  que  noyés,  plus 
de  60  des  leurs,  sans  parler  des  blessés',  parmi  lesquels  il  faut 
compter  Jean  de  Jeumont.  Le  châtelain  de  Bouillon  et  Bou- 
chard de  Saint-Hilaire^  sont  tués;  Henri  de  Duffle^  se  noie. 
P.  288  à  291,  396,  397. 

Tandis  que  Pierre  du  Bois  démolit  le  pont  de  Commines, 
Philippe  apprend  à  Ypres  la  défaite  des  Français  et  s'en  réjouît. 
Pendant  cinq  jours,  il  harangue  le  peuple,  lui  faisant  entrevoir 
l'appui  de  l'Angleterre,  et,  confiant  dans  la  fidélité  des  habi- 
tants, il  retourne  au  siège  d'Audenarde  en  passant  par  Gour- 
trai, où  il  se  repose  deux  jours.  P.  291,  292,  397. 

t.  Nord,  arr.  d'Hazebroack,  sur  la  Lys. 

2.  Nord,  arr.  d'Hazebroack,  au  confluent  de  la  Lys  et  de  la  Lawe. 

3.  Nord,  arr.  d'Hazebronck,  sur  la  Lys.  —  Les  escarmouches  forent 
nombreuses  sur  les  bords  de  la  Lys  {Areh.  nat,  JJ  126,  fol.  144). 

4.  Belgique,  prov.  de  Flandre  occidentale,  sur  la  Lys. 

5.  Cette  escarmouche  doit  se  placer  au  moment  où  le  roi  avait  déjà 
quitté  Arras.  D'après  une  chronique  française  {Bibl.  fuU.,  fr.  17272, 
fol.  43  r*))  le  Hase  de  Flandre  était  accompagné  de  Henri  d'Antoing,  maré- 
chal du  comte,  du  seigneur  de  Brugdam  et  de  Guillaume,  bAtard  de  Poi- 
tiers, ayant  avec  eux  120  hommes  d'armes.  Ils  passèrent  la  Lys  et  mirent 
en  fuite  les  Gantois,  qui  gardaient  le  pont  de  Commines  ;  mais,  surpris 
dans  leur  sommeil  par  8,000  Yprois,  ils  perdirent  56  hommes  d'armes  et 
durent  se  réfugier  à  Lille  auprès  du  comte. 

6.  Sur  ce  personnage  qui,  en  1380,  devant  Péronne,  fut  fait  prisonnier 
par  les  Anglais  (t.  IX,  p.  eu),  voy.  Kenryn,  t  XXHI,  p.  69. 

7.  Henri  de  Duille  étoit  fils  de  Gauthier  de  Duffle  et  d'Elisabeth  d'Oos- 
terhout  (Kervyn,  t.  XXI,  p.  118). 


CHRONIQUES 


DE  J.  FROISSART 


CHRONIQUES 


DE  J.  FROISSART 


LIVRE  DEUXIÈME. 


§  169.  Encores  ne  savoient  riens  li  Englès,  qui 
avoient  passet  le  rivière  de  Sartre  en  grant  péril,  de 
la  mort  dou  roi  de  France  ;  et  estoient  logîet  à  Noiion 
8118  Sartre,  et  là  se  rafresquirent  et  reposèrent  deus 
nuis  et  un  jour.  Au  second  jour,  il  se  deslogièrent  et  5 
s'en  vinrent  à  Poilli,  et  là  se  logièrent  à  deus  petites 
lieuwes  de  Sablé.  Et  estoit  tous  li  pooirs  de  France  en 
la  citté  del  Man[s]  et  là  environ,  mais  il  ne  faissoient 
que  costiier  les  Englès,  et  dissoient  li  aucun  que  on 
les  combateroit.  Quant  les  nouvelles  vinrent  as  uns  iO 
et  as  aultres  que  li  rois  de  France  estoit  mors,  adont 
se  desrompi  li  pourpos  des  François,  car  piuiseur 
grant  baron,  qui  estoient  en  le  poursieute  des  Englès, 
se  deslogièrent,  et  s'en  revinrent  en  France  pour 
savoir  des  nouvelles.  Et  demorèrent  li  Englès  à  Poilli  15 
trois  jours;  au  quatrime  jour,  il  se  deslogièrent  et 

X—  1 


2  CHRONIQUES  DS  J.  FROISSART.  [1380] 

s'en  vinreot  tout  souef  jusques  à  Saint  Pière  d*Arve,  et 
là  se  logièrent.  A  rendemaio  passèrent  il  la  rivière 
d'Ârve,  et  vinrent  logier  à  Àrgentré,  et  passa  Tost  à 
Tendemain  la  rivière  del  Mainne  parmi  uns  marescages, 
5  que  il  ne  pooient  aller  que  deus  ou  troi  de  front  le 
plus  dou  chemin,  qui  bien  dura  deus  lieuvires.  Or 
regardés  se  11  François  seuissent  che  convenant  et  que 
il  euissent  assailli  Tavant  garde,  li  arrière  garde  ne  le 
peuist  avoir  conforté,  ne  li  avant  garde  l'arrière  garde. 

10  Et  se  doubtèrent  moult  li  Englès  de  cel  affaire  ;  tou- 
tesfois  il  passèrent  et  vinrent  logier  à  Kossé,  et  là 
furent  quatre  jours  en  iaulx  repossant  et  rafresquissant 
iaulx  et  leurs  chevauh:,  et  esperoient  tous  les  jours 
à  oïr  nouvelles  de  Bretaigne. 

15  Li  dus  de  Bretaigne  se  tenoit  en  Hainbon  en  la 
marce  de  Venues,  et  ooit  bien  tous  les  jours  nouvelles 
des  Englès,  comment  il  aprochoient  durement  Bre- 
taigne. Si  ne  savoit  encores  comment  il  se  cheviroit,  car, 
quant  on  li  recorda  le  mort  dou  roi  de  France,  il  l'eut 

20  tantos  passé  et  n'en  fist  conte,  car  il  ne  l'amoit  que 
un  petit,  et  dist  adont  à  ceulx  qui  dalés  li  estoient  : 
c  La  rancune  et  haïnne  que  je  avoie  au  roiaulme  de 
France,  par  le  cause  de  ce  roi  Gharle  mort,  est  bien 
afoiblie  la  moitié,  et  tels  a  haï  le  père,  qui  amera  le  fil, 

25  et  tels  a  guerriiet  le  père,  qui  aidera  le  fil.  Or  fault  que 
je  m'aquitte  envers  les  Englès,  car  voirement  les  ai  ge 
fait  venir  à  ma  requeste  et  ordenanoe  et  passer  parmi 
le  roiaulme  de  France,  et  me  fault  tenir  ce  que  je  leur 
ai  proumis.  Or  i  a  un  dur  point  pour  moi  et  pour 

30  eulx,  car  j'entens  que  nos  bonnes  villes  de  Bretaigne 
se  doeront  ne  point  dedens  ne  les  laisseront.  >  Âdont 
appella  il  aucuns  de  son  conseil  et  diiaulx  où  il 


[1380]  LIVU  DSUXliME,  §  !69.  3 

aToit  la  grignour  fiance,  le  signeur  de  MoDtboudiier, 
c'oD  dist  messire  Bertram,  mesaire  Estiène  Guioo, 
mesaire  Guillaume  de  Taonegui,  messire  Datasse  de  la 
Housoie,  messire  Joflfroi  de  Garesmiel  et  Tesleu  de  Lion, 
et  leur  dist  :  c  Vous  chevaucherés  deviers  rnoosigneur  5 
de  Bouquighem  qui  aproce  durement  che  pals.  Vous 
le  trouvères,  je  le  croi  assés,  à  l'entrée  de  ce  pals  : 
vous  me  recommanderés  à  lui  et  me  saluerés  tous  les 
barons,  et  leur  dires  de  par  moi  que  tempreraent  je 
serai  à  Rennes  à  rencontre  de  euU,  et  que  il  tiennent  lo 
che  chemin,  et  là  arons  nous  ensamble  avis  et  orde- 
nance  comment  nous  nous  maintenrons.  Et  leur  dites 
bien  que  je  ne  treuve  pas  mon  païs  ou  convenant  où 
il  estoit  quant  je  envoiai  en  Engletière,  dont  il  me 
desplaist  grandement,  et  par  especial  de  chiaubt  de  15 
Nantes,  qui  sont  plus  rebelle  que  nuls  des  aultres.  » 
Ghil  chevalier  respondirent  que  volentiers  il  feroient 
die  message.  Si  se  départirent  dou  duc  et  de  Hainbon, 
et  chevauchièrent  deviers  Rennes,  et  estoient  environ 
soissante  lances.  20 

Et  li  Englès  partirent  de  Rossé,  quant  il  s*i  furent 
repossé  quatre  jours,  et  entrèrent  en  la  Torrest  de 
Gravielle  et  le  passèrent  au  travers,  et  s'i  logièrent 
une  nuit  et  un  jour;  et  à  Fendemain  il  vinrent  à 
[Vitré]  en  Bretaigne.  Là  furent  il  plus  assegur  que  il  26 
n'euwissent  esté  en  devant,  car  bien  savoient  que  il 
ne  seroient  plus  poursieuwi  des  François,  enssi  comme 
il  avoient  esté  en  devant.  De  [Vitré]  en  Bretaigne,  où 
il  furent  trois  jours,  vinrent  il  à  Chastel  [Bourg]  en 
Bretaigne,  et  là  se  logièrent  et  arrestèrent  pour  le  30 
cause  des  chevaliers  dou  duc  de  Bretaigne,  qui  leur 
vinrent  là  à  rencontre. 


i 


4  CHRONIQUES  DB  J.  FROtSSÀRT.  [1380] 

§  1 70.  Li  contes  de  Bouquighem  et  li  baron d'Eogle- 
tière  requeilièrent  les  chevaliers  dessus  oommés,  mes- 
sagîers  dou  duc  de  Bretaigne,  moult  honnerable- 
ment  ;  et  là  eurent  grans  conssaulx  et  grans  parlemens 
5  ensamble  :  et  missent  li  Ënglès  en  termes  que  moult 
s'esmervilloient  de  cbe  que  li  dus  de  Bretaigne  et  li 
païs  de  Bretaigne  n'estoit  aultrement  apparilliés  que 
il  ne  monstroient  de  iaulx  requellier,  car,  à  leur 
ordenance,  requeste  et  priière,  il  estoient  là  trait  et 

10  venu,  et  pris  celle  painne,  et  passé  parmi  le  roiaulme 
de  France.  Li  sires  de  Montbouchier  respondi  pour 
tous  en  escussant  le  duch,  et  dist  :  c  Mi  signeur,  vous 
avés  cause  et  raison  de  mouvoir  che  que  vous  dites, 
et  est  li  dus  en  grant  volenté  de  tenir  et  acomplir  les 

15  ordenances  et  convenances  que  il  a  à  vous  et  vous  à 
li,  selonc  son  loial  pooir;  mais  il  ne  puet  pas  faire  de 
ce  païs  sa  volenté,  et  par  especial  chil  de  Nantes,  qui 
est  la  clef  de  Bretaigne,  [sont]  à  présent  [tous  rebelles] 
et  se  ordonne[nt]  à  requellier  gens  d'armes  de  le  partie 

20  des  François,  dont  messires  est  tous  esmervilliés,  car 
che  sont  cil  qui  premiers  scellèrent  avoecques  les  autres 
bonnes  villes  de  Bretaigne  ;  et  croit  messires  que  cil 
de  Nantes  soient  en  nouviel  traitiet  entre  le  jone  régent, 
lequel  on  doit  à  ceste  Toussai ns  couronner.  Si  vous 

25  priie,  messires,  que  vous  Taiiés  [pour]  escusé  de  toutes 
ces  coses,  et  oultre  il  vous  mande  par  nous  que  vous 
tenés  et  prendés  le  chemin  de  Rennes,  car  temprement 
ils  venra  contre  vous  et  a  très  grant  désir  de  vous 
veoir,  et  à  tout  che  n'ara  nulle  deffaute.  »  Ces  paroUes 

30  contemptèrent  grandement  le  conte  de  Bouquighem 
et  les  Englois  ;  et  respondirent  liement  en  dissant  enssi 
que  li  dus  de  Bretaigne  ne  pooit  miex  dire.  Si  se 


[1380]  UTRB  DEUXIÈMI,  §  170.  5 

départirent  enssi  oontempt  li  un  de  l'autre,  et  s'en 
retournèrent  li  message  dou  duch  deviers  Hainbon, 
et  trouvèrent  le  duch  à  Venues.  Et  li  Englès  se  tinrent 
à  Ghastiel  [Bourg]  quatre  jours,  et  puis  s'en  partirent 
et  vinrent  logier  ens  es  fourbours  de  Rennes.  Et  5 
estoient  les  portes  de  la  citté  de  Rennes  closes  que 
on  n'i  laissoit  nul  homme  d'armes  entrer,  mais  li 
contes  de  Bouquighem  i  fu  logiés,  et  li  sires  de  Latî- 
nier,  messîres  Robers  GanoUes  et  cinc  ou  sis  baron 
seullement  dou  conseil  dou  duch  ;  et  furent  là  plus  de  iO 
quinse  jours  en  attendant  tous  les  jours  nouvielles  dou 
duc  de  Bretaigne,  qui  point  ne  venoit,  dont  il  estoient 
esmervilliet.  Dedens  la  citté  de  Rennes  estoient  li  sires 
de  Montraulieu,  li  sires  de  Montfort  en  Bretaigne,  mes- 
sires  Joffrois  de  Karemiel,  messires  Âlains  de  la  Hous-  15 
soie,  cappitaine  de  Rennes,  et  messires  Ustasses,  ses 
frères,  et  escusoient  tous  les  jours  ce  qu'il  pooient  le 
duch  de  Bretaigne,  ne  sai  se  c'estoit  à  bonne  cause  ou 
non,  mais  li  Englès  se  commenchièrent  mal  à  contemp- 
ter  de  che  que  point  ne  venoit.  20 

Ghil  de  Nantes  qui  se  tenoient  tout  clos  et  n'estoient 
pas  bien  assegur  des  Englès  qui  estoient  logiet  à 
Rennes,  envoiièrent  deviers  le  duch  de  Ângo,  qui  avoit 
fait  tous  leurs  tretiés  et  par  lequel  la  grignour  partie 
dou  roiaulme  de  France  se  demenoit  pour  le  tamps  25 
de  lors,  en  remonstrant  que  il  n'estoient  mies  fort 
assés  de  eulx  meïsmes  de  iaulx  tenir,  garder  ne  def- 
fendre,  se  il  avoient  siège  ou  assaut,  sans  estre  pour- 
veu  de  bonnes  gens  d'armes  :  si  prioient  que  il  en 
fuissent  rafresqui.  A  ceste  requeste  obéirent  tantos  li  30 
quatre  duch  qui  avoient  en  gouvrenement  le  roiaulme 
de  France,  Ângo,  Berri,  Bourgongne  et  Bourbon,  et 


6  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1380] 

i  envoiièrent  plus  de  sis  cens  lances  de  bonnes  gens 
d'armes  et  toutes  gens  de  fait  et  de  grant  vaillance, 
Enssi  furent  cil  de  Nantes  reconforté  et  rafresqui,  et 
ces  gens  d'armes  entendirent  à  remparer  de  toutes 
5  pars  la  ville  et  de  mettre  en  bon  estât  pour  atendre 
siège  ou  assaut,  se  il  leur  venoit. 

§  1 71 .  Li  Englès,  qui  se  tenoient  à  Rennes  et  là 
environ,  se  commenchièrent  à  merancollier  sus  le  duc 
que  point  ne  venoit,  et  eurent  conseil  que  on  envoiieroit 

10  deviers  lui.  Si  furent  ordonné  de  aller  messires  Robers 
Ganolles,  messires  Thumas  de  Persi  et  messires  Thu- 
mas  Trivès,  et  si  fort  que  atout  cinc  cens  lances,  pour 
descouvrir  et  desrompre  toutes  enbusques  qui  leur 
poroient  de  nul  costé  sourdre  ne  venir.  Ghil  troi  baron 

15  et  leurs  routes  se  départirent  de  Rennes,  et  se  missent 
au  chemin  en  tel  bataille  que  de  cinc  cens  lances  et 
otant  d'archiers,  et  partirent  un  joedi,  et  li  hoos  le 
samedi  enssieuant.  Et  vint  li  contes  de  Bouquighem 
logier  à  Saint  Souplis  en  Bretaigne,  et  là  demora  trois 

20  jours,  et  puis  vint  au  quatrime  jour  à  [Ciombourg]  en 
Bretaigne,  et  là  demora  quatre  jours.  Li  dus  de  Br^ 
taigne,  qui  estoit  partis  de  Hainbon  et  venus  à  Venues, 
savoit  tous  les  jours  les  convenans  des  Englès,  car  ses 
gens,  qui  se  tenoient  en  la  citté  de  Rennes,  li  sene- 

25  Soient  :  si  s'avisa,  tout  considéré,  que  il  venroit  par- 
ler à  iaulx,  car,  à  son  honneur  et  selonc  les  grans 
aliances  que  il  avoient  ensamble,  ils  ne  les  pooit  lon- 
guement démener.  Et  entendi  que  messires  Rebiers 
GanoUes,  messires  Thumas  de  Persi  et  messires  Thu- 

30  mas  Trivès  venoient  deviers  li  :  si  se  mist  au  chemin 
pour  venir  viers  Rennes  et  encontra,  die  propre  jour 


[1980]  UVBS  DBUXlÂia,  g  171.  7 

qae  il  se  parti  de  [Yennes],  les  chevaliers  d'Eogletière. 
S  se  fissent  grans  reoonnissaDces  sus  les  camps,  et 
demanda  li  dus  de  Bretaigne  dou  conte  de  Bouquighem. 
li  chevalier  respondirent  que  il  l'avoient  laissiet  à 
Rennes  tout  merancolieus  de  che  que  il  n'ooient  nuUes  5 
nouvelles  de  li.  Li  dus  s'escusa,  et  dist  par  sa  foi  que 
il  ne  Favoit  peut  amender.  Adont  chevauchièrent  il 
tout  ensamble,  et  fiiissent  bien  venu  à  Rennes  che 
jour,  mais  il  entendirent  que  li  Englès  estoient  à  [Gom- 
bourg]  pour  venir  à  le  Heidé,  et  là  se  logièrent  et  à  10 
la  Maisière,  car  il  tournèrent  che  chemin.  A  Tendemain 
vinrent  li  contes  de  Bouquighem  et  ses  routes  à  le 
Heidé,  et  là  se  logièrent,  car  il  entendirent  que  li  dus 
de  Bretaigne  venoit  :  si  ne  voidrent  aller  plus  avant. 
Là  vinrent  li  dus  de  Bretaigne  et  ses  consaulx  :  si  15 
s'entrecontrèrent  li  dus  et  li  contes  de  Bouquighem 
ensamble,  et  se  monstrèrent  grant  amour,  et  s'escusa 
li  dus  de  Bretaigne  moult  bellement  au  conte  et  as 
Englès  de  che  que  il  avoit  tant  demoret  à  non  venir, 
car  il  ne  trouvoit  mies  voirement  tout  tel  son  pals  que  20 
il  li  avoient  proumis  au  commenchement  de  Testé. 
Dont  respondi  li  contes  et  dist  :  c  Biau  frère  de  Bre- 
taigne, pour  ce  ne  demora  il  mies,  se  vous  volés,  que 
nous  ne  oorigons  les  rebelles,  car,  avoecques  Taide  et 
le  poissanche  que  vous  avés  et  que  nous  avons  et  qui  25 
tous  les  jours  nous  puet  venir  d'Engletière,  nous  sous- 
metterons  si  vos  subgés  que  il  seront  tout  aisse  quant 
il  poroot  venir  à  merchi.  »  De  tels  parolles  et  de  plui- 
seurs  autres  parlementèrent  il  longement  ensamble, 
et  puis  se  traïst  cascuns  à  son  hostel.  Meïsmement  à  30 
Tendemain  il  chevauchièrent  tout  doi  ensamble,  et 
vinrent  à  la  Massière,  et  là  disnèrent  tout  doi  ensamble 


s  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [1380] 

en  grant  joie,  et  parlèrent  apriès  dîsner  de  leurs 
besongoes  moult  longement  ensamble;  et  fîi  adont 
ordonné  que  li  consaulx  dou  conte  s'en  iroit  à  Rennes 
avoecques  le  duch,  et  là  ordonneroient  il  et  conclui- 

5  roient  finabtement  toutes  leurs  besongnes.  Si  demora 
che  soir  li  dus  de  Bretaigne  et  li  consaulx  dou  conte 
à  le  Massière,  et  li  contes  retourna  à  ses  gens  à  le 
Heidé,  car  il  estoient  tout  là  logiet  [etj  environ  le  Ma- 
sière,  et  Tendemain  li  dus  de  Bretaigne  s'en  retourna  à 

10  Rennes,  le  signeur  Latinier,  messires  Robers  Ganolles, 
messires  Thumas  de  Persi,  messires  Thumas  Trivet  et 
le  conseil  dou  conte  en  sa  compaignie.  Si  furent  trois 
jours  à  Rennes,  tondis  consillans  leurs  besongnes. 

§  17SI.  A  che  darrain  conseil  fu  acordet,  juret  et 

15  fianciet  sus  saintes  evangilles  dou  duch  de  Bretaigne, 
que  il  venroit  [devant]  Nantes  mettre  le  siège,  en  le 
compaignie  dou  conte  de  Bouquighem,  quinse  jours 
apriès  che  que  li  Ënglès  seroient  là  venu,  et  feroit  li 
dus  de  Bretaigne  venir  et  amener  par  le  rivière  de 

20  Loire  barges  et  balengiers  à  plenté,  pour  mieulx  cons- 
traindre  par  la  rivière  ceulx  de  Nantes,  et  ne  s'en 
partiroit,  ils  ne  ses  gens,  si  seroit  Nantes  prisse.  Pour 
toutes  ces  coses  entériner  et  affirmer  plus  plaine- 
ment  et  que  li  contes  de  Bouquighem  iust  à  ces  obli- 

25  gâtions  prendre  et  faire,  ses  consaulx  le  renvoiia 
querre  à  le  Heidé,  où  il  estoit  logiés  et  toute  li  hoos. 
Si  se  deslogièrent  et  s'en  vinrent  logier  eus  es  four- 
bours  de  Rennes,  enssi  que  autre  fois  il  avoient  esté 
logiés.  Si  entrèrent  li  contes  et  li  baron  en  Rennes, 

30  et  là  leur  donna  li  dus  de  Bretaigne  à  disner  moult 
grandement.  Là  eut  li  dus  de  Bretaigne  en  convenant 


[1380]  LIVRE  DEUXIÈME,  §  473.  9 

et  jiira  sur  sa  foi  solempnellement  et  sus  saintes 
evangilles  que  il  venroit  à  tout  son  pooir  devant  Nantes. 
Et  sur  cel  estât  il  se  parti  et  se  retralst  vers  Hainbon  ; 
et  K  contes  de  Bouquighem  et  li  Englès  demorèrent 
à  Rennes  et  furent  depuis  bien  quinse  jours  en  orde-  5 
nant  leurs  besongnes. 

De  toutes  ces  coses  estoient  bien  enfourmet  et 
avisset  chiaux  de  Nantes,  que  il  dévoient  avoir  le 
siège  :  si  se  ordonnèrent  selonc  che,  et  uns  des  plus 
grans  capitainnes  qui  fust  en  Nantes,  c'estoit  messires  10 
Jehans  li  Barois  des  Bares,  uns  vaillans  et  appers 
chevaliers.  Âvoecques  li  estoient  li  cappitainne  de  Cli- 
çon,  Jehan  de  Gastiel  Morant,  Morfouace,  messires 
Jehans  de  Halatrait ,  Tournemine  et  moult  d*autres, 
toute  fleur  de  gens  d'armes,  liquel  se  pourveSrent  15 
sagement  et  biellement  de  tout  ce  que  il  leur  conve- 
noit,  tant  à  rencontre  de  la  rivière  que  des  portes, 
des  murs  et  des  tours,  qui  regardent  sus  les  camps 
de  celle  part  où  il  pensoient  à  avoir  le  siège. 

Nous  meterons  ches  besongnes  ichi  un  petit  en  res-  20 
pit,  et  parlerons  de  Tordenanoe  dou  couronnement 
dou  jone  roi  Gharle,  qui  fu  en  celle  saison  couronnés 
à  Bains. 

§  173.  Vous  devés  savoir  que  riens  ne  fu  espai^niet 
de  noblèces  et  de  signouries  à  faire  au  couronnement  25 
dou  jone  roi  Gharle  de  France,  qui  fu  couronnés  à 
Bains  le  jour  de  un  diemence,  ou  dousime  an  de  son 
eage,  en  Tan  de  grâce  Nostre  Signeur  mille  trois  cens 
et  quatre  vins.  Â  la  solempnité  de  son  couronnement 
heut  grant  fuisson  de  haulx  signeurs  ;  si  quatre  oncle  30 
i  furent,  Ângo,  Berri,  Bourgongne  et  Bourbon,  et 


10  CHB0NIQUX8  DK  J.  FH018SART.  [1380] 

osai  ses  grans  oncles,  li  dus  Winchelios  de  Braibant, 
ti  dus  de  Bar,  li  dus  de  Loraione,  li  contes  de  Savoie, 
li  contes  de  la  Harce,  li  contes  d'Eu,  messires  Guil- 
laumes  de  Namur  ;  li  contes  de  Flandres  et  li  contes 
5  Jebans  de  Blois  s'escusèrent.  Finablement  il  i  ot  trop 
grant  fuisson  de  grans  seigneurs  :  jamais  je  ne  les 
aroie  tous  nommés.  Et  entra  li  jones  rois  en  la  cité 
de  Bains  le  samedi  à  heure  de  vespres,  bien  acompai- 
gniés,  che  poés  vous  savoir,  de  toutes  noblèces  de 

iO  hauts  signeurs  et  de  menestraudies;  et  par  especial 
par  devant  li  il  i  avoit  plus  de  trente  trompètes  qui 
sonnoient  si  cler  que  mervelles.  Et  descendi  li  jones 
Charles  de  France  devant  l'eglisse  de  Nostre  Dame  de 
Bains,  si  oncle  et  ses  firères  en  sa  compaignie.  Là 

15  estoient  si  cousin,  tout  jone  enffant  ossi,  de  Navare, 
de  Labreth,  de  Bar  et  de  Harcourt,  et  grant  fuisson 
de  autres  jones  escuiers,  enffiains  de  haulx  barons  dou 
roiaulme  de  France,  lesquels  li  jones  rois  à  Tendemain, 
le  diemence,  le  jour  de  son  couronnement,  fist  tous 

20  chevaliers.  Et  ol  che  samedi  li  rois  les  vespres  en 
Teglise  Nostre  Dame  de  Bains,  et  villa  en  l'église,  enssi 
que  usages  est,  la  grigneur  partie  de  la  nuit,  et  tout 
li  enffiint  qui  chevalier  voloient  estre  avoecques  lui. 
Quant  che  vint  le  diemence,  dont  le  jour  de  la  Tou- 

25  sains  avoit  esté  le  [joedi]  devant,  li  église  Nostre 
Dame  fu  parée  si  très  richement  que  on  ne  saroit  miés 
ordonner  ne  deviser,  et  là  fu  à  haute  solempnité  de  la 
haute  messe  de  l'archevesque  de  Bains  sacrés  et  beneïs, 
ch'est  de  la  sainte  ampoule,  dont  mesires  sains  Bemis 

30  consacra  Glovis,  le  premier  roi  qui  fu  en  France,  et  fu 
ceste  unction  envole  de  Dieu  et  des  cbiaux  par  un 
saint  angle,  et  depuis  tousjours  li  roi  de  France  en 


[4380]  UVBB  DSUXliia,  {  i73.  H 

ODt  esté  coosacré,  et  point  s'amenrist.  Or  regardés  se 
c*e8t  disoe  cose  et  Doble  ! 

Avant  le  oonsacration,  li  rois  fist  là  devant  l'autel 
tous  les  Jones  chevaliers  nouviaulx.  En  apriès,  on  fist 
Tofiisse  de  le  messe  très  solempnellenient  et  très  rêve-  5 
ranment,  et  le  canta  li  aroevesques  de  Rains.  Et  là 
seoit  li  Jones  rois  en  abbit  roial  en  une  caiière  eslevée 
moult  haut,  parée  et  vestie  de  draps  d'or  si  rices  que 
on  les  pooit  avoiis  et  tous  li  jone  nouviel  cheva* 
lier  desouls,  sus  bas  escamiauk  couvers  de  draps  d'or,  10 
à.  ses  pies.  Enssi  se  persévéra  U  offices  en  grant 
noblaice  et  disnité  ;  et  là  estoit  li  nouviaulx  connes- 
tables  de  France,  messires  Oliviers  de  Gliçon,  qui 
avoit  esté  fais  et  créés  connestables  puis  un  petit,  qui 
bien  faisoit  son  ofiBce  et  ce  qui  à  lui  apartenoit.  Là  i5 
estoient  li  haut  baron  dou  roiaulme  de  France,  vesti 
et  paré  si  ricement  que  mervelles  seroit  à  recorder, 
et  seoit  li  rois  en  majesté  roial,  le  couronne  très  rice 
et  oultre  mesure  presieuse  ou  chief  •  Li  église  de  Nostre 
Dame  de  Rains  fu,  à  celle  heure  de  le  messe  et  de  le  20 
solempnité,  si  plaine  de  nobles  que  on  ne  savoit  son 
piet  où  tourner.  Et  entendi  que,  adont  ou  nouviel 
avent  dou  jone  roi  et  pour  resjolr  le  peuple  parmi  le 
roiaulme  de  France,  toutes  impositions,  aides,  gabelles, 
fouages,  sousides  et  autres  coses  mal  prisses,  dont  25 
li  roiaulmes  estoit  trop  blechiés,  furent  abatues,  quit- 
tées, ostées  et  aliennées,  et  fu  grandement  à  le  con- 
templation et  plaissance  dou  peuple. 

Apriès  le  messe,  on  vint  au  pallais,  et  pour  ce  que  la 
salle  dou  pallais  estoit  petite  pour  recepvoir  tel  peuple,  30 
on  avoit  enmi  la  court  dou  pallais,  où  il  i  a  grant 
place,  tendu  un  hault  et  grant  [tref]  sus  hautes  estaces  ; 


12  CHRONIQUES  DB  J.  FROI88ART.  [1380] 

et  là  ftt  li  disners  fais  et  ordonnés,  et  sissent  li  jones 
rois  de  France  et  si  cinc  oncle,  Braibant,  Ângo,  Berri, 
Bourgongne  et  Bourbon,  à  sa  table  et  bien  en  sus  de 
li.  Et  li  arcevesques  de  Rains  et  aultres  prelas  seoient 

5  à  sa  destre,  et  servoient  haut  baron  :  li  sires  de  Gou- 
chi,  li  sires  de  Gliçon,  messires  Guis  de  la  Tremoulie, 
li  amirauhc  de  France,  et  enssi  des  aultres,  sus  haulx 
destriers  couvers  et  parés  de  draps  d'or.  Enssi  se 
continua  en  toutes  honneurs  la  journée,  et  à  Tende- 

10  main,  le  lundi,  moult  de  haulx  signeurs  prissent  con- 
giet  au  roi  et  à  ses  oncles,  et  s'en  retournèrent  en 
leurs  païs.  Si' vint  li  rois  che  jour  disner  en  Tabbeïe  de 
Saint  Teri  à  deus  lieuwes  de  Rains,  car  chil  de  laiens 
li  doivent  ce  pas,  et  cil  de  la  citté  de  Rains  le  sacre 

15  dou  roi.  Enssi  se  départi  ceste  noble  et  haute  feste  de 

la  consacration  dou  jone  roi  Gharlle  de  France,  et  s'en 

vint  li  rois  à  Paris,  où  il  fu  des  Parisiiens  de  rechief,  à  son 

retour  et  à  l'entrer  en  Paris,  très  grandement  festiiés. 

Âpriès  toutes  ces  festes,  ces  solempnités  et  ces  hon- 

20  neurs,  il  eut  grans  consaulx  en  France  sus  Testât  et 
gouvrenement  dou  roiaulme,  et  fu  ordonné  que  li  dus 
de  Berri  aroit  en  gouvrenement  toute  le  Langhedock, 
li  dus  de  Bourgongne  toute  Pikardie  et  Normendie,  et 
li  dus  d'Ângo  demoroit  dallés  le  roi  son  nepveut,  et 

25  aroit  principaument  et  roiaulment  l'aministration  et 
gouvrenement  dou  roiaulme.  Âdont  fu  li  contes  de 
Saint  Pol  rappelles,  qui  en  devant  avoit  esté  eslongiés 
de  la  grâce  dou  roi  Gbarle  mort,  et  li  fist  à  Rains  li 
dus  de  Braibant  sa  besongne  et  li  dus  d'Ango,  en 

30  laquelle  grâce  et  amour  li  contes  de  Saint  Pol  estoit 
grandement.  Si  se  départi  de  Han  sus  Heure  séant  en 
l'evesquiet  de  Liège,  où  il  s'estoit  tenus  un  grant 


[1380]  UVftB  DBUXIAmB,  S  174.  13 

tamps,  et  s'en  revint  en  France,  et  amena  sa  femme 
ens  ou  castiel  de  Bohain  ;  et  se  déportèrent  toutes  les 
mains  misses  de  ses  terres  et  retournèrent  toutes  en 
son  pourfit. 

Nous  nous  cesserons  un  petit  à  parler  des  beson-    5 
gnes  dessus  dites,  et  retournerons  as  incidensses  de 
Bretaigne  et  au  conte  de  Bouquighem. 

§  174.  Vous  savés  comment  les  convenances  et 
ordenances  furent  prisses  et  jurées  entre  le  duc  de 
Bretaigne  et  le  conte  de  Bouquighem  de  venir  asseoir  10 
Nantes.  Quant  li  dus  de  Bretaigne  fu  partis  de  Rennes, 
le  signeur  de  llontbouchier,  messire  Estièvene  Guion, 
le  signeur  de  Montraulieu,  le  signeur  de  la  Houssoie 
et  son  conseil  en  sa  compaignie,  il  se  retraïssent  vers 
Vennes  et  vers  Hainbon,  et  li  contes  de  Bouquighem  15 
et  ses  gens  s'ordonnèrent  pour  venir  devant  Nantes, 
et  se  départirent  des  fourbours  de  Rennes  et  des  vilr 
lagcs  là  environ  où  il  estoient  logiet,  et  se  vinrent  che 
jour  logier  à  Gastillon,  et  à  Tendemain  à  Bain,  et  le 
tierch  jour  che  fu  à  Nasçay,  et  au  quart  logeïs  il  vin-  20 
rent  logier  ens  es  fourbours  de  Nantes,  et  fu  li  contes 
de  Bouquighem  logiés  à  le  porte  de  Sauvetout,  et  li 
sires  de  Lattinier,  connestables  de  Toost,  et  li  sires  de 
Fil  Watier  et  li  sires  de  Basset  furent  logiet  à  le  porte 
de  Saint  Pière,  et  messires  Robers  Ganolles  et  mes-  25 
sires  Thumas  de  Persi  logiet  à  le  porte  de  Saint 
NicoUai,  tout  sus  la  rivière,  et  messires  Guillaumes  de 
Windesore  et  messires  Hues  de  Gavrelée  à  le  posterne 
de  Ricebourc.  Ënssi  estoient  cil  baron  logiet  entre 
leurs  gens  et  moult  honnerablement,  car  c'estoit  au  30 
plus  priés  par  raison  conune  il  pooient. 


14  GHR0NIQUB8  DB  J.  FROISSART.  [1380] 

Dedens  la  ville  avoit  grant  fuisaoo  de  bons  cheva- 
liers et  esouiers  de  Bretaigne^  de  Biausse»  d'Aogo  et 
[du  Mainne],  qui  songnoieut  de  la  ville  et  le  gardoieot 
très  bien,  et  en  avoient  dou  tout  le  fais  et  la  carge, 
5  ne  cil  de  la  ville  ne  s'en  ensonnicuent  en  riens.  Et 
a  vint  que  le  nuit  Saint  Martin,  messires  Jehans  li 
Barois  des  Bares  esmeut  aucuns  de  ses  oompaignons 
qui  là  dedens  estoient,  et  leur  dist  :  c  Biau  signeur, 
nous  sentons  nos  ennemis  priés  de  chi,  et  encores  ne 

10  les  avons  nous  resvilliés.  Je  conseille  que  en  la  bonne 
nuit  nous  les  alons  veoir  et  escarmuchier.  >  —  c  Par 
ma  foi,  respondirent  cil  à  qui  il  en  parla,  vous  par- 
lés loiaument;  et  [est]  ce  que  nous  devons  faire,  et 
nous  le  voilons.  >  Âdont  se  quellièrent  il  sus  le  soir, 

15  et  armèrent  iaulx  sis  vins,  toutes  gens  de  fait  ;  si  fis- 
sent ouvrir  le  porte  de  Saint  Pière,  et  li  oonnestables 
et  li  sires  de  Basset  et  li  sires  de  Fil  Watier  [i]  estoient 
logiet,  et  missent  bonnes  gardes  à  le  porte  pour  le 
retraite.  Si  estoient  cappitainne  et  meneur  de  ces  gens 

20  d'armes  li  Barois  des  Bares,  Jehans  de  Gastel  Morant 
et  li  cappitainne  de  Gliçon,  et  vinrent  si  a  point  au 
logeïs  des  dessus  dis  que  il  seoient  au  souper,  et 
avoient  leur  cri  :  c  Les  Bares  !  >  Si  entrèrent  en  ces 
logeïs,  et  commencièrent  à  ferir  et  à  abatre  et  à 

25  mehaignier  gens.  Tantos  U  Englès  furent  sailli  sus  et 
pourveu  de  leur  fait,  et  se  rengièrent  devant  leurs 
logeïs.  Quant  li  François  en  veïrent  le  manière,  il  se 
retralssent  et  tinrent  tout  ensamble  moult  sagement, 
et  retournèrent  vers  leur  ville;  et  Englès  de  toutes 

30  pars  commenchent  à  venir  à  Tescarmuce*  Là  en  i 
ot  de  boutés  et  reboutés  et  abatus  de  une  part  et 
d'autre,  et  furent  mis  li  François  en  leurs  barrières. 


[4380]  Wta  MinCliMB,  s  ^75.  <5 

Si  en  i  ot  des  mors  et  deê  blechiés  de  une  part  et 
d*autre  ;  mais  li  BarroiB  des  Bares  et  ses  gens  ren- 
trèrent en  la  ville  à  petit  de  damage,  et  tint  on  dedens 
et  dehors  oeste  escarmuche  à  bonne  et  belle. 

§  175.  Quant  die  vint  le  jour  Saint  Martin  au  soir,    5 
li  Barrois  des  Bares  parla  as  compaignons  et  leur 
dist  :  c  Ghe  seroit  bon  que  demain,  au  point  dou 
jour,  nous  [eussions]  pourveu  sis  ou  set  gros  batiaux, 
et  deus  cens  hommes  et  cent  arbalestriers,  et  par  la 
rivière  nous  alissoos  visseter  nos  ennemis  ;  il  ne  se  10 
donnent  de  nous  à  garde  de  che  costé.  »  Tout  furent 
de  son  accord,  et  se  quellièrent  celle  propre  nuit  le 
somme  de  gens  que  li  Barois  avoit  nommés,  et  eurent 
pourveu  siis  gros  batiaux.  Devant  le  jour  il  entrèrent 
ens  et,  sans  faire  friente,  il  naviièrent  contreval  la  45 
rivière,  et  prissent  tière  au  desoulx  des  logels.  Mes* 
sires  Jehan  de  Harieston  et  ses  gens  estoient  logiet 
assés  priés  de  là  en  un  grant  hostel  ;  là  vinrent  droit 
sus  le  point  dou  jour  li  François,  qui  l'environnèrent 
et  commenchièrent  à  asaillir.  Messires  Jehans  de  Har-  20 
leston  fu  tantos  aparilliés  et  armés,  et  ossi  furent  ses 
gens;  si  se  missent  à  deffense  moult  vaillanment,  et 
archier  à  traire  contre  ces  arbalestriers.  Là  eut  escar- 
muce  forte  et  dure  et  des  navrés  et  bledés,  et  vous  di 
que  li  hostels  euist  esté  prins  et  conquis,  mais  mes-  25 
sires  Robers  Ganolles,  qui  estoit  logiés  assés  priés  de 
là,  le  sceut  ;  si  s'arma  et  fist  armer  ses  gens  et  des- 
voleper  sa  banière ,  et  se  traïst  moult  coiteussement 
celle  part.  D'autre  part,  messires  Guillaumes  de  Win«- 
desore,  qui  en  fu  segnefiiés,  i  vint  et  ses  gens  ossi  S9 
tout  le  cours,  et  tondis  venoient  Englès  et  sourdoient 


16  OHRONIQUBS  DE  J.  FE0I8SART.  [i380J 

de  tou8  oostés.  Adoot  se  retralsseot  li  François  sus  le 
rivage  et  vers  leurs  batiaulx,  quant  il  velrent  que  faire 
leur  convenoit  ou  rechepvoir  grant  damage.  Là  ot  sus 
le  rivage,  au  rentrer  ens  es  batiaulx,  grant  escarmuce, 

5  et  moult  vaillanment  se  portèrent  les  cappitainnes  et 
i  fissent  des  grans  apertisses  d'armes,  et  furent  auques 
des  darrains  rentrans.  Toutesfois  il  en  i  ot  au  rentrer 
des  François  pris,  mors  et  noiiés,  et  retournèrent  à 
Nantes.  Enoores  tinrent  ceste  emprise  tout  cil  qui  en 

10  olrent  parler  de  une  part  et  d'autre,  à  grant  harde- 
ment  et  grant  vaillance. 

§  176.  Quant  li  Englès  se  perchurent  que  cil  de 
dedens  les  resvilloient  si  souvent,  si  eurent  conseil 
entre  iaulx  que  il  seroient  mieulx  sus  leur  garde  que 

15  [il]  n'avoient  esté  et  feroient  bon  gais.  Dont  il  avint 
une  nuit,  le  setime  jour  apriès  que  messires  li  Barois 
avoit  escarmuchiet  sus  la  rivière,  ils  issi  de  recbief 
sus  la  nuit  à  le  porte  où  li  contes  de  Bouquighem  estoit 
logiés,  et  avoit  li  Barois  en  se  compaignie  environ 

20  deus  cens  hommes  d'armes  et  cent  arbalestriers. 
Celle  nuit  faissoient  le  ghait  li  Âllemant,  et  estoient 
leurs  cappitainnes  messires  Âlghars  et  messires  Thu- 
mas  de  Rodes  ;  si  s'en  vinrent  ferir  les  gens  le  Bar- 
rois  et  ils  meïsmes  tout  devant  et  Jehans  de  Gastiel 

25  Morant  et  la  cappitainne  de  Gliçon  sus  ce  gait  entre 
ces  Allemans.  Là  eut  grant  escarmuce  et  dure  et  des 
abatus  à  tière  ;  dont  se  levèrent  cil  qui  couchiet  estoient 
ou  logels  dou  conte,  et  s'armèrent  et  se  traïssent  tout 
de  celle  part  où  li  escarmuce  estoit.  Quant  li  Barois 

80  des  Bares  et  cil  qui  avoecques  lui  estoient  issu,  per- 
churent que  force  leur  sourdoit  trop  grande,  si  se 


[1380]  LIVU  DBUXlàMB,  S  i77.  17 

retraissent  deviers  le  porte  en  combataat,  en  traiant 
et  en  escarmuchant  ;  si  en  i  ot  pluiseurs  dou  trait  blechiés 
et  navrés  de  une  part  et  d^autre,  et  par  especial  mes- 
sires  [Thumas]  de  Rodes,  uns  chevaliers  de  Aile- 
maigne,  fu  trais  d*un  vireton  et  perchiés  tout  oultre  le  5 
bachinet  parmi  la  teste,  douquel  cop  il  morut  trois 
jours  apriès,  dont  che  fu  damages,  car  il  estoit  moult 
appers  chevaliers.  Si  rentrèrent  li  François  et  li  Bre- 
ton en  Nantes  à  point  de  damage,  et  eurent  sis  prison- 
niers. Et  demora  la  cose  en  cel  estât,  et  tousjours  li  10 
Englès  sus  leur  garde,  car  toutes  les  nuis  il  n'atten- 
doient  autre  cose  que  de  estre  resvilliet. 

§  177.  Enssi  se  tenoient  là  devant  Nantes  à  siège  li 
contes  de  Bouquighem  et  ses  gens,  et  attendoient  tous 
les  jours  le  duck  de  Bretaigne,  que  point  ne  venoit  ne  15 
de  ce  que  juret  et  proumis  leur  avoit,  riens  ils  n'en 
tenoit;  dont  il  estoient  tout  esmervilliet  à  quoi  il  pen- 
soit,  car  de  li  il  n'ooient  nulles  nouvelles.  Bien  envoiiè- 
rent  par  devers  li  aucuns  messages  et  lettres,  qui 
remonstroient  que  il  faissoit  mal,  quant  il  ne  tenoit  20 
les  convenances  telles  que  il  avoit  jurées  par  sa  foi 
à  tenir  et  acomplir  en  la  citté  de  Rennes,  mais  de 
toutes  les  lettres  que  li  contes  de  Bouquighem  i 
envoiia,  onques  n'en  eut  response,  et  suposoient  li 
Englès  que  leur  messagier  estoient  mort  sus  le  che-  25 
min,  car  nuls  n'en  retournoit.  Et  voirement  aloient  il 
en  trop  grant  péril  et  toutes  gens  ossi,  se  il  n'estoient 
dou  pals  et  bien  acompaigniet,  entre  Nantes  et  Hain- 
bon,  car  li  chemin  estoient  si  priés  guettié  des  gens 
dou  pals  que  nuls  ne  pooit  passer  que  ils  ne  fust  pris  30 
et  que  on  ne  seuist  quel  cose  il  querroit  et  voloit  ;  et, 

x-2 


18  CHRONIQUES  DR  J.  FROISSART.  [1380] 

se  il  portoit  lettres  des  Englès  au  duc  et  dou  duc  as 
ËDglès,  il  estoit  mors.  Âvoecq  tout  ce  H  fourrageur  de 
Toost  n'osoieut  chevauchier  sus  le  pals  en  allant  à  fou- 
rage  fors  en  grant  route,  car  li  chevalier  et  li  escuier 

5  dou  païs  estoient  quelliet  ensamble  et  ne  voUoient 
nullement  que  leurs  terres  fuissent  foullées  ne  cou- 
rues, siques,  quant  il  trouvoient  dis  ou  vint  ou  trente 
variés,  il  les  ochioient  ou  leur  tolloient  le  leur  et  lors 
chevaulx,  et  les  batoient  et  navroient,  ne  on  n'en  pooit 

10  avoir  autre  cose;  dont  cil  de  Toost  estoient  moult 
courouchiet  et  n'en  savoient  sur  qui  prendre  l'amen- 
dement. Au  voir  dire,  li  dus  de  Bretaigne  tiroit  trop 
fort  que  il  peuist  avoir  ses  gens  d'accord  pour  venir 
aidier  à  mettre  le  siège  devant  Nantes  par  le  tière  et 

15  par  le  rivière,  enssi  que  ordenance  se  portoit  et  que 
en  couvent  il  l'avoit  eu  à  Rennes  au  conte  de  Bou- 
quighem,  mais  il  n'en  pooit  venir  à  chief,  et  dissoient 
baron,  chevalier  et  escuier  que  ja  il  n'aideroient  à 
destruire  leur  tère  pour  le  guerre  des  Englès,  ne,  tant 

20  que  li  Englès  fuissent  en  Bretaigne,  il  ne  s'armeroient 
avoecques  lui.  Et  li  dus  leur  remonstroit  pour- 
quoi dont  avoient  il  consenti  et  ordonné  de  commen- 
chement  au  mander  les  Englès.  Il  respondoient  que 
ce  avoit  esté  plus  pour  donner  cremeur  au  roi  de 

25  France  et  à  son  conseil,  affin  que  il  ne  fuissent  mené 
fors  as  anciiens  usages,  que  pour  autre  cose,  et,  ou 
cas  que  li  rois  de  France  ne  leur  voelt  que  tout  bien, 
il  ne  li  voellent  point  de  guère.  Autre  cose  ne  autre 
response  n'en  pooit  li  dus  avoir. 

30  D'autre  part,  li  sires  de  Gliçon,  connestables  de 
France,  li  sires  de  Dignant,  li  sires  de  Laval,  li 
viscontes  de  Roem,  li  sires  de  Rocefort  et  tout  [li] 


[1380]  UTRB  DBUXliMB,  $  478.  19 

grant  baron  et  haut  et  poissant  ou  pals  de  Bretaigne 
se  tenoient  tout  ensamble,  leurs  villes  et  leurs  cas- 
tiaulx  dos  et  bien  gardés,  et  dissoient  au  duck  ou  fais- 
soient  dire  par  leurs  messages,  que  bien  s'avisast,  car 
il  avoit  esté  simplement  oonsilliés  d^avoir  mandé  les  5 
Englès  et  de  [les]  avoir  mis  ou  pais  pour  guerriier  et 
destruire  sa  terre,  et  que  nuls  confort  il  n*aroit  d'euls  ; 
mais,  se  il  aloit  devant  Nantes  à  siège,  enssi  que  on 
avoit  entendu  que  il  le  devoit  faire,  il  li  destruiroient 
sa  terre  à  tous  lés,  et  li  donroient  tant  d*empeche-  iO 
ment  que  il  ne  saroit  auquel  lés  entendre  ;  mais  se 
vosbt  recongnoistre  et  remettre  en  Tobbelssance  dou 
roi  de  France,  enssi  que  faire  le  devoit  et  que  tenus 
i  estoit,  et  il  se  faissoient  fort,  et  porteroient  oultre, 
que  il  li  feroient  sa  pais  envers  le  jone  roi  de  France.  15 
Et  li  remonstroientencorestels  parolles,  en  dissant  enssi 
que  tels  avoit  en  contrecorage  le  roi  Gharle  mort,  qui 
venroit  et  demorroit  grandement  en  Famour  dou  jone 
roi  son  fil.  De  toutes  tels  coses  des  plus  haus  barons 
de  Bretaigne  estoit  li  dus  servis  ;  si  ne  savoit  au  voir  ÎO 
dire  auquel  pour  le  mieulx  entendre,  car  il  ne  le  trou- 
voit  nul  segur  estât  en  ses  gens  ;  [si]  le  convenoit  di- 
simuller,  vosist  ou  non.  Et  toudis  se  tenoit  li  sièges 
devant  Nantes. 

§  178.  Le  jour  Nostre  Dame  des  Avens  au  soir,  25 
eurent  conseil  li  François,  qui  en  Nantes  se  tenoient, 
que  il  venroient  resvillier  Toost,  car  trop  avoient 
reposé.  Si  issirent  environ  deus  cens  hommes  d'armes, 
desquek  messires  Âmauris  de  Gliçon,  cousins  ger- 
mains au  signeur  de  Gliçon,  et  li  sires  d'Âmboise  30 
estoient  meneur  et  gouvreneur,  et  s*en  vinrent  ferir 


20  CHRONIQUES  DB  J.  FR0IS8ART.  [1S80] 

SUS  les  logeïs  messire  Guillaume  [de]  Wîndesore,  et 
issirent  par  le  posterne  de  Ricebourc  sus  la  rivière  ;  et 
faissoient  le  gait  cbe  soir  les  gens  messire  Hue  de 
Gavrelée.  Â  ceste  heure  là  fu  fais  chevaliers  U  sires 
5  d'Amboisse,  et  le  fist  chevalier  messires  Âmauris  de 
Gliçon.  Ces  gens  d'armes  bretons  et  françois  se  bou- 
tèrent de  grant  vollenté  ou  gait,  et  gaaignièrent  de 
venues  la  bare  dou  gait  et  le  chevalier  dou  gait,  qui 
s*appelloit  messire  Guillaume  de  Quisenton.  Là  eut 

10  forte  escarmuce  et  dure,  et  maint  homme  reversé. 
Messires  Guillaumes  de  Wi[n]desore  et  messires  Hues 
de  Gavrelée,  qui  estoient  en  leur  retrait,  entendirent 
le  hustin  :  si  saillirent  tantost  sus,  si  s'armèrent  et 
apparillièrent,  et  vinrent  celle  part  où  li  plus  fors  bus- 

15  tins  estoit.  Là  eut  trait,  ferut  et  lanciet  et  escarmudet, 
et  si  portèrent  toutes  les  parties  vaillànment,  et  ren- 
trèrent tout  en  combatant  et  escarmuchant  li  François 
et  li  Breton  en  le  posterne  de  Richebourc,  par  laquelle 
il  estoient  issut,  et  sans  damage,  car  il  eurent  un  che- 

20  valier  prisonnier  et  siis  hommes  d'armes,  et  il  en  i  ot 
pris  des  leurs  trois.  Enssi  se  porta  ceste  nuittie. 

§  179.  Le  joedi  devant  la  vegille  dou  Noël,  issirent 
de  Nantes  sus  le  soir  par  la  porte  de  Sauvetout  mes- 
sires U  Barois  des  Bares  et  li  sires  de  [Golet]  à  sis  vint 

25  hommes  d'armes,  et  s'en  vinrent  ferir  ou  logeïs  dou 
conte  de  Bouquighem,  et  faissoit  le  gait  che  soir  li 
contes  de  Douvesière.  Là  ot  grant  escarmuce  et  forte, 
et  maint  homme  reversé  et  bouté  jus  à  terre  des 
glaves,  mais  li  Englès  furent  là  plus  fort  que  cil  de  le 

30  ville  ne  furent;  si  furent  recullé  et  rebouté  ens  es 
barrières  et  en  le  porte  à  force.  Si  en  i  ot  des  leurs, 


[1380J  LIYBB  DBUXliMB,  §  179.  21 

que  mors  que  pris,  environ  sèse,  et  là  fu  trais  à  Tes- 
carmuoe  d'un  quarel  uns  chevaliers  englès,  qui  s'ap- 
pelloit  messires  Huges  Tiriel,  et  férus  tout  parmi  son 
bacinet,  de  laquelle  navrure  il  morut.  Âdont  se  retraïs- 
sent  toutes  gens  à  leurs  logeïs,  et  n'i  eut  plus  nulle  cose  5 
fait  celle  nuit,  mais  toutes  les  cappitainnes  de  Nantes 
furent  en  conseil  ensamble  que  le  nuit  dou  Noël  à  toutes 
leurs  puissances  il  isteroient  de  la  ville  et  venroient 
faire  en  l'oost  une  grande  escarmuce,  et  tinrent  tout 
chela  entre  iaulx  en  secré.  10 

Li  contes  de  Bouquighem  et  li  Englès  estoient  enssi 
resviUiet  moult  souvent  des  François  et  des  Bretons 
qui  en  Nantes  se  tenoient;  et  d'autre  part  sus  les 
camps  leurs  fourageurs  avoient  moult  de  painne  en 
querant  vivres  et  fourages  pour  les  chevaulx,  et  15 
n'osoient  chevauchier  fors  en  grans  routes.  Et  estoient 
li  contes  de  Bouquighem  et  ses  consaulx  trop  esmer^ 
viUiet  dou  duc  de  Bretaigne,  qui  point  ne  venoit  ne 
dont  il  n'ooi[en]t  nulles  nouvelles,  et  s*en  conten- 
toient  mal,  car  de  tout  en  tout  il  trouvoient  et  avoient  20 
trouvé  en  li  foible  convenant,  et  ne  s'en  savoient  à 
qui  plaindre  qui  droit  leur  en  fesist.  Et  eurent  en 
conseil  environ  le  Noël  que  il  envoiieroient  de  rechief 
messire  Bobert  GanoUe  et  messire  Thumas  de  Persi  et 
messire  Thumas  Trivet  devers  li  à  Venues  ou  à  Hain-  25 
bon,  et  cil  li  remonsteroient  de  par  le  conte  que  il 
faissoit  trop  mal,  quant  autrement  il  ne  s'acquitoit 
enviers  iaulx.  Et  puis  fu  cils  pourpos  rompus  et  bris- 
siés,  et  dissent,  quant  il  eurent  entre  iaulx  tout  consi- 
déré et  imaginé,  que  il  ne  pooient  bonnement  che  30 
faire  ne  afoiblir  leur  siège,  et  que  on  ne  pooit  aler 
deviers  le  duck  fors  tout  ensamble,  car,  se  il  i  aloient 


22  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [IS80] 

cinc  oeo8  ou  sis  œns  lances  et  il  en  trovaîssent  sus  le 
païs  mille  ou  quinse  cens  de  leurs  ennemis,  dbe  leur 
seroit  uns  trop  grans  contraires  ;  si  poroient  bien  estre 
ruet  jus,  et  li  allant  deviers  le  duck  et  li  demorant  au 
5  siège.  Pour  celle  double,  tant  c'a  celle  fois,  ne  se 
départi  nuls  de  l'oost,  mais  se  tinrent  encores  tout 
ensamble. 

§  1 80.  Quant  che  vint  à  le  vegille  dou  Noël  au  soir, 
li  Barrois  des  Barres,  messires  Âmauris  de  Gliçon,  li 

iO  sires  d'Âmboise,  li  sires  de  Collet,  li  castelains  de 
Gliçon,  Jehans  de  Gastiel  Horant,  Mwfouace  et  toutes 
les  cappitainnes  de  Nantes  issirent  par  le  porte  Saint 
Pière  en  grant  voUenté  que  de  bien  faire  le  besongne,  et 
avoient  en  leurs  routes  bien  sis  cens  hommes  d'armes  ; 

15  et  se  partirent,  quant  il  furent  hors  de  la  porte,  en 
deus  parties  :  li  une  des  pars  s'en  vinrent  parmi  la  rue, 
et  li  autre  pars  parmi  les  camps,  au  logeïs  le  signeur 
Latinier  et  dou  signeur  de  Fil  Watier;  et  faissoient  le 
gait  messires  Yon  Fil  Warin  et  messires  Guillaume 

20  [T]raiton  ;  et  de  venues  il  gaaignièrent  toutes  les  bailles 
dou  gait,  et  ruèrent  jus  et  recuUèrent  le  gait  tout  oultre 
jusques  au  logeïs  le  connestable,  le  signeur  de  Lattinier, 
et  s'arrestèrent  devant  Tostel  le  signeur  de  Yertaing  ; 
et  là  fu  li  escarmuce  et  li  grans  assaulx,  car  U  Fran- 

25  çois  avoient  jette  leur  avis  dou  prendre,  et  fu  sus  le 
point  de  estre  pris,  et  li  sires  de  Yertaing  dedens.  Là 
eurent  cil  dou  gait  moult  à  souffrir  avant  que  li  secours 
venist,  et  i  furent  messires  Yon  Fil  Warin,  li  sires  de 
Yertaing  et  messires  Guillaumes  Traiton,  bon  cheva- 

30  lier,  et  i  fissent  plusieurs  grans  appertisses  d'armes. 
A  ces  cops  s'effreèrent  cil  dou  logeïs  dou  connes- 


[1880J  UVRB  DEUXliMB,  $  181.  23 

table  et  doa  maresdial,  et  sonnèrent  les  trompettes; 
si  s'armèrent  partout  oommunaalment.  Messires  Guil- 
laume de  Windesorre  [et]  messires  Hues  de  Gavrelée 
entendirent  la  friente  et  le  son  des  trompettes  ;  si  con- 
neurent  tantos  que  li  avant  garde  avoit  à  faire  ;  si  fia-  5 
sent  sonner  leurs  trompettes  et  alumer  grant  fuisson 
de  faDos  et  desvoleper  leurs  banières.  Si  vinrent  celle 
part  où  li  grignour  escarmuce  estoit,  en  leur  oompaignie 
cent  hommes  d'armes  et  œnt  archiers.  D'autre  part, 
messires  Tbumas  Trivès,  messires  Thumas  de  Persi  et  10 
li  sires  de  Basset,  cascuns  sa  banière  devant  lui,  vin- 
rent à  Tescarmuce,  et  bien  besongnoit  à  l'avant  garde 
que  il  fiiissent  hastéement  conforté,  car  il  furent  sus 
le  point  de  perdre  tous  leurs  logels  ;  mais,  quant  cil 
baron  et  leurs  routes  furent  venu,  se  recuUèrent  li  15 
François  et  li  Breton,  et  se  remissent  tout  ensamble 
moult  sagement,  et  se  retralssent  vers  la  ville,  lan- 
diant,  traiant  et  escarmudiant.  Là  eut  fait  tamainte 
grant  apertise  d'armes,  et  s'abandonnoient  aucun  jone 
dievalier  et  escuier  dou  costé  des  François  pour  iauU  20 
monstrer  et  agradier  de  renommée  moult  avant,  et 
tant  que  messires  Tristans  de  la  Galle  i  fu  pris  par  sa 
folle  emprisse,  et  le  prist  uns  escuiers  de  Hainnau,  que 
on  dist  Thieris  de  Sonmaing. 

§  1 81 .  Enssi  se  continua  ceste  escarmuce,  et  ren-  25 
trèr^it  en  Nantes  tout  cil  ou  en  partie,  qui  issut  en 
estoient,  car  il  convient  que  en  tels  fais  d'armes  il  en 
i  ait  des  mors  et  des  navrés  et  des  pris  et  des  bleciés, 
car,  très  dont  que  on  s'arme  et  que  on  ist  à  l'escar- 
muce,  on  n'en  puet  autre  cose  attendre.  Toutesfois  il  30 
rentrèrent  ens  à  petit  de  damage,  car  il  eurent  bien 


24  CHRONIQUES  DE  J.  FROI88ART.  [1381] 

otant  de  prisonniers  que  li  Englès  avoient  des  leurs. 
Si  se  retraïssent  à  leurs  hostels,  quant  la  porte  fu 
refremée,  et  entendirent  à  mettre  à  point  les  blechiés. 
Enssi  se  retraïssent  cil  de  Toost,  et  s'en  ralla  cascuns 
5  en  son  logets,  mes  pour  ce  ne  rompirent  il  mies  leur 
gait,  anchois  gaitièrent  il  plus  fort  que  devant. 

Le  jour  dou  Noël  n'i  ot  riens  fait  ne  toutes  les  festes  ; 
si  n'atendoient  li  Englès  autre  cose  tous  les  soirs  [fors] 
à  estre  resvilliet,  et,  ce  qui  plus  leur  touchoit  et  fai- 

10  soit  d*anois,  c'estoit  ce  que  il  n'ooient  nulles  nouvelles 
dou  duck  de  Bretaigne,  et  leur  estoient  vivres  et  fou- 
rages  si  destroit  que  à  painnes  en  pooient  il  recou- 
vrer; mais  cil  de  dedens  en  avoient  assés,  qui  leur 
venoient  d'autre  part  la  rivière  de  Loire,  de  ces  bons 

15  païs  de  Poito,  de  Saintonge  et  de  la  Rocelle. 

§  182.  Quant  li  contes  de  Bouquighem  et  li  Englès 
eurent  esté  à  siège  devant  la  dtté  de  Nantes  deus  mois 
et  quatre  jours,  et  il  veirent  que  il  n'en  aroient  autre 
cose  et  que  li  dus  de  Bretaigne  ne  tenoit  nulles  de  ses 

20  convenances,  car  il  ne  venoit  ne  n'envoioit  deviers 
eulx,  si  eurent  conseil  que  il  se  deslogeroient  de  là, 
car  riens  n'i  faissoient,  et  se  trairoient  deviers  Venues, 
et  s'en  iroient  tout  ensamble  parler  au  duck,  et  vol- 
droient  à  celle  fois  savoir  son  entente.  Adont  fu  soeu 

25  et  nonchiet  parmi  l'ost  au  deslogier  ;  si  se  deslogièrent 
à  l'endemain  de  l'an  renoef,  et  chevauchièrent  en 
bataille  et  en  ordenance,  tout  enssi  que  il  avoient  fait 
parmi  le  roiaulme  de  France,  et  vinrent  à  leur  dépar- 
tement de  Nantes  che  jour  logier  à  Nord,  et  furent  là 

30  pour  eulx  rafresquir  trois  jours.  Au  quatrime  jour,  il 
se  départirent  et  vinrent  à  llaide,  et  à  l'endemain  à 


[1381]  LIVU  DRUXIÈMB,  §  i82.  25 

Tillay ,  et  à  l'autre  jour  apriès  à  Baiu  ;  et  là  demorèrent 
trois  jours  pour  le  pout  qui  estoit  rompus.  Si  eurent 
moult  de  mal  au  refaire,  pour  passer  oultre  et  leur 
carroy;  toutesfois  li  pons  fu  refais  bons  et  fors,  et 
passa  l'oost  la  rivière  de  Yollain,  et  fu  par  un  samedi,  5 
et  vint  logier  à  Lohiac,  et  là  demora  Toost  deus  jours. 
Et  l'endemain,  quant  il  se  départirent  de  Lohiac,  il 
vinrent  logier  à  Gors,  et  là  demora  l'oost  deus  jours, 
et  l'endemain  au  Maron,  et  là  demora  l'oost  deus 
[jours],  et  à  l'endemain  à  la  Trenitté.  Au  département  iO 
de  la  Trenitté,  il  passèrent  la  rivière  d'Âust  au  pont  de 
Brehaing,  et  là  demora  oultre  l'aige  sus  les  plains  li 
host  ce  jour  que  il  eurent  passet  la  rivière. 

Cil  de  la  citté  de  Venues  estoient  tout  enfourmé  par 
ceulx  dou  pals,  que  li  contes  de  Bouquighem  et  li  i5 
Englès  venoient  celle  part,  et  estoit  leur  entention  que 
de  logier  en  la  ville;  si  ne  sa  voient  comment  il  s'en 
cheviroient  dou  laissier  en  leur  citté  ou  non,  et  vinrent 
deviers  le  duch  qui  estoit  en  Hainbon  ;  mais  ce  jour 
que  il  venoient  vers  li,  il  encontrèrent  le  duch  sus  les  20 
camps,  enssi  que  à  deus  petites  lieuwes  de  Venues, 
qui  venoit  celle  part.  Quant  li  dus  de  Bretaigne  veï 
ses  bonnes  gens  de  Venues,  il  les  conjoX  et  leur 
demanda  des  nouvelles  et  où  il  alloient.  [Il  respon- 
dirent  :]   c  Monsigneur,  des  nouvelles  vous  dirons  25 
assés.  Vechi  le  conte  de  Bouquighem  et  toute  l'oost 
des  Englès,  qui  viennent  celle  part,  et  est  leur  enten- 
cion,  sicomme  nous  sommes  enfourmé,  que  de  logier 
en  vostre  ville  de  Venues.  Si  regardés  que  vous  en 
voilés  faire,  car  sans  vostre  mandement  nous  n'en  30 
ferons  noient  ;  et  ja  ont  il  refait  le  pont  à  Brehain,  que 
on  avoit  romput  sus  la  rivière  de  Âust.  >  Quant  li 


26  CHR0NIQUS8  DB  J.  FR0IS8ART.  [fd8!] 

dus  oï  ces  parolles,  il  penssa  un  petit,  et  puis  re»- 
pondi  :  c  Dieux  i  ait  part  !  Ne  vous  effiraés  ne  soussiés 
de  riens.  Les  coses  venront  à  bien  :  che  sont  gens  qui 
ne  vous  voellent  nul  mal.  Je  sui  en  aucunes  coses  tenus 
5  envers  iaulx,  et  ai  tretiés  à  eulx,  lesquels  il  fault  que 
je  porte  oultre  et  que  je  m'en  acquite.  [Si]  m*en  vois 
à  Venues,  et  demain  je  croi  bien  que  il  venront.  Je 
isterai  contre  le  conte,  mon  frère,  et  li  ferai  toute 
Tonneur  que  je  porrai,  car  voir  je  i  sui  tenus.  Dou 

10  sourplus  vous  ferés  enssi  que  je  vous  oonsillerai  :  vous 
li  offerés  et  presenterés  les  clefs  de  la  ville,  et  li  dires 
que  vous  et  la  ville  iestes  tout  rebrachiet  et  aparilliet 
de  ri  rechepvoir,  sauf  tant  que  vous  li  (erés  jurer 
que,  quinse  jours  après  ce  que  il  en  sera  requis  dou 

15  partir,  il  partira  et  vous  rendera  les  clefs  de  la  ville  ; 
c'est  tous  li  consaulx  que  je  vous  donne,  t  Li  bourgois 
de  Yennes,  qui  chevauchoient  dallés  le  duc,  respon- 
dirent  enssi  et  dissent  :  c  Monsigneur,  nous  ferons  à 
vostre  ordenance.  >  Depuis  chevauchièrent  il  tout 

20  ensamble  jusqu'à  Venues ,  et  là  se  loga  li  dus  celle 
nuit,  et  li  Englès  s*en  vinrent  logier  à  Saint  Jehan,  un 
village  séant  à  deus  petites  lieues  de  Venues. 

Ghe  soir  rechut  lettres  h  contes  de  Bouquighem 
dou  duch  qui  li  escripsoit  comme  à  son  diier  frère, 

25  et  li  mandoit  que  ils  estoit  li  bien  venus  en  la 
marce  de  Venues.  A  l'endemain,  quant  li  contes 
eut  ol  messe  et  beu  un  cop,  il  monta  à  dieval, 
et  tout  montèrent  ses  gens,  et  chevauchièrent  naoult 
ordonnéement  deviers  la  citté  de  Venues,  Tavant 

30  garde  premiers,  le  conte  de  Bouquighem  apriès  en  sa 
bataille,  et  Tarierre  garde  ensieuant  la  iMitaille  dou 
conte.  Enssi  les  encontra  li  dus  de  Bretaigne  qui  issi 


[1381]  IXVUK  DEUXIÈME,  $  182.  27 

de  Vernies  à  l'enoontre  de  eulx  bien  une  grant  Keue; 
et,  quant  ils  et  li  contes  s'encontrèrent,  il  se  fissent 
grant  honneur.  Âpriès  ces  requelloites,  qui  furent 
moult  honnerables,  et  en  chevauchant  Tun  dallés 
Tautre,  le  conte  à  destre  et  le  duch  à  senestre,  li  5 
contes  de  Bouquighem  entra  en  paroUes,  et  dist  : 
c  Sainte  Marie  !  Biaux  frère  de  Bretaigne,  que  nous 
vous  avons  tant  attendu  devant  Nantes,  là  estant  au 
siège,  enssi  que  ordenance  se  portoit  entre  moi  et  vous, 
et  [si]  n'i  estes  point  venus!  >  —  t  Par  ma  foi,  res-  10 
pondi  li  dus,  monsigneur,  je  n*en  ai  peult  autre  cose 
faire,  et  vous  di  que  j'en  ai  esté  trop  durement  cou- 
roudiiés;  mais  amender  ne  le  pooie,  car  mes  gens  de 
ce  paib,  pour  cose  que  je  aie  sceu  monstrer  ne  quels 
aliances  que  à  leurs  requestes  [je  aie]  fait  à  vous,  il  15 
ne  se  sont  volut  traire  avant  pour  aler  au  siège  avoeo- 
ques  vous  devant  Nantes  ;  et  se  tiennent  tout  pourveu 
sus  les  frontières  li  sires  de  Gliçon,  li  sires  de  Dignant, 
li  sires  de  Laval,  li  viscontes  de  Rohem  et  li  sires  de 
Rochefort,  pour  garder  les  entrées  et  issues  de  Bre-  20 
taigne,  et  tout  cil  qui  s'estoient  ahers  et  conjoint 
avoeoques  moi,  tant  des  dievaliers  comme  des  prelas 
et  des  bonnes  villes,  sont  maintenant  tout  rebelle, 
dont  je  sui  trop  grandement  courouchiés,  quant  vous 
me  trouvés,  et  par  leur  coupe,  en  bourde.  [Si]  vous  25 
dirai  monsigneur,  que  vous  ferés.  Il  est  à  présent  ou 
plain  de  Tivier,  que  il  fait  froit  et  mauvais  ostoiier  : 
vous  venrés  à  Venues,  et  là  tous  tenrés  tant  c'a  l'avril 
ou  au  mai,  et  vous  i  rafresquirés  ;  et  je  ordonnerai 
ossi  de  vos  gens,  et  passeront  le  tamps  au  mieulx  que  30 
il  poront,  et  de  toutes  ces  coses  nous  nos  revengerons 
à  Testé.  »  li  contes  respondi  :  c  Dieux  i  ait  part  !  » 


K  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

qui  bien  veï  que  il  n'en  pooit  avoir  autre  oose.  Si 
ramena  li  dus  de  Bretaigne  en  Yeunes,  et,  à  Tentrer 
dedens,  les  gens  de  la  ville  furent  aparîUiet,  qui  se 
misent  en  la  presensse  dou  conte,  et  li  dissent  moult 
5  douchement  et  à  nus  chiés  :  c  Monsigneur,  pour  la 
révérence  de  vostre  haute  signourie  et  Fonneur  de 
vous,  nous  ne  vous  mettons  nul  contredit  à  entrer  en 
nostre  ville,  mais  nous  voilons,  pour  apaissier  le  peuple, 
autrement  vous  ne  sériés  pas  bien  asegur,  que  vous 

10  nous  jurés  sus  saintes  evangilles,  que,  quinse  jours 
apriès  ce  que  vous  en  serés  requis,  vous  vos  partirés 
de  ceste  ville  et  ferés  partir  les  vostres,  et  ne  nous 
ferés  ne  consentirés  damage  ne  moleste.  »  —  c  Par 
ma  foi,  dist  li  contes  de  Bouquighem,  je  vous  le  jure 

15  enssi,  et  le  vous  tenrai.  >  En  apriès,  les  signeurs  fis- 
sent il  ossi  jurer  sus  leurs  fois  et  sus  saintes  evangilles 
de  tenir  le  sierement  que  li  contes  avoit  fait,  et  il  s'i 
acordèrent  legierement,  et  faire  leur  oonvenoit,  se  il 
ne  voloient  dormir  as  camps. 

20  Enssi  fu  li  contes  de  Bouquighem  logiés  en  la  dtté 
de  Venues,  et  ses  corps  en  Tostel  dou  dudb,  un  bien 
plaissant  castiel  qui  siet  dedans  la  ville  et  est  nommet 
La  Motte  ;  et  tout  cil  de  sa  bataille  furent  logiet  en  la 
ville  et  eus  es  fourbours.  Et  li  dus  de  Bretaigne  s'en 

25  vint  au  Suseniot,  et  là  se  tint,  mais  à  le  fois  il  venoit 
à  Venues  veoir  le  conte,  et  avoient  parlement  ensamble, 
et  puis  s'en  retournoit  [là  d']où  il  estoit  partis.  Li  sires 
de  Lattiniers,  li  sires  de  Fil  Watier,  messires  Thumas 
de  Persi,  messires  Thumas  de  Trivès  et  li  avant  garde 

30  dévoient  estre  logiet  en  le  ville  de  Hainbon;  mais 
onques  on  ne  leur  vault  ouvrir  les  portes,  et  les  con- 
vint logier  as  camps  et  ens  es  fourbours.  Messires 


[13841  l'I^^BB  DKUXIÈMK,  §  182.  29 

Robe»  Ganolles,  messires  Hues  de  Gavrelée,  li  sires 
de  Fil  Warin  et  plusieur  autre  dévoient  ossi  estre  logiet 
en  la  ville  de  Gampercorentin  ;  mais  onques  on  ne 
leur  volt  ouvrir  les  portes,  et  les  convint  logier  ens  es 
fourboors  et  as  camps.  [Messires  Guillaume  de  Win-  5 
desore  et  cbil  de  Tarière  garde  dévoient  ossi  estre 
logiet  en  la  ville  de  Gamperlé;  mais  onques  on  ne 
leur  volt  ouvrir  les  portes,  mais  furent  logiet  ens 
es  fourbours  et  as  camps]  :  si  soufirirent  et  endu- 
rèrent, le  terme  qu'il  furent  là,  moult  de  povretés  et  10 
de  malaise,  car,  ce  qui  ne  valloit  que  trois  deniers,  on 
leur  vendoit  douse,  encores  n'en  pooient  il  recouvrer. 
Si  moroient  leurs  chevaulx  de  froit  et  de  povreté,  et 
ne  savoient  où  aller  en  fourage,  et,  quant  il  i  aloient, 
c'estoit  en  grant  péril,  car  les  tierres  voisines  leur  15 
estoient  toutes  ennemies. 

Li  viscontes  de  Rohem  a  en  le  marce  de  Venues  de 
fors  castiaulx  et  grans  :  Tun  appelF  on  le  Raire,  et 
l'autre  Gommelin  Guighant.  En  ces  deus  castiaulx 
avoit  grant  gamisson  de  par  le  visconte,  qui  portoient  20 
trop  de  confaraires  as  fourageurs  englès,  et  en  ruèrent 
tamaintjuset  ocirent,  avoecques  trois  autres  garnissons 
au  signeur  de  Gliçon,  qui  sont  ossi  en  celle  frontière  : 
Ghastel  Josselin,  Montagut  et  Mont  Gontour.  Et  tout 
ce  souffrait  li  dus  de  Bretaigne,  et  dissoit  que  il  ne  25 
le  pooit  amender,  car  voirement  li  connestables  de 
France,  li  sires  de  Gliçon,  faissoit  guerre  pour  le  roi 
de  France  et  se  tenoit  sus  le  pals  à  grant  gens  d'armes, 
de  quoi  li  Englès  ne  s'ossoient  ouvrir  ne  partir  l'un  de 
l'autre  ;  et  encores,  tout  consideret  et  regardet  com-  30 
ment  il  estoient  logiet  as  camps  à  nulle  deffensse,  mer- 
veilles fu  que  il  ne  rechurent  plus  de  damages,  car  cil 


30  CHRONIQUBS  DB  J.  FROiSftÀRT.  [4S61] 

de  Yennes  soudainnement  ne  peoissent  avoir  conforté 
chiaulx  de  Hainbon,  ne  cil  de  Hainbon  [chiaulx]  de 
Gamperlé,  ne  cil  de  Gamperlé  chiaulx  de  Gamperco- 
rentin,  mais,  au  voir  dire,  li  dus  aloit  au  devant,  et 
5  les  deffendoit  et  gardoit  de  tout  son  pooir  de  estre 
en  val  ne  asaiUi,  et  bien  dissoit  en  son  requoi  et  à  son 
conseil  que  foiblement  et  povrement,  seionc  che  que 
il  leur  avoit  proumis,  fls  s'estoit  acquittés  envers  le 
conte  et  ses  gens. 

10  §  183.  En  che  tamps  estoient  à  Paris  par  deviers 
le  roi  de  France  de  par  [le  duch]  envoiiet  quatre 
hault  baron  de  Bretaigne  qui  li  pourcaçoient  sa  pais, 
c'est  assavoir  li  viscontes  de  Rohem,  messires  Charles 
de  Dignant,  messires  Guis,  sires  de  Laval  et  messires 

15  Guis  de  Rocefort  ;  et  Tavoient  cil  quatre  baron  de  Bre- 
taigne en  conseil,  le  conte  de  Bouquighem  estant  à 
siège  devant  Nantes,  enssi  que  efforciet  et  li  avoient 
remonstré  par  plusieurs  fois  moult  sagement,  en  dis- 
sant  tels  paroUes  :  c  Monsigneur,  vous  monstres  à  tout 

20  le  monde  que  vous  avés  le  corage  tout  englois  :  vous 
avés  mis  et  amenés  les  Englès  en  che  païs,  qui  vous 
toldront  vostre  hiretage  et  toldroient,  se  il  en  estoient 
au  dessus.  Quel  pourfit  ne  plaisance  prendés  vous  à 
eulx  tant  amer?  Regardés  comment  li  rois  de  Navare 

25  se  confioit  en  eulx,  et  les  mist  ens  ou  castiel  et  en  le 
ville  de  Ghierebourc  ;  onques  depuis  il  ne  s'en  vorrent 
partir  ne  ne  partiront,  mais  le  tenront  comme  leur 
bon  hiretage.  Ossi,  se  vous  les  euissiés  ja  mis  et 
semés  en  vos  villes  fremées  en  Bretaigne,  il  ne  s'en 

30  parte^ssent  jamais,  car  tous  les  jours  fuissent  il  rafres- 
qui  de  leurs  gens.  Regardés  comment  il  tiennent 


[f38t]  LIVRB  DBUXlAllB,  S  iB3.  34 

Brest  :  9  n'oot  nulle  volenté  de  [le]  voua  rendre ,  qui 
est  de  vostre  droit  demainne  et  Ûretage,  [et  n'est  pas 
dus  de  Bretaigne,  qui  n*est  sires  de  Breth.  Pensés  ad 
che  que  vous  avez  ung  des  biaux  héritages]  de  cres- 
tienneté  sans  couronne,  mais  que  vous  soii^  amés  de  s 
vos  gens.  La  duceé  de  Bretaigne  et  les  gens  dMoelli 
païs  ne  relenquiroieot  jamais  le  roi  de  France  pour 
servir  et  estre  au  roi  d'Engletière.  Se  vostre  moullier 
est  d'Engleterre,  que  de  ce?  Voilés  pour  chou  perdre 
vostre  hiretage,  qui  tant  vous  a  cousté  de  painne  et  lo 
de  traveil  à  Tavoir,  et  tousjours  demorer  en  guerre? 
Vous  ne  poés  c*un  homme,  ou  cas  que  li  païs  se  voelt 
dore  contre  vous.  Laiiez  vous  consillier.  Li  rois  de 
France,  espoir,  que  vous  n'aviés  pas  bien  à  grasoe, 
ne  ils  vous,  est  mors  :  il  i  a  à  présent  un  jone  roi  de  45 
bel  et  bon  esperit,  et  tels  haï  le  père,  qui  servira  le 
fil  :  nous  vous  ferons  vostre  pais  envers  li  et  metterons 
à  acord.  Si  demorrés  sires  et  dux  de  Bretaigne  et  en 
grant  poissance,  et  li  Englès  s'en  retourneront  belle- 
ment en  leur  paix.  »  Tels  paroUes  et  pluiseurs  [autres]  20 
toutes  coulourées  avoient  cil  baron  dessus  nommet 
par  moult  de  fois  remonstret  au  duch,  et  tant  que  il 
Tavoient  enssi  que  demi  conquis  à  faire  leur  volenté  ; 
mais  enoores  se  faindoit  il  et  dissimulloit  contre  le  roi 
de  France  et  son  conseil  et  contre  les  Englès,  tant  que  25 
il  verroit  à  quel  fin  il  en  poroit  venir.  Et  de  tous  ces 
tretiés  secrés  et  convers  que  cil  quatre  baron  de  Bre- 
taigne qui  estoient  à  Paris,  faissoient  deviers  le  roi  et 
ses  oncles,  ne  savoient  riens  li  contes  de  Bouquighem 
et  li  baron  d'Engletière  ne  ne  seurent  jusques  en  fin  30 
de  ordenaoce.  Mais,  ansçois  que  il  s'en  perchussent 
ne  que  il  ississent  hors  de  Bretaigne,  il  i  eut  un  fait 


3t  CHRONIQUES  Dl  J.  FROISSART.  [1381] 

d'armes  et  une  ahatie  devant  Veones,  preseat  le  ooate 
de  Bouquighem  et  les  signeurs  qui  là  estoient,  de 
laquelle  nous  vous  ferons  mention,  lesquels  coses  ne 
font  mies  à  oubliier  ne  à  taire. 

5  §  18&.  Avenu  estoit,  très  le  terme  et  le  jour  que 
Gauwains  MicaiUe  et  Janekins  Kator  Basent  fait  d'armes 
devant  le  conte  de  Bouquighem  et  les  signeurs,  que, 
avoec  le  dit  Gauwain  et  en  son  sauf  conduit  et  pour 
veoir  les  armes,  aucun  chevalier  et  escuier  de  France 

10  estoient  venu  à  Marceaunoi  en  la  conté  de  Blois,  et  tant 
que  messires  Renauls  de  Touars,  sires  de  Poissances, 
un  baron  de  Poito,  en  prist  paroUes  au  signeur  de 
Yertaing,  et  dist  que  volentiers  il  feroit  fait  d'armes  à 
lui  de  trois  pouls  de  lances,  de  trois  cops  d'espées  et 

15  de  trois  cops  de  baoes.  Li  sires  de  Yertaing  ne  le  volt 
mies  refuser,  mais  li  acorda,  et  les  volt  tantos  faire 
et  délivrer  le  cbevalier,  à  quel  damage  ne  pourfit  que 
ce  fust  ;  mais  li  contes  de  Bouquigbem  ne  le  volt  pas 
consentir  que  adont  il  en  fesissent  riens.  Nonpour- 

20  quant  les  paroUes  des  emprisses  d'armes  demorèrent 
en  pourpos  des  deus  cbevaliers  ;  et  tels  paroUes  sam- 
blables  eurent  là  à  ce  jour  à  Marceaunoi  uns  escuiers 
de  Savoie,  qui  s'appelloit  li  bastars  [de]  Giarins,  à 
Edouwart  de  Biaucamp,  fil  à  messire  Rogier  (mais 

25  tout  se  passèrent  adont  enssi  li  un  comme  li  autre),  et 

li  Gallois  d'Aunai  à  monsigneur  Guillaume  Clinton,  et 

messires  Lionnaubc  d'Arrainnes  à  messire  Guillaume 

Franc. 

Quant  li  contes  de  Bouquighem  et  li  Englès  furent 

30  logiet  eus  es  fourbours  de  Nantes,  sioomme  chi  dessus 
est  dit,  cil  chevalier  et  escuier  dou  costé  des  François 


[1381]  UVM  DKUXDkHB,  |  484.  3â 

estoient  dedens  Nantes.  Si  requissent  li  sires  de  Yer- 
taiog  et  li  autre  de  son  lés  et  fissent  requerre  à  cheulx 
qui  les  avoient  aparlé  d'armes,  que  devant  Nantes  il 
les  vosissent  délivrer.  Les  cappitainnes  de  Nantes 
n'eurent  mies  conseil  de  chela  faire  ne  aoorder,  et  -5 
escusèrent  leurs  gens,  et  dissent  que  il  estoient  en 
Nantes  comme  saudoiier  et  gagiet  et  ordonné  pour 
garder  la  ville.  Ces  paroUes  se  passèrent  tant  que  li 
contes  de  Bouquighem  fii  venus  et  arrestés  à  Venues, 
et  li  autre  signeur  à  Hainbon,  à  Gamperlé  et  à  Camper-  iO 
corentin,  enssi  que  vous  savés.  Quant  il  furent  là 
asserissiet,  messires  Renauls  de  Touwars,  messires  li 
Barrois  des  Barres,  messires  Lionniaulx  d'Arrainnes 
et  grant  fuisson  de  chevaliers  et  d'escuiers  s'en  vinrent 
au  Gastiau  Josselin  à  set  lieuwes  de  Venues,  où  li  cou-  15 
nestables  de  France  se  tenoit,  et  li  contes  de  le  Marce 
et  grant  fuisson  de  chevaliers  de  France,  qui  volentiers 
les  veïrent  et  bellement  les  requellièrent.  Adont  s'es- 
murent  les  parolles  devant  le  connestable  en  remons- 
trant  comment  il  avoient  emprins  tels  et  tels  à  faire  20 
fait  d'armes  as  Englès.  Li  connestables  ol  volentiers 
ces  parolles  et  dist  :  <  Envoiiés  deviers  eulx,  et  nous 
leur  donrons  sauf  conduit  de  faire  fait  d'armes,  se  il 
voellent  venir.  >  Si  envoiièreot  premièrement  li  Gal- 
lois d'Aunai  et  messires  Lionniaux  d' Arrainnes  à  ceulx  25 
où  il  s'estoient  ahati  de  faire  fait  d'armes  et  de  assir 
trois  cops  de  glaves  à  chevalx.  Quant  messires  Guil- 
laumes  Clinton  et  messires  Guillaumes  Franc  enten- 
dirent que  il  estoient  semons  et  requis  des  François  à 
faire  fait  d'armes,  si  en  furent  resjoï,  et  emprissent  30 
congiet  au  conte  de  Bouquighem  et  as  barons  d'En- 
gletière  de  là  aler,  et  i  alèrent,  et  aucun  chevalier  et 

x-3 


34  GHROmQUM  M  h  FEOISSiBT.  [1384] 

^escuier  en  leur  oompaignie,  et  joustèrent  moult  vail- 
laument  li  Englès  et  li  François,  et  fissent  fait  d^armes, 
eossi  que  ordeoaooe  se  portoit.  Là  furent  requis  de 
messire  Renault  de  [Touwars],  de  Jehan  de  Gastiel 
5  Morant  et  don  bastart  de  Glarins,  cescuns  son  cheva- 
lier et  son  escuier,  c'est  à  entendre  li  sires  de  Yertaing, 
messires  Jehans  d'Âubrecicourt  et  Edouwars  de  Biau- 
camp.  Li  troi  Eoglès  en  estoient  en  grant  volenté,  et 
voloient  sus  le  sauf  conduit  dou  connestable  aler  au 

10  Gastiau  Josselin. 

« 

§  1 85.  Quant  li  contes  de  Bouquighem  [qui  se  tenoit] 
à  Venues,  entendi  les  requestes  des  François,  si  res- 
pondi  pour  les  siens  et  dist  enssi  au  hiraut  qui  portoit 
la  paroUe  :  c  Vous  dires  au  connestable  de  France  que 

15  li  contes  de  Bouquighem  li  mande  que  il  est  bien  ossi 
poissans  de  donner  et  de  tenir  son  sauf  conduit  as 
François,  comme  il  est  de  donner  as  Englès,  et  que 
cil  qui  demandent  à  faire  fait  d'armes  à  ses  gens, 
viengnent  à  Vennes,  et  il  leur  donra,  et  qui  que  il 

20  voldront  en  leur  compaignie,  pour  l'amour  de  euls, 
venant  et  retournant,  sauf  conduit.  >  Quant  li  con- 
nestables  oï  ceste  response,  il  imagina  tantos  que  li 
contes  de  Bouquighem  avoit  droit,  et  que  il  voloit  veoir 
le  fait  d'armes,  et  che  estoit  raisons  que  otant  bien  il 

25  en  euist  à  Venues  en  sa  présence  comme  il  en  avoit 
eu  à  Gastiel  Josselin  en  le  presensse  de  la  sienne.  Si 
respondi,  quant  il  parla,  et  dist  :  c  Li  contes  de  Bon* 
quighem  paroUe  comme  vaillans  homs  et  fils  de  roi, 
et  je  voel  que  il  en  soit  à  sa  paroUe.  Or  s'escripsent 

30  tout  cil  qui  aler  i  voldront  avoec  les  faissans  d'armes, 
et  nous  envoiierons  quérir  le  sauf  conduit.  »  Tantost 


[1381]  UVRS  DSUXlàlIX,  I  186.  35 

s'escripsireot  chevalier  et  escuier  jusques  à  trente  : 
si  vint  uns  hiraus  à  Vennes  querre  le  sauf  conduit,  et 
(Ml  leur  donna  et  seela  de  par  le  conte  de  Bouquighem. 
Adont  se  départirent  de  Gastiel  Josselin  li  troi  qui  faire 
fait  d'armes  dévoient,  et  tout  li  autre  en  leur  com-  5 
paignie,  et  vinrent  à  Vennes  et  se  logièrent,  le  jour 
que  il  i  vinrent,  ens  es  fourbours,  et  leur  fissent  li 
Englès  bonne  diière.  A  Tendemain,  il  s'ordonnèrent 
pour  combatre  enssi  que  faire  dévoient,  et  vinrent  en 
une  belle  place  toute  ample  et  toute  ounie  au  dehors  iO 
de  la  ville.  Assés  tost  apriès  vinrent  li  contes  de  Bou- 
quighem, li  contes  d'Askesuffort,  li  contes  de  Douves- 
dere  et  li  baron  qui  là  estoient,  en  sa  compaignie,  et 
cil  qui  faire  dévoient  fait  d'armes  :  premièrement  li 
sires  de  Yertaing  contre  Renault  de  Touwars,  signeur  45 
de  Poussances  ;  apriès,  messires  Jehans  d' Aubrecicourt 
contre  noiessire  Tristran  de  le  Galle,  et  Edouwars  de 
Biaucamp  contre  le  bastart  de  Glarins.  Là  se  missent 
sus  le  place  li  François  tout  d'un  lés,  et  li  Englès 
d'autre  ;  et  cil  qui  dévoient  jouster  estoient  à  piet  et  20 
armet  de  toutes  pièces,  de  bacinès  à  visière  et  de 
glaves  à  bon  fiers  de  Bourdiaulx,  et  d'espées  de  Bour^ 
diaulx  tous  pourveus.  Or  s'ensieuent  li  fait  d'armes. 

§  186.  Premièrement  li  sires  de  Poussances,  de 
Poito,  et  li  sires  de  Yertaing,  de  Hainnau,  doi  baron  25 
de  haute  emprisse  et  de  grant  hardement,  s'en  vinrent 
l'un  sus  l'autre  et  tout  à  piet,  tenant  les  glaves  acérées, 
et  passèrent  le  bon  pas,  et  noient  ne  s'espargnèrent, 
mais  assissent  les  glaves  l'un  sus  l'autre  en  poussant. 
Li  sires  de  Yertaing  fu  férus  sansi  estre  blechiés  en  so 
char,  [mes  il  feri  par  tele  manière  le  sire  de  Poussances 


36  GHR0NIQU88  BB  J.  PB0I8SART.  [1381] 

que  il]  trespercha  le8  mailles  et  le  poitrine  d'achier 
et  tout  ce  qui  desouls  estoit,  et  traïst  sanc  de  8a  char  : 
che  fu  graut  mervelles  que  il  ne  le  navra  plua  parfont. 
Âpriès  recouvrèrent  il  les  autres  copa  et  fissent  toutes 
5  leurs  armes  sans  damage,  et  puis  allèrent  reposer,  et 
laissièrent  faire  les  autres  et  les  regardèrent.  Âpriès 
vinrent  messires  Jehans  d'Âubrecicourt,  de  Hainnau, 
et  messires  Tristans  de  la  Galle,  poitevin,  et  fissent 
les  armes  moult  vaillanment  sans  point  de  damage; 

10  et,  quant  il  eurent  fait,  il  passèrent  oultre.  Et  adont 
vinrent  li  autre,  Edouwars  de  Biaucamp  et  li  bastars 
de  Glarins,  de  Savoie.'^Cils  bastars  estoit  uns  escuiers 
durs  et  appers  et  trop  mieulx  fourmes  de  tous  membres 
que  li  Englès  ne  fust  :  si  vinrent  l'un  sus  Tautre  de 

15  grant  volenté,  et  assissent  les  glaves  en  leurs  poitrines 
en  poussant  et  tant  que  Edouwars  fu  boutés  jus  et 
reversés,  dont  li  Englès  forent  moult  courouchiet. 
Quant  il  fu  relevés,  il  reprist  son  glave  et  s'en  vint  sus 
Glarin,  et  Glarins  sur  lui.  Encores  de  rechief  le  bouta 

20  li  Savoiiens  jus  à  la  terre,  dont  furent  li  Englès  moult 
oourouchiet,  et  dissent  :  c  Edouwars  est  trop  foibles 
contre  cel  escuier  ;  li  diable  le  font  bien  ensonniier  de 
jouster.  »  Âdont  fu  il  pris  entre  iaulx,  et  fu  dit  que  il 
n'en  feroit  plus.  Quant  Glarins  en  vel  le  manière,  qui 

25  desiroit  à  parfaire  ses  armes,  si  dist  :  c  Sigoeur,  vous 
me  faites  tort,  et  puisque  vous  voilés  que  Edouwars 
n'en  face  plus,  si  m'en  bailliés  un  autre,  auquel  je 
puisse  parfurnir  mes  armes.  >  Li  contes  de  Bou- 
quighem  volt  savoir  que  Glarins  dissoit;  on  li  dist. 

30  Dont  respondi  li  contes,  et  dist  que  li  François  parloit 
bien  et  vaillanment.  Âdont  sailli  tantost  avant  uns 
escuiers  englès,  qui  fu  depuis  chevaliers,  qui  s'appelloit 


[1961]  LIYU  DBUXlim,  g  187.  87 

Jaoekins  Setinoelée,  et  vint  devant  le  conte  et  s^enge- 
noulla  et  li  pria  que  il  peuist  parfaire  les  armes.  Li 
contes  li  accorda.  Lors  se  mist  Jankins  en  arroi  et 
s'arma  en  la  place  de  toutes  pièces,  enssi  comme  à  lui 
appartenoit,  et  prist  son  glave,  et  li  bastars  de  Glarins  5 
la  sienne;  et  vinrent  en  poussant  Tun  sus  l'autre  moult 
asprement,  et  se  poussèrent  che  premier  cop  de  tel 
façon  que  les  deus  glaves  voilèrent  en  tronchons  par 
dessus  leurs  testes.  Adont  [recouvrèrent]  il  le  second 
cop,  et  enssi  en  avant  et  enssi  dou  tierch.  Toutes  leurs  lO 
siis  lances  furent  rompues,  dont  li  signeur  de  une  part 
et  d'autre,  qui  les  veoient,  tenoient  che  fait  à  biel. 
Adont  prisent  il  les  espées  qui  estoient  fortes,  et  en 
siis  cops  il  en  rompirent  quatre,  et  voloient  ferir  des 
haces,  mais  li  contes  de  Bouquighem  leur  osta,  et  dist  45 
que  ils  ne  les  voloit  pas  veoir  en  oultrance  et  que 
assés  en  avoient  fait.  Si  se  tralssent  arrière,  et  lors 
vinrent  li  autre,  Jehans  de  Gastiel  Morant,  françois,  et 
Janekins  [Ointon],  englois  :  si  se  apparillièrent  pour 
faire  fait  d'armes.  20 

§  187.  Ghils  Janekins  [Clinton]  estoit  escuiers  d'on- 
neur  au  conte  de  Bouquighem  et  le  plus  prochain  que  il 
euist  pour  son  corps,  mais  il  estoit  déliés  et  menus  de 
membres  :  si  desplaissoit  au  conte  de  ce  que  il  avoit 
à  faire  à  un  si  fort  et  renommé  homme  d'armes  comme  25 
Jehan  de  Gastiel  Morant  estoit.  Nonobstant  il  furent 
mis  en  l'assai,  et  vinrent  l'un  sus  l'autre  moult  aspre- 
ment  ;  mais  li  Englès  n'eut  point  de  durée  au  François, 
anchois  fu  en  poussant  jettes  à  tière  moult  durement. 
Si  dist  li  contes  :  c  II  ne  sont  pas  parel  ensamble.  >  80 
Adont  vinrent  à  Janekin  [Clinton]  aucun  chevalier  dou 


38  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1381] 

ooDte,  et  li  dissent  :  c  Janekin,  vous  n'estes  pas  tailliés 
de  porter  oultre  ces  fais  d'armes,  et  messires  de  Bou- 
quighem  est  oourouchiés  de  vostre  emprise  :  aies 
vous  reposer.  »  Adont  se  retraïst  de  une  part  li  Englès, 
5  et  quant  Jehans  de  Castiel  Morant  en  vel  le  manière, 
si  dist  as  Englès  :  c  Signeur,  se  il  vous  samble  que  li 
escuiers  vostres  soit  trop  menus  contre  moi,  si  m'en 
bailliés  un  autre  à  vostre  plaisir,  et  je  vous  em  priie, 
par  quoi  je  parfaoe  ce  que  j'ai  empris,  car  on  me  feroit 

10  tort  et  villonnie,  se  je  me  partoie  de  chi  sans  faire 
fait  d'armes.  >  Dont  respondirent  li  connestables  et  li 
mareschaulx  de  l'oost  :  c  Vous  dites  bien  et  vous 
Tarés.  >  Âdont  allèrent  il  au  tour  as  chevaliers  et  as 
escuiers  de  leur  costé,  qui  là  estoient,  et  leur  dissent  : 

15  c  Qui  s'avance  de  délivrer  Jehan  de  Castiel  Morant?  > 
  ces  paroUes  respondi  tantos  messires  Guillaumes  de 
Ferrinton,  et  dist  :  c  Dittes  li  que  il  ne  se  puet  partir 
de  chi  sans  faire  fait  d'armes  ;  il  s'en  voist  reposser  un 
petit  en  sa  caiière,  et  tantost  sera  délivrés,  car  je 

20  m'armerai  contre  li.  >  Geste  response  plaissi  grande- 
ment à  Jehan  de  Castiel  Morant,  et  s'en  ala  seoir  et 
un  petit  reposer.  Tantost  fu  armés  li  chevaliers  englès 
et  vint  en  place. 

§  188.  Or  furent  l'un  devant  l'autre  messires  Guil- 
25  laumes  de  Ferrinton  et  Jehans  de  Castiel  Morant,  pour 
faire  fait  d'armes.  Cescuns  prist  son  glave  et  apuigna 
moult  roidement,  et  dévoient  de  courses  venir  de  piet 
l'un  contre  l'autre  et  assir  les  glaves  entre  les  quatre 
menbres  :  autrement  à  prendre  li  afaires  estoit  villains. 
30  Adont  s'en  vinrent  il  de  grant  volenté,  armé  au  vrai 
de  toutes  pièces  et  le  came  dou  bacinet  abatu  et 


[188!]  UVRB  BSUXitliS,  |  189.  39 

arresté.  Jehan»  de  Gaatiel  Morant  assegna  le  chevalier 
moult  gentement  et  li  donna  grant  horion  enmi  le  poi- 
trine tant  que  mesaires  GuiUaumea  de  Ferrinton  fleca 
et,  à  ce  qu'il  fist  et  que  li  pies  li  falli  un  petit,  il  tenoit 
son  glave  roit  devant  li  à  deus  mains,  si  l'abaissa,  car  5 
amender  ne  le  peut,  et  consieuwi  Jehan  [de]  Gastiel 
Morant  bas  en  es  quisseus  et  h  percha  dou  glave  les 
pans  tout  oultre  et  les  quisieus,  [et]  li  bouta  le  fier 
dou  glave  tout  parmi  le  quisse  tant  que  il  apparoit 
oultre  d'aultre  part  bien  une  puignie.  Jehans  de  Gastiel  10 
Morant  pour  le  cop  canchela,  mais  point  ne  cheï.  Âdont 
forent  li  signeur  englès  et  chevalier  et  escuier  de  une 
part  et  d'autre  moult  durement  courouchiet,  et  hi  dit 
que  c'estoit  villainement  poussé.  Li  chevaliers  s'escusa 
et  dist  que  che  li  desplaisoit  très  grandement,  [et],  se  15 
il  cuidast,  au  oommenchement  des  armes,  avoir  ainssi 
ouvré,  il  n'euist  encores  conunenchié,  et,  que,  se  Dieux 
li  aidast,  il  ne  Tavoit  peut  amender,  car  il  glicha  dou 
piet  pour  le  grant  pous  que  Jehans  de  Gastiel  Morant 
li  avoit  donné.  Si  demora  la  cose  enssi.  Li  François  se  20 
départirent  et  prissent  congiet  au  conte  de  Bouquighem 
et  as  signeurs,  et  en  remenèrent  en  une  litière  Jehan 
de  Gastiel  Morant  jusques  au  Gastiel  Josselin,  dont  il 
estoit  parti,  liquels  fu  de  che  cop  et  de  la  navrure 
en  grant  péril  de  mort.  Enssi  se  départirent  cil  fait  î& 
d'armes,  et  se  retraïst  cascuns  en  son  lieu,  h  Englès 
à  Venues,  et  li  François  au  Gastel  Josselin. 

§  1 89.  Âpriès  ces  fais  d'armes  qui  forent  fait  en  che 
jour  que  li  contes  de  Bouquighem  sejoumoit  à  Venues, 
n'i  eut  riens  fait  cose  que  à  recorder  face,  et  se  tenoient  30 
li  Englès,  enssi  comme  jou  ai  dii  dessus  dit,  à  Vennes, 


40  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1381] 

à  HainboD»  à  Gamperlé  et  à  Gamperoorentin,  et  pas- 
soient  Tivier  au  mieux  que  il  pooient.  Si  i  eurent  li 
pluiseur  moult  de  damages,  de  dangiers  et  moult  de 
malaisses  de  vivres  pour  eulx  et  pour  leurs  chevaulx, 

5  car  li  fourageur  ne  trouvoient  riens  sus  le  païs,  et  ossi 
en  che  tamps  là  les  grangnes  sont  vuides,  li  fain  sont 
alel,  avoecques  che  que  li  François  i  avoient  rendu 
grant  painne,  affin  que  leur  ennemi  n'euissent  aisse  ;  et 
furent  li  Englès  en  che  dangier  moult  longuement,  car 

10  li  François  estoient  en  es  garnissons  sus  les  frontières 
trop  poissanment,  par  quoi  li  fourageur  englès  n'osoient 
chevauchier.  [Si]  vinrent  as  Englès  aucuns  vivres  de 
mer  des  illes  de  Cornuaille  et  de  Gernesée  et  de  Wisque, 
et  chela  les  reconforta  moult  :  autrement  eulx  et  leurs 

15  chevaulx  fuissent  tout  mort  de  famine. 

Entrues  estoient  à  Paris,  de  par  le  duch  de  Bre- 
taigne,  li  viscontes  de  Rohem,  li  sires  de  Laval,  mes- 
sires  Charles  de  Dignant  et  messires  Guis  de  Rocefort, 
qui  li  procuroient  sa  pais  envers  le  roi.  Il  les  laissoit 

20  convenir,  car  il  veoit  bien  que  il  ne  pooit  tenir  son 
convenant  as  Englès  [de]  che  que  il  leur  avoit  prou- 
mis,  se  il  ne  voloit  perdre  son  païs.  Ghe  estoit  le  inten- 
tion dou  conte  de  Bouquighem  et  de  ses  gens  que  il 
passeroient  là  Tivier  en  la  marche  de  Yennes  au  plus 

25  bel  que  il  poroient,  et  à  Testé  il  retourneroient  en 
France  et  i  feroient  guerre;  et  avoient  mandet  et 
escript  tout  leur  estât  au  roi  d'Ëngletière  et  au  duc  de 
Lancastre  :  si  estoit  li  intention  dou  duc  et  dou  conseil 
dou  roi  que  li  imaginations  dou  conte  de  Bouquighem 

30  et  de  leurs  gens  estoit  bonne,  et  leur  avoient  rescript 
que  il  fesissent  enssi  et  que  à  le  saisson  uns  passages 
des  Englès  se  feroit  de  rechief  en  Normendie,  et  pren- 


[1381]  LIVBB  DSUXIÉMS,  §  189.  41 

deroient  tière  à  Ghierebourc,  et  se  trouveroient  ces 
deos  08  en  Normendie,  pour  quoi,  quant  il  seroient 
tout  ensamble»  il  poroient  faire  un  très  grant  fait  en 
France.  Li  rois  de  France,  si  oncle  et  li  consaulx  ima- 
ginoient  bien  tous  ces  poins,  et  en  estoient  aucune-  5 
ment  avisset  et  enfourmet,  et  dissoient  bien  entre 
iauk  en  secré  conseil  que,  se  li  dus  de  Bretaigne  et 
aucunes  de  ses  villes  et  ses  gens  estoient  contraire  au 
roiaulme  de  France  avoecques  le  poissance  d'Engle- 
tière,  li  roiaulmes  de  France  aroit  pour  une  saison  à  10 
porter  trop  dur  fais.  Pour  quoi  cil  quatre  baron  de 
Bretaigne,  qui  representoient  le  duc  et  qui  concevoient 
bien  tous  ces  aflfaires,  avoient  mis  ces  doubtes  avant, 
et  especiaulment  il  s'en  estoient  descouvert  au  duc 
d'Ângo  qui  avoit  le  souverain  gouvrenement  pour  le  15 
tamps  dou  roiaulme  de  France  ;  et  li  dus  d' Ango  qui 
tendoit  à  faire  un  grant  voiage  et  de  aller  au  plus  tart 
dedens  deus  ans  en  Puille  et  en  Gallabre,  ne  voloit 
mies  que  li  roiaulmes  de  France  fust  si  ensongniés 
que  ses  voiages  en  fust  rompus  ne  retardés  :  si  s'en-  20 
clinoit  grandement  à  che  que  li  dus  de  Bretaigne  venist 
à  paix,  affin  que  il  demorast  bons  François  et  loiaulx 
et  homs  de  foi  et  d'omage  dou  roi  de  France. 

Tant  fu  parlementé  et  tretiet  par  les  quatre  barons 
dessus  nommés  que  li  dus  de  Bretaigne  vint  à  acort,  25 
et  pooit,  et  sans  fourfait,  adrechier  les  Englès  de  navire 
pour  râler  en  Ëngletière.  Encores  mist  li  dus  de  Bre- 
taigne en  ses  ordenances  que,  se  chil  de  le  garnisson 
de  Gbierebourc,  qui  estoient  en  che  voiage  venu  ser- 
vir le  conte  de  Bouquigem,  s'en  voloient  par  tière  30 
râler  en  leur  garnison,  il  aroient  bon  sauf  conduit  dou 
roi  et  dou  connestable  de  France,  pour  faire  leur 


il  GHROraQUSS  DE  J.  FROI88ART.  [138IJ 

chemin  parmi  le  roiaiilme  de  France,  voires  à  die- 
vauchier  sans  armeures,  et  aucun  chevalier  et  escuier 
d'Engletière,  se  il  se  voloient  mettre  en  leur  compai- 
gnie;  et,  les  Englès  partis  de  Bretaigne,  li  dus  de 

5  Bretaigne  devoit  venir  en  France  deviers  le  roi  et  ses 
oncles  et  recongnoistre  foi  et  homage  dou  roi,  enssi 
que  uns  dus  de  Bretaigne  doit  faire  à  son  naturel 
signeur  le  roi  de  France.  Toutes  ces  coses  forint 
escriptes  et  scellées  bien  et  souffissanment,  et  apor- 

10  tées  deviers  le  duch  de  Bretaigne,  qui  pour  le  tamps 
se  tenoit  au  Suseniot  en  la  maroe  de  Venues  :  si  s'acorda, 
mais  che  fu  à  dur,  à  che  que  ses  gens  en  avoient  fait, 
car  bien  [savoit]  que  il  ne  pooit  che  faire  sans  avoir 
grant  mautallent  as  Englès  • 

15  §  190.  Quant  li  connissance  vint  au  conte  de  Bou- 
quighem  et  as  Englès  que  li  dus  de  Bretaigne  s'estoit 
accordés  au  roi  de  France,  si  en  furent  moult  courou* 
chiet  et  se  contemptèrent  moult  mal  de  li,  et  dissent 
que  il  les  avoit  [deceus],  car  de  commendiement  il  les 

20  avoit  mandés  et  fait  venir  en  Bretaigne ,  et  onques, 
enssi  que  il  deuist  avoir  fait,  il  n[e  s*]estoit  acquîtes 
envers  eulx  :  pour  quoi  il  en  tenoient  mains  de  bien 
et  de  loiauté.  Âssés  tost  apriès,  li  dus  de  Bretaigne 
vint  à  Venues  deviers  le  conte  et  les  barons,  et  leur 

25  remonstra  couvertement  coment  ses  gens  avoient 
tretiet  et  pourcaciet  à  Paris  deviers  le  roi  et  ses  oncles 
tretiés,  lesquels  il  convenoit  que  il  fesist  et  tenist,  se 
il  ne  voloit  perdre  son  païs.  Âdont  eut  grandes  paroUes 
entre  le  conte  de  Bouquighem  et  les  barons  d'Ëngle* 

30  tière  d'une  part,  et  le  duc  de  Bretaigne  d'autre,  mais 
li  dus  s'umelioit  et  escusoit  ce  qu'il  pooit,  car  bien 


[i381]  UVRK  DBUXIÈMS,  $  190.  43 

veoit  et  sentoît  que  il  avoit  en  aucunes  manières  tort. 
Toutefois  faire  le  convenoit  que  li  Englès  partesissent 
hors  de  Bretaigne.  Âdont  fist  li  contes  de  Bouquighem 
asavoir  parmi  la  citté  de  Venues  que,  se  ses  gens 
avoient  riens  acrut,  on  se  tralsist  avant,  on  seroit  5 
paiiet,  et  rendi  as  bourgois  de  Venues  les  clés  de  la 
ville,  et  les  remercia  de  ce  que  il  avoient  fait.  On 
délivra  au  conte  et  à  ses  gens  pour  leurs  deniers 
navire  à  Venues,  à  Hainbon  et  à  Gamperlé,  là  où  il 
estoient  logiet,  et  se  parti  de  Venues  li  contes  de  Bou-  iO 
quigbem  le  onsime  jour  dou  mois  d'apvril,  et  toutes 
ses  [gens] ,  banières  desploles  en  ordenance  de  bataille. 
Et  vinrent  enssi  sus  le  havene  où  leurs  nefs  estoient; 
si  entrèrent  dedens  ordenéement  et  furent  là  ou  havene 
tout  le  jour  à  l'ancre.  Et  là  vint  li  dus  de  Bretaigne,  i5 
messires  Alains  de  la  Houssoie,  H  sires  de  Montbou* 
chier,  messires  EstièvenesGuion,  messires  Guillaumes 
de  Tannegùi,  messires  Joffirois  de  Karemiel  et  plui- 
seurs  aultres  de  son  conseil,  et  en  voilèrent  deviers  le 
conte  qui  estoit  en  sa  nef,  dire  que  li  dus  voUoit  par^  20 
1er  à  lui.  Li  contes  n'i  volt  mies  venir,  mais  i  envoiia 
le  signeur  de  Latinier  et  messire  Thumas  de  Persi. 
Ghil  doi  vinrent  parler  au  duc  de  Bretaigne,  et  furent 
ensamble  en  parlement  bien  trois  heures,  et  fu  ordonné 
des  Englès  à  leur  département  que  il  feroient  tant  25 
deviers  le  conte  que  à  Tautre  jour  ils  et  li  dus  aroient 
plus  de  parlement  ensamble,  et  revinrent  sus  cel  estât 
en  leur  nef,  et  remonstrèrent  tout  ce  au  conte  et  quel 
cose  il  avoient  trouvé  ou  duc  de  Bretaigne.  Quant  che 
vint  apriès  mienuit  et  li  flos  revint,  li  maronnier  30 
eurent  vent  à  volenté  :  si  demandèrent  au  conte  quel 
cose  il  voloit  faire.  Li  contes,  qui  ne  voloit  plus  avoir 


44  CmONIQUBS  DK  h  FROI88ART.  [4381] 

de  parlement  au  duc  de  Bretaigne»  dist  :  c  Tirés  les 
ancres  amont,  avallés  le  cable,  et  partons  nous.  »  Tan- 
tos  fu  fait  et  desancré.  Adont  se  départirent  li  Englès 
dou  havene  de  Venues,  et  singlèrent  vers  Engletière. 
5  Ossi  fissent  chîl  des  autres  havenes  et  pors  :  tout  se 
remissent  sus  lé  mer  ensambte. 

Or  parlerons  nous  d'aucuns  chevaliers  et  escuiers 
qui  retournèrent  par  tière  à  Ghierebourc,  et  recorde- 
rons quel  cose  leur  avint  sur  leur  chemin  par  tière. 

10  §  191.  Li  connestables  de  France,  qui  pour  cfae 
tamps  se  tenoit  au  Ghastiel  Josselin  à  set  lieuwes  priés 
de  Vennes,  avoit  donné  sauf  conduit  de  aller  leur  die- 
min  deboinairement  aucuns  chevaliers  englès  et  nava- 
rois  de  la  garnisson  de  Ghierebourc,  qui  avoient  eo 

15  che  voiage  servi  le  conte  de  Bouquighèm,  entre  les- 
quels messires  Yon  Fils  Warin,  messires  Guillaumes 
Clinton  et  messires  Jehans  Hurlé  estoient.  Et  se  parti- 
rent chil  de  Venues,  et  prissent  le  chemin  de  ûistiel 
Josselin,  car  c'estoit  leur  voie,  et  vinrent  là,  et  se 

20  logièrent  en  la  ville  au  dehors  dou  castiel,  et  ne  qui- 
doient  ne  voloient  fors  que  disner,  et  tantos  partir. 
Quant  il  furent  descendu  à  leur  hostel,  enssi  que  gens 
passans  qui  se  voloient  délivrer,  li  compaignon  dou 
castiel,  chevalier  et  escuier,  les  vinrent  veoir,  enssi 

25  que  gens  d'armes  s'entrevoient  volentiers,  especiaul- 
ment  François  et  Englès.  Entre  les  François  avoit  un 
escuier,  bon  homme  d'armes  et  renommé,  liquels 
estoit  à  monsigneur  Jehan  de  Bourbon,  le  conte  de 
le  Marce,  et  le  plus  prochain  que  il  euist  et  de  ses 

30  escuiers  que  il  amoit  le  mieulx,  et  s'appelloit  cils 
Jehans  Boudnel.  Chils  escuiers  avoit  dou  tamps  passé 


[1381]  tnm  DEUXIÈHK,  §  191.  45 

esté  en  gamisson  en  [Yalongne]  avoecques  messîre 
Guillaume  des  Bordes  et  les  Franchois  à  l'encontre  de 
Ghierebourc,  et  avoit  eu  de  ce  tamps  parolles  de  fait 
d'armes  par  pluiseurs  fois  à  un  escuier  englès  qui  là 
estoit,  qui  s'apelloit  Nicolas  Gliffort.  Quant  cil  che-  5 
▼alier  et  escuier  françois  furent  venu  au  bourc  bas  à 
Tostel  où  cil  Englès  estoient,  et  que  il  eurent  parlé 
ensamble  et  regardé  et  avissé  l'un  l'autre,  Jehans 
[Bottcinel]  commencha  à  parler  et  dist  à  Nicollas  Glif- 
fort :  <  Nicollas,  Nicollas,  par  pluiseurs  fois  nous  som-  10 
mes  nous  heriiet  et  devîsset  à  faire  fait  d'armes,  et 
point  ne  nous  sommes  nous  trouvé  en  place,  où  nous 
le  puissons  faire.  Or  sommes  nous  maintenant  chi 
dallés  monsigneur  le  connestable  et  les  signeurs  :  si 
les  ferons  tant  seullement,  et  je  vous  en  requier  de  i5 
trois  pous  de  lanche.  >  Nicollas  respondi  à  celle 
parolle,  et  dist  :  c  Jehan,  vous  savés  que  nous  sommes 
enssi  que  pèlerin  sus  nostre  chemin,  ou  sauf  conduit 
de  monsigneur  le  connestable,  et  que  ce  que  vous  me 
requerés  ne  se  puet  faire  maintenant,  car  je  ne  sui  20 
pas  chiés  dou  sauf  conduit,  mais  sui  desoulx  ces 
chevaliers  qui  chi  sont,  et,  se  je  voloie  demorer,  si 
ne  demoroient  il  pas,  se  il  ne  leur  venoit  bien  à 
point.  >  Respondi  li  escuiers  françois,  et  dist  :  t  Nicol- 
las, ne  vous  escusés  point  par  che  parti  :  laissiés  vos  25 
gens  partir,  se  il  voellent,  car  je  vous  ai  en  conve- 
nant, les  armes  faittes,  [que]  je  vous  ferai  remettre  en 
la  porte  de  Ghierebourc  sans  damage  et  sans  péril  ; 
anchois  vous  i  conduiroie  que  vous  n'i  fuissiés  sauve- 
ment  menés,  et  de  tout  che  je  me  fai  fors  de  monsi-  30 
gneur  le  connestable.  >  Dont  respondi  Nicollas,  et  si 
dist  :  c  Or  preodés  que  enssi  fust,  et  dou  mener  je 


46  CHR0NIQUB8  DE  J.  FR0I8SART.  [4381] 

VOUS  croi  assés  ;  mais  vous  veés  que  nous  cheyaucons 
parmi  die  païs  tous  despourveus  d'anneores,  et  n'eu 
avons  nulles  avoecques  nous,  ne,  se  je  me  volloie 
armer,  je  n'ai  de  quoi.  >  —  c  Ha  !  respondi  Jehans, 
5  NicoUas,  ne  vous  escussés  point  par  oe  parti,  car  je 
vous  dirai  que  je  vous  ferai  :  je  ai  des  armeures  assés 
en  mon  commandement  ;  je  vous  ferai  aporter  en  le 
plache  où  nous  ferons  fait  d'armes,  deus  hamas  tous 
ievols,  otels  les  uns  comme  les  autres,  et,  quant  il 

iO  seront  là  mis  et  coudiiés,  vous  les  regardorés  et  avis- 
serés,  et  lequel  que  vous  voilés,  je  vous  mech  à  coes, 
vous  eslirés  et  prenderés,  et  de  cbeli  vous  vos  arme- 
rés,  et  de  l'autre  je  m'armerai,  i  Quant  NiooUas  Glif- 
fors  se  veï  ai^és  et  pointîiés  si  avant,  si  fu  tous 

15  virgongneus  et  honteuls  pour  ceuls  d'environ  qui  escou- 
toient  les  paroUes,  et  li  sambloit  bien  que  chils  li  oSroit 
tant  de  coses,  que  il  ne  le  pooit  pour  son  honneur 
refuser,  car  encores  li  dissoit  Jehans  :  <  Prendés  tous 
les  partis  que  vous  voilés  :  je  m'i  asentirai  avant  que 

20  nous  ne  fâchons  fait  d'armes.  >  Et  tant  que  NicoUas  li 
respondi  :  €  J^en  arai  avis,  et,  anchois  que  je  me 
parte,  je  vous  en  segnefierai  aucune  cose,  et,  se  il  est 
enssi  que  che  ne  se  puist  faire  bonnement  maintenant 
et  que  mi  signeur  qui  chi  sont,  desous  qui  je  sui,  ne 

25  le  me  voellent  accorder,  moi  retourné  à  Ghierebourc, 
traies  vous  à  [Yalongne],  segnefiiés  moi  vostre  venue 
tantos,  et  incontinent  je  m'en  irai  vers  vous,  et  vous 
délivrerai.  >  —  €  Nenil,  nenil,  dist  Jehans,  n'i  querés 
nulle  eslonge  ;  je  vous  ai  offert  tant  de  honnerables 

80  offres  que  nullement  vous  ne  vous  poés  partir  à  vostre 
honneur,  se  vous  ne  faites  chi  fait  d'armes,  quant  je 
vous  en  requier.  >  Encores  fu  Nicollas  de  ces  parolles 


[1381]  UVRB  DEUXIÈMS,  g  192.  47 

plus  oourouchiés  que  devant,  car  il  li  sambloit,  et  voira 
'  estoit,  que  chils  parloit  grandement  contre  son  hon- 
neur. Â  ces  cops  se  retraïssent  li  François  ens  ou  cas- 
tiel,  et  li  Englès  se  retraïssent  à  leurs  hostels,  et  se  dis- 
nèrent.  Quant  li  compaignon  François,  chevaliers  et  5 
escuiers,  furent  retourné  ens  ou  chastiel,  vous  poés 
bien  croire  et  savoir  que  il  ne  se  teurent  pas  des  par- 
dioos  d*armes  que  Jehans  Boucinel  avoit  faites  et 
présentés  à  Nicollas  Gliffort,  et  tant  que  li  connestables 
en  ot  la  connissance.  Si  penssa  sus  un  petit,  et  lors  li  10 
priièrent  li  chevalier  et  li  escuier  qui  là  estoieot,  que 
il  vosist  rendre  painne  à  che  que  chils  fais  d'armes  se 
fesist,  et  li  connestables,  quant  il  les  oï,  respondi  : 
c  Yolœtiers.  > 

§  198.  Quant  die  vint  apriès  disner,  li  chevalier  15 
d'Engletière,  qui  là  estoient  et  qui  partir  se  voloient, 
s'en  vinrent  ou  castiel  deviers  le  connestable,  pour 
Fi  veoir  et  parler  à  lui,  car  il  leur  devoit  baillier  dou 
mains  un  dievalier  qui  les  devoit  conduire  et  mener 
tout  leur  chemin  parmi  Bretaigne  et  Normendie  jus-  20 
ques  à  Ghierebourcq.  Quant  il  furent  venu  ou  castiel,  li 
connestables  les  rechut  moult  doucement,  et  puis  leur 
dist  :  c  Je  vous  arreste  tous,  et  vous  deffens  à  non 
partir  meshui.  Demain  au  matin,  apriès  messe,  nous 
verrons  ce  fait  d'armes  de  vostre  escuier  et  dou  nostre,  25 
et  puis  vous  vos  disnerés  avoecques  moi.  Le  disner 
fait,  vous  vos  partirés,  et  vous  baillerai  bonnes  gides 
qui  vous  menront  tant  c'a  Ghierebourc.  i  II  li  accor- 
dèrent et  burent  de  son  vin,  et  puis  s'en  retournèrent 
à  leurs  hostels.  30 

Or  s'avissent  li  doi  escuier  Jehans  et  Nicollas  car  il 


48  CHB0N1QUB9  DB  J.  FR0IS8ÀRT.  [1381] 

oonvient  que  au  matin  il  facent  fait  d'armes  :  jamais 
n'eu  [seront]  déporté.  Quant  che  vint  au  matin,  tout 
doi  fiirent  ensamble  à  une  messe  et  se  confessèrent  et 
acumeniièrent  ;  et  puis  montèrent  aus  chevaulx  li 
5  signeur  de  France  de  une  part,  et  li  Englès  d'aultre» 
et  s'en  vinrent  tout  ensamble  en  une  belle  place  et 
ounie  au  dehors  dou  Gastiel  Josselin,  et  là  s'arrestè- 
rent.  Jehans  [Boucinel]  avoit  pourveu  deus  harnois 
d'armes  bons  et  soufBssans,  enssi  que  li  affaires  deman- 

10  doit  et  que  promis  à  l'escuier  englès  avoit  :  si  les  fist 
là  tout  parellement  estendre  et  mettre  sus  la  terre,  et 
puis  dist  à  Nicollas  :  <  Prendés  premiers.  »  —  c  Par 
[ma]  foi,  respondi  li  Englès,  non  ferai.  Vous  prenderés 
premiers.  >  Là  convint  que  Jehans  presist  premiers, 

15  et  s'arma  de  toutes  pièces  parmi  ce  que  on  li  aida, 
enssi  que  uns  homs  d'armes  se  doit  armer  :  ossi  fist 
Nicollas.  Quant  il  furent  tout  armé,  il  prissent  les 
lances  à  bons  fiers  de  Bourdiaux,  qui  estoient  tout  de 
une  longueur,  et  se  mist  cascuns  où  il  se  devoit 

20  mettre  pour  venir  de  courses  et  faire  fait  d'armes  ;  et 
avoient  avalés  et  clos  les  carnes  de  leurs  bacinès,  et 
puis  s'en  vinrent  pas  pour  pas  l'un  contre  l'autre. 
Quant  il  deurent  aprochier,  il  abaissièrent  les  glaves 
et  les  missent  en  point  pour  adrechier  l'un  sus  l'autre. 

25  Tout  dou  premier  cop,  Nicollas  Gliffort  consieuwi  de 
son  glave  Jehan  Boucinel  en  le  poitrine  d'achier  amont  : 
li  fiers  de  glave  coulla  oultre  à  l'autre  lés  et  ne  se  prist 
point  à  le  plate  d'achier,  mais  escippa  amont  en  coul- 
lant  tout  oultre  le  camail  qui  estoit  de  bonnes  mailles, 

30  et  li  entra  ou  col  et  li  coppa  la  vainne  orginal  et  li 
passa  tout  oultre  à  l'autre  lés,  et  rompi  li  hanste  dallés 
le  fier,  et  demora  li  fiers  et  li  tronçons  ens  ou  hateriel 


[iSSi]  UVU  DSCXIÈMB,  §  192.  49 

de  Fescaier,  qui  estoit  de  che  cop  navrés  à  mort,  che 
poés  vous  bien  croire.  Li  escuiers  englès  passa  oultre 
et  mist  sa  lance  jus,  qui  estoit  brissie,  et  s'en  revint 
viers  sa  caiière.  Li  escuiers  françois,  qui  se  sentoit 
férus  à  mort,  s'en  alla  jusques  à  sa  caiière  et  là  s'asist.  5 
li  signeur  de  son  [costé],  qui  avoient  veut  le  cop  et 
qui  li  veoient  porter  le  tronçon  ou  hateriel,  vinrent 
celle  part  :  on  li  osta  tantos  le  badnet  et  li  osta  on  le 
tronçon  et  le  fier.  Sitretos  comme  il  l'eut  hors  dou 
col,  il  tourna  d'autre  part  sans  riens  dire,  et  ceï  là  et  to 
morut,  ne  onques  li  escuiers  englès  qui  venoit  là  le 
cours  pour  li  aidiér,  car  il  savoit  paroUes  qui  faissoient 
estanchier,  n'i  peut  venir  à  tamps  que  il  ne  le  trou- 
vast  mort.  Lors  n'eut  en  NicoUas  Gliffort  que  courou- 
diier,  quant  il  vel  que  par  telle  mesavenue  il  avoit  15 
mort  un  vaillant  homme  et  bon  honmie  d'armes.  Qui 
veist  là  le  conte  de  la  Marce,  qui  amoit  l'escuier  mort 
sus  toutes  riens,  courouchier  et  dementer  et  règreter, 
il  en  peuist  et  deuist  avoir  grant  pité.  Li  connestables 
de  France,  qui  estoit  là  présentement,  le  reconfortoit  20 
et  dissoit  :  c  En  tels  ahaties  ne  doit  on  atendre  autre 
cose.  Il  est  mesavenu  à  vostre  escuier,  mais  li  Englès 
ne  le  peut  amender.  »  Adont  dist  il  as  chevaliers  d'En- 
gleUère  :  c  Âlons,  alons  disner;  il  est  heure.  >  Li 
connestables,  enssi  que  maugré  eulx,  les  enmena  ou  25 
castiel  pour  disner  avoecques  li,  car  il  n'i  voloient 
aller,  tant  estoient  il  courouchiet  de  la  mort  de  celli. 
Li  contes  de  la  Marce  ploroit  moult  tenrement  et  regre- 
toit  son  escuier.  NicoUas  Gliffort  s'en  vint  à  son  hostel 
et  ne  voloit  nullement  aler  ou  castiel  disner,  tant  30 
pour  le  grant  courons  que  il  avoit  pour  le  mort  de 
celli  que  pour  les  amis  et  prolmes  de  l'escuier,  mais  li 

X  — 4 


50  CHRONIQUIS  DB  J.  FR0IS8ART.  [1881] 

oonnestables  reovoiia  querre,  et  le  convint  venir  on 
quastel  ;  et,  quant  il  fu  devant  li,  il  li  dist  :  €  Certes, 
Nioollas,  je  croi  assés,  et  bien  le  voi,  que  vous  estes 
courouchiés  de  la  mort  Jdiian  BouchineU  mais  je  vous 
5  en  escuse.  Vous  ne  Tavés  peut  amender,  et,  se  Dieux 
me  vaille,  se  je  euisse  esté  ou  parti  où  vous  estiés, 
vous  n'en  avés  fait  oosse  que  je  n'euisse  fait,  car  mieulx 
vault  grever  son  ennemi  que  ce  que  on  soit  grevé  de 
li.  Telles  sont  les  parechons  d'armes.  »  Âdont  s'asist 

fO  on  à  table  :  si  disnèrent  li  signeur  tout  par  loissir. 
Âpriès  disner  et  le  vin  pris,  li  connestables  appella 
monsigneur  le  Barrois  des  Bares,  et  li  dist  :  c  Barrois, 
ordonnés  vous.  Je  voel  que  vous  conduissiés  ces  Englès 
jusques  à  Ghierebourc,  et  faites  partout  ouvrir  villes 

15  et  chastiaulx  et  eulx  amenistrer  che  qui  leur  besongne.  » 
Li  Barrois  respondi  et  dist  :  €  Monsigneur,  volen- 
tiers.  1  Adont  prissent  li  Englès  congiet  au  connestable 
de  France  et  as  chevaliers  qui  là  estoient.  Si  vinrent  à 
leurs  hostels  :  tout  estoit  tourset  et  apparilUet  ;  si 

20  montèrent  et  partirent  de  Gastiel  Josselin,  et  chevau- 
chièrent  devant  eulx  pour  aler  à  Pont  Ourson  et  au 
Mont  Saint  Miciel.  £t  estoient  ou  convoi  et  en  le  garde 
de  che  gentil  chevalier  le  Barrois  des  Barres,  qui 
onques  ne  les  laissa,  ne  en  Bretaigne,  ne  en  Normen- 

25  die,  si  lurent  rentré  en  Ghierebourc.  Ënssi  se  départi 
li  armée  dou  conte  de  Bouquighem  par  mer  et  par 
terre. 

Or  revenrons  nous  as  besongnes  de  Flandres  et 
conterons  quels  coses  estoient  avenues  en  Flandres  en 

30  la  saisson  ipie  li  contes  de  Bouquighem  fist  son  voiage 
parmi  France,  et  comment  cil  de  Gaind  se  maintinrent, 
et  ossi  d[ou  c]onte  Loels  de  Flandres,  leur  sîgneuri 


[iSSaj  LIVBB  DEUXIÈMB,  g  193,  51 

comment  il  persévéra  sur  iaulx  et  leur  fist  guerre 
moult  forte  durement. 

§  193.  Bien  est  vérités  que  li  contes  de  Flandres  à 
cbe  oommendiement  n'amiroit  et  ne  doubtoit  les  Gan- 
tois que  trop  petit,  et  les  pensoit  bien  tous  à  sous-  5 
mettre  par  sens  et  par  armes  petit  à  petit,  puis  que 
Jehans  Lions  et  Jehans  Prouniaub:  estoient  mort  ;  mais 
li  Gantois  avoient  encores  des  grans  cappitainnes 
ens  esquels  il  avoient  grant  fiance  et  par  les- 
queb  il  ouvroient  don  tout.  Et  estoit  Rasses  de  Har-  10 
selle  cappitains  de  ceulx  de  le  casteilerie  de  Gaind, 
et  Jehans  de  Launoit,  cappitaine  de  la  casteilerie 
de  Gourtrai;  encores  i  estoient  cappitainne  Jehans 
Boulle,  Piètres  dou  Bois,  Ernouls  Glercq  et  Piètres  le 
Wittre.  15 

En  che  tamps  s'esmut  uns  contens  et  uns  mautal- 
lens  entre  les  gros  et  les  menus  de  Bruges,  car  li 
menut  mestier  voloient  faire  à  leur  entente,  et  li  gros 
ne  le  peurent  souffrir  :  si  révélèrent,  et  en  i  ot  de 
foulons  et  de  tisserans  mors  une  quantité,  et  li  démo-  20 
rant  s'apaissièrent.  Âdont  mandèrent  chil  de  Bruges 
le  OMite  qui  estoit  à  Lille,  que  pour  Dieu  il  venist  vers 
eulx,  car  il  le  tenoient  à  signeur,  et  estoient  mestre 
des  petis.  Li  contes  de  Flandres  entendi  volentiers  ces 
nouvelles  et  se  départi  de  Lille,  messire  Guillaume  de  25 
Namur  en  sa  compaignie  et  grant  fuisson  de  cheva- 
liers et  d'escuiers  de  Flandres,  et  s'en  vint  à  Bruges, 
où  il  fu  receus  à  grant  joie  parmi  le  bon  conseil  que  il 
eut  adont;  et  furent  pris  à  Bruges  à  la  venue  dou 
conte  tout  cil  principaulment  qui  avoient  les  (cuers  30 
gantois  [et]  qui  en  estoient  souppechonné  de  l'avoir, 


52  GHR0NIQUI8  DE  J.  FR0I8SART.  [1380] 

et  en  furent  mis  en  le  Pière  en  prison  plus  de  cinc 
cens,  lesquels  petit  à  petit  on  decoUoit. 

Quant  cil  dou  Franc  de  Bruges  entendirent  que  li 
contes  estoit  paisiulement  à  Bruges,  si  se  doubtèrent 
5  et  se  missent  tantos  en  le  merci  dou  conte,  liquels  les 
prist  et  en  eut  grant  joie,  car  ses  pooirs  encroissoit 
tous  les  jours,  et  ossi  chil  dou  Franc  ont  esté  tondis 
plus  de  la  partie  dou  conte  que  tous  li  demorans  de 
Flandres. 

10  Quant  li  contes  se  veï  au  dessus  de  ceuls  de  Bruges 
et  dou  [Franc],  et  que  il  avoit  desouls  li  chevaliers  et 
escuiers  dou  païs  de  Hainnau  et  d'Artois,  si  se  avissa 
que  petit  à  petit  il  reconquer[r]oit  son  païs  et  pugni- 
roit  les  rebelles.  Et  premièrement  il  ordonna  et  dist 

15  que  il  voloit  aler  veoir  cheulx  de  Ippre,  car  il  les  haioit 
trop  grandement  de  che  que  il  ouvrirent  les  portes  si 
legierement  as  Gantois,  et  dist  bien  que  cil  qui  che 
tretiet  avoient  fait  que  de  mettre  ens  ses  ennemis  et 
de  occire  ses  chevaliers,  le  compa[r]roient  crueusse- 

20  ment,  mais  que  il  en  peuîst  estre  au  dessus.  Âdont 
fist  il  un  mandement  parmi  le  Franc  de  Bruges  que 
tout  fuissent  apparilliet,  car  il  voloit  aler  devant  Ippre. 
Ces  nouvelles  vinrent  à  Ippre  que  li  contes,  leurs 
sires,  s'ordonnoit  pour  euls  venir  veoir  et  asaillir  :  si 

25  eurent  conseil  de  segnefiier  ces  nouvelles  à  ceuls  de 
Gaind,  adfin  que  il  leur  envoiaissenl  gens  et  confort, 
car  il  n'estoient  mies  fort  assés  de  euls  tenir  sans  Taide 
des  Gantois,  qui  leur  avoient  juret  et  proumis  secours 
toutesfois  que  il  leur  besongneroit.  Si  envoièrent  quoi- 

30  teusement  lettres  et  mesages  à  Gaind  as  cappitainnes, 
et  leur  segnefiièrent  Testât  dou  conte,  comment  il  les 
manechoit  de  les  venir  assegier  et  assaillir.  Ghil  de 


[1380]  UVRK  DXUXlftlIB,  §  494.  53 

Gaind  r^rdèrent  que  il  estoient  tenu  par  foi  et  par 
proumesse  de  iaulx  conforter  :  si  avisaèrent  première- 
ment deus  cappitainnes,  Jehan  Boulle  et  Emoul  Clerc, 
et  leur  dissent  :  c  Vous  prenderés  trois  mille  hommes 
des  nostres  et  en  irés  hastéement  à  Ippre  et  reconfoi^  5 
terés  cheulx  de  Ippre  enssi  que  nos  bons  amis.  >  Tan- 
tes à  ceste  ordennance  se  départirent  de  Gaind  tous 
dl  qui  ordonné  i  furent  ;  li  troi  mille  s'en  vinrent  à 
Ippre,  dont  cil  de  la  ville  eurent  grant  joie.  Li  contes 
de  Flandres  issi  de  Bruges  à  tout  grans  gens,  et  s'en  10 
vint  à  Tourout  et  à  Tendemain  à  Popringhe,  et  là 
séjourna  ti*ois  jours  tant  que  toutes  ses  gens  furent 
venu,  et  estoient  bien  vint  mille  hommes. 

§  194.  Ghil  de  Gaind,  qui  savoient  bien  tous  ces 
convanans  et  comment  li  contes  voloit  poissanment  15 
aler  devant  la  ville  de  Ippre,  regardèrent  que  il  asam- 
bleroient  leur  poissance  et  s'en  iroient  par  Gourtrai 
vers  Ippre,  et  feroient  vuidier  dieulx  de  Ippre,  et 
combateroient  le  conte  et  ses  gens,  et,  se  il  les  pooient 
une  boine  fois  ruer  jus,  jamais  ne  se  relleveroit.  20 
Âdont  se  départirent  de  Gaind  toutes  les  cappitaines, 
Rasses  de  Harselle,  Piètres  dou  Bois,  Piètres  le  Wittre, 
Jehans  de  Launoit  et  pluiseurs  autres  qui  estoient  cen- 
tenier  et  chiequantenier,  par  perroces,  et  se  trouvèrent 
as  camps  plus  de  noef  mille,  et  cheminèrent  tant  que  25 
il  vinrent  à  Gourtrai  où  furent  recheu  à  joie,  car 
Jehans  de  Launoit  en  ëstoit  cappitains.  Li  contes  de 
Flandres,  qui  se  tenoit  à  Popringhe  et  là  environ, 
entendi  que  chil  de  Gaind  venoient  vers  Ippre  et  que 
ja  estoient  il  à  Gourtrai  :  si  eut  sur  che  avis  et  tint  30 
toutes  ses  gens  ensamble.  Ghil  de  Gaind,  qui  estoient 


54  CHRONIQUES  DB  J.  FROlkSÂRT.  [iS80] 

venu  à  Gourtrai,  s'en  partirent,  et  s'en  vinrent  à 
Roullers,  et  là  s'arestèrent  et  envoiièrent  dire  à  cheulx 
de  Ippre  que  il  estoient  là  venu,  et  que  se  il  voloient 
issir  hors  à  tous  ceuls  que  il  leur  avoient  envoiiés, 
5  il  se  trouveroient  gens  assés  pour  aler  combatre  le 
conte.  De  ces  nouvelles  furent  cil  de  Ippre  tout  resjoî 
et  en  grant  vollenté  de  che  faire,  enssi  que  il  le 
monstjrèrent,  et  se  partirent  tantos  au  matin  plus  de 
huit  mille,  et  les  conduissoient  Jehans  BouUe  et  Emouls 

10  Clerc. 

Li  contes  de  Flandres  et  ses  pooirs  qui  se  tenoit  en 
celle  marce,  ne  sai  comment  che  fîi  ne  par  quelle  inci- 
densse,  seut  que  cil  de  Ippre  estoient  issu  de  le  ville, 
pour  euls  venir  bouter  avoec  ceulx  de  Gaind  qui 

45  estoient  à  RouUers.  Si  ordonna  sus  un  passage,  dont 
il  estoit  tous  certains  par  où  chil  de  Ippre  passeroient 
et  non  par  ailleurs,  deus  grandes  et  grosses  enbusques 
de  son  fil  le  Haze,  le  bastart  de  Flandres,  dou  signeur 
d'Enghien  et  des  chevaliers  et  escuiers  de  Flandres  et 
20  de  Hainnau  avoecques  ceuls  de  Bruges  et  ceuls  dou 
Franc,  et  avoit  en  cascune  enbusque  bien  dis  mille 
hommes.  Quant  cil  de  Ippre  et  li  Gantois,  qui  premiers 
i  avoient  esté  envoiiet  avoecques  Jehan  Boulle  et 
Ernoul  Clerc,  furent  sus  les  camps  et  il  eurent  cheminé 

25  environ  une  lieuwe,  il  trouvèrent  deus  chemins  :  li 
uns  aloit  vers  RouUers,  et  li  autres  vers  Tourout. 
Si  s'arestèrent  et  dissent  :  c  Lequel  chemin  tenrons 
nous?  >  Dist  Ernouls  Clerc  :  c  Je  conseille  que  nous 
alons  vers  nos  gens  qui  sont  à  RouUers.  >  —  c  Par  ma 

30  foi,  dist  Jehans  Boulle,  je  les  tenroie  mieuhc  logiés  sus 
le  Mont  d'Or  que  autre  part,  car  soiiés  tous  certains, 
je  congnois  bien  de  tant  Piètre  dou  Bois  et  Basse  de 


[1380]  UVRK  DBUXIÈia,  §  194.  55 

Harselle,  puisque  il  nous  ont  mandés  que  il  voellent  le 
conte  oombatre,  que  il  aproceront  dou  plus  priés  que 
il  poront  :  si  conseille  que  nous  alons  ce  chemin.  > 
Emouls  Glers  le  debatoit,  mais  Jehans  Boulle  le  voloit, 
et  les  fist  tous  tourner  che  cbemin.  5 

Quant  il  eurent  allet  environ  deus  lieues  et  que  il 
estoient  enssi  que  tous  las  de  cheminer  à  piet,  il  s'en- 
batirent  en  milieu  de  ces  deus  enbusques.  Quant  il  se 
trouvèrent  là,  si  crièrent  tout  :  c  Nous  sommes  trahi  !  » 
Onques  gens  ne  se  missent  à  si  petite  defifense  que  il  iO 
fissent  adont,  mais  se  boutoient  à  sauveté  à  leur  pooir, 
et  retoumoient  li  aucun  en  Ippre,  et  li  autre  pren- 
doient  les  camps  et  s'eniuioient,  qui  mieux  mieux, 
sans  arroi  et  sans  ordenance.  Les  gens  dou  conte  qui 
en  avoient  grant  fuisson  enclos,  les  odoient  à  volenté  45 
sans  nullui  prendre  à  merci.  ToutesFois  Jehans  Boulle 
et  Ernouls  Glers  se  sauvèrent.  Li  fiiiant  qui  fuioient 
vers  Ck)urtrai,  trouvèrent  leurs  gens  qui  estoient  parti 
de  Roullers  et  s'en  venoient  leur  chemin  vers  Rose- 
bèque.  Quant  Piètres  dou  Bos  et  li  autre  veïrent  les  20 
filiaux,  il  leur  demandèrent  que  il  leur  estoit  avenu  : 
il  respmidirent  que  il  fuioient  comme  gens  trahis  fau- 
sèment  et  desconfis  dou  conte  de  Flandres  et  de  ceulx 
de  Bruges,  c  Et  quel  quantité  de  gens  sont  cil, 
demanda  Piètres  dou  Bois,  qui  ont  fait  ceste  descon-  25 
fiture  ?  >  Il  respondirent  que  il  ne  savoient  et  que  il 
n'avoient  mies  eu  bon  losir  dou  conter,  mais  tout  li 
camp  en  estoient  couvert.  Là  eut  Piètres  dou  Bois 
phiiseurs  imaginations  dou  traire  avant  pour  retourner 
les  fuians  et  combatre  leurs  ennemis  qui  les  cachoient,  30 
ou  de  retraire  vers  Gourtrai  :  tout  consideret,  consil- 
liet  fu  que  dou  retraire  pour  œlle  fois  ce  estoit  li  plus 


56  GHRONIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [1380] 

pourfitables.  Si  se  retralssent  tout  en  bataiUe  rengie 
sans  iaulx  desrouter,  et  s'en  retournèrent  ce  jour  à 
Ck)urtraî,  et  là  se  retraioient  li  fuiant.  Si  se  logièrent 
cil  de  Gaind  en  Gourtrai,  et  missent  garde  as  portes, 

5  par  quoi  il  ne  fuissent  souspris.  Comptés  leurs  gens  et 
avisés,  quant  Jebans  Boulle  et  Ernouls  Glers  forent 
retournet,  il  congneurent  que  de  la  ville  de  Gaind,  de 
ceulx  que  il  avoient  envoiiet  à  Ippre,  estoient  bien 
mort  douse  cens,  et  si  en  i  ot  bien  de  ceulx  de  Ippre 

10  otant  ou  plus  ocis,  et,  se  les  enbusques  dou  conte 
euissent  cachiet  en  alant  vers  Ippre  et  en  allant  vers 
Gourtrai,  petit  en  fuissent  demoret  que  tout  n'euissent 
esté  rataint,  mais  ce  que  point  ne  cachièrent  ne  n'en- 
tendirent à  tuer  fors  ceulx  qui  obéirent  en  leur 

15  enbusque,  en  sauva  trop  grant  plenté.  Si  furent  dl  de 
Ippre  moult  esbabi,  quant  il  veïrent  leurs  gens  retour- 
ner desconfît  le  propre  jour  que  il  estoient  issut, 
et  demandoient  conunent  cbe  avoit  esté.  Il  dissoient 
apriès  Tun  l'autre  que  Jebans  Boulle  les  avoit  trahis 
20   e[t]  menet  mourir  maisement. 

§  1 95.  Vous  avés  pluiseurs  fois  oï  recorder  que  c'est 
dure  cose  de  commun  rapaisier,  quant  il  est  esmeus  ; 
je  le  di  pour  ceulx  de  Gaind.  Quant  il  furent  cbe  jour 
retrait  à  Gourtrai,  li  desconfit  seurent  que  Jebans  Boulle 

25  estoit  en  la  ville  ;  si  se  missent  plus  de  mille  ensamble, 
et  dissent  :  c  Âlons  au  faulx  et  très  mauvais  trabiteur 
Jeban  Boulle,  qui  nous  a  trabi,  car  par  lui,  et  non 
par  autrui,  fumes  nous  mené  ou  cbemin  dont  nous 
entrasmes  en   l'enbusque.    Se   nous  cuissons   creu 

30  Ërnoul  Glerc,  nous  n'euissons  eu  garde,  car  il  nous 
voUoit  mener  droit  sus  nos  gens,  et  Jebans  Boulle, 


[idSO]  LIVRE  DKUXIÈIIB,  $  !96.  57 

qui  nous  avoit  vendus  et  trahis,  nous  mena  là  où  nous 
avons  esté  desoonfit.  »  Or  regardés  comment  il  Tacu- 
soient  de  traïson;  je  ne  quide  mies  que  il  i  euist 
cause,  car,  se  il  fust  enssi  que  il  dissoient  et  que  il  les 
euist  vendus  ne  trahis  au  conte,  il  ne  fust  jamais  5 
retournés  viers  euls  et  fîist  demorés  avoecques  le 
conte  et  ses  gens  :  toutesfois,  ce  ne  le  peut  escusser, 
puisque  il  estoit  aquelliés,  que  il  ne  fust  mors;  je  vous 
dirai  comment.  Li  Gantois  Talèrent  querre  et  prendre 
en  son  hostel,  et  ramenèrent  sus  le  rue,  et  là  fu  10 
depedés  pièce  à  pièce  :  cascuns  enportoit  une  pièce. 
Enssi  fina  Jehans  Boulle.  À  Tendemain  li  Gantois  se 
départirent  de  Gourtrai  et  s'en  retournèrent  en  Gaind 
et  envoiièrent  Jehan  de  Launoit  ou  castiel  de  Gavres, 
qui  est  castiaulx  dou  conte,  séant  sus  la  rivière  d'Es-  i5 
caut,  et  le  prist  Jehans  en  garde  et  en  gamisson. 

§  1 96.  Or  parlerons  dou  conte  de  Flandres  et  de  ses 
gens.  Quant  il  eurent  enssi  par  leur  enbusque  rués 
jus  les  Gantois  et  bien  mors  trois  [mille]  ou  environ, 
que  de  ceulx  de  Gaind,  que  de  ceulx  de  Ippre,  li  contes  20 
eut  conseil  que  il  se  trairoit  devant  la  ville  de  Ippre  et 
[i]  meteroit  le  siège.  Sicom  il  fu  consilliet,  il  fu  fait, 
et  se  traïst  li  contes  celle  part  à  toutes  ses  gens  et  à 
belle  compaignie  de  chevaliers  et  d'escuiers  de  Flan-  . 
dres,  de  Hainnau  et  d'Artois,  qui  l'estoient  venu  ser-  25 
vir.  Quant  cil  de  Ippre  entendirent  que  li  contes,  leurs 
sires,  venoient  là  si  effordement,  si  furent  tout  effiraé, 
et  eurent  conseil  li  rice  homme  de  la  ville  et  li  notable 
que  il  ouveroient  leurs  portes  et  s'en  iraient  devers  le 
conte  et  se  meteroient  dou  tout  en  se  ordenance  et  SO 
obéissance  et  li  crieroient  merchi,  car  bien  savoit  que 


58  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [1380] 

de  die  que  il  avœeDt  esté  gantois,  che  avoit  esté  par 
force  et  par  le  commuo,  foulons  et  tisserans  et  tds 
mesceans  gens  de  la  ville  de  Ippre;  il  le  sentoient 
bien  si  notable  et  si  merciable  que  il  les  prenderoit  à 

5  merci.  Sicom  il  ordonnèrent,  il  le  fissent,  et  s'en 
vinrent  plus  de  trois  cens,  tout  de  une  compaignie, 
au  dehors  de  la  ville  de  Ippre,  et  avoient  les  clés  des 
portes  avoecques  eulx,  et,  quant  li  contes  de  Flandres 
fu  venus,  il  se  jettèrent  tout  en  genoulx  devant  li  et 

iO  H  criièrent  merchi,  et  se  missent  dou  tout  euk  person- 
nellement et  toute  la  ville  en  sa  vollenté.  Li  contes  en 
eut  pité  et  les  fit  lever  et  les  prist  à  merchi  :  si  entra, 
et  toute  sa  poissance,  en  le  ville  de  Ippre,  et  i  séjourna 
environ  trois  sepmainnes  et  renvoia  ceulx  dou  Franc 

15  et  ceulx  de  Bruges.  En  che  séjour  que  li  contes  fist  à 
Ippre,  il  en  fist  décoller  plus  de  set  cens,  foulons  et 
tisserans,  et  telles  manières  de  gens  qui  avoient  mis 
premièrement  Jehan  Lion  et  les  Gantois  en  la  ville  et 
odiis  ses  vaillans  honomes  que  il  avoit  là  establis  et 

20  envoies,  pour  laquel  cose  il  estoit  moult  irés  pour  ses 

dievaliers*  Et,  à  le  fin  que  il  ne  fuissent  plus  rd)eUe 

envers  li,  il  en  envois  trois  cens  des  plus  notables  tenir 

'  prison  à  Bruges,  et,  quant  il  eut  tout  die  fait,  il  s'en 

retourna  à  Bruges  à  belle  compaignie  de  gens  d'armes, 

25  mais  il  prist  le  chemin  de  Gourtrai  et  dist  que  il  voloit 
ceuls  de  Gourtrai  mettre  en  se  obéissance. 

§  197.  Quant  dl  de  Gourtrai  entendirent  que  li 
contes,  leurs  sires,  venoit  effbrdement  sus  eulx  et 
que  dl  de  Ippre  s'estoient  mis  en  se  obéissance,  il  se 
30  doubtèrent  grandement,  car  il  ne  veoient  point  de  con- 
fort apparant  en  chiaulx  de  Gaind  :  si  se  avissèrent 


ffSM]  LIYBI  DBtJXIÉllB,  §  197.  59 

que  il  se  renderoient  legierement  à  leur  si^eur,  et 
trop  mieulx  leur  valloit  à  estre  dallés  le  conte,  quant 
3  li  dévoient  foi  et  loiaulté,  que  dallés  les  Gantois. 
Adont  s'ordonnèrent  il  trois  cens  de  la^  ville,  tous  des 
plus  notables,  et  se  missent  tout  à  piet  sus  les  camps  5 
contre  le  venue  dou  conte,  les  clés  de  la  ville  avoec- 
ques  eulx.  Quant  li  contes  deubt  passer,  il  se  jettèrent 
tous  en  genous  et  li  prièrent  merchi.  li  contes  en  ot 
pité,  si  les  rechut  à  merchi,  et  entra  en  la  ville  moult 
joieusement,  et  tout  et  toutes  li  fissent  honneur  et  rêve-  iO 
rensse.  Si  prist  des  bourgois  de  Gourtrai  environ  deus 
cens  des  plus  notables,  et  les  envoiia  à  Lille  et  à  Douai 
en  ostagerie,  afiîn  que  cil  de  Gourtrai  ne  se  revellais- 
sent  plus.  Quant  il  ot  esté  à  Gourtrai  sis  jours,  il  s'en 
ala  à  Donse  et  de  là  à  Bruges,  et  s*i  rafresqui  environ  15 
quinse  jours.  Et  adont  fist  il  un  grant  mandement  par- 
tout pour  venir  assegier  la  ville  de  Gaind,  car  toute 
Flanckes  pour  che  tamps  estoit  apparillie  à  son  com- 
mandement. Si  se  parti  li  contes  de  Flandres  de  Bruges 
moult  estofféement,  et  s'en  vint  mettre  le  siège  devant  M 
Gaind,  et  se  loga  en  un  lieu  que  on  dist  à  la  Biete. 
Là  vint  messires  Robers  de  Namur  servir  le  conte  à 
une  quantité  de  gens  d'armes,  enssi  que  il  estoit 
escrips  et  mandés,  mais  messires  Guillaumes  de  Namur 
n'i  estoit  adont  point,  ains  estoit  en  France  deviers  25 
le  roi  et  le  duc  de  Bourgongne.  Ghe  fu  environ  le  Saint 
Jehan  Decollase  que  li  sièges  fu  mis  à  Gaind,  et  estoit 
marescaulx  de  toute  l'ost  de  Flandres  li  sires  d'Enghien 
qui  s'appelloit  Gantiers,  qui  pour  che  tamps  estoit 
Jones,  hardis  et  entreprendans,  et  ne  resongnoit  painne  30 
[ne]  péril  qui  li  peuist  avenir.  Quoique  li  contes  de 
Flandres  fust  logiés  devant  Gaind  à  grant  poissance, 


60  CHROIfIQUBB  DS  J.  FB0IS8ART.  [1380] 

[si]  ne  pooit  il  si  oonstraindre  oeuls  de  la  ville  que  il 
n'euwissent  trois  ou  quatre  portes  ouvertes,  par  quoi 
tous  vivres  sans  dangier  leur  veuoient  ;  et  ossi  diil  de 
Braibant,  et  par  especial  cil  de  BrousseUes,  leur  estoient 
5  moult  favourable.  Ossi  estoient  li  Liegois  et  leur  mao- 
doient  chil  dou  Liège  pour  eulx  réconforter  en  leur 
oppinion  :  c  Bonnes  gens  de  Gaind,  nous  savons  bien 
que  pour  le  présent  vous  avés  moult  à  faire  et  estes 
fort  travilliet  de  vostre  signeur  le  conte  et  des  gentils 

10  hommes  et  dou  demorant  dou  pals,  dont  nous  sommes 
moult  courouchié  ;  et  sachiés  que,  se  nous  estions  à 
quatre  ou  à  sis  lieuwes  près  marchissans  à  vous,  nous 
vous  fixons  tel  confort  que  on  doit  faire  à  ses  bons 
frères,  amis  et  voisins,  mais  vous  nous  estes  trop 

15  loing,  et  si  est  Braibans  li  pals  entre  vous  et  nous  : 
pour  quoi  il  faut  que  nous  nos  souffirons,  et  pour  ce, 
se  vous  estes  maintenant  assegié,  ne  vous  desoonfortés 
pas,  car  Dieux  scet  et  toutes  bonnes  villes  que  vous 
avés  droit  en  ceste  guerre.  Si  en  vauldront  vos  beson- 

20  gnes  mieux.  »  Enssi  mandoient  li  Liegois  à  cbiaulx 
de  Gaind,  pour  eulx  donner  bon  confort. 

§  198.  Li  contes  de  Flandres  avoit  asegié  la  ville 
de  Gaind  au  lés  deviers  Bruges  et  deviers  Gourtrai, 
car  par  devers  Brouselle  ne  vers  les  Quatre  Mestiers 

25  ne  pooit  il  venir  ne  mettre  le  siège  pour  les  grans 
rivières  qui  i  sont,  le  Lis  et  TEscaut;  et  vous  di,  tout 
considéré,  Gaind  est  li  une  des  plus  fortes  villes  dou 
monde,  et  i  faudroit  plus  de  deus  cens  mille  hommes, 
qui  bien  le  voldroit  assegier  et  dore  tous  les  pas  et  les 

30  rivières,  et  encores  fauroit  il  que  leurs  hoos  fuissent 
séparées  pour  les  rivières,  ne  au  besoing  il  ne  poroient 


[1380]  LmiK  DKUXIÈMB,  |  198.  61 

conforter  Tud  Tautre,  car  il  i  a  trop  de  peuple  dedens 
la  ville  de  Gaind,  et  toutes  gens  de  fait.  Il  se  trouvoient 
en  die  tamps,  quant  il  regardoient  à  leurs  besongnes» 
quatre  vins  mille  hommes  tous  aidables,  portans  armes 
desoulx  soissante  ans  et  deseure  quinse  ans.  5 

Quant  li  contes  eut  esté  à  siège  environ  un  mois 
devant  Gaind,  et  que  ses  gens  et  li  sires  d'Enghien 
et  li  Basses,  ses  fils,  eurent  fait  pluiseurs  escar^ 
muces  et  li  jones  senescaulx  de  Hainnau  à  chiaulx 
de  Gaind,  dont  un  jour  perdoient  et  Tautre  jour  10 
gaaignoient,  enssi  que  les  aventures  aportoient,  il 
fil  conssiilliés  que  il  envoieroit  cheulx  de  Bruges  et 
cenlx  de  Ippre  et  de  Popringhe  escarmuchi^  à  un 
pas  que  on  dist  au  Lonc  Pont,  et,  se  on  pooit  che  pas 
gaaignier,  che  leur  seroit  trop  grans  pourfis,  car  il  15 
enteroient  ens  es  Quatre  Mestiers,  et  si  aprocheroient 
Gaind  de  si  priés  comme  il  voldroient.  Adont  furent 
dl  ordonné  pour  aler  à  ce  Lonc  Pont,  et  en  fii  cappi- 
tains,  menères  et  conduissières  uns  moult  entrepren- 
dans  et  hardis  chevaliers,  qui  s'appelloit  messires  20 
Josses  de  Haluin  :  avoec  lui  i  ot  encores  des  dieva- 
liers  et  escuiers,  mes  messires  Josses  en  estoit  li  chiés. 
Quant  dl  de  Bruges,  d'Ippre  et  de  Popringhe  furent 
venu  à  che  pas  que  on  dist  au  Lonc  Pont,  il  ne  le  trou- 
vèrent pas  desgami,  mais  pourveu  de  grant  fiiisson  S& 
de  gens  de  Gaind,  et  i  estoit  Piètres  dou  Bois  et  Piètre 
le  Witre  et  Basses  de  Harselle  ou  front  devant.  Là 
commencha  li  escarmuce  moult  grande  et  moult 
grosse,  sitretos  que  les  gens  dou  conte  furent  venu, 
et  traioient  canons  et  arbalestres  de  une  part  et  d'autre  30 
à  effort,  dont  des  quariaulx,  tant  des  canons  comme 
des  arbalestres,  il  en  i  ot  pluiseurs  mors  et  blechiés. 


62  GHB0NIQUI8  DB  J.  FROISSABT.  [1380] 

Et  trop  bien  s'i  portèrent  là  li  Gantois,  oar  il  i  recol- 
lèrent leurs  ennemis  et  oonquisent  par  force  et  par 
armes  le  banière  des  orfèvres  de  Bruges,  et  fu  jetté[e] 
en  Faighe  et  là  dedens  touellie;  et  en  i  ot  de  ces 
5  orfèvres,  et  ossi  i  eult  d'autres  gens,  grant  fuisson  de 
mors  et  de  blechiés,  et  par  espedal  messires  Josses 
de  Haluin  i  fu  ocis,  dont  che  fii  damages.  Et  retour- 
nèrent cil  qui  là  furent  envoiiet  sans  riens  faire.  Enssi 
se  portèrent  li  Gantois  vaiUanment. 

10  §  199.  Le  siège  estant  devant  Gaind  par  la  manière 
que  li  contes  Tavoit  assis,  i  eut  fait  pluiseurs  escar- 
muces  autour  de  la  ville,  car  li  sires  d'Enghien  et  li 
senescaux  de  Hainau  et  li  Haze  de  Flandres  en  trou- 
voient  à  le  fois  à  descouviert,  dont  il  ne  prendoient 

15  nulles  raenchons,  et  à  le  fois  il  estoient  rebouté  si  dur 
que  il  n'avoient  mies  loissir  de  regarder  derière  iaulx. 
Âdont  se  requeillièrent  en  le  ville  de  Gaind  euls  siis 
mille  de  compaignons  moult  aidables,  et  eurent  Rasse 
de  Harselle,  Ernoul  Clerc  et  Jehan  de  Launoit  à  cappi- 

20  tainnes,  et  se  partirent  de  Gaind  sans  le  dangier  de 
l'oost,  et  cheminèrent  vers  Alos,  qui  lors  estoit  une 
ville  bonne  et  bien  fremée,  et  i  avoit  li  contes  mis  en 
gamisson  pluiseurs  chevaliers  et  escuiers.  Mais,  quant 
cil  de  Gaind  i  furent  venu,  il  s'i  portèrent  si  vaillan- 

25  ment  que  par  assault  il  le  conquissent,  et  convint 
messires  Loels  de  Marbais,  messires  Godefrois  de  la 
Tour  et  messires  Phelippre  le  Jovene  et  pluiseurs 
autres  dievaliers  et  escuiers  partir  et  vuidier  hors  par 
la  porte  de  BrouseUes  :  autrement  il  euissent  esté 

30  mort.  Et  fil  adont  par  les  Gantois  Alos  toute  arsse, 
portes  et  tout,  et  i  conquissent  moult  grant  pillage,  et 


[1380]  LIVRS  DBUXIÈMB,  $  200.  63 

de  là  il  vinrent  devant  Tenremonde,  qui  est  forte  ville  ; 
mais  adont  par  assaut  il  le  conquissent,  et  i  fu  m<H*8 
messires  Phelippres  de  Mamines.  Et  furent  li  Gantois 
signeur  de  la  ville  et  non  pas  dou  castiel,  car  li  sires 
de  Widescot  le  tint  vaillanment  avoecques  ses  compai-  .  5 
gnons  contre  eulx.  Et  de  là  vinrent  li  Gantois  devant 
Granmont,  qui  s*estoit  nouvellement  tournée  deviers 
le  conte,  par  Teffort  et  tretiet  dou  signeur  d'Enghien. 
Ne  sçai  se  il  i  eut  traïsson  ou  autre  cose,  mais  adont  li 
Gantois  i  entrèrent  de  force,  et  en  i  ot  de  oeulx  dedens  iO 
moult  de  mors,  et,  quant  il  eurent  fait  ces  voiages,  il 
s'en  retournèrent  à  Gaind  à  tout  grant  butinage  et 
grant  pourfit. 

§  SOO.  Quant  li  contes  de  Flandres  vel  que  il  per- 
doit  son  tamps  à  seoir  devant  Gaind,  et,  quoi  que  il  45 
seist  là  à  grant  frait  et  à  grant  painne  pour  li  et  pour 
ses  gens,  àl  de  Gaind  ne  laissoient  mies  à  issir  ne  à 
ardoir  le  païs,  et  avoient  conquis  Âlos,  Tenremonde 
et  Granmont,  si  eut  consdl  que  il  se  partirait  de  là, 
car  li  iviers  aproçoit.  Si  se  départi  et  si  renvoiia  ses  20 
gens  en  leurs  maissons  rafresquir,  et  envoiia  le  signeur 
d'Enghien  et  le  signeur  de  Montegni  en  Âudenarde  ea 
garnisson,  et  avoient  sans  les  gens  d'armes  deus  cens 
bons  archiers  d'Engletière ,  dont  on  faissoit  grant 
compte,  et  li  contes  s'en  vint  à  Bruges  ;  si  fissent  cil  25 
signeur,  qui  en  Âudenarde  se  tenoient,  pluiseurs  belles 
issues  sus  les  Gantois,  et  estoient  priés  tondis  sus  les 
camps,  et  ne  pooit  nuls  aler  à  Gaind  ne  porter  vivres 
ne  autres  marohandisses,  à  painnes  que  il  ne  fust 
raconsieuoîs.  30 

Qfxuit  li  iviers  fu  passés,  et  che  vint  sus  le  marc, 


64  GHRONIQUSS  DE  1.  FROI88ART.  [138!] 

li  contes  de  Flandres  rasambla  toutes  ses  gens,  et 
manda  œuls  de  Ippre,  de  Gourtrai,  de  Popringhe,  don 
Dan  9  de  FEscluse  et  dou  Franc,  et  se  parti  de  Bruges 
avoecques  ceulx  de  Bruges,  et  s'en  vint  à  Maie  ;  et  là 
5  se  tint  une  e^asse  de  tamps,  et  fist  de  toutes  ces 
gens  d'armes,  encores  avoec  ceulx  de  Lille,  de  Douai 
et  de  Âudenarde,  souverain  cappitainne  le  signeur 
d'Enghien.  Les  gens  le  conte,  qui  estoient  bien  vint 
mille,  sicomme  on  dissoit,  se  ordonnèrent  pour  venir 

iO  devant  Gauvres,  où  Jehans  de  Launoit  se  tenoit.  Quant 
Jehans  seut  le  venue  dou  conte  et  des  gens  d'armes, 
il  le  segnefia  à  Gaind  à  Basse  de  Harselle,  et  li  manda 
que  il  fust  confortés  et  que  les  gens  le  conte  estoient 
sus  le  pals.  Basses  de  Harselle  asambla  bien  siis  mille 

15  honomes  de  ceuls  de  Gaind,  et  se  mist  as  camps  vers 
Gauvre,  et  ne  trouva  là  point  Jehan  de  Launoit,  mais 
le  trouva  à  Donse,  où  il  pilloit  le  pals  d'autre  part  le 
rivière.  Adont  se  remissent  il  ensamble,  et  cheminè- 
rent che  jour,  et  trouvèrent  ceulx  de  Audenarde  et  de 

20  Donse  qui  en  aloient  devers  le  conte  :  si  les  asaillirent 
et  en  ocirent  bien  sis  cens,  et  n'estoit  point  li  sires 
d'Enghien  en  oestecompaignie,  mais  estoit  allés  deviers 
le  conte  qui  estoit  logiés  sus  les  camps  entre  Donse 
et  Bruges. 

25  Quant  les  nouvelles  vinrent  au  conte  et  au  signeur 
d'Enghien  que  cil  de  Audenarde  avoient  redieu  tel 
damage,  si  en  furent  grandement  courouchiet,  et  fu 
adont  ordonné  que  li  sires  d'Enghien  se  departiroit 
atout  quatre  mille  hommes,  et  s'en  [venroit]  à  Gauvres 

30  là  où  on  esperoit  que  Jehans  de  Launoit  estoit,  mes 
estoit  retrais  à  Gaind  atout  son  pillage  et  son  butin  et 
ses  prisonniers,  mais  de  ce  n'avoit  il  mies  grant  fîiis- 


[138i]  LIVKB  DKUXliMB,  §  200.  65 

son.  A  l'endeinain  se  départirent  il,  ils  et  Rasses  de 
Herselle,  atout  siis  mille  hommes,  et  eurent  en  pour- 
pos  que  d'aler  à  Donse  ;  mais,  quant  il  furent  sus  les 
camps,  [il  tournèrent  vers]  Niewle,  car  on  leur  dist 
que  li  sires  d'Ënghien  et  bien  quatre  mille  hommes  i  5 
estoient,  et  que  li  contes  n'i  estoit  point  encores 
venus  :  si  les  voloient  oombatre. 

Ghe  propre  jour  que  Rasses  de  Herselle  issi  de 
Gaind,  en  issi  ossi  Piètres  dou  Bois  atout  siis  mille 
honmies,  et  Ernoul  Clerc  en  sa  compaignie,  et  vinrent  lo 
ardoir  les  fourbours  de  Gourtrai  et  abattre  tous  les 
moulins  qui  estoient  au  dehors  de  Gourtrai  ;  et  puis 
s'en  retournèrent  vers  Donse  pour  revenir  à  leurs 
gens,  mais  che  fu  trop  tart,  car,  quant  Jehans  de 
Launoit  et  Rasses  de  Herselle  furent  à  Niewle,  il  trou-  15 
vèrent  le  conte  et  toute  se  poissance  logiet  sus  les 
camps,  qui  n'atendoit  autre  cose  que  il  fuissent  venu. 
Enssi  se  trouvèrent  ces  deus  hoos  dou  conte  et  des 
Gantois  sans  ce  que  au  matin  il  seuissent  riens  l'un  de 
l'autre.  Quant  Rasses  de  Herselles  et  Jehans  de  Lau-  20 
noit  veirent  que  combatre  les  convenoit,  si  ne  s'efirè- 
rent  point,  mais  se  missent  en  bon  convenant,  et  se 
rengièrent  sus  les  camps  et  se  missent  en  trois  batailles  ; 
et  en  cascune  bataille  avoit  deus  mille  hommes,  tous 
hardis  et  aventureux  compaignons  des  plus  ables  et  25 
corrageus  de  la  ville  de  Gaind,  et  otant  en  avoient 
Piettres  dou  Bois  et  Ernoulx  Glers,  qui  estoient  sus  le 
pais,  et  riens  ne  savoient  encores  de  ceste  avenue  que 
leurs  gens  se  deuissent  combatre,  et  au  départir  de 
Gaind ,  il  avoient  pris  ordenanche  et  convenant  ensamble  30 
que,  se  il  trouveroient  le  conte  et  se  poissance,  il  ne  se 
combateroient  point  l'un  sans  l'autre,  car,  cascune 

X  — 5 


66  CHRONIQUES  DU  J.  FR0I8SART.  [i38i] 

bataille  à  par  li,  il  n'estoient  point  fort  assés,  et  tout 
eosamble  il  estoient  fort  assés  pour  oombatre  otant  de 
gens  trois  fois  que  il  estoient.  Et  tout  ce  avoient  il  juret 
et  fianchiet  ensamble  Piètres  dou  Bois  et  Basses;  et 
5  au  voir  dire,  Basses  euist  bien  arresté  à  non  combatre 
sitretos,  se  il  vosist,  car,  se  il  se  fust  tenus  en  la  ville 
en  attendant  Piètre  dou  Bois,  li  contes  ne  ses  gens  ne 
les  euissent  jamais  là  dedens  requis  ;  mais ,  sitretos 
que  Basses  soeut  la  venue  dou  conte,  par  orguel  et 

10  par  grandeur  il  se  mist  sus  les  camps,  et  dist  en  soi 
meïsmes  que  il  combateroit  ses  ennemis  et  en  aroit 
Tonneur  sans  attendre  Piètre  dou  Bois  ne  les  autres, 
car  il  avoit  si  grant  fiance  en  ses  gens  et  si  bonne  espé- 
rance en  la  fortune  de  ceulx  de  Gaind  que  vis  li  estoit 

15  que  il  ne  pooit  mies  perdre,  et  bien  monstra  che  jour 
la  grant  volenté  que  il  avoit  de  combatre,  enssi  comme 
je  vous  recorderai  présentement. 

§  SOI  •  Moult  fîi  li  contes  de  Flandres  resjoïs,  quant 
il  veï  que  Basses  de  Herselle  estoit  issus  de  Nieule  et 

20  trais  sus  les  camps  pour  combatre  :  si  fist  ordonner 
ses  gens  et  mettre  en  bonne  ordenance.  £t  estoient 
environ  vint  mille  hommes,  toutes  gens  de  fait;  et  i 
avoit  environ  quinse  cens  lances,  chevaliers  et  escuiers 
de  Flandres,  de  Hainau,  de  Braibant  et  d'Artois  :  là 

25  estoient  de  Hainnau,  li  sires  d'Engien,  mareschaubc 
de  Toost,  de  sa  route  li  sires  de  Montegni,  messires 
Mikieubc  de  le  Hamède,  li  bastars  d'Enghieo,  Gilles 
dou  Bi8[oi] ,  Huistin  dou  Lai  et  moult  d'autres  ;  et  de 
Hainnau  encores,  li  sires  de  Lens  et  messires  Jehans 

30  de  [Berlaimont]  ;  et  de  Flandres,  li  sires  de  Gistelles, 
messires  Guis  de  Gistelles,  li  sires  d'Escornai,  li  sires 


[1381]  LIYBB  DEUXlâME,  |  201.  67 

de  Hulut,  li  sires  de  Haluin  et  messires  Daniiel  de 
Haluin,  messires  Thieris  de  Disqaemue,  messires  d'Es- 
taionebourc,  li  sires  de  Grutus,  messires  Jehans  Yil- 
lainst  messires  Gerars  de  Marquillies  et  pluiseurs 
autres;  et  là  i  ot  fait  aucuns  chevaliers  nouviaulx.  5 
Et  estoit  en  devant  li  jovenes  senescaulx  de  Hain- 
nau  mors  sus  son  lit  de  la  boce  [à  Obies]  dalés  Mer- 
taigne,  car  il  i  euist  esté.  Si  fist  li  contes  de  Flandres 
cinc  batailles,  et  en  cascune  mist  quatre  mille  hommes  : 
là  estoient  il  en  grant  voUenté  de  courir  sus  les  enne-  10 
mis;  et  porta  che  jour  li  sires  de  Lieureghem  la 
banière  don  conte  de  Flandres.  Toutes  ces  batailles 
faittes  et  ces  ordenances,  il  aprodèrent,  les  dnc 
batailles  contre  les  trois  ;  mais  de  commenchement  il 
n'en  i  ot  que  trois  de  la  partie  dou  conte  qui  apro-  ^^ 
diaissent  ne  asamblaissent,  car  les  deus  estoient  sus 
elle  pour  reconforter  les  branllans.  Là  estoit  li  contes 
en  présent,  qui  les  prioit  et  amonnestoit  de  bien  faire 
et  de  prendre  vengance  de  ces  esragiés  de  Gaind,  qui 
leur  avoient  fait  tant  de  painne,  et  dissoit  bien  à  ceulx  20 
des  bonnes  villes  :  c  Soiiés  tout  seur,  se  vous  fuies, 
vous  serés  mieux  mort  que  devant,  car  sans  merci  je 
vous  ferai  tous  trenchier  les  testes.  >  Et  mist  li  contes 
ceulx  de  Bruges  en  la  première  bataille,  et  ceulx  dou 
Franc  en  la  seconde,  et  ceulx  de  Ippre  et  de  Gourtrai  25 
en  la  tierce,  et  ceulx  de  Popringhe,  de  Berghes,  de 
Gassiel  et  de  Bourbourc  en  la  quarte,  et  il  avoit  retenu 
dallés  li  ceulx  de  Lille,  de  Douai  et  de  Âudenarde. 

Or  s'asamblèrent  ces  batailles,  et  vinrent  Tun  contre 
l'autre.  Basses  de  Herselle  avoit  la  première  bataille,  30 
car  c'estoit  li  plus  outrageus,  hardis  et  entreprendans 
des  aultres,  et  pour  ce  yoloit  il  eslre  des  premiers 


68  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1381] 

asaillans  et  avoir  ent  Tonneur,  se  point  [en]  i  oeoit, 
et  s'en  vint  asambler  à  œuls  de  Bruges,  que  li  sires 
de  GisteUes  et  si  frère  menoient.  Là  eut,  je  vous  dis, 
grant  bouteïs  et  grant  poussis  de  premières  venues  : 
5  ossi  d'autre  part  les  aultres  batailles  asamblèrent.  Là 
en  i  ot  pluiseurs  reversés  à  ce  commencement  de  une 
part  et  d'autre,  et  i  faissoient  li  Gantois  des  grans 
appertisses  d'armes;  mais  cil  dou  conte  estoient  trop 
plus  grant  fuisson  :  quatre  contre  un.  Là  ot  bon  bou* 

10  tels  et  qui  longuement  dura,  anchois  que  on  peuist 
veoir  ne  savoir  qui  en  aroit  le  milleur,  et  se  missent 
toutes  ces  batailles  ensamble.  Là  crioit  on  :  <  Flandres 
au  lion!  >  en  reconfortant  les  gens  le  conte;  et  li 
autre  crioient  à  haute  vois  :  c  Gaind  !  Gaind  !  »  Et  fu 

15  tel  fois  que  les  gens  le  conte  furent  en  aventure  de 
tout  perdre,  et,  se  il  euissent  perdu  terre,  il  estoient 
desconffi  et  mort  sans  recouvrier,  car  Piètres  dou 
Bois  et  bien  sis  mille  hommes  estoient  sus  les  camps, 
qui  bien  les  veoieot  combatre,  mais  il  ne  les  pooient 

20  conforter  pour  un  grant  plassiet  d'aige  et  de  mares, 
qui  estoit  entre  eulx  et  les  combatans;  mais,  se  li 
contes  euist  perdu  ce  jour  et  que  ses  gens  euissent  fui 
par  cause  de  desconBture,  Piettres  dou  Bois  leur  fust 
saillis  au  devant  et  les  euist  eu  à  volenté,  ne  ja  pies 

25  n'en  fust  escappés,  ne  contes  ne  autres,  que  tout 
n'euissent  esté  mort  sus  le  place  ou  en  cace;  dont 
c'euist  esté  grant  damage,  car  en  Flandres  n'euist  eu 
point  de  recouvrier. 

§  SIOSI.  Basses  de  Herselle  et  Jehans  de  Launoit  ne 

30  l'eurent  mies  d'avantage  à  asaillir  les  gens  le  conte, 

car  li  contes  avoit  là  grant  fuisson  de  bonne  chevale- 


[1381]  UVBS  DSUXIÈMB,  g  Wl.  69 

rie  et  ses  oommugnes  de  Bruges,  d'Ippre,  de  Gourtrai, 
d'Audenarde,  dou  Dan,  de  TEscluse  et  dou  Franc  de 
Bruges,  et  estoient  les  gens  dou  conte  quatre  contre 
un  des  Gantois  ;  dont  il  avint  que,  quant  les  batailles 
dou  conte  furent  toutes  remisses  ensamble,  il  i  ot  5 
grant  gent,  et  ne  les  peurent  souffrir  li  Gantois,  mais 
se  ouvrirent  et  recuUèrent  viers  la  ville,  et  li  chevalier 
et  li  gent  dou  conte  les  commenchièrent  fort  à  apro- 
chier  et  à  desrompre.  Sitos  que  il  les  eurent  ouvters, 
il  entrèrent  ens;  si  les  abatoient  et  les  tuoient  à  iO 
mons. 

Âdont  se  relraîssent  li  Gantois  vers  le  moustier  de 
Nieule,  qui  estoit  fors,  et  là  se  rasamblèrent,  et  i  eut 
grant  bataille  et  grant  occision  des  Gantois  au  rentrer 
ou  moustier.  Jehans  de  Launoit,  comme  tous  esbahis  15 
et  desconfis,  entra  ou  moustier,  et  pour  li  sauver  il  se 
bouta  en  une  grosse  tour  dou  docier,  et  cil  qui  peu- 
rent de  ses  gens  avoecques  li  ;  et  Basses  de  Herselle 
demora  dehors,  qui  gardoit  Fuis  et  requelloit  ses  gens, 
et  fist  à  Fuis  grant  fuisson  d*apertisses  d'armes,  mais  20 
finablement  il  iîi  efforchiés  et  férus  de  une  longue 
picque  tout  oultre  le  corps,  et  là  abatus  et  tantos  par- 
occis.  Enssi  fîna  Basses  de  Herselle,  qui  avoit  esté  uns 
grans  cappitains  en  Gaind  contre  le  conte,  et  que  li 
Gantois  amoient  moult  pour  son  sens  et  pour  sa  25 
proèce;  mais  de  ses  vaillances  il  en  eut  en  fin  che 
leuwier. 

Quant  li  contes  de  Flandres  fu  venus  en  la  place 
devant  le  moustier,  et  il  veï  que  li  Gantois  se  requel- 
loient  là  dedens  et  estoient  requelliet,  il  commanda  à  30 
bouter  le  feu  ou  moustier  et  tout  ardoir.  Ses  comman- 
demens  fu  tantos  fais,  et  li  feus  aportés  et  grant  fuis- 


70  GHR0NIQU18  DX  J.  FROISSART.  [1381] 

son  d'estrain  et  de  velourdes  que  on  mist  et  [apoia]  tout 
autour  dou  moustier,  et  puis  bouta  on  le  feu  dedens. 
Ghils  feus  monta  tantos  amont,  qui  s'esprist  eus  es 
oouvretures  dou  moustier  :  là  moroient  li  Gantois  qui 
5  estoient  ou  moutier  à  grant  martire,  car  il  estoient 
ars,  et,  se  il  issoient  hors,  il  estoient  esboullé  et 
regetté  ou  feu.  Jehans  de  Launoit,  qui  estoit  ou  clo- 
quier,  se  veoit  ou  point  de  la  mort  et  estre  tous  ars, 
car  li  cloquiers  s*esprendoit  à  ardoir  :  si  crioit  à  oeulx 

10  qui  estoient  bas  :  c  Raenchon  !  Raenchon  !  »  et  oflFroit 
sa  taisse,  qui  estoit  toute  plaine  de  florins,  mais  on 
n'en  faissoit  que  rire  et  galler,  et  li  dissoit  on  ;  c  Jehan, 
Jehan,  venés  cha  par  ces  fenestres  parler  à  nous,  et 
nous  vous  requellerons.  Faites  le  biau  saut,  enssi  que 

15  vous  avés  euv^an  fait  saillir  les  nostres;  il  vous  con- 
vient faire  che  saut.  »  Jehans  de  Launoi[t],  qui  se 
veoit  en  tel  parti  et  que  ce  estoit  sans  remède  et  que 
li  feus  le  quoitoit  de  si  priés  que  il  convenoit  que  il  fust 
ars,  entra  en  hideurs  et  avoit  plus  chier  à  estre  ods 

20  que  ars;  et  il  fu  l'un  et  l'autre,  car  il  sailli  hors  par  les 
fenestres  enmi  eulx,  et  là  fu  requellîés  à  gbves  et  à 
espées,  et  detrenchiés,  et  puis  jettes  ou  feu.  Enssi  fina 
Jehans  de  Launoit. 

§  ,303.  De  bien  siis  mille  honunes  que  Rasses  de 
25  Herselle  et  Jehans  de  Launoit,  de  la  ville  de  Gaind  ou 
de  environ  Gand,  qui  servoient  les  Gantois  pour  leur 
argent,  avoient  là  amenet,  il  n'en  escapèrent  point 
trois  cens,  que  tout  ne  fuissent  mort  sur  les  camps 
ou  en  la  ville,  ou  ars  ou  moustier  ;  ne  onques  Piètres 
30  dou  Bos,  qui  avoit  une  grosse  bataille  sus  les  camps, 
ne  les  peut  aidier,  car  entre  sa  bataille  et  les  gens  de 


[i38i]  LIYHS  DBUXlilII,  J  SOS.  71 

Rasse,  qui  se  combatoieDt  et  qui  mort  estoient,  avoit 
un  grant  plasquier  tout  plain  d*aige  et  grans  mare^ 
cages,  par  quoi  il  ne  pooient  venir  jusques  à  eulx.  Si 
se  parti  de  sa  place  à  toutes  ses  gens  bien  rengiet  et 
bien  ordonné  en  une  bataille,  et  dist  :  c  Âlons  ent  tout  5 
le  pas  nostre  chemin  vers  Gand.  Rasses  de  Herselle  et 
Jehans  de  Launoit  et  nos  gens  ont  mal  exploitié  :  il 
sont  desconfit;  je  ne  sai  que  il  nous  avenra,  se  nous 
somme[s]  poursieuwi  ne  asailli  des  gens  le  conte.  Si 
nous  tenons  tout  ensamble  et  nous  vendons  et  comba-  iO 
tons  vaillanment,  enssi  que  bonnes  gens  qui  se  oom- 
batentsur  leur  droit.  »  Il  respondirent,  cil  qui  Foïrent  : 
<  Nous  le  volons.  >  Lors  se  partirent  il  de  là  et  se 
missent  au  chemin  pour  venir  vers  Gaind  en  une 
belle  bataille  rengie  et  serée.  Li  fuiant  aucun,  qui  45 
escappé  estoient  de  la  bataille  de  NieuUe,  se  retour- 
nèrent vers  Gaind  et  rentrèrent  tout  eflGraé,  enssi  que 
gens  desconfis,  en  la  ville,  et  recordèrent  ceste  dure 
aventure  comment  Rasses  de  Herselle  et  Jehans  de 
Launoit  et  leurs  gens  estoient  desconfit  et  mort  par  20 
bataille  à  Nieulle.  Cil  de  Gand  pour  ces  nouvelles 
furent  durement  efihraé  et  courouchié  pour  la  mort  de 
Rasse,  car  moût  l'amoient  et  grant  fiance  en  lui  ent 
a  voient,  car  il  Tavoient  trouvé  bon  cappitaine  et  loial, 
et,  pour  ce  que  Rasses  estoient  gentils  homs,  fils  de  25 
signeur  et  de  dame,  et  que  ils  les  avoit  servis  pour 
leur  argent,  tant  Favoient  il  plus  emé  et  honnouré. 
Si  demandèrent  as  fuians  qui  retournoient  :  c  Dites 
nous  et  où  estoit  Piètres  dou  Bos,  entrues  que  vous 
vos  combatiés?  »  Cil,  qui  point  ne  Tavoient  veut  ne  30 
qui  de  lui  nulles  nouvelles  ne  savoient,  respondoient  : 
c  Nous  n'en  savons  riens,  ne  point  veut  ne  l'avons.  » 

X  — 5* 


72  GHR0NIQUB8  DE  J.  FROI68ART.  [1381] 

Lors  commenchièrent  aucunes  gens  en  Gaind  à  mur- 
murer 8ur  Piètre  dou  Bos  et  à  dire  que  mal  s*en  estoit 
acquîtes,  quant  il  n'avoit  estet  à  le  bataille,  qui  avoit 
sis  ou  sept  mille  homme  tous  armés  ;  et  eurent  adont 
5  li  Gantois,  qui  en  la  ville  estoietft  et  qui  le  gouvrene- 
ment  en  a  voient,  en  pourpos  que,  che  Piètre  lui  revenu, 
il  Fochiroient,  et  puis  au  conte  leur  signeur  s'apoin- 
teroient  et  accorderoient,  et  se  meteroient  dou  tout 
en  sa  merchi.  Je  croi  que,  se  il  euissent  enssi  fait,  il 

10  eussent  bien  ouvret  et  fuissent  legierement  venut  à 
pais,  mais  point  ne  le  fissent,  dont  il  le  comparèrent 
depuis,  et  ossi  fist  toute  Flandres  ;  ne  encores  n'estoit 
point  la  cose  à  che  jour  là  où  elle  devoit  estre  ne  li 
grans  maus  de  Flandres  sanchiés,  enssi  comme  il  fu 

15  depuis  et  sicom  je  vous  recorderai  avant  en  Tistoire. 

[A]près  la  desconfiture  des  Gantois,  qui  furent  pour 

che  jour  mort  et  desconfit  à  Nieule,  et  Rasses  de  Her- 

selle  et  Jehans  de  Launoit  mort,  li  contes  de  Flandres 

entendi  que  Piètres  dou  Bos  et  une  bataille  de  Gantois 

20  estoient  sus  les  camps  et  s'en  raloient  à  Gaind  ;  adont 
s'arresta  li  contes  et  demanda  conseil  à  ses  chevaliers 
se  on  les  iroit  combatre.  On  li  respondi  en  conseil  que 
pour  ce  jour  on  en  avoit  assés  fait  et  que  ses  gens 
estoient  tout  lassé,  et  les  convenoit  reposser.  c  Mais, 

25  sire,  che  seroit  bon  que  de  cinc  cens  ou  sis  cens 
hommes  d'armes,  tous  bien  monté,  vous  les  fesissiés 
poursieuir,  pour  savoir  leur  convenant.  Il  poroient 
bien  che  soir  gésir  en  tel  lieu  que  nous  seriens  à  leur 
logement.  >  Li  contes  s'enclina  à  ce  conseil  et  fist 

30  enssi.  Tantost  furent  ordonné  cil  qui  seroient  en  ceste 
chevauchie,  et  en  fu  li  sires  d'Ënghien  menères  et 
souverains  :  si  montèrent  environ  cinc  cens  lances  as 


[1381]  UVBB  DBUXIÈIU,  §  203.  73 

chevauix  et  se  départirent  de  Nieulle  et  dou  conte,  et 
prissent  les  camps,  et  chevauchièrent  à  le  couverte 
pour  veoir  les  Gantois  ;  et  tant  alèrent  que  il  les  veï- 
rent  avaler  un  tieme,  et  esloient  tout  serré  et  en  bon 
convenant,  et  cheminoient  le  bon  pas  sans  iaulx  des-  5 
router.  Li  sires  d'Enghien  et  sa  route  les  poursieuoient 
de  loing  et  sour  costé.  Piètres  dou  Bos  et  les  Gantois 
les  veoient  bien,  mais  nul  samblant  de  iaulx  desrouter 
ne  faissoient,  et  dissoit  Piètres  dou  Bos  :  <  Âlons  ton- 
dis nostre  chemin  et  le  bon  p^s,  et  point  ne  nous  10 
desroutons,  et,  se  il  se  boutent  en  nous,  nous  les 
requellerons  ;  mais  je  croi  bien  que  il  n'en  ont  nulle 
vollenté.  »  Enssi  cheminèrent  il  li  un  et  li  autre  sans 
rien  faire  jusques  à  Gaind,  que  li  sires  d'Enghien 
retourna  deviers  le  conte,  et  Piètres  dou  Bos  et  ses  15 
gens  rentrèrent  en  Gaind.  Âdont  fu  Piètres  aquel- 
liés  de  plait  et  sus  le  point  d'estre  là  ochis  pour  la 
cause  de  che  que  il  n'[avoit]  autrement  confortet 
Basse  et  [ses]  gens.  Piètres  s'escusa,  et  de  voir,  et 
dist  que  il  avoit  bien  mandé  à  Basse  que  nullement  il  20 
ne  se  combatesist  sans  li,  car  li  contes  estoit  trop  pois- 
sanment  sus  les  camps,  et  il  fist  tout  le  contraire  : 
c  Se  il  Ten  est  mesavenu,  je  ne  le  puis  amender, 
et  sachiés  que  je  sui  ossi  dollans  de  la  mort  Basse 
que  nuls  poeut  estre,  car  la  ville  de  Gaind  i  a  perdu  25 
un  très  bon  et  sage  cappitainne  :  si  nous  en  fault 
requerre  un  aultre,  ou  nous  mettre  dou  tout  en  la 
volenté  et  obéissance  dou  conte,  qui  nous  fera  tous 
morir  de  malle  mort.  Begardés  lequel  vous  voilés 
faire  :  ou  persévérer  en  che  que  vous  avés  commen-  so 
chié,  ou  mettre  en  la  vollenté  et  merchi  de  monsi- 
gneur.  >  Piètres  ne  fu  adont  point  respondus,  mais 


74  CHRONIQUSê  DB  J.  FROISSART.  [1881] 

tant  que  de  la  bataille  et  avenue  de  Nieulle  et  de  la 
mort  de  Rasae  il  Ai  excusés  et  descouppés.  Dont  ce 
que  on  ne  le  respondî  point,  il  se  oontempta  mal, 
et  sus  aucuns  grans  bourgois  qui  là  présent  estoient, 
^  li  plus  riche  et  li  plus  notable  de  la  ville»  tels  que  sire 
Ghisebrest  Grute  et  sire  Simon  Bete,  il  n'en  fist 
adont  nul  samblant,  mais  il  leur  remonstra  dure- 
ment en  Tanée,  enssi  que  vous  orés  recorder  avant 
en  Tistoire. 

10  §  S04.  Quant  li  sires  d'Enghien  et  li  sires  de  Mon- 
tegni,  li  Haseles  de  Flandres  et  leurs  routes  furent 
retourné  à  Nieulle  devers  le  conte,  et  il  eurent  recordé 
ce  que  il  avoient  veu,  li  contes  se  départi  de  Nieule 
et  s'en  retourna  vers  Bruges,  et  ren[v]oiia  ses  bonnes 

15  villes  et  ceulx  dou  Franc,  et  le  signeur  d'Enghien  et 
les  Hainnuiers  en  garnison  en  Âudenarde. 

Quant  cil  de  Gaind  entendirent  que  li  contes  estoit 
retrais  en  Bruges  et  que  il  avoit  donnet  congiet  toutes 
ses  gens,  si  se  resmurent  par  l'esmouvement  de  Piètre 

20  dou  Bos,  qui  leur  dist  :  c  Alons  devant  Gourtrai  et 
ne  nous  refroidons  point  de  faire  guerre  ;  monstrons 
que  nous  sommes  gens  de  fait  et  d'emprise.  >  Adont 
se  départirent  il  de  Gand  plus  de  quinse  mille,  et 
s'en  vinrent  moult  estofféement  devant  Gourtrai  et  i 

25  missent  siège ,  le  feste  et  le  pourcession  de  Bruges  séant , 
l'an  mil  trois  cens  quatre  vint  et  un  ;  et  furent  là  dis 
jours,  et  ardirent  tous  les  fourbourgs  de  Gourtrai  et 
le  pals  d'environ.  Quant  li  contes  en  sot  nouvelles,  il 
remanda  tous  ses  gentils  hommes  et  ceulx  des  garnis- 

30  sons  et  les  communs  d'Ippre  et  dou  Franc,  et  se 
départi  de  Bruges  avoec  ceuls  de  Bruges,  et  se  trou- 


[1384]  UVBK  DBUXIAmB,  §  204.  75 

vèrent  sour  les  camps  plus  de  vmt  et  cinc  mille.  Dont 
se  missent  il  au  chemin  pour  venir  vers  (k>urtrai  et 
combatre  les  Gantois  et  lever  le  siège. 

Quant  Piètres  dou  Bos  et  li  Gantois  entendirent  que 
li  contes  venoit  vers  euls  si  efforchiement,  si  n'eurent    & 
mies  conseil  que  de  Fattendre  là  [à  siège],  et  se 
départirent  et  s'en  allèrent  logier  à  Donse  et  à  Nieulle, 
et  dissent  que  là  il  atenderoient  le  conte  et  segnefie* 
roient  leur  estât  à  ceulx  de  Gaind  et  remanderoient 
Tarière  ban  pour  estre  plus  fort  et  plus  de  gens.  Si  ^0 
se  départirent  de  Gaind  bien  encores  quinse  mille 
hommes,  et  s'en  vinrent  devers  leurs  gens  à  Nieule 
et  à  Donse,  et  se  logièrent  tout  sur  les  camps,  en 
attendant  le  conte.  Quant  li  contes  fu  venus  à  Herle- 
bèque,  dallés  Courtrai,  il  entendi  que  li  Gantois  estoient  ^^ 
parti  de  là  et  retrait  vers  Gaind  et  logiet  à  Donse  et  à 
Nieule.  Si  n'eut  mies  li  contes  conseil  adont  dou  pour^ 
sieuir,  et  donna  congiet  ses  gens  d'armes  et  ses  com- 
mugnes,  et  en  laissa  une  grant  quantité  à  Courtrai, 
et  renvoia  le  signeur  d'Enghien  et  les  Hainuiers  et  son  20 
fils  bastart  le  Halse  en  Âudenarde  en  gamisson. 

Quant  Piètres  dou  Bos  et  li  Gantois  veirent  que  li 
contes  ne  venoit  point  vers  eulx,  si  se  départirent  de 
Donse  et  de  Nieule,  et  prissent  le  lonc  chemin  par 
devers  Âudenarde  pour  revenir  par  là  à  Gand.  Si  25 
envoiièrent,  che  jour  que  il  passèrent  vers  Audenarde, 
une  quantité  de  leurs  gens,  desquels  Ernouls  Glers 
estoit  cappitains,  et  s'en  vinrent  cil  escarmuchier 
jusques  as  bailles  de  la  ville.  Li  chevalier  et  li  escuier, 
qui  là  dedens  estoient,  ne  se  peurent  astenir  que  il  ne  30 
venissent  escarmuchier  à  iaulx  ;  et  en  i  ot  des  mors 
et  des  bleciés  de  une  part  et  d'autre.  A  celle  fois  cil 


76  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSÀBT.  [1381] 

de  Gaind  ne  oonquestèrent  point  plenté  à  rescarmuche, 
et  s'en  partirent  et  s'en  retournèrent  avoecques  leurs 
gens  à  Gand,  et  se  retrait  cascuns  en  sa  maison. 
Trois  jours  apriès,  fu  ordonnés  Ernouls  Clerc  à 

5  venir  à  Gauvres  atout  douse  cens  des  Blans  Gapprons, 
et  li  fu  li  castiaulx  et  la  castelerie  de  Gauvres  baillie 
par  manière  de  gamisson  pour  faire  frontière  à  ceulz 
d'Audenarde.  Si  i  vint  Ernouls  Glers  à  toute  sa  route 
et  se  tint  là,  gaires  ne  fu  che  mies.  Quant  il  entendi 

10  que  aucun  chevalier  et  escuier  qui  estoient  en  Aude- 
narde  estoient  issu  hors  à  Taventure,  adont  se  départi 
il  de  Gauvres  avoecques  ses  gens,  et  estoient  bien  en 
nombre  quinse  cens.  Si  se  missent  en  enbusque  sour 
ceuls  qui  au  matin  estoient  issu  hors  d'Audenarde,  li 

15  sires  d'Escornai,  li  sires  de  Ramseflies,  messires  Jehans 
Villains,  [li  sires  deLieureghen],  li  Gallois  de  [Mamines], 
li  bastars  d'Escornai,  messires  Blanchart  de  Galonné 
et  pluiseur  autre.  Enssi  que  cil  chevalier  et  escuier 
qui  avoient  pris  leur  retour,  s'en  revenoient  à  Aude- 

20  narde,  Ernouls  Glers  et  li  embusque  leur  sailli  au 
devant  :  là  en  i  ot  des  ratains  et  des  rués  jus  et 
ochis,  car  il  ne  prendoient  nuUui  à  merchi.  là  vin- 
rent as  chevaliers  et  as  escuiers  li  cheval  bien  à  point, 
car  il  brochièrent  des  espérons  et  retournèrent  vers 

25  Audenarde,  et,  enssi  que  il  venoient  devant  les  bailles, 
il  descendoient  et  se  mettoient  à  d[eff]ense  et  aten- 
doient  leurs  gens  et  leurs  vallès,  mais  il  ne  peurent 
onques  si  nettement  rentrer  en  la  ville  que  il  n'en  i 
eust  mors  et  bleciés  plus  de  soissante.  Et,  quant  il 

30  eurent  faite  leur  empainte,  Ernouls  Glers  retourna  che 
soir  à  une  abbeïe  priés  de  là,  que  on  nomme  Eham  : 
si  trouvèrent  cil  Gantois  en  la  ville  d'Eham  Pière  de 


[4381]  umB  DBUXIÉMB,  S  ^05.  77 

[Stinehus]  et  le  Galois  de  Mamines  et  environ  cent 
compaignons  de  leur  route.  Si  assallirent  Tabbie  où 
il  estoient  trait  :  à  grant  dur  se  sauva  li  Gallois  de 
Mamines.  et  se  parti  par  derière  et  entra  en  un  batiel, 
et  s'en  vint  celle  nuit  à  Audenarde  et  compta  au  signeur  5 
d'Enghien,  au  signeur  de  Montegni,  à  messire  Daniel 
de  Haluin  et  as  chevaliers  qui  là  estoient,  conmient 
ce  soir  Ërnouls  Glers  et  li  Blanc  Gappron  estoient  entré 
en  Tabbele  d'Ëham  et  avoient  ochis  leurs  compaignons, 
et  bien  penssoit  que  Pières  de  Stinehus  estoit  mors,  iO 
et  voirement  le  fu  il,  car  Ernouls  Glers  et  ses  gens  le 
fissent  sallir  jus  de  une[s]  phenestres  enmi  le  place,  et 
le  requellièrent  à  glaves,  et  le  ochirent,  dont  che  fu 
grans  damages. 

§  805.  Quant  li  chevalier,  qui  en  Audenarde  se  15 
tenoient,  entendirent  que  Ernoulx  Glers  et  li  Blanc 
Gappron  environ  douse  cens,  que  il  avoit  adont  de 
sa  cai^e,  estoient  aresté  à  Eham,  et  mort  leurs  com* 
paignons  et  pris  Tabbete,  si  en  furent  moult  courou- 
chié,  et  avissèrent  que  il  envoiieroient  celle  nuit  leurs  20 
espies  celle  part,  pour  savoir  se  à  Tendemain  il  i  seroient 
trouvet.  Enssi  comme  il  l'ordonnèrent  il  le  fissent.  Leurs 
espies  raportèrent  au  matin  que  li  Blanc  Gappron  s'or- 
donnoient  pour  demorer  là  che  jour,  dont  li  signeur 
furent  resjoï.  Adont  s'armèrent  U  sires  d'Enghien,  li  25 
sires  de  Montegni,  li  sires  de  Lens,  li  sires  de  Brifuel, 
messires  Mikieulx  de  le  Hamaide  et  plus  de  cent  che- 
valiers et  escuiers  de  Hainnau   et  bien   otant  de 
Flandres,  et  se  départirent  de  Audenarde  environ  trois 
cens  lanches  et  plus  de  mille  que  arbalestriers  que  30 
gros  Vallès,  et  vinrent  à  Eham.  Quant  il  deurent  apro- 


78  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1381] 

chier  Eham,  il  envoièrent  devant  messire  Daniel  de 
Haluin  à  cent  lances,  pour  commenchier  le  hustin  et 
atraire  hors  de  Tabbele  Ernoul  Clerc,  et  ossi  pour 
attendre  les  gros  varllés  et  arbalestriers  qui  venoient 
5  tout  de  piet,  et  pour  euls  mettre  en  ordenance.  Mes- 
sires  Daniel  et  li  sires  de  Disquemue  et  li  Hases  de 
Flandres  s'en  coururent  devant  esperonnant,  et  entrè- 
rent en  la  place  devant  Tabbeie  d'Eham  en  escriant  : 
c  Flandres  au  lion  au  bastart!  >  Cil  Gantois  ne  se 

10  donnoient  garde  de  celle  enbusque,  car  il  estoit  encores 
assés  matin  ;  si  n'estoient  mis  tout  aparilliet.  Nonpour- 
quant  chil  qui  [avoient]  fait  le  gait  le  nuit,  se  missent 
ensamble  et  requellièrent  et  ensonniièrent  les  chevar 
liers  et  leurs  gens  qui  là  venoient,  et  entrues  s'ar- 

15  moient  li  autre.  Avant  que  Ernoulx  Glers  peust  avoir 
remis  tous  ses  gens  ensamble,  li  sires  d'Enghien,  li 
sires  de  Lens,  li  sires  de  Briffiiel,  li  sires  d'Escornai, 
li  sires  de  Montegni  et  leur  bataille  entrèrent  par 
derière  en  la  ville  en  escriant  :  c  Enghien  au  signeur  !  » 

20  et  se  boutèrent  de  grant  volenté  en  ces  Gantois  et  ces 
Elans  Gapprons,  qui  noient  ne  du[rè]rent,  mais  s'ou- 
vrirent, et  ne  tinrent  onques  point  de  conroi  ne  d'or- 
donnance. Des  douse  cens  en  i  ot  bien  mors,  que  là 
qu'en  l'abbele  que  sus  les  camps,  onse  cens,  et  i  fu 

25  ochis  Ernouls  Glers  en  fuiant  et  férus  de  deus  pickes 
tout  parmi  le  cors  et  là  apoiiés  contre  une  haie.  Après 
ceste  desconfiture  retournèrent  li  sires  d'Enghien  et 
li  chevalier  en  Âudenarde,  et  tinrent  ceste  besongne  à 
grant  proèche.  Et  sachiés  que  li  contes  de  Flandres, 

30  qui  pour  ce  tamps  se  tenoit  à  Bruges,  quant  il  en 
sceut  les  nouvelles,  en  fu  grandement  resjols,  et  dist 
dou  signeur  d'Enghien  :  cPar  ma  foi,  il  i  a  en  lui  un 


[1381]  UTBI  DKUXIÈIB,  S  ^^M.  79 

bon  enfant  et  qui  sara  enoores  Taillant  homme,  >  Au 
voir  dire  dou  signeur  d'Enghien,  c'estoit  tous  li  coers 
doa  conte  de  Flandres,  et  ne  Tappelloit  mies  li  contes 
de  Flandres  son  cousin,  mais  son  biau  fil. 

§  SOC.  Quant  les  nouvelles  furent  venues  à  Gand    5 
que  Emous  Glers  estoit  mors  et  leurs  gens  desconfis, 
si  se  commenchièrent  li  pluiseur  à  esbahir  et  à  dire 
entre  iaulx  :  €  Nos  besongnes  se  portent  mal  ;  petit  à 
petit,  on  nous  odiist  nos  capitainnes  et  nos  gens  ;  nous 
avons  mal  exploitié  de  avoir  esmeu  guerre  contre  no  lo 
signeur  le  conte,  car  il  nous  usera  tous  petit  à  petit. 
A  mal  nous  retoura  les  haines  de  Gisebrest  Hahieu  et 
de  Jehan  Lion  ;  nous  avons  trop  soustenu  et  eslevé  les 
oppinions  de  Jehan  Lion  et  de  Piètre  dou  Bos  :  il  nous 
ont  bouté  si  avant  en  ceste  guerre  et  en  ceste  haîne  15 
envers  le  conte,  nostre  signeur,  que  nous  n'i  poons 
ne  savons  trouver  voie  de  merci  ne  de  pais.  Encores 
vauroit  il  mieux  que  vint  ou  trente  le  comparaissent 
que  toute  la  ville.  »  Enssi  dissoient  li  pluiseur  en  requoi 
Tun  à  l'autre,  car  generaument  n'estoi[t]  ce  mies,  pour  20 
le  doubtance  des  mauvais,  qui  estoient  tout  de  une 
sexte  et  qui  s'eslevoient  en  poissance  de  jour  en  jour, 
qui  en  devant  estoient  povre  compaignon  et  sans  nulle 
diavance  ;  ores  avoient  il  or  et  argent  assés,  car,  quant 
il  leur  en  falloit  et  il  s'en  complaindoient  as  leurs  cap-  25 
pitaines,  il  estoient  oï  et  tantost  conforté,  car  on  avis- 
soit  aucuns  simples  hommes  et  riches  en  la  ville,  et 
leur  disoit  on  :  c  Aies,  et  [si]  dites  à  tels  et  à  teb  que 
il  viengnent  parler  à  nous.  >  On  les  aloit  querre  :  il 
venoient  (il  n'osaissent  contrester)  ;  là  leur  estoit  dit  :  30 
€  Il  fimlt  [à]  la  bonne  vîUe  de  Gand  à  présent  finance 


80  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

pour  paiier  nos  saudoiiers  qui  aident  à  garder  et  à 
deffendre  nos  juridicidns  et  nos  francisses;  il  fault 
vivre  les  compaignons.  >  Et  là  metoient  avant  finance 
toute  celle  que  on  leur  demandoit,  car,  se  il  desissent 

5  dou  non,  il  fuissent  tantos  mors,  et  les  amesist  on 
que  il  fuissent  traître  à  la  ville  de  Gaind  et  que  il  ne 
vosissent  mies  l'onneur  et  le  pourfit  de  la  ville.  Enssi 
estoient  li  garçon  et  li  mauvais  maistre  et  furent  tant 
que  la  guerre  dura  entre  eulx  et  le  conte,  leursigneur; 

10  et,  au  voir  dire,  se  li  rice  et  li  noble  en  la  ville  de 
Gaind  estoient  batu  de  tels  verghes,  on  ne  les  en 
devoit  ou  doit  point  plaindre,  ne  il  ne  se  poeuent 
excuser  par  leur  record  meismes  que  il  ne  fuissent 
cause  de  ces  fourfais.  Raison  pour  quoi?  Quant  li 

15  contes  de  Flandres  leur  envoia  son  baillieu,  pour  cons- 
traindre  et  justichier  aucuns  rebelles  et  mauvais,  ne 
pooient  U  tout  demorer  dallés  lui  et  avoir  conforté  à 
faire  justice?  Liquel  i  furent?  on  en  i  trueve  petit.  Il 
avoient  ossi  chier,  à  ce  que  il  monstrèrent,  que  la  cose 

20  alast  mal  que  bien  et  que  il  eussent  guerre  à  leur 
signeur  que  pais,  et  bien  pooient  sentir  et  congnoistre 
que,  se  il  faissoient  [guerre],  povres  gens  et  mescheans 
gens  [seroient]  signeur  de  leur  ville  [et]  seroient  leur 
maistre,  et  ne  les  en  osteroient  mies  quant  il  vorroient, 

25  enssi  conune  il  en  est  avenu.  Jehans  de  le  Faucille, 
par  li  dissimuller  et  partir  de  la  ville  de  Gaind  et  v^r 
demorer  en  Hainnau,  s'en  cuida  purgier  et  oster,  et 
que  des  haines  de  Flandres,  tant  dou  conte  son  signeur 
que  de  la  ville  de  Gaind,  dont  il  estoit  de  nation,  il 

30  n'en  fust  en  riens  demandés  ;  mais  si  fu,  dont  il  morut. 
Et  vraiement  che  fu  damages,  car  cils  Jehans  de  le 
Faucille,  en  son  tamps,  fu  uns  sages  et  très  notables 


[1381]  UnM  DBUXiilIB,  §  207.  81 

lioms;  mais  od  ne  poeut  à  présent  dopiier  devant 
[boiteux,  c'est  à  dire  devant]  les  signeurs  ne  leurs 
oonsaulx  :  il  i  voient  trop  cler.  Il  avoit  bien  sceu 
les  aultres  aidier  et  consillier,  et  de  li  meismes  il 
ne  sceut  prendre  le  miUeur  chemin  :  je  ne  sai  de  5 
venté  se  des  articles,  dont  il  fut  amis  de  messire 
Simon  Rin  ou  chastiel  de  Lille,  il  fu  coulpables, 
mais  li  chevalier,  avoeecq  le  perverse  fortune  de  li, 
qui  tourna  tout  à  un  fais  sour  li,  le  menèrent  si  avant 
qu'il  en  morut.  Et  ossi  ont  fait  toutes  les  cappitainnes  10 
de  Gand,  ou  quoiement  ou  ouvertement,  qui  ont  tenu 
et  soustenu  rébellion  encontre  leur  signeur,  et  ossi 
ont  moult  d'autres  gens  de  la  ville  de  Gand,  meisme- 
ment  ceulx,  espoir,  qui  couppe  n'i  avoient,  sicom 
vous  orés  recorder  de  point  en  point  en  l'istoire  chi  15 
iq>rès. 

§  807.  Quant  Piètres  dou  Bos  vél  que  la  ville  de 
Gaind  afoiblissoit  de  cappitainnes,  et  se  trouvoit  enssi 
que  tous  seux,  et  que  li  riche  homme  se  commenchoient 
à  taner  et  à  lasser  de  la  guerre,  si  se  doubta  trop  fort  20 
et  imagina  que,  se  par  nul  moiien  dou  monde  pais  se 
faissoit  entre  le  conte  et  la  ville  de  Gaind,  quels  trai- 
tiés  ne  quels  loiens  de  pais  ne  d'acord  que  il  i  eust, 
il  convenoit  que  il  i  mesist  la  vie.  [Si]  li  ala  souvenir 
et  souvenoit  souvent  de  Jehan  Lion,  qui  fu  ses  maistres,  25 
et  par  quel  art  il  avoit  ouvret  ;  il  veoit  bien  que  ils  tous 
seuls  ne  pooit  avoir  tant  de  sens  ne  de  poissance  que 
de  gouvrener  le  ville  de  Gaind,  et  n'en  voloit  mies 
avoir  le  principal  fais,  mais  il  voUoit  bien  de  toutes  les 
folles  emprisses  couvertement  avoir  le  seing.  Si  se  30 
avissa  adont  d'un  homme  de  quoi  en  la  ville  de  Gaind 

x-6 


82  GHRONIQUBS  DB  J.  FROI88ART.  [I38IJ 

on  ne  se  donnoit  garde,  sage  jovene  homme  assés, 
mais  ses  sens  n'estoit  poiot  oongneus  ne  on  n'en  avoit 
eu  jusques  à  che  jour  que  faire.  £t  celli  on  appelloit 
Phelippre  d'Ârtevelle,  et  fu  fils  ancbiennement  de 
5  Jaque  d'Artevelle,  lequel»  en  son  tan^[>s,  eut  sept  ans 
tout  le  gouvrenement  de  le  conté  de  Flandres  ;  et  avoit 
dis  Piètres  dou  Bos  trop  de  fois  oï  reoorder  Jdian 
Lion,  son  maistre,  et  les  anchiiens  de  Gaind,  que 
onques  li  païs  de  Flandres  ne  fu  si  cremus,  si  amés 

iO  ne  si  honnourés  que  le  tams  que  Jaques  d'Artevelle  en 
ot  le  gouvrenement,  et  enoores  dissoient  li  Gantois 
tous  les  jours  :  c  Se  Jaques  d'Ârtevelle  vivoit,  nos 
cosses  seroient  en  boin  estât,  nous  ariens  pais  à  nostre 
voUenté,  et  seroit  nos  sires  li  contes  tous  liés,  quant  il 

15  nous  poroit  tout  pardonner.  >  Piètres  dou  Bos  s'avisa 
de  soi  meïsmest  sur  ces  paroUes  et  regarda  que  Jaques 
d'Ârtevelle  avoit  un  fil  qui  s'appelloit  Phelippe,  assés 
convegnable  et  gracieux  homme,  que  la  roïne  d'En- 
gletière  Phelippe  avoit  anchienement,  dou  tamps  que 

20  elle  reposoit  à  Gand  et  que  li  sièges  fu  devant  Tour- 
nai, levé  sus  fons,  et  contre  la  roine  il  ot  à  non  Phe- 
lippes.  Piètres  dou  Bos  s'en  vint  un  soir  dbiés  ce  Phe- 
lippe, qui  demoroit  avoecques  sa  damoiselle  de  mère, 
et  vivoient  de  leurs  rentes  tout  bellement.  Piètres  dou 

25  Bos  s'aquinta  de  lui  de  parolles,  et  puis  li  ouvri  la 
matère  pour  quoi  il  estoit  là  venus,  et  li  dîst  enssi  : 
c  Phelippe,  se  vous  voilés  entendre  à  mes  parolles  et 
croire  mon  conseil,  je  vous  ferai  le  plus  grant  de  toutes 
Flandres.  >  —  c  Gonmient  le  me  ferés  vous?  dist  Phe- 

30  lippes.  »  —  c  Je  le  vous  ferai  par  telle  manière,  dist 
Piètres  dou  Bos,  [que]  vous  ares  le  gouvrenement  et  la 
menistration  de  la  ville  de  Gaind,  car  nous  sommes  en 


[1981]  UVRB  DIUXnfellB,  g  207.  88 

presmit  en  graot  nécessité  de  avoir  un  souverain  cap- 
pitainne  de  bon  non  et  de  bonne  renommée,  et  vos 
pères,  Jaques  d'Artevelle,  resusite  maintenant  en 
ceste  ville  par  le  bonne  memore  de  li,  et  dient  toutes 
gens,  et  il  dient  voir,  que  onques  li  pals  de  Flandres  5 
ne  fo  si  bien  gouvrenés,  tant  amés  ne  tant  cremus  ne 
honnoorés  comme  il  fu  de  son  vivant.  Legîerement 
vous  meterai  en  son  lieu,  se  vous  volés,  et,  quant 
vous  i  serés,  vous  vous  ordonnerés  par  mon  conseil, 
tant  que  vous  ares  apris  la  manière  et  le  [stille]  dou  10 
fait,  ce  que  vous  ares  apris  tantos.  >  Pbelippes,  qui 
avoit  eage  de  homme  et  qui  par  nature  desiroit  à  estre 
avanchiés  et  honnourés  et  avoir  de  la  chavance  plus 
qu'il  n'eust,  respondi  :  c  Piètre,  vous  me  oflBrés  grant 
cose,  et  je  vous  en  crerai  ;  et,  se  je  sui  en  Testât  que  15 
voua  me  dites,  je  vous  jur  par  ma  foi  que  je  ne  ferai  ja 
riens  hors  de  vostre  conseil.  >  Respondi  Piètres  dou 
Bos  :  c  Sarés  vous  faire  le  cruel  et  le  hauster?  car 
uns  sires,  entre  communs  et  par  espedal  à  ce  que  nous 
avons  à  Cadre,  ne  vault  riens,  se  il  n'est  cremus  et  20 
redoubtés  et  renommés  à  le  fois  de  cruauté.  Enssi 
voellent  Flament  estre  mené,  ne  on  ne  doit  entre  euls 
[tenir]  conte  de  vies  d'ommes  ne  avoir  pité  nient 
phs  que  des  arondiaulx  ou  aloettes,  c'on  prent  en  leur 
saisson  pour  mengier.  >  '-  c  Par  ma  foil  respondi  25 
Phelippes,  je  sarai  bien  tout  ce  faire.  >  —  €  Et  c'est 
bien,  dis!  Piètres,  et  vous  serés  tels  que  je  pensse, 
souverains  de  tous  les  autres.  >  Â  ces  mos,  il  prist 
oongiet  de  li ,  et  se  parti  de  son  hostel  et  retourna 
[au]  sien.  30 

La  nuit  passa,  li  jours  vint  :  Piètres  dou  Bos  s'en 
vbt  en  une  place  où  il  avoit  plus  de  trois  mille  hommes 


84  GHRONIQUKS  DB  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

de  oeulx  de  sa  sexte  et  des  autres,  qui  là  estoient 
asamblé  pour  olr  nouvelles  et  pour  savoir  comment 
on  se  ordonneroit  et  qui  on  feroit  à  cappilainne.  Et  là 
estoit  li  sires  de  Hersselles,  par  lequel  en  partie  des 
5  besongnes  dedentrainnes  de  Gaind  on  usoit,  mais  de 
aler  au  dehors  il  ne  s'en  voloit  de  riens  ensongniier  ne 
traitiier.  Là  nommoit  on  aucuns  hooames  de  la  ville, 
et  Piètres  dou  Bos  escoutoit  tout.  Quant  il  ot  assés  ol 
parler,  il  esleva  sa  vois  et  dist  :  c  Signeur,  je  croi 

10  bien  que  ce  que  vous  dites  est  par  grant  afection  et 
délibération  de  corage  que  vous  avés  à  garder  Tonneur 
et  le  pourfit  de  la  bonne  ville  de  Gaind,  et  que  cil  que 
vous  gommés  sont  bien  idone  et  mérite  d'avoir  une 
partie  dou  gouvrenement  de  la  ville  de  Gaind,  mais 

15  j'en  sai  un  qui  point  n'i  vise  ne  ne  pensse,  que,  se  il 
s'en  voloit  ensongniier,  il  n'i  poroit  avoir  plus  propisce 
ne  de  milleur  non.  >  Dont  fu  Piètres  dou  Bos  requis 
que  il  vosist  celi  nommer  ;  il  le  nomma  et  dist  :  c  C'est 
Phelippes  d'Ârtevelle,  qui  fu  tenus  as  fons  en  l'église 

20  de  Saint  Pière  de  Gaind  de  la  noble  rolne  d'Engletière, 
que  on  appella  Phelippe,  et  qui  fil  sa  marine,  en  che 
tamps  que  ses  pères.  Jaques  d'Ârtevelle,  seoit  devant 
Tournai  avoecques  le  roi  d'Engletière,  le  duc  de  Brai- 
bant,  le  duc  de  Guerlles  et  le  conte  de  Hainnau,  liquels 

25  Jaques  d'Artevelle,  ses  pères,  gouvrena  en  son  tamps 
la  ville  de  Gaind  et  le  païs  de  Flandres  si  très  bien 
que  onques  puis  ne  fu  si  bien  gouvrenés,  à  ce  que 
j'en  ai  [ol]  et  oc  encores  recorder  tous  les  jours 
les  anchiens  qui  le  connissance  en  eurent,  ne  ne  fu 

30  onques  si  bien  tenus  ne  gardés  en  droit  que  il  fu  de 
son  tamps,  car  Flandres  estoit  un  tamps  toute  perdue, 
quant  par  son  grant  sens  et  l'eur  de  li  il  le  recouvra. 


[1381]  UVBB  BEUXIÈU,  i  208.  85 

Et  sacfaiés  que  nous  devoDft  mieux  amer  les  branques 
et  les  meidi>re8  qui  viemient  de  si  Taillant  homme  qui 
fti  que  de  nul  autre.  >  Sitost  que  Piètres  dou  Bos  ot 
dist  oeste  paroUe,  Phelippes  d'ÂrteTelle  entra  en  toutes 
manières  de  gens  si  en  corage  que  on  dist  tout  de  une  5 
vois  :  €  On  le  voist,  on  le  voist  querre  !  Nous  ne  volons 
autre.  >  —  c  Nenil,  dist  Piètres  [dou  Bos],  nous  ne 
Tenvoierons  point  querre.  Il  vault  bien  que  on  voist 
vers  li  ;  encores  ne  savons  nous  comment  il  se  vaura 
maintenir  ne  de  nous  soi  ensonniier.  >  iO 

§  208.  Â  ces  mos,  se  missent  tout  cil,  qui  là  estoient, 
et  encores  plus  assés,  qui  les  sieuoient,  au  chemin,  et 
vinrent  vers  le  maison  Phelippe,  qui  de  leur  venue 
estoit  tous  avissés.  Li  sires  de  Herselles,  Piètres  dou 
Bos,  Piètres  le  Wintre  et  environ  dis  ou  douse  des  15 
doiiens  des  mestiers  entrèrent  en  sa  maisson  et  là  [li] 
requesrent  et  li  remonstrèrent  comment  la  bonne  ville 
de  Gaind  estoit  en  grant  dangier  d'avoir  un  souverain 
cappitaine,  auquel  hors  et  ens  on  se  peust  raloiier,  et 
que  toutes  manières  de  gens  demorant  en  Gaind  li  20 
domioient  leur  vois  et  Tavoient  avisset  à  estre  leur 
souverains  cappitains,  car  li  recorps  de  son  boin  nom, 
et  pour  Tamour  de  son  bon  père,  leur  ceoit  mieux  en 
la  bouce  que  de  nul  autre  :  pour  quoi  il  li  prioient 
affectueusement  que  de  bonne  volenté  il  se  vausist  25 
emprendre  d'avoir  le  gouvrenement  de  la  ville  et  le 
fais  des  besongnes  ens  et  hors  ;  et  il  li  juroient  foi  et 
loiaulté  [entérinement]  comme  à  leur  signeur,  et 
feroient  toutes  gens,  com  grans  qu'il  fuissent  en  la 
ville,  venir  à  son  obéissance.  Phelippes  entendi  bien  30 
tontes  leurs  requestes  et  paroUes,  et  puis  moult  sage- 


86  CHROKIQUSS  BX  1.  FR0IS8ABT.  [1381] 

meDt  il  respondi  et  dirt  emsi  :  t  Signeor,  vous  me 
requerés  de  grant  cose,  et,  espoir,  vous  ne  penssés 
mie  bien  le  fais  tel  comme  il  est,  quant  vous  voilés  que 
je  aie  le  gouvrenement  de  la  ville  de  Gaind.  Vous  dites 

5  que  Famour  que  vostre  predicesseur  eurent  à  mon  père 
vous  i  atrait  :  quant  il  eut  fait  tous  les  plus  biaus  ser- 
vices comme  il  peut,  il  l'ochirent.  Se  je  emprendoie  le 
gouvrenement  tel  que  vous  dites,  et  j'en  finsse  enfin 
ochis,  j*en  aroie  petit  leuwier  et  povre  guerredon.  »  ->• 

10  c  Phelippe,  dist  Piètres  dou  Bos,  qui  happa  la  parolle  et 
qui  estoit  li  plus  doublés,  ce  qui  est  passé  ne  poet  on 
recouvrer.  Vous  ouverés  par  conseil  et  vous  serés 
tousjours  si  bien  consiUiés  que  toutes  gens  se  loeront 
de  vous.  >  Respondi  Phelippes  :  c  Je  ne  le  vorroie 

15  mie  faire  autrement.  >  Àdont  fii  il  là  eslevés  entre  eus 
et  amenés  ou  marchiet  et  là  sermentés  ;  et  il  serments 
ossi  les  maieurs  et  les  eschievins  et  tous  les  doiens  de 
Gaind.  Enssi  fu  Phelippes  d'Artevelle  souverains  cap- 
pitains  de  Gaind,  et  aquist  en  ce  oommenchement 

20  grant  grâce,  car  il  parloit  à  toutes  gens,  qui  [à  lui]  à 
besoingnier  avoient,  doucement  et  sagement,  etfisttant 
que  tout  Tamoient,  et,  une  partie  des  revenues  que  li 
contes  de  Flandres  a  en  le  ville  de  Gaind  de  sen  hire- 
tage,  il  les  fist  distribuer  au  signeur  de  Herselles,  pour 

25  cause  de  gentillèce  et  pour  parmaintenir  au  chevalier 
son  estât,  car,  tout  ce  qu'il  avoit  en  Flandres  hors  de 
la  ville  de  Gaind,  il  avoit  tout  perdu. 

Nous  nos  soufferons  un  petit  à  parier  des  matères 
de  Flandres,  et  parlerons  des  besongnes  d'Engletière 

30  et  de  Portingal. 

g  809.  Vous  avés  bien  ohi  dessus  ol  reoorder  que. 


fl38l]  UVBB  DKUZitlB,  g  209.  87 

quant  li  nrâ  Henris  de  Gastille  fii  trespaaaés  de  che 
dède  et  ses  ainsnés  fils  dans  Jehans  oouroimés  à  ixm 
et  sa  moallier  couronnée  à  roïne,  laquelle  estoit  fille 
dou  roi  Piètre  d'Aragon,  la  guerre  se  resmut  entre  le 
roi  Ferrant  de  Portingal  et  le  roi  de  Gastille  sus  oer^  5 
tainnes  actions  qui  estoient  entre  eux  deus,  et  princhi- 
palment  pour  le  fait  des  deus  dames,  filles  dou  roi 
dan  Piètre,  Gonstanse  et  Isabel,  mariées  en  Engletière, 
la  première  au  duc  de  Lancastre  et  la  seconde  au  conte 
de  Gambruge.  Et  disoit  cils  rois  de  Portingal  que  on  iO 
avoit  à  tort  et  sans  cause  deshireté  ses  deus  cousines 
de  Gastille,  et  que  ce  n'estoit  pas  cose  à  consentir  que 
deus  si  nobles  et  si  hautes  dames  fuissent  planées  de 
leurs  hiretages,  et  que  les  coses  se  porment  bien  tant 
enviesir  et  eslongier  que  on  les  meteroit  en  oubli,  pour  15 
quoi  les  dames  ne  retourneroient  jamais  à  leur  droit, 
laquel  cose  il  ne  voloit  pas  veoir  ne  consentir,  qui 
estoit  li  uns  des  plus  prochains  que  elles  euissent,  tant 
pour  Famour  de  Dieu  que  pour  aidier  à  garder  raison 
et  justice,  à  quoi  tout  bon  crestiien  doivent  entendre  SO 
et  estre  enclin.  Si  deflSa  le  jone  roi  dam  Jehan  de  Gas- 
tille, que  toute  Espagne,  Galise  et  Sebille  avoient  cou- 
ronnet,  et  li  fist  guerre  sus  le  tiUe  des  articles  ci  des- 
sus dis.  Li  rois  dans  Jehans  se  deffendi  grandement  à 
rencontre  de  li  et  envoiia  sus  frontière  en  ses  garnis-  25 
sons  grant  fuisson  de  gens  d'armes  et  de  géniteurs, 
pour  résister  contre  ses  ennemis,  tant  que  à  che  com- 
mendiement  il  ne  perdi  riens,  car  il  avoit  de  la  sage 
et  bonne  chevalerie  de  France  avoecques  lui,  qui  le 
confortoient  en  sa  guerre  et  consilloient,  tel  que  le  SO 
Bèghe  de  Vellainnes  et  messire  Pierre,  son  fil,  messire 
Jehan  de  Berguettes,  messire  Guillaume  de  [lingnac]. 


88  CHRONIQUES  DB  J.  FR0I8SART.  [1381] 

messire  Gautier  de  Pasac,  le  signeur  de  Taride,  me»- 
sire  Jehan  et  messire  Tristram  de  Roie  et  pluiseurs 
autres  qui  i  estoient  aie  depuis  que  li  contes  de  Boih 
quighem  fu  venus  en  Bretaigne,  car  li  rois  de  France, 
5  qui  grans  aliances  et  grans  confédérations  avoit  au  roi 
de  Gastille,  et  ont  eut  longuement  ensamble,  les  i  avmt 
envoies,  pour  quoi  li  rois  de  Portingal  s'avisa  que  il 
envoieroit  certains  messages  en  Ëngletière  devers  le 
roi  et  ses  oncles,  affin  que  il  ftist  aidiés  et  confortés  de 

10  ses  gens,  par  quoi  il  fust  fors  et  poissans  de  faire  une 
bonne  guerre  as  Ëspagnos.  Si  appella  un  sien  cheva- 
lier, sage  homme  et  vaillant  et  grant  treteur,  qui  s*ap- 
pelloit  Jehan  Frenando,  et  li  dist  toute  se  ent[ent]e  : 
c  Jehan,  vous  me  porterés  ces  lettres  de  créance  en 

i5  Ëngletière.  Je  n'i  puis  envoiier  plus  especial  de  vous 
ne  qui  mieux  sache  mes  besongnes,  et  me  reconmian- 
dés  au  roi  avoecq  les  lettres,  et  li  dires  que  je  sous- 
tieng  le  droit  de  mes  cousines,  les  hiretières  d'Espagne 
et  de  Gastille,  ses  belles  antes,  et  en  fac  guerre  ou- 

20  verte  à  ceii  qui  s'est  boutés  et  mis  par  le  poissanoe 
de  France  en  leur  hiretage,  et  je  ne  sui  mies  fors  ne 
poissans  de  moi  pour  résister  à  l'encontre  d'euls  ne 
conquerre  tels  hiretages  comme  Gastille  et  Espagne, 
Galise  et  Sebille  sont,  sans  sen  aide  :  pour  quoi  je  li 

25  priie  que  il  me  voelle  envoiier  son  bel  oncle  le  duc  de 
Lancastre,  sa  femme  et  sa  fille,  mes  cousines,  et  une 
quantité  de  gens  d'armes  et  d'archiers  ;  et  nous  ferons, 
eux  venus  par  dechà,  bonne  guerre  avoecq  le  poissance 
nostre,  [tant]  que  nous  recouverons,  au  plaisir  de  Dieu, 

30  leur  hiretage.  >  —  c  Monsigneur,  dist  li  chevaliers,  à 
vostre  plaisir  je  ferai  vostre  message.  >  Depuis  ne 
demora  il  gaires  de  tamps  que  il  entra  en  un  bon  vais- 


[4381]  LIVBI  DKUXiiliB,  S  210.  89 

sid  et  fort,  pour  foire  die  voiage,  et  se  parti  dou 
hayene  de  la  diité  de  Lusebonne,  et  diemioa  tant 
par  mer  que  il  vint  à  Pleumoude. 

Eu  celle  propre  heure  et  en  die  propre  jour  et  de 
celle  marée  i  arivèreot  li  contes  de  Bouquighem  et    5 
aucuns  de  ses  vaissaulx  qui  retourooient  de  Bretaigne, 
et  vous  di  que  li  Englès  avoient  eut  si  grant  fortune 
sur  mer  que  il  avoient  perdu  trois  de  leurs  vaissaulx , 
cargiés  de  gens  et  de  pourveances,  et  estoient  espars 
par  mauvais  vent  et  arivet  en  grant  péril  en  trois  iO 
havenes  en  Engletière.  De  la  venue  dou  chevalier  de 
Portingal  fo  grandement  resjols  li  contes  de  Bouqui- 
ghem et  li  fist  très  bonne  chière,  et  li  demanda  des 
nouvelles  :  il  l'en  dist  assés,  tant  d'Espagne  comme  de 
Portingal.  Si  chevauchièrent  depuis  ensamble  jusques  i5 
à  la  bonne  citté  de  Londres,  où  li  rois  d'Engletière 
estoit. 

§  SI  0.  Quant  li  contes  de  Bouquighem  fii  venus  à 
Londres,  li  Londriien  li  fissent  bonne  chière.  Si  s'en 
ala  déviera  le  roi,  qui  estoit  à  Westmoustier,  et  si  doi  20 
onde  dallés  li,  le  duc  de  Lancastre  et  le  conte  de  Gam- 
bruge,  et  avoit  le  dievalier  de  Portingal  en  sa  compai- 
gnie,  pour  lequel  il  parla  premièrement  au  roi  et  à  ses 
firères.  Quant  li  rois  et  li  seigneur  dessus  nommé  en 
eurent  la  congnissance,  si  en  fissent  grant  samblant  de  25 
joie  et  l'onnourèrent  moult.  Il  présenta  ses  lettres  au 
roi  :  li  rois  les  lissi,  présent  ses  oncles.  Or  devés  vous 
savoir  que  li  rois  ne  faissoit  riens  fors  par  le  conseil 
de  ses  oncles,  car  pour  che  tamps  il  estoit  encores 
moult  jovenes.  Si  fo  li  chevaliers  demandés  et  exami-  30 
nés,  pourtant  que  il  avoit  aportés  les  lettres  de  créance. 


90  GHROinQITSB  DB  J.  FBOBftART.  [1381] 

SU8  quel  estât  il  e8t[oit]  issus  hors  de  Portingal  et  Tenus 
en  Engletière.  U  en  leur  respondi  bellement  et  sage- 
ment selonc  le  prémisse  que  vous  avés  oï  dû  dessus  ; 
et,  quant  U  signeur  Teurent  bien  entendu,  si  respon- 

5  dirent  liement  et  dissent  :  <.  Grant  merdiis  à  mon 
cousin  le  roi  de  Portingal,  quant  si  avant  il  se  boutç 
en  nos  besongnes  que  il  en  fait  guerre  à  nostre  aver- 
saire  ;  et  oe  que  il  requiwt,  c'est  requeste  raisonnable; 
si  sera  aidiés  bastéement,  et  ara  li  rois  avis  comment  il 

10  i  ordonnera.  >  Àdont  n'i  eut  plus  parolle.  Li  cheva- 
liers estraingnes,  pour  Tamour  des  nouvelles  que  il 
avoit  aporté  plaisans  au  duc  de  Lancastre  et  au  conte 
de  Gandt>ruge,  fu  festiiés  et  disgna  dalés  le  roi,  et  puis 
demora  il  là  environ  quinse  jours  as  octavlesde  le  Saint 

15  Gorge,  dont  li  rois  d'Engletière  et  si  oncle  avoient 
festiiet  la';feste  eus  ou  chastiel  de  Windesore.  Et  là  fa 
messires  Robers  de  Namur,  liquels  estoit  aies  veoir  le 
roi  et  relever  ce  que  il  tenoit  de  lui  en  Engletière,  et 
là  furent  li  parlement  et  li  conseil  d'Engletière  asignet 

20  à  estre  à  Londres,  c'est  à  entendre  au  palais  de  West- 
moustier.  Je  vous  dirai  pour  quoi  :  tant  pour  les 
besongnes  de  Portingal  qui  estoient  frescement  venues 
que  pour  les  Esoos,  car  les  trieuwes  falloient  entre 
euls  et  les  Englès  le  premier  jour  de  juing.  Si  eurent 

25  là  li  prélat  et  li  baron  d'Engletière  grans  conssaus 
ensamble  comment  il  poroient  de  ces  deus  coses  ordon- 
ner, et  estoient  en  estât  de  envoiier  le  duc  de  Lancastre 
en  Portingal,  et  disoient  que  ce  estoit  uns  trop  longs 
volages  pour  lui  et  que,  se  il  i  aloit,  on  s'en  poroit 

30  bien  repentir,  car  il  entendaient  que  li  Escot  faissoient 
grant  aparant  pour  entrer  en  Engl^ère.  Si  fu  consil- 
lié  determinéement  pour  le  milleur  que  li  dus  de  Lan- 


[mi]  UTBS  DSUXiillB,  I  Ui.  91 

oasire,  qui  ooognissoît  le  marce  d'Escoce  et  lea  Bsoos, 
voit  sur  les  frontières  d'Esooce  et  saroit  ooioment  li 
Eaoot  se  voroient  mainteoir,  car  mieux  s'en  saroîf 
ensongniier  de  traitiier  que  nuls  hauls  barons  d'Ëogle- 
tière,  et  feraient  li  Escot  plus  pour  li  que  pour  nul  5 
autre  ;  et  li  contes  de  Gambruge,  atout  cinc  cens  lances 
et  otant  d'archiers,  ferait  le  voiage  de  Portingal,  et, 
se  U  dus  de  Lancastre  pooit  tant  exploitier  as  Escos 
que,  à  Tonneur  dou  raiaubne  d'Engletière ,  unes 
trieuwes  fuissent  prisses  à  durer  trais  ans,  il  i  poroit  M 
bien  aler,  se  li  rais  le  trou  voit  en  oonsel,  sour  le  mois 
d*aoust  ou  [sour]  le  septembre  en  Portingal  et  ren- 
fordbier  Tarmée  de  son  frère.  Et  encore  i  avoit  un 
autre  point  pour  quoi  li  dus  de  Lancastre  besongnoit 
à  demorer  en  En^etière,  che  estoit  pour  ce  que  li  rois  15 
d'Eogktière  avoit  renvoiiet, certains  oiessages  avoecq 
le  duo  de  Tassem  et  l'arcevesque  de  Havane  deviers  le 
rai  d'ÂUemaigne,  pour  avoir  sa  sereur  à  moullier  ou 
pour  savoir  comment  il  en  serait,  car  on  en  estoit  en 
grans  tretiés  et  avoit  on  estet  plus  d'un  an.  Si  i  estoient  80 
d'Engletière  li  evesques  de  Saint  David  et  messires 
Sîmons  Burlé,  pour  toutes  ces  coses  oonfremer  au 
mieux  que  on  poroit.  A  ce  conseil  s'acordèrent  li  rois 
et  tout  li  signeur,  et  se  départi  li  parlemens  sour  cel 
estât,  et  fur^it  nonunet  et  escript  li  baron  et  li  cheva*  25 
lier  qui  en  Portingal  iroient  avoecques  le  conte  de 
GamlHruge. 

%  Sif.  Li  dus  de  Lancastre  ordonna  toutes  ses 
besongnes  et  se  départi  dou  roi  et  de  ses  frères,  et, 
au  congiet  prendra  au  conte  de  Gambruge,  son  frère,  30 
il  li  jura  par  sa  foi  kûaulment  que,  li  revenu  d'Escoce, 


92  GHR0NIQTJB8  DB  J.  FR01S8ART.  [4381] 

il  ordonneroit  tellement  seg  bdsongnes  que  il  le  aieu- 
roit  bastéement  en  Portingal,  voire  se  plus  grans 
empechemens,  que  il  ne  veoit  enoores,  ne  estoient 
apparant  en  Engletière  n'i  avenoient.  Sus  cel  estât, 
5  se  départi  li  dus  de  Lancastre  et  prist  le  diemin  d'Es- 
ooce,  et  chevauooit  tant  seullement  li  et  ses  hostés. 

Enoores  en  che  parlement  darrainement  fait  à  Lon- 
dres, fu  ordonnés  messires  Henris  de  Persi,  contes  de 
Northombrelande,  à  estre  regars  de  toute  la  terre  de 
10  Northombrelande  et  de  Fevesquiet  de  Durâmes,  ren- 
trant jusques  en  Galles  et  la  rivière  de  Saverne.  Si  se 
départi  de  Londres  pour  aler  celle  part,  mais  che  fu 
quinse  jours  apriès  chou  que  li  dus  de  Lancastre  fii 
partis.  Ossi  se  départi  dou  roi  et  dou  conte  de  Bou- 
ts quighem,  son  irère,  li  contes  de  Gambruge,  pour  aler 
ens  ou  voiage  que  il  avoit  empris.  Si  fist  faire  ses  pour- 
veances  à  Pleumoude,  un  port  sus  mer  en  la  conté  de 
Barquesière,  et  s'en  vint  là  tout  premiers  et  enmena 
avoecques  lui  sa  femme,  madame  Isabel,  et  sen  fil 
20  Jehan,  et  estoit  li  intention  de  li  telle,  et  il  Tacompli, 
que  il  les  menroit  en  Portingal.  Avoec  le  conte  de  Gam- 
bruge estoient  de  signeurs  :  premièrement  messires 
Mahieux  de  Gournai,  connestables  de  Tost,  messires  li 
canonnes  de  Robersart,  messires  [Raimons]  de  Gastiel 
25  Noef ,  messires  Guillaume  de  Biaucamp ,  mareschaulx 
de  Fost,  le  soudich  de  l'Estrade,  le  signeur  de  la  Barde, 
le  signeur  de  Thaleboz,  messires  Guillaume  Heimen, 
messires  Thumas  Simon,  Milles  de  Windesore,  mes- 
sires Jehans  de  [Sandevich]  et  pluiseurs  autres;  et 
30  estoient  le  somme  de  cinc  cens  hommes  et  otant  d'ar^ 
diiers.  Si  vinraat  cil  signeur  et  leurs  gens  à  Pleumoude, 
et  là  se  logièrent  ou  ens  es  villages  d'environ,  pour 


[!38i]  LIVRS  DBUXIÈMK,  §  241.  98 

attendre  vent  et  carier  leurs  vaissaux  petit  à  petit;  et 
ne  dévoient  passer  nuls  chevaulx,  car  li  chemins  est 
trop  loing  d'Engletière  jusques  à  LuselxHine  en  Portin- 
gal.  Et  estœt  li  chevaliers  portingallois,  messires  Jehans 
[Frenando]  en  leur  compaignie,  qui  s'en  aloit  avoecq  5 
eulx.  Si  séjournèrent  plus  de  trois  sepmaines  sus  le 
mer,  en  faissant  leurs  pourveances  et  en  attendant 
vent,  que  il  avoient  contraire. 

Et  entrues  s'en  aloit  li  dus  de  Lancastre  vers  Escoce, 
et  fist  tant  par  ses  journées  que  il  vint  à  le  chitté  de  iO 
Beruich,  c'est  le  darrainne  ville  à  ce  lés  là  de  toute 
Engletière  ;  et,  quant  il  fut  là  venus,  il  s'i  aresta  et 
envoia  un  hirault  en  Escoce  deviers  le  roi  et  les  barons, 
et  leur  mandoit  que  il  estoit  là  venus  pour  traire  sour 
marce,  enssi  que  d'usage  avoient  eu  dou  tamps  passé,  45 
et,  se  il  se  voloient  traire  avant,  il  en  fust  segnefiiés  : 
autrement  il  savoit  bien  qu'il  en  avoit  à  faire.  Li  hiraus 
dou  duc  parti  de  Bervich  et  chevaucha  vers  Hainde- 
bourcq,  où  li  rois  Robers  d'Escoce,  li  contes  de  Dou- 
glas, li  contes  de  le  Mare,  li  contes  de  Mouret  et  li  20 
baron  d'Escoce  estoient  tout  asamblé,  car  il  avoient  ja 
entendu  que  li  dus  de  Lancastre  venoit  celle  part  pour 
tndtier  à  euls,  et  pour  che  s'estoient  il  mis  en  la  sou- 
verainne  ville  d'Escoce,  sus  les  frontières  d'Engletière, 
tout  ensamble,  et  enssi  les  trouva  li  hiraus  d'Engle-  25 
tière  envoies  de  par  le  duc  de  Lancastre,  liquels  fist 
son  message  bien  et  à  point,  et  fu  bien  et  volentiers 
OIS,  et  eut  responsse  de  par  les  signeurs  d'Escoce  qui 
li  dissent  enssi  que  volentiers  il  croient  le  duc  parler. 
Si  rapporta  li  hiraus  sauf  conduit  pour  le  duc  de  Lan-  30 
castre  et  toutes  ses  gens,  à  durer  tant  comme  il  seroient 
sur  maroe  et  que  il  parlementeroient  ensamble.  Et  s'en 


M  GHBONIQUBS  DE  J.  FROI88ART.  [1381] 

retourna  li  hiraus  confortés  et  pourveos  des  assen- 
ranoes,  et  retourna  à  Bervich^  et  monstra  au  duc  tout 
ce  que  fait  avoit.  Sur  ce,  li  dus  de  Lancastre  se  départi 
de  Bervidi,  mais  à  soa  département  il  laissa  toutes  ses 
5  pourveances  en  la  ville,  et  puis  prist  le  chemin  de 
Rosebourc,  et  là  se  loga  une  nuit,  et  à  Tendemain  il 
s'en  vint  logier  en  Tabbele  de  Maures  sur  la  [Tuide] 
(c'est  une  abbeïe  qui  départ  les  deus  roiaulmes,  Escoce 
et  Engletière),  et  là  se  tint  li  dus  et  ses  hostels  tant 

10  que  li  Escot  furent  venu  à  la  [llorlane],  à  trois  petites 
liewes  de  là;  et,  quant  il  furent  venu,  li  dus  en  fo 
segnefiiés.  Si  commenchièrent  li  traitiet  et  li  parlement 
entre  les  Escos  et  les  Englès,  et  durèrent  plus  de  quinse 
jours. 

15  En  ces  tretiés  durans  et  parlemens  fiussans,  avinrent 
en  Engletière  très  grans  meschiés  de  rebellions  et  de 
esmouvement  de  menu  peuple,  par  lequel  fait  Engle* 
tière  en  fîi  sus  le  point  que  de  estre  toute  perdue  sans 
recouvrier,  ne  onques  roiaulmes  ne  pals  n'en  fu  [en 

^0  si]  grant  péril  ne  aventure  comme  il  le  fu  en  celle 
saisson  ;  et,  pour  la  grant  aisse  et  craisse  où  li  menus 
peuples  d'Engletière  gratoit  et  vivoit,  s'esmut  et  esleva 
ceste  rébellion,  enssi  que  jadis  s'esmurent  et  eslevèrent 
en  France  li  Jaque  Bonhomme,  qui  i  fissent  moult  de 

25  maulx  et  par  quels  inddensses  li  nobles  roiaulmes  de 
France  a  esté  moult  grevés. 

§  SIS.  Ghe  fu  une  m» villeuse  cose  et  de  povre  fon* 

dacion,  dont  ceste  pestiUensse  commendia  en  Engle* 

tière  ;  et,  pour  donner  exemple  à  toutes  manières  de 

30  bonnes  gens,  j'en  parlerai  et  le  remonstrerai  selonc  ce 

que  dou  hii  et  de  le  incidensse  j'en  foi  adont  infour- 


[1381]  UTBB  DSUnilB,  1 212.  §5 

mes.  Uns  usageB  est  en  Engletière,  et  OBsi  est  il  en 
ploiseiirs  pals,  que  li  noble  ont  grant  firancisse  sus 
leurs  hommes  et. les  tiennent  en  servage,  c'est  à  en- 
tendre que  il  doivent  de  droit  et  par  coustume  labou- 
rer les  terres  des  gentils  hommes,  quellier  les  grains  5 
et  amener  à  Tostd,  mettre  en  la  grange,  batre  et  vaner, 
et  par  servage  les  fains  fener  et  amener  à  Fostel,  hi 
busce  copper  et  amènera  Tostel,  et  toutes  telles  oevres  ; 
et  doient  cU  homme  tout  ce  faire  par  servage  as 
signeurs,  et  trop  plus  grant  fuisson  de  tels  gens  a  en  10 
Engletière  que  ailleurs,  et  en  sont  li  gentil  homme  et 
li  prélat  ou  doient  estre  servi,  et  par  especial  en  la 
conté  de  Kemt,  d'Exsexs,  de  Sousexs  et  de  [BetefordeJ 
en  i  a  plus  que  eus  ou  demorant  de  toute  Engletière. 

Ghes  meschans  gens  ens  es  contrées  que  j'ai  nom-  15 
mées  se  c(»nmenchièrent  à  eslever,  pour  che  que  il 
dissoient  que  on  les  tenoit  en  trop  grande  servitude, 
et  que  au  commenchement  dou  monde  il  n'avoit  esté 
nuls  sers  ne  nuls  n*en  pooit  estre,  se  il  ne  faissoit  tralh 
son  envers  son  signeur ,  enssi  comme  Lucifer  fist  envers  20 
Dieu  ;  mais  il  n'avoient  pas  celle  taille,  car  il  ne  estoient 
ne  engle  ne  esperit,  mais  homme  fourmet  à  la  sam* 
blance  de  leurs  signeurs,  et  on  les  tenoit  comme  bestes, 
laquel  cose  il  ne  voloient  ne  pooient  plus  souffrir,  mais 
voloient  estre  tout  un,  et,  se  il  labouroient  ou  fais-  25 
soient  aucuns  labourages  pour  leurs  signeurs,  il  en 
voloient  avoir  leur  salaire. 

En  ces  esrederies  les  avoit  dou  tamps  passrt  gran- 
dement mis  et  boutés  uns  fok  prestres  d'Engletière, 
de  la  conté  de  Kemt,  qui  s'appelloit  Jehans  Balle,  et,  30 
pour  ses  folles  paroUes,  il  en  avoit  jeut  en  prison 
devers  Taroevesque  de  Gantorbie  par  trop  de  fois,  car 


96  GHRONIQtniB  OB  J.  FROISSàRT.  [1384] 

cils  Jehans  Balle  avoit  eut  d*usage  que,  les  jours  dou 
diemenoe  après  messe,  quant  toutes  les  gens  issoient 
hors  dou  moustier,  il  s'en  venoit  en  [l'aitre]  et  là  praie- 
choit  et  faissoit  le  peuple  assambler  autour  de  li,  et 
5  leur  dissoit  :  c  Bonnes  gens,  les  coses  ne  poent  bien 
aler  en  Engletière  ne  iront  jusques  à  tant  que  li  bien 
iront  tout  de  conunun  et  que  il  ne  sera  ne  villains  ne 
gentils  homs,  que  nous  ne  soions  tout  ouni.  A  quoi 
faire  sont  cil,  que  nous  nommons  signeur,  plus  grant 

iO  maistre  de  nous?  A  quoi  Font  il  deservi?  Pour  quoi  nous 
tiennent  il  en  servitude?  Et,  se  venons  tout  d'un  père 
et  d'une  mère,  Adam  et  Eve,  en  quoi  poent  il  dire  ne 
monstrer  que  il  sont  mieux  signeur  que  nous,  fors 
parce  que  il  nous  font  gaaignier  et  labourer  ce  que  il 

45  despendent?  Il  sont  vestu  de  velours  et  de  camocas 
fourés  de  vair  et  de  gris,  et  nous  sommes  vesti  de 
povres  draps.  Il  ont  les  vins,  les  espisses  et  les  bons 
pains,  et  nous  avons  le  soille«  le  retrait  [et]  le  paille, 
et  [buvons]  l'aige.  Ils  ont  le  séjour  et  les  biaux  ma- 

20  noirs,  et  nous  avons  le  paine  et  le  travail,  et  le  pleue 
et  le  vent  as  camps,  et  faut  que  de  nous  viengoe  et 
de  nostre  labeur  ce  dont  il  tiennent  les  estas.  Nous 
sommes  appelé  serf  et  batu,  se  nous  ne  faissons  présen- 
tement leur  service  ;  et  [si]  n'avons  souverain  à  qui  nous 

25  nos  puissons  plaindre  ne  qui  nous  en  vosist  oïr  ne  droit 
faire.  Alons  au  roi,  il  est  jovenes,  et  li  remonstrons  nostre 
servitude,  et  li  dissons  que  nous  voilons  qu'il  soit  autre- 
ment, ou  nous  i  pourverrons  de  remède.  Se  nous  i  alons 
dé  fait  et  tout  ensamble,  toutes  manières  de  gens  qui 

30  sont  nonmé  serf  et  tenu  en  servitude,  pour  estre  afran- 
chi,  nous  sieuront.  Et,  quant  li  rois  nous  vera  ou  [orra] , 
ou  bellement  ou  aultrement,  de  remède  il  i  pourvera.  > 


[1381]  uwm  DSUXIÈMB,  s  243.  97 

Enssi  dissmt  cils  Jehans  Balle  et  paroUes  sen^lables 
les  diemenoes  par  usage,  à  Tissir  hors  des  messes  as 
vilages,  de  quoi  trop  de  menues  gens  Fooient.  Li  aucun 
qui  ne  tendoient  à  nul  bien  disoient  :  c  II  dist  voir  !  » 
et  murmuroient  et  recordoient  Tun  à  l'autre  as  camps  5 
ou  alans  leurs  chemins  ensamble  de  village  à  autre  ou 
en  leurs  maisons  :  c  Tels  coses  dist  Jehans  Balle,  et  [si] 
dist  tout  voir.  >  Li  archevesques  de  Gantorbie,  qui  en 
estoit  enfourmés,  faissoit  prendre  che  Jehan  et  le 
mettre  en  prisson,  et  Ti  tenoit  deus  ou  trois  mois  pour  \o 
li  castiier  ;  et  mieux  vausist  que  très  la  première  fois 
il  Teust  condempné  à  tousjours  en  prisson  ou  fait 
morir  que  che  que  il  en  faissoit,  car  il  le  delivroit  et 
n'avoit  point  consience  de  li  faire  morir;  et,  quant 
Jehans  estoit  hors  de  le  prisson  de  Faroevesque,  il  15 
rentroit  en  sa  russe  comme  en  devant. 

De  sa  parolle,  de  sa  vie  et  de  ses  oevres  hreni  avi- 
sât et  enfourmet  trop  grant  fuisson  de  menues  gens  en 
la  citté  de  Londres,  qui  avoient  envie  sur  les  rices  et 
sour  les  nobles,  et  commenchîèrent  à  dire  entre  euls  20 
que  li  roiaulmes  d'Engletière  estoit  trop  mal  gouvre- 
nés,  et  que  il  estoit  d'or  et  d'argent  desroeubés  par 
ceuhc  qui  se  nommoient  nobles  :  si  commenchièrent 
ces  mescheans  gens  en  Londres  à  faire  le  mauvais  et  à 
iaulx  révéler  et  segnefiier  à  ceubc  des  contrées  dessus  25 
dites  que  il  venissent  hardiement  à  Londres  et  ame- 
naîssent  leur  peuple,  il  trouveroient  Londres  ouverte 
et  le  commun  de  leur  acord,  et  feroient  tant  devers  le 
roi  que  il  n'i  aroit  nul  serf  en  Engletière. 

§  SI  3.  A  ces  proumesses  s'esmurent  chil  de  la  conté  30 
de  Kemt,  cil  d'Exsexs,  de  Sousexses,  de  Beteforde  et 

x-7 


96  GHR0NIQUS8  DE  J.  nOISSART.  [1384] 

des  palto  d'eaviroD,  et  se  missent  au  chemin  et  vim^nt 
vers  Londres  ;  [et  se  assemblèrent  de  pluseurs  contrées 
et  de  plaseurs  villages  au  retour  de  Londres] ,  et  estoient 
bien  soissante  mille,  et  avoient  un  souverain  cappitain, 
5  quis'appelloit  Wautre  Tillier  ;  avoecques  li  estoient,  et 
de  sa  compaignie,  Jaque  Strau  et  Jehan  Balle.  Cil  troi 
estoient  li  souverain  cappitainne  de  tous,  et,  le  grigneur 
entre  eubc,  c'estoit  Wautre  Tillier  ;  et  cils  Wautres  estdt 
uns  oouvrères  de  maisons  de  tieulle  :  mauvais  gars  et 

iO  envenimés  estoit.  Quant  ces  mescheans  gens  se  commen- 
chièrent  à  eslever,  sachiés,  li  Londriien,  excepté  cil  de 
kur  sexte,  en  furent  tout  effraé,  et  eurent  conseil  li 
maires  de  Londres  et  li  rice  homme  de  la  ville,  quant 
il  les  sentirent  enssi  venir  de  tous  costés,  que  il  leur 

i5  fremeroient  les  portes  et  n'en  lairoient  nul  entrer  en 
la  ville,  enssi  qu'il  fissent.  Mais,  quant  il  [eurent]  tout 
l'afaire  bien  imaginet,  [il  dissent]  que  non  feraient  et 
que  il  se  metteroient  en  grant  péril  de  tous  leurs  four^ 
bours  ardoir.  Si  leur  ouvrirent  leur  ville,  et  il  i  entrè- 

20  rent  ens  par  [fous]  d'un  village  cent  ou  deus  cens  ou 
vint  ou  trente,  enssi  que  les  villes  estoient  peuplées  ; 
et,  enssi  que  il  venoient  en  Londres,  il  se  logoient.  Et 
sachiés  en  vérité  que  bien  les  troi  pars  de  ces  gens  ne 
savoient  que  il  se  demandoient  ne  qu'il  queroient,  mais 

25  sieuoient  l'un  l'autre,  enssi  que  bestes  et  enssi  que  h 
Pastouriel  fissent  jadis,  qui  dissoient  que  il  aloient 
conquérre  la  Sainte  Terre,  et  puis  tout  ala  à  noient. 
Enssi  venoient  ces  povres  gens  et  cil  villain  à  Londres 
de  cent  lieues,  de  soissante  lieues,  de  quarante  lieues, 

30  de  vint  lieues  et  de  toutes  les  contrées  f environ  Lon- 
dres;  mais  la  grigneur  plenté  en  vint  des  terres  des- 
sus dittes  de  la  conté  de  Kemt  et  d'Exsexs^  et  deman- 


[1S81]  UVRB  DSUXiillS,  S  %i3.  9ft 

doieiit  en  venant  le  roi.  Li  gentil  homme  dou  pais, 
dievalier  et  escoier,  se  commenchièrent  à  doubler, 
quant  il  sentirent  tel  peuple  révéler,  et,  se  il  furent  en 
doubte,  il  i  ot  bien  raison,  car  pour  mains  s'effirée  on 
bien.  Si  se  commendtdèrait  à  mettre  ensamble  au  5 
mieux  et  au  plus  bel  qu'il  peurent» 

En  die  jour  que  ces  meschans  gens  de  la  conté  de 
Kemt  venoient  à  Londres,  retoumoit  de  Gantorlàe  la 
mère  dou  roy  d'Engletière,  la  princesse  de  Galles,  et 
venoit  de  pelerignage.  Si  ra  fu  en  trop  grant  aventure  10 
de  estre  perdue  par  eux,  car  ces  mescans  gens  saloient 
sur  son  char  en  venant  et  li  faissoient  moult  de  des- 
rois, de  quoi  la  bonne  dame  fii  en  grant  esmai  de  li 
meismes  que  par  [aucune]  cose  il  ne  li  fesissent  vio- 
lensse  ou  à  ses  damoiselles.  Toutesfois  Dieux  l'en  garda,  i5 
et  vint  en  un  jour  de  Gantorbie  à  Londres,  ne  onques 
ne  s'osa  anuitier  sour  le  chemin. 

A  ce  jour  estoit  li  rois  Richars,  ses  fils,  ens  ou  cas- 
tiel  de  Londres;  si  vint  là  le  princesse  et  trouva  le  roi, 
dalés  li  le  conte  de  Sasleberi,  l'arcevesque  de  Gantor»  ^ 
bie,  mesaîre  Robert  de  Namur^  le  signeur  de  Gomme- 
gnies  et  pluiseurs  autres,  qui  se  tenoient  tout  dalés  li 
pour  le  doutance  de  ces  gens  qui  se  reveloient  enssi, 
et  ne  savoient  que  il  demandoient»  Et  cheste  rébellion 
ertmt  bien  sceue  en  l'osteil  dou  roi  avant  que  il  le  25 
monstraissent  ne  que  cils  peuples  isist  hors  de  leurs 
lieux;  et,  se  n'i  metoit  pcmit  li  rois  remède  ne  conseil, 
dont  on  se  poeut  moult  esmervillier;  et,  afin  que  tout 
signeur  et  bonnes  gens  qui  ne  voellent  que  bien  i 
pmdent  exemple  pour  corigier  les  mauvais  et  les  30 
rebelles,  je  vous  esclarcirai  die  fait  tout  plainement, 
enssi  qu'il  fii  démenés. 


100  GHR0NIQUB8  DB  J.  FR0I8SART.  [1381] 

§  SI  4.  Le  lundi,  le  premier  jour  de  la  sepmainne,  à 
bonne  estrine,  devant  le  jour  dou  Sacrement,  en  Tan 
mille  trois  cens  quatre  vins  et  un,  se  départirent  ces  gens 
et  issirent  hors  de  leurs  lieux  pour  venir  vers  Londres 
5  et  pour  parler  au  roi  et  pour  estre  tout  franc,  car  il 
voloient  que  il  n*i  eust  nul  serf  en  Engletière.  Et  s*en 
vinrent  à  Saint  Thomas  de  Gantorbie,  et  là  estoient  Jehans 
Balle,  qui  quidoit  trouver  Taroevesque  dou  dit  leu  (mais 
il  estoit  à  Londres  avoecques  le  roi),  Wautre  Tieullier  et 

10  Jaques  Strau.  Quant  il  entrèrent  en  Gantorbie,  toutes 
gens  leur  firent  feste,  car  toute  li  ville  estoit  de  leur 
sexte,  et  là  eurent  conseil  et  parlement  ensamble  que 
il  venroient  à  Londres  deviers  le  roi  ;  et  envolèrent  de 
leurs  gens  et  de  leurs  compaignons  oultre  le  Tamisse 

15  en  Exsexs,  en  Sousexsexs,  en  la  conté  de  Stafort  et  de 
Bd;efort  parler  au  peuple,  que  tout  venissent  de  Fautre 
costé  à  Londres  :  si  encloroient  Londres.  Enssi  ne  leur 
poroit  li  rois  escaper,  et  estoit  leur  intention  que,  le 
jour  dou  Sacrement  ou  Tendemain,  il  se  trouveroient 

^  tout  ensamble. 

Gil  qui  estoient  en  Gantorbie  entrèrent  en  Tabbele 
de  Saint  Thumas  et  i  firent  moult  de  desrois,  et  pillèrent 
et  fustèrent  le  cambre  de  Tarcevesque,  et  dissoient,  en 
pillant  et  en  portant  hors  :  c  Gils  canceliers  d^Engle- 

25  tière  a  eu  bon  marchié  de  ce  meuble  :  il  nous  rendera 
conte  temprement  des  revenues  d'Engletière  et  des 
grans  pourfis  que  il  a  levés  puis  le  couronnement  dou 
roi.  >  Quant  il  eurent  che  lundi  fusté  TabbeXe  de  Saint 
Thomas  et  Tabeïe  de  Saint  Yinchant,  il  se  partirent 

30  [i'endemain]  au  matin,  et  tous  li  peuples  de  Gantorbie 
avoecq  eulx,  et  prissent  le  chemin  de  Boceste.  Et 
enmenoient  toutrâ  gens  des  villages  à  destre  et  à 


r 

[1381]  UVBB  DBUXIÈMK,  §  214.  101 

senestre,  et,  en  dieminant  et  allant,  il  fondefloient  et 
abatoient,  enssi  que  uns  tempestes,  maisons  d'avocas 
et  de  procureurs  de  le  court  dou  roi  et  de  Taroevesque, 
et  n*en  avoient  nulle  merci. 

Quant  il  furent  yenu  à  Rocestre,  on  leur  fist  grant   5 
diière,  car  les  gens  de  la  ville  les  attendoient,  qui 
estoient  de  leur  sexte,  et  alèrent  ou  castiel  et  prissent 
le  chevalier  qui  gardiiens  en  estoit  et  cappitainne  de  la 
ville,  et  se  nommoit  messires  Jebans  Menton.  [Si]  li 
dissent  :  c  II  faut  que  vous  en  venés  avec  nous  et  que  lo 
vous  soies  nos  souverains  menères  et  cappitains,  pour 
faire  che  que  nous  voldrons.  >  Li  chevaliers  s'excusa 
moult  bellement,  et  remonstra  pluiseurs  raisons  d'es- 
cusances,  se  elles  peussent  riens  valloir,  mais  nenil, 
car  on  li  dist  :  c  Messire  Jehan,  messire  Jehan,  se  vous  15 
ne  faites  ce  que  nous  voilons,  vous  estes  mors  !  >  Li 
chevaliers  veoit  che  peuple  tout  foursené  et  aparilliet 
de  li  ochire  :  si  doubta  le  mort,  et  obe!  à  eux,  et  se 
mist  oultre  son  gré  en  leur  route. 

Tout  en  tel  manière  avoient  fait  cil  des  autres  con-  20 
trées  d'Engletière,  d'Exsexes,  de  Sousexses,  de  Kemt, 
de  Stafort,  de  Betefort,  de  Tevesquiet  de  [Norduich], 
jusques  à  [Gernemue]  et  jusques  à  [Line],  et  mis  les 
chevaliers  et  les  gentils  hommes  en  leur  obéissance,  et 
tels  que  le  signeur  de  [Morlais],  un  grant  baron,  messire  25 
Estièvene  de  Halles  et  messire  [Estienne]  de  [Gosing- 
ton],  et  les  faissoient  venir  avoec  eux. 

Or,  regardés  le  grant  derverie.  Se  il  fuissent  venu  à 
leur  entente,  il  eussent  destruit  tous  les  nobles  en 
Engletière;  et  après  en  autres  nations  tous  menus  30 
peuples  se  fust  révélés,  et  prendoient  piet  et  example 
sour  cheux  de  Gaind  et  de  Flandres,  qui  se  rebelloient 


iW  CHRONIQUES  DE  J.  FROI88ART.  [1381] 

contre  leur  signeur.  Et  en  celle  propre  anée  li  Parisiïen 
le  fissent  ossi  et  trouvèrent  à  faire  les  maillés  de  fier, 
dont  il  fissent  plus  de  vint  mille,  sicom  je  vous  recor- 
derai quant  je  serai  venus  jusques  à  là,  mais  nous 
5  poursieurons  à  parler  premièrement  de  ceulx  d*En- 
gletière. 

§  SI  5.  Quant  cils  peuples,  quiestoitlogiésàRocestre, 
eurent  fait  che  pour  quoi  il  estoient  là  venu,  il  se  dépar- 
tirent et  passèrent  la  rivière  et  vinrent  à  Brainforde, 

10  et  toudis  tenant  leur  oppinion  d'abatre  à  destre  et  à 
senestre  devant  eux  hostels  et  mansions  d'avocas  et 
de  procureurs.  Ne  nul  n'en  deportoient,  et  copèrent 
en  venant  à  pluiseurs  hommes  les  testes  et  cheminèrent 
tant  qu'il  vinrent  à  quatre  lieues  de  Londres,  et  se 

15  logièrent  sour  une  montaigne  que  on  appelle  ou  pals 

Blaquehède,  c'est  à  dire  en  fraoçois  la  Noire  Bruière, 

et  (Ûssoient  en  venant  que  il  estoient  au  roi  et  au  noble 

commun  d'Engletière. 

Quant  cil  de  Londres  seurent  que  il  estoient  si  priés 

20  d'eux  logiés,  il  fremèrent  le  porte  dou  pont  de  la 
Tamise  et  i  missent  gardes  ;  et  ceste  ordonnance  fist 
faire  li  maires  de  Londres,  sire  Jehans  Walourde,  et 
pluiseurs  rices  bourgois  de  Londres  qui  n'estoient  pas 
de  leur  sexte,  mais  il  en  i  avoit  en  Londres  de  menues 

25  gens  plus  de  trente  mille. 

Âdont  eurent  avis  chils  peuples,  qui  estoit  logiés  sour 
la  montaigne  de  Blaquehède,  que  il  envoieroient  leur 
chevalier  devers  le  roi  parler  à  li  qui  estoit  en  la  Tour, 
et  li  manderoient  que  il  venist  parler  à  eux,  et  que 

30  tout  ce  que  il  faisoient,  c'estoit  pour  li,  car  li  roiaulmes 
d'Engletière  un[e]  grant  fuison  d'ennées  avoit  esté  mal 


[19811  UVBI  DTOXIiMB,  {  215.  103 

gouvrenég  à  l'honiieur  dou  roiaulme  et  au  pourfit  du 
menu  peuple,  et  par  ses  oncles  et  par  son  dei^et  et 
prindùpaument  par  Taroevesque  de  Gantorbie,  son 
canoelier,  dont  il  voloient  ravoir  compte. 

li  chevaliers  n'osa  dire  ne  faire  dou  contraire,  que    5 
il  ne  venist  sus  le  Tamisse  à  Tencontre  de  la  Tour,  et 
se  fist  naviier  oultre  Taighe.  Li  rois  et  cil  qui  estoient 
oa  castiel  de  Londres,  qui  desiroient  à  oïr  des  nou- 
velles, quant  il  veïrent  le  batelet  venir  fendant  la 
Tamisse,  si  dissent  :  c  Vechi  aucune  ame  qui  nous  10 
aporte  nouvelles!  >  Et  estoient,  je  vous  di,  en  grant 
doubtance  là  dedens.  Evous  venir  au  rivage  le  cheva- 
lier :  on  li  fist  voie  ;  on  le  mena  devant  le  roi  qui  estoit 
en  une  cambre,  le  princesse  sa  mère  dallés  li  et  ses 
deus  frères,  messire  Thumas  le  conte  de  Kemt,  messire  15 
Jehans  de  Hollandes,  le  conte  de  Sasebry,  le  conte  de 
Waruich,  le  conte  d'Asquesuffort,  l'arche vesque  de 
Gantorbie,  le  grant  prieux  d'Engletière  dou  Temple, 
messire  Robert  de  Namur,  le  signeur  de  Vertaing,  le 
signeur  de  Gommegnies,  messire  Henri  de  Senselles,  20 
le  maire  de  Londres  et  aucuns  bourgois  notables  de 
Londres,  qui  tout  se  tenoient  dalés  le  roi.  Li  chevaliers 
messires  Jehans  Menton,  qui  bien  fii  cogneus  entre 
iaulx,  car  il  estoit  oflBciers  dou  roi,  se  mist  en  genous 
devant  le  roi,  et  li  dist  :  c  Mon  très  redoubté  signeur,  25 
ne  voelliés  mies  prendre  en  desplaissance  le  mesage 
que  il  me  convient  faire,  car,  chiers  sires,  c'est  de 
force  que  je  sui  venus  si  avant.  >  — >  €  Nenil,  dist  li 
rois,  messire  Jehan,  dites  die  dont  vous  estes  car- 
giés  :  je  vous  tieng  pour  excusé.  >  —  c  Très  redoub-  30 
tés  sires,  li  conununs  de  vostre  roiaulme  m'envoie 
devers  vous  pom*  traitîier,  et  vous  prient  que  vous 


i04  CHROmQUBS  DE  J.  FR0I8SART.  [138!] 

voeliiés  venir  parler  à  eux  sus  la  montaigne  de  la 
Blaquehède,  car  il  ne  désirent  nullui  à  avoir  que  vous  ; 
et  n'aies  nulle  doubtance  de  vostre  personne,  car  il 
ne  vous  feront  ja  mal,  et  vous  tiennent  et  tenront  tou&- 
5  jours  à  roi  ;  mais  il  vous  monsteront,  die  dient,  plui- 
seurs  coses  qui  vous  sont  nécessaires  à  olr,  quant  il 
parleront  à  vous,  desquels  coses  je  ne  sui  pas  cargiés 
de  vous  dire.  Mais,  très  chiers  sires,  voeliiés  moi  don- 
ner response  telle  qui  les  apaisse  et  que  il  sadient  de 

10  venté  que  j'aie  esté  [devers]  vous,  car  il  ont  mes 

enffans  en  ostages  pour  moi  vers  euls  et  les  feroient 

morir,  se  je  ne  retournoie.  >  Respondi  li  rois  :  c  Vous 

ares  response,  et  tantos.  > 

Âdont  se  consilla  li  rois,  et  demanda  quel  oose  estoit 

15  bonne  à  faire  de  ceste  requeste.  Li  rois  fu  adont  con- 
silliés  que  le  matin  le  joedi  il  venissent  aval  sus  la 
rivière  de  Tamisse  et  que  sans  faute  il  iroit  parler  à 
eulx.  Quant  messires  Jehans  Menton  eut  celle  response, 
il  ne  demanda  plus  :  il  prist  congiet  au  roi  et  as 

20  barons  et  rentra  en  son  batiel  et  rapassa  la  Tamisse, 
et  retourna  sus  la  montaigne  où  il  avoit  plus  de  sois- 
sante  mille  hommes,  et  leur  donna  response  que  à 
l'endemain  au  matin  il  envoiaissent  leur  conseil  sus  la 
Tamisse,  que  li  rois  venroit  là  parler  à  eux.  Geste 

25  responsse  leur  plaissi  grandement,  et  s'en  contentèrent 
tout,  et  passèrent  le  nuit  au  mieux  qu'il  peurent.  Et 
sachiés  que  les  quatre  pars  d'eus  junèrent  par  defibute 
de  vivres,  car  il  n'en  avoient  nuls,  dont  il  estoient 
tout  courouchiet,  et  c'estoit  raisons. 

30  §  SI  6.  En  che  tamps  estoit  li  contes  de  Bouquighem 
en  Galles,  car  il  i  tient  bel  hiretage  et  grant  de  par  sa 


[1381]  LmiS  DEUXlteK,  8  216.  105 

femme,  qui  fu  fille  aa  conte  de  Norhantonne  et  de 
Herffort  ;  mais  la  vois  estoit  tout  commune  aval  Londres 
que  il  estoit  avoeques  che  peuple,  et  dissoient  li  aucun 
pour  certain  que  il  Ti  avoient  veu,  pour  un  Thomas, 
qui  trop  bien  le  resambloit,  de  la  conté  de  Kemt,  qui  5 
estoit  entre  eulx. 

Li  contes  de  Gambrage  et  li  baron  d*Engletière,  qui 
gissoient  à  Pleumonde  et  qui  apparilloient  leurs  vais- 
saulx  pour  aler  en  Portingal,  estoient  tout  enfourmé 
de  ceste  rébellion  et  dou  peuple  qui  se  commenchoit  10 
à  eslever  :  si  se  doubtèrent  que  leurs  volages  n'en  fust 
rompus  ou  que  li  communs  d'Engletierre,  de  Han- 
tonne,  de  Wincestre  et  de  le  conté  d'Ârondiel  ne  les 
venist  courir  sus.  Si  desancrèrent  leurs  nefs  et  issirent 
hors  dou  havene  à  grant  painne  et  à  vent  contraire,  15 
et  se  boutèrent  en  le  mer,  et  là  ancrèrent,  atendant  vent. 

Li  dus  de  Lancastre,  qui  estoit  sus  marce  entre  le 
Hourlane,  Rosebourc  et  [Miauros],  et  qui  là  parlemen- 
toit  as  Escos,  estoit  ossi  tous  enfourmés  de  ceste  rébel- 
lion et  de  sa  personne  en  grant  doubte,  car  bien  savoit  20 
que  il  estoit  petitement  en  le  grâce  dou  commun  d'En- 
gletière  ;  mais  nonobstant  toutes  ces  coses,  [si]  demenoit 
il  moult  sagement  ses  traitiés  envers  les  Escochois.  Li 
contes  [de]  Douglas,  li  contes  de  Mouret,  li  contes  de 
Surlant,  messires  Thumas  de  Yerssi  et  chil  Escot,  qui  25 
pour  le  roi  et  le  pals  d'Escoche  faissoient  et  menoient  ces 
tretiés,  savoient  bien  toute  la  rébellion  d'Engletière  et 
comment  li  peuples  se  commenchoit  de  toutes  pars  à 
rebeller  contre  les  nobles  ;  si  dissoient  :  c  Engletière 
gist  en  grant  branle  et  péril  que  de  estre  toute  des-  30 
truite.  »  Et  vous  di  que  ens  leurs  traitiés  il  s'en  tenoient 
plus  fort  enviers  le  duc  de  Lancastre  et  son  conseil. 


106  0HR0NIQUX8  DB  h  PROISiART.  [1881] 

Or  parl[er]oû8  dou  oommun  d'Engletière)  comment 
il  persévérèrent. 

§  847.  Quant  che  vint  le  jour  du  Saint  Sacrement 
au  matin,  li  rois  Richars  d*EngIetière  ol  messe  en  la 
5  Tour  de  Londres,  et  tout  li  signeur.  Âpriès  messe,  il 
entra  en  sa  barge,  li  contes  de  Sasleberi,  li  contes  de 
Waruicb,  li  contes  d'Â[cque]sufort  et  aucun  chevalier 
en  sa  compaignie,  et  naviièrent  à  rimes  pour  venir 
oultre  la  Tamisse  sour  le  rivage,  en  alant  vers  le  Ride- 

10  ride,  un  manoir  dou  roi,  où  plus  avoit  plus  de  dis  mille 
bons  hommes  qui  là  estoient  descendu  de  la  montaigne, 
pour  veoir  le  roi  et  pour  parler  à  lui.  Quant  il  veïrent 
la  barge  dou  roi  venir,  il  conmienchièrent  tout  à  huer 
et  à  donner  un  si  grant  cri  que  che  sambloit  propre- 

15  ment  que  tout  li  diable  d'infer  fussent  venu  en  leur 
compaignie.  Et  vous  di  que  il  avoient  amené  messire 
Jehan  Meuton,  leur  chevalier,  avoecques  euls,  à  le  fin 
que,  se  li  rois  ne  fust  venus  et  que  il  l'euissent  trouvé 
en  bourde,  il  l'eussent  devoret  et  detrenchiet  pièce  à 

20   pièce.  Tout  che  li  avoient  il  proumis. 

Quant  li  rois  et  li  signeur  veïrent  che  peuple  qui 
enssi  se  demenoit,  il  n'i  ot  si  hardi  que  tout  ne  fuissent 
effraé,  et  n'eut  mies  li  rois  conseil  des  barons  qui  là 
estoient  que  il  presist  terre,  mais  commenchièrent  à 

25  wauler  la  barge  amont  et  aval  sus  le  rivière,  et  dont 
dist  h  rois  :  c  Signeur,  que  voilés  vous?  Dites  le  moi. 
Je  sui  chi  venus  pour  parler  à  vous.  >  Il  li  dirent  de 
une  vois,  chil  qui  Tentendirent  :  c  Nous  volons  que 
tu  viegnes  sus  terre,  et  nous  te  monsterons  et  dirons 

30  plus  aissiement  che  qu'il  nous  fault.  >  Adont  respoodi 
li  contes  de  Sasleberi  pour  le  roi,  et  dist  :  c  Signeur, 


[1381]  UnM  DBUXliMB,  S  ^^T-  i07 

VOUS  n'  iestes  mies  en  estât  ne  en  arroi  que  U  rois 
doie  maintenant  parler  à  vous.  >  A  ces  mos,  il  n'i  ot 
plus  riens  dit.  li  rois  fu  consilliés  dou  retourner,  et 
retourna  ens  ou  castiel  de  Londres,  dont  il  estoit 
partis.  5 

Quant  ces  gens  veïrent  que  il  n'en  aroient  autre 
cose,  si  furent  tout  enflamé  d'air  et  retournèrent  en 
la  montaigne  où  li  grans  peuples  estoit,  et  recordèrent 
comment  on  leur  avoit  respondu  et  que  li  rois  estoit 
rallés  en  la  Tour  à  Londres.  Adont  criièrent  il  tout  10 
de  une  vois  :  c  Alons  tos  à  Londres  !  >  Lors  se  missent 
il  au  chemin,  et  s'avalèrent  sus  Londres,  en  fondeflant 
et  abatant  manoirs  d'abés,  d'avocas  et  de  gens  de 
court,  et  vinrent  en  es  fourbous  de  Londres  qui  sont 
grant  et  bel.  Si  i  abatirent  pluiseurs  biauk  hostels,  15 
et  par  especial  il  abatirent  les  prisons  dou  roi  que 
on  dist  les  Mareschauchies,  et  furent  delivret  tout  li 
prisonnier  qui  dedens  estoient  ;  et  fissent  en  ces  four- 
bous moult  de  desrois,  et  manechoient  à  l'entrée  dou 
pont  ceulx  de  Londres  pour  tant  que  il  avoient  clos  20 
les  portes  dou  pont,  et  dissoient  que  il  arderoient  tous 
leurs  fourbours  et  cônqueroient  Londros  par  force,  et 
Tarderoient  et  destruiroient  toute. 

Li  conomuns  de  Londres  (moult  en  i  avoit,  qui 
estoient  de  leur  aoord)  se  missent  ensamble  et  deman-  25 
dèrent  :  <  Pour  quoi  ne  laist  on  ces  bonnes  gens  entrer 
en  la  ville?  Ce  sont  nos  gens,  et  tout  ce  qu'il  font,  c'est 
pour  nous.  »  Adont  de  force  il  convint  que  les  portes 
fuissent  ouvertes.  Si  entrèrent  ens  ces  gens  tous  afa- 
més,  et  se  boutèrent  tantos  par  ces  maisons  bien  30 
pourveues  de  pourveances,  et  s'ataquièrent  au  boire 
et  au  mengier.  On  ne  leur  veoit  riens,  mais  estoit  on 


108  CHRONIQUES  DK  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

tout  rebradiiet  de  faire  bonne  chière  et  de  mettre  avant 
vivres  et  boires»  pour  iaubc  apaissier. 

Âdont  s'en  alèârent  les  cappitainnes,  Jehan  Balle, 
Jaque  Strau  et  Vautre  TieulUer,  tout  droit  parmi 
5  Londres,  en  leur  compaîgnie  plus  de  trente  mille 
hommes,  à  Fostel  de  Savoie,  ou  diemin  de  Wesmous- 
tier  le  palais  dou  roi,  un  très  bel  ostel  séant  sus  le 
Tamisse  et  hostel  au  duc  de  Lancastre.  Tantos  il 
entrèrent  ens  et  toèrent  les  gardes  et  Tardirent  en 

10  feu  et  en  flame.  Quant  il  eurent  fait  cel  outrage,  il  ne 
se  cessèrent  mies  atant,  mais  s'en  alèrent  à  le  maison 
de  rOppitalier  de  Rodes,  que  on  dist  Saint  Jehan 
de  [Galerwille],  et  ardirent  maison,  hospital,  moustier 
et  tout.  Avoec  tout  ce,  il  allèrent  de  rue  en  rue,  et 

15  tuèrent  che  jour  tous  les  Flamens  que  il  trouvèrent  en 
églises,  en  moustiers  et  en  maisons  partout,  ne  nuls 
n'estoit  déportés.  Et  eflPorchièrent  pluiseurs  maisons 
de  Lombars  et  prissent  des  biens,  qui  dedens  estoient, 
à  leur  vollenté,  car  nuls  ne  leur  ossoit  aler  au  devant. 

20  Et  toèrent  un  rice  honune  en  la  ville,  que  on  appelloit 
Ridiart  Lion,  auquel,  dou  tamps  passé,  en  France, 
Wautre  Tieullier,  ens  es  guerres,  avoit  esté  variés; 
mais  Richart  Lion  avoit  une  fois  bato  son  varlet.  Si 
l'en  souvint  et  i  mena  ses  gens,  et  li  fist  coper  la  teste 

25  devant  li  et  mettre  sus  une  glave  et  porter  parmi  les 
rues  de  Londres.  Enssi  se  demenoit  cils  mescheans 
peuples  comme  gens  foursenés  et  esragiés,  et  fiasent 
ce  joedi  moult  de  desrois  parmi  Londres. 

§  SI  8.  Quant  che  vmt  sus  le  soir,  il  s'en  vinrent 

30  tout  logier  et  amaignagier  en  le  place  que  '  on  dist 

Sainte  Katerine,  devant  le  Tour  et  le  castiel  de  Londres, 


[iSSi]  LIVBB  DKUXriaa,  s  Si8.  I09 

et  dissent  que  jamais  de  là  ne  partiroient  si  aroient 
«1  le  roi  à  leur  voUenté,  et  leur  aroit  aoordé  tout  che 
que  il  demandoient  ;  et  dîssoient  oultre  que  il  voloient 
conter  au  oancelier  d'Engletière  et  savoir  que  li  grans 
avoirs  que  on  avoit  levé  parmi  le  roiaulme  d'Engle-  5 
tière  puis  dnc  ans  estoit  devenus,  et,  se  il  n'en  ren- 
doit  boin  compte  et  souffissant  à  leur  plaissance,  mal 
pour  lui.  Sus  cel  estât,  quant  il  eurent  tout  le  jour  fait 
parmi  Londres  as  estraingniers  des  mauls  assés,  se 
logièrent  il  devant  la  Tour.  iO 

Si  poés  bien  croire  et  savoir  que  ce  estoit  grans 
hideurs  pour  le  roi  et  pour  ceuls  qui  là  dedens  avoec 
lui  estoient,  car  à  le  fois  chils  mescbeans  peuples 
huoit  si  hault  que  il  sambloit  que  tout  li  diable  d'infer 
fiiissent  entre  iaulx.  Sus  le  soir  avoient  eu  en  conseil  i5 
li  rois  d'Engletière,  si  frère  et  si  baron  qui  en  la  Tour 
estoient,  parmi  l'avis  de  sire  Jehan  Walourde,  maieur 
de  Londres,  et  de  aucuns  boui^ojs  notables  de  Londres, 
que  sus  le  mienuit  on  venroit  tout  armet  par  quatre 
rues  de  Londres  courir  sus  ces  mescbeans  gens,  qui  20 
bien  estoient  soissante  mille,  entrues  que  il  dormi- 
roient,  car  il  seroient  tout  enivré,  et  en  tueroit  on 
otant  que  de  mousches,  car,  de  vint,  un  il  n'en  i  aroit 
nul  armet,  et  vous  di  que  ces  bonnes  gens  et  rices 
gens  de  Londres  estoient  bien  aissiet  de  tout  che  faire,  25 
car  il  avoient  en  leurs  maissons  repus  secrètement 
leurs  amis  et  leurs  variés,  qui  estoient  tout  armet.  Et 
ossi  messires  Robers  Ganolles  estoit  en  son  hostel  et 
gardoit  son  trésor  à  plus  de  sis  vint  compaignons  tous 
aprestés,  qui  tantos  fuissent  sailli  avant,  se  il  en  30 
euissent  esté  manchevi  ;  ossi  f ust  messire  Perducas  de 
Labret,  qui  pour  che  tamps  estoit  à  Londres.  Et  se 


110  OHROmQUKS  DB  J.  PaOUSART.  [138f] 

fuissent  bien  trouvet  entre  set  et  ait  mille  bommes 
tous  armés  ;  mais  il  n'en  fu  riens  fait,  car  on  doubta 
trop  le  demorant  dou  commun  de  Londres,  et  dissent 
li  sage  au  roi,  li  contes  de  Sasleberi  et  li  autre  :  €  Sire, 

5  se  vous  les  poés  apaissier  par  belles  parolles,  c'est  le 
milleur  et  le  plus  pourfitable,  et  leur  acordés  tout  ce 
que  il  demandent  liement,  car,  se  nous  commenchiens 
cose  que  nous  ne  peuissiens  achiever,  il  n'i  aroit  jamais 
nul  recouvrier  que  nous  et  nos  hoirs  ne  fîiissons  désert 

10  et  Engletière  toute  déserte.  »  Cils  consaulx  fu  tenus, 
et  contremandés  li  maires  que  il  se  tenist  tous  quois  et 
ne  fesist  nul  samblant  de  esmeutin*  Il  obel  :  che  fii 
raissons.  En  la  ville  de  Londres  avoecques  le  maieur 
a  douse  eschevins  ;  li  noef  estoient  pour  li  et  pour  le 

15  roi,  sicom  il  le  monstrèrent,  etli  troi  de  la  sexte  [de] 
ce  mescheant  peuple,  sicom  il  fu  puisedi  sceu  et  cog- 
neu,  dont  il  [le]  comparèrent  moult  chier[em]ent. 

§  819.  Quant  che  vint  le  venredi  au  matin,  chils 
peuples  qui  estoit  logiés  en  la  place  de  Sainte  Gateline 

20  devant  le  Tour  se  conunenchièrent  à  aparillier  et  à 
criier  moult  hault  et  à  dire  que,  se  li  rois  ne  venoit 
parler  à  eux,  il  assauroient  le  casttel  et  le  prenderoient 
de  force  et  ociroient  tous  ceuls  qui  dedens  estoient. 
On  doubta  ces  manaces  et  ces  parolles,  et  eut  li  rois 

25  conseil  que  il  isteroit  parler  à  euk,  et  leur  envoia  dire 
que  il  se  tralssissent  tout  au  dehors  de  Londres  en 
une  place  que  on  dist  le  [Milinde],  une  moult  belle 
prée,  [où]  les  gens  vont  esbattre  en  esté,  et  là  leur 
acorderoit  li  rois  et  [otroi^x>it]  tout  che  que  il  denoan- 

30  deroient.  Li  maires  de  Londres  leur  noncha  tout  cela 
et  fist  le  crit  de  par  le  roi  que,  qui  voloit  parler  au  roi, 


[IS8I]  hrm  jnEoxàOÊ^  g  Si9.  iii 

il  alast  en  le  place  dessuB  dite,  car  li  ras  iroH  saut 
foute. 

AdoDt  se  OQimnmchièrent  à  dq>artir  ces  gens  les 
communs  des  villages  et  iaus  à  traire  et  à  aler  celle 
part,  mais  tout  n'i  alèrent  mies,  et  n'estoient  mies    5 
tout  de  une  condition,  car  il  en  i  avoit  pluiseurs  qui 
ne  demandoient  que  le  ribote  et  le  destrution  des 
nobles  et  Londres  estre  toute  courue  et  pillie.  Gbe 
estoit  le  prindpaukc  matère  pour  quoi  il  avoient  com* 
mencbiet,  et  bien  le  monstroient,  car,  sitrestos  que  la  io 
porte  dou  castiel  fu  ouverte  et  que  li  rois  en  fu  issus 
et  si  d<H  frère,  li  contes  de  Sasleberi,  li  contes  de 
Waruidi,  li  contes  d'Âquesufort,  messires  Robers  de 
Nanuir,  li  sires  de  Yertaing,  li  sires  de  Goumegnies 
et  pluiseur  autre,  Wautre  Tieullier,  Jaques  Strau  et  15 
Jehan  Balle  et  plus  de  quatre  cent  entrèrent  eus  ou 
castiel  et  reCTorchièrent ,  et  sallirent  de  cambre  en 
cambre  et  trouvèrent  Tarcevesque  de  Gantorbie,  que 
on  appeloit  Simon,  vaillant  homme  et  preudomme 
durement,  cancelier  d'Engletière,  liquekc  avoit  tantos  20 
&it  le  divin  office  et  célébré  messe  devant  le  roi  ;  il 
fu  pris  de  ces  gloutons  et  là  tantos  décollés.  Ossi  fu  li 
grans  pneus  de  Saint  Jehan  de  l'Ospital  et  uns  frères 
meneurs,  maistres  en  medechine,  liquels  estoit  au  duc 
de  Lancastre  ;  et  pour  che  fu  il  mors  ou  despit  de  son  25 
maistre,  et  uns  sergans  d'armes  dou  roi,  que  on  app^ 
loit  Jehan  Laige,  et  ces  quatre  testes  missent  il  sus 
longes  glaves  et  les  faissoient  porter  devant  iaulx  parmi 
les  rues  de  Londres;  et,  quant  il  eurent  assés  [joué], 
il  les  eussent  sua  le  pont  de  Londres,  conttne  il  euisaent  30 
esté  traïtew  au  roi  et  au  roiaulme. 

Encores  entrèrent  dl  glouton  en  la  cambre  le  prin- 


in  OHEONIQmB  DK  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

cesse  et  despedèreot  tout  son  lit,  dont  elle  fa  si  eshi- 
dée  que  elle  s'en  pasma,  et  fii  de  ses  variés  et  [cam- 
berières]  prise  entre  leurs  bras  et  aportée  bas  en  une 
posterne  sour  le  rivage  et  misse  en  un  batiel,  et  de  là 
5  aoou verte  et  amenée  [par  la  rivière  en  la  Riole,  et  puis 
menée]  en  un  hostel  que  on  dist  la  Garde  Robe  la 
Rolne  ;  et  là  se  tint  tout  le  jour  et  toute  ia  nuit,  enssi 
que  une  femme  demi  morte,  tant  que  elle  fu  récon- 
fortée dou  roi,  son  fil,  sicom  je  vous  dirai  ensieuant. 

10  §  280.  En  venant  le  roi  en  celle  place  que  on  dist 
la  Millinde  au  dehors  de  Londres,  s'emblèrent  de  li, 
pour  le  doutanoe  de  la  mort,  et  se  boutèrent  hors  de 
sa  route  si  doi  frère,  li  contes  de  Kemt  et  messires 
Jehans  de  Hollandes.  Ossi  fist  li  sires  de  Goumegnies, 

15  et  s'en  ala  avoecq  eulx,  et  ne  s'osèrent  amonstrer  au 
peuple  en  celle  place  de  la  Milinde. 

Quant  li  rois  fu  venus,  et  li  baron  dessus  nonmié 
en  sa  compaignie,  en  la  place  de  la  Blilinde,  il  trouva 
plus  de  soissante  mille  homme[s]  de  divers  lieux  et 

20  de  divers  villages  des  contrées  d'Engletière.  Il  se  mist 
tout  enmi  eux  et  leur  dist  moult  doucement  :  c  Bonnes 
gens,  je  sui  vostres  rois  et  vostres  sires.  Que  vous 
fault?  Que  voilés  vous  dire?  >  Âdont  respondirent  dl 
qui  l'entendirent  et  dissent  :  c  Nous  volons  que  tu 

25  nous  afranchisses  à  tous  les  jours  dou  monde,  nous, 
nos  hoirs^  et  nos  terres,  et  que  jamais  nous  ne  scions 
tenu  ne  nonmié  serf.  >  Dist  li  rois  :  c  Je  le  vous 
acorde.  Retraites  vous  bellement  en  vos  lieux  et  en  vos 
maissons,  enssi  que  vous  estes  chi  venu  par  villages 

80  et  laissiés  de  par  vous  de  cascun  village  deus  ou  trois 
honunes,  et  je  leur  ferai  escripre  à  pooir  lettres  et 


[i38f  J  LIVRB  DKUXlàia,  §  220.  113 

seeler  de  mon  seel,  que  il  en  reporteront  avoec  eids 
quitement,  liegement  et  francement  tout  ce  que  vous 
danandés.  Et,  afin  que  vous  en  soies  mieux  conforté 
et  aseuré,  je  vous  ferai  par  senescaudies,  par  caste- 
leries  et  par  mairies  délivrer  mes  banières.  >  5 

Ces  paroUes  apaissièrent  grandement  ce  menu 
peuple,  voire  les  simples  et  les  novisses  et  les  boines 
gens  qui  là  estoient  venu,  et  ne  savoient  que  il  se 
demandoient,  et  dissent  tout  bault  :  c  C'est  bien  dit  ! 
C'est  bien  dit!  Nous  ne  demandons  mieux.  >  Yelà  lo 
die  peuple  apaissiet,  et  se  commenchièrent  à  retraire 
en  Londres. 

Encores  leur  dist  li  rois  une  paroUe  qui  grandement 
les  comptenta  :  c  Entre  vous,  boines  gens  de  la  conté 
de  Kemt,  vous  ares  une  de  mes  banières,  et  vous,  cil  15 
d'Exsexes,  une,  et  dl  de  Sousexses,  une  autre,  et  cil 
de  Beteforde,  une  otant  bien,  et  cil  de  Cambruge,  une, 
cil  de  Gememue,  une,  cil  de  Stafort,  une,  cil  de  Line, 
une;  et  vous  pardonne  tout  ce  que  vous  avés  fait 
jusques  à  ores,  mais  que  vous  sieuwés  mes  banières  20 
et  en  rallés  en  vos  lieux  sour  Testât  que  j'ai  dit.  >  Il 
respondirent  tout  :  c  (M.  » 

Enssi  se  départi  chils  peuples  et  rentra  en  Londres, 
et  li  rois  ordonna  plus  de  trente  clers  che  venredi, 
qui  escripsoient  lettres  à  pooir  et  seeloient  et  deli-  25 
vroient  à  ces  gens.  Et  puis  se  departoient  cil  qui  ces 
lettres  avoient,  et  s'en  ralloient  en  leurs  nations,  mais 
li  grans  venins  demoroit  derière,  Wautre  TieuUier, 
Jaque  Strau  et  Jehan  Balle,  et  disoient,  quoique  cils 
peuples  ftist  apaissiés,  que  il  ne  se  partiroient  pas  30 
enssi  ;  et  en  avoient  de  leur  [acortp  plus  de  trente 
mille.  Si  demorèrent  en  Londres  et  ne  pressoient  point 

x-8 


ii4  CHRONIQUES  DB  J.  FROI88ÀHT.  [iS8f] 

trop  fort  à  avoir  lettres  ne  seauU  dou  roi,  ma» 
metoient  toute  leur  entente  à  bouter  tel  tourble  en  le 
ville  que  li  riche  homme  et  li  signeur  fuissent  mort 
et  leurs  maisons  fustées  et  pillies.  Et  bien  s'en  doub* 
5  toient  li  Londriien  :  pour  ce  se  tenoient  il  pourvea 
dedens  leurs  hostelstout  quoiement  de  leurs  variés  et 
de  leurs  amis,  oascuns  selonc  sa  poissance.  Quant 
dis  peuples  fu  ce  venredi  apaissiés  et  retrais  en 
Londres,  et  que  on  leur  delivroit  lettres  scellées  à  tous 

10  lés,  et  que  il  se  departoient  sitretos  que  il  les  avoient 
et  en  ralloient  vers  leurs  villes,  li  rois  Richars  s'en 
vint  en  le  RioUe  en  la  Garde  Robe  la  Roïne,  dist  on, 
où  la  princesse  sa  mère  estoit  retraite  toute  eflfraée. 
Si  le  reconforta,  enssi  que  bien  le  sent  faire,  et  demora 

15  avoecques  li  toute  celle  nuit. 

Encores  vous  voel  jou  recorder  de  une  aventure  qui 
avint,  par  ces  maleoites  gens,  devant  la  chitté  de  Nor- 
duich  et  par  un  cappitaine  que  il  avoient,  que  on 
appelloit  Willaume  Listier,  liquels  estoit  de  Stafort. 

20  §  231.  Ghe  propre  jour  dou  Sacrement,  que  ces 
mescheans  gens  entrèrent  en  Londres  et  que  il  ardîrent 
Tostel  de  Savoie  et  le  moustier  et  le  maison  de  TOs- 
pital  de  Saint  Jehan  dou  Temple,  et  que  le  prison  dou 
roi  que  on  dist  [Nieugate]  fu  par  euls  rompue  et  brisie 

25  et  tout  li  prisonnier  delivret,  et  que  il  fissent  tous  ces 
desrois  que  vous  avés  oï  recorder,  estoient  cil  des 
contrées  que  je  dirai  premièrement  de  Stafort,  de  Line, 
de  Gambruge,  de  Beteforde  et  de  Gememue  tout 
eslevé  et  assamblé,  et  s'en  venoient  à  Londres  devers 

30  leurs  compaignons,  car  enssi  l'avoient  il  ordonné,  et 
estoit  leurs  cappitains  uns  gamemens  qui  s'appdloit 


[1381]  LIVRE  DKUXIAhK,  §  221.  115 

Lîstier.  En  leur  chemin,  il  s'arestèrent  deyant  Norduich, 
et  en  venant  il  en  faissoient  aler  avoeoq  eux  toutes 
gens,  ne  nuls  villains  ne  demoroit  derière.  La  cause 
pour  quoi  il  s*arestèrent  devant  Norduicb,  je  le  vous 
dirai.  6 

Il  i  avoit  un  chevalier  cappitaine  de  la  ville,  qui 
s'appelloit  messires  Robers  Salle.  Point  gentils  homs 
n'estoit,  mais  il  avoit  la  grâce,  le  fait  et  le  renonmiée 
de  estre  sages  et  vaillans  homs  as  armes,  et  Tavoit 
fidt  pour  sa  vaillance  li  rois  Edouwars  chevalier,  et  lo 
estoit  de  membres  li  mieux  tournés  et  li  plus  fors 
homs  de  toute  Engletière.  listiers  et  ses  routes  s'avis- 
sèrent  que  il  enmenroient  che  chevalier  avoec  eux  et 
en  feroient  leur  souverain  cappitainne  :  si  en  seroient 
plus  cremu  et  miex  amé.  [Si]  li  envoiièrent  dire  que  il  15 
venist  as  camps  parler  à  euls,  ou  il  asauroient  la  citté  et 
Tarderoient.  Li  chevaliers  regarda  que  il  valoit  mieux 
que  il  alast  parler  à  eulx,  que  il  fesissent  cel  outrage  ;  si 
monta  sus  son  cheval  et  issi  tous  seuls  hors  de  la  ville, 
et  vint  parler  à  euls»  Quant  il  le  virent,  il  li  fissent  très  20 
grant  diière  et  l'onnourèrent  moult,  et  lui  prièrent 
que  il  vosist  deschendre  de  son  cheval  et  parler  à 
eulx.  Il  descendi,  dont  il  fist  folie.  Quant  il  fu  descen- 
dus, il  l'environnèrent,  et  puis  commenchièrent  à  trai* 
tier  moult  bellement,  et  li  dissent  :  c  Robers,  vous  25 
estes  chevaliers  et  uns  homs  de  grant  créance  en  ce 
pals  et  de  renommée,  moult  vaillans  homs,  et,  quoique 
vous  soiiés  tek,  nous  vous  connissons  bien.  Vous 
n'estes  mies  gentils  homs,  mais  fils  d'un  villain  et 
d'un  macbon,  sicom  nous  sonunes.  Venés  ent  avoec-  30 
ques  nous,  vous  serés  nos  maistres,  et  nous  vous 
ferons  si  grant  signeur  que  li  quars  d'Ëngletière  sera 


116  CHR0NIQUK8  DB  J.  FROISSABT.  [i381J 

eo  vostre  obeIssaDce.  >  Quant  li  chevaliers  les  oï  par- 
ler, [si]  li  vint  à  grant  contraire,  car  jamais  n'euist 
fait  ce  marchiet  ;  et  respondi,  en  iaulx  regardant  moult 
fellement  :  c  Ârière,  mescans  gens,  faus  et  mauvais 
5  traïteur  que  vous  estes!  Volés  [vous]  que  je  relen- 
quisse  mon  naturel  signeur  pour  teUe  merdaille  que 
vous  estes,  et  que  je  me  desbonneure?  J'aroie  plus 
chier  que  vous  fuissiés  tout  pendut,  enssi  que  vous 
serés,  car  vous  n'arés  autre  fin.  »  Â  ces  cops  il  quida 

10  remonter  sur  son  cheval,  mais  il  fali  de  l'estrier,  et 
li  chevaulx  s'efifrea.  Âdont  huèrent  il  à  lui  et  criièrent  : 
c  À  le  mort  !  >  Quant  il  ol  ces  mos,  il  laissa  aler  son 
cheval  et  traist  une  belle  longhe  espée  de  Bourdiaux 
que  il  portoit,  et  vous  commenche  à  estoriier  et  à  faire 

15  place  autour  de  li,  que  ce  estoit  grans  biautés  dou 
veoir,  ne  nuls  ne  Tossoit  aprochier.  Aucun  Tapro- 
choient,  mais,  de  cascun  cop  qu'il  jettoit  sur  euls,  il 
leur  coppoit  ou  piet  ou  teste  ou  brach  ou  gambe,  ne 
il  n'i  avoit  si  hardit  qui  ne  le  resongnast  ;  et  fist  là  cils 

20  messires  Robers  tant  d'armes  que  merveilles.  Mais 
ces  mescans  gens  estoient  plus  de  quarante  mille  :  si 
jettoient,  traioient  et  lanchoient  sur  li,  et  il  estoit  tous 
desarmés,  et,  au  voir  dire,  se  il  eust  esté  de  fier  ou 
d'achier,  [si]  convenist  il  que  il  fîist  demorés  ;  mais  il 

25  en  tua  tous  mors  douse,  sans  ceuls  que  il  mehaigna  et 
afolla.  Finablement  il  fu  aterrés,  et  li  decoppèrent  les 
jambes  et  les  bras,  et  le  detrenchièrent  pièce  à  pièce. 
Enssi  fina  messires  Robers  Salle,  dont  che  fu  damages, 
et  en  furent  depuis  en  Engletière  courouchiet  tout  U 

30  chevalier  et  escuier,  quant  il  en  seurent  les  nouvelles. 

§  228.  Le  samedi  au  matin,  se  départi  li  rois  d'Eoh 


[1381]  LIYBB  DKUXIÉMl,  S  222.  117 

gletière  de  la  Garde  Robe  le  Rolne  qui  siet  en  la 
Riolle,  et  s'en  vint  à  Westmoustier,  et  ol  messe  en 
l'église,  et  tout  li  signeur  avoecques  lui.  En  celle  église 
a  une  image  de  Nostre  Dame  à  une  petite  cappelle, 
qui  fait  grans  miracles  et  grans  vertus,  et  en  lequelle  5 
li  [roi]  d'Engletière  ont  tousjours  eu  grant  confidence 
de  créance.  Li  rois  fist  là  ses  crissons  devant  cel  image, 
et  se  ofiBn  à  lui,  et  puis  monta  à  cheval,  et  tout  li 
baron  ossi  qui  estoient  dallés  li,  et  pooit  estre  envi- 
ron heure  de  tierce.  Li  rois  et  sa  route  chevauchièrent  10 
toute  la  cauchie  pour  entrer  en  Londres  ;  et,  quant  il 
eut  chevauchiet  une  espasse,  il  tourna  sus  senestre 
pour  passer  au  dehors,  et  ne  savoit  nuls  de  vérité  où 
il  voloit  aler,  car  il  prendoit  le  chemin  pour  passer 
au  dehors  de  Londres.  15 

Ghe  propre  jour  au  matin,  s'estoient  asamblé  et 
quelliet  tous  les  mauvais,  desquels  Wautre  TieuUier, 
Jake  Strau  et  Jehan  Balle  estoient  cappitainne,  et  venu 
parlementer  en  une  grande  place  que  on  dist  Semite- 
fille,  où  li  marchiés  des  chevaulx  est  le  venredi,  et  là  20 
estoient  plus  de  vint  mille,  tout  de  une  aliance;  et 
encores  en  i  avoit  biaucop  en  la  ville,  qui  se  desju- 
noient  et  buvoient  par  les  tavernes  à  le  grenace,  à  le 
malevissie  chiés  les  Lombars,  et  riens  ne  paioient  : 
encores  tout  ewireus  qui  leur  pooit  faire  bonne  chière.  25 
Et  avoient  ces  gens,  qui  là  estoient  asamblés,  les 
banières  dou  roi  que  on  leur  avoit  bailliet  le  jour 
devant,  et  estoient  sus  un  propos  cil  glouton  que  de 
courir  Londres  et  reuber  et  pillier  ce  meïsmes  jour,  et 
dissoient  les  cappitainnes  :  c  Nous  n'avons  riens  fait  :  30 
ces  franchisses  que  li  rois  nous  a  donnet  nous  portent 
trop  petit  de  pourfit,  mais  soions  tout  d'un  acord. 


118  CHRONIQUES  DK  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

Gourons  oeste  grosse  ville  et  riche  et  poissans  de 
Londres,  avant  que  cal  d'Exsexs  et  de  Sousexsexs»  de 
Gambruge,  de  Beteforde  et  les  autres  contrées  estran- 
gnes  d'Ârondiel,  de  Waruich,  de  Redinghes,  de  Bar- 
5  kesiere,  d'Âsquesafort,  de  Gillevorde,  de  Gonventré, 
de  Line,  de  Staffort,  de  Gernemue,  de  Linoolle,  de 
lorc  et  de  Durâmes  viegnent  ;  car  tout  venront,  et  sai 
bien  que  Bakier  et  Listier  les  amenront,  et,  se  nous 
sommes  au  dessus  de  Londres,  de  Tor  et  de  Targent  et 

10  des  ricoisses  que  nous  i  trouverons  et  qui  i  sont,  nous 
arons  pris  premier,  ne  ja  nous  ne  nous  en  repenti- 
rons, car,  se  nous  les  laissons,  cil  qui  vienent,  che 
vous  di,  le  nous  torront.  > 
  ce  conseil  estoient  il  tout  d'accord,  quant  evous 

15  le  roi  qui  vient  en  chelle  place,  acompaigniés  de  sois- 
sante  cbevaubc,  et  ne  pensoit  point  à  eidx,  et  quidoit 
passer  oultre  et  aler  son  chemin  et  laissier  Londres. 
Enssi  que  il  estoit  devant  Tabbele  de  Saint  Betremieu 
qui  là  est,  il  regarde  et  voit  die  peuple.  Li  rois  s'ar^ 

20  reste  et  dist  que  il  n'iroit  plus  avant  si  saroit  de  ce 
peuple  quel  cose  il  leur  falloit,  et,  se  il  estoient  tour- 
blé,  il  les  rapaisseroit.  Li  signeur  qui  dalés  li  estoient 
s'arrestèrent,  che  fu  raisons,  quant  il  s'arresta. 
Quant  Wautre  Thieullier  vel  le  roi  qui  estoit  arestés, 

25  il  dist  à  ses  gens  :  c  Yelà  le  roi,  je  voel  ale[r]  parler 
à  lui.  Ne  vous  mouvés  de  chi,  se  je  ne  vous  aoène, 
et,  se  je  vous  fach  che  signe  ([si]  leur  fist  un  signe), 
si  venés  avant,  et  ochiiés  tout,  horsmis  le  roi.  Mais 
au  roi  ne  faites  nul  mal  :  il  est  jones,  nous*  en  ferons 

30  nostre  volenté,  et  le  menrons  partout  où  nous  verrons 
en  Engletière,  et  serons  signeur  de  tout  le  royaulme, 
il  n'est  nulle  doubte.  » 


[1381]  UVBS  DBUXliMK,  g  222.  119 

Là  avoit  un  juponnier  de  Londres,  que  on  appekût 
JehaD  Tide»  qui  avoit  aporté  et  fait  aporter  bien  sois- 
sante  jupons,  dont  aucun  de  oes  gloutons  estoient 
revesti,  et  ThieuUier  en  avoit  un  vesti.  [Si]  li  deman- 
doit  Jehans  :  c  Hé  sire  !  qui  me  paiera  de  mes  jupons  ?  5 
Il  me  faut  bien  trente  mars.  >  —  c  Âpaisse  toi,  res- 
pondi  Tieulliers,  tu  seras  bien  paiiés  enoores  anuit. 
Tient  t'ent  à  moi  :  tu  as  crant  assés.  » 

A  ces  mos,  il  esperonne  un  cheval  sur  quoi  il 
estoit  montés,  et  se  part  de  ses  oompaignons,  et  s'en  10 
vient  droitement  au  roi  et  si  priés  de  li  que  la  queue 
de  son  cheval  estoit  sus  la  teste  dou  cheval  dou  roi. 
Et  la  première  paroUe  qu'il  dist,  il  parla  au  roi  et  dist 
enssi  :  c  R(hs,  vois  tu  toutes  ces  gens  qui  sont  là  ?  » 
—  c  Oïl,  dist  li  rois,  pourquoi  le  dis  tu?  >  —  €  Je  le  15 
di  pour  ce  que  il  sont  tout  à  men  conmiandement,  et 
m'ont  tout  juré  foi  et  loiauté  à  faire  die  que  je  vau- 
rai.  »  —  c  Â  le  bonne  heure,  dist  li  rois,  je  voel  bien 
qu'il  soit  enssi.  >  Âdont  dist  Tieulliers,  qui  ne  deman- 
doit  que  le  nhotte  :  c  Et  quides  tu,  di,  rois,  que  cils  20 
peuples  qui  là  est,  et  otant  à  Londres,  et  tous  en  men 
commandement,  se  doie  partir  de  toi  enssi  sans  por- 
ter ent  vos  lettres  ?  Nenil  ;  nous  les  emporterons  toutes 
devant  nous.  >  Dist  li  rois  :  c  II  en  est  ordonné,  et  il 
le  fiiut  faire  et  délivrer  l'un  apriès  l'autre.  Gompains,  25 
retraiiés  vous  tout  bellement  deviers  vos  gens  et  les 
fiiites  retraire  à  Londres,  et  soies  paisieule,  et  pensés 
de  vous,  car  c'est  nostre  entente  que  cascuns  de  vous 
par  villages  et  maries  ara  se  lettre,  enssi  comme  dit 
est.  >  A  ces  mos,  Wautre  Tieullier  jette  ses  ieus  sus  30 
un  escuier  dou  roi  qui  estoit  derière  le  roi  et  portoit 
l'espée  dou  roi,  et  haoit  cils  Tieulliers  grandement  cel 


120  GHRONIQUBS  DB  J.  FROI88AET.  [1381] 

escoier,  car  autrefois  il  s'eatoient  ^ris  de  paroUes,  et 
Favoit  li  escuiera  vilonné  :  €  Yoirea,  diat  Tieulli^rs, 
es  tu  là?  Baille  moi  ta  daghe.  >  —  c  Non  ferai,  dist  li 
escuiers,  pour  quoi  le  te  bailleroie  je  ?  >  Li  rois  regarde 

5  sus  son  vallet,  et  li  dist  :  c  Bailles  li.  >  Ghils  li  bailla 
moult  envis.  Quant  TieuUiers  le  tint,  il  en  conmien- 
cha  à  juer  et  à  tourner  en  sa  main,  et  reprist  la  parolle 
à  Tescuier  et  li  dist  :  c  Baille  moi  celle  espée.  >  — 
c  Non  ferai,  dist  li  escuiers,  c'est  li  espée  dou  roi; 

10  tu  ne  vaulx  mies  que  tu  Taies,  car  tu  n'ies  que  uns 
garchons,  et,  se  moi  et  toi  estièmes  tout  seul  en  celle 
place,  tu  ne  diroies  ces  paroUes  ne  eusses  dit,  pour  ossi 
grant  d'or  que  cils  moustiers  de  Saint  Pol  est  grans.  > 
—  €  Par  ma  foi,  dist  TieuUiers,  je  ne  mengerai  jamais 

15  si  arai  ta  teste.  »  Â  ces  cops  estoit  venus  li  maires 
de  Londres,  li  dousimes  montés  as  chevauls  et  tous 
armés  desous  leurs  cottes,  et  rompi  la  presse,  et  veï 
comment  cils  TieuUiers  se  demenoit  ;  si  dist  en  son 
langage  :  c  Gars,  comment  es  tu  si  ossés  de  dire  tels 

20  paroUes  en  la  présence  dou  roi?  C'est  trop  pour  toi.  » 
Adont  li  rois  se  felenia  et  dist  au  maieur  :  c  Maires, 
mettes  le  main  à  U.  >  Entrues  que  U  rois  parloit,  dis 
TieulUers  avoit  parlé  au  maieur  et  dit  :  c  Et,  de  ce  que 
je  di  et  fach,  à  toi  qu'en  monte?  >  —  c  Voire,  dist  U 

25  maires,  qui  ja  estoit  avoés  dou  roi,  gars  puans,  parle[s] 
tu  enssi  en  la  présence  de  mon  naturel  signeur?  Je 
ne  voel  jamais  vivre,  se  tu  ne  le  compères.  >  A  ces 
mos  il  traïst  un  grant  baselaire  que  il  portoit,  et 
lasque  et  fiert  che  TieulUer  un  tel  horion 'parmi  la 

30  teste  que  il  l'abat  as  pies  de  son  cheval.  Sitos  conmie 
il  fu  cheus  entre  pies,  on  l'environna  de  toutes  pars, 
par  quoi  il  ne  fust  veus  des  assamblés  qui  là  estoient 


[1381]  LIVHE  DSUXIÉMB,  %  222.  121 

et  qui  se  dissoient  ses  gens.  Âdont  desoendi  uds 
escuiers  dou  rd,  que  on  appelloit  Jehan  Standuidi, 
et  traM  une  belle  espée  que  il  portoit  et  le  bouta,  ce 
Tieullier,  ou  ventre,  et  là  fii  mors.  Adont  se  percbu- 
rent  oes  folles  gens  là  asamblés  que  leur  cappitains  5 
estoit  ochis.  Si  oommenchièrent  à  murmurer  ensamble 
et  à  dire  :  c  II  ont  mort  nostre  cappitaine!  alons! 
alons  !  ochions  tout  !  t  A  ces  mos,  il  se  rengièrent  sus 
le  place  par  manière  de  une  bataille,  cascun  son  arc 
devant  li,  qui  Tavoit.  Là  fist  li  rois  un  grant  outrage,  10 
mais  il  fu  convertis  en  bien,  car,  tantos  comme  Tieul- 
liers  fu  aterés,  il  se  parti  de  ses  gens  tous  seuls,  et  dist  : 
c  Demorés  cbi.  Nuls  ne  me  sieue.  »  Lors  vint  il  au 
devant  de  ces  folles  gens,  qui  s*ordonnoient  pour  ven- 
gier  leur  cappitainne,  et  leur  dist  :  c  Signeur,  que  15 
vous  fault?  Vous  n'avés  autre  cappitainne  que  moi  : 
je  sui  vostres  rois  ;  tenés  vous  en  pais.  >  Dont  il  avint 
que  li  plus  de  ces  gens,  sitos  comme  il  veïrent  le  roi 
et  oirent  parler,  il  furent  tout  vaincu  et  se  oommen- 
chièrent à  defuir,  et  che  estoient  li  paisiule  ;  mais  li  20 
mauvais  ne  se  departoient  mies,  anchois  se  ordon- 
noient  et  monstroient  que  il  feroient  quel[que]  cose. 
Adont  retourna  li  rois  à  ses  gens  et  demanda  que  il 
estoit  bon  à  faire.  Il  fu  consilliet  que  il  se  trairoient 
sus  les  camps,  car  fuirs  ne  eslongiers  ne  leur  valloit  25 
riens,  et  dist  h  maires  :  c  II  est  bon  que  nous  fâchons 
enssi,  car  je  suppose  que  nous  arons  tantos  grant 
confort  de  ceuls  de  Londres  des  bonnes  gens  de  nostre 
lés,  qui  sont  pourveus  et  armés,  eux  et  leurs  amis, 
en  leurs  maissons.  »  30 

Entrues  que  ces  coses  se  demenoient  enssi,  couroit 
une  voix  et  uns  effrois  parmi  Londres  en  dissant 


122  CHRONIQUES  DB  J.  FR0I8SART.  [1381] 

enssi  :  <  Oa  tue  le  roi  !  on  tue  le  maire  !  >  pour  lequel 
eflfroi  toutes  manières  de  bonnes  gens  de  la  partie  du 
roi  sallirent  hors  de  leurs  hostels,  armés  et  pourveux, 

^   et  se  traïssent  tout  devers  Semitefille  et  sus  les  camps 

5  là  où  li  rois  estoit  trais,  et  furent  tantos  environ  set 
mille  ou  uit  mille  hommes,  tous  armés.  Là  vinrent 
tout  des  premerains  messires  Robers  Ganolles  et  mes- 
sires  Perducas  de  Labreth  bien  acompaigniés  de  bonnes 
gens,  et  noef  des  eschevins  de  Londres  ossi,  à  plus  de 

10  cent  hommes  d'armes,  et  uns  poissans  homs  de  la 
ville,  qui  estoit  des  draps  dou  roi,  que  on  appelloit 
Nicolas  [Brambre] ,  et  cils  amena  une  grant  route  de 
bonnes  gens  ;  et,  enssi  comme  il  venoient,  il  se  ren- 
geoient  et  se  metoient  tout  à  piet  et  en  bataille  dallés 

15  le  roi.  D'autre  part,  estoient  ces  mescans  gens  tous 
rengiés,  et  monstroient  que  il  se  voloient  combatre,  et 
avoient  les  banières  dou  roi  avoec  euls.  Là  fist  li  rois 
trois  chevaliers  ;  l'un  fu  le  maieur  de  Londres,  me^ 
sire  Jehan  Walourde,  l'autre  fu  messire  Jehan  Stand- 

20  uich,  et  le  tierch  fu  messire  NiooUes  [Brambre] .  Âdont 
parlementèrent  ensamble  li  signeur  qui  là  estoient,  et 
dissoient  :  c  Que  ferons  nous  ?  Nous  veons  nos  enne- 
mis qui  nous  euissent  volentiers  ochis,  se  il  veissent 
que  il  en  eussent  le  milleur.  >  Messires  Robers  Ganolles 

25  consilloit  tout  oultre  que  on  les  alast  combatre  et  tous 
ochire,  mais  li  rois  ne  s'i  asentoit  nullement,  et  dissoit 
que  il  ne  voloit  pas  que  on  fesist  enssi  :  c  Mais  voel, 
dist  li  rois,  que  on  voist  requerre  mes  banières,  et 
nous  venons,  en  demandant  nos  banières,  comment  il 

30  se  maintenront.  Toutesfois,  ou  bellement  ou  autre- 
ment, je  les  voel  ravoir.  »  —  c  C'est  bon,  >  dist  li 
contes  de  Sasleberi.  Adont  furent  envoiiet  dl  troi 


[1384]  LIVBB  DKUXliia,  $  22%.  i23 

Dcmvel  dievaliffl*  devers  eux.  Ghil  chevalier,  en  veoaiit, 
leur  fisseot  signe  que  il  ne  traXssissent  point,  car  il 
venoient  là  pour  traitier.  Quant  il  furent  venu  si  priés 
que  pour  parier  et  estre  oï,  il  dissent  :  c  Escout^.  Li 
rois  vous  mande  que  vous  li  renvoiiés  ses  banières,  5 
et  nous  espérons  que  il  ara  merchi  de  vous.  >  Tantos 
ces  banières  furent  bailiies  et  rapportées  au  roi. 
Encore  leur  fu  là  commandé  de  par  le  roi  et  sus  le 
teste  que,  qui  avoit  lettre  dou  roi  empêtrée,  il  le 
remesist  avant.  Li  aucun,  et  ne  mies  tout,  les  apor-  lo 
tèrent.  Li  rois  les  faissoit  prendre  et  deschirer  en  leur 
présence. 

Vous  devés  et  poés  savoir  que,  sitos  que  les 
banières  dou  roi  furent  rapportées,  ces  mescheans 
gens  ne  tinrent  nul  arroi,  mais  jettèrent  la  grignour  15 
partie  de  leurs  ars  jus,  et  se  demuchièrent  et  se 
retraïssent  en  Londres.  Trop  estoit  messires  Robers 
GanoUes  courouchiés  de  che  que  on  ne  les  couroit  sus 
et  que  on  ne  ochioit  tout;  mais  li  rois  ne  le  voloit 
point  consentir  et  dissoit  que  il  en  prenderoit  bien  20 
venganche,  enssi  qu'il  fist  depuis.  Enssi  se  départirent 
et  demuchièrent  ces  folles  gens,  li  uns  chà  et  li  autre 
là,  et  li  rois  et  li  signeur  et  leurs  routes  rentrèrent 
ordonnéement  en  Londres  à  grant  joie.  Et  le  premier 
cemin  que  li  rois  fist,  il  vint  devers  sa  dame  de  mère,  25 
la  princesse,  qui  estoit  en  un  hosteil  en  la  RioUe,  que 
on  dist  la  Garde  Robe,  et  là  s'estoit  tenue  deus  jours 
etdeusnuis  moult  esbahie,  il  i  avoit  bien  raison.  Quant 
elle  veï  le  roi  son  fil,  si  fîi  toute  resjole  :  <  Ha  !  biaux 
fils,  com  jou  ai  hui  eu  en  coer  grant  paine  et  grant  30 
angousse  pour  vous  !  >  Dont  respondi  li  rois,  et  dist  : 
c  Certes,  ma  dame,  je  le  sai  bien.  Or  vous  resjoissiés, 


124  GHR0NIQUB8  DB  J.  FROI88ABT.  [1381] 

car  il  est  heure,  et  loés  Dieu,  car  je  ai  hui  recouvré 
mon  hiretage  et  le  roiaulme  d'Engletière  que  je  avoie 
perdu.  >  En8si  ae  tint  li  rois  ce  jour  dalléa  aa  mère,  et 
U  signeur  en  allèrent  cascuna  paisiulement  en  leurs 
5  hostelx.  Là  fu  fais  uns  cris  et  uns  bans  de  par  le  [roi] 
de  rue  en  rue,  et  tantos  que  toutes  manières  de  gens 
qui  n'estoient  de  la  nation  de  Londres  ou  qui  n'i 
avoient  demoret  un  an  entier,  partesissent,  et,  se  il  i 
estoient  sceu  ne  trouvé  le  diemence  à  soleil  levant,  il 

10  estoient  tenu  comme  traîteur  envers  le  roi,  et  perde- 
roient  les  testes.  Ghe  ban  fait  et  oï,  nuls  ne  l'ossa 
enfraindre,  et  se  départirent  incontinent  che  samedi 
toutes  gens  et  s'en  rallèrent  tout  desbareté  en  leurs 
lieux.  Jehan  Balle  et  Jaque  Strau  furent  trouvé  en  une 

15  viesse  maison  repus,  qui  se  quidoient  embler,  mais  il 
ne  peurent,  car  de  leurs  gens  meismes  il  furent  racu- 
set.  De  leur  prisse  eurent  li  rois  et  li  signeur  grant 
joie,  car  on  leur  trenca  les  testes,  et  de  Tieullier  ossi  ; 
et  furent  misses  sus  le  pont  à  Londres,  et  ostées  celles 

20  des  vaillans  honunes  que  le  joedi  il  avoient  decoUet. 
Ces  nouvelles  s'espardirent  tantos  environ  Londres 
pour  ceux  des  estragnes  contrées  qui  là  venoient  et 
qui  mandé  de  ces  mesceans  gens  estoient.  Si  se 
retrsossent  tantos  en  leurs  lieux,  ne  il  ne  vinrent  ne 

25  ossèrent  vemr  plus  avant. 

§  9lSi3.  Or  vous  parlerons  dou  duch  de  Lancastre, 
qui  estoit  sus  les  mardies  d'Escoce  en  ces  jours  que 
ces  avenues  avinrent  et  chils  revelemens  de  peuple  en 
Engletière,  et  traitoit  as  Escos,  au  conte  de  Douglas 
30  et  as  barons  d'Escoce.  Bien  savoient  li  Escot  tout  le 
convenant  d'Engletière,  et  ossi  faissoit  li  dus,  mais 


[1384]  LIYRB  DBUXIÈMB,  §  223.  125 

nul  samblant  n'en  faissoit  as  Esoos,  anchois  se  tenoit 
ossi  fors  en  ses  traitiés,  que  dont  que  Engletière  fust 
toute  en  bonne  pais.  Tant  fii  parlementé  et  aie  de  l'un 
à  l'autre  que  unes  trieuwes  furent  prisses  à  durer 
trois  ans  entre  les  Escos  et  les  Englès  et  les  roiaulmes  5 
de  l'un  et  de  l'autre.  Quant  ces  trieuwes  furent  aoor- 
dées,  li  signeur  vinrent  devant  l'un  l'autre,  en  iaulx 
honnourant,  et  là  dist  li  contes  [de]  Douglas  au  duc  de 
Lanclastre  :  c  Sire,  nous  savons  bien  le  rébellion  et  le 
revelement  dou  menu  peuple  d'Engletière  et  le  péril  iO 
où  li  roiaulmes  d'Engletière  par  telle  incidense  est  et 
puet  venir  :  si  vous  tenons  à  moult  vaillant  et  à  très 
sage,  quant  si  francement  en  vos  traitiés  vous  vous 
estes  toudis  tenus,  car  nul  samblant  n'en  avés  fait  ne 
monstre.  Si  vous  dissons  et  offrons  que,  se  il  vous  15 
besongne  confort  de  dnc  cens  ou  de  sis  cens  lances 
de  nostre  costé,  vous  les  trouvères  toutes  prestes  en 
vostre  service.  >  —  c  Par  ma  foi,  respondi  li  dus, 
biau  signeur,  grant  mercis.  Je  n'i  renonche  pas,  mais 
je  ne  quide  point  que  mon  signeur  n'ait  si  boin  con-  20 
seil  que  les  coses  venront  à  bien,  et  toutesfois  je  voel 
de  vous  avoir  un  seur  sauf  conduit  de  moi  et  des 
miens  pour  moi  retourner  et  tenir  en  vostre  païs,  se 
il  me  besongne,  tant  que  les  coses  soient  apaissies.  > 
Li  contes  [de]  Douglas  et  li  contes  de  Mouret,  qui  25 
avoient  là  la  poissance  dou  roi,  li  acordèreot  legière- 
ment.  Adont  prissent  il  congiet  et  se  départirent  li  un 
de  l'autre  ;  li  Escot  s'en  rallèrent  à  Haindebourc,  et  li 
dus  et  li  sien  retournèrent  vers  Beruich,  et  quidoit  li 
dus  tout  proprement  rentrer  en  la  citté  de  Beruich,  ao 
car  au  passer  il  avoit  là  laiiet  ses  pourveances  ;  mais  li 
cappitains  de  le  dtté,  qui  s'appelloit  messire  Mahieux 


126  OHEOmQUlS  DK  J.  FROI88ART.  [1881] 

[RademanJ,  li  devea  et  li  cloï  la  porte  audeyant  de  li  et 
de  ses  gens,  et  li  dist  que  il  U  estoit  deffendu  doa 
conte  de  Northombrelande,  regart  et  souverain  pour 
le  tamps  de  toute  la  maroe,  le  frontière  et  les  païs  de 
5  Northombrelant.  Quant  li  dus  entendi  ces  parolles, 
[si]  li  vinrent  nuNilt  à  contraire  et  à  desplaissanoe.  Si 
respondi  :  c  Gomment,  Mahieu  [Rademan],  i  a  en  Nor- 
thombrelant autre  souverain  de  moi  mis  et  establi, 
depuis  que  je  passai  et  que  je  vous  laiiai  mes  pour- 

iO  veances?  Dont  vient  ceste  nouvelleté?  >  —  c  Par  ma 
foi,  respondi  li  chevaliers,  monsigneur,  oïl  et  de  par 
le  rm,  et  che  que  je  vous  en  facb,  je  le  fach  envis, 
mais  faire  le  me  convient.  Si  vous  prie,  pour  Dieu, 
que  vous  me  tenés  pour  excusé,  car  il  m'est  enjoint 

15  et  commandé,  sus  men  honneur  et  sus  ma  vie,  que 
point  n'i  entrés  ne  li  vostre.  > 

Vous  devés  savoir  que  li  dus  de  Landastre  fii  moult 
esmervilliés  et  couroudiiés  de  tels  paroles,  et  non  pas 
sus  le  chevalier  singuUèrement,  mais  sus  ceulx  dont  li 

M  ordenance  venoit,  quant  il  avoit  traveliet  pour  les 
besongnes  d'Ëngletière,  et  on  le  soupechonnoit  tel  que 
on  li  clooit  et  veoit  la  première  ville  d'Ëngletière  au 
lés  devers  Escoche,  et  imaginoit  que  on  li  faisoit  grant 
blasme,  et  ne  descouvri  mies  là  tout  son  corage  ne 

25  ce  que  il  penssoit,  et  ne  pressa  plus  avant  le  cheval- 
lier, car  bien  veoit  que  il  n'a  voit  nulle  cause  dou  foire, 
et  que  li  chevaliers,  sans  trop  destroit  commande* 
ment,  ne  se  fust  jamais  avanchiés  de  dire  et  faire  ce 
que  il  disoit  et  faissoit.  Si  issi  de  che  pourpos  et  prist 

30  un  aultre,  et  li  demanda  :  c  Messire  Mahieu,  des  nou- 
velles d'Engletière  savés  vous  nulles?  »  —  €  Monsî- 
gneur,  respondi  li  chevaliers,  je  ne  sai  autres  fors  telles 


[tS84]  LITBB  DKUZlilll,  f  %^-  ^^ 

que  ti  paito  est  trop  fort  esmeuz,  et  a  K  rms  nos  sires 
escript  as  barons  et  as  chevaliers  de  ce  pals  que  il 
soient  tout  prest  de  venir  vers  li,  quant  il  les  nian* 
dera,  et  as  gardiiens  et  castelains  des  cittés,  villes  et 
castiaulx  de  Northombrelande  mandé  destroitement  et  5 
sus  la  teste,  que  il  ne  laissent  nullui  entrer  en  leurs 
lieux  et  soient  bien  seur  de  ce  qu'il  ont  en  garde. 
Mais  dou  menu  peuple  qui  se  revelle  devers  Londres, 
je  ne  sai  nulle  certaine  nouvelle  que  je  peuisse  recor* 
der  pour  vérité  fors  tant  que  li  officiier  de  là  jus,  de  40 
Tevesqué  de  LincoUe  et  de  la  conté  de  Gambruge,  de 
Stafort,  de  Beteforde  et  de  Tevesquiet  de  Norduidi 
m'ont  escript  que  les  menues  gens  desoulx  eulx  sont 
en  grant  désir  que  les  cosses  voissent  mal  et  que  il  i 
ait  tourble  en  ^gletière.  >  —  c  Et  de  nostre  païs,  15 
dist  li  dus  de  Lanclastre,  [de]  Derbi  et  de  Lincestre  i 
a  nulle  rébellion  ?  >  -—  c  Monsigneur,  respondi  li  che- 
valiers, je  n'ai  point  ol  dire  que  il  aient  passé  [Line], 
Lincole  ne  Saint  Jehan  de  [Bruvelé].  >  Âdont  s'apenssa 
li  dus,  et  prist  congiet  au  chevalier,  et  tourna  le  chemin  20 
de  Rosebourc,  et  là  fu  il  requelliés  dou  castelain,  car 
il  melsmes  au  passer  l'i  avoit  mis  et  establi. 

§  2SI4.  Or  eut  li  dus  de  Lancastre  conseil  et  avis, 
pour  ce  que  il  ne  savoit  ne  savoir  justement  ne  pooit 
comment  les  coses  se  portoient  en  Engletière  ne  por-  25 
teroient  encores  ne  de  qui  il  i  estoit  amés  ne  haïs, 
que  il  signifieroit  son  estât  as  barons  d'Ëscoce  et  leur 
pri[er]oit  que  il  le  venissent  querre  à  une  quantité  de 
gens  d'armes  sus  le  sauf  conduit  que  il  li  avoient 
bailliet.  Tantos  dhe  conseil  et  avis  eu,  il  envoia  devers  30 
le  conte  de  Douglas,  qui  se  tenoit  à  Dalquest.  Quant  li 


128  OHHONIQUIS  DB  i.  FR0I8SART.  [1881] 

contes  veï  les  lettres  dou  duc,  si  eo  eut  graut  joie  et 
coojol  grandement  le  message,  et  segnefia  en  Teure 
cel  afaire  au  conte  de  Mouret  et  au  conte  de  le  Uare, 
son  frère,  et  leur  manda  que  tantost  et  sans  délai,  sus 
5  trois  jours,  eux  et  leurs  gens,  montés  et  aprestés,  fussent 
venu  à  le  Morlane.  Sitretos  que  cil  signeur  en  furent 
segnefiet,  il  mandèrent  leurs  gens  et  leurs  amis  les 
plus  prochains ,  et  s*en  vinrent  à  Ja  Morlane ,  et  là 
trouvèrent  le  conte  [de]  Douglas.  Si  chevauchièrent 
10  tout  ensamble,  et  estoient  bien  cinc  cens  lances,  et 
vinrent  en  l'abale  de  Mauros,  à  noef  petites  lieues  de 
Rosebourc,  et  segnefiièrent  leur  venue  au  duc  de  Lan- 
clastre.  Li  dus  tantos  lui  et  ses  gens  furent  apparilliet  ; 
si  montèrent  et  se  partirent  de  Rosebourc,  et  encon- 
15  tarèrent  sur  leur  chemin  les  barons  d*Escoche.  Si  s'en- 
trecontrèrent  et  fissent  grant  chière,  et  puis  dievau- 
chièrent  ensamble  tout  en  parlant  et  en  dévissant,  et 
exploitièrent  tant  que  il  vinrent  en  Haindebourc,  où  li 
rois  d'Escoce  par  usage  se  tient  le  plus,  car  il  i  a  biau 
20  castel  et  bon,  et  grosse  ville  et  biau  havene.  Mais,  pour 
ches  jours  li  rois  n'i  estoit  point,  anchois  se  tenoit  en 
la  Sauvage  Escoche,  et  là  cachoit.  Si  fîi  dou  conte  de 
Douglas  et  des  barons  d'Escoce,  pour  plus  honnourer 
le  duc  de  Landastre,  li  castiaulx  de  Haindebourc  déli- 
ts vrés  au  duc,  dont  il  leur  sceut  grant  gret  ;  et  là  se  tint 
li  dus  un  tempore,  tant  que  autres  nouvelles  lui 
vinrent  d'Engletière,  mais  che  ne  fîi  mies  sitretos,  et 
que  che  soit  voirs. 
Or  regardés  des  malles  gens,  comment  halneus  et 
30  losengier  s'avancent  de  parler  outrageusement  et  sans 
cause.  Vois  et  famé  coururent  un  tamps  en  Engletière, 
eus  es  jours  de  ces  rebellions,  que  li  dus  de  Landastre 


[i38ij  LIVBS  OSUXIÈMB,  §  225.  129 

estoit  traîtres  envers  le  roi,  son  signeur,  et  que  il  s'es- 
toit  tournés  escos.  Et  il  fu  tantos  sceu  tous  li  con- 
traires, mais  ces  maleoites  gens,  pour  mieux  tourbler 
le  roiaulme  et  esmouvoir  le  peuple,  avoient  mis  avant 
etsemetces  paroles,  et  che  congnurent  à  le  mort,  quant  5 
il  furent  exécuté  de  mort,  Listier,  Tieullier,  Strau, 
Baquier  et  Jehan  Balle.  Ghil  cinc  par  tout  Engletière 
estoient  li  meneur  et  li  souverain  cappitainne,  et 
avoient  ordonné  et  tailliet  entre  eux  que  ens  es  cinc 
parties  d'Engletière  il  seroient  maistre  et  gouvreneur,  iO 
et  par  e^ecial  il  avoient  en  trop  grant  haine  le  duc.de 
Lanclastre,  et  bien  li  monstrèrent,  car,  sitretos  de 
oonmienchement  que  il  furent  entré  en  Londres,  il  li 
alèrent  ardoir  sa  maison,  le  bel  hostel  de  Savoie,  que 
onques  n'i  demora  esciel  ne  mairien,  que  tout  ne  fust  i& 
ars,  et  encores  avoec  tout  che  meschief  avoient  il  semet 
et  fait  semer  par  leur  malvaisté  parolles  aval  Engle- 
tière que  il  estoit  de  la  partie  dou  roi  d'Escoce  :  dont 
on  li  tourna  en  aucuns  lieux  en  Engletière  ses  armes 
au  desous,  comme  il  fust  traîtres;  et  depuis  fu  si  20 
diièrement  comparet  que  chil  qui  che  fissent  en  orent 
les  tiestes  trenchies. 

Or  vous  voel  jou  recorder  la  vengance  et  comment 
li  rois  d'Engletière  le  prist  de  ces  mescans  gens, 
entrues  que  li  dus  de  Lanclastre  estoit  en  Escoce.        25 

§225.  Quant  ces  coses  furent  rapaissies  et  que  Thome 
Baquier  ot  esté  exécutés  à  mort  à  Saint  Albens,  et  Lis- 
tier à  Stafort,  et  Tieullier  et  Jehan  Baie  et  Jake  Strau 
et  pluiseurs  autres  à  Londres,  li  rois  ot  conseil  que  il 
visiteroit  son  roiaulme,  et  chevauceroit  et  iroit  par  30 
tout  les  bailliages  et  mairies  et  senescaudies  et  caste- 

x-9 


m  0HBONIQUB8  OK  h  FEOI88ART.  [iS8i] 

leries  et  mettes  d'ËDgletière,  pour  pugnir  k»  muivais 
et  reprendre  les  lettres  que  de  force  il  avait  ja  en 
pluiseurs  lieus  données  et  accordées,  et  remeteroit  le 
roiaulme  en  son  droit  point.  Si  fist  U  rois  un  secr^ 
5  mandement  de  gens  d*armes  à  estre  tout  ensamble  un 
certain  jour,  liquel  i  forent,  et  se  trouvèrent  bien  cinc 
cens  lancbes  et  otant  d'archiers.  Quant  il  forent  venu 
tout  ensamble,  enssi  que  dévissé  estoit,  U  rois  parti 
de  Londres  o  chiaulx  de  son  hostel  seullement,  et 

io  prist  le  chemin  pour  venir  en  le  conté  de  Kemt,  de  là 
où  premièrement  ces  maleoites  gens  estoient  esmeu 
et  venu.  Ghes  gens  d'armes  dessus  nommé  pour- 
sieuoient  le  roi  sus  costière  et  ne  chevaucboient  point 
avoecques  lui.  Li  rois  entra  en  la  conté  de  Kemt,  et 

ib  vint  en  [un]  village  que  on  dist  [Espringhe],  et  fist 
appeller  le  maieur  et  tous  les  hommes  de  la  ville. 
Quant  il  forent  venu  en  une  place,  li  rois  leur  fist  dire 
et  monstrer  ensi  par  un  homme  de  sen  consdil  conoe 
ment  il  avoient  esret  à  rencontre  de  lui  et  s'estoient 

20  mis  en  painne  de  tourner  toute  Engletière  en  tribula- 
tion  et  en  perte  ;  et,  pour  ce  que  il  savoit  bien  que  il 
convenoit  que  ceste  cose  eust  esté  faite  et  commenchie 
par  aucuns,  et  iK>n  mie  par  tous,  dont  mieux  vailoit 
que  cil  qui  cfae  avoient  fait  le  comparaissent  que  tout, 

25  il  requeroit  que  on  li  monstrast  les  coupables,  sus  à 
estre  à  tousjours  mais  en  se  indignation  et  [tenu]  et 
renommé  traïteur  envers  lui.  Quant  cil  qui  là  asamblé 
estoient,  ooient  ceste  requeste,  et  veoient  li  non  cou- 
pable que  il  se  pooient  bien  purgier  et  excuser  de  ce 

30  fourfait  par  enseignier  les  coupables,  si  regardoîent 
entre  euls  et  dissoient  :  c  Sire,  vecbi  œlli  par  qui 
ceste  ville  fo  de  premiers  tourblée  et  esmeute.  »  Taor 


[1381]  LIVRI  DStXlAlIB,  i  225.  181 

tos  cils  ft]  pris  et  peadus.  Et  en  i  ot  à  [Esprioghe] 
pendus  set,  et  ftirent  les  lettres  demandées  que  on 
leur  avoit  données  et  aoordées;  elles  forent  là  apor- 
tées  et  rendues  as  gens  dou  roi,  liquel,  en  la  présence 
de  tout  le  peuple,  les  deschirèrent  et  jettèrent  en  val,  5 
et  puis  dissent  enssi  :  €  Entre  vous,  gens  qui  chi  estes 
asamblé,  nous  vous  commandons  de  par  le  roi  et  sur 
le  teste,  que  cascuns  s'en  revoist  en  son  hosteil  pai- 
siulement  et  ne  s*en  mueve  ne  esliève  jamais  contre 
le  roi  ne  ses  menistres.  Gbils  meffids  chi,  parmi  la  10 
oorection  que  on  en  a  pris,  vous  est  pardonnes*  » 
Âdont  disoient  il  tout  d'une  vois  :  c  Dieux  le  puist 
merir  le  roi  et  son  noble  conseil  !  >  En  tel  manière 
que  li  rois  fist  à  [Espringhe] ,  et  à  Saint  Thomas  de 
Gantorbie,  à  Zanduich,  à  Gememue,  à  Orvelle  et  ail-  15 
leurs  fist  il,  par  toutes  les  parties  d'Engletière  où  ces 
gens  s'estoient  rebellé  et  révélé,  et  en  forent  decoUet 
et  pendut  et  mis  à  fin  plus  de  quinse  cens. 

Adont  eut  li  rois  d'Engletière  conseil  de  rmiander 
en  Escoce  son  oncle,  le  duc  de  Landastre,  car  les  coses  20 
estoient  apaissies.  Si  le  remanda  par  un  sien  chevalier 
et  de  son  hostel,  qui  s'appelloit  messires  NicoUes  Gar- 
neffelle.  Li  chevaliers  esploîta  tant  au  oonmiandement 
dou  roi,  que  il  vint  en  Haindebourc  en  Escoce,  et  là 
trouva  le  duc  de  Landastre  et  ses  gens  qui  li  fissent  25 
grant  chière,  et  là  monstra  ses  lettres  de  créance  de 
par  le  roi.  Li  dus  obéï,  che  fo  raisons  ;  et  osai  volen- 
tiers  il  retoumoit  en  Engletière  et  en  son  hiretage.  Si 
prist  son  chemin  pour  venir  à  Rosebourc;  et  à  son 
département  il  remerchia  grandement  les  barons  d'Es-  30 
oocbe,  qui  celle  honneur  et  confort  li  avoient  fait  que 
de  lui  avoir  soustenu  en  leur  pàls  le  terme  que  il  li 


132  GHB0NIQUB8  DB  J.  FROISSART.  [1381] 

avoit  pleut  à  demorer.  Si  le  raoonvoièrent  li  contes  de 
Douglas  et  li  contes  de  Mouret  et  aucun  chevalier  d'Es- 
coce  jusques  à  Fabele  de  Miauros,  et  point  ne  pas- 
sèrent la  rivière  de  Tuide.  Li  dus  de  Lanclastre  vint 
5  à  RosebourCy  et  de  là  au  Noef  Gastiel  sus  Thin,  et  puis 
à  Durem  et  à  lorch  ;  et  partout  trouvoit  les  villes  et 
les  cittés  apparillies  :  c'estoit  raison. 

En  che  tamps  trespassa  cils  vaillans  chevaliers  en 
Engletière,  messire  Guidiars  d*Ângle,  contes  de  Hos- 

10  tidonne  et  maistres  [d'ostel]  dou  roi.  Si  fu  moult  reve- 
ranment  ensevelis  en  Teglise  des  frères  prêcheurs  de 
Londres,  et  là  gist.  Et,  au  jour  de  son  obsèque,  fiili  rois 
d'Engletière  et  si  doi  oncle  et  si  doi  firère  et  la  princesse 
leur  mère  et  grant  fuisson  de  prelas,  de  barons  et  des 

15  dames  d'Engletière,  et  li  fissent  toute  celle  honneur  ; 
et  vraiement  li  gentils  chevaUers  le  valoit  c'on  li  fisist, 
car  en  son  tamps  il  eut  toutes  les  nobles  vertus  que 
uns  gentils  chevaliers  doit  avoir  :  il  fu  liés,  loiaux, 
amoureux,  sages,  seorés,  larges,  preux,  hardis,  entre- 

20  prendans  et  chevalereux.  Enssi  fina  messires  Guichars 
d'Angle. 

§  SSI6.  Quant  li  dus  de  Lanclastre  fu  retournés  d'E^ 
coce  en  Engletière,  et  il  ot  remonstré  au  roi  et  à  son 
conseil  comment  il  avoit  exploitié  des  trieuwes  qui 

25  estoient  prisses  et  accordées  entre  eux  et  les  Escos, 
il  n'oublia  mie  conmient  messires  Mahieux  [Rade- 
men],  cappitainne  de  Beruich,  quoique  il  escusast 
le  chevalier,  li  avoit  clos  les  portes  de  Beruich  au 
devant,  au  commandement  et  ordenance  dou  conte  de 

30  Northombrelande,  et  que  ce  fait  il  ne  pooit  oubliier, 
et  en  parloit  li  dus  en  telle  entente  que  se  li  rois 


[i38ij  UVRE  DEUXIÈIOS,  %  226.  i33 

ses  nepveus  ravooit.  Et  ouïl,  il  Ta  voua  voirement, 
mais  il  sambla  au  duc  que  ce  fust  assés  morbement. 
Dont  s'apaissa  li  dus,  et  atendi  la  feste  de  la  Nostre 
Dame,  en  le  moiienne  d'aoust,  que  li  rois  d'Engletière 
tint  court  solempnelle  à  Westmoustier.  Et  là  furent  5 
grant  fuisson  des  haus  barons  d'Engletière,  et  tant  que 
li  contes  de  Northombrelant  i  fu,  et  li  contes  de  Notin- 
ghem  et  grant  fuisson  des  barons  dou  nort  ;  et  fist  che 
jour  li  rois  chevaliers,  premiers,  le  jone  conte  Jehan 
de  Pennebruc,  messire  Robert  B[r]anbre,  messire  Nico-  10 
las  Tinfort  et  messire  Adam  François,  et  les  fist  li  rois 
à  telle  entente  que  il  voUoit,  le  feste  passée,  aler  vers 
Redinghes,  vers  Âsquesufort  et  vers  Gonventré,  et  cer- 
quier  toute  la  frontière  et  pugnir  les  mauvais,  enssi 
qu'il  fist,  qui  s'estoient  rebellé  à  rencontre  de  lui,  en  15 
la  manière  que  il  avoit  fait  en  la  conté  de  Kemt, 
d'Exsexes  et  de  Sousexes,  de  Beteforde  et  de  Gam- 
bruge. 

A  celle  feste  et  solempnité  qui  fu  le  jour  Nostre 
Dame,  en  mi  aoust,  à  Wesmoustier,  apriès  disner,  ot  20 
grandes  paroUes  et  grosses  dou  duc  de  Landastre  au 
conte  de  Mortombrelande,  et  li  dist  :  c  Henri  de  Persi, 
je  ne  quidoie  pas  que  vous  fuissiés  si  grans  en  Engle- 
tière  que  vous  ossissiés  faire  clore  et  fremer  les 
chittés,  les  villes  et  les  castiaux  à  rencontre  dou  duc  25 
de  Lanclastre!   >  Li  contes  s'umelia  en  parlant,  et 
dist  :  c  Monsigneur,  je  ne  desvoe  pas  ce  que  li  cheva- 
liers en  fist,  car  je  ne  poroie  ;  et  ens  ou  commandement 
que  j'avoie  dou  roi,  mon  signeur  que  velà,  il  m'estoit 
si  estroitement  enjoint  et  commandé  que  sus  men  hon-  30 
neur  et  sus  ma  vie  je  ne  laiaisse  ne  fesisse  laissier  nul 
homme,  signeur  ne  autre,  ens  es  chités,  villes  et  cas- 


134  CHRONIQUES  M  J.  FR0I88ART.  [1381] 

Uaulx  de  Northombrelant,  se  il  n*estoient  hiretier  des 
lieux.  Et  li  rois,  s'il  lui  plaist,  et  mi  signeur  de  sou 
conseil  m'en  poeent  excuser,  car  bien  sa  voient  que  vous 
estiés  en  Escoce  :  si  vous  deussent  avoir  réservé.  »  — 
5  c  Goounent,  respondi  li  dus,  contes  de  Nortombrelant, 
dites  vous  que  il  oonvenoit  réservation  sour  moi,  qui 
sui  oncles  dou  roi  et  qui  ai  à  garder  mon  hiretage 
otant  bien  et  mieux  que  nuls  des  autres  n'ait  apriès 
le  roi  en  Eogletière,  et  qui  pour  les  besongnes  dou 

10  païs  estoie  aies  en  che  voiage?  Geste  response  ne  vous 
puet  excuser,  que  vous  ne  fesissiés  mal  et  contre  men 
honneur  grandement,  et  donnés  exemple  et  soupechon 
de  moi  que  je  voloie  faire  ou  avoie  fait  aucune  traïson 
en  Escodie,  quant  à  men  retour  on  me  clooit  les  villes 

15  de  mon  signeur  et  celle  princhipaument  où  toutes  mes 
pourveances  estoient  :  pour  quoi  je  di  que  vous  vos 
aquitastes  mal.  Et,  pour  le  blasme  que  vous  m'en 
fesistes  et  moi  purgier,  en  la  présence  de  mon  signeur 
que  velà,  je  en  jette  mon  gage  :  or  le  levés  !  >  Âdont 

20  sali  avant  li  rois,  et  dist  :  c  Biaux  oncles  de  Lanclastre, 
tout  ce  qui  en  fu  fait,  je  l'avoe,  et  retenés  vostre  gage 
et  vostre  paroUe.  Et  excuse  le  conte  de  Northom- 
brelant et  paroUe  pour  lui,  que  voirement  estroitement 
et  destroitement  nous  li  aviens  enjoint  et  conunandé 

25  que  il  tenist  clos  et  priés  le  marce  et  le  frontière  d'Es- 
coce  ;  et  vous  savés  que  nostre  roiaulme  a  esté  en  si 
grant  tourble  et  en  si  grant  péril  que,  quant  vous  estiés 
par  delà,  il  ne  nous  pooit  pas  de  tout  souvenir.  Che 
fîi  la  coupe  dou  dercq  qui  escripsi  les  lettres ,  et  la 

30  negligense  de  nostre  conseil,  car,  au  voir  dire,  vous 
deuissiés  estre  bien  réservés.  Si  vous  pri  et  voel  que 
vous  mettes  ces  mautalens  jus«  car  je  m'en  cai^e,  et 


[4381]  unB  DIUXIÈia,  !  »7.  135 

en  descai^  le  conte  de  NorthombrelaDt.  i  Adoot 
8'ageDOullèrent  devant  le  duc  li  contes  d'Ârondiel,  li 
contes  de  Sadeberi,  li  contes  d'Asquesufort,  li  contes  de 
Stanfort  et  li  contes  de  Devesiere,  et  li  dirent  :  c  Mon- 
signeur,  voos  oés  oom  amiablement  et  loiaulment  li  5 
rois  en  a  parlé,  et  vous  devés  bien  descendre  à  ce 
que  il  dist  et  fait.  >  Li  dus  de  Lanclastre,  qui  estoit 
enflâmes  d'aïr,  penssa  un  petit,  et  fist  les  barons  lever 
en  iauls  remerdiiant,  et  dist  :  c  Biau  signeur,  il  n'en 
i  a  nul  de  vous,  se  la  cause  parelle  li  fust  avenue  enssi  iO 
comme  à  moi,  qui  n'en  fust  courouchiés;  et,  puisque 
li  rois  le  voelt,  c*est  drois  que  je  le  voelle,  >  Là  fii 
faite  la  pais  dou  duc  de  Lanclastre  et  dou  conte  de 
Northombrelant  par  les  moiiens  dou  roi  d'Engletière 
et  des  barons  dou  païs,  qui  en  priièrent.  i5 

Au  second  jour  apriès,  li  rois  d'Engletière  ala  en 
son  voiage,  enssi  que  dessus  est  dit,  ens  es  contrées 
dessus  dites,  et  chevaucoit  bien  à  cinc  cens  lances  et 
otant  d'archiers,  qui  le  sieuoient  sus  costière.  En  che 
voiage  fist  li  rois  faire  pluiseurs  justices  des  mauvais  20 
qui  contre  lui  s'estoient  relevé  et  rebelé. 

Nous  nos  soufferons  à  parler  dou  roi  d'Engletière, 
et  parierons  dou  conte  de  Gambruge,  son  oncle,  et 
conterons  conunent  il  vint  en  Portingal» 

§  887.  Vous  avés  bien  chi  dessus  oï  record^r  cpm-  25 
ment  li  contes  de  Gambruge  gissoit  ou  havene  de 
Pleumoude  à  dnc  cens  honunes  d'armes  et  cinc  cens 
archiers,  et  atendoient  vent  pour  aler  vers  le  roiaulme 
de  Portingal.  Tant  furent  il  là  que  vent  leur  vint,  et 
desancrèrent  et  se  départirent  tout  de  une  flote,  et  30 
sînglèrent  au  plus  droit  qu'il  peurent  vers  Lusebonne, 


136  GHR0NIQUB8  DS  J.  FROISSART.  [438!] 

OÙ  il  tendoîent  à  aler,  et  oostiièrent  che  premier  jour 
Engletière  et  Gomuaille,  et  le  second  jour  ossi.  Au 
tierch  jour,  à  l'entrer  en  le  haute  mer  d'Espaigne,  il 
eurent  une  dure  fortune  et  contraire  et  tant  que  tout 

5  leur  vassel  furent  espars,  et  furent  tout  en  très  graut 
péril  et  aventure  de  mort,  et  par  especial  li  vaissel  où 
li  Gascon  estoient,  messires  [Raimons]  de  Castiel  Noef, 
li  soudis  de  FEstrade  et  li  sires  de  la  Barde  et  environ 
quarante  hommes  d'armes,  chevaliers  et  escuiers,  et 

10  perdirent  la  veue  et  la  flotte  de  la  navie  dou  conte 
et  des  Englès.  Li  contes  de  Gambrugë,  messires  Guil- 
laumes  de  Biaucamp,  mareschal  de  l'ost,  messires 
Mahieux  de  Gournai,  connestables ,  li  Ganonnes  de 
Robersart  et  li  autre  passèrent  en  grant  aventure  celle 

15  fortune,  et  singlèrent  tant  au  vent  et  as  estoiUes  que 
il  arrivèrent  et  entrèrent  ou  havene  de  la  chité  de 
Lusebonne. 

Les  nouvelles  vinrent  au  roi  qui  estoit  en  son  palais, 
et  qui  tous  les  jours  n'atendoit  autre  cose  que  la  venue 

20  des  Englès.  Si  envoiia  tantos  à  rencontre  d'eus  de  ses 
chevaliers  et  ses  menestrés,  et  furent  li  contes  de 
Gambruge  et  cil  chevalier  d'Engletière  et  estragnier 
qui  avoecques  lui  estoient,  moult  honnerablement  et 
grandement  requelliet  et  conjoï  des  gens  dou  roi,  et 

25  vint  li  rois  dans  Ferrans  au  dehors  de  son  castiel  à 
rencontre  dou  conte,  et  le  requella  et  conjoï  à  l'usage 
de  celli  païs  moult  bellement,  et  en  apriès  tous  les 
aultres  ;  et  les  en  voia  en  son  castiel  et  fist  le  vin  apor- 
ter  et  les  espisses.  Et  là  estoit  Jehans  de  Gambruge, 

30  fils  au  conte,  douquel  li  rois  de  Portingal  avoit  grant 
joie,  car  il  dissoit  au  conte  :  c  Yechi  mon  fil,  car  il 
ara  ma  fille.  >  [Et  sa  fille]  proprement,  qui  estoit  de 


[1381]  LIVSS  DBUXIÈlfl,  g  Î27.  137 

son  eage,  en  avoH  grant  joie,  et  se  tenoient  par  lea 
mains  au  doi  li  enflfant. 

Entnies  que  li  rois  de  Portingal  et  si  chevalier  hour 
nouroient  le  conte  et  les  chevaliers  estragniers,  se 
logoient  et  ordonnoient  en  la  ville  li  autre  qui  estoient    5 
issu  de  leurs  vaissaux,  et  furent  tout  logiet  bien  et 
largement  et  à  leur  aisse,  car  la  citté  de  Lusebonne 
est  grande  et  bien  garnie  de  tous  biens,  et  ossi  les  gens 
le  roi  de  Portingal  avoient  fait  songnier  dou  bien  pour- 
velr  pour  la  venue  des  Englès.  Si  le  trouvèrent  bien  lo 
pourveue  et  garnie,  et  estoient  li  signeur  tout  aisse  et 
en  grant  lièche,  mais  il  leur  souvenoit  dou  signeur  de 
Gastiel  Noef,  dou  soudich  de  l'Ëstrade  et  dou  signeur 
de  la  Barde  et  de  leurs  gens  que  il  contoient  pour 
perdus  sus  mer  ou  que  fortune  de  mer  les  euist  bouté  45 
si  avant  que  entre  les  Mores  ou  ou  roiaulme  de  Gre- 
nade ou  de  Bellamari,  pour  quoi,  se  enssi  en  estoit 
avenu,  il  les  tenoient  là  ossi  bien  perdus  comme  en 
devant;  et  che  leur  desplaisoit  trop  grandement,  et 
les  regretoient  et  plaindoient  durement.  Au  voir  dire,  20 
il  faissoient  bien  à  plaindre,  car  cil  bon  chevalier  et 
escuier  desus  nommé  furent  tant  et  si  dur  tempesté 
de  mer  que  onques  gens  sans  mort  ne  furent  en  plus 
grant  dangier  ne  péril;  et  furent  [si  avant  hors  de 
leur  droit  chemin],  et  passèrent  les  destrois  de  Marios  25 
et  les  bendes  dou  roiaulme  de  Tramesainnes  et  de 
Bellamari,  et  furent  par  pluiseurs  fois  en  trop  grant 
aventure  de  estre  pris  et  arresté  des  Sarrasins  ;  et 
eux  meïsmes  se  cojitoient  pour  mort  et  n'avoient  mies 
espoir  de  venir  à  terre  jamais  ne  à  port  de  salut.  Et  80 
furent  quarante  jours  en  che  dangier.  En  le  fin,  il 
eurent  un  vent  qui  les  rebouta,  vosissent  ou  non,  en 


4S8  CHRONIQCn  Dl  J.  FRQIBSABT.  [IttI] 

la  mer  d'Espaigne.  Quant  cils  vens  leur  fii  fiillis,  il 
waucrèrent  et  trouvèrent  d'aventure  deus  grosses 
nefs  de  Lusebonne  qui  s'en  venoient,  sioom  il  leur  dis- 
sent puis,  en  Flandres,  cargies  de  marcheandisses. 
5  Ghil  signeur  tournèrent  celle  part  et  boutèrent  leurs 
pennons  et  leurs  estramières  hors,  et  vinrent  à  ces 
nefs  de  Lusebonne,  où  il  n'avoit  que  marceans  dedens, 
qui  ne  furent  mies  bien  à  seur,  quant  il  veirent  cbe 
vaissel  armé  et  les  parures  de  Saint  Joi^  en  pluisieurs 

iO  lieux.  Toutesfois,  quant  il  s'aprodûèrent,  il  se  recon- 
gneurent  et  se  fissent  grant  feste  ;  mais  cil  marchant 
remissent  de  rechief  ces  chevaliers  en  trop  grant  péril, 
je  vous  dirai  pour  quoi.  Il  demandèrent  des  nouvelles 
de  Portingal,  [et  il  respondirent  que  li  rois  de  Por- 

i5  tingal]  et  li  Englès  estoient  trait  à  siège  devant 
Seville  et  avoient  là  le  roi  dan  Jehan  de  Gastille  ase- 
giet.  De  ces  nouvelles  furent  il  moult  resjoï  et  dissent 
que  il  iroient  celle  part,  car  il  estoient  ossi  sus  la  fron- 
tière de  Seville.  Adont  se  départirent  il  l'un  de  l'autre, 

20  et  leur  laissièrent  li  Portingallois  des  vins  et  des 
pourveances  pour  eux  rafiresquir,  et  dissent  li  Gascon 
à  leurs  maronniers  :  c  Menés  nous  à  Seville,  car  là 
sont  nos  gens  au  siège.  >  Li  maronnier  respondirent  : 
c  Ou  nom  de  Dieu!  »  et  tournèrent  vers  Seville,  et 

tt  singlèrent  tant  que  il  l'aprochièrent.  Li  maronnier, 
qui  furent  sage  et  ne  voloient  pas  perdre  leurs 
maistres,  fissent  monter  amont  ou  castiel  de  leurs  mas 
un  effimt,  asavoir  se  il  veoit  nul  apparant  de  siège  par 
mer  ne  par  tière  devant  Seville.  L'enffant  ot  bonne 

M  veue  et  juste  :  si  respondi  que  nom.  Adont  dissent  li 
maronnier  as  signeurs  :  c  Entendes,  biau  signeur, 
vous  n'estes  pas  bien  enfourmé,  car  pour  certain  il 


[tS8i]  JUmil  DKUXIÈIIB,  i  228.  iS9 

n'a  8Îège  nul,  ne  par  mer  ne  par  tère,  devant  SeviUe, 
car,  se  il  i  estoit,  aucun  apparant  en  seroient  ou 
havene.  Si  n'avons  que  faire  de  là  aler,  se  vous  ne 
voilés  perdre,  car,  pour  certain,  li  rois  de  GastiUe  se 
tient  là,  et  est  la  chités  de  son  roiaulme  où  il  se  tient  le  5 
plus  volentiers.  >  A  grant  dur  en  peurent  li  maron- 
nier  estre  creu  ;  toutesfois,  il  forent  creu,  et  singlèrent 
toute  la  bende  de  SeviOe  et  entrèrent  en  la  mer  de 
Portingal,  et  vinrent  ferir  ou  havene  de  Lusebonne. 
A  celle  propre  heure  et  che  propre  jour,  leur  faissoit  iO 
on  en  l'église  de  Sainte  Katherine  en  Lusebonne  leur 
obsèque,  et  estoient  li  baron  et  li  chevalier  vesti  de 
noir,  et  les  tenoient  pour  mors.  Si  deyés  savoir  que 
la  joie  i  fo  très  grans,  quant  il  seurent  que  il  estoient, 
com  durement  que  die  fost,  arivet  et  venut  à  port  t5 
de  salut.  Si  se  coojoïrent  et  festiièrent  moult  grande- 
ment ensamble,  et  eurent  chil  chevalier  gascons  tan- 
tos  oubliés  les  paines  de  la  mer. 

Nous  nos  soufferons  à  parler  un  petit  des  besongnes 
de  Portingal  pour  la  cause  de  che  que  sitrestos  il  n'i  20 
ot  nul  fait  d'armes,  et  parlerons  des  besongnes  de 
Flandres  et  de  ce  que  il  i  avint  en  celle  melsmes 
saison. 

§  2S8.  En  ces  wdonnances  et  en  ce  tamps  que  ces 
[aventures] ,  sicom  chi  dessus  est  dit  et  recordé ,  client  25 
avenues  en  Engletière,  ne  sejournoient  mies  les  guerres 
de  Flandres,  li  contes  contre  les  Gantois  et  cil  de 
Gaind  contre  le  conte. 

Vous  savés  comment  Phelippes  d'Artevelle  fu  esle- 
vés  à  Gaind  et  [eslus]  souverains  cappitainne  par  le  30 
promotion  premiers  de  Piètre  dou  Bos  qui  le  consilla, 


140  GHR0NIQUB8  DB  J.  FR0I88ÀRT.  [1384] 

à  l'entrer  en  l'office,  qu'il  fiist  craeulx  et  mauvais, 
afin  que  il  se  fesist  cremir.  Phelippes  retint  bien  de 
son  escolle  et  de  sa  dotrîne,  car  il  n'eut  mies  esté 
longhement  en  l'office  de  gouvrener  Gaind,  quant  il 
5  en  fist  tuer  et  décoller  devant  lui  douse,  et  dient  li 
aucun  que  cil  avoient  esté  principaulment  à  le  mort 
de  son  père  :  si  en  prist  la  vengance.  Phelippes  com- 
mencha  à  resgner  en  grant  poissance  et  à  lui  faire 
cremir  et  ossi  à  amer  de  moult  de  gens  et  par  espe- 

10  cial  des  compaignons  qui  sieuoient  les  routes  et  les 

armées.  Â  ceuls  là,  pour  eulx  faire  leur  main  et  estre 

en  leur  grâce,  n'i  avoit  riens  refusé  ne  repris  ;  tout 

estoit  abandoné. 

Or  me  poeut  on  demander  conunent  chil  de  Gaind 

15  faissoient  leur  guerre,  et  je  en  responderai  volentiers, 
selonc  che  que  je  leur  ai  depuis  oï  parler.  Il  estoient  si 
bien  d'acord  que  tout  mettoient  main  à  bourse,  quant 
il  besongnoit,  et  se  tailloient  li  rice  selonc  leur  quan- 
tité, et  deportoient  les  povres,  et,  enssi  par  celle  unité 

20  qu'il  eurent,  durèrent  il  en  leur  poissance,  et  s'est 
Gaind,  à  tout  considérer,  une  des  plus  fortes  villes 
dou  monde,  puis  que  Braibans,  Hainnau,  Hollandes 
ne  Zellandes  ne  les  voelt  point  guerroiier  ;  mais,  ou 
cas  que  cil  quatre  païs  li  seroient  contraire  avoec 

25  Flandres,  il  seroient  enclos  et  perdu  et  a£Famé.  Or  ne 

leur  furent  onques  cil  pals  parfaitement  contraire  ne 

ennemi  :  de  quoi  leur  guerre  en  estoit  plus  belle,  et 

en  durèrent  plus  longhement. 

En  che  tamps  et  en  la  nouvelleté  de  Phelippe  d'Àr- 

30  tevelle  fu  li  doiens  des  tisserans  acusés  de  trahison. 
Si  fu  pris  et  mis  en  prisson,  et  pour  trouver  en  voir 
che  dont  il  estoit  amis  et  acusés,  on  alla  en  se  mai- 


[1381]  LIVRE  DBUXlillB,  §  229.  141 

son.  Si  trouva  [o]o  le  pourre  de  salpêtre  toute  moul- 
lie,  ne  on  ne  s'en  estoit  peut  aidier  en  toute  Fanée  à 
siège  que  il  [i]  eust  fait.  Si  fu  chils  doibns  décollés  et 
traînés  aval  la  ville  par  les  espaulles  comme  traîtres, 
pour  donner  example  as  autres.  5 

Or  s'avissa  li  contes  de  Flandres  que  il  venroit 
mettre  le  siège  devant  Gaind  ;  si  fist  un  grant  mande- 
ment de  chevaliers  et  d'escuiers  et  des  gens  de  ses 
bonnes  villes,  et  envoia  à  Malignes,  dont  il  eut  ossi 
grant  gent.  Si  manda  ses  cousins,  messire  Robert  de  10 
Namur  et  messire  Guillaume,  et  li  vinrent  grant  che- 
valerie et  gens  d'armes  d'Artois  et  de  Hainnau,  car  poup 
lors  il  estoit  contes  d'Artois,  et  estoit  la  contesse  d'Ar- 
tois sa  mère  nouvellement  trespassée. 

§  229.  A  che  mandement  et  asamblée  ne  s'oubUa  15 
mie  li  sires  d'Enghien,  mais  là  vint  servir  à  tout  ce 
que  il  peut  par  raison  avoir  de  gens,  et  estoit  bien 
acompaigniés  de  chevaliers  et  escuiers  de  la  conté  de 
Hainnau.  Si  vint  li  contes  mettre  le  siège  devant  Gand 
au  lés  devers  Bruges  et  au  lés  devers  Hainnau.  Si  i  20 
ot  fait,  le  siège  durant  et  estant,  tamainte  escarmuce, 
et  issoient  souvent  aucun  legier  compaignon  de  Gaind 
qui  aloient  à  l'aventure,  dont  à  le  fois  il  estoient 
rebouté  à  leur  damage,  et  à  le  fois  ossi  il  gaaignoient. 
Et  cils  qui  le  plus  de  fait  d'armes  i  faissoit  et  qui  le  plus  25 
de  renommés  en  avoit,  c'estoit  li  jones  sires  d'En- 
ghien. En  sa  route  et  en  se  compaignie  se  mettoient 
volentiers  et  par  usage  tout  jovene  baceler  qui  desi- 
roient  les  armes.  Et  s'en  vint  li  sïres  d'Enghien  à  bien 
quatre  mille  hommes  tous  bien  montés,  sans  cheux  30 
de  piet,  mettre  le  siège  devant  la  ville  de  Granmont, 


14S  CHROMIQUBS  DB  J.  FROI88AET.  [1381] 

car  elle  estoit  gantoisse.  Autre  fois  i  avoit  li  airea  d'En- 
ghien  estek  et  eux  travilliet  et  heriiet,  mais  riens  D*i 
avoit  conqueaté.  Or  i  vint  il  à  celle  fois  poisaanment 
et  par  grant  ordonnance,  et  le  fist  par  un  diemendie 

5  asaiUir  en  plus  de  quarante  lieus,  et  il  [melsjmes  à 
Fassaut  ne  se  faindi  mies,  mais  s'i  esprouva  de  grant 
volenté,  et  bouta  là  hors  oel  jour  à  cel  assaut  premiè- 
rement sa  banière.  Ghils  assauls  fu  grans  et  fors  et 
bien  continués,  et  la  ville  de  tous  costés  assaillie  si 

10  aigrement  et  si  ouniement  que  environ  heure  de  nonne 
elle  fu  prisse  et  conquise  ;  et  entrèrent  ens,  par  les 
portes  qui  furent  ouvertes  et  abatues,  li  sires  d'En- 
ghien  et  ses  gens.  Quant  cil  de  Granmont  veïrent  que 
leur  ville  estoit  perdue  et  que  point  de  recouvrier  n'i 

15  avoit,  si  s'enfuirent,  et  cil  qui  peurent,  par  autres 
portes  au  contraire  de  leurs  anemis,  et  se  sauva  qui 
sauver  se  peut.  Là  eut  grant  ochision  de  hommes,  de 
femmes  et  d'enfians,  car  nuls  n'estoit  pris  à  merdii, 
et  i  eut  plus  de  cinc  cens  hommes  de  h  ville  mors,  et 

20  trop  grant  fuisson  de  vielles  gem  et  de  femmes  gi»* 
sans  en  leurs  lis  ars,  dont  che  fu  pités,  car  on  bouta 
le  feo  en  le  ville  en  plus  de  deus  cens  liens,  par  qu<n 
toute  li  ville  fti  arse,  moustiers  et  tout,  ne  riens  n*i 
demora  entir.  Enssî  fu  Granmons  persequtée  et  mine 

25  en  feu  et  en  flame,  et  puis  retourna  li  sires  d'Enghien 
en  Tost  devant  Gaind,  quant  il  eut  fait  œl  exploit,  doo* 
quel  li  contes  de  Flandres  si  l'en  sceut  très  bon  gré, 
et  li  dist  :  c  Biaux  fieux,  en  vous  a  vaillant  homme, 
et  vous  ferés  encores,  se  Dieu  plaist,  bon  chevalier, 

30  car  vous  en  avés  un  très  bon  commencfaement.  » 

§  830.  Âpriès  le  destrudon  de  la  ville  de  GntD- 


[1381]  UVBK  DSUXiillB,  (  2S0.  US 

moot,  qui  fil  par  un  diemenoe  ou  mois  de  jun  toute 
ane  [et]  toute  perie,  se  tint  li  fiièges  devant  Gaind.  Et 
là  estoit  li  jones  sires  d'Enghien,  qui  s'appelloit  Gaur 
tierSy  qui  petit  reposoit  et  sejournoit  en  son  logis, 
mais  queroit  tous  les  jours  les  armes  et  les  aventures,  s 
une  fois  bien  acompaigniés  de  si  grant  fuisson  de 
gais  que  il  reboutoit  ses  ennemis,  et  l'autre  fois  à  si 
petit  de  gens  que  il  n'osoit  persévérer  en  ses  emprises, 
si  retournoit  ;  et  priesque  tous  les  jours,  ou  par  li,  ou 
par  le  Halse  de  Flandres  i  avenoient  armes.  Et  avint  10 
environ  un  mois  après,  un  joedi  au  matin,  que  li  sires 
d'Enghien  estoit  issus  hors  de  son  logels,  le  signeur 
de  Montegni  en  sa  oompaignie,  messire  Mikiel  de  le 
Hamaide,  sen  cousin,  dallés  li,  le  bastart  d'Enghien, 
son  firère,  Gillion  dou  Trisson,  Hustin  dou  Lai  et  15 
pluiseurs  autres  de  ses  gens  et  de  son  hostel,  et  s*m 
aloient  à  Tescarmuoe  devant  Gaind,  enssi  que  autre 
fois  avoient  fait.  Si  se  boutèrent  si  avant  que  mal  leur 
en  ch^,  car  chil  de  Gant  avoient  au  dehors  de  leur 
ville  fait  une  embusque  de  plus  de  cent  compaignons  20 
et  tous  piquenaires.  Et  voellent  li  aucun  dire  que  il  i 
avoit  en  celle  enbusque  le  plus  des  escadiiés  de  Gran- 
mont,  qui  ne  tiroient  à  autre  cose  que  ce  que  il  peui^ 
aent  enclore  A  atraper  à  leur  avantage  le  signeur 
d'Enghien,  pour  eulx  contrevengier  dou  grant  damage  25 
que  il  leur  avoit  fait,  car  il  le  sentoieut  libéral  et  jovrae 
et  volentrieu  de  lui  aventurer  follement;  et  tant  i 
pensèrent  qu'il  l'eurent,  dont  che  fu  damages,  et  pour 
ceulx  ossi  qui  là  demorèrent  avoec  li.  li  sires  d'En- 
ghieo  et  sa  route  ne  se  donnèrent  garde,  quant  U  se  30 
virent  encloa  de  œs  Gantois,  qui  leur  vinrent  fière- 
ment au  devant  et  les eaoriièrent  :  «  Â  la  mort!  » 


144  CHRONIQUSS  DB  J.  FB0I8SABT.  [1381] 

Quant  li  sires  d*Enghien  se  veï  en  che  parti,  si 
demanda  conseil  au  signeur  de  Mont^ni,  qui  estoit 
dallés  lui  :  c  Conseil  !  respondi  messires  Ustasse, 
sire,  il  est  trop  tart;  deffendons  nous,  et  [si]  vendons 
5  nos  vies  che  que  nous  poons.  U  n'i  a  autre  cose,  ne 
dhi  ne  chiet  [à]  nul  raençon.  >  Âdont  fissent  li  chevalier 
le  singne  de  la  crois  devant  leurs  viaires,  et  se  recom- 
mendèrent  à  Dieu  et  à  saint  Jorge,  et  se  boutèrent  en 
leurs  ennemis,  car  il  ne  pooient  fuir  ne  reculler,  si 

10  avant  estoient  il  enbusquiet ,  et  i  fissent  d'armes  che 
qu'il  peurent,  et  se  combatirent  moult  vaillanment. 
Mais  il  ne  pooient  pas  tout  faire,  car  leur  ennemi 
estoient  dis  contre  un,  et  a  voient  ces  longues  picques, 
dont  il  lanchoient  les  cops  trop  grans  et  trop  peril- 

15  leus,  enssi  comme  il  apparut.  Là  fu  li  sires  d'Enghien 
ochis,  et  dalés  li,  li  bastars  d'Engien,  ses  fibres,  et 
Gilles  dou  Trisson,  et  chils  vaillans  et  preudons  die- 
valiers  de  Hainnau,  qui  estoit  ses  compains,  li  sires 
de  Montegni  Saint   Gristoffle,  et  messires  Hikieux 

20  de  le  Hamaide  durement  navrés,  et  euist  esté  mors, 
il  n'est  nulle  doubte,  se  Hustins  dou  Lai  par  force 
d'armes  et  par  sens  ne  l'euist  sauvé.  Si  en  ot  il 
moult  de  paine  pour  le  sauver;  toutesfois,  entrues 
que  cil  Flament  entendoient  à  ces  chevaliers  desarmer 

25  et  à  tourser,  pour  reporter  en  la  ville  de  Gaind,  car 
bien  savoient  que  il  a  voient  ochis  le  signeur  d'Enghien, 
dont  il  avoient  grant  joie,  Hustin  dou  Lai,  qui  ne  veoit 
nulle  recouvrance,  mist  hors  de  la  presse  et  dou  péril 
messire  Mikiel  de  le  Hamaide.  Enssi  se  porta  li  jour- 

30  née  pour  le  signeur  d'Enghien.  Si  devés  crohre  et 
savoir  de  vérité  que  li  contes  de  Flandres  en  fii  trop 
durement  courouchiés,  et  bien  le  monstra,  car,  pour 


[i3Si]  LIVEB  DSUXIÈMB,  $  231.  145 

ramour  de  lui,  li  sièges  se  desfist  de  devant  Gand,  et 
ne  le  pooit  li  contes  oubliier,  mais  le  regretoit  nuit  et 
jour,  et  dissoit  :  c  Â  !  Gautier  !  Gautier  !  biaulx  fils  ! 
Gomment  il  vous  est  tempre  mesavenu  en  vostre  jones- 
che  !  Yostre  mort  me  fera  tamaint  anoi,  et  voel  bien  5 
que  cascuns  sache  que  jamais  cil  de  Gand  n'aront  paix 
à  moi  si  sera  si  grandement  amendé  que  bien  devera 
souffire.  >  La  cose  demora  en  cel  estât.  Si  fu  ren- 
voiiés  querre  en  Gand  li  sires  d'Enghien,  que  li  Gan- 
tois, pour  resjoïr  la  ville,  i  avoient  porté,  lequel  corps  10 
il  ne  vaurent  onques  rendre  si  en  eurent  mille  frans 
tous  aparilliés,  lesquels  on  leur  paia  et  délivra,  et  les 
départirent  ensamble  à  butin.  Et  li  sires  d'Enghien  fu 
rapportés  en  Tost,  et  puis  fu  renvoiiés  à  Enghien,  la 
ville  dont  il  avoit  esté  sires,  et  là  fu  ensevelis.  ^^ 

§  231 .  Pour  la  mort  dou  jone  signeur  d'Enghien, 
c'est  vraie  cose,  se  deffist  li  sièges  de  devant  Gaind, 
et  [si]  s'en  parti  li  contes,  et  s'en  retourna  à  Bruges,  et 
donna  congiet  pour  celle  saisson  toutes  manières  de 
gens  d'armes,  et  les  envoiia  eus  es  garnissons  de  Flan-  20 
dres,  ens  ou  castiel  de  Gauvres,  en  Âudenarde,  en 
Tenremonde,  à  Gourtrai  et  partout  sus  les  frontières 
de  Gaind.  Et  manda  li  contes  as  Liegois,  pour  ce  que 
il  oonfortoient  les  Gantois  de  vivres  et  de  pourveances, 
que  plus  on  ne  les  asegeroit,  mais  que  il  [ne]  vosissent  25 
en  Gaind  envoiier  nuls  vivres.  Ghil  dou  Liège  respon- 
dirent  orguilleusement  as  messages  qui  envoiiet  i 
furent,  que  de  ce  faire  il  aroient  avis  et  conseil  à  ceulx 
de  Sainteron,  de  Hui  et  de  Dignant  :  li  contes  n'en 
peut  autre  cose  avoir.  Toutesfois,  li  contes  de  Flandres  30 
envoiia  devers  ses  cousins  le  duc  de  Braibant  et  le  duc 

X  — 10 


146  GHRONIQUSS  BS  i.  FR0IS8ART.  [1381] 

Aubert,  bail  de  Hainnau,  de  Hollaodea  et  de  Zellandes, 
grans  mesages  de  ses  plus  sages  chevaliers,  qui  leur 
remoDstrèreot  de  par  H  que  la  ville  de  Gaind  se  tenoit 
en  soD  esreur  et  en  sa  mauvaistié  par  le  graut  oonfort 
5  que  les  gens  de  celle  ville  avoieut  de  leurs  pals»  de 
vivres  et  de  pourveances  qui  leur  veuoient  tous  les 
jours,  et  que  il  i  vosissent  pourveïr  de  remède.  Ghil 
doi  signeur,  qui  envis  euissent  ouvré  ne  exploitié  à  la 
desplaissance  de  leur  cousin  le  conte,  s*escusèrent  moult 

iO  bellement  as  chevaliers,  et  leur  respondirent  que  en 
devant  ces  nouvelles  il  n'en  avoient  riens  sceu,  et 
aroient  tels  leurs  païs  que  on  [i]  metteroit  atem- 
prance.  Geste  responsse  souflS  assés  au  conte  de  Flan- 
dres. Li  dus  Âubers,  qui  pour  ce  tamps  se  tenoit  en 

15  Hollandes,  escripsi  devers  son  baillieu  en  Hainnau, 
messire  Simon  de  Lalaing,  et  li  envoiia  la  coppie  des 
lettres  et  par  escript  les  parolles  et  requestes  de  son 
cousin,  le  conte  de  Flandres,  et  avoec  tout  che  il  li 
manda  et  commanda  estroitement  que  il  euist  tel  le 

20  pals  de  Hainnau  que  il  n'en  oist  plus  nulles  nouvelles 
à  le  desplaissance  dou  conte,  son  cousin,  car  il  s'en 
couroucheroit.  Li  baillieux  obel,  che  fu  raisons,  et  fîst 
faire  un  commandement  gênerai  parmi  le  conté  de 
Hainnau,  que  nuls  ne  menast  vivres  à  ceulx  de  Gaind, 

25  car,  se  il  estoient  sus  le  chemin  veu  ne  trouvé,  il 
n'aroient  point  d'avoé  de  li.  Un  tel  cri  et  deffense  fist 
on  en  Braibant,  ne  nuls  n'osoit  aler  en  Gand,  fors  en 
larechin,  ne  mener  vivres,  dont  cil  de  Gaind  se  com- 
menchièrent  moult  à  esbahir,  car  pourveances  leur 

30  afoiblissoient  durement,  et  eussent  eu  trop  plus  tost 
grant  famine  ;  mais  il  estoient  conforté  des  Hollandois 
et  des  Zellandois,  qui  onques  ne  s'en  vaurent  déporter 


[1382]  LIYRB  DBUXliMS,  $  ^^-  t47 

pour  mandement  ne  pour  destrainte  que  li  dus  Aubers 
i  peuist  mettre. 

En  che  tamps,  par  les  pourcas  et  moiens  des  oon- 
saulx  de  Hainnau,  de  Braibant  et  de  Liège,  fu  uns 
parl^nens  assis  et  acordés  à  estre  à  Harlebèque  dal-  5 
lés  C!ourtrai,  et  se  tint  li  parlemens,  et  i  envoiièrent 
chil  de  Gand  douse  des  plus  notables  hommes  de  la 
ville,  et  monstroient  tout  generaument,  excepté  li 
ribaudaille  qui  ne  desiroient  que  le  rihotte,  que  il 
Yoloient  venir  à  pais,  à  quel  meschief  que  che  fust.  iO 
A  ce  parlement  furent  tout  li  consaus  des  bonnes 
villes  de  Flandres,  et  meïsm[em]ent  li  contes,  et  ossi 
de  Braibant,  de  Hainnaut  et  de  Liège  i  eut  gens.  Là 
furent  les  coses  si  bien  taillies  et  couchies  que  sur 
certain  article  de  paix  li  Gantois  retournèrent  en  leur  t5 
ville;  et  avint  que  cil  de  Gand,  qui  pais  desiroient  à 
avoir,  voire  li  saige  et  li  paisiule,  se  tralssent  devers 
les  hostels  des  deus  plus  notables  et  rices  hommes  de 
Gaind  qui  à  ce  parlement  eussent  esté,  sire  Ghisebrest 
Grute  [et]  sire  Simon  Bète,  et  leur  demandèrent  des  20 
nouvelles.  Il  se  descouvrirent  trop  tos  à  leurs  amis, 
car  il  respondirent  :  c  Bonnes  [gens],  nous  arons 
une  belle  paix,  se  Dieu  plaist.  Ghil  qui  ne  voellent  que 
bien,  demoront  en  pais,  et  on  corr[i]gera  aucuns  des 
mauvais  de  la  ville  de  Gand.  »  25 

§  fâi.  Vous  savés  que  on  dist  communément  : 
c  S'il  est  qui  fait,  il  est  qui  dist.  »  Piètres  dou  Bos, 
qui  ne  se  sentoit  mies  asseur  de  sa  vie,  avoit  envoii^ 
ses  espies  pour  oïr  et  raporter  des  nouvelles.  Ghil  qui 
i  furent  envoiiet,  raporterent  che  que  on  dissoit  parmi  30 
la  ville,  et  que  ces  parolles  venoient  pour  certain  de 


448  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1382] 

Ghisebrest  Grute  et  de  Simon  Bète.  Qaant  Piètres 
eotendi  che,  si  fu  tous  foursenés  et  hapa  taotos  oeste 
oose  pour  li,  et  dist  :  c  Se  nuls  est  corigiés  de  ceste 
guerre,  je  serrai  tous  premiers,  mais  il  n'ira  pas  enssi 
5  que  nos  signeurs,  qui  ont  esté  au  parlement,  quident. 
Je  ne  voel  pas  enoores  morir  ;  la  guerre  n'a  pas  enoores 
tant  duré  comme  elle  dur[r]a  ;  encores  n'est  pas  mes 
boins  maistres,  qui  fu  Jehan  Lion,  bien  vengiés.  Se  la 
cose  est  entouellie,  encores  le  voel  jou  mieux  touel- 

iO  lier.  >  Que  fist  Piètres  dou  Bos?  Je  le  vous  dirai. 

Gel  propre  soir,  dont  à  l'endemain  li  consaulx  des 

signeurs  de  Gand  devoit  estre  en  la  dite  halle  dou 

conseil  et  li  rappors  fais  des  dessus  dis  qui  avoient 

estet  au  parlement  à  Harlebecque,  il  s'en  vint  à  l'ostel 

15  Phelippe  d'Artevelle,  et  le  trouva  que  il  avissoit  et 
penssoit  en  apoiant  sus  une  phenestre  en  sa  cambre. 
Le  première  paroUe  que  il  li  dist,  il  li  demanda  : 
c  Phelippes,  savés  vous  nulles  nouvelles?  >  —  c  Nenil, 
dist  Phelippes,  fors  tant  que  nos  gens  sont  retourné 

20  dou  parlement  de  Harlebèque,  et  demain  nous  devons 
oïr  en  la  halle  che  qu'il  ont  trouvé.  >  —  c  C'est  voirs, 
dist  Piètres,  mab  je  sai  ja  ce  qu'il  ont  trouvé  et  com- 
ment [li]  traitiet  se  [portent] ,  car  il  s'en  sont  descouvert 
à  aucuns  de  mes  amis.  Certes,  Phelippe,  tout  li  trai- 

25  tiet  c'on  fait  et  que  on  peut  faire,  c'est  tousjours  sur 
nous  et  sur  nos  testes.  Se  il  i  a  nulle  paix  entre  Mon- 
signeur  et  la  ville,  sachiés  que  vous  et  jou  et  li  sires 
de  Harselle  et  tout  li  cappitaîne,  dont  nous  nos  aidons 
et  qui  maintiennent  la  guerre,  en  moront  premiere- 

30  ment  ;  et  li  riche  homme  en  iront  quite,  et  nous  voellent 
bouter  en  che  parti  et  iaubc  délivrer.  Et  che  fu  li  oppi- 
nions  de  Jehan  Lion,  men  maistre.  Toudis  enoores  a 


[1382]  LIVRE  DSUXIÈMB,  §  233.  149 

DO  sires  li  coDtes  ses  marmousès  dalés  H,  Ghisebrest 
Mabieu  et  ses  frères  et  le  prevost  de  Harlebèque,  qui 
est  dou  linage,  et  le  doien  des  menus  mestiers  qui 
s*eo  fui  avoec  eulx.  [Si]  nous  faut  bien  aviser  sour 
chou.  >  —  c  Et  quel  cose  en  est  bonne  à  faire?  >  dist  5 
Phelipes.  Respondi  Piètres  :  <  Je  le  vous  dirai  :  il  nous 
faut  segnefiier  à  tous  nos  diiens  et  nos  cappitainnes  que 
il  soient  demain  tout  apparilliet  et  venu  ou  marchiet 
des  devenres,  et  se  tiegnent  dallés  nous.  Nous  ente- 
rons en  la  halle,  moi  et  vous,  et  cent  des  nostres,  pour  10 
olr  ces  traitiés.  Dou  sourplus  laissiés  moi  convenir, 
mais  avoés  mon  fait,  se  vous  voilés  demorer  en  vie  et 
en  poissance,  car,  en  ceste  ville  et  entre  communs,  qui 
ne  s'i  fait  cremir,  il  n'i  a  riens.  »  Phelippes  li  acorda. 
Piètres  dou  Bos  prist  congiet,  et  se  parti  et  envoia  ses  15 
gens  et  ses  vallès  par  tous  les  doiiens  et  cappitainnes 
desoulx  li,  et  leur  manda  que  à  Tendemain  eulx  et 
leurs  gens  venissent  tout  pourveu  ens  ou  marquiet 
des  devenres,  pour  oïr  des  nouvelles.  Il  obéirent,  car 
nuls  ne  Feust  ossé  laissier,  et  ossi  il  estoient  tout  20 
rebrachiet  de  mal  faire. 

§  SI33.  Quant  che  vint  au  matin  à  noef  heures,  li 
maieur,  li  eskevin  et  li  riche  homme  de  la  ville  vinrent 
ou  marchiet  et  entrèrent  en  la  halle,  et  là  vinrent  ehil 
qui  avoient  esté  au  parlement  à  Harlebèque;  puis  25 
vinrent  Piètres  dou  Bos  et  Phelippes  d'Artevelle,  bien 
acompaigniés  de  ceux  de  leur  sexte.  Quant  il  furent 
tout  asamblé  et  assis  qui  seoir  volt,  on  regarda  que  li 
sires  de  Harselle  n'estoit  point  là.  On  le  demanda, 
mais  on  l'excusa,  car  il  n'i  pooit  estre  pour  la  cause  30 
de  che  que  il  estoit  dehetiés.  Avant  dist  Piètres  dou 


150  GHR0NIQUB8  DS  J.  PR0IS8ART.  [1382] 

Bo8  :  c  Yés  me  chi  pour  lui.  Nous  sommes  gens  assés  : 
oons  che  que  cil  seigneur  ont  rapporté  dou  parlement 
de  Harlebèque.  » 
Âdont  se  levèrent  conmie  li  plus  notable  de  le  com- 

5  paignie  Ghisebrest  Grute  et  Simons  Bète,  et  parla  li 
uns  et  dist  :  c  Signeur  de  Gaind,  nous  avons  esté  au 
parlement  de  Harlebecque,  et  avons  heu  moult  de 
paine  et  de  travail ,  et  ossi  ont  [eu]  les  bonnes  gens 
de  Braibant,  dou  Liège  et  de  Hainnau,  de  nous  aoor- 

10  der  envers  Monsigneur.  Toutesfois,  finablement,  à  la 
proiière  de  monsigneur  et  de  madame  de  Braibant, 
qui  là  envoiièrent  leur  conseil,  et  de  monsigneur  le 
duc  Âubert,  [qui  i  envois]  le  sien,  la  bonne  ville 
de  Gand  est  venue  à   paix    et   a   acordé  envers 

15  nostre  signeur  le  conte  par  un  moien  que  deus  cent 
hommes,  [desquels]  il  nous  envoiera  [les  noms] 
dedens  quinse  jours  par  escript,  iront  en  sa  prisson 
ens  ou  castiel  à  Lille  et  se  metteront  en  sa  pure 
volenté.  Il  est  bien  si  frans  et  si  nobles  que  de  cheubc 

20  il  ara  merchi  et  pité.  »  À  ces  parolles  se  traïst  avant 
Piètres  dou  Bos,  et  dist  :  c  Ghisebrest,  comment  estes 
vous  si  ossés  que  vous  avés  acordé  che  traitiet  de 
mettre  deux  cens  hommes  en  le  vollenté  de  nostre 
ennemi?  À  très  grant  vitupération  venroit  à  la  ville  de 

25  Gand,  et  mieux  vauroit  que  elle  fiist  reversée  die 
desoulx  deseure,  que  ja  à  ceulx  de  Gaind  fîist  repro- 
ciet  que  il  euissent  guerriiet  par  tel  manière!  Bien 
savons  entre  nous  qui  avons  oï,  que  vous  ne  serés 
pas  li  uns  de  ces  deux  cens,  ne  ossi  ne  sera  Simon 

30  Bette.  Vous  avés  pris  et  cuesi  pour  vous,  mais  nous 
taillerons  et  prenderons  pour  nous.  Avant,  Phelippe, 
à  ces  traiteurs  qui  voellent  deshonnerer  et  trahir  la 


[4882]  UnM  DKUZliia,  1 284.  i&i 

noble  ville  de  Gaind  !  »  Tout  en  parlant,  Piètres  dou 
Bo8  trait  sa  daghe  et  vient  à  Ghisebrest  Grute,  et  li 
ûeri  ou  ventre  et  le  reverse  là,  et  l'abat  mort,  et  Phe- 
lippes  d'Àrtevelle  la  sienne,  et  fiert  sire  Simon  Bette 
et  Tochist,  et  puis  commenchent  à  criier  :  c  Tral  !  »  5 
n  avoient  leurs  gens  haut  et  bas  dallés  eux.  Cil  tout 
ewireus,  corn  ridie  homme  et  comme  enlinagiet  que 
il  fuissent  en  la  ville,  qui  se  peurent  disimuller  adont 
et  bouter  hors  et  sauver  !  Et  ossi  pour  Teure  il  n'en  i 
ot  plus  de  mors  que  ces  deus  ;  mais  pour  le  peuple  10 
apaissier  et  pour  eulx  tourner  en  droit,  il  envoiièrent 
leurs  gens  de  rue  en  rue,  criant  et  dissant  :  c  Li  faulx, 
li  mauvais  traiteur  Ghisebrest  Grute  et  sire  Simon 
Bette  ont  volut  trahir  la  bonne  ville  de  Gand.  >  Enssi 
se  passa  ceste  cose,  li  mort  furent  mort,  ne  on  n'en  15 
eult  el,  ne  nuls  n'en  leva  l'amende. 

Quant  li  contes  de  Flandres,  qui  se  tenoit  à  Bruges, 
sceut  ces  nouvelles,  si  fu  durement  courouchiés,  et 
dist  adont  :  c  A  la  priière  de  mes  cousins  de  Braibant 
et  de  Hainnau  et  de  ma  suer  de  Braibant,  je  m'estoie  20 
legierement  acordés  à  la  pais  à  cheux  de  Gand,  et  celle 
fois  et  aultre  ont  il  enssi  ouvré;  mais  je  voel  bien 
qu'il  sachent  que  jamais  n'aront  paix  envers  moi  si 
en  arai  des  leurs  tant  à  ma  volenté  que  bien  me  devera 
soufifire.  »  25 

§  S34.  Enssi  furent  mors  et  mourdrit  en  la  ville  de 
Gaind  chil  doi  vaillant  homme  rice  et  sage,  et  pour 
bien  faire  à  l'intencion  de  pluiseurs  gens,  dont  ca»* 
cuns  des  deus  de  leur  patrimoine  tenoient  bien  [mil] 
frans  de  revenue  hiretable  par  an.  Si  furent  plaint  en  30 
requoi  :  on  n'en  eut  el,  ne  nuls  n'en  euist  ossé  par- 


152  CHR0NIQUS8  DB  J.  FROI88ART.  [1382] 

1er,  se  il  ne  vosîst  estre  mors.  La  oose  demora  en  oel 
estât,  et  la  guerre  plus  felle  que  devant,  car  cil  des 
garnissons  autour  de  Gand  estoient  nuit  et  jour  soo- 
gneusement  sus  les  camps,  ne  nulles  pourveances  ne 
5  pooient  venir  à  Gand,  car  nuls  de  Braibant  ne  de  Hain- 
nau  ne  s'i  osoit  aventurer,  car,  au  mieux  venir,  quant 
les  gens  dou  conte  les  trouvoient  en  leur  présence,  il 
ochioient  leurs  chevaulx  et  souvent  eulx  meïsmes,  ou 
il  les  en  menoient  en  Tenremonde  ou  en  Audenarde 

10  prisonniers  et  les  renchonnoient.  Dont  toutes  manières 
de  gens  vitailliers  resongnoient  che  péril  :  si  ne  s'i 
ossoit  nuls  bouter. 

En  celle  saisson  ossi  s'élevèrent  et  révélèrent  ossi  chil 
de  Paris  à  rencontre  dou  roi  et  de  son  oonseU,  car.  li 

15  rois  et  ses  consaulx  voloient  remettre  sus  generalment 
parmi  le  roiaulme  de  France  les  aides,  les  fouages,  les 
gabeUes  et  les  assisses  qui  avoient  courut  et  estet  levées 
dou  tamps  le  roi  Gharle,  père  à  che  roi  qui  resgnoit 
pour  ce  tamps.  Li  Parisiien  furent  rebelle  à  tout  ce, 

20  et  dissent  que  li  rois  Gharles,  de  bonne  mémoire,  lui 
encores  vivant,  leur  avoit  quitté,  et  li  rois,  ses  fils,  à 
son  couronnement  à  Rains,  Tavoit  accordé  et  con- 
fremé.  Et  convint  le  jone  roi  de  France  et  son  conseil 
vuidier  Paris  et  venir  demorer  à  Miaubc  en  Brie. 

25  Sitos  que  li  rois  fu  partis  de  Paris,  li  commun  s'es- 
murent  et  s'armèrent,  et  ochirenttousceulx  qui  avoient 
[censi]  ces  gabelles  et  ces  débites,  et  rompirent  et 
brissèrent  les  prissons  et  les  maisons  de  la  ville,  et 
prisent  et  pillièrent  tout  ce  que  il  trouvèrent  ;  et  vin- 

30  rent  en  le  maison  de  l'evesque  de  Paris  en  Gitté,  et 
rompirent  les  prisons  et  délivrèrent  Hughe  Âubriot, 
qui  avoit  esté  prevos  de  Ghastelet  un  grant  tamps,  le 


fi382]  UVBS  DBUXiilll,  §  285.  153 

roi  Gharle  vivant,  liquels  estoit  par  sentence  oondemp^ 
nés  en  prison,  que  on  dist  TOubliette,  pour  pluiseurs 
grans  mauvais  fais  que  fais  avoit  et  consentis  à  faire, 
et  liquel,  pluiseur  en  i  avoit,  demandoient  le  feu; 
mais  chils  peuples  de  Paris  le  délivrèrent.  Geste  aven-  5 
ture  li  avint  par  l'esmeutin  dou  commun,  de  quoi  il 
se  parti  au  plus  tost  qu'il  peut,  afin  que  il  ne  fîist 
repris,  et  s'en  ala  en  Bourgongne,  dont  il  estoit,  et 
compta  à  ses  amis  sen  aventure. 

Ghil  de  Paris,  che  jour  et  che  terme  que  il  resgnè-  10 
rent  en  leur  rébellion,  fissent  moult  de  desrois,  dont 
il  en  anoioit  à  aucunes  boines  gens  qui  n'estoient  pas 
de  leur  acord,  car,  se  tout  le  fuissent,  la  cose  euist 
trop  mal  aie.  Et  li  rois  se  tenoit  à  Miauhc,  et  si  oncle 
dallés  lui,  Ângo,  Berri  et  Bourgongne,  qui  estoient  15 
tout  courouchiet  et  esmervilliet  de  ceste  rébellion.  Si 
eurent  conseil  que  il  envoieroient  le  signeur  de  Gouchi, 
qui  sages  chevaliers  estoit,  traitier  devers  eulx  et 
apaissier,  car  mieubc  les  saroit  avoir  et  mener  que 
nuls  autres  ne  feroit.  20 

§  235.  Âdont  s'en  vint  li  sires  de  Gouchi,  qui 
s'apelloit  Enguerans,  à  Paris,  non  à  main  armée,  mais 
tout  simplement  avoec  ceuls  de  son  hostel  rieulet. 
Et  descendi  à  son  hostel;  et  là  manda  ceuls  qui  de 
ceste  besongne  s'ensonnioient  et  estoient  ensonniiet  ^ 
le  plus  avant,  et  leur  remonstra  doucement  et  sage- 
ment que  il  avoient  trop  mal  esret  de  che  que  il  avoient 
ochis  les  officiiers  et  menistres  dou  roi  et  romput  et 
brissiet  les  maisons  et  les  prisons  dou  roi  et  delivret 
ses  prisonniers,  et  que,  se  li  rois  et  ses  consaulx  30 
voloient,  il  seroit  trop  grandement  amendé.  Biais 


154  CHRONIQUES  DB  J.  FROI88ART.  [1382] 

nenil,  car  sour  toutes  riens  il  amoit  Paris  pour  tant 
qu'il  i  fu  nés  et  que  Paris  est  li  cfaiés  de  son  rcHauhne  : 
si  ne  le  voloit  pas  confondre  ne  destruire,  ne  les 
bonnes  gens  de  dedens,  et  leur  monstroit  comment  il 

5  estoit  là  venus  conmie  par  un  moien  pour  eux  mettre 
à  acordé  ;  et  il  prieroit  au  roi  et  à  ses  oncles  que  die 
fourfait  que  il  [fait]  avoient,  il  leur  vosissent  pardon- 
ner. Il  respondirent  adont  que  il  ne  voloient  ne  guerre 
ne  mautallent  au  roi,  leur  sire,  mais  il  voloient  que 

10  ces  impositions,  aides,  sousides  et  gabelles  fiissent 
nulles  [et]  Paris  euxemté  de  tels  ooses  ;  et  il  aidenuent 
le  roi  en  autre  manière.  —  c  En  quel  manière?  >  res- 
pondi  li  sires  de  Gouchi.  —  c  En  celle  manière  de  une 
quantité  d'or  et  d'argent  que  nous  paierons  toutes  les 

15  sepmaines  à  un  certain  homme  qui  le  recevera,  pour 
aidier  à  paiier,  avoecq  les  autres  dttés  et  villes  dou 
roiaulme  de  France,  les  saudoiiers  et  les  gens  d'armes 
dou  roi.  >  —  c  Et  quelle  somme  voriés  vous  paiier 
toutes  les  sepmainnes?  »  —  c  Sonmie  telle,  respon- 

20  dirent  li  Parisiien,  que  nous  serons  d'accord.  »  Là  les 
mena  li  sires  de  Gouchi  par  biau  langage  si  avant  que 
il  se  taillièrent  et  ordonnèrent  de  leur  vollenté  à  dix 
mille  frans  le  sepmainne  et  à  paiier  à  un  honune  que 
il  ordonneroi[en]t  à  rechepveur. 

25  Sus  cel  estât  se  départi  li  sires  de  Goudii  d'eus,  et 
retourna  à  Miaubc  en  Brie  devers  le  roi  et  ses  ondes, 
et  regarda  et  remonstra  tous  ces  traitiés.  Li  rois  fu 
adont  consilliés  pour  le  mieux  que  il  prenderoit  l'oflPre 
que  li  Parisiien  li  offroient,  et  que  ceste  cose  estoit 

30  entrée  et  commenchement  de  jeu,  et  que  petit  à  petit 
on  enteroit  en  eux,  et  enssi  feroient  les  autres  bonnes 
villes,  puisque  cil  de  Paris  avoîent  commenchiet  ;  et. 


9 


[tSfô]  hPnXE  DBUXIÈMB,  §  296.  i55 

quant  od  poroit,  on  aroît  mieux.  Si  retourna  li  sires 
de  Gouchi  à  Paris  et  aporta  de  par  le  roi  le  paix  as 
Parisiiens,  mais  que  il  tenissent  les  traitiés  tels  comme 
il  avoient  proposet.  Il  les  tinrent  trop  volentiers  et 
ordonnèrent  un  rechepveur  qui  recepveroit  le  somme  5 
des  florins  toutes  les  sepmaines;  mais  li  argens  ne 
devoit  estre  contournés  ailleurs  ne  bougier  de  Paris 
fors  en  paiier  gens  d'armes,  se  on  les  metoit  en 
besongne  ;  ne  riens  aultrement  n*en  devoit  venir  ne 
toume[r]  au  pourfît  dou  roi  ne  à  ses  oncles.  Enssi  io 
demora  la  cose  un  tamps  en  cel  estât,  et  li  Parisiien 
en  paix  ;  mais  li  rois  ne  venoit  point  à  Paris,  dont  li 
Parisiien  estoient  courouchiet. 

§  236.  Samblablement  cil  de  la  citté  de  Roem  s'es- 
murent  ossi,  et  se  relevèrent  et  révélèrent  par  telle  15 
incidense  les  menues  gens  de  la  ville,  et  odiissent  le 
chastelain,  qui  estoit  au  roi  et  gardiiens  dou  castel,  et 
tous  les  impositeurs  et  gabelleurs,  qui  ces  aides  avoient 
prises  et  censsies.  Quant  li  rois  de  France,  qui  se 
tenoit  à  Miaulx,  en  fu  infourmés,  [ce]  li  vint  à  grant  20 
desplaissance  et  à  son  conseil  ossi,  et  se  doubtèrent 
que  parellement  les  autres  villes  et  dttés  dou  roiaulme 
de  France  ne  fesissent  enssi.  Si  fu  li  rois  de  France 
consilliés  de  venir  à  Roem  ;  et  i  vint,  et  apaisa  le  com- 
mun, qui  estoit  moult  tourblés,  et  leur  pardonna  la  25 
mort  de  son  cbastellain  et  tout  ce  que  fait  avoient  ;  et 
il  ordonnèrent  de  par  eulx  un  rechepveur,  auquel  il 
paieroient  toutes  les  sepmaines  une  somme  de  florins, 
et  parmi  tant  il  demorèrent  à  paix.  Or,  regardés  la 
grant    deablie    qui    se   commendioit  à  eriever  en  30 
France  :  et  tout  prendoieot  piet  et  ordonnance  sus  les 


156  CHRONIQUBS  DE  J.  FROISSAHT.  [1383] 

Gantois,  et  dissoient  les  communaultés  adont  tout  par 
le  monde  que  li  Gantois  estoient  bonnes  gens  et  que 
vaillanment  il  soustenoient  leurs  franchisses,  dont 
il  dévoient  de  toutes  gens  estre  amé,  prisié  et  bon- 
5  neré. 

§  237.  Vous  savés  comment  li  dus  d'Ango  avoit  une 
grande  et  baute  imagination  d'aller  ens  ou  roiaulme 
de  Napples,  dont  il  s'escripsoit  rois  de  Puille  et  de 
Galabre  et  de  Sesille,  car  pappes  Glemens  l'en  avoit 

10  ravesti  et  abireté  par  la  vertu  des  lettres  que  la  roïne 
de  Naples  et  de  Sesille  l'en  avoit  donné.  Li  dus  d'Ango, 
qui  estoit  sages  et  imaginaulx  et  de  bault  corage  et  de 
grant  emprisse,  veoit  bien  que,  ou  tamps  à  venir, 
selonc  Testât  que  il  avoit  commencbiet  à  maintenir, 

15  dont  envis  le  veïst  afoiblir  ne  amenrir,  seroit  uns 
petis  sires  en  France,  et  que  cils  baus  et  nobles  bire- 
tages  de  deus  roiaulmes,  Naples  et  Sesille,  et  trois 
duoés,  Puille,  Galabre  et  Prouvence,  li  venroient  gran- 
dement bien  à  point,  car  en  ces  terres,  dont  il  se  tenoit 

20  drois  sires  et  boirs  par  le  vertu  des  dons  qui  fait  l'en 
estoient,  abondent  toutes  riquoises.  Si  mettoit  toute 
sa  cure  et  diligence  nuit  et  jour  comment  il  peuist 
parfiirnir  ce  voiage,  et  bien  savoit  que  il  ne  le  pooit 
faire  sans  grant  confort  d'or  et  d'ai^ent  et  grosse 

25  route  de  gens  d'armes,  pour  résister  de  force  contre 
tous  ceuls  qui  son  voiage  li  voiroient  empediier.  Si 
asambloit  li  dus  d'Ângo  de  tous  lés,  en  instance  de  ce 
voiage,  si  grant  avoir  que  mervelles,  et  tenoit  à  amour 
les  Parisiiens  cbe  qu'il  pooit,  car  bien  savoit  que 

30  dedens  Paris  a  grant  misse  d'argent.  Et  tant  fist  qu'il 
en  ot  sans  nombre  et  envoia  devers  le  conte  de  Savoie, 


[4382]  UVU  DBUHÈHB,  |  238.  157 

ouquel  il  avoit  très  grant  fiance,  que  à  oe  besoing  il 
oe  le  vosist  pas  fallir,  et,  H  venut  en  Savoie,  il  li  ferait 
mettre  en  paiement  aparilliet  la  somme  de  [cinc  cens 
mil]  florins  pom*  mille  lances  ou  plus,  pour  un  an  tout 
entier.  li  contes  de  Savoie  de  ces  nouvelles  eut  grant  5 
joie,  car  moult  amoit  les  armes  et  llavancement  de  li  et 
de  ses  gens  :  si  respondi  as  mesages  que  volentiers  il 
servirait  monsigneur  d'Ângo  parmi  le  moiien  que  il 
mettoit.  De  che  fii  li  dus  d'Ângo  tous  resjoïs,  car  il 
amoit  moult  la  compaignie  dou  conte  de  Savoie.  De  10 
rechief  li  dus  d*Ângo  ratint  tout  partout  gens  d'armes 
et  tant  que  il  en  trouva  bien  noef  mil  hommes  d'armes 
tout  en  se  obeïssance,  voire  les  deniers  paians.  Si  fist, 
pour  son  corps  et  pour  ses  gens  faire  et  ordonner  et 
aparillier,  à  Paris  le  plus  grant  et  le  plus  bel  apareil,  ^^ 
que  on  avoit  onques  veu  faire  faire  signeur,  de  tentes, 
de  trefs,  de  pavillons,  de  cambras  et  de  toutes  ordon- 
nances qu'à  un  roi  appartient,  qui  voelt  aler  en  un 
lontain  voiage. 

Nous  cesserons  un  petit  à  parler  de  lui,  et  ratou-  20 
rons  au  conte  de  Gambruge  et  à  ses  gens,  qui  pour 
che  temps  estoient  en  Portîngal  dallés  le  roi. 

§  338  •  li  contes  de  Gambruge  et  ses  gens  se  rafi*es- 
quirant  un  grant  temps  à  Lusebonne  dallés  le  roi  de 
Portingal,  et  avissoient  li  Englois  et  li  Gascon  le  païs,  25 
pour  tant  que  il  n'i  a  voient  onques  estet.  En  che 
séjour  il  me  samble  que  uns  mariages  fu  fais  et  acor- 
dés  de  la  fille  dou  roi  de  Portingal,  qui  estoit  adont 
e[n]  l'eage  de  dix  ans,  et  dou  fil  conte  de  Gambruge, 
qui  pooit  estra  de  cel  eage.  Bel  enffant  estoit  et  a[voit]  30 
à  nom  Jehan,  et  la  dame  fille  dou  roi  Betris.  Â  ces 


!S6  CHBOmOUSS  D8  J.  FaOISSART.  [1382] 

oooes  de  oes  deux  enflhns  ot  graiiB  festes  et  grans 
eabatemens,  et  i  forent  li  prélat  et  li  baron  dou  pals, 
et  forent  ooudiiet,  comme  jone  qu'il  foissent,  tout  nu 
en  un  lit  ensamble. 
5  Ces  noces  faites  et  les  festes  passées,  qui  durèrent 
bien  uit  jours,  li  consauU  dou  roi  de  Portingal  ordonna 
que  ces  gens  d'armes,  qui  se  tenoient  à  Lusebonne  et 
là  environ,  se  departiroient  etiroient  d'autre  part  tenir 
leur  frontière.  Si  fu  li  contes  de  Gambruge  et  ses  hos- 

iO  tels  ordonnés  et  assignés  de  aler  en  une  belle  ville  en 
Portingal,  que  on  dist  Estremouse,  et  li  Englès  et  li 
Gascon  tout  ensamble  en  une  autre  ville  que  on  appelle 
ou  pals  Ville  Yesiouse  ;  et  Jehans  de  Gambruge  demora 
dallés  le  roi  et  sa  fenune. 

15  Quant  li  Ganonnes  de  Roberssart  et  li  autre  chevalier 
englès  et  gascons  se  départirent  dou  roi  et  prissent 
congiet  pour  aler  à  leur  garnisson,  li  rois  leur  dist  : 
c  Mi  enffitnt,  je  vous  commande  que  point  vous  ne 
chevauchiés  sus  les  ennemis  sans  men  sceu,  car,  se 

20  vous  le  faissiés,  je  vous  en  saroie  mauvais  gré.  >  Il 
respondirent  :  c  De  par  Dieu  !  »  et  que,  quant  il  voroient 
chevauchier,  il  li  segnefieroient  et  en  prenderoient 
congiet.  Sus  cel  estât  il  se  départirent  et  chevauchiè- 
rent  à  Ville  Vesiouse,  qui  siet  amont  ou  pals  à  deus 

25  journées  de  Lusebonne  et  à  otant  de  Seville,  où  li 
rois  d'Espaigne  se  tenoit,  qui  ja  estoit  tous  enfourmés 
et  avissés  de  la  venue  des  Englès  et  dou  conte  de 
Gambruge,  et  avoit  cel  estât  segnefiiet  en  France  as 
chevaliers  et  as  escuiers  dont  il  penssoit  à  estre  ser- 

30  vis.  Et  quant  chevalier  et  escuier  dou  roiaulme  le 
seurent  et  que  fais  d'armes  apparoient  en  Espagne, 
si  en  furent  tout  resjoï  ;  et  [se]  aparillièrent  li  plui- 


[1382]  LIVBB  DSUXiilfB,  g  239.  159 

seur  qui  se  désiraient  à  avandbiery  et  se  misseot  au 
chemin  pour  aler  en  Espaigne. 

§  239.  Li  Ganonnes  de  Robersart,  qui  se  tenoit  en 
garnison  en  Ville  Vesiouse  avoecques  ses  compai- 
gnons  englès  et  gascons,  paria  une  fois  à  eulx  et  leur    5 
dist  :  c  Biau  signeur,  nous  séjournons  chi,  çhe  me 
samble,  mal  honnerablement ,  quant  nous  n'avons 
encores  dievauchiet  sus  nos  ennemis,  et  mains  de  bien 
il  en  tiennent  de  nous.  Se  vous  le  voilés  et  vous  le 
consilliés,  nous  envolerons  devers  le  roi  en  priant  que  lo 
il  nous  donne  oongiet  de  chevaudiier.  »  Il  respondi- 
rent  tout  :  <  Nous  le  volons.  »  Adont  fu  ordonnés 
messires  Jdians  de  [Sandevich]  à  faire  che  mesage  ;  il 
dist  que  il  le  feroit  volentiers.  Si  vint  à  Lusebonne 
devers  le  roi  et  fist  son  mesage  bien  et  à  point  et  che  15 
dont  il  estoit  cargiés.  Li  rois  li  respondi  que  il  ne 
voloît  pas  que  il  chevauchaissent  ;  ne  onques  li  cheva- 
liers ne  le  peut  tourner  en  autre  voie,  et  retourna 
deviers  les  signeurs  et  leur  dist  que  li  rois  ne  voloit 
point  que  il  chevaudiaissent.  Adont  furent  il  plus  cou*  20 
rouchiet  que  devant,  et  dirent  entre  eux  que  che  n'es- 
toit  mies  leurs  estas  ne  ordonnances  de  gens  d'armes 
de  euls  tenir  si  longhement  en  une  garnisson  sans 
faire  aucun  exploit  d'armes,  et  convenenchièrent  l'un 
à  l'autre  de  chevauchier.  Si  se  missent  un  jour  as  25 
camps  bien  quatre  cens  hommes  d'armes  et  otant 
d'archiers  ;  et  avoient  empris  en  leur  chemin  d'aller  à 
Sens,  une  grosse  ville  qui  est  au  maistre  de  Saint 
Jaque  ;  mais  il  se  ravissèrent  et  tournèrent  une  autre 
voie  pour  venir  devant  le  castiel  de  la  Fighière,  où  il  30 
avoit  environ  soissante  hommes  d'armes  espagnob  en 


460  GHROmOUSS  DE  I.  PROISBABT.  [1382] 

garoison,  dont  Pières  Couses  et  ses  firères  estoient 
cappitaines. 

Li  Ganonnes  de  Robertsart,  qui  se  faissoit  chiés  de 
ceste  chevauchie,  car  ossi  Tavoit  il  esmeut  et  mis  sus, 
5  chevaucha  tout  devant.  Là  estoient  messires  Guillaume 
de  Biaucamp,  messires  Mahieus  de  Gournai,  Milles  de 
Windesore,  li  sires  de  Tallebot,  messires  Adam  Simon, 
messires  Jehans  Soudrée,  frère  dou  roi  d'Engletière 
bastart,  li  soudis  de  TEstrade,  li  sires  de  Gastiel  N[o]ef, 

10  li  sires  de  la  Barde,  Rainmonet  de  Marsen  et  pluiseur 
autre.  Et  chevauchièrent  tant  ces  gens  d'armes  que  il 
vinrent  devant  le  castiel  de  la  Fighière,  et  Fenviron- 
nèrent,  et  se  missent  en  ordenance  pour  Tasaillir,  et 
fissent  toutes  leurs  livrées  et  parechons,  enssi  que  à 

i5  faire  assaut  appartenoit. 

Quant  cil  qui  dedens  estoient,  perchurent  que  il 
seroient  asailU,  si  se  ordonnèrent  de  bonne  fachon  et 
se  missent  à  deffense.  Environ  heure  de  prime,  com- 
mencha  li  assaus  fors  et  fiers  et  rades,  et  entroient  cil 

20  Englès  ens  es  fossés  où  il  n*avoit  point  d'aighe,  et 
venoient  jusques  as  murs,  targiet  et  pavesciet  pour  le 
get  des  pières  d'amont,  et  là  hauoient  et  piquetoient 
de  pis  et  de  hauiaulx  à  leur  pooir  ;  et  on  leur  jettoit 
d'amont  pières  de  fais  et  grans  bariaux  de  fier,  îaquel 

25  cose  em  blecha  pluiseurs.  Là  estoit  li  Ganonnes  de 
Robersart  qui  bien  avoit  corps  de  chevalier,  qui  che 
jour  i  fist  grant  fuisson  d'armes,  et  ossi  fist  Espérons, 
uns  siens  variés.  Là  estoient  li  archier  d'Engletière 
arresté  environnéement  sus  les  fossés,  qui  traioient  à 

30  ceuhc  d'amont  si  roit  et  si  ouniement  que  à  paines 
osoit  nuls  apparoir  as  deffenses,  et  en  i  ot  de  cens 
de  dedens  les  deus  pars  navrés  et  blediiés,  et  i  fu 


[1382]  UVBS  DBUZliMB,  S  240.  161 

mors  dou  trait  li  frères  de  Pière  Gouse,  cappitaine 
dou  castiel,  qui  s'appelloit  fietremieu,  appert  homme 
d'armés  dwement,  et,  par  son  appertisse  et  li  trop 
follement  abandonner,  fu  il  mors. 

§  S40.  Enssi  se  continua  chils  assaulx  de  Teure  de    5 
prime  jusques  à  haute  nonne,  et  vous  di  que  li  cheva- 
lier et  escuier  englois  et  gascon  ne  s'i  espargnoient 
mies,  mais  asailloient  de  grant  corage  et  de  grant 
volenté,  pour  la  cause  de  che  que,  sans  le  commande- 
ment et  ordenance  dou  roi  de  Portingal,  il  avoient  fait  10 
ceste  chevauchie.  Si  se  mettoient  en  paine  de  oon- 
querre  le  castiel,  par  quoi  la  renonmiée  en  venist  à 
Lusebonne  que  il  avoient  à  che  conunenchement  bien 
exploitiet.  Là  estoit  li  Ganonnes,  qui  bien  avoit  corps 
de  chevalier  et  emprisse  et  fait  de  vaillant  honmie,  15 
qui  les  ammonestoit  de  bien  faire,  et  leur  dissoit  : 
c  Hé!  signeur,  nous  tenra  meshui  cils  fors  tant  de 
bonnes  gens  que  nous  sommes?  Se  nous  mettons  otant 
à  conquérir  toutes  les  villes  et  les  castiaulx  d'Espaigne 
et  de  Galise,  nous  n'en  serons  jamais  signeur.  >  Adont  20 
s'esvertuoient  chevalier  [et]  escuier  à  ses  paroUes  et 
faissoient  mervelles  d'armes  ;  et  vous  di  que  dou  jet 
d'amont  li  Ganonnes,  quoique  il  fust  bien  pavesdés, 
rechut  tamaint  dur  horion,  dont  il  fu  durement  frois- 
siés  et  blechiés.  là  avoit  il  dallés  lui  un  jone  escuier  25 
de  Hainnau,  qui  s'appelloit  Froissart  Meulier,  qui  vas- 
saument  à  l'assaut  se  porta  ;  et  ossi  fissent  tout  li  autre. 
Li  artellerie  dou  castiel,  pières  et  bariaux  de  fier,  com- 
menchièrent  moult  à  afoiblir  à  ceulx  de  dedens  [et] 
eux  lasser.  Si  regardèrent  que  de  vint  et  cinc  hommes  30 
d'armes  que  il  estoient,  il  n'en  i  avoit  pas  trois  qui  ne 

X  — il 


1 


162  GHR0NIQUK8  DB  J.  FROISSART.  [iStt] 

fuissent  navret  et  blechiet,  et  li  aucun  mis  en  péril  de 
mort,  et  que  ionghement  ne  se  pooient  tenir  que  de 
force  il  ne  fiiissent  pris,  car  ja  veoient  il  mort  le  frère 
de  leur  cappitainne,  par  qui  pluiseurs  recouvrances  se 
5  pooient  faire  :  si  avisèrent  que  il  prenderoient  un 
petit  de  respit,  et  là  en  dedens  il  traiteroient  de  la 
paix.  Si  fissent  signe  que  il  voloient  parler  as  Englès. 
Âdont  fist  on  cesser  l'assaut,  et  se  missent  cài  qui 
asailloient,  tout  hors  des  fossés;  et,  à  voir  dire,  li 

10  repos  à  aucuns  besongnoit  bien,  car  il  en  i  avoit  grant 
fuisson  de  blechiés  et  de  lassés. 

Âdont  se  tralssent  avant  messires  Mahieus  de  Gour- 
nai,  connestables  de  Tost,  et  messires  Guillaumes  de 
Windesore,  marescal,  et  demandèrent  que  il  voloient 

15  dire.  La  cappitainne  dam  Piètre  Gousse  parla  enssi  et 
dist  :  €  Biau  signeur,  vous  nous  quoitiés  de  moult 
priés,  et  veons  bien  que  vous  ne  vous  partirés  sans 
avoir  la  forterèce.  Vous  blechiés  nos  gens;  nous  ble- 
chons  les  vostres  :  si  avons  conseil  l'un  par  l'autre,  je 

20  pour  tous,  qui  en  sui  cappttains,  que  nous  vous  ren- 
derons  le  fort,  salve  nos  vies  et  nos  biens.  Si  nous 
prendés  enssi,  car  c'est  droite  parechon  d'armes. 
Vous  estes  pour  le  présent  plus  fort  que  nous  ne 
soions  :  ce  le  nous  fait  faire.  »  Li  chevalier  englès  res- 

25  pondirent  que  il  s'en  consilleroient,  enssi  qu'il  fissent. 
Quant  il  furent  consilliet,  il  fissent  responsse,  et  fii  dit 
que  chil  de  dedens  partiroient,  se  il  voloient  ;  mais  la 
gamisson,  ens  ou  point  où  elle  estoit,  il  la[i]roient,  ne 
riens,  fors  leurs  vies,  il  n'en  porteroient.  Quant  Piètres 

30  Gousse  veï  que  il  n'en  aroit  autre  cose,  si  eut  plus  chier 
à  prendre  cbe  marchié  que  faire  pieur  :  [si]  s'i  acorda. 
Enssi  fu  li  castiaulx  de  la  Fighière  rendus  et  mis  en  le 


[1382]  UVBB  DBUXliMB,  |  241.  463  . 

main  des  Englès,  et  s'en  partirent  li  Espagnol  sus  le 
sauf  conduit  des  Englès,  et  s'en  allèrent  viers  Sceris,  où 
li  maistres  de  Saint  Jaque  se  tenoit  ;  mais  point  ne  Ti 
trouvèrent,  car  il  avoit  entendu  que  li  Englès  chevau- 
ooient  :  si  s'estoit  trais  sour  les  camps,  et  chevauchoit  5 
à  bien  quatre  cens  hommes  d'armes  espagnols  et  cas- 
tdlains,  car  il  esperoit  que,  se  il  pooit  trouver  les 
Englès  sus  son  avantage,  il  les  combateroit. 

§  241  •  Quant  cil  chevalier  d'Engletière,  li  Ganonnes 
et  sa  route,  furent  saissi  dou  castiel  de  la  Fighière,  si  en  iO 
eurent  grant  joie  ;  si  le  fissent  remparer  et  remettre  à 
point  et  repourveïr  d'artellerie,  et  i  laissièrent  qua- 
rante compaignons,  archiers  et  aultres,  et  bon  cappi- 
taine  pour  le  garder;  et  puis  se  consillièrent  quel 
cose  il  feroient.  Gonsilliet  fu  que  il  se  retrairoient  vers  15 
leurs  logeïs.  Et  se  départirent  li  Englès  et  li  Gascon, 
et  fissent  trois  routes  ;  et  la  daraioière  des  routes  qui 
demora  sus  les  camps,  che  fu  celle  dou  Ganonne.  Et 
estoient  aucun  Englès  et  Gascon  et  Âllemant,  qui  desi- 
roient  les  armes,  demoret  avoec  lui,  et  pooient  estre  20 
environ  soissante  lances  et  otant  d'archiers;  et  che- 
vauchièrent  ces  gens  en  la  route  dou  Ganonne,  un  jour 
tout  entier,  en  revenant  vers  Ville  Vesiouse. 

Lie  second  jour  au  matin,  à  heure  de  prime,  que  les 
embusques  se  descuevrent,  il  chevauchoient  tout  25 
ensamble  bien  ordonnéemenl  et  estoient  entre  une 
grosse  ville  en  Portingal  que  on  dist  [Olivence]  et  le 
castiel  dou  Gonciel  ;  et  droitement  au  dehors  d'un  bois, 
plus  priés  dou  castiel  dou  Gonciel  que  de  [Olivence], 
estmt  en  embusque  li  maistres  de  Saint  Jaque,  à  bien  30 
quatre  cens  hommes  d'armes.  Sitost  que  H  Englès  les 


164  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1382] 

perchureat,  il  se  remissent  tout  ensamble  et  ne  mons- 
trèrent  point  de  samblant  d'effroi,  et  chevauchièrent  le 
bon  pas.  Ghil  Espagnol,  com  grant  fuisson  qu'il  fuis- 
sent, ne  monstrèrent  nul  samblant  ne  ne  fissent  de 

5  iaulx  desbusquier,  mais  se  tinrent  tondis  en  leur 
enbusque,  et  quidoient  par  imagination  que  li  Englès 
eussent  assés  priés  de  là  leur  grosse  bataille.  Pour  che 
ne  les  ossèrent  il  envaïr,  car,  se  il  seuissent  justement 
leur  convenant,  il  i  eust  eu  hustin.  Enssi  se  départirent 

iO  il  li  un  de  l'autre  sans  riens  faire.  Li  Espagnol  retour- 
nèrent che  soir  à  [Seris],  et  li  Ganonnes  à  Ville 
Vesiouse,  qui  recorda  à  ses  compaignons  comment  il 
avoient  veu  les  Espaignols  en  embusque  entre  le  Gon- 
ciel  et  Olivence,  et  dist  :  c  Se  nous  eussions  esté  tout 

15  ensamble,  nous  les  eussions  combatus.  »  Si  se  repen- 
toient  li  chevalier  grandement  de  ce  que  il  avoient 
laissiet  l'un  l'autre.  Enssi  se  porta  ceste  première  che- 
vauchie  que  li  Englès  et  li  Gascon  fissent;  et  quant 
les  nouvelles  en  vinrent  au  roi  de  Portingal,  si  mcms- 

20  tra  par  samblant  que  il  en  fust  courouchiés,  et  pour 
tant  que  il  avoient  chevauchié  hors  son  conmiande- 
ment  et  ordonnance. 

§  242.  Enssi  se  tinrent  tout  cel  ivier  li  Englès  et 

Gascon  en  leurs  garnissons,  sans  point  chevauchier  ne 

25  à  faire  cose  qui  à  recorder  face,  dont  il  leur  anoioit 

grandement,  et  ne  demoroit  pas  à  iaulx  que  il  ne 

fesissent  armes. 

Entrues  se  pourveoit  li  rois  dans  Jehans  de  Gastille, 

et  avoit  envoiiet  en  France  devers  le  roi  et  ses  oncles 

30  au  secours,  en  iaulx  segnefiant  ooument  li  contes  de 

Gambruge  estoit  venus  et  arivés  en  Portingal,  et  eatoit 


[1382]  LrVBB  DEUXliMB,  {  243.  165 

la  vois  par  tout  les  roiaulmes  de  Gastille  et  de  Portio- 
gal  que  li  dus  de  Laocastre,  ses  frères,  poissament 
aoompaigniés,  venroit  en  leur  aide  à  Testé  ;  pour  quoi 
il  requeroit  au  roi,  selonc  les  aliances  et  oonfedera- 
tioDs  que  il  avoient  ensemble,  France  et  Espagne,  par  5 
grant  conjonction  d'amour,  que  il  fiist  sus  le  tamps 
d'esté  confortés  de  bonnes  gens  d'armes,  par  quoi  il 
p^iist  de  force  et  de  fait  résister  à  ses  ennemis.  Li 
consaulx  dou  roi  de  France  s'asentoit  bien  à  tout  che, 
et  veoit  derement  que  li  rois  d'Espaigne  requeroit  10 
raisson.  Si  fu  ordonné  en  France  de  donner  grâce  et 
oongiet  toutes  manières  de  gens  d'armes,  chevaliers 
et  escuiers  qui  avanchier  se  voloient,  et  leur  faissoit 
li  rois  de  France  le  premier  prest  pour  passer  oultre. 
Si  me  samble  que  messires  Oliviers  de  Glaiequin,  15 
frères  dou  connestable  Bertram  qui  fu,  se  ordonna 
pour  aler  che  chemin  sus  le  printamps.  Ossi  fissent 
pluiseur  chevalier  et  escuier  de  Bretaigne,  de  France, 
de  Biause  et  de  Picardie,  d'Ango,  de  Berri,  de  Blois 
et  du  Maine,  et  passoient  par  routes,  pour  mieux  aler  20 
à  leur  aisse,  et  avoient  passage  ouvert  parmi  le  roiaume 
d'Arragon,  et  trouvoient  pourveances  toutes  prestes 
parmi  leurs  deniers  paians;  mais  sachiés  que  il  ne 
paièrent  mie  par  as  tout  ce  que  il  prendoient,  quant 
il  estoient  ou  plat  pals,  dont  les  povres  gens  le  oom-  25 
paroient. 

§  243.  Vous  savés  comment  li  rois  Bichars  d'Engle- 
tière  avoit  eu,  un  an  et  plus,  traitiés  devers  le  roi 
Gharle  d'Alemaigne,  qui  pour  ce  tamps  en  title  s'escrip- 
soit  rois  des  Boumains,  pour  avoir  sa  soer,  itiadame  30 
Anne,  en  mariage,  et  comment  mesires  Simons  Burlé, 


166  GHR0NIQUV8  DB  J.  FROISSART.  [1362] 

U08  siens  chevaliers,  en  avoit  moult  travilUet,  et  com- 
ment ii  dus  de  Tassem,  d'Âlemaigne  en  avoit  esté  en 
Engletière,  pour  confremerle  mariage.Tantavoientesté 
ces  coses  démenées  que  li  rois  des  Roumains  envoioit 
5  sa  sôer  en  Engletière,  le  duc  de  Tassem  en  sa  compai- 
gnie  et  grant  fuisson  de  chevaliers  et  d'escuiers,  de 
dames  et  de  damoiselles  en  estât  et  en  arroi,  enssi 
comme  à  tel  dame  appartenoit  ;  et  vinrent  en  Braibant 
et  en  le  ville  de  Brousselles.  Là  requellièrent  li  dus 

10  Wincelins  de  Braibant  et  la  duccoise  Jehane,  sa  fenmie, 
la  jone  dame  et  sa  compaignie  moult  grandement,  car 
li  dus  en  estoit  oncles  :  elle  avoit  esté  fille  de  Tempe- 
reur  Gharle,  son  frère.  Et  se  tint  madame  Anne  de 
Behaigne,  à  Brousselles,  dallés  son  oncle  et  sa  belle 

15  ante  plus  d'un  mois  sans  partir,  ne  bougier  ne  s'osoit, 
je  vous  dirai  raison  pour  quoi.  Elle  fu  segnefiie  et  ses 
consaulx,  que  il  i  avoit  environ  douse  vaissaulx  armés, 
plains  de  Normans,  sus  le  mer,  qui  waucroient  entre 
Gallais  et  Hollandes,  et  pilloient  et  desreuboient  sus 

20  le  mer  tout  ce  que  il  trou  voient,  et  n'avoient  cure  sur 
qui  ;  et  aloit  et  couroit  renommée  sus  les  bendes  de 
celle  mer  de  Flandres  et  de  Zellandes  que  il  se  tenoient 
là  en  attendant  la  venue  de  la  jone  dame,  et  que  li  rois 
de  France  et  ses  consaulx  voloient  faire  ravir  la  dame, 

25  pour  brisier  che  mariage,  car  il  se  doubtoient  grande- 
ment des  aliances  des  Âllemans  et  des  Englès.  Et  dissoit 
on  encores  avant,  quant  on  parloit  que  ce  n*estoit  pas 
honnerable  cose  de  prendre  ne  de  ravir  dames  en 
guerres  de  signeurs,  en  coulourant  et  en  faissant  le 

30  querelle  du  roi  de  France  plus  belle  :  c  Gomment  ne 
velstes  vous  pas  que  li  princes  de  Galles,  pères  de  che 
roi  d'Engletière,  que  il  fîst  ravir  et  consenti  le  fait  de 


y 


[1382]  UVBB  BEUXIÉMB,  §  243.  161 

madame  de  Bourbomiois,  mère  à  la  roïne  de  France, 
qui  fa  prise  et  emblée  des  gens  dou  prince,  et  tout  de 
celle  guerre,  eus  ou  castiel  de  Belle  Perce?  [M'aiist] 
Dieu,  si  fu,  et  menée  ent  en  Giane  et  rençonnée.  Ossi 
par  pareille  cose  se  li  François,  pour  eux  contreven*  5 
gier,  prendoient  le  mouUier  dou  roi  d'Engletière,  il  ne 
feroient  à  nullui  tort.  > 

Pour  ces  doubles  et  pour  les  apparans  que  on  en 
veoit,  se  tint  la  dame  et  toute  sa  route  à  Brousselles 
un  mois  tout  entier,  et  tant  que  li  dus  de  Braibant,  ses  to 
oncles,  en  envoiia  en  France  son  conseil,  le  signeur  de 
Rocelare  et  le  signeur  de  Bouquehort,  pour  remons- 
trer  ces  coses  au  roi  de  France  et  à  ses  oncles,  liquel 
estoient  ossi  neveut  dou  duc  de  Braibant  et  fib  de  sa 
soer.  Cil  chevalier  de  Braibant  exploitièrent  tant  et  15 
si  bellement  parlèrent  au  roi  de  France  et  à  son  con- 
seil, que  grâce  li  fu  faite  et  bons  sauf  conduis  donnés 
de  passer  où  il  li  plaisoit,  li  et  les  siens,  fiist  parmi  le 
roiaulme  de  France  ou  sus  les  frontières,  en  allant 
jusques  à  Calais,  et  furent  li  Normant  qui  se  tenoient  20 
sus  mer  remandé.  Tout  ce  raportèrent  li  dessus  dit 
chevalier  en  Braibant  au  duc  et  à  la  ducoise,  et  leur 
escripsoient  li  rois  et  si  oncle  que,  à  leur  priière  et 
contemplation  et  nom  d'autrui,  il  faissoient  celle  grâce 
à  leur  cousine  de  Behaigne.  Ghes  nouvelles  plaisirent  25 
grandement  au  duc  de  Braibant  et  à  la  ducoisse  et  à 
ceuh:  qui  passer  le  mer  voUoient.  Si  se  ordonnèrent 
et  se  départirent  de  Brousselles,  et  prist  la  dame  con- 
giet  à  son  oncle  et  à  sa  belle  ante,  et  as  dames  et 
damoisselles  dou  païs  qui  compaigniet  Tavoient,  et  [si]  30 
le  fist  li  dus  convoiier  à  bien  cent  lances.  Et  passèrent 
tout  parmi  Gand  et  i  reposèrent  un  jour,  et  fisent  li 


468  CHRONIQUES  DB  J,  FROI88ABT.  [4382] 

Gantois  ce  qu'il  peurent  d'onneur  à  la  dame.  Et  vint 
de  là  à  Bruges,  et  le  rechut  li  contes  de  Flandres 
moult  bellement,  et  s'i  rafresquirent  trois  jours,  et  puis 
passèrent  oultre  et  chevauchièrent  tant  que  il  vinrent 
5  à  Gravelines.  Entre  Gallais  et  Gravelines  estoient  li 
contes  de  Sasleberi  et  li  contes  de  Deuvesiere,  à  dnc 
cens  lances  et  otant  d*archiers,  qui  là  Tatendoient.  Si 
Teumenèrent  à  Galais.  Âdont  retournèrent  li  Braiben- 
çon,  quant  il  l'eurent  delivret  as  barons  d*Engletière. 

10  §  SI44.  Geste  jone  dame  ne  séjourna  gaires  à  Gal- 
lais, quant  elle  eut  vent  à  volenté.  Si  entrèrent  en 
leurs  vaissaulx  un  merquedi  au  matin,  apriès  ce  que  li 
cheval  furent  escipet,  et,  che  jour,  il  arivèrent  à  Dou* 
vres.  Là  se  reposa  et  rafresqui  la  dame  deus  jours. 

15  Au  tierch  jour,  elle  parti  et  vint  à  Saint  Thomas  de 
Gantorbie,  et  là  trouva  elle  le  conte  de  Bouquighen, 
qui  le  rechut  moult  grandement.  Tant  esploita  celle 
dame  que  elle  vint  à  Londres,  où  elle  fu  receue  très 
honnerablement  des  bourgois,  des  dames  et  des  damoi- 

20  selles  dou  païs  et  de  la  ville,  qui  estoient  là  toutes 
asamblées  contre  sa  venue.  Si  Tespousa  li  rois  en  le 
cappelle  dou  palais  de  Wesmoustier,  au  vintime  jour 
dou  Noël,  et  i  furent  au  jour  des  espoussailles  moult 
grandes  les  festes.  Et  tondis  fu  en  sa  compaignie, 

25  depuis  que  elle  vint  à  Trec  en  Âlemaigne,  chils  gen- 
tils et  loiaulx  chevaliers,  messires  Robers  de  Namur, 
jusques  à  tant  que  elle  fu  espousée,  de  quoi  li  rois 
d'Engletière  [et  li  baron]  li  seurent  grant  gret.  Ossi 
fist  li  rois  d'AIlemaigne.  Si  mena  li  rois  d'Engletière 

30  sa  femme  à  Windesore,  et  là  tint  son  hostel  grant 
et  bel  :  si  furent  moult  joieusement  ensamble,  et 


[i382J  LIVRS  DKUXIÈMB,  §  244.  169 

se  tenoit  madame  la  princesse  dalés  sa  fille,  la  jone 
roïne. 

Et  ossi  pour  che  tamps  i  estoit  la  duoquoise  de  Bre- 
taigne,  soer  du  roi  Richart,  que  ses  maris,  li  dus  de 
Bretaigne,  ne  pooit  ravoir  ;  ne  li  baron  d'Engletière  ne    5 
li  consaulx  dou  roi  ne  voloient  nullement  consentir 
que  on  li  renvoiiast,  pour  tant  que  il  estoit  tournés 
françois.  Et  dissoient  communément  en  Engletière  li 
baron  et  li  chevalier  :  c  Ghils  dus  de  Bretaigne  s'acquita 
lubrement  et  fausement  envers  le  conte  de  Bouquighen  iO 
et  nos  gens  dou  derrenier  voiage  que  il  fissent  en 
France,  et  il  remande  sa  femme.  Nennil,  nous  ne  li 
renvoierons  pas,  mes  envoions  li  ses  deus  ennemis, 
Jehan  et  Gui  de  Bretaigne,  qui  ont  plus  grant  droit  à 
rhiretage  de  Bretaigne  que  il  n'ait,  car  il  en  est  dus  i5 
par  nostre  poissance,  et  mal  le  recongnoist  :  [si]  li 
deveriens  pareillement  remonstrer  sa  vilonnie.  »  Yoirs 
est  que  en  ce  tamps  chil  doi  signeur,  Jehan  et  Gui  de 
Bretaigne,  qui  furent  enfant  à  saint  Gharle  de  Blois, 
liquel  estoient  prisonnier  en  Engletière  et  enclos  en  un  20 
castiel  en  la  garde  de  messire  Jehan  d'Aubredcourt, 
furent  requis  et  appelle  bellement  et  doucement  dou 
conseil  dou  roi  d'Engletière,  et  leur  fu  dit  que,  se  il 
voloient  relever  la  ducé  de  Bretaigne  dou  roi  d'Engle- 
tière et  recongnoistre  en  foi  et  en  hommage  dou  roi,  25 
on  leur  feroit  recouvrer  leur  hiretage,  et  aroit  Jehans, 
li  ainsnés,  en  mariage  madame  Phelippe  de  Lancastre, 
fille  dou  duc  que  il  eut  de  la  ducoise  Blance  de  Lan- 
castre. Hais  il  respondirent  que  il  n*en  feroient  riens 
et  que,  pour  morir  en  prison,  il  demoroient  bon  Fran-  30 
çois.  Si  demora  la  cose  en  cel  estât,  ne  depuis,  quant 
on  sceut  leur  ferme  entente,  il  n'en  furent  point  requis. 


170  CHRONIQUES  DB  J.  FROI88ART.  [1382] 

§  245.  Vous  savés  comment  li  Parisiieo  s'estoient 
composé  et  aoordé  envers  le  roi  à  paiier  une  scMnme 
de  florins  toutes  les  sepmaines.  Li  florin  estoient  paiiet 
à  un  certain  rediepveur  que  li  Parisiien  i  avoient  esta- 

5  bli  et  ordonné,  mais  li  rois  n'en  avoit  nuls,  ne  riens 
ne  s'en  toumoit  en  son  pourfit,  ne  riens  ne  partoit  de 
Paris.  Et  avint,  ce  te[r]me  pendant»  que  li  rois  eut 
grant  besongne  d'argent,  pour  paiier  ces  gens  d'armes 
que  il  envoiioit  en  Gastille,  car  il  voloit  aidier  et  oon- 

10  forter  à  son  besoing  le  roi  dam  Jehan  de  Gastille,  et 
tenus  i  estoit  par  les  aliances  de  jadis  faites.  Si  manda 
à  che  recheveur  de  Paris  que  il  fesist  la  finance  de  cent 
mille  frans,  et  monstroit  tout  clerement  où  il  les  voloit 
mettre.  Li  rechevères  respondi  as  lettres  du  roi  et  as 

15  messages  moult  bellement,  et  dist  que  voirement  avoit 
il  argent  assés,  mais  il  n'en  pooit  rien  délivrer  sans  le 
congiet  et  consentement  de  la  communauté  de  Paris. 
Ces  responses  ne  plaisirent  mies  bien  au  roi,  et  dist 
que  il  i  pourverroit  de  remède,  quant  il  poroit,  si  qu'il 

20  fist  ;  et  fist  finance  ailleurs,  parmi  l'aide  de  ses  bonnes 
villes  de  Picardie. 

Enssi  avoit  un  grant  différent  entre  le  roi  de  France 
et  les  Parisiiens;  et  ne  venoit  point  à  Paris,  mais  se 
tenoit  à  Miaulx,  ou  à  Senlis,  ou  à  Gompiengne,  ou  là 

25  environ,  dont  li  Parisiien  estoient  tout  couroudiié.  Et 
le  plus  grant  resort  de  seurté  qu'il  avoient  et  le  gri- 
gneur  moien,  c'estoit  ou  duc  d'Ango,  qui  s'escripsoit 
rois  de  Sesille  et  de  Jherusalem,  et  ja  en  avoit  encar- 
giet  les  armes.  Ghils  dus  se  tenoit  communément  à 

80  Paris,  et  subportoit  desous  ses  elles  les  Parisiiens,  pour 
la  cause  de  ce  que  il  avoient  grant  finance,  et  conten- 
doit  à  ce  que  il  en  fust  aidiés  et  départis,  pour  aidier 


[1382]  UVU  DEUUkMB,  1 245.  171 

à  faire  sod  fait  et  son  voiage  ;  car  il  aaambloit  argent 
de  toas  lés  et  si  grant  somme,  que  on  dissoit  que  il 
avoità  Rokemore,  dallés  Avignon,  Taisent  de  deus  mil- 
lions de  florins.  Si  traita  par  devers  les  Parisiiens,  et 
fist  tant  par  biau  langage,  enssi  que  dis  qui  bien  le  5 
savoit  faire  et  qui  bien  estoit  enlangagiés,  et  qui  pour 
ce  tamps  de  droit  avoit  le  regart  et  Tamenistration 
deseure  ses  irères,  car  il  estoit  ainnés,  du  roiaulme  de 
France,  que  il  eut  de  celle  somme  de  florins  asamblés, 
à  une  seule  délivrance,  cent  mille  francs  ;  et  li  rois  n'en  iO 
pooit  nuls  avoir,  ne  si  doi  autre  oncle,  Berri  et  Bout- 
gongne. 

Quant  li  dus  d*Ango  eut  fait  toutes  ses  pourveances 
et  ses  ordonnances,  à  Tentrée  dou  printamps,  il  se 
mist  au  diemin  en  si  grant  arroi  que  merveilles,  et  15 
passa  parmi  le  roiaulme,  et  vint  en  Avignon,  où  il  iîi 
grandement  festiiés  et  requelliés  dou  pappe  et  des  car- 
dinaulx  ;  et  là  vinrent  li  baron  et  les  bonnes  villes  de 
Prouvence  tout  et  toutes,  excepté  Âis  en  Prouvence, 
qui  le  rechurent  à  signeur  et  li  fissent  feaulté  et  homage,  20 
et  se  missent  en  son  obéissance.  Et  là  vint  en  Avignon 
devers  li  li  gentils  contes  de  Savoie,  bien  acompaigniés 
de  barons  et  de  chevaliers,  qui  Ait  ossi  de  son  cousin 
le  pape  grandement  bien  venus  et  de  tous  les  cardi- 
nauix.  Là  en  Avignon  furent  faites  les  finances  et  les  25 
délivrances  d'or  et  d'argent  dou  duc  d'Ango  au  conte 
de  Savoie  et  as  Savoiiens,  qui  montoient  grant  fuisson. 

Apriès  toutes  ces  coses  faites,  li  dus  d'Ango  et  li 
contes  de  Savoie  prissent  congiet  au  pappe  et  se  dépar- 
tirent d'Avignon,  et  prissent  le  chemin  de  la  Daufiné  80 
de  Viane,  et  amena  li  contes  le  duc  en  Savoie,  et  là  le 
honoura  il  en  ses  bonnes  villes  très  grandement.  Et 


172  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

toudis  passoieot  gens  d'armes  devant  et  apriès,  et 
trouvoient  Lombardie  toute  ouverte  et  aparillie.  Si 
entra  li  dus  d'Ângo  en  Lombardie,  et  estoit,  par  toutes 
les  cittés  et  les  bonnes  villes  de  Lombardie,  trop  gran- 

5  dément  recheux,  et  par  especial  à  Mellans.  Là  fu  il  hon- 
nourés  oultre  mesure  de  messire  Galleas  et  de  messire 
Bernabo,  et  eut  de  par  iaulx  si  grans  dons,  au  passer, 
de  riches  jeuiaulx  et  de  chevaux  de  pris,  que  mervelles 
seroit  à  Tesmer.  Et  tenoit  li  dus  d'Ângo  partout  tel 

10  estât  comme  rois,  et  avoit  ses  ouvriers  de  monnoie, 
qui  forgoient  florins  et  blances  monnoies,  dont  il  fids- 
soient  leurs  paiemens,  et  passèrent  enssi  toute  Lom- 
bardie et  la  Tosquane.  Quant  il  vinrent  en  Toskane  et 
que  il  aprochièrent  Romme,  si  se  remissent  plus 

15  ensamble  que  il  n'euissent  esté  en  devant,  car  li  Rom- 
main,  qui  bien  savoient  la  venue  dou  duc  d'Ângo,  s'es- 
toient  grandement  fortefiiet  à  rencontre  de  lui  et 
avoient  à  cappitaine  un  vaillant  dievalier  d'Engletière, 
qui  s'appelloit  messire  Jehan  Haccoude,  liquels  avoit 

20  de  lonc  tamps  demoret  en  Rommagne  et  connissoit 
toutes  les  frontières.  Si  tenoit  grant  fuisson  de  gens 
d'armes  sus  les  camps  as  saulx  et  as  gages  des  Rom- 
mains  et  de  Urbain,  qui  se  dissoit  pappes  et  que  li  Rou- 
main et  li  Âlemant  et  pluiseurs  autres  nations  tenoient 

25  à  pappe.  Et  cils  pour  le  tamps  se  tenoit  en  la  dtté  de 
Romme,  ne  point  ne  s'effireoit  de  la  venue  dou  duc 
d'Ângo,  et,  quant  on  l'en  parloit  et  que  on  K  remons- 
troit  que  li  dus  d'Ângo  venoit  celle  part,  le  conte  de 
Savoie  en  sa  compaignie  [et]  le  conte  de  Genève,  et  que 

30  il  avoit  bien  noef  mille  lances  de  bonnes  gens  d'armes, 
et  ne  savoit  on  encores  de  vérité  se  il  venroit  de  fait 
à  Romme  pour  li  oster  de  son  siège,  car  il  estoit  tous 


[1382]  LIVBB  DIUXIAmB,  §  246.  173 

Glementins,  il  respondoit  en  dissant  :  c  Crux  Cmtî, 
protège  nos.  »  G'estoit  tous  li  efiBrois  que  il  en  avoit,  et 
lequel  il  reqx>ndoit  à  ceulx  qui  Temparloieût. 

§  9A6  •  Enssi  passèrent  ces  gens  d'armes,  li  dus  d'Ângo 
qui  se  dissoit  et  escripsoit  rois  de  Naples,  de  SesiUe  et  5 
de  Jherusalem,  dus  de  Puille  et  de  Galabre,  et  li  contes 
de  Savoie  et  leurs  routes,  toute  le  [Lombardie  et] 
la  Toscane,  en  oostiant  la  marce  d'Ânconne  et  la  terre 
dou  Patrimonne  ;  et  point  n'entrèrent  ne  aprochièrent 
Romme,  car  li  dus  d'Ango  ne  voloit  nulle  guerre  ne  10 
mautalent  à  Romme  ne  as  Roumains,  mais  faire  son 
voiage  et  son  emprise  deuement  sus  le  point  et  Testât 
que  il  estoit  partis  de  France.  Et,  partout  où  il  passoit 
et  venoit,  monstroit  estât  très  estoffet  et  poissance  de 
roi  ;  et  se  looient  de  lui  et  de  son  paiement  toutes  gens  15 
d'armes,  car  bien  savoit  que  il  en  aroit  afaire. 

En  die  tamps  se  tenoit  en  la  dtté  de  Napples  ses 
aversaires,  messires  Charles  de  la  Pais,  qui  se  dissoit 
ossi  et  escripsoit  rois  de  Naples,  de  SesiUe  et  de  Jheni- 
salem,  dus  de  Puille  et  de  Galabre,  et  s'en  tenoit  20 
hoirs  droituriers,  puis  que  la  rolne  de  Naples  estoit 
morte,  sans  hoir  avoir  de  se  char  par  loiaulté  de 
mariage.  Et  tenoit  chils  messires  Gharles  en  vain  et  à 
nul  le  don  que  la  rolne  en  avoit  fait  au  pappe,  et  i 
monstroit  à  son  oppinion  deus  raisons  :  li  une  estoit  25 
que  il  dissoit,  soustenoit  et  voloit  mettre  oultre  (et  [li] 
Neapliien  et  li  Sesiliien  li  aidoient  à  soustenir)  que  la 
roïne  de  Napples  ne  pooit  donner  ne  reserver  l'iretage 
d'autrui,  et,  se  il  estoit  enssi  que  la  réservation  fust 
bonne  et  li  dons  utilles,  par  le  [stille]  de  le  court  de  30 
Ronune  et  le  droit  des  pappes,  [si]  dissoient  il  oue 


174  CHR0NIQUB8  OB  J.  FROI88ART.  [iSM] 

elle  ne  Favoit  pas  fait  deuement,  car  il  tenoient  UrtMiio 
à  pappe  et  non  Clément.  Velà  la  question  que  il  deba- 
toient  et  proposoient,  et  les  deffenses  que  messires 
Charles  de  la  Pais  i  mettoit. 
5  Chils  messires  Charles  de  la  Pais  de  oommencement 
ouvra  trop  sagement,  car  il  fist  pourveir  le  castiel  de 
rUef,  qui  est  uns  des  plus  fors  oastiaulx  dou  monde, 
car  il  siet  par  encantement  en  mi  le  mer  et  ne  fait  mies 
à  prendre  ne  à  conquérir,  se  che  n*est  par  nigremandie 

10  ou  par  Tart  dou  diable  ;  et  quant  il  Teut  fait  pourvoir, 
pour  vivre  trois  ou  quatre  ans  une  quantité  de  gens 
d'armes  qui  dedens  se  boutèrent  avoec  li,  il  laissa  le 
païs  convenir,  et  savoit  bien  la  condition  de  ceulx  de 
Napples  que  nullement  il  ne  le  relenquiroient,  et  là 

15  s'enclost.  Se  Puille  et  Calabre  se  perdoient  pour  deus 
ou  pour  trois  ans,  ossi  legierement  il  le  raroit,  car  il 
imaginoit  que  li  dus  d'Ange  se  useroit  de  finance  à 
tenir  si  longuement  telle  somme  de  gens  d'armes  sour 
les  camps,  que  il  avoit  amenet  oultre.  Il  n'estoit  mies 

20  en  sa  poissance  :  ou  vivres  leur  fauroient,  ou  finance 
et  paiement  leur  fauroît,  par  quoi  il  se  taneroient,  ou 
dedens  deus  ans  ou  trois,  quant  il  seroient  foullé,  lassé 
et  tané,  il  les  combateroit  à  son  avantage.  Toutes  ces 
imaginations  eut  Charlles  de  la  Paix,  dont  desqudles 

25  on  en  vel  bien,  en  che  terme  que  il  i  mettoit,  [averir] 
aucunes,  car  voirement  il  n'est  nuls  sires  crestiiens, 
excepté  le  roi  de  France  et  le  roi  d'Ëngletière,  qui  hors 
de  leur  païs  peuissent,  ne  trois  ans  ne  quatre,  tenir 
tel  peuple  sus  les  camps  de  gens  d'armes  que  li  dus 

30  d'Ango  avoit  et  tenoit,  et  mist  oultre  les  mons  bien 
trente  mille  combatans,  que  il  ne  fust  tous  usés  et 
minés  de  chavanche  et  de  finance.  Et  tels  coses,  à 


[4382]  UTRK  D8UXIÈ1IB,  $  247.  i75 

entreprendre  on  td  fait  au  oommendieroent  font  bien 
à  glosser  et  à  resongnier. 

§  247.  Quant  li  dus  d'Ango  et  ses  routes  entrèrent 
en  Puille  et  en  Galabre,  li  pals  fii  tantos  tout  leur,  et 
monstroit  li  peuples  que  U  ne  desiroit  autre  signeur  à    5 
avoir  que  le  duc  d' Ango  ;  et  vinrent  sus  un  brief  terme 
tout  signeur,  cittés  et  bonnes  villes,  en  son  obéissance. 
Or  dient  cil  qui  ont  estet  en  ce  paix  là  que  c'est  li  une 
des  plus  crasses  mardies  dou  monde  et  que  pour  le 
grant  plenté  de  biens  qui  habondent  ou  pals,  les  gens  iO 
i  sont  tout  vdsseux  et  n'i  font  point  de  labeur.  Quant 
ces  gens  d'armes  se  trouvèrent  en  che  bon  pals  et  cras 
et  raempli  de  tous  biens,  se  tinrent  tout  aisse.  Âdont 
s'en  vinrent  li  dus  d'Ango  et  li  contes  de  Savoie,  li 
contes  de  Vendôme,  li  contes  de  Genève  et  la  grant  i5 
chevalerie  de  France,  de  Bretaigne  et  de  Savoie,  et 
passèrent  oultre  et  vinrent  en  la  marce  de  Napples. 
Onques  cil  de  Naples,  pour  la  doutance  de  ces  gens 
d'armes,  ne  daignièrent  clore  porte  de  leur  ville,  mais 
les  tenoient  toutes  ouvertes.  Bien  penssoient  que  li  dus  20 
d'Ango  ne  se  bouteroit  jamais  dedens  hors  de  leur 
plaissance,  car  qui  seroit  dedens  enclos,  quels  peuples 
que  che  fust,  il  seroit  perdus,  ne  les  maisons  ne  sont 
pas  à  prendre,  car  il  i  a  planées  que  on  hoste,  quant  on 
voelt,  et  là  desouls  c'est  la  mer  où  nuls  ne  s'oseroit  25 
embatre. 

Avint  que  uns  encantères,  maistre  de  nigremance, 
qui  estoit  en  la  marce  de  Napples  et  avcut  conversé  un 
lonc  tamps,  vint  au  duc  d'Ango,  et  [si]  li  dist  :  c  Mon- 
signeur,  se  vous  volés,  je  vous  renderai  le  castiel  de  30 
rUef,  et  ceuls  qui  sont  dedens,  à  vostre  volenté.  >  — 


!76  GHR0NIQU18  DE  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

c  Et  comment,  dist  li  das,  poroit  che  estre?  »  — 
c  Monsigneur,  je  le  vous  dirai,  dist  li  encantères,  je 
ferai  par  encantement  Tair  si  espès,  que  dessus  la  mer 
il  samblera  à  oeulx  de  dedeas  que  il  i  ait  un  grant 
5  pont  pour  aler  dix  hommes  de  front  ;  et  quant  cil  qui 
sont  ou  castiel  verront  che  pont,  il  seront  si  esbahi 
que  il  se  venront  rendre  à  vostre  volenté,  car  il  doub- 
leront que,  se  on  les  assaut,  que  il  ne  soient  pris  de 
force.  >  Li  dus  ot  de  ceste  paroUe  grant  mervelle,  et 

iO  appella  de  ses  chevaliers  le  conte  de  Vendôme,  le  conte 
de  Genève,  messire  Jehan  et  messire  Pière  de  Buel, 
mesire  Meurisse  Hauvinet  et  les  autres,  et  recorda  che 
que  chils  maistres  encantères  dissoit,  liquel  de  ceste 
paroUe  estoient  tout  esmervilliet  et  s'asentoient  assés 

45  à  ce  que  on  le  cruist.  Adont  demanda  li  dus  d'Ângo  à 
celli  et  li  dist  :  c  Biaux  maistres,  et  sus  ce  pont  que 
vous  dites  que  vous  ferés,  se  poront  nos  gens  asseu- 
rer  de  aler  sus  jusques  au  castiel  pour  asaillir?  »  — 
c  Honsigneur,  respondi  li  encantères,  tout  ce  ne  vous 

20  oseroie  je  pas  asseurer,  car,  se  il  i  avoit  nuls  de  ceulx 
qui  sus  le  pont  passeroient,  qui  fesist  le  signe  de  le 
crois,  tout  iroit  à  noient,  et  cil  qui  seraient  sus,  tre- 
buceroient  en  la  mer.  >  Âdont  commencha  li  dus  à 
rire,  et  lors  respondirent  aucun  jone  chevalier  et 

25  escuier  qui  là  estoient,  et  dissent  :  c  Ha  !  monsigneur, 
pour  Dieu  laissiés  le  faire.  Nous  ne  ferans  pas  le  signe 
de  le  crois,  et  plus  legierement  ne  poons  nous  avoir 
vos  ennemis.  >  Dist  li  dus  d'Ango  :  c  Je  m*en  consil- 
lerai.  >  Â  ces  parolles  n'estoit  point  li  contes  de  Savoie, 

30  mais  il  vint  assés  tost. 

§  348.  Quant  li  contes  de  Savoie  fu  venus  en  la  tente 


i^. 


t* 


(i382]  LIVRB  DEUXIÉMB,  $  248.  177 

dou  duc  d'Ango,  li  maistres  encantères  estoit  partis. 
Adont  li  reoorda  li  dus  la  parolle  dou  maistre  et  quel 
oose  il  li  offrait.  Li  contes  de  Savoie  penssa  un  petit, 
et  puis  dist  :  c  Envoies  le  moi  en  mon  logis,  et  je  le 
examinerai  ;  c'est  li  maistres  encantères  par  lequel  la  5 
robie  de  Napples  et  messires  Ostes  de  Bresuich,  ses 
maris,  furent  jadis  pris  ens  ou  castiel  de  TUef,  car  il 
fist  la  mer  si  haute  que  il  sambloit  que  elle  montast 
desus  le  castiel  :  s'en  furent  si  eshidé  cil  qui  ou  castel 
estoient,  que  il  leur  sambloit  que  il  deuissent  estre  tout  10 
noiiet.  On  ne  doit  point  avoir  fiance  trop  grande  en 
tels  gens.  Or  regardés  de  la  nature  des  malandrins  de 
ce  païs  :  pour  seuUement  complaire  à  vous  et  avoir 
^vostre  bienfait,  il  voelt  trahir  ceulx  à  qui  il  livra  une 
^ois  la  roïne  de  Napples  et  son  mari  à  Gharle  de  la  is 
^ais.  »  Dist  li  dus  d'Ango  apriès  :  c  Je  le  vous 
ivoierai.  >  Adont  entrèrent  li  signeur  entre  autres 
^Ues,  et  consillièrent  un  tamps  de  leurs  besongnes 
dus  et  li  contes  de  Savoie,  et  puis  retourna  li  contes 
[son  logeïs.  20 

Quant  ce  vint  le  jour,  apriès  que  li  signeur  furent 
^et,  li  maistres  encantères  vint  devers  le  duc  et  Ten- 
lina.  Sitos  que  li  dus  le  veï,  il  dist  à  un  sien  varllet  : 
Va,  [si]  le  mainne  au  conte  de  Savoie.  >  Li  variés  le 
prist  par  le  main  et  li  dist  :  c  Maistres,  monsigneur  25 
voelt  que  vous  venés  parler  au  conte  de  Savoie.  >  Il 
respondi  :  c  Dieux  i  ait  part  !  >  Adont  s'en  vint  il  en 
la  tente  dou  conte.  Li  variés  li  dist  :  c  Monsigneur, 
vechi  le  maistre  que  messires  vous  envoie.  >  Quant  li 
contes  le  veï,  si  en  ot  grant  joie,  et  li  demanda  :  30 
c  Maistres,  dites  vous  pour  certain  que  vous  nous 
ferés  avoir  le  castiel  de  î'Uef  à  si  bon  marchié?  >  — 

x-12 


178  CHRONIQUES  BB  J.  FROISSART.  [1382] 

c  Par  ma  foi,  monsigoeur,  respoodi  li  encaotères, 
oU,  car  par  oevre  pareille,  je  le  fis  jadis  avoir  à  cellui 
qui  est  dedeos,  messire  Gharlle  de  la  Pais,  et  la  roïne 
de  Naples,  et  sa  fille  et  son  marit,  messire  Robert 
5  d'Artois,  et  messire  Ostes  de  Bresuich;  et  je  siû 
Tomme  ou  monde  maintenant  que  messires  Charles 
resongne  le  plus,  t  —  c  Par  ma  foi,  dist  li  contes  de 
Savoie,  vous  dites  bien  ;  et  je  voel  que  Gharle  de  la 
Pais  sache  que  il  a  grant  tort  se  il  vous  crient,  car  je  l'en 

10  aseur[er]ai,  ne  jamais  vous  ne  ferés  encantement  pour 
decepvoir  lui  ne  autrui  ;  ne  je  ne  voel  pas  que  il  nous 
soit  reprochié,  ou  tamps  à  venir,  que  en  si  haut  fait 
d'armes  que  nous  sommes  et  tant  de  vaillans  hommes, 
chevaliers  etescuiers,  asamblés,  que  nous  ouvrons  par 

15  encantement  ne  que  nous  aions  par  tel  art  nos  enne- 
mis. >  Adont  appella  il  son  varlet,  et  dist  :  c  Prendés 
le  bouriel,  et  li  faites  trenchier  la  teste.  »  Tantos  que 
li  contes  de  Savoie  ot  dit  ceste  paroUe,  che  fu  fait  :  on 
li  trencha,  au  dehors  des  logeïs,  la  teste.  Enssi  fina 

20  chils  maistres  encanlères,  et  fu  paiiés  de  ses  leuwiers. 

Nous  nos  soufferons  à  parler  dou  duc  d'Ângo  et  de 

ses  gens  et  de  leur  voiage,  et  retournerons  as  beson- 

gnes  de  Portingal,  et  conterons  comment  li  Englès  et 

li  Gascon  persévérèrent. 

25  §  2&9.  Quant  che  vint  à  l'entrée  dou  mois  d'apvril, 
li  chevalier  qui  estoient  en  garnison  à  Ville  Vesiouse 
et  qui  avoient  là  séjourné  tout  le  tamps  [d'ivier]  et 
n'avoient  plus  chevauchié,  fors  que  quant  il  furent 
devant  le  Fighière,  s'avisèrent  l'un  parmi  l'autre  que 

30  il  chevaucheroient.  Et  avoient  entre  iaulx  grant  mer- 
veilles à  quoi  li  rois  de  Portingal  ne  li  contes  de  Gam- 


[1382]  LIYM  DEUXIÈMB,  $  249.  179 

bnige  pensoient,  quant  il  avoient  ja  esté  noef  mois  ou 
païsde  Portingal,  et  n'avoient  chevauchiet  que  une  fois, 
et  que  il  se  portoient  grant  blasme.  Si  regardèrent  que 
il  envoieroient  devers  le  conte  Ainmon  de  Gambruge, 
pour  remonstrer  ces  besongnes,  et  me  samble  que  li  5 
soudis  de  TEstrade  i  fu  envoiiés,  et  vint  à  Estremouse, 
où  li  contes  estoit  logiés.  [Si]  li  dist  :  c  Sire,  li  corn- 
paignon  m'envoient  devers  vous  à  savoir  quel  cose 
vous  voilés  faire,  car  il  ont  grant  mervelles  pour  quoi 
on  les  a  amenés  en  che  pais,  quant  tant  i  séjournent,  10 
et  que  che  leur  tourne  à  grant  desplaisance.  Si  me  res- 
pondes  que  vous  voilés  qu'il  facent,  car  il  ont  grant 
désir  de  chevauchier.  >  —  c  Soudis,  dist  li  contes, 
vous  savés  que,  quant  je  me  parti  d'Engletière,  mes- 
sires  mes  frères,  li  dus  de  Lanclastre,  me  proumist  15 
par  sa  foi  que,  li  revenu  d'Escoce  où  il  aloit,  il  venroit 
par  de  dechà  à  une  grant  quantité  de  gens  d'armes  de 
deus  ou  de  trois  milliers  et  otant  d'archiers,  et  n'es- 
toie  decbà  envoiiés  sus  Testât  que  je  vins,  fors  que 
pour  avisser  le  païs;  et  temprement  nous  en  deve-  20 
riens  olr  nouvelles,  car  ossi  ai  jou  grant  mervelle  pour 
quoi  il  séjourne  tant.  [Si]  me  salués  les  compaignons, 
et  leur  dires  che  que  je  vous  di.  Au  fort,  je  ne  les  puis 
ne  ne  voel  mies  tenir  de  chevauchier,  se  il  i  ont  bonne 
affection;  mais  vous  savés  que  li  rois  de  Portingal  25 
paie  les  gages  :  si  se  doit  on  ordonner  par  li.  i  — 
c  Par  ma  foi,  dist  li  soudis,  il  paie  mal,  car  ossi  li 
compaignon  se  plaindent  trop  fort  de  son  paiement  : 
il  nous  doit  encores  tous  les  gages  de  siis  mois.  »  — 
c  II  vous  paiera  bien,  dist  li  contes,  tondis  vient  argens  30 
à  point.  >  Sus  cel  estât  se  départi  li  soudis  dou  conte, 
et  retourna  devers  les  compaignons.  Si  leur  recorda 


i80  GHR0NIQUB8  DE  J.  FROISSART.  [1382] 

tout  ohe  que  vous  avés  oï.  c  Signeur,  dit  li  Ganonnes, 
ja  pour  ce  ne  demeure.  Je  voi  bien  [que]  ou  se  disi- 
mulle  de  nostre  chevauchement  ;  on  ne  voeI[t]  point 
que  nous  chevauchons,  afin  que  nous  n'aions  cause 
5  de  demander  aident,  et  je  lo  dont  que  nous  chevau- 
chons, t  Là  ordonnèrent  et  acordèrent  entre  iaulx  que 
il  chevaucheroient,  et  i  preficièrent  le  jour. 

Le  soir  dont  il  dévoient  chevauchier  à  Tendemain  et 
avoient  leurs  harnois  tous  près,  vint  messires  Jehans 

10  Frenande»  uns  chevaliers  dou  roi  de  Portingal,  qui 
estoit  enformés  que  il  voloient  chevauchier,  et  aporta 
lettres  au  Ganonne  deRobersart.  Li  Ganonnes  les  ouvri, 
et  lissi  comment  li  rois  li  deffendoit  que  point  ne  che- 
vauchast,  et  que  bien  savoit  que  par  li  et  par  son 

i5  esmouvement  se  faissoient  les  emprisses  et  les  chevau- 
chies.  De  ces  nouvelles  fu  li  Ganonnes  courouchiés,  et 
dist  au  chevalier  :  c  Messire  Jehan,  je  voi  bien  que  li 
rois  ne  voelt  point  que  je  chevauche.  Or  prendés,  biau 
sire,  que  je  séjourne  à  Tostel  :  pensés  vous  pour  ce 

20  que  li  autre,  qui  sont  milleur  chevalier  et  plus  vaillant 
que  je  ne  soie,  doient  pour  ce  demorer  que  il  ne  facent 
leur  emprise?  Par  ma  foi,  nenil.  Et  vous  le  verres 
demain,  car  il  se  sont  tout  aresté  et  ordonné  à  che- 
vauchier. >  —  c  Sire,  dist  Frenando,  commandés  leur 

25  de  par  le  roi  que  point  il  ne  chevauchent.  >  —  c  Par 

ma  foi,  sire,  dist  li  Ganonnes,  je  n'en  ferai  riens,  mais 

commandés  leur,  qui  estes  au  roi,  sus  cel  escript.  » 

La  cose  demora  enssi  la  nuit. 

Quant  che  vint  au  matin,  on  sonna  les  trompètes 

30  parmi  la  ville.  Ghevalier  s'armèrent,  et  toutes  gens 
s'aparillièrent  et  montèrent  as  chevaulx,  et  vinrent 
devant  l'ostel  le  Ganonne  qui  point  ne  s'armoit.  Là 


[idSÎ]  UVBK  DSUXliME,  §  250.  481 

s'arestèrent  tout  li  chevalier  englès  et  gascon.  Il  vint 
as  phenestres  parler  à  eux,  et  leur  dist  que  li  rois  de 
Portingal  ne  voloit  point  que  on  chevaudiast.  <  Par 
ma  foi,  respondirent  il,  nous  chevaucherons,  puisque 
nous  sommes  si  avant,  et  ossi  chevaucherés  vous  ;  ne  5 
ja  ne  vous  sera  reprochié  que  nous  chevaucherons  et 
vous  reposerés  à  TosteK  »  Là  convint  le  Ganonne  de 
Robersart  armer  et  monter  à  cheval,  et  ossi  fist  le  che- 
valier portingallois  messire  Jehan  Frenande,  dont  il  fu 
puis  près  pendus  dou  roi,  car  tant  li  priièrent  li  com-  lo 
paignon  que  il  s'arma.  Âdont  issirent  il  de  le  Ville 
Vesiouse,  et  se  missent  as  camps,  et  estoient  bien 
quatre  cens  lances  et  otant  d'archiers,  et  prissent  le 
diemin  de  Sebille  et  devers  un  castel  et  une  bonne  ville 
que  on  dist  le  Ban.  !5 

§  350.  Tant  chevauchièrent  Englès  et  Gascon  que  il 
vinrent  devant  le  Ban.  Si  l'environnèrent  à  l'une  des 
pars  là  où  elle  estoit  le  plus  prendable  et  le  plus  legière 
à  Fasallir.  Si  descendirent  toutes  gens  d'armes  à  piet, 
et  se  missent  en  arroi  et  en  ordonnance  d'assaut,  et  20 
entrèrent  ens  es  fossés,  où  il  n'avoit  point  d'aighe,  et 
vinrent  jusques  as  murs,  et  commenchièrent  à  pikier 
et  à  hauer  et  fort  à  assallir.  Pour  ce  jour  n'avoit  en  la 
ville  dou  Ban  nulles  gens  d'armes  fors  que  les  hommes 
de  la  ville,  qui  estoient  moult  mal  armet.  Toutesfois  il  25 
estoient  à  leurs  deffenses,  et  avoient  lanches  et  gavre- 
los  et  ardiigai[e]s,  dont  il  traioient  et  lanchoient,  et 
se  deffendoient  che  qu'il  pooient  ;  mais  il  veirent  bien 
que  à  le  longhe  il  ne  pooient  durer  ne  contrester  que 
il  ne  fuissent  pris.  Si  conomenchièrent  à  traitier  à  ceuls  30 
qui  les  asalloient.  Finablement  il  se  rendirent  sauve 


!8?  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [iSfô] 

leurs  vies  et  le  leur,  et  dirent  que  il  se  meteroient  et 
demor[r]oieDt  en  l'obeïssanoe  dou  roi  Ferrant  de  Por- 
tingal.  Ënssi  furent  il  rechut,  et  entrèrent  en  la  ville 
toutes  gens  et  s'i  rafresquirent,  et  alèrent  aviser  et 

5  regarder  che  jour  comment  il  se  poroient  chevir  dou 
castiel,  et  perchurent  que  il  estoit  bien  prendables. 
Très  le  soir  commenchièrent  li  aucun  de  l'ost  à  escar- 
muchier.  Quant  che  vint  au  matin,  on  conunencha  à 
asailUr  de  grant  ordonnance,  et  cil  qui  dedens  estoient 

10  à  eux  deffendre.  Ens  ou  castiel  estoit  un  gentil  homme 
dou  païs,  qui  en  estoit  cappitaine,  et  n*estoit  mies  trop 
bons  homs  d'armes,  et  bien  le  monstra  :  si  se  nommoit 
Piètres  [Raconstes],  car,  sitrestos  que  il  se  veï  asail- 
lir  et  tant  de  bonnes  gens  d'armes  devant  li,  il  s'effirea 

15  et  entra  en  tretiés,  et  rendi  le  fort,  salve  se  vie  et 
ceulx  qui  dedens  estoient.  On  le  prist,  et  le  rafreschist 
on  de  bonnes  gens  d'armes  et  d'archier[s],  et  puis 
s'en  partirent  et  chevauchièrent  devers  un  autre  castiel 
à  sis  lieues  de  là  que  on  dist  la  Gourtisse.  Quant  il 

20  fiirent  venu  jusques  à  là,  si  se  missent  en  ordonnance 
d'assallir,  et  assallirent  fort  et  roit.  Ghil  qui  dedens  se 
tenoient  estoient  vaillans  gens,  et  bien  se  deffendirent 
che  qu'il  peurent,  et  ne  se  daignièrent  rendre.  À  l'as- 
saut qui  fu  grans  et  fors,  fu  mors  li  cappitainne  dou 

25  castiel,  qui  s'appelloit  Radighos.  Soutis  et  apert  homme 
d'armes  estoit,  et  fu  mors  de  trait  de  la  flèche  d'un 
archier  d'Engletière,  car  il  s'abandonnoit  trop  avant 
à  la  deSense.  Depuis  que  il  fu  mors,  li  autre  n'eurent 
point  de  durée,  et  fu  li  castiaux  pris,  et  li  plus  de  ceuls 

30  qui  dedens  estoient,  mort.  Enssi  eurent  li  Ganonnes 
et  ses  gens  le  castiel  de  la  Gourtisse.  Si  le  rafresqui- 
rent  de  nouvelles  gens  et  le  remparèrent  biel  et  fort. 


[!382]  UVRB  DBUXIÈMB,  §  25i.  183 

et  puis  passèrent  oultre  en  aprodhiant  la  dtté  de  Sebille 
la  grande* 

§  S51 .  Tant  exploitièrent  cil  Englès  et  cil  Gascon 
que  il  vinrent  à  Jaffre,  à  dis  lieues  de  Sebille»  Une  ville 
est  Jaffre  mal  fremée,  mais  il  i  a  un  grant  moustier  5 
assés  fort,  que  dl  dou  pals  et  de  la  ville  de  iaffre  avoient 
fortefiiet,  et  là  s'estoient  retrait  sus  la  fiance  dou  lieu. 
De  venues,  la  ville  de  Jaffi(*es  fu  tantos  prise  et  toute 
arsse,  et  li  moustiers  asaiUis,  liquels  à  l'assault  ne  dura 
pas  une  heure  que  il  ne  fust  pris  ;  et  là  eut  grant  pil-  io 
lage  pour  ceulx  qui  premiers  i  entrèrent,  et  moult 
d*ommes  mors.  Âpriès  il  chevauchièrent  oultre,  car 
il  ftirent  enfermé  que  eus  uns  grans  mares  qui  là  sont 
en  une  vallée,  avoit  la  plus  belle  proie  dou  monde, 
plus  de  vint  mille  bestes,  pors,  buefs,  vaces,  moutons  15 
et  brebis.  De  celle  proie  eurent  li  signeur  grant  joie,  et 
s'en  vinrent  de  celle  part  et  entrèrent  en  ces  mares,  et 
fissent  toutes  ces  bestes  vuidier  par  leurs  gens  de  piet 
et  cachier  devant  eulx.  Âdont  eurent  il  conseil  de 
retourner  à  Ville  Yesiouse  [là  où]  il  logoient,  et  prisent  20 
tout  le  retour  et  ce  chemin,  et  vinrent  là  au  soir,  à 
Tendemain,  eux  et  leur  proie,  dont  il  furent  depuis 
moult  largement  pourveu  et  avitailliet.  Enssi  se  porta 
ceste  chevauchie. 

Quant  messires  Jehans  Frenande  fu  revenus  à  Luse-  25 
bonne  devers  le  roi,  et  il  li  eut  recordé  conoment  il 
avoient  exploitié,  et  le  chevauchie  que  leurs  gens 
avoient  fait  sus  les  ennemis,  et  la  belle  proie  que  il 
avoient  ramenet,  il  quida  trop  bien  dire  et  que  li  rois 
l'en  deust  savoir  trop  grant  gret,  mais  non  fist,  car  il  30 
li  dist  :  <  Et  comment,  gars  ordouls,  as  tu  esté  si  ossés 


184  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1382] 

que  sus  la  deffense  que  je  avoie  fait,  tu  leur  as  con- 
senti à  chevauchier  et  as  esté  en  leur  compaignie?  Par 
monsigneur  saint  Jacob,  je  te  ferai  pendre.  >  Âdont 
se  jetta  li  chevaliers  en  genoulx,  et  li  cria  merchi,  et  li 
5  dist  :  c  Monsigneur,  la  cappitainne  d'eus,  li  Ganonnes, 
s*en  aquita  à  son  pooir  loiaument,  mais  de  force  li 
autre  le  fissent  chevauchier,  et  moi  aussi,  pour  ensei- 
gnier  le  pals  ;  et  quant  leur  chevauchie  est  à  bien  tour- 
née, vous  le  nous  devés  pardonner.  »  Nonobstant 
10  toutes  ces  parolles,  li  rois  commanda  que  on  le  meïst 
en  prisson.  Et  i  fu  mis,  et  i  séjourna  tant  que  li  contes 
de  Gambruge  l'en  fist  délivrer,  quant  il  vint  à  Luse- 
bonne  :  vous  orés  sus  quel  estât. 

§  SSS.  Âpriès  che  que  cil  gentil  englès  et  gascon 

15  furent  de  leur  chevauchie  retourné  à  Ville  Vesiouse,  où 
il  se  logoient  et  estoient  tenu  toute  la  saisson,  il  regar- 
dèrent que  il  envoieroient  devers  le  roi  de  Portingal, 
pour  estre  paiet  de  leurs  gages.  Si  i  envoièrent  tout 
generaulment  le  signeur  de  Taillebot,  un  baron  de  la 

20  marche  de  Galles.  Quant  li  sires  de  Taillebot  fu  venus 
à  Lusebonne,  et  il  eut  parlé  au  roi  et  remonstré  ce 
pour  quoi  il  estoit  venus,  li  rois  respondi  follement 
que  deus  fois  avoient  chevauchiet  oultre  sa  deflfense, 
pour  quoi  il  Tavoient  courouchiet  et  atai^iet  leur  paie- 

25  ment,  ne  il  n'en  peut  avoir  adont  autre  cose  ne  autre 

response.  Li  sires  de  Taillebot  se  parti  et  retourna  à 

ses  compaignons  et  leur  recorda  la  response  du  roi, 

dont  il  Airent  tout  courouchiet. 

En  celle  propre  sepmainne  se  parti  li  contes  de  Gam- 

30  bruge  de  Estremouse,  et  s'en  vint  à  Ville  Vesiouse 
logier  en  une  église  de  Gordeliers  au  dehors  de  la  ville. 


[1382]  UVBB  DKUXiillB,  $  253.  185 

Si  en  eurent  li  chevalier  englès  et  gascon  grant  joie. 
Entre  ces  chevaliers  i  avoit  des  petis  compaignons  qui 
ne  pooient  pas  atendre  le  lontain  paiement  dou  roi,  et 
dissent  Tun  à  l'autre  :  c  Nous  sommes  menet  mervil- 
leusement  ;  nous  avons  ja  esté  en  che  pa!is  près  d'un  5 
an,  et  si  n'avons  point  eut  d'argent.  Il  ne  puet  estre  que 
nostre  cappitainne  n'en  aient  receut,  car  jamais  ne 
s'en  fuissent  souffert  si  longhement.  »  Ces  parolles  et 
murmurations  montepliièrent  entre  iaux  tellement  que 
il  dissent  que  il  n'en  voloient  plus  sou£Erir,  et  ordon-  10 
nèrent  une  journée  entre  iaulx  de  parler  ensamble  et 
de  estre  en  parlement  en  un  bel  moustier  qui  siet  au 
dehors  de  la  Ville  Yesiouse,  à  l'opposite  des  Gordeliers, 
où  li  contes  de  Gambruge  estoit  logiés.  Et  dist  li 
Ganonnes  de  Robersart  que  il  i  seroit,  et,  au  voir  dire,  15 
bien  i  besongnoit,  car,  se  il  n'i  eust  esté,  la  cose  fust 
alée  mauvaisement. 

§  253.  Quant  che  vint  environ  heure  de  tierdie  que 
tout  lurent  là  asamblé,  excepté  li  Ganonnes  de  Rober- 
sart, et  encores  n'estoit  point  venus,  messires  Guil-  20 
laumes  de  Biaucamp,  messires  Mahieux  de  Goumai, 
ses  oncles,  li  sires  de  Taillebot,  messires  Guillaumes 
Helmen,  et  li  Gascon,  li  sires  de  la  Barde,  li  sires  de 
Gastiel  Noef,  li  soudis  de  l'Estrade  et  pluiseurs  autres, 
si  commenchièrent  à  parler  et  à  faire  leur  plainte  l'un  25 
à  l'autre.  Et  là  avoit  un  chevalier  bastart,  frère  au  roi 
d'Engletière,  qui  s'appelloit  messire  Jehans  Soutrée, 
qui  estoit  plus  tenres  en  ses  parolles  que  nuls  des 
autres  et  dissoit  :  c  li  contes  de  Gambruge  nous  a  chi 
amenés,  et  tous  les  jours  nous  aventurons  et  volons  30 
aventurer  nos  vies  pour  lui,  et  [si]  retient  nos  gages  : 


186  CHEONIQUBS  DB  J.  FR0I8SART.  [1382] 

je  conseille  que  nous  fuisaiens  tout  de  une  alianoe  et 
d'un  aoord,  et  que  nous  eslevons  de  nous  melsmes  le 
pennon  Saint  Jorge,  et  soions  amit  à  Dieu  et  anemit  à 
tout  le  monde  ;  autrement,  se  nous  ne  nous  faissons 

5  cremir,  n'arons  nous  riens.  »  —  c  Par  ma  foi  !  res- 
pondi  messires  Guillaumes  Helmen,  vous  dites  bien,  et 
nous  le  ferons.  »  Tout  s'aoordèrent  à  celle  voix,  et 
regardèrent  qui  il  feroient  leur  cappitaine.  Si  avissèrent 
que  pour  tel  cas  il  ne  pooient  avoir  milleur  cappitaine 

10  que  Soustrée,  car  il  [aroit]  de  mal  faire  plus  grant 
loisir  et  plus  de  port  que  nuls  des  aultres.  Là  boutèrent 
il  hors  le  pennon  Saint  Joi^e,  et  criièrent  tout  :  c  A 
Soustrée,  che  vaillant  bastart  !  Amis  à  Dieu  et  anemis 
à  tout  le  monde  !  >  Et  estoient  adont  en  volenté  et  tout 

15  esquelliet  de  venir  courir  premièrement  Ville  Yesiouse 
et  de  faire  guerre  au  roi  de  Portingal.  Bien  a  voient 
messires  Mahieux  de  Gournai  [et]  messires  Guillaumes 
de  Biaucamp  [debatu]  ces  paroUes  de  non  courir  la 
ville,  mais  il  n'en  avoient  point  esté  ol.  À  ces  cops 

20  que  il  avoient  levé  le  pennon  Saint  Jorge  et  que  il 
dévoient  partir  dou  moustier,  li  Ganonnes  vint  et 
ouvri  la  presse  et  entra  eus,  et  s'aresta  devant  l'autel, 
et  dist  tout  haut  :  c  Biau  signeur,  que  volés  vous  faire? 
Âiiés  ordonnance  et  atemprance  en  vous.  Je  vous  voi 

25  durement  esmeus.  >  Âdont  vinrent  en  sa  présence 
messires  Jehans  Soustrée,  messires  Guillaumes  Helmen 
et  aucun  des  autres,  et  H  remonstrèrent  tout  ce  que 
il  avoient  fait  et  quel  cose  ossi  il  voloient  faire.  Adont 
les  rafrenà  li  Ganonnes  par  biau  langage,  et  leur  dist  : 

30  c  Signeur,  penssés  et  imaginés  bien  vostre  fait,  avant 
que  vous  entrependés  à  faire  nulle  foUie  ne  nul  outrage. 
Nous  ne  nos  poons  mieux  destruire  que  de  nous 


[i3M]  UVRB  DEUXIÉMB,  %  254.  i87 

meisaies.  Se  nous  guerrions  che  païs,  nostre  ennemi 
en  aront  nouvelles  ;  si  s'efforceront  et  i  enteront  de 
une  part,  et  courant,  quant  il  verront  que  point  ne 
leur  irons  au  devant.  Enssi  perderons  nous  en  deus 
manières  :  nous  resjoïrons  nos  ennemis  et  aseur[e-  5 
r]ons  de  ce  qu'il  sont  en  doubte,  et  si  feuserons  nostre 
loiauté  envers  monsigneur  de  Cambruge.  >  —  c  Et  que 
volés  vous  dont,  dist  Soustrée,  Ganonnes,  que  nous 
fâchons?  Nous  avons  despendu  plus  avant  que  nos 
gages,  et  si  n'avons  eu  ne  prest  ne  paiement  nul,  iO 
depuis  que  nous  venismes  en  PortingaK  Se  vous  avés 
esté  paiiés  et  nous  ne  le  sommes  point,  vous  avés  biau 
souffirir.  >  —  €  Par  ma  foi,  Soustrée,  dist  li  Ganonnes, 
je  n'ai  eut  non  plus  avant  paiement  que  vous,  ne,  sans 
vous,  je  n'en  rechepverai  riens.  >  Respondirent  aucun  15 
autre  chevalier  qui  là  estoient  :  c  Nous  vous  en  créons 
bien,  mais  il  fault  que  les  coses  aient  un  coron.  Mons- 
tres nous  comment  honnerablement  nous  puissons 
issir  de  ceste  matère  et  avoir  hastieue  délivrance,  car, 
se  nous  ne  sommes  paiiet  briefment,  les  coses  iront  20 
mal.  >  Adont  conunencha  li  Ganonnes  de  Robersartà 
parier,  et  dist  : 

§  S154.  c  Biau  signeur,  je  conseille  que  de  chi  eftlroit, 
en  Testât  où  nous  sonmies,  nous  alons  parler  au  conte 
de  Gambruge  et  li  remonstrons  nostre  entente.  »  —  25 
c  Et  liquels  de  nous  li  remonstera?  dissent  il  entre 
eulx.  >  —  c  Je  tous  seulx,  respondi  Soustrée,  mais 
avoés  ma  parolle.  >  Tout  li  eurent  en  convenant  de 
l'avoer.  Âdont  se  départirent  il  en  Testât  où  il  estoient, 
le  pennon  Saint  Jorge  devant  eux  que  il  avoient  che  30 
jour  levet,  et  s'en  vinrent  as  Gordeliers  où  li  contes 


188  CHB0NIQUB8  DE  J.  FHOI88ÀRT.  [1382] 

estoit  logiés  et  devoit  aler  dîsner.  Tout  cil  oompaignon, 
qui  estoient  plus  de  set  œns  uns  c'aultres,  entrèrent 
en  la  court.  U  demandèrent  le  conte.  Il  issi  hors  de  sa 
cambre  et  vint  en  la  salle  parler  à  eulx.  Âdont  s*avan» 

5  chièrent  tout  li  chevalier  qui  là  estoient,  et  Soustrée 
tout  devant,  qui  remonstra  de  bon  visage  la  paroUe  et 
dist  :  c  Monsigneur,  vous  nous  avés,  qui  chi  sonunes 
en  vostre  presensse,  et  encore  assés  d'autres  qui  sont 
là  hors,  atrait  et  mis  hors  de  nostre  nation  d'Engle- 

10  tière,  et  estes  nos  chiés  ;  et  de  nos  gages  dont  nous 
n'avons  eu  nuls,  nous  ne  nous  en  devons  traire  fors  à 
vous,  car  pour  le  roi  de  Portingal  nous  ne  fuissions 
jamais  venu  en  che  païs  ne  en  son  service,  se  vous  ne 
nous  deussiés  paiier.  Et,  se  vous  volés  dire  que  la 

15  guerre  n'est  pas  vostre,  mais  le  roi  de  Portingal,  nous 
nos  paierons  bien  de  nos  gaiges,  car  nous  courrons  ce 
païs,  et  puis  si  en  ait  qui  en  poet  avoir.  »  —  c  Sous- 
trée, dist  li  contes,  je  ne  di  mies  que  vous  ne  soiiés 
paiiés  ;  mais  de  courir  che  païs  vous  me  fériés  blasme, 

20  et  au  roi  d'Engletière  ossi,  qui  s'est  par  aliance  con- 
joins  avoec  le  roi  de  Portingal.  >  —  c  Et  que  vdés 
vous,  dist  Soustrée,  sire,  que  nous  façons?  >  —  «Je 
voel,  dist  li  contes,  que  vous  prendés  trois  de  nos  che- 
valieA,  un  Englès,  un  Gascon  et  un  Alemant,  et  cil 

25  troi  s'en  voissent  devers  le  roi  à  Lusebonne,  et  li 
remonstrent  ceste  besongne  et  le  lontain  paiement  que 
il  fait  as  compaignons.  Et  quant  vous  l'en  ares  sommé, 
lors  ares  vous  mieux  cause  de  faire  vostre  entente.  » 
—  «  Par  ma  foi,  dist  li  Ganonnes  de  Robersart,  mon- 

30  signeur  de  Gambruge  dist  bien  et  se  parolle  sagement 
et  vaillanment.  >  Â  ce  darrain  pourpos  s'acordèrent  ; 
mais  pour  ce  n'ostoient  il  pas  le  pennon  Saint  Joi^e, 


[1382]  UVRB  DBUXliMB,  §  255.  189 

et  dissent,  puis  que  il  TavcHent  levé  d'un  aoord  en  Por- 
tingal,  que  tant  qu'il  i  seroient,  point  ne  Tabateroient. 
Adont  furent  avisset  qui  iraient  en  die  voiage  devers 
le  roi  :  si  furent  nommé  messires  Guillaumes  Helmen 
pour  les  Euglès,  messires  Thomas  Simon  pour  les  5 
estraingniers ,  et  li  sires  de  Gastiel  Noef  pour  les 
Gascons. 

§  255.  Ghil  troi  chevalier  dessus  nommé  esploitièrent 
tant  que  il  vinrent  à  Lusebonne  et  trouvèrent  le  roi, 
qui  leur  fist  bonne  chière  et  leur  demanda  des  non-  10 
velles  et  que  li  compaignon  faissoient.  c  Monsigneur, 
respondirent  dl,  il  sont  tout  hetiet  et  en  bon  point,  et 
chevaucheroient  volentiers  et  enploieroient  la  saison 
autrement  que  il  ne  font,  car  li  lontains  séjours  ne  leur 
est  mies  agréables.  >  Ghe  dist  li  rois  :  c  II  chevauche-  15 
ront  temprement,  et  je  en  leur  compaignie,  che  leur 
dires  vous  de  par  moi.  »  —  c  Monsigneur,  dist  mes- 
siros  Guillaumes  Helmen,  nous  sommes  chi  envoiiet 
de  par  eux  et  chergiet  que  nous  vous  dissons  que, 
depuis  que  il  vinrent  en  che  pals,  il  n'ont  eut  prest  ne  20 
paiement  nul  de  par  vous  ;  dont  il  vous  mandent  par 
nous,  qui  generaulment  sommes  chi  envoiiet,  que  ce 
n'est  pas  assés,  car  qui  voelt  avoir  l'amour  et  le  ser- 
vice des  gens  d'armes,  il  les  faut  autrement  paiier  que 
vous  n'aiiés  fait  jusques  à  ores.  Et  s'en  sont  souffert  25 
un  grant  tamps  pour  la  cause  de  che  que  il  ne  savoient 
point  en  quoi  il  perissoit,  et  en  ont  encouppé  nos  cap- 
pitainnes,  dont  la  cose  a  près  mal  aie  ;  mais  il  s'en  sont 
excusé  parmi  che  que  on  a  bien  sceu  que  il  n'en  ont' 
riens  eu  ne  receu  ;  et  vous  savés  se  il  dient  voir.  Si  30 
voellent  estro  paiet  tout  entirement  de  leurs  gaiges. 


!9ft  CHRONIQUBS  DB  J.  FROISSÀRT.  [i38îj 

se  VOUS  en  voilés  avoir  le  service  ;  et,  se  vous  oe  faites 
che,  il  vous  ac^rtefîent  que  il  se  paieront  dou  vostre. 
Si  aiiés  oonseil  sur  che,  et  [nous  donnés]  response 
que  nous  en  puissons  porter,  car  il  n'atendent  autre 
5  cose  que  no  retour.  >  Li  rois  penssa  un  petit,  et  puis 
dist  :  <  Messire  Guillaume,  c'est  raissons  que  il  soient 
paîiet,  mais  il  m'ont  courouchiet  de  ce  que  il  ont 
oultre  ma  deffence  chevauchié  deus  fois  ;  et,  se  chils 
mautallens  n'eust  esté,  il  fussent  ores  satisfait  de  tous 

10  poins.  »  —  <  Sire,  dist  li  chevaliers,  se  il  ont  chevau- 
chiet,  che  a  estet  à  vostre  honneur  et  pourGt  :  il  ont 
pris  villes  et  castiaulx,  et  courut  sus  la  terre  de  vos 
ennemis  priés  jusques  à  Sebille,  pour  quoi  die  a  esté 
honnerablement  esploitiet.  [Si]  n'en  doivent  pas  perdre 

15  leur  saisson,  et  ossi  il  ne  le  voellent  pas  avoir  p^u, 
car,  nous  retourné,  il  dient  que  il  se  paieront,  se  il 
n'ont  certaine  et  courtoise  response  de  par  vous,  autre 
que  il  n'ont  eu  jusques  à  ores.  »  —  c  Oïl,  dist  li  rois, 
vous  leur  dires  que  dedens  quinse  jours  au  plus  tart 

20  je  les  ferai  paiier  et  délivrer  tous  leurs  gages,  jusques 
à  un  petit  denier,  mais  dites  au  conte  de  Gambruge 
que  il  viegne  parler  à  moi.  »  —  c  Sire,  dist  messires 
Guillaumes,  je  le  ferai,  et  vous  dites  bien.  »  Â  ces  oops 
fil  heure  d'aler  disner  :  si  disnèrent  ensamble,  et  les 

25  festia  li  rois  tous  trois  ensamble  et  fist  seoir  à  sa  table, 
et  là  furent  che  jour.  Et  à  l'endemain  il  retournèrent 
devers  leurs  gens.  Sitretos  comme  on  sceut  leur  reve- 
nue, li  chevalier  se  traïssent  devers  eulx,  pour  savoir 
quel  cose  il  avoient  trouvet.  Si  leur  record[èr]ent  la 

30  response  et  la  parole  dou  roi,  et  tant  que  tout  s'en 
contentèrent.  <  Or  regardés,  ce  dist  Soustrée,  se 
rihote  n'a  [à]  le  fois  bien  son  lieu  :  encores  avons  nous 


[4382]  LIVIIB  DEUXIÈMS,  $  257.  191 

avancfaiet  nostre  paiehient  par  estre  un  petit  remo- 
rous;  bien  ait  qui  on  crient.  » 

§  256.  Li  chevalier  tout  troi  aièrent  devers  le  conte 
de  Gambruge  et  li  recordèrent  comment  il  avoient 
exploitiez  et  que  li  rois  le  mandoit.  Li  contes  se  parti    5 
de  Ville  Vesiouse  au  matin,  et  chevaucha  tant  que  il 
vint  à  Lusebonne.  Si  fu  recheus  de  son  fils  et  de  sa  fille 
et  dou  roi  moult  amiablement.  Là  eurent  li  rois  et  ils 
parlement  ensamble  et  certain  acord  et  arest  de  che- 
vauchier.  Si  fist  li  rois  un  mandement  par  tout  son  lo 
roiaulme  à  estre  sus  les  camps,  entre  Ville  Vesiouse  et 
[Olivence],  le  setime  jour  de  jun*  Ghils  mandemens 
s'espandi  parmi  le  roiaulme  de  Portingal  :  si  s'ordon- 
nèrent toutes  gens  d'armes  [de  cheval  et]  à  piet,  pour 
estre  là  à  ce  jour  au  plus  estofféement  comme  cescuns  15 
endroit  de  li  poroit. 

A  la  venue  dou  conte  de  Gambruge  à  Lusebonne  Ai 
délivrés  messires  Jehans  Frenande  de  prison,  sur  lequel 
li  rois  pour  ces  chevauchies  avoit  esté  durement  cou- 
roudii^.  Si  prist  li  contes  congiet  dou  roi ,  et  s'en  20 
retourna  devers  les  compaignons  à  Ville  Vesiouse,  et 
leur  recorda  comment  il  avoit  exploitié  et  que  il  che- 
vaucheroient  temprement.  De  ces  nouvelles  furent  li 
compaignon  tout  resjoï,  et  s'ordonnèrent  à  estre  tout 
prest  sus  cel  estât.  Âssés  tost  apriès  vint  paiemens  et  25 
finance  as  compaignons,  as  cappitaines  premièrement, 
et  tant  fissent  que  tout  se  tinrent  pour  content,  mais 
toudis  se  tint  li  pignons  Saint  Jorge. 

§  257.  Li  rois  dans  Jehans  de  Gastille,  qui  toute  la 
saisson  avoit  fait  son  amas  de  gens  d'armes  qui  li  30 


m  GHRONIQUBS  DB  J.  PR01S8ART.  [1382] 

estoient  venu  dou  roiaulme  de  France,  et  tant  que  il  en 
avoit  bien  deus  mille  lances,  chevaliers  et  escuiers,  et 
quatre  mille  gros  vallès,  sans  ceulx  de  son  pals  dont  fl 
pooit  bien  avoir  dis  mille  hommes  à  dievaux  et  otant 
5  de  geneteurs,  seut  ces  nouvelles,  car  il  estoit  à  Sebille, 
comment  li  rois  de  Portingal  s'ordonnoit  pour  chevau- 
chier.  Si  avisa  pour  plus  honnerablement  user  de  ceste 
guerre,  ou  cas  que  il  se  sentoit  fors  assés  de  gens  et 
de  poissance,  que  il  manderoit  au  roi  de  Portingal  la 

10  bataille  et  que  il  vosist  livrer  pièce  de  tière  en  Portingal , 
pour  combatre  poissance  contre  poissance  ;  et,  se  die 
ne  voloit  faire,  il  li  liveroit  en  Espagne.  Si  en  fu  car- 
giés  de  porter  ces  nouvelles  li  hiraus  dou  roi  ;  et  die- 
vaucha  tant  que  il  vint  à  Lusebonne,  et  là  trouva  le 

15  roi,  et  fist  son  message  bien  et  à  point*  Li  rois  respondi 
et  dist  au  hiraut  que  il  en  aroit  avis  et  temprement 
conseil  laquelle  parchon  il  prenderoit,  et  que  ce  qui 
en  seroit,  il  le  remanderoit  au  roi  d'Espaigne.  Li 
hiraus,  quant  il  eut  fait  sa  semonse  et  il  eut  response, 

20  il  se  départi  dou  roi  en  prendant  congiet,  et  retourna 
à  Sebille.  Là  trouva  il  le  roi  et  les  barons  de  France, 
d*Ârragon  et  de  Gallisse,  qui  Festoient  venu  servir.  Si 
recorda  tout  che  que  il  avoit  ol,  veu  et  trouvé,  et 
tant  que  il  souffi  à  tous. 

25  Depuis  ne  demora  gaires  de  temps  que  li  rois  de 
Portingal  fu  consilliés,  par  Tavis  que  il  eut  des  Englès, 
que  il  liveroit  en  son  païs  place  et  terre  pour  com- 
batre ;  et  furent  ordonné  de  Taler  aviser  où  che  seroit, 
de  par  le  roi,  messires  Thumas  Simons  et  li  soudis 

30  de  l'Estrade,  et  avissèrent  la  place  entre  Elvès  et 
[Badeloce],  bon  lieu  ample  et  plentiveux  pour  bien 
combatre.  Et  vous  di  que  diil  doi  chevalier  et  leurs 


[1382]  LrVBB  DSUXiillK,  §  258.  i93 

routes  furent  escarmuchiet  ^  en  alant  avissant  celle 
place,  des  géniteurs  dou  roi  de  Gastille,  et  i  ot  grant 
hustin  de  mors  et  de  blechiés  d'une  part  et  de  l'autre. 
Toutesfois  il  retournèrent  devers  le  roi  de  Portingal  et 
les  chevaliers,  et  recordèrent  ù  et  comment  il  avoient    5 
aviset  plache  et  le  nommèrent  :  ce  souffi  bien  as  des- 
sus dis.  Adont  fu  ordonnés  uns  dievaliers  alemans  qui 
s*appelloit  messires  Jehans  Tieste  d'or,  de  faire  che 
message,  avec  un  hiraut,  au  roi  d'Espaigne.  Si  se  départi 
li  chevaliers  et  chevaucha  tant  que  il  vint  à  Sebille,  et  lO 
là  trouva  le  roi,  et  fist  son  mesage  et  conta  tout  ce 
que  li  rois  de  Portingal  mandoit,  et  comment  de  grant 
volenté  il  acordoit  la  bataille  et  liveroit  place  entre 
Elvès  et  [Badeloce],  et  là  dedens  dnc  jours,  li  retourné 
à  Lusebonne,  il  trouveroit  le  roi  de  Portingal  logiet  15 
et  toutes  ses  gens,  qui  ne  desiroient  el  que  le  bataille. 
De  ces  nouvelles  furent  li  Espagnol  tout  resjol,  et 
ossi  fiu^ent  li  François,  et  prissent  messires  Tristrans 
de  Roie,  messires  Jehans  de  Berghettes,  messires 
Pières  de  Yelînnes  et  autre  le  chevalier  de  Portingal  20 
entre  eux,  et  le  festiièrent  un  jour  tout  entier  moult 
grandement  à  Sebille  et  li  fissent  toute  la  bonne  com- 
paignie  que  on  poeut  faire  à  chevalier,  et  le  recon- 
voiièrent  jusques  à  Safre,  et  puis  retournèrent  arière 
à  Sebille.  Et  li  chevalier[s]  chevaucha  tant  que  il  vint  25 
devers  le  roi  de  Portingal  et  les  signeurs,  et  recorda 
son  mesage,  enssi  comme  il  l'avoit  fait,  et  le  response 
que  on  li  a  voit  donné.  De  ce  se  contemptèrent  li  rois 
et  li  chevalier» 

§  858.  Depuis  ne  demora  gaires  de  tamps  que  li  rois  30 
de  Portingal  s'en  vint  logier  en  la  place  que  ses  gens 

X  — 13 


494  OHRONIQUSS  DE  J.  FR0I8SART.  [iS8S| 

avoieot  aviset  entre  Ëlvès  et  [Badelooe],  ens  uns  biaus 
plains  desous  les  oliviers,  et  là  amena  le  grigneur 
partie  de  oeulx  de  son  roiaulme,  dont  il  se  pooit 
aidier,  et  estoient  environ  quinse  mille  hommes.  Le 
5  tierch  jour  apriès,  vint  li  contes  de  Gambruge  et  tout 
li  Englès  moult  ordonnéement,  et  estoient  en  compte 
environ  sis  cens  hommes  d'armes  et  otant  d'archiers, 
et  s'en  vinrent  logier  en  che  propre  lieu,  et  prissent 
place  pour  eux,  et  se  severèrent  des  gens  le  roi  et  se 

iO  tinrent  tout  ensamblè. 

Quant  |li  rois  d'Espaigne  sceut  que  li  rois  de  Por- 
tingal  estoit  venus  et  trais  sour  les  camps  où  la  bataille 
devoit  estre,  si  en  fu  par  samblant  moult  liés  et 
dist  :  c  Or  avant!  Nostre  ennemi  nous  atendent;  il 

15  est  heure  que  nous  chevauchons.  Nous  leur  mandâmes 
la  bataille,  il  le  nous  ont  acordé  et  tiennent  la  journée 
selonc  leur  convenant.  Ne  puet  remanoir  que  il  n'i  ait 
besongne  :  traions  nous  tout  de  celle  part.  »  Adont 
furent  segnefiiet  toutes  gens  d'armes  à  leurs  livrées  de 

ÎO  traire  avant,  car  li  rois  voloit  chevauchier.  Si  se  dépar- 
tirent de  leurs  logis  tout  chevalier  et  escuier  et  gens 
d'armes,  Genevois  et  géniteurs,  et  sieuirent  toutes  les 
banières  dou  roi  dam  Jehan  de  Gastille,  qui  s'en  vint 
logier  francement  à  deus  petites  lieues  de  [Badeloce]  et 

25  des  plains  de  Elvès  ;  et  avoit  li  rois  d'Ëspaigne  en  sa 
oompaignie  plus  de  trente  mille  combatans,  parmi  les 
géniteurs  ;  et  estoient  en  toute  somme  soissante  mille 
honunes. 

§  259.  En  cel  estât  se  tinrent  ces  deus  hoos  l'un 
30  devant  l'autre,  et  n'i  avoit  d'entre  deus  que  la  mon- 
tagne de  Badeloce,  qui  est  une  grosse  ville  dou  roi 


[i382]  UVBS  DSUXIÈMB,  §  259.  195 

d'Espagne,  et  là  s'aloient  ses  gens,  quant  il  voloient, 
rafreschir;  et  la  dtté  de  Elvès  siet  d'autre  part,  qui 
est  au  roi  de  Portiogal.  Entre  ces  deus  hoos  et  sus  la 
montaigne  de  Badeloce  avoit  tous  les  jours  fais  d'armes, 
car  li  jone  baceler,  qui  se  desiroient  à  avanchier,    5 
queroient  là  les  armes  et  les  faissoient,  et  escarmu- 
dioient  Tun  à  l'autre,  puis  retoumoient  en  leur  logeïs. 
En  cel  estât  furent  il  quinse  jours  et  plus,  et  ne  fii 
mies  la  de£Giut[eJ  dou  roi  de  Gastille  que  la  bataille 
n'adrechoit,  mais  demoroit  ou  roi  de  Portingal  pour  lo 
tant  que  il  ne  se  veoit  pas  fors  assés  de  combatre  les 
Espaignols  et  resongnoit  le  péril,  car  bien  sentoit  que, 
se  il  estoit  desconfis,  ses  roiaulmes  seroit  perdus.  Et  ' 
toute  la  saison  il  avoit  atendu  le  duc  de  Lancastre  et 
le  grant  confort  d'Engletière,  que  il  esperoit  à  avoir  i5 
quatre  mille  hommes  et  otant  d'archiers,  car  li  contes 
de  Gambruge  en  avoit  certefiiet  le  roi  de  Portingal  et 
ne  pensoit  point  dou  contraire,  car  li  dus  de  Lancastre 
au  départir  li  avoit  juret  par  sa  foi  que,  lui  revenu 
d'Escoce,  il  n'entenderoit  à  autre  cose  si  venroit  en  20 
Portingal  si  fors  que  pour  combatre  le  roi  d'E^aigne. 
Bien  est  vérités  que  li  dus  de  Lancastre,  li  revenu 
d'Escoce,  en  fist  son  plain  pooir  de  remonstrer  toutes 
ces  besongnes  au  roi  et  à  son  conseil,  mais,  pour  le 
tourble  qui  estoit  avenus  en  Engletière  en  celle  melsmes  25 
anée,  et  aussi  pour  aucunes  inddensses  de  Flandres 
qui  apparoient,  dont  li  rois  avoit  besoing  de  avoir  son 
conseil  dalés  lui  et  ses  hommes,  on  ne  consenti  point 
che  voiage  pour  celle  saisson  en  Portingal,  et  démo- 
rèrent  toutes  gens  d'armes  en  Engletière  sans  partir.  30 
Et,  quant  li  rois  de  Portingal  vel  che  et  que  point  ne 
seroit  autrement  confortés  des  Englès  que  il  estoit, 


196  CHRONIQUSS  DB  J.  FR0I8SÀRT.  [1382] 

si  se  ordonna  par  une  autre  voie,  car  li  maistres 
de  Galetrave  et  dans  Piètres  de  Hondesque  et  dan 
Ferant  de  Valesque  et  li  grans  maistres  de  Saint  Jaque, 
avoecques  Tevesque  [d'Esturges]  et  Fevesque  de  Luse- 
5  bonne,  traitoient  de  la  pais  entre  Portingal  et  Espaigne  ; 
et  tant  fu  traitiet,  parlementé  et  aie  que  paix  i  vint, 
ne  onques  li  Englès  n'i  furent  appelle,  dont  li  contes 
de  Gambruge  se  merancoUa  et  euist  volentîers  fait 
guerre  au  roi  de  Portingal  de  ses  gens,  se  il  se  sen- 

10  tesist  fors  assés  sus  le  pals,  mais  nenil.  Et  pour  die 
li  convint  souffrir  ceste  paix,  vosist  ou  non  ;  mais  li 
Englès  dissoient  bien  que  li  rois  de  Portingal  s'estoit 
lubrement  aquités  envers  euls  et  que  tondis  de  com- 
menchement  jusques  en  fin  il  s'estoit  disimullés  as 

15  Espagnos  et  que  onques  n'avoit  eut  volenté  de  euls 
combatre  ;  et  li  rois  de  Portingal  s'escusoit  et  dissoit 
que  la  deffaute  venoit  des  Englès  et  dou  duc  de  Lan- 
castre,  qui  devoit  venir  et  point  n'estoit  venus,  et  que 
pour  celle  fois  il  n'en  pooit  faire  autre  cose. 

20  §  S60.  En  Tost  le  roi  de  Gastille  avoit  un  jone  cheva- 
lier de  France  qui  s'appelloit  Tristran  de  Roie,  liquels 
se  desiroit  grandement  à  avanchier.  Quant  il  vel  que 
pais  seroit  entre  ces  parties  et  que  nulle  besongne  de 
bataille  n'i  aroit,  si  s'avisa  que  il  n'isteroit  pas  d'Es- 

25  paigne  enssi  sans  faire  quelque  cose,  et  envoia  un 
hiraut  de  leur  costé  en  Toost  des  Englès,  en  requérant 
et  priant,  puisque  les  armes  par  bataille  de  ces  rois 
falloient,  que  on  le  vosist  requelUr  de  trois  cours  de 
fier  de  glaves  devant  la  citté  de  Badeloce.  Quant  les 

30  nouvelles  vinrent  en  Toost  des  Englès,  si  en  parlèrent 
li  compaignon  li  un  à  l'autre,  et  dissent  bien  que  il  ne 


[I382J  UVBI  DEUXIÈIIB,  g  260.  497 

defvoit  pas  estre  refasses.  Adont  s'avancha  de  parler 
et  d'acorder  les  armes  uns  jones  escuiers  d'Engletière 
qui  s'appelloit  Milles  de  Windesore,  fils  à  messire 
Guillaume  de  Windesore,  qui  voloit  à  son  honneur  estre 
chevaliers  en  che  voiage,  et  dist  au  hiraut  :  c  Amis,  5 
retournés  devers  vos  maistres,  et  dites  à  messire 
Tristran  de  Roie  que  Milles  de  Windesore  li  mande 
que  demain  devant  la  citté  de  Badelooe,  ensi  qu'il  le 
requiert,  il  Tira  délivrer.  >  Li  hiraus  retourna  et 
reoorda  ces  nouvelles  à  ses  maistres  et  à  messire  Tri»-  io 
tran,  qui  en  fu  tous  resjols. 

Quant  che  vint  au  matin,  Milles  de  Windesore  parti 
de  l'oost  le  conte  de  Gambruge,  et  s'en  vint  vers  Bade- 
loce,  qui  estoit  moult  priés  de  là  (il  n'i  avoit  que  la 
montaigne  à  passer),  bien  acompaigniés  de  ceulx  de  i5 
son  oosté,  de  messire  Mahieu  de  Gournai,  de  messire 
Guillaume  de  Biaucamp,  de  messire  Thomas  Simon, 
de  messire  le  Soudich,  dou  signeur  de  Gastiel  Noef, 
dou  signeur  de  la  Barde  et  des  autres,  et  estoient  bien 
cent  chevaulx  sus  la  place  où  les  armes  dévoient  estre  20 
faites.  Et  estoit  ja  venus  messires  Tristrans  de  Roie, 
bien  acompaigniés  de  Franchois  et  de  Bretons  :  ils  et 
Milles  de  Windesore  savoient  bien  quel  cose  il  dévoient 
faire.  Là  fu  Milles  fais  chevaliers  de  la  main  de  messire 
le  soudidi  de  l'Estrade  pour  le  milleur  chevalier  de  la  25 
place  et  qui  le  plus  avoit  travilliet  et  s'estoit  trouvés 
en  belles  besongnes.  Il  estoient  armés  de  toutes  pièces 
et  avoient  leurs  trois  lances  toutes  prestes  et  leurs 
chevaux  ossi  et  tout  en  plates  selles.  Adont  esperon- 
nèrent  il  l'un  contre  l'autre  et  abaissièrent  les  glaves,  30 
et  se  consieuirent  en  venant  l'un  sus  l'autre  moult 
roidement,  et  rompirent  contre  leurs  poitrines  les 


198  GHR0NIQUS8  DB  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

glaveSy  et  passèrent  oultre  franoement  sans  dieoir. 
Geste  première  jouste  fu  voleotiers  veue  de  tous  ceuk 
qui  là  estoient,  et  prisiet  li  doi  chevalier.  À  la  seconde 
fois  il  recouvrèrent  et  s'entrecon trèrent  de  grant  randon 
5  et  rompirent  leurs  lances,  mais  point  de  damage  ne  se 
portèrent.  Âdont  recouvrèrent  il  la  tierce  lance,  et  se 
consieuirent  enmi  les  escus  si  roidement  que  li  bon  fier 
de  Bourdiaulx  entrèrent  ens  et  les  pe[r]trusièrent  et 
passèrent  le  pièche  d'achier,  les  plates  et  toutes  les 

10  armeures  jusques  en  char,  mais  point  ne  se  blecèrent; 
et  rompirent  les  lances  en  gros  tronçons  et  volèrent 
par  dessus  les  hiaumes.  Geste  jouste  fu  moult  prisie 
des  chevaliers  de  une  part  et  d'autre,  et  adont  prissent 
il  congiet  li  un  à  Tautre  moult  honnerablement,  et  s'en 

15  retournèrent  cascuns  devers  son  lés;  ne  depuis  il  n'i 
ot  riens  fait  d'armes,  car  pais  estoit  entre  les  deus 
roiaulmes,  et  s'en  rallèrent  [li  Ëspaignol]  cascuns  en 
leurs  lieux,  et  li  Portingallois  ossi  en  leur  lieu. 

§  261  •  Enssi  que  vous  poés  oïr  recorder,  sedesrompi 

20  en  celle  saison  ceste  armée  et  asamblée  des  Espagnols, 

des  Englès  et  des  Portingallois.  En  ce  tamps  estoient 

venues  nouvelles  en  l'ost  le  roi  d'Espaiffne,  que  li  rois 

de  Grenade  avoit  guerre  contre  le  roi  de  Barbarie  et  le 

roi  de  Tramesainnes  :  pour  quoi  toutes  gens  d'armes 

25  qui  celle  part  traire  se  vodroient  i  seroient  receu  à 

saulx  et  à  gages,  et  leur  envoioit  li  rois  de  Grenade 

bon  sauf  et  seur  conduit ,  et  leur  faissoit  savoir  par 

leurs  messages  que  eux  venus  en  Grenade  il  leur 

feroit  prest  pour  un  quartier  d'an.  Dont  aucun  cheva- 

30  lier  de  France  qui  se  désiraient  à  avanchier,  tels  que 

messires  Tristrans  de  Roie,  messires  Joffrois  de  Garni, 


[1882J  LIVRS  DKUUÈMK,  g  26i.  199 

fils  au  bon  Joffiroi  de  jadis,  messires  Pières  de  Yeliniies, 
messires  Robers  de  Gleremont  et  pluiseurs  autres 
prissent  congiet  dou  roi  dan  Jehan  de  Gastille,  et  s'en 
allèrent  celle  part  pour  trouver  les  armes.  Et  aussi  i 
ot  aucuns  Englès,  mais  plenté  ne  fîi  ce  pas,  car  li  5 
contes  de  Gambruge  les  ramena  arière  en  Engletière 
et  son  fil  ossi  ;  et  monstroit  que  il  se  departoit  dou  roi 
mal  contemps,  pour  tant  qu'il  ramenoit  son  fil  arière 
en  Engletière,  qui  avoit  espousé  la  fille  dou  roi  de  Por^ 
tingal,  ne  pour  oose  que  lî  rois  seuist  dire  ne  faire,  li  10 
contes  ne  le  volt  point  laissier  derière,  et  dissoit  que 
ses  fils  estoit  trop  jones  pour  demorer  encores  en 
Portingal  et  que  il  ne  poroit  porter  ne  souffrir  Fair 
dou  païs  :  dont  il  en  avint  che  que  je  vous  dirai. 

Environ  un  an  apriès  ce  que  la  pais  fu  faite  entre  15 
Espaigne  et  Portingal  et  li  contes  de  Gambruge  et  ses 
gens  retourné  arière  en  Engletière,  la  femme  dou  roi 
dan  Jehan  de  Gastille  ala  mwir,  qui  estoit  fille  dou 
roi  d'Ârragon  :  enssi  fu  li  rois  d'Espaigne  vesves.  Si 
fu  aviset  et  regardé  de  prelas  et  des  haus  barons  de  20 
Tun  roiaulme  et  de  l'autre,  d'Espaigne  et  de  Portingal, 
que  on  ne  pooit  mieux  ne  plus  hautement  asener 
madame  Betris  de  Portingal  que  au  roi  d'Espaigne, 
et  pour  entretenir  les  roiaulmes  en  pais.  Â  ce  mariage 
s'acorda  legierement  li  rois  de  Portingal,  et  desmaria  25 
sa  fille  dou  fil  dou  conte  de  Gambruge  par  le  dispen* 
sation  dou  pappe,  qui  confrema  ce  mariage.  Enssi  fu 
la  dame  fille  au  roi  de  Portingal  roïne  d'Espaigne,  de 
Galisse  et  de  Gastille,  par  l'ordenance  dessus  dite  ;  et 
en  ot  li  rois  d'Espaigne,  la  première  anée  de  son  30 
mariage,  un  biau  fil,  dont  on  ot  grant  joie. 

Depuis  morut  li  rois  Ferrans  de  Portingal,  mais 


200  CHRONIQUES  DK  J.  FR0IS8ABT.  [iS82] 

pour  ce  ne  vorent  pas  li  Portîngalois  que  li  roiaulmes 
vcDist  [à  sa  fille]  ne  au  roi  d*Espaigne,  ançois  se  bouta 
en  riretage  uns  siens  frères  bastars,  qui  s'apelloit 
dans  Jehans,  maistres  de  Vis.  Ghils  dans  Jehans  estoit 
5  as  armes  vaillans  homs  durement,  et  tousjours  s'estoit 
fais  amer  des  Portingallois  et  tant  que  il  li  monstrèrent, 
car  il  le  couronnèrent  à  roi  et  le  tinrent,  pour  sa  grant 
vaillance,  à  signeur,  pourquoi  grans  guerres  s'esmurent 
depuis  entre  Espaigne  et  Portingal,  sicom  vous  orés 
10  reoorder  avant  en  Tistoire. 

§  9I6SI.  Quant  li  contes  de  Gambruge,  li  Ganonnes  de 
Robersart  et  li  baron  et  chevalier  d'Ëngletière,  qui  en 
che  voiage  de  Portingal  avoient  esté,  forent  retourné 
arière  en  Engletière  et  venu  devers  le  roi  et  le  duc  de 

15  Lancastre,  on  leur  fist  moult  bonne  chière,  che  fo 
raissons,  et  puis  leur  demandèrent  des  nouvelles  :  il 
en  dissent  assés  et  toute  Fordenance  de  leur  guerre. 
Li  dus  de  Lancastre,  auquel  la  besongne  toucfaoit  plus 
c'a  nul  autre  pour  la  cause  dou  calenge  de  Gastille, 

20  car  il  s'en  dissoit  hoirs  de  par  sa  femme  madame 
Gonstance,  qui  fille  fu  jadis  dou  roi  dan  Piètre,  demanda 
à  son  frère  le  conte  moult  avant  des  nouvelles  et  com- 
ment on  s'estoit  démené  en  Portingal.  Li  contes  li 
recorda  comment  il  avoient  esté  à  hoost  l'un  devant 

25  l'autre  plus  de  quinse  jours  tous  entiers,  c  Et  pour  ce, 
biau  frères,  que  on  n'ooit  nulles  nouvelles  de  vous, 
s'acorda  li  rois  de  Portingal  legierement  à  la  pais,  ne 
onques  ne  le  [peusmes]  veir  que  il  se  vosist  asentir  à 
la  bataille,  dont  cil  de  nostre  costé  furent  tout  meran- 

30  colieux,  car  volentiers  il  se  fuissent  aventuré.  Et,  pour 
celi  cause  que  je  n'i  voi  point  de  seur  estât,  je  ai 


[138S]  WfBM  DSUXIÈMI,  1 263.  ÎM 

ramené  mon  fil,  quoique  il  ait  espousé  la  fille  dou  roi 
de  Portingal.  >  Ghe  dist  li  dus  :  c  Je  croi  que  voua 
avéa  eu  cauae,  fora  tant  que  il  poroient,  ae  il  leur 
venoit  à  point,  rompre  che  mariage  et  donner  d'autre 
part  à  leur  plaiaaance.  >  —  c  Par  ma  foi  !  diat  li  contea,  5 
il  en  avi^ne  ce  que  avenir  puet,  maia  je  n'ai  fait  coae 
dont  je  me  doie  ja  repentir.  >  Enaai  finèrent  leura 
parollea  li  dua  de  Lancaatre  et  li  contea  de  Gambruge, 
et  entrèrent  en  autres  matères. 

Nous  nos  soufferons  à  parler  de  eulx  et  de  leur  iO 
guerre,  des  Espaignos  et  des  Portingallois,  et  retour- 
nerons as  besongnes  et  aa  guerres  de  Gand,  dou  conte 
et  dou  pals  de  Flandres,  qui  furent  grandes. 

§  863.  Toute  celle  saison,  depuis  la  deatrution  et 
arsin  de  la  ville  de  Grammont  et  le  département  dou  15 
siège  de  Gand,  qui  ae  desfist  pour  le  courons  que  li 
contes  de  Flandrea  ot  de  son  cousin  le  jone  signeur 
d'Enghien,  qui  fu  ochis  par  enbusque  devant  Gand, 
enaai  comme  il  est  recordé  chi  dessus  en  Fistoire,  ne 
guerriièrent  li  Flament,  chevalier  et  escuier  et  bonnes  20 
villes,  les  Gantois,  fora  que  par  garnisons,  et  estoit 
tous  li  pals  à  rencontre  de  ceulx  de  Gand  pour  le 
conte,  excepté  les  Quatre  Mestiers,  dont  aucunes  dou- 
ceurs venoient  en  la  ville  de  Gand,  et  ossi  faissoient 
de  la  conté  d'Âlos.  Mais  li  contes  de  Flandrea,  quant  il  25 
aceut  que  de  bures,  de  lais  et  de  firoumages,  qui  aloient 
à  Gand  de  la  conté  d'Alos  et  des  villes  voisines,  il 
estoient  rafresqui,  si  i  mist  remède,  car  il  manda  à 
ceux  de  la  gamisson  de  Tenremonde  que  cils  plas  pals 
fiist  tous  ars  et  exilliés.  Ce  fii  fait  à  son  commande-  30 
ment,  et  convint  adont  les  povres  gens,  qui  vivoient 


SOS  CHR0NIQUB8  DB  J.  FROISSART.  [1882] 

de  leurs  bestes  tout  parperdre  et  eaùnr  en  Braibant 
et  en  Hainnau,  et  la  grigneur  partie  mendiier.  Enoores 
demora  uns  pals  pour  eeulx  de  Gand,  qui  s'appelle 
les  Quatre  Mestiers,  car  on  n'i  pooit  avenir  et  toute 

5  la  douceur  que  il  avoient  leur  venoit  de  ce  oosté. 

Tout  cel  ivier,  li  contes  de  Flandres  avoit  si  astrains 

ceulx  de  Gaind  que  nuls  blés  ne  leur  venoient  ne  par 

terre  ne  par  aiguë»  car  il  avoit  tant  exploitié  envers 

ses  cousins,  le  duc  de  Braibant  et  le  duc  Aubert,  que 

iO  leur  pbSb  estoient  clos  à  rencontre  de  ceulx  de  Gaind, 
ne  riens  ne  leur  venoit,  fors  en  larechin  et  en  grant 
péril  pour  ceulx  qui  s*aventuroient  de  mener  vivres. 
Dont  il  estoient  en  Gand  moult  esbahit,  et  dissoient  li 
sage  que  ce  ne  pooit  [longuement  demorer  que  il  ne 

15  fuissent  tout  mort  par  famine,  car  li  grenier  estoient 
ja  tout  vuit  ne  on  n'i  trouvoit  nuls  blés,  et  ne  pooient 
trop  de  peuple  avoir  point  de  pain  pour  leur  argent. 
Et,  quant  li  fournier  avoient  quit,  il  convenoit  garder 
leurs  maissons  à  force  de  gens  :  autrement  li  menus 

20  peuples,  qui  moroient  de  faim,  eussent  effordet  les  lieus. 
Et  estoit  grans  pités  dou  veoir  et  olr  les  povres  gens  ; 
et  proprement  honunes,  fenmies  et  enffiins  bien  nota- 
bles ceoient  en  ce  dangier ,  et  tous  les  jours  en  venoient 
les  plaintes,  li  plour  et  li  cri  à  Phelippe  d'Artevelle, 

25  qui  estoit  leurs  souverains  capitains,  Ûquels  en  avoit 
grant  pité  et  grant  compacion,  et  i  mist  pluiseurs 
bonnes  ordonnances,  dont  il  fu  moult  agraciiés,  car  il 
fist  ouvrir  les  greniers  des  abbeles  et  des  rices  honunes 
et  départir  le  bled  parmi  un  certain  pris  d'argent  et 

30  fuer  que  il  i  fist  mettre.  Che  reconforta  et  mena  moult 
avant  la  ville  de  Gand. 
A  le  fois  leur  venoient  en  larechin  de  Hollandes  et  de 


[1382]  UVBB  DKUXnkMB,  §  263.  203 

ZeOandes  vivres  en  tonniaux,  farines  et  pains  quis, 
qui  nx>ult  les  <*eoonfortoient,  et  eussent  esté  trop  plus 
tos  desoonfit  que  il  ne  fuissent,  se  chela  n'euist  esté  et 
li  reconfors  des  païs  dessus  dis.  Il  estoit  deffendu  en 
Braibant  de  par  le  duc  que  sus  la  teste  on  ne  leur  5 
menast  riens,  mais,  se  il  le  venoient  querre  à  leur 
péril,  on  leur  pooit  bien  vendre  ou  donner.  Dont  il 
avint  ens  ou  quaresme  que  il  furent  en  Gand  à  trop 
grant  destroit,  car  des  vivres  de  quaresme  n'avoient 
il  nuls.  10 

Si  s'en  partirent  en  une  compaignie  bien  douse 
mille  saudoiiers  et  gens  qui  n'avoient  de  quoi  vivre 
et  qui  estoient  ja  tout  taint  et  velu  de  famine,  et  s'en 
vinrent  devers  la  bonne  ville  de  Brouxelles.  On  leur 
cloi  les  portes  au  devant,  car  on  se  doubta  d'eus,  ne  i& 
on  ne  savoit  à  quoi  il  pensoient.  Quant  il  se  trouvè- 
rent en  la  marce  de  Brouxelles,  il  envoiièrent  de  leurs 
gens  tous  desarmés  devant  l'amant  de  Brouxelles  et 
les  jurés,  en  dissant,  pour  Dieu,  que  on  eust  d'eus 
pité  et  que  il  eussent  des  vivres  pour  leur  aident,  car  20 
il  moroient  de  fain  et  ne  voloient  que  tout  bien  au 
pals.  Les  bonnes  gens  de  Brouxelles  en  eurent  pité  et 
leur  portèrent  des  vivres  assés  pour  eulx  passer.  Et 
se  rafiresquirent  là  ou  païs  environ  trois  sepmaines, 
mais  point  n'entroient  ens  es  bonnes  villes,  et  furent  25 
jusques  à  Louvaing,  liquel  [de  Louvaing]  en  eurent 
grant  pité  et  leur  fissent  moult  de  biens.  Et  estoit 
leurs  souverains  cappitains  et  menères  François  Acre- 
men,  qui  les  consilloit  et  faissoit  pour  eux  les  trai- 
tiés  as  bonnes  villes  et  sur  ce  voiage.  Entrues  que  cil  30 
Gantois  séjournèrent  et  se  rafresquirent  en  le  marce  de 
Louvaing,  [s'en]  vinrent  François  Acremen  lui  dou- 


204  GHR0NIQUK8  DB  J.  FROI88ABT.  [138%] 

sime,  en  le  citté  de  Liège,  où  il  se  remonstrèrent  as 
maistres  de  Liège  et  parlèrent  si  bellement  que  cil  de 
Liège  leur  eurent  en  convenant,  et  ossi  eut  li  evesques, 
messires  Ernouls  [de  Homes],  de  envoiier  devers  le 
5  conte  de  Flandres  et  tant  faire  que  il  les  metteroient  à 
paix  devers  lui,  et  leur  dissent  :  c  Se  chils  païs  de  Li^ 
vous  fust  ossi  prochains  de  vi[s]nage  comme  sont  Brai- 
bans  et  Hainnau,  vous  fuissi^  autrement  confortés  de 
nous  que  vous  ne  soiiés;  car  nous  savons  bien  que 

10  tout  ce  que  vous  faittes,  c'est  sus  vostre  boin  droit  et 
pour  garder  vos  frandsses;  et,  nonobstant  tout  ce,  si 
vous  aiderons  nous  et  conforterons  che  que  nous 
porons,  et  volons  que  présentement  vous  le  veés. 
Vous  estes  marcheant,  et  marcandisses  doivent  et 

15  pueent  par  raison  aler  en  tous  païs.  Quelliés  et  levés 
en  che  pals  chi  jusques  à  le  sonune  de  cinc  cens  ou  de 
sis  cens  chars  dmrgiés  de  blés  et  de  farines,  nous  le 
vous  acordons,  mais  que  les  bonnes  gens  dont  les 
pourveances  venront  soient  satisfait.  On  laissera  bien 

20  nos  marcheandisses  passer  parmi  Braibant.  Li  pais  ne 
nous  voelt  nul  mal,  et  ossi  ne  faissons  nous  à  lui  ;  et, 
quoique  Brouxelle  vous  soit  close,  si  savons  nous 
bien  que  c'est  plus  par  constrainte  que  de  vollenté, 
car  de  vos  anois  li  Brouselois  ont  grant  compation  ; 

25  mais  li  dus  de  Braibant  et  la  ducoise,  par  priière  de 
leur  cousin  le  conte  de  Flandres,  s'enclinent  plus  à  lui 
que  à  vous,  et  c'est  raisons,  car  tousjours  sont  li 
signeur  l'un  pour  l'autre.  >  De  ces  ofiEres  et  de  ces 
amours  que  li  Liegois  oflfroient  de  bonne  volenté  as 

30  Gantois  furent  il  tout  resjoï,  çt  les  en  remerchiièrent 
grandement,  et  dissent  bien  que  de  tels  gens  et  de  tels 
amis  avoit  bien  la  ville  de  Gand  à  faire. 


[1382]  LTVBB  DSUXIÈia,  S  264.  205 

§  SI64.  François  Âcreman  et  li  bornais  de^aad, 
qui  estoient  venu  avoeoq  lui  en  la  citté  de  Liège,  quant 
il  eurent  fait  che  pour  quoi  il  estoient  là  venu,  pris- 
sent congiet  as  maistres  de  Liège,  liquel  ordonnèrent 
avoeoq  eux  certains  honunes  pour  der  sour  le  païs,  5 
pour  requellier  chars  et  harnois  ;  et  en  eurent  sus  deus 
jour  six  cens  cars  tous  chei^és  de  blés  et  de  farines, 
car  tels  pourveances  leur  estoient  plus  nécessaires  que 
autres.  Si  se  missent  ces  pourveances  au  chemin,  et 
passèrent  tout  li  char  entre  Louvaing  et  Brouxelles.  iO 
Au  retour  que  François  Âcremen  fist  à  ses  gens  qui 
estoient  sus  le  frontière  de  Louvaing,  il  leur  recorda 
Famour  et  le  courtoisie  que  dl  de  Liège  leur  avoient 
fait  et  offiroient  encores  à  faire,  et  leur  dist  que  il  iroit 
à  Brouxelles  parler  à  la  ducoise  de  Braibant  et  li  i5 
remonsteroit  en  priant,  de  par  la  bonne  viUe  de  Gand, 
que  elle  vosist  descendre  à  ce  que  de  envoiier  devers 
le  conte  de  Flandres,  leur  signeur,  par  quoi  il  peussent 
venir  à  paix.  Il  respondirent  :  c  Dieux  i  ait  part  !  » 
François  se  parti  de  [Ville vort],  et  s'en  vint  à  Brou-  20 
xelle.  Pour  ce  tamps  estoit  li  dus  de  Braibant  pour 
ses  besongnes  en  Lusenbourc.  François,  lui  troisime 
tant  seuUement,  entrèrent  en  Brouxelles,  par  le  congiet 
de  la  ducoise  qui  les  volt  veoir,  et  vinrent  dl  troi  en 
Tostel  de  la  ducoise  à  Cioleberghe.  Là  a  voit  la  ducoise  25 
une  partie  de  son  conseil  dalés  li.  Cil  troi  se  missent 
en  genoulx  devant  la  dame,  et  parla  François  pour 
tous,  et  dist  :  c  Très  honnourée  et  chière  dame,  par 
vostre  grant  humilité,  plaise  vous  à  avoir  pité  et  corn- 
pation  de  ceulx  de  la  ville  de  Gand  qui  ne  pueent  venir  30 
à  merchi  ne  à  paix  deviers  l^ir  signeur,  ne  nuls 
moiens  ne  s'en  ensongnie.  Et  vous,  très  chière  dame, 


206  GHRONIQUSS  DB  J.  FR0I8SART.  [1382] 

se,  par  ud  bon  moiieo,  il  vous  plaissoit  à  mtendre 
par  quoi  nos  sires  li  contes  vosist  descendre  à  raison 
et  avoir  pité  de  ses  gens,  vous  fériés  grant  aumosne, 
et  nos  bons  voisins  et  amis  de  Liège  i  entenderont 
5  volentiers,  là  où  il  vous  i  plaira  à  ensonnier.  >  Dont 
respondi  la  duooise  moult  humblement,  et  dist  que  de 
la  dissention  qui  estoit  entre  son  frère  le  conte  et  eulx 
elle  estoit  courouchie,  et  que  volentiers,  de  grant 
tamps  avoit,  i  eust  mis  atemprance,  se  elle  peuist  ne 

10  seuist.  c  Hais  vous  Tavés  par  tant  de  fois  couroudiié 
et  avés  tant  de  mervilleuses  oppinions  tenu  contre  lui 
que  che  le  soustient  en  son  air.  Nonobstant  tout  ce, 
pour  Dieu  et  pour  pité,  je  m'en  ensonniierai  volen- 
tiers,  et  envoiierai  devers  lui  en  priant  que  il  voelle 

15  venir  à  Tournai  ;  et  là  je  envolerai  de  mon  plus  espe- 
cial  conseil,  et  vous  ferés  tant  ossi  que  vous  ares  le 
conseil  de  Hainnau  avoec  celli  de  Liège,  que  vous  dites 
qui  vous  est  apparilliés.  >  —  c  Oïl,  madame,  che 
respondirent  il,  car  il  le  nous  ont  proumis.  >  —  c  Or 

20  bien,  dist  la  duooise,  et  je  en  esploiterai  tant  que 
vous  vos  en  perceverés.  »  Et  cil  troi  respondirent  : 
c  Madame,  Dieux  le  vous  puist  merir  et  valloir  au 
corps  et  à  Famé  t  »  Adont  prissent  il  congiet  à  la 
ducoise  et  à  son  conseil,  et  se  partirent  de  Brouxelles, 
et  s'en  vinrent  vers  leurs  gens  et  leur  charoi  qui  les 

25  souratendoit.  Si  esploitièrent  tant  que  il  aprodiièrent 
le  bonne  ville  de  Gand. 

§  865.  Quant  les  nouvelles  vinrent  en  la  ville  de 

Gand  que  leurs  gens  retournoient  et  amenoient  plus 

80  de  sis  cens  chars  chargiés  de  pourveances ,  dont  il 

avoient  grant  nécessité,  si  en  furent  moult  resjcMi, 


[1382]  UVn  DSUXIÈMI,  S  <65.  207 

quoi  que  toutes  ces  pourveanoes,  qui  vmoieut  dou  pals 
de  Liège,  n'estoient  pas  fortes  assés  pour  soustenir  la 
ville  de  Gand  quinse  jours,  mais  toutesfois  as  descoo- 
fortés  che  fti  uns  grans  confors.  Et  se  départirent  de 
Gant  trop  grant  fuisson  de  gens  à  manière  et  en  orde-  5 
nanoe  de  pourcession  oonti^  cbe  caroii  et  à  cause  de 
humelité  il  s*engenillèrent  à  rencontre,  et  joindirent 
leurs  mains  vers  les  mardieans  et  les  charetons,  en 
dissant  :  c  Ah  !  bonnes  gens,  vous  faites  grant  aumosne, 
qui  reconfortés  le  povre  menu  peuple  de  Gand,  qui  40 
n'avoient  que  vivre,  se  vous  ne  fuissiés  venus.  Grâces 
et  loenges  à  Dieu  premièrement  et  à  vous  ossi!  > 
Enssi  furent  convoiies  de  pluiseurs  gens  de  la  ville  ces 
pourveances  jusques  ou  marchié  des  venredis,  et  là 
deschergies.  Si  furent  ces  blés  et  ces  farines  par  fuar  i6 
ordonné,  que  on  i  mist,  et  départi  as  plus  diseteurs, 
et  furent  de  eux  cinc  mille  tous  armés  de  la  ville  de 
Gaind  raconvoiié  li  char  jusques  en  Braibant  et  hors 
dou  péril. 

De  toutes  ches  besongnes  et  aflEedres  fu  li  contes  de  20 
Flandres,  qui  se  tenoit  à  Bruges,  enfourmés,  et  com- 
ment chil  de  Gand  estoient  si  astraint  et  si  menet  que 
il  ne  pooient  longhement  durer.  Si  poés  croire  et 
savoir  que  de  leur  povreté  il  n'estoit  mies  courouchiés 
ne  ossi  n'estoient  cil  de  son  conseil,  qui  la  destrution  25 
de  la  ville  de  Gand  veissent  volentiers,  Ghisebrest 
Mahieu  et  si  frère,  et  li  doiiens  des  menus  mestiers  de 
Gand,  et  li  prevos  de  Harlebecque.  Toutes  ces  coses 
avinrent  en  quaresme,  ou  mois  de  march  et  d'apvril 
Tan  mil  trois  cens  quatre  vins  et  un.  Si  ot  li  contes  de  30 
Flandres  pourpos  et  conseil  que  de  venir,  plus  pois» 
sannoent  que  onques  n'euist  en  devant  fait,  mettre  le 


208  GHHONIQUES  DB  J.  FROI88ART.  [1382] 

siège  devant  Gand,  et  se  dissoit  bien  si  tors  que  pour 
entrer  de  poissance  ens  es  Quatre  Mestiers  et  tout 
ardoir  et  destruire,  car  trop  avoient  esté  soustenu  li 
Gantois  de  ce  oosté.  Si  senefia  li  contes  se  intention  et 

5  pourpos  à  toutes  les  bonnes  villes  de  Flandres  que  il 
fuissent  tout  prest,  car,  le  jour  de  le  Pourcession  de 
Bruges  passée,  il  se  departiroit  de  Bruges  et  venroit 
mettre  le  siège  devant  Gand  pour  eux  pardestruire. 
Et  escripsi  devers  tous  chevaliers  et  escuiers  qui  de  li 
tenoient  en  la  conté  de  Hainnau,  que,  dedens  che  jour 

iO  ou  uit  jours  devant,  il  fuissent  devers  lui  à  Bruges. 

§  266.  Nonobstant  ces  semonses,  mandemens  et 
ordeoances  que  li  contes  de  Flandres  faissoit  et  apro- 
prioit,  si  travilloient  madame  la  ducoisse  de  Braibant, 

15  U  evesques  de  Liège  et  li  dus  Aubers  que  une  asam- 
blée  de  leurs  consaulx  sur  traitiés  de  pais  fust  assi- 
gnés et  mis  en  la  citté  de  Tournai.  Li  contes  de  Flan- 
dres, à  la  priière  de  ces  seigneurs  et  de  madame  de 
Braibant,  quoi  que  il  pensoit  bien  à  faire  tout  le  con- 

20  traire,  s'i  acorda  à  estre  pour  ses  raisons  tourner  ea 
droit,  et  furent  cil  parlement  assis  à  la  Glose  Pasque, 
en  la  chité  de  Tournai,  l'an  mil  trois  cens  quatre  vins 
et  deus.  Si  i  vinrent  de  l'evesquiet  de  Liège  des  bonnes 
villes,  jusques  à  douse  hommes  des  plus  notables,  et 

25  messires  Lambers  [d'Oupé] ,  uns  chevaliers  moult  sages . 
Ossi  la  ducoise  de  Braibant  i  envoia  son  conseil  et  des 
bonnes  villes  de  Braibant  des  plus  notables.  Li  dus 
Aubers  i  envoiia  ossi  de  la  conté  de  Hainnau  son  con- 
seil, messire  Simon  de  Lalain,  son  baillieu,  et  des 

30  autres;  et  furent  ces  gens  tout  venu  à  Tournai  très  le 
sepmaine  de  la  Pasque.  Ghil  de  Gand  i  envoiièrent 


[1382]  UVRK  DBUXIÈMS,  §  167.  909 

doose  hommes  des  lem^,  desquels  Phdippes  d'Ârte- 
vdle  fil  tous  diiés;  et  estoient  cil  de  Gand  adcHit  si 
bien  d'aooord  que  pour  tenir  ferme  et  estable  tout  che 
que  chil  douse  rapoito*oient,  excepté  que  nuls  de 
Gand  ne  rechust  mort.  Mais,  se  il  plaissoit  au  conte,  5 
leur  signeur,  que  chil  qui  estoient  demorant  en  la  ville 
outre  sa  volonté  fuissent  pugni  par  ban  [et]  bani  de 
Gand  et  de  la  conté  de  Flandres  à  tousjours  sans  nul 
rappel  ne  espérance  de  ravoir  la  ville  ne  le  pais,  sus 
œl  estât  estoient  il  tout  fondé  ;  et  voloit  bien  Phe-  io 
lippes  d'Artevelle,  se  il  avoit  oourouchié  le  conte, 
quoi  que  moult  petit  einst  esté  encore  en  l'office  de 
estre  cappitaine  de  Gaind,  [estre]  li  uns  de  ceulx  qui 
perderoient  la  ville  et  le  païx,  pour  la  grant  pité  que 
il  avoit  dou  menu  peuple  de  Gand  ;  et  comment,  quant  i5 
il  se  départi  de  Gand  pour  venir  à  Tournai,  hommes, 
femmes  et  enflbns  sus  les  rues  se  jetèrent  en  genoulx 
devant  lui  en  joindant  les  mains  et  em  priant,  à  quel 
mesdiief  que  ce  fust,  que  à  son  retour  il  raportast  la 
pais,  pour  celle  pité  ot  il  si  grant  compasion  que  il  20 
voloit  faire  che  que  je  vous  ai  dit. 

§  S67.  Quant  chil  de  Bràibant,  de  Hainnau  et  de 
Liège,  qui  là  estoient  envoiiet  à  Tournai  en  cause  de 
estre  bons  moiiens,  eurent  séjourné  en  la  citté  de 
Tournai  trois  jours,  en  atendant  le  conte  qui  point  ne  25 
venoit  ne  apparant  n'estoit  de  venir,  si  en  furent  tout 
esmervilliet,  et  eurent  conseil  et  accord  Tun  par  l'autre 
que  il  envoiieroient  à  Bruges  devers  li,  enssi  comme 
il  fissent;  et  i  envoiièrent  messire  Lambiert  [d'Oupé], 
et  de  Bràibant  le  seigneur  de  Grupelant,  et  de  Hainnau  30 
messire  Guillaume  de  Herimés  et  sis  bourgois  des  trois 


%iO  GHRONIQUSS  DE  J.  FR0I8SART.  [1382] 

pals.  Quant  li  oontes  de  Flandres  \eï  ces  dievaliers, 
il  les  festoîa  par  raisson  aasés  bien»  et  leur  respondi 
que  il  n*estoit  point  aissiés  tant  que  à  présent  de  venir 
à  Tournai,  mais,  pour  la  cause  de  che  que  il  s'estoient 
5  travilliet  de  venir  à  Bruges  et  pour  Tonneur  de  leurs 
signeurs  et  dame,  madame  de  Braibant,  sa  suer,  le 
duc  Aubert,  son  cousin,  et  Tevesque  de  Liège,  il 
envoieroit  à  Tournai  par  son  conseil  hastéement  res- 
ponse  finable  et  ce  qu'il  en  avoit  en  pourpos  de  faire. 

40  Ghil  troi  chevalier  ne  cil  bourgois  n'en  peurent  avoir 
autre  cose.  Si  retournèrent  à  Tournai,  et  recordèrent 
ce  que  il  avoient  oï  dou  conte  et  trouvé. 

Siis  jours  apriès  vinrent  là  à  Tournai  de  par  le  ocxite 
li  sires  de  Ramseflies,  li  sires  de  Grutus,  messires 

15  Jehans  Yillains  et  li  prevos  de  Harld>èque.  Cil  esou- 
sèrent  le  conte  envers  les  consaulx  des  trois  païs  de 
che  que  point  n'estoit  venus  ne  ne  venoit,  et  puis  dis- 
sent et  remonstrèrent  se  intention  que  cil  de  Gand  ne 
pooient  venir  à  pais  envers  lui,  se  tout  li  homme 

20  generaulment  de  Gand,  dessus  l'eage  de  quinse  ans 
jusques  à  soissante  ans,  ne  wuidoient  tout  de  la  ville 
et  tout  nu  chief  et  en  pur  leurs  chemises,  les  bars  ou 
col;  et  enssi  venroient  entre  Bruges  et  Gand  où  li 
contes  les  atenderoit,  et  là  feroit  de  eulx  sa  pure 

25  volonté  dou  mourir  ou  dou  pardonner.  Quant  ceste 
response  fu  faite  et  la  connissance  en  fu  venue  à  ceulx 
de  Gand  par  le  relation  faite  de  ceulx  des  consaulx 
des  trois  pals,  il  furent  plus  esbabi  que  onques  mais. 
Âdont  leur  dist  li  baiUieux  de  Hainnau  :  c  Biau 

30  signeur,  vous  estes  tout  en  grant  péril,  et  cascuns  de  li 
méifsmes.  Si  aiiés  avis  sur  ce,  car  ce  que  li  contes  nous 
a  daraine[ment]  estroitement  segnefiiet,  nous  le  vous 


[4382]  LIVAK  DSUXliMB,  §  268.  214 

ferons  plamement  aoertefiier,  et,  quant  vous  vos  serés 
mis  plainement  par  che  parti  en  sa  volenté,  il  ne  fera 
pas  morir  tous  ceux  que  il  vera  en  sa  présence,  mais 
aucuns  qui  l'ont  plus  courouchié  que  li  autre  ;  et  i  ara 
tant  de  bons  moiiens,  avoec  pité  qtii  s*i  metera,  que,  5 
espoir,  cQ  qui  se  quideront  ou  péril  et  ou  dangier  de 
la  mort,  venront  à  merchi.  ^  prendés  ceste  ofire 
avant  que  vous  le  refussés,  car,  quant  vous  Tarés 
refussé,  espoir,  n'i  pores  vous  retoume[r].  »  — * 
€  Sire,  respondi  Phelippes  d'Ârtevelle,  nous  ne  sommes  40 
pas  chargiet  si  avant  que  les  bonnes  gens  de  la  ville 
de  Gand  mettre  en  ce  parti,  ne  ja  ne  le  ferons  ;  et,  se 
li  autre  qui  sont  en  Gand,  nous  revenu  vers  eux  et 
remonstré  le  pourpos  de  Monsigneur,  [le  voellent],  ja 
pour  nous  ne  demo[r]ra  que  il  ne  se  face.  Si  vous  15 
remercions  grandement  de  la  bonne  diligence  et  dou 
grant  traveil  que  vous  avés  eu  en  ce  pourcas.  >  Adont 
prissent  dl  congiet  as  chevaliers  et  as  bourgois  des 
bonnes  villes  des  trois  pals,  et  monstrèrent  bien  par 
samblant  que  il  n'acorderoient  pas  ce  darainier  pour^  20 
pos  ne  traitiet.  Si  vinrent  Phelippes  d'Ârtevelle  et  si 
oompaignon  à  leurs  hostels,  et  paiièrent  partout,  et  s'en 
retournèrent  par  Ât  en  Braibant  à  Gand. 

§  268.  Enssi  se  départi  icils  parlemens  fais  et  assam^ 
blés  en  istance  de  bien  à  Tournai,  et  retournèrent  25 
cascuns  en  son  lieu.  Encores  a  li  contes  de  Flandres  à 
demander  quel  cose  cil  de  Gand  avoient  respondu  ;  si 
petit  les  amiroit  ne  prisoit  il,  ne  pour  riens  adont  il  ne 
vosist  nul  traitiet  de  paix,  car  bien  savoit  que  il  les 
avoit  si  avant  menés  que  il  ne  pooient  plus  et  que  80 
nullement  il  ne  pooit  [demorer]  que  temprement  il 


tiî  GHR0NIQUK8  DB  J.  FR0I8SART.  [1382] 

n'euist  fin  de  guerre  honnerable  pour  lui,  et  metlermt 
Gand  en  tel  parti  que  toutes  autres  villes  se  exem- 
plieroient. 
En  ce  temps  se  révélèrent  enoores  ceulx  de  Paris 
5  pour  tant  que  li  rois  de  France  ne  venoit  point  à  Paris, 
mais  aloit  tout  à  Tenviron  prendre  ses  esbatemens, 
sans  entrer  en  Paris.  Si  se  doubtèrent  que  de  nuit  par 
gens  d'armes  il  ne  feïst  enforchier  Paris  et  courir  la 
citté  et  faire  morir  lesquels  que  il  voroit;  et,  pour  la 

10  doutance  de  ce  péril  et  de  ceste  aventure,  dont  il 
n'estoient  pas  bien  asseuré,  il  faissoient  dedens  Paris 
toutes  les  nuis  par  rues  et  par  quarfors  grans  gais  et 
levoient  toutes  les  quaisnes,  adfin  que  on  ne  peuist 
chevauchier  ne  aler  à  piet  entre  eux  ;  et,  se  nuls  estoit 

15  trouvés  puis  le  son  de  noef  heures,  se  il  n'estoit  de 
leur  connissance  ou  de  leurs  gens,  il  estoit  mors.  Et 
estoient,  en  la  citté  de  Paris,  de  rices  et  poissans 
hommes  armet  de  piet  en  cap,  la  sonune  de  trente 
mille  hommes,  ossi  bien  ar[re]és  et  apariUiés  de  toutes 

20  pièces  comme  nuls  chevaliers  poroit  estre,  et  avoient 
leurs  variés  et  leurs  maisnies  armés  à  l'avenant,  et 
avoient  et  portoient  maillés  de  fier  et  d'achier,  peril- 
leus  bastons  pour  effondrer  hiaumes  et  bachinès;  et 
dissoient  en  Paris,  quant  il  se  nombroient,  que  il 

25  estoient  bien  gens,  et  se  trouvoient  par  paroces,  tant 
que  pour  combatre  de  eux  melsmes,  sans  autre  aide, 
le  plus  grant  signeur  dou  monde.  Si  appelloit  on  ces 
gens  les  routiers  et  les  maillés  de  Paris. 

§  269.  Quant  Phelippes  d'Ârtevelle  et  si  oompai* 

30  gnon  rentrèrent  en  Gand,  moult  grant  fuisson  de  menu 

peuple  qui  ne  desiroit  que  paix  furent  moult  resjol 


[138S]  LIVRE  DEUXIAmb,  §  Î69.  213 

de  leur  veoue,  et  quidoieot  oïr  bonnes  nouvelles.  Si 
vinrent  à  rencontre  de  li,  et  ne  se  peurent  astenir  que 
il  ne  li  demandaissent,  en  dissant  :  <  À  !  obiers  sires 
Pbelippes,  resjoïssiés  nous.  Dittes  nous  comment  vous 
avés  exploitié.  »  Â  ces  paroUes  et  demandes  ne  res-  5 
pondoit  point  Pbelippes,  mais  passoit  oultre  et  bai- 
soit  la  teste  ;  et  plus  se  taissoit,  et  plus  le  sieuoient  et 
le  pressoient  d'olr  nouvelles.  Une  fois  ou  deus,  en 
alant  jusques  à  son  bostel,  il  leur  respondi  et  leur  dist  : 
c  Retournés  à  vostres  hostels  maishui,  Dieux  nous  iO 
aidera;  et  demain,  à  noef  beures,  venés  ou  marcbiet 
des  devenres  ;  là  orés  vous  toutes  nouvelles.  »  Autre 
response  n'en  peurent  il  avoir  ;  et  vous  di  que  toutes 
manières  de  gens  estoient  moult  esbabi.  Quant  Pbe- 
lippes  d'Artevelle  fu  descendus  à  son  bostel,  et  cil  qui  15 
à  Tournai  avoient  estet  avoec  li  râlé  as  leurs,  Piètres 
dou  Bos,  qui  desiroit  à  oïr  nouvelles,  s'en  vint  à  l'os- 
tel  Pbelippe  et  s'enclol  en  une  cambre  avoecques  lui, 
et  li  demanda  des  nouvelles  et  comment  il  avoit  exploi- 
tié. Pbelippes  li  dist,  qui  riens  ne  li  volt  celler  :  c  Par  20 
ma  foi.  Piètres,  à  ce  que  messires  de  Flandres  a  res- 
pondu  par  ceulx  de  son  conseil  que  il  a  envoiiet  à 
Tournai,  il  ne  prendera  en  la  ville  de  Gand  nullui  à 
merdu,  non  plus  l'un  que  l'autre,  i  —  c  Par  ma  foi! 
dist  Piètres  dou  Bos,  il  a  droit  et  est  bien  consilliés  de  25 
tenir  ce  pourpos  et  de  enssi  respondre,  car  tout  i  sont 
participant  otant  bien  li  un  que  li  autre.  Or  sui  je 
venus  à  me  entente  et  à  celle  de  mon  bon  maistre 
Jeban  Lion  qui  fu,  car  la  ville  est  si  entoueillie  que  on 
ne  le  scet  par  [quel]  coron  destouellier.  Or  nous  faut  30 
prendre  le  frain  as  dens  ;  or  vera  on  les  sages  et  les 
bardis.  En  dedens  briefs  jours,  la  ville  de  Gand  sera 


214  CHRONIQUES  DM  h  FR0I8SABT.  [1382] 

la  plus  honnourée  ville  des  crestiiens  ou  li  plus  abatue. 
  tout  le  mains,  se  nous  moroqs  en  ceste  querellei 
ne  aiorons  nous  pas  seuU.  Or  penssés  anuit,  Phelippe, 
oominent  vous  leur  puissiés  demain  faire  relation  de 

5  che  parlement  qui  a  esté  à  Tournai,  par  telle  manière 
que  toutes  gens  se  contentent  de  vous,  car  vous  estes 
grandement  en  la  grâce  de  tout  le  peuple  par  deus 
voies  :  li  une  si  est  pour  la  cause  dou  non  que  vous 
portés,  car  moult  amèrent  jadis  en  ceste  ville  Jaque- 

10  mart  d'Ârtevelle,  vostre  père  ;  et  li  autre  est  que  vous 
les  aparlés  doucement  et  sagement,  sicom  il  le  dient 
communalment  parmi  la  ville  ;  pour  quoi  il  vous  cre- 
ront,  pour  vivre  et  pour  mourir,  de  tout  che  que 
vous  leur  remonsterés  et  que  en  fin  de  conseil  vous 

15  leur  dires  :  <  Pour  le  milleur,  je  feroie  enssi.  i  Pour 
tant  vous  faut  il  que  vous  aiiés  bon  avis  et  seur  de 
remonstrer  parolle  où  vous  aiiés  honneur  au  tenir.  > 
—  c  Piètres,  dist  Phelippes,  vous  dites  vérité,  et  je 
pensse  tellement  à  parler  et  à  remonstrer  les  besongnes 

20  de  Gand  que  entre  nous,  qui  en  sommes  gouvreneur 
à  présent  et  cappitainnes,  i  morons  ou  viverons  à 
honneur.  >  Il  n'i  eut  pour  celle  nuit  plus  dit  ne  fait, 
mais  prissent  congiet  Tun  à  l'autre.  Piètres  dou  Bos 
retourna  à  son  hostel,  et  Phelippes  d*Artevdle  demora 

25  ou  sien. 

§  S70.  Vous  devés  savoir  et  croire  veritablemait  que, 
quant  chils  jours  désirés  fu  venus  que  Phelippes  d'Ar^ 
tevelles  deut  generallement  recorder  les  nouvelles 
telles  que  raportées  avoit  dou  parlement  de  Tour- 
30  nai,  toutes  gens  de  la  ville  de  Gaind  se  tralssent  ou 
marchiet  des  devenres;  et  fu  par  un  merquedi  au 


[1382]  UVBX  DBUXIÈICB,  §  270.  245 

matio.  Dou  peuple  qui  là  estoit  asamblés,  fu  li  mar^ 
chiés  tous  plains.  Droit  à  noef  heures,  Pheiippes  d' Ar- 
tevelle.  Piètres  dou  Bos,  Piètres  le  Viotre,  François 
Acreman  et  les  cappitaines  vinrent  :  si  entrèrent  en 
la  halle  et  montèrent  amont.  Âd<Hit  se  amonstra  Phe-  5 
lippes  as  phenestres,  qui  conunendia  à  parler  et  dist  : 
€  Bonne  gent  de  Cent,  il  est  bien  vmrs  que,  à  la  priière 
et  traitié  de  très  honnourée,  haute  et  noble  dame 
madame  de  Braibant  et  de  nos  chiers  et  nobles  signeurs 
monsigneur  le  duc  Âubert,  bail  de  Hainnau,  de  Hol-  iO 
lande  et  de  Zellande,  et  de  monsignair  Tevesque  de 
liège,  uns  parlemens  fut  assignés  et  aoordés  à  estre  à 
Tournai  les  jours  passés  ;  et  là  devoit  estre  personnel- 
lement nos  sires,  monsigneur  de  Flandres,  et  Tavoit 
acertefiiet  as  dessus  dis,  liquel  s'en  sont  grandement  15 
aquité,  car  il  ont  là  envoiiet  notablement  de  leur 
plus  espedaulx  consauU,  dievaliers  et  bourgois  des 
bonnes  villes,  eux,  et  nous  de  par  la  ville  de  Gaind. 
Nous  et  eux  fumes  là  et  avons  esté  tous  les  jours,  aten- 
dans  monsigneur  de  Flandres,  qui  point  n'i  est  appa-  20 
rus  ne  venus.  Et  quant  on  veï  que  point  n'i  apparoit 
ne  venoit  ne  n'envoioit,  troi  chevalier  des  trois  païs  et 
sis  bourgois  des  bonnes  villes  se  travillèrent  tant  pour 
l'amour  de  nous  que  il  allèrent  à  Bruges,  et  là  trou- 
vèrent Monsigneur  qui  leur  fist  bonne  chière,  sicom  il  25 
dient,  et  les  oï  volentiers  parler.  U  respondi  à  leur 
paroUe,  et  dist  que,  pour  l'onneur  de  leurs  signeurs 
et  de  sa  belle  suer,  madame  de  Braibant,  U  envoieroit 
de  son  conseil  à  Tournai,  dedens  dnc  jours  ou  sis,  si 
bien  fondé  de  par  lui  que  cil  diroient  et  remonsteroient  30 
plainement  se  intention  et  ce  que  arestéement  il  en 
feroit.  Il  ne  peurent  avoir  autre  response  :  bien  leur 


216  GHR0NIQUK8  DE  J.  FR0U8ART.  [1382] 

souffi,  il  retournèrent.  Oa  jour  que  messires  i  assigna, 
vinrent  à  Tournai  de  par  lui  li  sires  de  Ramseflies,  li 
sires  de  Grutus,  messires  Jehans  Yillains  et  li  prevos 
de  Harlebecque.  Ghil  remonstrèrent  moult  bellement  la 
5  volenté  [de  Monsigneur]  et  le  certain  arrest  de  oeste 
guerre  comment  pais  i  puet  estre  entre  Monsigneur  et 
la  ville  de  Gand.  il  voelt,  et  determinéement  il  dist  que 
autre  cose  il  n'en  fera,  que  tout  honune  de  la  ville  de 
Gand,  excepté  les  prelas  d'église  et  les  religieux,  dessus 

10  Teage  de  quinse  ans  et  desouls  l'eage  de  soissante  ans, 
soient  tout  nu  en  leur  lingnes  draps,  nus  chiefs  et  [nus] 
pies,  et,  les  bars  ou  col,  partent  et  vuident  de  la  ville  de 
Gand  et  voissent  jusque  à  Douze  et  oultre  eus  es  plains 
de  Burlesquans  ;  et  là  sera  mesires  de  Flandres  et  ceuls 

15  que  il  li  plaira  à  amener.  Et,  quant  il  nous  vera  en  ce 
parti  tout  en  genoulx  et  mains  jointes  crians  merdii, 
il  ara  pité  et  compasion  de  nous,  se  il  li  plaist  ;  mais 
je  ne  puis  pas  veoir  ne  entendre  par  le  relation  de 
son  conseil  que  il  n'en  conviengne  morir  honteusse- 

20  ment,  par  pugnition  de  justice  et  de  prisons,  la  gri- 
gneur  partie  dou  peuple  qui  là  sera  venu  en  ce  jour.  Or 
regardés  se  vous  voilés  venir  à  pais  par  ce  parti.  > 

Quant  Phelippes  ot  parlé,  ce  fut  grans  pités  de  veoir 
hommes,  femmes  et  enffiints  plorer  et  tordre  leurs 

25  poins  pour  l'amour  de  leurs  maris,  de  leurs  pères,  de 
leurs  voisins,  de  leurs  frères.  Après  ce  tourment  de 
noisse,  Philippes  reprist  la  paroUe  et  dist  :  c  Or  paix  ! 
paix  !  >  Et  on  se  teut  tout,  sitretos  comme  il  recom- 
mencha  à  parler  et  dist  :  c  Bonnes  gens  de  Gand, 

30  vous  estes  en  ceste  place  la  grigneur  partie  dou  peuple 
de  Gand  chi  assamblé.  [Si]  avés  oï  che  que  jou  ai  dit  : 
[si]  n'i  voi  autre  remède  ne  pourveance  nulle  que  brief 


[1382]  UVRI  DKUXIÉlfB,  S  270.  247 

conseil,  car  vous  savés  comment  nous  sonomes  menet 
et  astraînt  de  vivres;  et  il  i  a  tels  trente  mille  testes 
en  ceste  viUe  qui  ne  mengièrent  de  pain,  passet  a 
quinse  jours  :  [si]  nous  faut  faire  des  trois  coses  Tune. 
La  première  si  est  que  nous  nos  encloons  en  ceste  ville  5 
et  entièrons  toutes  nos  portes,  et  nous  confessons  à 
nos  loiaux  pooirs  et  nous  boutons  en  églises  et  en 
moustiers,  et  là  morons  confès  et  repentans,  comme 
gens  martirs  de  qui  on  ne  voelt  avoir  nulle  pité.  En 
cel  estât,  Dieux  ara  merchi  de  nous  et  de  nos  âmes,  10 
et  dira  on,  partout  où  les  nouvelles  en  seront  oïes  et 
sceues,  que  nous  sommes  mort  vaiUanment  et  conmie 
loial  gent.  Ou  nous  nos  mettons  tout  en  tel  parti  que 
hommes,  fenmies  et  enfians  alons  criier  merchi,  les 
hars  ou  col,  nus  pies  et  [nus]  chiefs,  à  monsigneur  de  15 
Flandres  :  il  n'a  pas  le  coer  si  dur  ne  si  oscur  que, 
quant  il  nous  vera  en  cel  estât,  que  il  ne  se  doie 
humelier  et  amoliier  et  de  son  povre  peuple  il  ne  doie 
avoir  merchi  ;  et  je  tous  premiers,  pour  li  oster  de  sa 
felonnie,  présenterai  ma  teste  et  voel  bien  morir  pour  20 
l'amour  de  ceulx  de  Gand.  Ou  nous  nos  eslissons  en 
ceste  ville  cinc  ou  sis  mille  hommes  les  plus  aidables  et 
les  Doieux  armés,  et  Talons  quérir  hastéement  à  Bruges 
et  ri  combatre.  Se  nous  sommes  mort  en  che  voiage, 
die  sera  honnerablement,  et  ara  Dieux  pité  de  nous  25 
et  li  mondes  ossi  ;  et  dira  on  que  loiaument  et  vaiUan- 
ment nous  avons  soustenu  et  parmaintenu  nostre 
querelle.  Et,  se  en  celle  bataille  Dieux  a  pité  de  nous, 
qui  anchiennement  mist  poissance  en  le  main  de 
Judith,  ensi  [que]  nos  pères  le  nous  recordent,  qui  30 
ochist  Olifernès  qui  estoit  desous  Nabugodonosor  dus 
et  maistres  de  sa  chevalerie,  par  quoi  li  Asseriien 


218  0HRONIQUB8  DE  J.  FROISSART.  [i382] 

fiirent  desoonfit,  nous  serons  li  plus  honnourés  peu- 
ples qui  ait  resgné  puis  les  Roumaios.  Or  regardés 
laquelle  des  trois  coses  vous  voilés  tenir,  car  Tune 
faut  il  faire.  » 
5  Âdoot  respondireot  cal  qui  plus  prochain  de  lui 
estoient  et  qui  le  mieux  sa  paroUe  oï  avoient  :  c  Ha! 
chiers  sirçs,  nous  avons  tout  en  Gant  grant  fiance  en 
vous  que  vous  nous  consillerés  :  si  nous  dites  lequel 
nous  ferons.  »  —  c  Par  ma  foi!  respondi  Phelippes, 

10  je  conseille  que  nous  alons  tout  à  main  année  devers 
Honsigneur.  Nous  le  trouverons  à  Bruges,  et,  lorsque 
il  sara  nostre  venue,  il  istera  contre  nous  et  nous  oom- 
batera,  car  li  orgoes  de  ceux  de  Bruges,  qui  nous  het, 
est  avoec  lui  ;  et  cil  qui  nuit  et  jour  Tenfourment  sur 

15  nous  li  consilleront  de  nous  combatre.  Se  Dieux 
ordonne  par  sa  grâce  que  la  place  nous  demeure  et 
que  nous  desconfissons  nos  ennemis,  nous  serons 
recouvré  à  tousjours  mais  et  les  plus  honnerées  gens 
dou  monde  ;  et,  se  nous  sommes  desconfî,  nous  morons 

20  honnerablement,  et  ara  Dieux  pité  de  nous.  Et  parmi 
tant  li  demorans  de  Gand  se  passera,  et  en  ara  mer- 
chi  li  contes  nos  sires.  > 

À  ces  paroUes  respondirent  il  tout  de  une  vois  : 
c  Et  nous  le  volons,  ne  autrement  nous  ne  finerons.  > 

25  Lors  respondi  Phelippes  :  c  Or,  [beaulx]  signeur, 
puisque  vous  estes  en  celle  volenté,  or  retournés  en 
vos  maissons,  et  apparilliés  vos  armeures,  car  demain 
dou  jour  je  voel  que  nous  partons  de  Gand,  et  en  alons 
vers  Bruges,  car  li  sejoumers  icfai  ne  nous  est  point 

30  pourfîtables.  Dedens  cinc  jours,  nous  sarons  se  nous 
viverons  à  honneur  ou  nous  morons  à  dangier,  et  je 
envoiierai  les  connestables  des  parosces  de  maison  en 


fim]  UVU  DKUXlÈlfl,  s  27!.  219 

maiscMi  pour  prendre  et  ealire  à  eues  les  plus  aidables 
et  les  mieux  armés.  > 

§  871 .  Sus  cel  estât  se  départirent  en  la  ville  de 
Gand  toutes  gens  qui  à  ce  parlement  avoit  estet  don 
marchiet  des  devenres,  et  retournèrent  en  leurs  mai-    5 
sons  ;  et  se  appariilièrent,  cascuns  endroit  de  li,  de  oe 
que  à  lui  appertenoit,  et  tinrent  che  merquedi  leur 
ville  si  close  que  onques  homs  ne  fenrnie  n'i  entra  ne 
n'en  issi  jusques  au  joedi  à  heure  de  relevée,  que  cil 
furent  tout  prest  qui  partir  dévoient.  Et  furent  envi-  iO 
ron  cinc  mille  hommes  et  non  plus,  et  cargièrent  envi- 
ron deus  cens  chars  de  canons  et  d'artellerie,  et  set 
chars  seuUement  de  pourveances,  cinc  chars  chergiés 
de  pain  quit  et  deus  chars  de  vins;  et  tout  partout 
n'en  i  avoit  que  deus  tonniaulx,  ne  riens  n'en  demoroit  iô 
en  la  ville.  Or  r^ardés  comment  il  estoient  astraint  et 
menet.  Au  département  et  au  prendre  congiet,  che 
estcMt  une  pités  de  venir  ceulx  qui  demoroient  et  ceuls 
qui  s'en  aloient,  et  dissoient  li  demorant  :  c  Bonnes 
gens,  vous  veés  bien  à  vostre  département  que  vous  20 
laissiés  derrière.  N'aiiés  nulle  espérance  de  retourner, 
se  ce  n'est  à  vostre  honneur,  car  vous  ne  trouve- 
riés  riens,  et,  sitos  que  nous  orons  nouvelles  se 
vous  estes  mort  et  desoonfi,  nous  bouterons  le  feu  en 
la  ville,  et  nous  destruirons  nous  meïsmes,  ensi  que  25 
gens  désespérés.  »  Ghil  qui  s'en  aloient  dissoient,  en 
iaulx  reconfortant  :  c  De  tout  che  que  vous  dites,  vous 
parlés  bien.  Priiés  pour  nous  à  Dieu  :  nous  avons 
espoir  que  il  nous  aidera  et  vous  ossi  avant  nostre 
retour.  »  Enssi  se  départirent  cil  dnc  mille  hommes  de  30 
Gand  et  leurs  petites  pourveances;  et  s'en  vinrent  ce 


220  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

joedi  lo^er  et  jesir  à  une  heure  et  demie  de  Gand,  et 
n'amenrirent  de  riens  leurs  pourveances,  mais  se  pas- 
sèrent de  ce  que  il  trouvèrent  sus  le  païs.  Le  venredi 
tout  le  jour  il  ch[e]  minèrent,  et  encores  n'atouchièrent 

5  il  de  riens  à  leurs  pourveances,  et  trouvèrent  li  foura- 
geur  sus  le  pais  aucunes  coses,  dont  il  passerait  le 
jour  ;  et  vinrent  che  venredi  logier  à  une  grande  lieue 
de  Bruges,  et  là  s'arestèrent,  et  prisent  place  à  leur 
avis  et  pour  atendre  leurs  ennemis,  et  avoient  au  de- 

10  vant  d'eus  un  grant  plachiet  plain  d'aighe  dormant. 
De  che  lés  là  se  fortefiièrent  il  à  Tune  des  pars,  et  à 
Tautre  lés  de  leur  charroi,  et  passèrent  enssi  la  nuit. 

§972.  Quant  che  vint  le  samedi  au  matin,  il  fist  moult 
bel  et  moult  cler,  car  che  fu  le  jour  Sainte  Ëlaine  et 

15  le  tierch  jour  dou  mois  de  mai.  Et  che  propre  jour 
siet  la  feste  et  le  pourcession  de  Bruges,  et  à  che  jour 
avoit  plus  de  peuple  en  Bruges  estragniers  et  autres, 
pour  la  cause  de  la  solempnité  de  la  feste  et  pourcession, 
que  il  n'eust  en  toute  Fanée.  Nouvelles  avolèrent  à 

20  Bruges  en  dissant  :  c  Vous  ne  savés  quoi  ?  Li  Gantois 
sont  venu  à  nostre  pourcession.  »  Dont  veissiés  en 
Bruges  grant  murmure  et  gens  resvillier  et  aler  de 
rue  [en  rue]  et  dire  l'un  à  l'autre  :  <  Et  quel  cose  aten- 
dons  nous  que  ne  les  alons  nous  combatre?  »  Quant 

25  li  contes  de  Flandres,  qui  se  tenoit  en  son  hostel,  en 
fu  enfourmés,  [si]  li  vint  à  grant  mervelle,  et  dist:  c  Velà 
folle  gent  et  outrageus  !  La  maie  mescance  les  cache 
bien.  De  toute  le  compaignie  jamais  pies  n'en  retour- 
nera. Or  arons  nous  maintenant  fin  de  guerre.  >  Âdont 

30  oï  li  contes  sa  messe;  et  toudis  venoient  dievalier  de 
Flandres,  de  Hainnau  et  d'Artois,  qui  le  servoient. 


* 

[1382]  UVBB  DEUXIÈME,  $  272.  22i 

devers  U,  pour  savoir  quel  oose  il  voroît  faire.  Eossi 
comme  il  venoient,  il  les  requelioit  bellement,  et  leur 
dissoit  :  c  Nous  irons  combatre  ces  mesceans  gens; 
encores  sont  il  vaillant,  disoit  li  contes  :  il  ont  plus 
diier  à  morir  par  espée  que  par  famine.  >  5 

Àdont  fil  consilliet  que  on  envoiieroit  trois  bonomes 
d'armes  chevaucheurs  sour  les  camps,  pour  aviser  le 
convenant  de  ceux  de  Gand  et  comment  il  se  tenoient 
ne  quelle  ordonnance  il  avoient.  Si  furent  dou  mares- 
dbal  de  Flandres  ordonné  troi  vaillant  homme  d'armes  10 
escuier,  pour  les  aler  aviser  :  Lambert  de  Lambres, 
Damas  de  Bussi  [et]  Jehans  du  [Beart]  ;  et  partirent 
tout  troi  de  Bruges  et  prissent  les  camps,  montés  sus 
fleurs  de  coursiers,  et  chevauchièrent  vers  les  ennemis. 
Entrues  que  chil  troi  fissent  che  dont  il  estoient  car-  15 
giet,  [s'ordonnèrent]  en  Bruges  toutes  manières  de 
gens  en  très  grant  volenté  que  pour  issir  et  venir 
combatre  les  Gantois,  desquels  je  parlerai  un  petit  et 
de  leur  ordenance. 

Che  samedi  au  matin,  Phelippes  d'Ârtevelle  ordonna  20 
que  toutes  gens  se  meïssent  envers  Dieu  en  dévotion, 
et  que  messes  fuissent  en  pluiseurs  lieux  cantées,  car 
il  avoient  là  en  leur  compaignie  des  Frères  Religieux, 
et  que  ossi  cascuns  se  confessast  et  adrechast  à  son 
loial  pooir  et  [mesist]  en  estât  deu,  enssi  que  gens  25 
qui  atendoient  la  grâce  et  la  mesericorde  de  Dieu.  Tout 
die  fil  fait  :  on  célébra  en  Tost  en  set  lieux  messes,  et 
à  cascune  messe  ot  sermon,  liquel  sermon  durèrent 
plus  de  heure  et  demie.  Et  là  leur  fu  remonstré  par  ces 
clers.  Frères  Meneurs  et  autres,  comment  il  se  figu-  30 
roient  au  peuple  d'Israël  que  li  rois  Faraon  d'Egipte  tint 
lonc  tamps  en  servitude,  et  conmient  depuis,  par  la 


S2S  GHRONIQUBS  DB  J.  FROISSART.  [IStt] 

graoe  de  Diea,  il  en  forent  delivret  et  menet  en  tère 
de  promision  par  Moïse  et  Aaron,  et  li  rois  Pharaon 
et  li  Egiptiien  mort  et  péri,  c  Enssi^  bonnes  gens, 
dissoient  chil  Frère  Preceur  en  leurs  sermons,  estes 

5  vous  tenu  en  servitude  par  vostre  signeur  le  conte  et 
vos  voisins  de  Bruges,  devant  laquelle  ville  vous  estes 
venu  et  arresté,  et  serés  oombatu,  il  n'est  mie  doobte, 
car  vostre  ennemi  en  sont  en  grant  volenté,  qui  petit 
émirent  vostre  poissance.  Mais  ne  regardés  pas  à  cela, 

10  car  Dieux,  qui  tout  puet,  tout  set  et  tout  congnoist,  ara 
roerchi  de  vous  ;  et  ne  penssés  point  à  cose  que  vous 
aiiés  laissiet  derière,  car  vous  savés  bien  que  il  n'i  a 
nul  recouvrier  ne  restorier,  se  vous  estes  desc(»ifi« 
Vendes  vous  vàillanment,  et  inorés,  se  morir  con- 

iS  vient,  honnerablement,  et  ne  vous  esbahissiés  point, 
se  grans  peuples  ist  de  Bruges  contre  vous;  car 
la  victoire  n'est  pas  ou  [grant]  peuple,  mais  là  où 
Dieux  l'envoie  et  maint  par  sa  grâce  ;  et  trop  de  fois 
on  a  veu,  par  les  Macabiiens  ou  par  les  Roumains,  que 

20  li  petis  peuples  de  boine  volenté  et  qui  se  confioit 
en  la  grâce  de  Nostre  Signeur,  desconfissoit  le  grant 
peuple.  Et  en  ceste  querelle  vous  avés  bon  droit  et 
juste  cause  par  trop  de  raisons  :  si  en  devés  estre  plus 
hardi  et  mieux  conforté*  >  De  telles  paroUes  et  de 

25  pluiseurs  autres  furent  [par]  les  Frères  Preceurs  die 
samedi  au  matin  li  Gantois  prechiet  et  remonstré,  dont 
moult  il  se  contentèrent  ;  et  se  acumeniièrent  les  troi 
pars  des  gens  de  l'oost,  et  se  missent  tout  en  grant 
dévotion,  et  monstrèrent  tout  grant  cremeur  avoir  à 

30  Dieu. 

§  S73.  Âppriès  ces  messes,  tout  se  missent  ensamUe 


[13821  UVBS  DSUXIÈlfS,  §  273*  223 

en  un  mont,  et  là  monta  Phelippes  d'Ârtevelle  sur  un 
dbar  pour  li  monstrer  à  tous  et  pour  estre  mieos  ois* 
Et  là  parla  de  grant  sentement,  et  leur  remonstra  de 
point  en  point  le  droit  que  il  penssoient  à  avoir  en  ceste 
querdle,  et  comment  par  trop  de  fois  la  ville  de  6and  5 
avcMent  requis  et  priiet  merci  envers  leur  signeur  le 
conte,  et  point  n'i  avoient  peut  venir  sans  trop  grant 
confusion  et  damage  de  ceulx  de  Gand.  Or  estoirat  il 
si  avant  trait  et  venut  que  reculler  il  ne  pooient,  et 
aussi  au  retourner,  tout  considéré,  riens  il  ne  gaigne»  10 
roient,  car  nulle  cose  derière  fors  que  povreté  et 
tristrèce  laissiet  il  n'avoient.  [Si]  ne  devoit  nuls  pens- 
ser  après  Gand  ne  à  femme  ne  [enfans  que  il  eusist, 
fors  que  tant  faire  que  li  honneurs  fiist  leur.  Pluseurs 
belles  parolles  leur  remonstra  Phelippes,  car  bien  fut  15 
enlangaigiés  et  moût  bien  sçavoit  parler,  et  bien  lui 
avenoit,  et,  sur  la  fin  de  sa  parole,  il  leur  dist  : 
€  Biaulx  seigneurs,  vous  veés  devant  vous  toutes  vos 
pourveances  ;  si  les  vuelliés  bellement  départir  Fun  à 
l'autre,  ensi  que  fibres,  sans  faire  nuls  outraiges,  car,  20 
quant  elles  seront  passées,  il  vous  fault  conquérir  des 
nouvelles,  se  vous  voulés  vivre.  » 

A  ces  paroles  se  ordonnèrent  il  moût  humblement, 
et  furent  les  chars  deschargiés  et  les  sachiées  de  pain 
données  et  départies  par  connestablies  et  li  tonnel  de  25 
vin  tourné  sus  le  fons.  Là  desjennèrent  il  de  pain  et 
de  vin  raisonnablement  et  en  heurent  pour  Teure 
chascuns  assés,  et  se  trouvèrent  après  le  desjunner 
fors  et  en  bon  point  et  plus  aidables  et  mieux  aidant 
de  leurs  membres  que  se  il  eussent  plus  mengié.  30 
Quant  [ce]  (fisner  fii  passés,  il  se  misent  en  ordon* 
nance  de  bataille  et  se  catirent  entre  leurs  ribaudiaux. 


224  GHR0NIQUS8  DB  J.  FROI88ART.  [4382] 

Ces  ribaudiaux  sont  brouettes  haulies,  bendées  de  fer, 
à  longs  picos  de  fer  devant  en  la  pointe,  [qu*îl]  font  par 
usage  mener  et  brouetter  avoec  eubc  ;  et  puis  les  arrou- 
tèrent  devant  leurs  batailles,  et  là  dedans  s'[en- 
5  cloïrent].  En  cel  estât  les  veirent  et  trouverait  les 
trois  chevaucheurs  dou  conte,  qui  i  furent  envoiié 
pour  aviser  leur  convenant,  car  il  les  approchièrent 
de  si  près  que  jusques  à  l'entrer  en  leurs  ribaudiaux, 
ne  oncques  les  Gantois  ne  s*en  esmeurent,  et  mons- 
iO  trèrent  par  samblant  que  il  feussent  tout  resjoui  de 
leur  venue. 

§  874.  Or  retournèrent  diil  coureux  à  Bruges  devers 
le  conte,  et  le  trouvèrent  en  son  hostel  à  grant  fuison 
de  chevaliers  qui  là  estoient,  qui  attendoient  leur 

15  revenue  pour  olr  nouvelles.  Il  rompirent  la  presse  et 
vinrent  jusques  au  conte,  et  puis  parlèrent  tout  hault, 
car  li  contes  volt  que  il  fussent  ol  des  circonstans  qui 
là  estoient,  et  remonstrèrent  comment  il  avoient  cl^- 
vauchié  si  avant  que  jusques  ou  trait  des  Gantois,  se 

20  trairent  volsissent,  mais  tout  paisiblement  il  les  avoient 
laissié  approuchier,  et  comment  il  avoient  veu  leurs 
banières  et  comment  il  s'estoient  repeus  et  quatis 
entre  leurs  ribaudiaux.  c  Et  quel  quantité  de  gens, 
dist  li  contes,  puent  il  estre  par  advis?  »  Geulx  res- 

25  pondirent,  selon  leur  advis  au  plus  justement  qu*il 
peurent,  que  il  estoient  de  cinc  à  sis  mille.  Âdont  dist 
li  contes  :  c  Or  tost,  faittes  apparillier  toutes  gens  ;  je 
les  vueil  aller  combatre,  ne  jamais  dou  jour  ne  parti- 
ront sans  estre  combatu.  >  Â  ces  paroUes  sonnèrent 

30  trompettes  parmi  Bruges,  et  s'armèrent  toutes  gens 
et  se  assemblèrent  sur  le  mardiié.  Et  ensi  oonmie  il 


[1382]  UYBM  BBUXIÈMK,  g  274.  225 

veDoient,  il  se  traioient  tous  et  mettoient  dessoubs  les 
banières,  ensi  que  par  ordonnance  et  oonnestablies  il 
ayoient  eu  de  usaige.  Pardevant  Tostel  dou  conte  se 
assembloient  barons,  chevaliers  et  gens  d'armes.  Quant 
tous  furent  apparilliés,  li  contes  vint  ou  mardié  et  veï  5 
grant  fiiisson  de  peuple  rengié  et  ordonné,  dont  il  se 
resjol  :  adont  commenda  il  à  traire  sus  les  champs. 
[A  son  commandement  nuls  ne  desobeï,  mais  se  dépar- 
tirent tous  de  la  place  et  se  mistrent  au  chemin  par 
ordonnance  et  se  tralrent  sus  les  diamps],  et  gens  iO 
d*armes  après. 

Au  vuider  de  la  ville  de  Bruges,  ce  estoit  grant  plai- 
sance dou  veoir,  car  bien  estoient  quarante  mil  testes 
armées.  Et  ensi  tout  ordonnéement  à  cheval  et  à  pies 
il  s'en  vinrent  assésprès  dou  lieu  où  li  Gantois  estoient,  15 
et  là  se  arrestèrent.  A  celle  heure,  quant  li  contes  de 
Flandres  et  ses  gens  vinrent,  il  estoit  haulte  remontée 
et  le  souleil  s'en  alloit  tous  jus.  Bien  estoit  qui  disoit 
au  conte  :  <  Sires,  vous  voies  vos  ennemis;  il  ne 
sont  au  regard  de  nous  que  une  pungnée  de  gens.  Il  20 
ne  puent  fuir;  ne  les  combatons  meshui.  Attendes 
jusques  à  demain  que  le  jour  venra  sur  nous  ;  si  ver- 
rons mieux  quel  chose  nous  devrons  faire  et  se  seront 
plus  affoiblis,  car  il  n'ont  riens  que  mangier.  >  Li 
contes  s'acordoit  assés  à  ce  conseil,  et  eust  voulentiers  25 
veu  que  on  eust  ensi  fait,  mais  chil  de  Bruges  par 
grant  orgueil  estoient  si  chaulx  et  si  hastifs  de  eulx 
combatre  que  il  ne  vouloient  nullement  attendre,  et 
disoient  que  tantost  les  aroient  desconfis,  et  puis 
retoumeroient  en  leur  ville.  Nonobstant  ordonnance  30 
de  gens  d'armes,  car  li  contes  en  avoit  là  grant  fuison, 
plus  de  uit  cens  lances,  chevaliers  et  escuiers,  ceulx 

X- 15 


226  CHRONIQUES  DS  J.  FROISSART.  [13M] 

de  Bruges  approchèrent  et  conuneocèreot  à  traire  éL 
à  jetter  de  canons.  Adont  ceulx  de  Gand  se  misent 
tous  en  ung  mont  et  se  recueillirent  tous  ensamble  et 
fisent  tous  à  une  fois  desclicquer  plus  de  trois  cens 
5  canons,  et  tournèrent  autour  de  ce  plasquier,  et  misent 
ceulx  de  Bruges  le  souleil  en  Tueil,  qui  moût  les  greva, 
et  entrèrent  dens  eulx  en  escriant  :  c  Gand  !  >  Sitost 
que  ceulx  de  Bruges  oïrent  la  voix  de  ceulx  de  Gand 
et  les  canons  desclicquer,  et  que  il  les  veïrent  venir 

10  de  front  sur  eulx  et  assaillir  asprement,  craune  las- 
ches  gens  et  plains  de  mauvais  convenant,  il  se  ouvri- 
rent tous  et  laissièrent  les  Gantois  entrer  dens  eulx 
sans  deffence,  et  jettèrent  leurs  bastons  jus,  et  tour- 
nèrent le  dos. 

15  Les  Ganthois,  qui  estoient  fors  et  serrés  et  qui 
congneurent  bien  que  leurs  ennemis  estoient  desconfis, 
commencèrent  à  abatre  devant  eubc  à  deux  costés  et 
à  tuer  gens,  et  tousjours  aller  devant  eubc,  sans  point 
desrouter,  le  bom  pas,  et  crier  :  c  Gand  !  Gand  !  »  et 

20  à  dire  entr*eux  :  c  Avant  !  avant  !  suivons  chaudement 
nos  ennemis,  il  sont  desconfîs,  et  entrons  en  Bruges 
avoecq  eulx.  Dieu  nous  a  ce  soir  regardés  en  pitié.  > 
Et  ensi  fisent  il  tous.  Il  poursuivirent  ceulx  de  Bruges 
asprement,  et,  là  où  il  les  raconsuivoient,  il  les  aba- 

25  toient  et  occisoient,  ou  sus  eulx  il  passoient,  car  point 
il  n'arrestoient  ne  de  leur  chemin  il  n'issoient  ;  et  ceulx 
de  Bruges,  ensi  que  gens  mors  et  desconfits,  fuioient. 
Si  vous  di  que  en  celle  chace  il  en  i  ot  moût  de  mors 
et  de  desconfits  et  d'abatus,  car  entr'eux  point  de  def- 

30  fence  il  n'avoient,  ne  onques  si  meschans  gens  que 
ceulx  de  Bruges  ne  furent  ne  qui  plus  recreanment  ne 
laschement  se  maintinrent  scelon  le  grant  bobant  que 


[1382]  LmUB  DKUXiilIB,  g  275.  227 

au  yexàr  sus  les  champs  fait  il  avoient.  Et  veulent  li 
aucun  dire  et  supposer  par  imagination  que  il  i  avoit 
traison,  et  les  autres  disent  que  non  heut,  fors  povre 
defence  et  infortunité  qui  cheï  sur  eulx. 

§  SI75.  Quant  li  contes  de  Flandres  et  les  gens    5 
d'armes  qui  estoient  sus  les  champs  veïrent  le  povre 
arroi  de  ceulx  de  Bruges  et  comment  d'eulx  meismes 
il  estoient  desconfi  ne  point  de  recouvrer  il  n'i  veoient, 
car  chascuns  qui  mieux  mieux  fuioient  devant  les  Gan- 
tois, si  furent  eshahis  et  eshidé  de  eulx  meïsmes,  et  se  lO 
conunencèrent  ossi  à  desrouter  et  à  saulver  et  à  fuir 
Tun  sa  et  Tautre  là.  Il  est  bien  vrai  que,  se  il  eussent 
point  veu  de  bon  convenant  ne  d'arrest  de  retour  à 
ceulx  de  Bruges  sur  ceulx  de  Gand,  il  eussent  bien  fait 
aucun  fait  d'armes  et  ensonniet  les  Gantois,  par  quoi,  15 
espoir,  il  se  fussent  recouvrés  ;  mais  nennil,  il  n'en  i 
veoient  point,  mais  s'enfuioient  chascuns  qui  mieux 
mieux  vers  Bruges,  ne  le  fils  n'attendoit  mie  le  père 
ne  le  père  le  fils.  Âdont  se  desroutèrent  ossi  ces  gens 
d'armes  et  ne  tinrent  point  d'arroi,  et  n'eurent  li  plu-  20 
seurs  talant  de  traire  vers  Bruges,  car  la  foule  et  la 
presse  estoit  si  très  grande  sus  les  champs  et  sur  le 
dionin  en  venant  à  Bruges  que  c'estoit  grant  hideur 
à  veoir  et  de  oïr  les  navrés  et  les  blechiés  plaindre  et 
crier,  et  les  Gantois  aux  talons  de  ceulx  de  Bruges  25 
crier  :  c  Gand!  Gand!  >  et  abatre  gens  et  passer 
oultre  sans  arrester.  Ces  gens  d'armes  le  plus  ne  se 
fussent  jamais  boutés  en  ce  péril.  MeXsmement  li  contes 
fu  conseilliés  de  retraire  vers  Bruges  et  de  entrer 
premiers  en  la  porte,  et  de  faire  garder  la  porte  ou  30 
clorre,  par  quoi  les  Gantois  ne  l'esforchassent  et  feus- 


228  CHRONIQUES  DE  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

sent  seigneurs  de  Bruges.  Li  contes  de  Flandres,  qui 
ne  veoit  point  de  recouvrer  de  ses  gens  sus  les  champs 
et  que  chascuns  fuioit  et  que  ja  estoit  toute  noire  nuit, 
creï  ce  conseil  et  tint  ce  chemin  et  fist  sa  banière  che- 
5  vaucher  devant  lui,  et  chevaucha  tant  qu'il  vint  dedans 
Bruges,  et  entra  en  la  porte  auques  des  premiers, 
espoir,  lui  quarantime,  ne  plus  ne  se  trouva  il.  Âdont 
ordonna  il  ses  gens  pour  garder  la  porte  et  pour 
dorre,  se  les  Gantois  venoient,  et  puis  chevaucha  li 
10  contes  vers  son  hostel  et  envoia  par  toute  la  ville  gens, 
et  [Bst]  commandement  que  chascuns  sus  la  teste  perdre 
se  traisist  vers  le  marché.  L'intention  don  conte  estoit 
telle  de  recouvrer  la  ville  par  ce  parti,  mais  non  fist, 
sicomme  je  vous  recorderai. 

15  §  876.  Entretemps  que  li  contes  estoit  en  son  hos- 
tel et  que  il  envoioit  les  clers  des  doiens  des  mestiers 
de  rue  en  rue,  pour  traire  sur  le  marché  et  [recouvrer] 
la  ville,  li  Gantois  qui  entrèrent  en  la  ville  de  Bruges  en 
poursuivant  asprement  leurs  ennemis,  le  premier  che- 

20  min  qu'i  fisent  sans  tourner  chà  ne  là,  il  s'en  allèrent 
tout  droit  sus  le  marchié,  et  là  se  rengièrent  et  arres- 
tèrent.  Messires  Robert  Mareschaux,  ung  chevalier  dou 
conte,  avoit  esté  envoie  à  la  porte  pour  sçavoir  com- 
ment on  s'i  maintenoit,  entretemps  que  li  contes  fai- 

25  soit  son  commandement  qui  cuidoit  recouvrer  la  ville, 
mais  il  trouva  que  la  porte  estoit  volée  hors  des  gons 
et  que  li  Gantois  en  estoient  maistre  ;  et  proprement  il 
trouva  de  ceulx  de  Bruges  qui  lui  disent  :  c  Robert, 
Robert,  retournés  et  vous  sauvés,  car  la  viUe  est  con- 

30  quise  de  ceux  de  Gand.  >  Âdont  retourna  li  chevaliers 
au  plus  tost  qu'il  peut  devers  le  conte,  qui  se  partoit 


[1382]  UVRB  DEUXIAmS,  |  276.  229 

de  son  hostel  tout  à  cheval  et  grant  fuison  de  falots 
devant  lui,  et  s'en  venoit  sus  le  marchié.  Si  lui  dist  ce 
chevalier  ces  nouvelles.  Nonobstant,  li  contes,  qui  vou- 
loit  tout  recouvrer,  s'en  vint  vers  le  marchié  ;  et,  ensi 
comme  il  i  entroit  à  grant  fuison  de  falots,  en  escriant  :  5 
c  Flandres  au  lion  au  conte  !  »  oeulx  qui  estoient  à 
son  frain  et  devant  lui  regardèrent  et  veirent  que  la 
place  estoit  toute  chargée  de  Gantois  ;  si  lui  disent  : 
c  Monsigneur,  pour  Dieu,  retournés.  Se  vous  aies  plus 
avant,  vous  estes  mors,  ou  pris  de  vos  ennemis  au  lo 
mieux  venir,  car  il  sont  tous  rengiés  sus  le  marchié  et 
vous  attendent.  >  Et  ceulx  lui  disoient  vérité,  car  li 
Gantois  disoient  ja,  si  trestost  comme  il  le  veïrent 
naistre  d'une  ruelle  :  c  Yeci  Monsigneur,  ved  le 
conte  !  Il  vient  entre  nos  mains.  »  Et  avoit  dit  Phelipes  is 
d'Artevelle  et  fait  dire  de  renc  en  renc  :  c  Se  li  contes 
vient  sus  nous,  gardés  bien  que  nuls  ne  lui  face  mal, 
car  nous  l'enmenrons  vif  et  en  sancté  à  Gand,  et  là 
arons  nous  paix  à  nostre  voulenté.  >  Li  contes,  qui 
venoit  et  qui  cuidoit  tout  recouvrer,  encontra,  assés  20 
près  de  la  place  où  li  Gantois  estoient  tous  rengiés, 
de  ses  gens  qui  lui  disent  :  €  Ha  !  Monsigneur,  pour 
Dieu,  n'aies  plus  avant,  car  li  Gantois  sont  sei- 
gneurs dou  marchié  et  de  la  ville  ;  et,  se  vous  entrés 
ou  marchié,  vous  estes  mort;  et  encores  en  estes  25 
vous  en  aventure,  car  ja  vont  grant  fuison  de  Gan- 
tois de  rue  en  rue,  querant  leurs  ennemis,  et  ont 
mesmemçnt  assés  de  oeulx  de  Bruges,  qui  les  mènent 
quérir  d'ostel  en  hostel  ceulx  qu'i  veullent  avoir; 
et  estes  [tous]  ensooniés  de  vous  sauver,  ne  par  30 
nulles  des  portes  de  Bruges  ne  vous  poués  [issir  ne 
partir  que  vous  ne  soies  ou  mors  ou  pris,  car]  li  Gan- 


280  GHR0NIQUB8  DB  J.  FR0I8SART.  [!382] 

tois  en  sont  seigneur,  ne  à  vostre  hostel  ne  poués 
vous  retourner,  oar  il  i  vont  une  grant  route  de  Gan- 
tois. » 
Quant  le  conte  entendi  ces  nouvelles,  si  lui  forent 
5  très  dures,  et  bien  i  ot  raison,  et  se  commença  gran- 
dement à  eshider  et  à  imaginer  le  péril  où  il  se  veoit, 
et  creut  conseil  de  non  aler  plus  avant  et  de  lui  saut- 
ver,  se  il  pouoit.  Et  fo  tantost  de  lui  meïsmes  consdl- 
liés  :  il  fist  estaindre  tous  les  falots  qui  là  estoient,  et  dist 

iO  à  ceulx  qui  dalés  lui  estoient  :  c  Je  voi  bien  quUl  n*i  a 
point  de  recouvrer.  Je  donne  congiet  à  tout  homme, 
et  cbascuns  se  saulve  qui  puet  ou  scet.  >  Ensi  comme 
il  ordonna,  il  fo  fait;  les  falots  furent  estaints  et  gettés 
dedans  le[s]  russiaux,  et  tantost  s'espardirent  et  demu- 

15  chièrent  ceulx  qui  là  estoient.  Si  se  tourna  li  contes  en 
une  ruelle,  et  là  se  iBst  desarmer  par  ung  sien  varlet 
et  jetter  toutes  ses  armeures  aval,  et  vesti  la  hoppe- 
lande  de  son  varlet,  et  puis  li  dist  :  c  Va  t'an  ton  die- 
min,  et  te  saulve,  se  tu  pues.  Aies  bonne  bouche  :  se 

20  tu  eschiés  es  mains  de  mes  ennemis  et  on  te  demande 
de  moi,  garde  bien  que  tu  n'en  dies  riens.  >  —  c  Mon- 
signeur,  respondi  chil,  pour  mourir  ossi  ne  ferai  je.  > 
Ensi  demora  li  contes  de  Flandres  tout  seul,  et  pouoit 
bien  adont  dire  que  il  se  trouvoit  en  grant  aventure, 

25  car,  à  celle  heure,  [se]  par  aucune  infortunité,  il  fust 
escheus  ens  es  mains  des  routes  qui  aval  Bruges 
estoient  et  alloient  et  qui  les  maisons  serchoient  et  les 
amis  dou  conte  ocdsoient  ou  ens  ou  marchié  les  ame- 
noient,  et  là  tantost  devant  Phelippe  d'Ârtevelle  et  les 

30  cappitaines  il  estoient  mort  et  esservelé,  sans  nul  moien 
ou  remède  il  eust  esté  mort.  Si  fo  Dieu  proprement 
pour  lui,  quant  de  ce  péril  il  le  délivra  et  saulva,  car 


[1382]  LIVUE  DEUXIAmS,  §  277.  231 

onques  en  si  grant  péril  en  devant  n'avoît  esté  ne  ne 
fil  depuis,  siccunme  je  vous  recorderai  présentement. 

§  S77.  Tant  se  demucha,  à  ioelle  heure,  environ  mie- 
nuit  ou  ung  peu  oultre,  li  contes  de  Flandres  par  rues 
et  par  ruelles  que  il  le  convint  entrer  de  nécessité,    5 
autrement  il  eust  esté  trouvé  et  pris  des  routiers  de 
Gand  et  de  Bruges  ossi  qui  parmi  la  ville  aloient,  en 
Tostel  d'une  pouvre  femme.  Ce  n'estoit  pas  hostel  de 
seigneur,  de  sales,  de  cambres  ne  de  manandries, 
mais  une  povre  maisonnette  enfumée,  ossi  noire  que  lo 
arremens  de  fumiere  de  tourbes,  et  n'i  avoit  en  celle 
maison  fors  le  bouge  devant  et  une  povre  tente  de 
vièle  toille  enfumée  pour  esconser  le  feu,  et  pardessus 
un  povre  solier  ouquel  on  montoit  à  une  eschelle  de 
set  eschellons.  En  ce  solier  avoit  un  povre  litteron  où  15 
li  povre  enfant  de  la  femmelette  gisoient. 

Quant  li  contes  fut,  tout  seul  et  tout  esbahi,  entré  en 
celle  maison,  il  dist  à  la  femme,  qui  estoit  toute 
e£Breé[e]  :  c  Femme,  sauve  moi!  Je  suis  tes  sires  le 
conte  de  Flandres,  mais  maintenant  il  me  fault  repourre  20 
et  mussier,  car  mes  ennemis  me  chassent,  et  dou  bien 
que  tu  me  feras  je  t'en  donrai  bon  guerdon.  >  La  povre 
femme  le  recongoeut  assés-,  car  elle  avoit  esté  plusieurs 
fois  à  l'aumosne  à  sa  porte  :  si  Tavoit  veu  aller  et 
venir,  ensi  que  ungs  sires  va  en  ses  déduis,  et  fu  tan^  25 
tost  avisée  de  respondre,  dont  Dieu  aida  au  conte,  car 
elle  n'eust  peu  si  petit  detrier  que  on  eust  trouvé  le 
conte  devant  le  feu  parlant  à  elle  :  €  Sire,  montés 
amont  en  mon  solier,  et  vous  bout[és]  dessoubs  un  lit 
où  mes  enfans  dorment.  >  Il  le  fist,  et  entretemps  la  30 
femme  se  essonia  en  son  hostel  entour  le  feu  et  à  ung 


232  GHRONIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [4382] 

autre  petit  enfaDt  qui  gisoit  en  uog  repos.  Li  contes  de 
Flandres  entra  en  ce  solier  et  se  bouta,  au  plus  belle- 
ment et  souef  que  il  pot,  entre  la  coûte  et  Testrain  de 
ce  povre  Hteron  ;  et  là  se  quati  et  fist  le  petit  :  faire  li 

5  convenoit. 

Evous  ces  routiers  de  Gand  qui  routoieot,  qui 
entrent  en  la  maison  celle  povre  femme,  et  avoient,  ce 
disoient  aucuns  de  leur  route,  veu  un  homme  entrer 
ens.  Il  trouvèrent  celle  povre  femme  séant  à  son  feu, 

10  qui  tenoit  son  enfant.  Tantost  il  lui  demandèrent  : 
c  Femme,  où  est  uns  homs  que  nous  avons  veu  entrer 
seans  et  puis  reclorrc  Fuis?  >  —  c  Et,  par  ma  foi, 
dist  elle,  je  n'i  vel  de  celle  nuit  entrer  honmie  céans  ; 
mais  j'en  issi,  n'a  pas  granment,  et  jettai  hors  un  pou 

15  d'eaue,  et  puis  recloï  mon  huis.  Ne  je  ne  le  sçaroie  où 
mussier  ;  vous  veés  toutes  les  aisemences  de  oeans  ; 
velà  mon  lit,  là  sus  gisent  mes  enfans.  >  Adont  prist 
li  uns  une  chandelle,  et  monta  amont  sus  l'eschellette 
et  bouta  sa  teste  ou  solier,  et  n'i  vel  autre  chose  que 

20  le  povre  litteron  des  enfans  qui  dormoient.  Si  regarda 
il  bien  partout  hault  et  bas.  Âdont  dist  il  à  ses  com- 
paignons  :  c  Âlons  !  alons  !  nous  perdons  le  plus  pour 
le  mains.  La  povre  [femme  si]  dist  voir  :  il  n'i  a  ame 
ceaps  fors  elle  et  ses  enfans.  >  Â  ces  parolles  issirent 

25  il  hors  de  Thostel  de  la  femme  et  s'en  allèrent  router 
autre  part.  Onques  puis  nuls  n'i  rentra  qui  mal  i 
voulsist. 

Toutesfois  ces  paroles  avoit  oïes  li  contes  de  Flan- 
dres, qui  estoit  couchés  et  catis  en  ce  povre  litteron« 

30  Si  poués  bien  imaginer  que  il  fu  adont  en  grant  effroi 
de  sa  vie.  Quel  chose  pouoit  il  là,  Dieux,  penser  ne 
imaginer?  Quant  au  matin,  il  pouoit  bien  dire  :  c  Je 


[!382]  LITRB  DEUXIÈMB,  §  278.  233 

suis  li  uns  des  grans  princes  dou  monde  des  cres* 
tiens,  »  et  la  nuit  ensuivant  il  se  trouvoit  en  telle  peti- 
tesse, il  pouoit  bien  dire  et  imaginer  que  les  fortunes 
de  ce  monde  ne  sont  pas  trop  estables.  Encores  grant 
heur  pour  lui,  quant  il  s'en  pouoit  issir  saulve  sa  vie.  5 
Toutesfois  ceste  périlleuse  et  dure  aventure  lui  devoit 
bien  estre  ung  grant  mirouer  et  doit  estre  toute 
sa  vie. 

Nous  lairrons  le  conte  de  Flandres  en  ce  parti,  et 
parlerons  de  ceulx  de  Bruges  et  comment  les  Gantois  iO 
persévérèrent. 

§  S78.  François  Âcremen  estoit  li  ungs  des  plus 
grans  capitaines  des  routiers,  et  envoies  de  par  Phe- 
lippe  d'Ârtevelle  et  Piètre  dou  Bois,  pour  cherchier  et 
router  en  la  ville  de  Bruges;  et  il  gardoient  le  marchié  45 
et  gardèrent  toute  la  nuit  et  au  landemain,  quant  on  se 
veï  comme  seigneur  de  la  ville.  Bien  estoit  deffendu 
aux  routiers  que  il  ne  portassent  nul  dommaige  ne  nul 
contraire  aux  marchans  ne  bonnes  gens  estrangiers 
qui  pour  ce  temps  estoient  à  Bruges,  car  il  n'avoient  20 
que  faire  de  comparer  leur  guerre.  Ghils  commande- 
mens  fut  assés  bien  tenu  et  gardés,  ne  oncques  Fran- 
çois ne  sa  route  ne  fisent  nul  dommaige  à  nul  homme 
estrange.  La  buschette  cheue  estoit  et  jettée  des  Gan- 
tois sus  les  quatre  mestiers  de  Bruges,  coUetiers,  vies-  25 
wariers,  bouchiers  et  poissonniers,  à  tous  occire  sans 
nul  déport  quanques  on  en  trouveroit,  pour  tant  que 
tondis  il  avoient  estes  de  la  faveur  dou  conte  et  devant 
Âudenarde  et  ailleurs.  On  alloit  par  ces  hostels  querre 
ces  bonnes  gens,  et,  là  où  il  estoient  trouvé,  [il  es-  30 
toient]  mort  sans  merci.  Celle  nuit  en  i  ot  occis  plus 


284  CHRONIQUES  DE  J.  FROI88ART.  [I382| 

de  douse  cens,  que  ungs  que  autres,  et  fais  plusieurs 
autres  murdres,  larrechins  et  autres  mauvais  fais  qui 
poiut  ne  vinrent  tous  à  oongnoissanoe,  et  moût  de  mai» 
sons  et  de  fenunes  robées  et  pillées  et  destruittes  et  de 
5  oo£Bres  effondrés,  et  tant  fait  que  les  plus  povres  de 
Gand  furent  tous  riches. 

Le  dimanche  au  matin,  à  set  [heures],  vinrent  les 
joieuses  nouvelles  en  la  ville  de  Gand  que  leur  gens 
avoient  desconfî  le  conte,  sa  chevalerie  et  ceubc  de 

10  Bruges,  et  estoient  par  conquest  seigneurs  et  maistres 
de  Bruges.  Vous  poués  bien  croire  et  savoir  que,  à  ces 
nouvelles  à  Gand,  ce  fu  uns  peuples  resjouls,  qui  en 
transses  grandes  et  tribulations  avoient  esté,  et  fisent 
par  les  églises  plusieurs  processions  et  afflictions,  en 

45  louant  Dieu,  qui  tellement  les  avoit  gardés  et  tellement 
reconfortés  que  envoie  ha  à  leurs  gens  victoire.  Plus 
leur  venoit  li  jours  avant,  plus  leur  venoit  bonnes  nou- 
velles, et  estoient  si  tresperchié  de  joie  que  il  ne  sça- 
voient  auquel  entendre  ;  et  je  le  di  pourtant  que,  se  li 

20  sires  de  Harselles,  qui  demorés  estoit  en  Gand,  heust 
prins,  ce  dimanche  ou  le  lundi  ensuivant,  trois  ou 
quatre  mil  honunes  et  si  s'en  fust  venu  à  Audenarde, 
il  eust  la  ville  à  sa  voulenté,  car  chil  de  Audenarde 
estoient  si  esbahi,  quant  ces  nouvelles  oïrent,  que  à 

25  paines  pour  la  paour  de  ceulx  de  Gand  que  il  ne  vui- 
doient  leur  ville  et  fiiioient  à  sauveté  en  Hainnau  ou 
ailleurs,  et  furent  tous  apparilliés,  mais  nouvelles  n'en 
ooient .  Si  recuiUirent  couraige  et  confort,  quant  il  veïrent 
que  [ceulx  de  Gand  ne  venoient  point  ne]  nulles  nouvelles 

30  n'en  oïrent,  et  ossi  trois  chevaliers  qui  là  estoient  et  qui 
s'i  boutèrent,  messires  Jehans  Barnages,  messires  Thier- 
ris  d'Ânvaing  et  messires  Florens  de  Heule,  chil  troi  che- 


[1382]  LI7RB  DEUXliME,  S  279.  235 

valîer  gardèrent,  conseiilièreDt  et  oonfortèreot  les  gens 
d'Âudenarde  jusques  à  tant  que  messires  Daniaux  de 
Halwin  i  vint  depuis  et  i  fu  envoies  de  par  le  conte,  ensi 
que  je  vousreoorderai,  quant  je  serai  venus  jusques  à  là. 

§  279.  Oncques  gens  qui  sont  au  desure  de  leurs  5 
ennemis,  ensi  que  œulx  de  Gand  furent  adont  de  ceubt 
de  Bruges,  ne  se  portèrent  ne  passèrent  plus  bellement 
de  ville  que  ceulx  de  Gand  fisent  adont  de  ceulx  de 
Bruges,  car  oncques  il  ne  fisent  mal  à  nul  homme  des 
menus  mestiers,  se  il  n'estoit  trop  villainement  accu-  iO 
ses.  Quant  Pbilippes  d'Ârtevelle,  Piètres  dou  Bois  et 
les  cappitainnes  de  Gand  se  virent  au  deseure  de  la 
ville  de  Bruges,  et  que  tout  estoit  en  leur  commande- 
ment et  obeïssance,  on  fist  un  ban  de  par  Philippe 
d'Artevelle,  Piètre  dou  Bois  et  les  bonnes  gens  de  Gand,  15 
que  sur  la  teste  toutes  manières  de  gens  se  traïssent 
bellement  à  leurs  hostels,  et  que  nuls  ne  pillast  ne 
efiPorsast  maisons  ne  ne  presist  riens  de  Tautrui,  se  il 
ne  le  paioit,  et  que  nuls  ne  se  logast  ou  logement  d'au- 
trui,  et  que  nuls  ne  esmeut  meslée  ne  debas  sans  com-  20 
mandement,  et  tout  sus  la  teste. 

Adont  fu  demandé  se  on  sçavoit  que  li  contes  estoit 
devenus.  Li  aucuns  disoient  que  il  estoit  issus  de  la 
ville  très  le  samedi,  et  li  autres  disoient  que  encores 
estoit  il  à  Bruges  et  repus  quelque  part  où  on  le  por-  25 
roit  trouver.  Les  capitaines  de  Gand  n'en  fisent  compte, 
car  il  estoient  si  resjoïs  de  la  victoire  que  il  avoient  et 
de  ce  que  au  dessus  de  leurs  ennemis  se  veoient,  que  il 
n'acootoient  riens  à  conte  ne  à  baron  ne  à  chevalier 
qui  fust  en  Flandres,  et  se  tenoient  si  grant  que  tout  30 
venroient,  se  disoient  il,  en  leur  obeïssance.  Et  regar- 


236  GHRONIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [1382] 

dèrent  Phelippes  d'Ârtevelle  [et  Piètres  dou  Bos]  que, 
quant  il  se  partirent  de  Gand,  il  Tavoient  laissiée  des- 
garnie et  despourveue  de  tous  vivres  tant  que  de  vins 
et  de  blés  il  n'i  avoit  riens.  Si  envoièrent  tantost  une 

5  quantité  de  gens  au  Dan  et  à  l'Ëscluse,  pour  estre  sei- 
gneur de  ces  villes  et  des  pourveances  qui  dedans 
estoient,  et  repourveïr  la  ville  de  Gand.  Quant  oeulx 
qui  envoies  i  furent  vinrent  au  Dam,  on  leur  ouvri  les 
portes,  et  fu  toute  la  ville  et  les  pourveanœs  mises  en 

10  leur  commandement.  Âdont  furent  trais  de  ces  biaux 
celliers  au  Dam  tout  le  vin  qui  là  estoit  de  Poitou,  de 
Gascoingne,  de  la  Rochelle  et  des  loingtaines  mardies, 
plus  de  sis  mil  tonniaux,  et  mis  à  voitures  et  à  nefs,  et 
envoies  à  Gand  par  chars  et  par  la  rivière,  que  on  dist 

15  le  Lieve.  Et  puis  passèrent  ces  Gantois  oultre,  et  vin- 
rent à  l'Esduse,  laquelle  ville  se  ouvrit  contre  eulx  et 
se  mist  en  leur  obéissance  ;  et  là  trouvèrent  il  grant 
fuison  de  blés  [et]  de  farines  en  tonniaux,  en  nefs  et  en 
greniers  de  marchans  estrangiers.  Tout  fu  mis  pour 

20  ceulx  de  Gand  à  voiture  et  envoie  à  Gand  tant  par 
chars  conmie  par  eaue.  Ensi  fu  la  ville  de  Gand  rafres- 
chie  et  repourveue  et  délivre  de  misère  par  la  grâce 
de  Dieu.  Autrement  ne  fut  che  mies,  et  bien  en  deubt 
souvenir  à  ceulx  de  Gand  que  Dieu  leur  avoit  aidié 

25  plainement,  quant  de  cinc  mil  hommes  tous  a£hmés 
avoient  devant  leurs  maisons  desconfi  quarante  mil 
hommes.  Or  se  gardent  de  eulx  enorgueillir  et  leurs 
cappitaines  ossi  !  Mais  non  feront  :  il  s'enoi^ueilliront 
tellement  que  Dieu  s'en  courroucera  et  leur  remons- 

30  trera  leur  oi^ueil  avant  que  Tan  soit  oultre,  sicomme 
vous  recorderons  en  Tistoire,  et  pour  donner  exemple 
à  tous  autres. 


[1382J  LTVRK  DEUXIÈMK,  §  280.  237 

§  S80.  Je  fus  adoDt  informés,  et  je  le  vueil  bien 
croire,  que  le  dimanche  de  nuit  le  conte  de  Flandres 
issi  de  la  ville  de  Bruges.  La  manière,  je  ne  le  sçai  pas, 
ne  ossi  se  on  lui  fist  voie  à  aucune  des  portes  ;  je  croi 
bien  que  oï,  mais  il  issi  tout  seul  et  à  pies,  vestu  d'une  5 
povre  et  simple  hoppelande.  Quant  il  se  trouva  aux 
champs,  il  fu  tout  resjoïs,  et  pooit  bien  dire  que  il 
estoit  issus  de  grant  péril,  et  commença  à  cheminer 
à  Taventure,  et  s'en  vint  desoubs  ung  buisson  pour 
aviser  quel  chemin  il  tenroit,  car  pas  ne  congnoissoit  40 
les  chemins,  car  oncques  à  pies  ne  les  avoit  allés.  Ensi 
que  il  estoit  desoubs  ce  buisson  et  là  quatis,  il  entent 
et  01  parler  ung  homme  ;  et  c'estoit  un  sien  chevaUer 
qui  avoit  espousée  une  sienne  fille  bastarde,  et  le  nom- 
moit  on  messire  Robert  Marescaut.  Le  conte  le  recon-  15 
gneut  au  parler;  si  lui  dist  en  passant  :  c  Robin,  es  tu 
là?  >  —  c  Oï,  Monseigneur,  >  dist  li  chevaliers  qui 
tantost  recongneut  le  conte;  c  vous  m'avés  hui  fait 
biaucop  de  paine  à  serchier  autour  de  Bruges.  Gom- 
ment en  estes  vous  issus?  >  —  c  Allons,  allons,  dist  20 
li  contes,  Robin,  il  n'est  pas  heure  de  chi  recorder  ses 
aventures.  Fai  tant  que  je  puisse  avoir  un  cheval,  car 
je  suis  ja  las  d'aller  à  pies,  et  prens  le  chemin  de  Lisle, 
se  tu  le  scés.  >  —  c  Monseigneur,  dist  Robin,  oï,  je 
le  sçai  bien.  »  Adont  cheminèrent  il  toute  ceste  nuit  25 
et  le  landemain  jusques  à  prime,  ainchois  que  il  peus- 
sent  recouvrer  d'ung  cheval.  Et,  le  premier  que  le 
conte  heut,  ce  fu  une  jument  que  il  trouvèrent  cheux 
ung  preudomme  en  ung  villaige.  Si  monta  sus  li  contes 
sans  selle  et  sans  painel,  et  vint  ensi  ce  lundi  au  soir,  30 
et  se  bouta  par  les  champs,  ou  chastiau  de  Lisle.  Et  là 
se  retrouvoient  la  greigneur  partie  des  chevaliers  qui 


288  CHRONIQUES  BZ  J.  FROISSAIT.  [1382] 

estoient  eachappet  de  la  bataille  de  Bruges  et  s'estoient 
sauvet  au  mieux  qu'il  avoient  peu,  li  aucuns  à  pies  et 
les  autres  à  cheval.  Et  tous  ne  tinrent  mie  ce  (^emin, 
mais  s'en  allèrent  li  aucuns  par  mer  en  Hollande  et  en 

5  Zelande,  et  là  se  tinrent  tant  qu'il  oïrent  autres  nou- 
velles. Messires  Guis  de  Ghistelles  arriva  à  boin  port, 
car  il  trouva  en  Zelande  en  l'une  de  ses  villes  le  conte 
Ghui  de  Blois,  qui  lui  fist  bonne  chière  et  lui  départi 
de  ses  biens  largement,  pour  lui  remonster  et  remettre 

10  en  estât  deu,  et  le  retint  dalés  lui  tant  que  il  volt 
demeurer.  Ensi  estoient  li  desbareté  reconfortés  par 
les  seigneurs  de  là  où  il  se  traioient,  qui  en  avoient 
pitié,  et  c'estoit  raisons,  car  noblesse  et  gentillesse 
doivent  estre  aidies  et  conseilUes  par  gentillesse. 

45  §  SI81 .  Ces  nouvelles  s'espardirent  en  trop  de  lieux 
et  de  païs,  et  de  la  desconfîture  de  ceubc  de  Bruges  et 
de  la  desconfiture  leur  seigneur,  comment  les  Gantois 
les  avoient  desconfîs.  Si  en  estoient  toutes  manières 
de  gens  resjol,  et  especiallement  communautés,  tant 

20  ceulxdes  bonnes  villes  [que  autres;  mesmement  celles] 
de  Tevescbié  de  Liège  en  estoient  si  lies  qu'il  sambloit 
proprement  que  la  besoingne  fust  leur.  Ossi  furent 
ceulx  de  Rouam  et  de  Paris,  se  plainement  en  osassent 
parler.  Quant  pape  Clément  oït  les  nouvelles,  il  pensa 

25  ung  petit  et  puis  dist  que  celle  desconfiture  avoit  esté 
une  verge  de  Dieu  pour  exemplier  le  conte,  et  que  il 
lui  envoioit  celle  tribulacion  pour  la  cause  de  ce  qu'il 
avoit  esté  rebelles  à  ses  oppinions.  Aucun  autre  grant 
seigneur  disoient  en  France  et  ailleurs  que  li  contes  ne 

30  faisoit  que  ung  peu  à  plaindre,  se  il  avoit  ung  petit  à 
porter  et  à  soufifrir,  car  il  avoit  esté  si  presumptueux 


[13M)  UVU  DKUnÈMB,  1 282.  2N 

que  il  n'amiroit  dqI  seigneur  voisin  que  il  eust,  ne  roi 
de  France  ne  aultre,  se  il  ne  venoit  Uen  à  point  audit 
oonte  ;  pour  quoi  il  le  plaindoient  mains  de  ses  persé- 
cutions. Ensi  avient,  et  que  li  proverbes  soit  voirs  que 
on  dist,  car,  à  cellui  à  qui  il  meschiet,  chascuns  lui    & 
mesofire.  Par  especial,  ceulx  de  Louvaing  furent  tout    . 
resjoï  de  la  victoire  des  Gantois  et  de  Fanoi  dou  conte, 
car  il  estoient  en  différend  et  en  dur  parti  envers  le 
duc  Wincelin  de  Braibant,  leur  seigneur,  qui  les  vou- 
loit  guerroier  et  abatre  leurs  portes  ;  mais  ores  s*en  to 
tenra  il  mieux  en  paix.  Et  disoient  ensi  en  la  ville  de 
Louvaing  :  c  Se  Gand  nous  estoit  ossi  prochaine  sans 
nul  contredit  que  la  ville  de  Brouxelles  est,  nous  serions 
tout  ung  avoecq  eulx,  et  eulx  avoecq  nous.  >  De  toutes 
leurs  devises  et  leurs  parolles  estoient  informet  li  dus 
de  Braibant  et  la  duchesse,  mais  il  convenoit  clugnier  i5 
leurs  ieulx  et  baissier  les  chiefs,  car  pas  n*estoit  heure 
de  parler. 

§  28S.  Geulx  de  Gand,  eulx  estans  en' Bruges,  i 
fisent  moult  de  nouvelletés,  et  avisèrent  que  il  aba-  20 
troient  au  lés  devers  eubc  deux  portes  et  les  murs,  et 
feroient  emplir  les  fossés,  affin  que  ceulx  de  Bruges 
ne  fussent  jamais  rebeUes  envers  eubc,  et,  quant  il  s'en 
partiroient,  il  enmenroient  dnc  cens  hommes  bour- 
gois  de  Bruges  des  plus  notables  avoecq  eux  en  la  ville  25 
de  Gand,  pour  quoi  il  fussent  tenu  en  plus  grant  [cre* 
meur  et]  subjection. 

Entretemps  que  ces  capitaines  se  tenoient  à  Bruges 
et  que  il  faisoient  abatre  portes  et  murs  et  remplir 
fossés,  il  renvoièrent  à  Ippre  et  à  Courtrai,  à  Berghes  30 
et  à  Cassiel,  à  Propringhe  et  à  Bourbourcq,  par  toutes 


240  GHRONIQUKS  DB  J.  FROISSART.  [1382] 

les  villes  et  chasteleries  de  la  conté  de  Flandres  sus 
la  marine  et  dou  franc  de  Bruges,  que  tous  venissent 
à  robeïssance  à  eulx  et  leur  apportassent  ou  envolas- 
sent les  clefs  des  villes  et  des  chastiaux,  en  remons- 
5  trant  service,  à  Bruges.  Tous  obéirent,  ne  nuls  n^osa 
adont  contrester,  et  vinrent  tous  à  obéissance  à  Bruges 
à  Phelippe  d'Ârtevelle  et  à  Piètre  dou  Bois.  Ces  deux 
se  nommoient  et  escripsoient  souverains  capitaines  de 
tous,  et  par  especial  Phelippes.  Celui  estoit  qui  le  plus 

10  avant  s*en  ensonnioit  et  se  chargoit  des  besoingnes  de 
Flandres  ;  et,  tant  que  il  fu  à  Bruges,  il  tint  estât  de 
prince,  car  tous  les  jours  par  ses  menestrés  il  faisoit 
sonner  et  corner  devant  son  hostel  ses  disners  et  ses 
souppers,  et  se  faisoit  servir  en  vaisselle  couverte 

45  d'argent,  ensi  comme  s'il  fust  conte  de  Flandres  ;  et 
bien  pooit  tenir  cel  estât,  car  il  avoit  toute  la  vesselle 
d'or  et  d'argent  au  conte  de  Flandres  et  tous  les  joiaux, 
cambres  et  sommiers  qui  avoient  esté  trouvés  en  l'os- 
tel  dou  conte  à  Bruges,  ne  riens  on  n'en  avoit  sauvé. 

20  Encores  furent  envoie  une  route  de  Gantois  à  Maie, 
un  très  bel  hostel  dou  conte  à  demie  lieue  de  Bruges. 
Ceux  qui  i  allèrent  i  fisent  moût  de  desrois,  car  il  des- 
chirèrent  tout  l'ostel  et  abatirent,  et  effondrèrent  les 
fons  où  li  contes  avoit  esté  baptisés,  et  misent  à  voiture 

25  sus  chars  tous  les  biens,  or,  argent  et  joiaulx,  et 
envoièrent  tout  à  Gand.  Le  terme  de  quinse  jours, 
avoit,  allant  de  Bruges  à  Gand  et  de  Gand  à  Bruges, 
tous  les  jours  charians,  deus  cens  chars  qui  menoient 
or,  argent,  vessellemenche,  joiaux,  draps,  pennes  et 

30  toutes  richesses  prises  et  levées  à  Bruges,  de  Bruges 
à  Gand  ;  ne  dou  grant  conquest  et  pillaige  que  Phe- 
lippes d'Ârtevelle  et  li  Gantois  prisent  là  à  celle  prise 


[13821  UVRB  DSUXiteB,  |  283.  24i 

de  Bruges,  à  paines  le  polroit  on  prisier  ne  extimer, 
tant  i  eurent  il  grant  proufit. 

§  283.  Quant  chil  de  Gand  heurent  fait  tout  leur 
bon  de  la  ville  de  Bruges,  il  envoièrent  de  Bruges  à 
Gand  cinc  cens  bourgois  des  plus  notables  pour  là    5 
demorer  en  cause  d'ostagerie,  et  François  Âcremen  et 
Piètre  le  Wintre  et  mil  de  leurs  hommes,  qui  les  con- 
voièrent.  Et  demora  Piètres  dou  Bois  capitaine  de 
Bruges,  tant  que  chil  mur,  ces  portes  et  chil  fosset 
furent  tous  mis  à  Tonni,  et  adont  se  départi  Phelippes  10 
d'Ârtevelle  à  quatre  mil  hommes,  et  prist  le  chemin 
d'Ippre  et  fist  tant  qu'il  i  parvint.  Toutes  manières 
de  gens  issirent  au  devant  de  lui  et  le  recueillirent 
ossi  honnourablement  comme  se  ce  fust  leurs  sires 
naturels  qui  venist  premièrement  à  terre,  et  se  misent  15 
tous  à  son  obeïssance;  et  renouvella  maleurs  et  esche- 
vins  et  fist  toute  nouvelle  loi.  Et  là  vinrent  ceulx  des 
chastelleries  d'[oultre]  Ippre,  deCassiel,  de  Berghes,  de 
Fumes  et  de  Propringhe ,  qui  tous  se  misent  en  son 
obeïssance  et  jurèrent  foi  et  loiaulté  à  tenir  ossi  bien  20 
comme  à  leur  seigneur  le  conte  de  Flandres.  Et,  quant 
il  heut  ensi  exploitié  et  que  il  heut  de  tous  Tasseurance, 
et  heut  séjourné  à  Ippre  huit  jours,  il  s'en  parti  et  s'en 
vintàGourtrai,  où  il  futreceu  à  grant  joie,  ets'i  tint  cinc 
jours  et  envois  ses  lettres  et  messages  à  la  ville  d'Âu-  25 
denarde,  en  eux  mandant  que  il  venissent  devers  lui 
à  obeïssance  et  que  trop  i  avoient  mis,  quant  il  veoient 
que  tous  li  païs  se  tournoit  avec  ceulx  de  Gand,  et  il 
demoroient  derrière;  et,  se  che  ne  faisoient,  il  se 
pooient  bien  venter  que  temprement  il  aroient  le  siège,  30 
et  jamais  de  là  ne  se  partiroient  si  aroient  la  ville  et 

X  — 16 


i4î  CHRONIQUES  DK  J.  FR0IS8ART.  [1382] 

la  metroieot  tout  à  l'onnî  et  à  Tespée  tout  ce  qae 
dedans  trouveroient. 

Quant  ces  nouvelles  vindrent  en  Audenarde  de  par 
Phelippe  d*Artevelle,  encores  n'i  estoit  point  venus 
5  messire  Daniaux  de  Halluin,  qui  en  celle  saison  en  fii 
cappitaine,  et  n'i  estoient  que  les  trois  chevaliers  des- 
sus nommés,  qui  respondirent  franchement  que  il  ne 
faisoient  compte  des  menaches  d'u[n]  varlet,  fils  d*un 
brasseur  de  miel,  et  que  Feritaige  de  leur  seigneur  le 
10  conte  de  Flandres  il  ne  pooient  ne  voloient  pas  don- 
ner ne  amenrir,  mais  le  deffendroient  et  garderoient 
jusques  au  morir.  Ensi  retourna  li  messages  jusques  à 
Gourtrai,  et  recorda  à  Phelippe  d'ArtevelIe  ceste  res- 
ponse. 

15  §  284.  Quant  Philippes  d*Ârtevelle  ot  ol  son  message 
ensi  parler  que  ceulx  de  la  garnison  de  Audenarde  ne 
faisoient  compte  de  lui  ne  de  ses  menaces,  si  en  fo 
grandement  courrouci^s  et  jura  que,  quoi  que  il  deust 
couster  au  pals  de  Flandres,  il  n'entendroit  jamais  à 

20  autre  chose  si  aroit  pris  et  rué  par  terre  toute  Aude- 
narde ;  et  disoit  que  de  tout  ce  faire  estoit  bien  en  sa 
poissance,  puis  que  le  païs  de  Flandres  estoit  enclins 
à  lui. 
Quant  il  heut  séjourné  dnc  ou  sis  jours  à  Gourtrai 

25  et  renouvellée  la  loi  et  de  tous  pris  le  feaulté  et  Tom- 
mage,  ossi  bien  que  se  il  fust  conte  de  Flandres,  il  s*en 
parti  et  retourna  à  Gand.  A  rencontre  de  lui,  on  issi 
à  procession  et  à  si  grant  joie  que  oncques  li  contes 
leurs  sires  en  son  temps  ne  fu  de  trop  receu  ossi  hon- 

30  nourablement  comme  il  fu  ;  et  Taouroient  toutes  gens 
comme  leur  Dieu,  pour  tant  qu'il  avoit  donné  le  oon- 


[1382]  UVRB  DKUXitlIB,  §  285.  243 

seil  dont  lair  ville  estoit  recouvrée  en  estât  et  en  pois- 
sanœ,  car  on  ne  polroit  mie  dire  la  grant  foison  de 
biens  qui  leur  venoit  par  terre  et  par  eaue  de  Bruges, 
dou  Dam  et  de  TEscluse.  Uns  pains,  n'avoit  pas  trois 
sepmaines  qu'il  i  valoit  un  vies  gros,  n*i  valoit  que  5 
quatre  mittes  ;  li  vins,  qui  valloit  vint  et  quatre  gros, 
n'i  valloit  que  deux  gros.  Toutes  choses  estoient  à 
Gand  à  meilleur  temps  que  à  Tournai  ou  à  Yalen- 
dûennes. 

Phelippes  d'ArtevelIe  endiarga  un  grant  estât  de  40 
biaux  coursiers  et  destriers,  et  avoit  son  séjour  conune 
uns  grans  princes,  et  estoit  ossi  estofféement  dedans 
son  hostel  que  li  contes  de  Flandres  estoit  à  Lisie,  et 
avoit  parmi  Flandres  ses  officiers,  baiUifs,  chastelains, 
recepveurs  [et]  sergens,  qui  toutes  les  sepmaines  rapor-  45 
toient  la  mise  très  grande  devers  lui  à  Gand,  dont  il 
tenoit  son  estât,  et  se  vestoit  de  sanguines  et  d'escar- 
lattes,  et  se  fourroit  de  menu  vairs,  ensi  que  faisoit  li 
dus  de  Braibant  ou  li  contes  de  Hainnau,  et  avoit  sa 
chambre  aux  deniers  où  on  paioit  ensi  comme  li  20 
contes  ;  et  donnoit  aux  dames  et  aux  damoiselles  dis- 
ners,  souppers,  banquets,  ensi  conmie  avoit  fait  dou 
tamps  passé  li  contes,  et  n'espargnoit  non  plus  or  et 
argent  que  se  il  lui  pleust  des  nues,  et  se  escripsoit  et 
nommoit  en  ses  lettres  PheUppes  d'ArtevelIe,  regars  25 
de  Flandres. 

§  885.  Or  a  li  contes  de  Flandres,  qui  se  tient  eus 
ou  chastel  de  Lisle,  assés  à  penser  et  à  muser,  quant 
il  voit  tout  son  pals  plus  que  onques  mais  rebelle  à 
lai,  et  ne  veoit  mie  que  de  sa  poissance  singulière  il  30 
le  puist  recouvrer,  car  toutes  les  villes  sont  si  en  unité 


244  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [1382] 

et  d'un  accord  que  on  ne  les  en  puet  jamais  roster,  se 
ce  n'est  par  trop  grant  poissance,  ne  on  ne  parle  par 
tout  son  pals  de  Flandres  de  lui  non  plus  en  lui  hon- 
nourant  ne  reoongnoissant  à  seigneur,  que  dont  que  il 
5  n'eust  oncques  esté.  Or  lui  reviendra  l'aliance  que  il  a 
au  duc  de  Bourgongne,  liquels  a  sa  fille  madame  Mar- 
guerite en  mariage,  dont  il  a  des  biaux  enfans,  bien  à 
point.  Or  est  il  heureux  que  li  rois  Charles  de  France 
est  mort  et  que  il  i  a  un  jeune  roi  en  France  ou  gou- 

10  vemement  de  son  oncle  le  duc  de  Bourgoigne,  qui  le 
menra  et  ploiera  du  tout  à  sa  voulenté,  car,  ensi 
comme  de  Tosier  que  on  ploie  jeune  autour  de  son 
doi,  et,  quant  elle  est  aagée,  on  n'en  peut  faire  sa 
voulenté,  ensi  est  il  dou  jeune  roi  de  France  et  sera, 

15  sicomme  je  croi,  car  il  est  de  si  bonne  voulenté,  et  si  se 
désire  à  faire  et  à  armer  si  croira  son  oncle  de  Bour- 
goingne,  quant  il  lui  remonstrera  l'orgueil  de  Flandres 
et  comment  il  est  tenus  de  aidier  ses  honunes,  quant 
leurs  gens  veullent  user  de  rebellicm.  Mais  li  rois 

20  Charles,  ce  supposent  li  aucun,  n'en  heust  riens  fait; 
et,  se  aucune  chose  en  eust  fait,  il  eust  attribuée  la 
conté  de  Flandres  au  demaine  du  roiaume  de  France, 
car  li  contes  n'estoit  point  si  bien  en  sa  grâce  que  il 
heust  riens  fait  pour  lui,  se  il  ne  sceust  bien  comment. 

25  Nous  nous  souffirerons  à  parler  de  [ces]  devises,  tant 
que  temps  et  lieux  venrra,  et  dirons  que  li  contes  de 
Flandres,  qui  se  tenoit  à  Lisle  depuis  la  grant  perte 
que  il  avoit  eue  devant  Bruges  et  dedans  Bruges,  fist. 
Il  entendi  que  messires  Jehans  Bernages,  messires 

30  Thierris  d'Anvaing  et  messires  Florens  de  Heule 
tenoient  la  ville  d'Âudenarde  et  avoient  tenu  depuis  la 
dure  besoingne  de  Flandres  avenue  devant  Bruges,  et 


[1382]  LIVBB  DEUXiilCB,  g  286.  245 

bien  sçavoit  que  [ces]  trois  chevaliers  n'estoient  mie 
fors  assés  de  résister  contre  la  poissanoe  de  Flandres, 
se  il  venoient  là  pour  mettre  le  siège,  ensi  que  on 
esperoit  que  ossi  feroient  il  hastivement.  Àdont,  pour 
raïreschir  la  ville  d' Audenarde  et  repourveoir  de  toutes  5 
dioses,  li  contes  appella  messire  Daniel  de  Halluvin  et 
lui  dist  :  €  Daniel,  vous  en  irés  en  Audenarde,  je  vous  en 
fois  cappitaine,  et  aies  de  vostre  route  cent  et  cinquante 
lances  de  boines  gens  d'armes,  cent  arbalestriers  et 
deus  cens  gros  varlets  à  lances  et  à  pavois.  Si  sonni[és]  iO 
de  la  garnison,  car  je  vous  en  charge  feablement,  et 
le  faittes  hastivement  pourveoir  de  blés,  d'avaines,  de 
chars  sallées  et  de  vins  par  nos  bons  amis  et  voisins 
de  Tournai.  Il  ne  nous  faulront  point  sceloncq  nostre 
espoir.  »  —  c  Monsigneur,  respondi  li  chevaliers,  à  15 
vostre  ordonnance  tout  sera  fait,  et  je  en  prans  le  faix 
et  la  paine  de  la  garde  d' Audenarde  liement,  ne  ja 
mal  n'i  aviendra  par  moi  ne  par  ma  songne.  >  —  c  Je 
le  sçai  bien,  >  dist  li  contes. 

§  886.  Ne  demora  gaires  de  temps  puissedi  que  20 
messires  Daniel  de  Halluin,  establis  capitaine  souverain 
d* Audenarde,  s*en  vint,  à  toute  la  charge  que  avoir 
deubt  et  que  baillie  lui  fu  de  par  le  conte,  bouter 
dedans  la  ville  d' Audenarde,  dont  ceulx  qui  i  estoient 
furent  tous  resjols  ;  et  i  entrèrent  le  dis  et  setime  jour  25 
dou  mois  de  mai  et  s'i  tinrent  toute  la  saison  très  hon- 
nourablement,  ensi  que  vous  orrés  recorder  avant  en 
ristoire. 

Avoec  messire  Daniel  de  Halluvin  estoient  de  gens 
d'armes  messires  Lois  et  messires  Ghillebers  de  Lieu-  30 
reghien,  messires  Jehans  de  Belle,  messires  Florens 


246  CHEONIQUBS  DB  J.  FR0I8SART.  [13%] 

de  Heule,  messires  Blanchars  de  Galonné,  li  sires  de 
Rassenghien,  messires  G[e]rars  de  MarqueilUes,  Lam- 
brot  de  Lambres,  Enguerrammet  Zendequin,  Horelet 
de  Hallwin,  Hanghenardin  et  plusieurs  autres  cheva- 
5  liers  et  escuiers  de  Flandres,  d'Artois  et  de  la  diaste- 
lerie  de  Lisle,  et  tant  que  il  se  trouvoient  bien  cent  et 
cinquante  lances  de  bonnes  gens  d'armes,  hardis  et 
entreprendans  et  tous  réconfortés  d'attendre  le  siège. 
Messires  Daniel  de  Halluvin,  qui  cappitaines  estoit, 
iO  n'encloï  en  la  ville  d'Âudenarde  avoec  lui  fors  toute 
fleur  de  gens  d'armes,  et  bien  li  besoingna. 

§  287.  Quant  Philippes  d'Ârtevelle,  qui  se  tenoit  à 
Gand,  entendi  que  ceulx  d'Audenarde  estoient  ensi 
rafreschi  de  gens  d'armes  et  de  pourveances,  si  dist 

15  que  il  i  pourverroit  de  remède  et  que  ce  ne  faisoit  mie 
à  souffrir,  car  c'estoit  trop  grandement  ou  préjudice 
et  [des]bonneur  dou  païs  de  Flandres  que  celle  ville  se 
tenoit  là  ensi  ;  et  dist  que  il  i  venroit  mettre  le  siège  et 
jamais  ne  s'en  partiroit  si  l'aroit  abatue  et  tous  ceulx 

20  mors  qui  dedans  estoient,  chevaliers  et  autres.  Âdont 
fist  il  un  mandement  par  tout  le  païs  de  Flandres  que 
tous  feussent  apparilliés  et  venus  le  nuevime  jour  du 
mois  de  juing  devant  Audenarde.  Nuls  n'osa  désobéir  ; 
tous  s'apparillièrent  des  bonnes  viUes  de  Flandres  et 

25  dou  Francq  de  Bruges,  et  vinrent  mettre  le  siège  devant 
Audenarde,  et  s'estandirent  par  champs,  par  prés, 
par  mares  tout  à  l'environ.  Et  là  estoit  Philippes  d'Ar- 
tevelle, leurs  souverains  cappitaines,  par  qui  il  s'or- 
donnoient  tous,  qui  tenoit  grant  estât  devant  Aude- 

30  narde.  Adont  fist  il  une  taille  en  Flandres  que  chascuns 
feus  toutes  les  sepmaines  pai[er]oit  quatre  gros  ;  [si 


[1382]  UWR  DKUXliMB,  S  288.  247 

porterait  le  riche  le  povre].  De  oeste  taille  aoquist  et 
assembla  Philippes  graot  argent,  car  nuls  ne  nulle 
n*[estoit]  excusés  ne  déportés  que  il  ne  paiast;  car  il 
avoit  ses  sergens  espars  parmi  Flandres  pour  faire 
paier  povres  et  riches,  volsissent  ou  non.  Et  disoit  on  5 
que  il  avoit  à  siège  devant  Àudenarde,  quant  il  furent 
tout  assemblé  dou  païs  de  Flandres,  plus  de  cent  mille 
hommes,  et  fisent  ces  Flamencq  au  dessus  d'Âudenarde 
en  TEscaut  fichier  et  planter  grans  [et]  gros  mairiens, 
par  quoi  point  de  navire  de  Tournai  ne  peust  venir  en  10 
Audenarde.  Et  avoient  de  toutes  choses  en  Tost  à 
planté,  halles  de  draps,  de  pelleteries  et  de  merceries 
et  marchié  tous  les  samedis  ;  et  leur  appprtoit  on  des 
villages  environ  toutes  choses  de  doulceurs,  fruits, 
beurres,  laitaiges,  fromages,  pouUailles  et  autres  15 
choses,  et  avoit  en  Tost  tavernes  et  cabarès  ossi  boins 
et  ossi  plantureux  comme  à  Bruges  ou  à  Bruxelles,  et 
vins  de  Rin,  de  Poitou,  de  France,  garnaces,  malevai- 
sées  et  autres  vins  estranges  et  à  bon  marchié.  Et 
pouoit  on  aler,  passer,  venir  et  retourner  parmi  leur  20 
host  saulvement  et  sans  péril,  voires  ceulx  de  Hain- 
nau,  de  Braibant,  d'Alemaigne  et  dou  Liège,  mais  non 
ceulx  de  France. 

§  288.  Quant  messires  Daniaubc  de  Hallwin,  capi- 
taine d' Audenarde,  entra  premièrement  en  la  ville,  il  25 
fist  toutes  les  pourveances  départir  onniement  et  don- 
ner à  chascun,  soelon  lui  et  à  sa  charge,  sa  portion,  et 
renvoia  tous  les  chevaulx  sur  quoi  il  estoient  venu,  et 
fist  toutes  les  maisons  près  des  murs  abatre  ou  cou- 
vrir de  terre  pour  le  trait  dou  feu  des  canons,  car  en  30 
Tost  il  en  avoient  merveilleusement  grant  fîiison  ;  et 


248  GRR0NIQUK8  DE  J.  FROI88ART.  [13821 

fist  toutes  les  femmes  et  les  enfans  et  les  anehiennes 
gens  logier  ens  es  moustiers  et  plusieurs  vuidw  la 
ville  ;  et  ne  demora  gaires  de  chiens  en  la  ville  que 
tous  ne  feussent  mors  ou  jettes  ens  es  fossés  ou  en  la 

5  rivière.  Si  vous  di  que  les  oompaîgnons  qui  là  estoient 
en  garnison  faisoient  souvent  de  belles  issues  dou  soir 
et  dou  matin,  et  portoient  à  oeulx  de  Tost  grant 
domaige.  Et  là  a  voit  entre  eulx  deux  escuiers  d*Ar^ 
tois,  frères,  Lambrot  de  Lambres  et  Tristan.  Chil  doi 

10  par  plusieurs  fois  i  fisent  de  grans  apertises  d^armes, 
et  ramenoient  souvent  des  pourveances  de  Thost  et  des 
prisonniers,  voulsissent  ou  non  leurs  ennemis.  Ensi  se 
tinrent  il  tout  l'esté,  et  estoit  Tintention  de  Philippe 
d'Ârtevelle  et  de  son  conseil  que  il  seroient  là  tant  que 

15  il  les  afifameroient,  car  à  l'assaillir  il  leur  oousteroit  trop 
grandement  [de  leurs  gens] ,  et  fisent  faire  ceulx  de  Gand , 
ouvrer  et  charpenter  à  force  sur  le  mont  d'Àudenarde 
un  engin  merveilleusement  grant,  liquels  avoit  vint  pies 
de  large  et  vint  pies  jusques  à  Testaige  et  quarante 

20  pies  de  long,  et  appelloit  on  cel  engin  un  mouton, 
pour  jetter  pierres  de  fais  dedans  la  ville  et  tout  eflPon- 
drer.  Encores  de  rechief,  pour  plus  esbahir  ceulx  de 
la  garnison  d'Âudenarde,  il  firent  faire  et  ouvrer  une 
bombarde  merveilleusement  grande,  laquelle  avoit  dn- 

25  quante  et  trois  pois  de  bée  et  jettoit  quarreaux  mer- 
veilleusement grans,  gros  et  pesans;  et,  quant  celle 
bombarde  desclicquoit,  on  Tooit  par  jour  bien  cinq 
lieues  loing  et  par  nuit  de  dix,  et  menoit  si  grant  teno- 
peste  au  desclicquer  que  il  sambloit  que  tous  les  dea- 

30  blés  d'enfer  feussent  sur  le  chemin.  Encores  fisent 
faire  ung  engien  les  Gantois  et  assoir  devant  la  ville, 
qui  jettoit  vint  croiseules  de  cuivre  tout  boulant.  De 


[1382]  UVBB  DKUXiillB,  $  289.  249 

tels  engiens,  de  canons,  de  bombardes,  de  truies  et  de 
montons  se  mettoient  en  paine  ceulx  de  Gand  de  ado- 
magier  ceuk  de  Audenarde  ;  et  de  tout  ce  se  confor- 
toient  bellement  les  compaignons  qui  dedans  estoient, 
et  remedioient  à  rencontre,  et  faisoient  des  issues  5 
trois  ou  quatre  la  sepmaine,  dont  il  avoient  plus  d'on- 
neur  que  de  blasme  et  de  proufit  que  de  domaige. 

§  289.  Eotretemps  que  on  seoit  devant  Audenarde, 
se  départirent  bien  douse  cens  hommes  de  Tost  et  s'avi- 
sèrent que  il  iroient  voir  là  le  plat  pals  et  abatre  et  fiis-  10 
ter  les  maisons  des  chevaliers  qui  issus  de  Flandres 
estoient  et  venus  demorer  en  Hainnau,  en  Braibant  et 
en  Artois,  eulx,  leurs  femmes  et  leurs  enfans.  Si  acom- 
plirent  tous  leurs  propos  chil  routier  et  fisent  moût  de 
desrois  parmi  Flandres,  et  ne  laissièrent  oncques  mai-  15 
sons  ne  ostels  de  gentils  hommes,  que  tous  ne  feussent 
ars  et  rués  par  terre.  Et  s'en  vinrent  de  rechief  à  Maie, 
Tostel  dou  conte,  et  le  paraba tirent,  et  trouvèrent  le 
repos  où  li  contes  avoit  esté  mis  d'enfance,  et  le  des- 
pechièrent  par  pièces,  et  le  cuvelette  où  on  l'avoit  bai-  20 
gnié  et  la  despechièrent  ossi  toute.  Et  abatirent  la 
diappelle  et  aportèrent  la  cloche,  et  puis  s'en  vinrent 
à]  Bruges,  et  là  trouvèrent  il  Piètre  dou  Bos  et  Piètre 
le  Wintre,  qui  leur  fissent  bonne  chière,  et,  de  ce  que 
il  avoient  fait,  il  [leur]  dissent  que  il  avoient  trop  25 
bien  exploitiet. 

Quant  chil  routier  se  furent  rafresqui  quatre  jours, 
il  prissent  leur  chemin  vers  le  pont  à  Wameston,  et 
passèrent  le  rivière  dou  Lis  et  s'en  vinrent  devant  le 
ville  de  Lille,  et  abatirent  aucuns  moulins  à  vent  et  30 
boutèrent  le  feu  en  aucuns  villages  devers  Flandres. 


tSO  GHROlfIQUBS  DE  J.  FROISSART.  [1382] 

AdoDt  8*armèrent  cil  de  Lille  et  s'en  vuidièreDt  à  pi^ 
et  à  dieval  plus  de  quatre  mille  ;  et  en  i  ot  ratains  de 
ces  Flamens  :  si  en  i  eut  des  mors  et  des  pris  à  qui  ou 
trencha  depuis  à  Lille  les  testes,  et,  se  il  euissent  esté 
5  bien  poursieui,  ja  pies  n'en  fust  escapés.  Touteafois, 
cil  routier  de  Gand  entrèrent  en  Tournesis  et  i  fissent 
moult  de  desrois  et  ardirent  la  viUe  de  Helchin  et  des 
autres  villages  environ  qui  sont  dou  roiaulme  de 
France,  et  retournèrent  à  tout  grant  proie  au  siège 

10  d'Âudenarde. 

Ces  nouvelles  vinrent  au  duc  de  Bourgongne,  qui 
se  tenoit  à  Bapaumes  en  Artois,  comment  li  Gantois 
avoient  courut,  ars  et  pilliet  sour  le  roiaulme  de 
France.  Si  en  escripsi  tantos  tout  le  convenant  li  dus 

15  de  Boui^ongne  devers  son  nepveut  le  roi  de  France, 
qui  se  tenoit  à  Gompiègne,  et  aussi  au  duc  de  Berri, 
son  frère,  et  au  duc  de  Bourbon  et  au  conseil  dou  roi, 
afin  que  il  en  euissent  avis,  et  ne  vosist  mie  li  dus  de 
Bourgongne  que  ce  ne  fust  avenut  et  que  li  Flament 

20  euissent  autrement  fait,  car  il  suposoit  bien  que  encores 
en  conven[r]oit  ensonniier  le  roi  de  France  :  autre- 
ment ses  sires  li  contes  ne  revenroit  jamais  à  Tiretage 
de  Flandres;  et  ossi,  tout  considéré,  ceste  guerre  le 
regardoit  trop  grandement,  car  il  estoit  de  par  sa 

25  fenome,  après  la  mort  de  son  signeur  le  conte,  hire- 
tiers  de  Flandres. 

§  SI90.  En  che  tamps  se  tenoit  li  contes  de  Flandres 

à  Hesdin.  [Si]  li  fu  recordé  comment  li  routier  de  Gand 

avoient  esté  à  Halle  et  abatu  Tostel  ou  despit  de  lui, 

30  et  le  cambre  où  il  fu  nés  arse,  et  les  fons  où  il  fu 

batissiés  rompus,  et  le  repos  où  il  fu  coudùés  enfles, 


[1382]  UVRB  DKUXiillS,  g  290.  251 

annoiiés  de  ses  armes,  qui  estoit  tout  d'argent,  et  la 
cuvelette  ossi  où  on  Tavoit  d'enflianche  bagniet,  qui 
estoit  d'or  et  d'argent,  toute  deschirée  et  aporté[e]  à 
ftruges,  et  là  fait  leurs  galles  et  leurs  ris;  [ce]  li  vint 
et  tourna  à  grant  desplaissanoe.  5 

Si  eut  li  contes,  lui  estant  à  Hesdin,  tamainte  ima- 
gination, car  il  veoit  tout  son  pals  perdu  et  tourné 
contre  lui,  excepté  Tenremonde  et  Audenarde,  et  ne 
veoit  nul  recouvrier  de  nul  costé,  fors  de  la  poissance 
de  France.  Si  s'avisa,  tout  considéré,  que  il  venroit  10 
parler  à  son  fil  le  duc  de  Bourgongne,  qui  se  tenoit 
à  Bappaumes,  et  li  remonstrer  ses  besongnes.  Si  se 
depajrti  de  He[s]din  et  s'en  vint  à  Ârras,  et  là  se 
repossa  deus  jours.  A  l'endemain  il  vint  à  Bappaumes  ; 
si  descendi  à  l'ostel  dou  conte,  qui  estoit  siens,  car  15 
pour  ce  tamps  il  estoit  contes  d'Artois,  car  sa  dame 
de  mère  estoit  morte.  Li  dus  de  Bourgongne,  ses  fils, 
eut  grant  compation  de  lui  et  le  reconforta  moult 
doucement,  quant  il  l'eut  oï  complaindre,  et  li  dist  : 
c  Monsigneur,  par  la  foi  que  je  doi  à  vous  et  au  roi,  je  20 
n'entenderai  jamais  à  autre  cose  si  serés  resjols  [de 
vos]  mescances,  ou  nous  parperderons  tout  le  démo- 
rant,  car  ce  n'est  pas  bon  ne  cose  deue  de  tel  ribaù- 
daille,  comme  il  sont  ores  en  Flandres,  laissier  gou- 
vrener  un  païs,  et  toute  chevalerie  et  gentillèce  en  25 
poroit  estre  honnie  et  destruite,  et  en  conséquent 
sainte  crestiennetté.  »  Li  contes  de  Flandres  se  recon- 
forta parmi  tant  que  li  dus  de  Bourgongne  li  eut  en 
convenant  de  aidier,  et  prist  congiet  à  lui  et  s'en  revint 
en  la  chitté  d' Arras.  A  ce  jour  i  tenoit  li  contes  de  30 
Flandres  plus  de  deus  cens  hommes  des  bonnes  villes 
de  Flandres  [ostagiers],  et  estoient  au  pain  et  à  l'aighe 


252  CHROiaQUBB  DE  J.  FR0I8SABT.  [1382] 

en  diverses  prisons,  et  leur  disoit  on  tous  les  jours 
que  on  leur  trenceroit  les  testes,  ne  il  n'en  atendoient 
autre  cose.  Quant  li  contes  fu  venus  [à]  Arras,  il  les  fist 
en  Tonneur  de  Dieu  et  de  Nostre  Dame  tous  délivrer, 

5  car  bien  veoit,  à  ce  qui  avenoit  en  Flandres,  que  il 
n'avoient  nulles  coupes,  et  leur  fist  jurer  à  estre  bons 
et  loiaux  envers  lui,  et  puis  leur  fist  délivrer  à  cascun 
or  et  argent  pour  aler  à  Lille  ou  à  Douai  ou  ailleurs,  là 
où  mieux  leur  plairoit,  dont  li  contes  acquist  grant 

iO  grâce.  Et  puis  se  départi  li  contes  d'Arras,  et  s'en 
retourna  à  He[s]din,  et  là  se  tint  une  espasse. 

§  891 .  Li  dus  de  Bourgongne  ne  mist  mies  en  oubli 
les  convenances  qu'il  avoit  eues  à  son  signeur  de  père, 
le  conte  de  Flandres.  Si  se  départi  de  Bappaumes, 

15  messire  Gui  de  la  Tremoulle  en  sa  compaignie  et  me&- 
sire  Jehan  de  Viane,  amiral  de  France,  qui  rendoient 
grant  paine  de  conseil  à  ce  que  li  contes  fiist  confor- 
tés ;  et  cil  doi  estoient  li  plus  grant  et  li  plus  haut  de 
son  conseil.  Tant  chevaucha  li  dus  de  Bourgongne 

20  avoecques  sa  route  que  il  vint  à  Senlis,  où  li  rois 
estoit  et  si  doi  oncle,  Berri  et  Bourbon.  Si  fu  là 
recheus  à  joie  et  puis  demandés  des  nouvelles  de 
Flandres  et  dou  si%e  d'Audenarde.  Li  dus  de  Bour- 
gongne, à  ces  premières  paroUes,  en  respondi  moult 

25  sagement  au  roi  et  à  ses  oncles  ;  et,  quant  che  vint  au 
loisir,  il  traist  à  une  part  son  frère  le  duc  de  Berri,  et 
li  remonstra  comment  cil  Gantois  orgilleux  se  met- 
toient  en  paine  de  destruire  toute  gentillèce,  et  ja 
avoient  il  ars  et  pilliet  sus  le  roiaubne  de  France,  qui 

30  estoit  une  cose  moult  préjudiciable,  à  la  confusion  et 
vitupère  dou  roiaulme,  et  que  on  ne  leur  devoit  mies 


[4382]  UVBB  DXUXiilCB,  %  291.  263 

souffirir.  <  Biaux  frères,  li  dist  li  das  de  Berri,  nous 
en  parlerons  au  roi.  Noos  sommes,  je  [et]  vous,  li  doi 
plus  hault  de  son  conseil  :  le  roi  enfourmé,  nuk  n'ira 
au  devant  de  nostre  entente;  mais,  à  esmouvoir 
guerre  le  roi  de  France  et  le  roiaulme  à  Flandres,  qui  5 
ont  esté  en  bonne  pais  ensamble,  il  convient  que  il  i 
ait  title  et  que  li  baron  de  France  i  soient  conjoint. 
Autrement  nous  en  seriens  demandé  et  encoupé,  car  li 
rois  est  jones,  et  sévent  bien  toutes  gens  que  il  fera 
en  partie  ce  que  nous  vorons  et  li  consillerons.  Se  biens  40 
Tem  prendoit,  la  cose  se  paseroit  en  bien  ;  se  maus 
li  en  venoit,  nous  en  seriens  demandé  et  trop  plus 
blasmé  que  li  autre  et  à  bonne  cose,  et  diroit  on  par- 
tout :  c  Yeés  les  oncles  dou  roi,  le  duc  de  Berri  et  le 
duc  de  Bourgongne,  comment  il  Tout  consilliet  jove-  45 
nement!  Il  Tout  bouté  en  guerre  et  le  roiaulme  de 
France,  dont  il  n'eust  que  faire.  »  Pour  quoi  je  di, 
biau  frère,  que  nous  meterons  ensamble  le  grigneur 
partie  des  prelas  et  des  nobles  dou  roiaulme  de  France 
et  leur  remous terons,  le  roi  présent,  vous  personnel-*  20 
lement  à  qui  il  en  touche  pour  Tiretage  de  Flandres, 
toutes  ces  inddensses.  Nous  [verrons]  tantos  la  géné- 
rale volenté  dou  roiaulme.  >  Respondi  li  dus  de  Bour- 
gongne :  c  Biaux  frères,  vous  parlés  bien,  et  ensi  sera 
fait  corn  vous  le  dittes.  >  25 

A  ces  parolles  evous  le  roi,  qui  entra  en  la  cambre 
où  si  doi  oncle  estoient,  un  esprivier  sus  son  puing,  et 
se  feri  en  leurs  parolles,  et  leur  demanda  moult  lie- 
ment  en  riant  :  c  De  quoi  parlés  vous  maintenant,  mi 
bel  onde,  en  si  grant  conseil?  Je  le  saroie  volentiers,  30 
se  c'est  cose  que  on  puist  savoir.  »  —  t  Oïl,  Monsi- 
gneur,  dist  li  dus  de  Berri,  qui  fu  avissés  de  parler, 


254  GHROmQmS  DB  1.  FR0I8SART.  [I38q 

car  à  vous  en  apartient  de  ce  conseil  grandement.  Ves- 
chi  vostre  oncle,  mon  frère  de  Bourgongne,  qui  se 
oomplaint  à  moi  de  ceuix  de  Flandres  ;  car  li  villain  de 
Flandres  ont  bouté  hors  de  leurs  hiretages  le  conte  de 

5  Flandres,  leur  signeur,  et  tous  les  gentils  hommes,  et 
encores  sont  il  à  siège  devant  la  ville  d'Âudenarde 
plus  de  cent  mille  Flamens,  qui  ont  là  assis  grant  fuis- 
son  de  gentils  hommes,  et  ont  un  cappitaine  qui  s 'ap- 
pelle  Phelippes  d'Ârtevelle,  pur  Englois  de  corage, 

40  Uquels  a  juret  que  jamais  de  là  ne  partira  si  ara  sa 
volenté  de  ceulx  de  sa  ville,  se  vostre  poissance  ne 
l*en  liève,  tant  i  a  il  réservé.  Et  vous,  qu'en  dites? 
Volés  vous  aidier  vostre  cousin  de  Flandres  à  raquerir 
son  hiretage,  que  chil  villain  par  orguoel  et  cruaulté 

45  li  tollent  et  efforcent?  >  ^-  c  Par  ma  foi,  respondi  li 
rois,  biaus  oncles,  oïl,  je  en  sui  en  très  grant  volenté, 
et,  pour  Dieu,  que  nous  i  alons  :  je  ne  désir  autre  cose 
que  moi  armer,  et  encores  ne  m'armai  je  onques.  [Si] 
me  fault  il,  se  je  voel  resgner  en  poissance  et  en  hon- 

20  neur,  aprendre  les  armes.  > 

Ghil  doi  duc  regardèrent  Tun  l'autre,  et  leur  vint 
grandement  à  plaissance  la  paroUe  que  li  rois  avoit 
respondu  ;  et  dist  encores  li  dus  de  Berri  :  c  Monsi- 
gneur,  vous  avés  bien  parlé,  et  à  ce  faire  vous  estes 

25  tenus  par  pluiseurs  raisons.  On  tient  la  conté  de  Flan- 
dres dou  deraaine  de  France,  et  vous  avés  juré,  et 
nous  pour  vous,  à  tenir  en  droit  vos  hommes  et  vos 
lièges,  et  ossi  li  contes  de  Flandres  est  vos  cousins,  et 
si  portés  de  ses  cauches,  par  quoi  vous  li  devés 

30  amour  ;  et,  puisque  vous  en  estes  en  boine  volenté, 
ne  vous  en  ostés  jamais,  et  en  parlés  enssi  à  tous 
ceulx  qui  vous  en  parleront,  car  nous  asamblerons 


[1382]  UVBB  DEmOÈia,  |  291.  255 

hastéement  les  prelas  et  les  nobles  de  vostre  roiaulme, 
et  leur  remonsterons,  présent  vous,  toutes  ces  coses. 
Si  parlés  ensi  hault  et  cler  que  vous  avés  ichi  parlé  à 
nous,  et  tout  dirons  :  c  Nous  avons  roi  de  haulte 
emprise  et  de  bonne  volenté.  >  —  c  Par  ma  foi!  5 
biaux  oncles,  je  voroie  que  che  fust  à  dematin  aler 
celle  part,  car,  de  or  en  avant,  che  sera  le  plus  grant 
désir  que  je  arai  que  je  voise  en  Flandres  aîmtre  Tor^ 
goel  des  Flamens.  >  De  ceste  response  orent  ii  doi  duc 
grant  joie.  iO 

Âdont  vint  là  li  dus  de  Bourbon.  Si  fu  appelles  des 
deus  dus,  et  li  recordèrent  toutes  les  paroUes  que  vous 
avés  oies  et  la  grant  volentet  que  li  rois  avoit  dealer 
en  Flandres,  dont  li  dus  de  Bourbon  ot  grant  joie.  Si 
demorèrent  les  coses  en  cel  estât,  mais  li  rois  escripsi,  i5 
et  si  oncle  ossi,  à  tous  les  sîgneurs  dou  conseil  dou 
roiaulme  de  France,  que  il  venissent  sus  un  jour,  qui 
asignés  i  estoit,  à  Gompiengne,  et  que  là  aroit  parle- 
ment pour  les  besongnes  dou  roiaulme  de  France.  Tout 
obeïrent,  che  iu  raisons,  et  sachiés  que  li  rois  estoit  ^0 
si  resjoïs  de  ces  nouvelles  et  si  pensieus  en  bien  [acom- 
plir  son  plaisir],  que  il  n'en  pooit  hors,  et  disoit  trop 
souvent  que  tant  de  parlemens  tenoit  on  pour  faire 
bonne  besongne  :  c  II  me  samble  que,  quant  on  voelt 
&ire  et  emprendre  aucune  besongne,  que  on  ne  le  25 
doit  point  tant  démener,  car,  au  detriier,  on  avisse 
ses  ennemis.  »  Et  puis  se  dissoit  encores  oultre,  quant 
on  li  metoit  devant  les  périls  qui  venir  en  pooient  : 
t  Oïl,  oïl  ;  qui  onques  rien  n'enprist  riens  n'achieva.  » 
Enssi  se  divissoit  li  jovenes  rois  de  France,  et  gengloit  30 
à  le  fois  as  chevaliers  et  as  escuiiers  de  sa  cambre,  qui 
dalés  lui  estoient  et  qui  le  servoient.  Or  vous  voel  jou 


256  OHEONIQUBS  DK  J.  FR018SART.  [t3K] 

reoorder  de  un  songe  qui  lui  estoit  avenu  en  celle  sais- 
son,  lui  estant  en  la  dtté  de  Senlis,  et  sur  quoi  il  s*or* 
donna  de  sa  devise  dou  cerf  voilant,  sicom  je  fui  adont 
enfourmés. 

5  §  SOS.  Advenu  estoit,  point  n'avoit  lonc  terme,  au 
jone  roi  Gharle  de  France,  entrues  que  il  sejoumoit 
en  la  citté  de  Senlis,  que,  en  donnant  en  son  lit,  une 
vission  li  vint,  et  li  estoit  proprement  avis  que  il  se 
trouvoit  en  la  citté  d'Arras,  où  onques  à  che  jour 

40  n'avoit  esté,  et  là  estoit  et  toute  la  fleur  de  la  dieva- 
lerie  de  son  roiaulme,  et  là  venoit  li  contes  de  Flandres 
à  lui,  qui  li  aseoit  sus  son  poing  un  faucon  pèlerin 
moult  gent  et  moult  biel,  et  li  dissoit  enssi  :  c  Mon- 
signeur,  je  vous  donne  à  bonne  estrine  ce  faucon  pour 

15  le  milleur  que  je  velsse  onques,  le  mieux  volant,  le 
mieux  et  le  plus  gentieument  cauçant  et  le  mieux 
abatant  oisiaux.  »  De  ce  présent  avoit  li  rois  grant 
joie,  et  disoit  :  c  Biaux  cousins,  grant  merchis.  > 
Adont  estoit  il  avis  au  roi  que  il  regardoit  sus  le  oon- 

20  nestable  de  France,  qui  estoit  dalés  li,  messire  Olivier 
de  Glichon,  et  li  disoit  :  c  Gonnestables,  alons,  vous 
et  moi,  as  camps  pour  esprouver  che  gentil  faucon 
que  mon  cousin  de  Flandres  m'a  donné.  >  Et  li  oon- 
nestables  respondoit  :  c  Sire,  alons.  >  Adont  montoient 

25  il  as  chevaulx  entre  eus  deus  seulement,  et  venoient 
as  camps,  et  prendoit  li  connestables  ce  faucon  de  la 
main  dou  roi,  et  trouvoient  moult  bien  à  voler  et 
grant  fuisson  de  hairons.  Adont  dissoit  li  rois  :  c  Gon- 
nestables, jettes  Toiseil,  si  verons  comment  il  cadiera 

80  et  volera.  »  Et  li  connestables  le  jettoit  ;  et  cils  faucons 
montoit  si  haut  que  à  paines  le  pooit  il  cuesir  en  Tair, 


[1382]  UVBE  DSUXliKB,  S  292.  257 

et  prendoit  son  chemin  sus  Flandres.  Âdont  disoit  li 
rois  au  oonnestable  :  c  Gonnestables,  chevauchons 
après  mon  oiseil;  je  ne  le  voel  pas  perdre.  »  Et  li 
oonnestables  li  aoordoit,  et  chevauchoient,  che  estoit  il 
vis  au  roi ,  au  ferir  des  espérons  parmi  uns  grans  mares,  5 
et  trouvoient  un  bois  trop  durement  fort  et  drut  d'es- 
pines  et  de  ronses  et  de  mauvais  bos  à  chevauchier. 
Là  dissoit  li  rois  :  c  Â  piet!  à  piet!  nous  ne  poons 
passer  che  bos  à  cheval.  >  Adont  descendoient  il  et 
se  mettoient  à  piet  ;  et  varlet  venoient,  qui  prendoient  lo 
les  chevaulx,  et  li  rois  et  li  oonnestables  entroient  en 
che  bos  à  grant  paine,  et  tant  aloient  que  il  venoient 
en  une  trop  ample  lande,  et  là  veoient  le  faucon  qui 
cachoit  hairons  et  abatoit,  et  se  combatoit  à  eulx  et 
eulx  à  lui;  et  sambloit  au  roi  que  ses  faucons  i  faisoit  15 
très  grant  fuisson  d'apertisses  et  cachoit  oisiaulx 
devant  lui  et  tant  que  il  en  perdoient  la  veue.  Âdont 
estoit  li  rois  trop  courouchiés  que  il  ne  pooit  sieuir 
son  oisel,  et  dissoit  au  connestable  :  c  Je  perderai 
mon  faucon,  dont  je  avérai  grant  anoi,  ne  je  n'ai  loire  20 
ne  ordenance  dont  je  le  puisse  reclamer.  >  En  che  sousi 
que  li  rois  avoit,  li  estoit  vis  que  uns  trop  biaux  chers 
qui  portoit  douse  [rains],  et  à  elles,  apparoit  à  iaulx 
en  issant  hors  de  ce  fort  bois  et  venoit  en  celle  lande, 
et  s'enclinoit  devant  le  roi  ;  et  li  rois  dissoit  au  connes-  25 
table,  qui  regardoit  ce  cerf  à  mervelles  et  en  avoit 
grant  joie  :  c  Gonnestables,  demorés  ichi;  je  mon- 
terai sus  che  cerf  qui  se  représente  à  moi,  et  sieurai 
mon  faucon.  >  Li  oonnestables  li  acordoit.  Là  montoit 
li  Jones  rois  de  grant  volenté  sus  che  cerf  volant,  et  30 
s'en  aloit  à  l'aventure  après  son  faucon  ;  et  chils  chers, 
comme  bien  dotrinés  et  avissés  de  faire  le  plaisir  dou 

X  — 17 


258  GHR0NIQUS8  DK  i.  FR0I8SART.  [1382] 

roi,  le  portait  par  desus  les  grans  bois  et  les  haulx 
arbres.  Et  veoit  que  ses  faucons  abatoit  oisiaux  à  si 
grant  plenté  que  il  en  estoit  tous  esmervilliés  comment 
il  pooit  ce  faire,  et  sambloit  au  roi  que,  quant  cils 
5  faucons  ot  asés  volet  et  abatu  de  hairons  et  de  oisiaux 
tant  que  bien  devoit  soufiire,  li  rois  reclama  son  fau- 
con; et  tantos  cils  faucons,  comme  bien  duis,  s'en 
vint  assir  sus  le  poing  dou  roi.  Et  estoit  vis  au  roi 
que  il  reprendoit  le  faucon  par  les  longues  et  le  metmt 

10  à  son  devoir,  et  cils  cers  ravaloit  par  desus  ces  bois 
et  raportoit  le  roi  en  la  propre  lande  là  où  il  Tavoît 
encargié  et  où  li  connestables  de  France  le  atendoit, 
qui  avoit  grant  joie  de  sa  venue.  Et,  sitos  conmie  li 
rois  fu  là  venus  et  descendus,  li  cers  s'en  raloit  et 

15  rentroit  au  bos,  et  ne  le  veoient  plus  ;  et  là  reoordoit 
li  rois  au  connestable,  che  li  estoit  vis,  comment  il 
li  estoit  avenu,  et  dou  cerf  comment  il  Tavoit  douce- 
ment porté,  c  Ne  onques,  dist  li  rois,  je  ne  chevau- 
diai  plus  aise.  »  Et  li  recordoit  encores  la  bonté  de 

20  son  faucon,  conunent  il  avoit  abatu  tant  d'oisiaulx  que 
il  en  estoit  esmervilliés,  et  li  connestables  Tooit  vol^i- 
tiers.  Adont  venoient  li  varlet  qui  les  poursieuoient, 
qui  ramenoient  leurs  chevaulx  ;  si  montoient  sus,  et 
trouvoient  un  chemin  bel  et  ample  qui  les  ramenoit  à 

25  Arras.  Adont  s'esviQoit  li  rois,  et  avoit  grant  mervelle 
de  celle  vission,  et  trop  bien  li  souvenoit  de  tout,  et 
le  recorda  à  aucuns  de  ceulx  de  sa  cambre,  qui  le 
plus  prochain  li  estoient  ;  et  tant  li  plaissoit  li  figure 
de  che  cerf  que  à  paines  en  imaginations  il  n'en  pooit 

30  partir,  et  fu  li  une  des  incidenses  premiers,  quant  il 
descendi  en  Flandres  combatre  les  Flamens,  pour  quoi 
le  plus  il  encai^a  en  sa  devise  le  cerf  voilant  à  porter. 


[1382]  LTVRK  DEUXIAmB,  g  293.  259 

Nous  nos  Mufferons  un  petit  à  parler  de  li,  et  par- 
lerons de  Phelippe  d'Ârtevelle  et  des  Flamens  qui  se 
tenoient  à  siège  devant  la  gamisson  et  ville  d'Âude- 
narde. 

§  Si93.  Phelippe  d'Ârtevelle,  quoi  que  il  li  fiist  bien    5 
avenu  en  son  commendiement  de  la  bataille  de  Bruges 
et  que  il  euist  eu  là  celle  grâce  et  celle  fortune  de 
desconfire  le  conte  et  ceulx  de  Bruges,  n'estoit  mies 
bien  soutils  de  guerres  ne  de  faire  sièges,  car  de 
jonècbe  il  n'i  avoit  point  esté  nouris  ne  introduis,  iO 
mais  de  pesquier  à  le  verghe  as  pissons  en  la  rivière 
dou  Lis  et  de  TEscaut.  De  cela  faire  avoit  il  estet 
grans  coustumiers,   et  bien  le  monstra,  lui  estant 
devant  Âudenarde,  car  onques  ne  sceut  la  ville  assir 
et  quidoit  bien,  par  grandeur  et  présomption  qui  15 
estoit  en  lui,  que  chil  d'Âudenarde  se  deuissent  de 
&it  venir  rendre  à  lui;  mais  il  n'en  avoient  nulle 
volenié,  ainçois  se  portoient  comme  très  vaillans  gens, 
et  faissoient  souvent  [de  belles]  issues,  et  venoient 
escarmuchier  as  barrières  à  ces   Flamens,  et  en  20 
ochioient  et  mehaignoient,  et  puis  si  se  retraioient 
en  leur  ville  sans  damage;  et  de  ces  apertisses,  issues 
et  envales  Lambert  de  Lambre  et  Tristrans,  ses  frères, 
et  li  sires  de  L[ieur]eghien  en  avoient  grant  renommée. 

Li  Flament  regardèrent  que  li  fosset  d'Àudenarde  25 
estoient  larghe  et  rempli  d'iaue  :  [si]  ne  les  pooit  [on] 
aprochier  pour  asalir  fors  à  grant  paine.  Si  fu  con- 
sÙliet  et  avisset  entre  iaulx  que  il  asambleroient  sus 
les  fossés  grant  fm'sson  de  fagos  et  d'estrain,  pour 
raemplir  les  fossés  et  pour  venir  jusques  as  murs  et  30 
combatre  à  eux  main  à  main.  Ensi  conmie  il  fu 


260  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1382] 

ordonné,  il  fu  fait.  On  ala  as  bos  lontains  et  prochains, 
et  commença  on  à  fagoter  fagos  à  grant  plenté  et  à 
aporter  et  à  chariier  sus  les  fossés  et  là  faire  moies, 
pour  plus  esbahir  ceulx  de  la  garnison  ;  mais  li  com- 
5  paignon  n'en  faissoient  compte,  et  disoient  que,  se 
traïson  ne  couroit  entre  eulx  de  ceulx  de  la  ville,  il 
n'avoient  garde  pour  siège  que  il  veïssent  ;  et  de  ce 
trait,  messires  Daniaux  de  Haluin,  qui  capitaine  en 
estoit,  pour  li  oster  de  toutes  doubtes,  estoit  si  au 

10  desus  de  ceulx  de  la  ville  nuit  et  jour  que  il  n'avoient 
poissance,  ordonnance  ne  regard  [nul]  sus  eux,  et 
n'osoit  nuls  homs  de  la  nation  d'Âudenarde,  nuit  ne 
jour,  aler  sus  les  murs  de  la  ville  sans  la  compaignie 
des  saudoiiers  estragniers  :  autrement,  qui  i  fust  trou- 

15  vés,  il  estoit  de  corection  ou  point  de  perdre  la  teste. 

Enssi  se  tint  là  li  sièges  tout  che  tamps,  et  estoient 

li  Flament  en  leur  ost  moult  au  large  de  tous  vivres 

qui  leur  venoient  par  mer  et  par  les  rivières,  car  il 

estoient  signeur  de  tout  le  pais  de  Flandres,  et  avoient 

20  ouvert  et  aparilliet  les  païs  de  Hollande,  de  Zellandes 
et  de  Braibant  et  ossi  une  partie  de  Hainnau,  car  ton- 
dis en  larechin  li  viilain  et  li  païssant  de  Hainnau, 
pour  gaegnier,  leur  menoient  en  leur  ost  assés  de 
vivres. 

25  Ghils  Phelippes  d'Artevelle  avoit  le  corage  trop  plus 
englois  que  franchois,  et  euist  volentiers  veu  que  il 
se  fuissent  ahers  et  aloiiet  avoecques  le  roi  d'Engle- 
tière  et  les  Englois,  par  quoi,  se  li  rois  de  France  ne 
li  dus  de  Bourgongne  venoient  sus  eux  à  main  armée 

30  pour  recouvrer  le  païs,  il  en  fuissent  aidiet  et  confor- 
tet  et  consilliet.  Et  ja  avoit  Phelippes  en  son  ost  bien 
deus  cens  Englès,  archiers  d'Engletière ,  liquel  s'es- 


[1382]  UVRE  DEUXIÈMK,  $  294.  261 

toient  emblet  de  leurs  gages  de  Calais  et  là  venu  pour 
gaegnier,  desquels  archiers  il  avoit  grant  joie,  et 
estoient  <à\  très  bien  paiiet  toutes  les  sepmaines. 

§  S94.  Phelippes  d'Artevelle,  pour  ooulourer  son 
fait  et  pour  veoir  quel  oose  on  disoit  et  diroit  de  lui    5 
en  France,  se  avisa  que  il  escriproit  et  feroit  escripre 
le  païs  de  Flandres  au  roi  de  Franoe,  en  eux  humeliant 
et  en  priant  que  li  rois  se  vosist  ensonniier  de  eux 
remettre  en  parfaite  paix  et  amour  envers  leur  signeur 
le  conte.  De  ceste  imagination  il  fu  creux  sitretos  10 
conmie  il  en  parla  à  ses  gens,  et  escripsi  unes  lettres 
moult  douces  et  moult  amiables  devers  le  roi  de 
France  et  son  conseil;  et  les  baillièrent  [à]  un  mesa- 
gier  à  cheval  Phelippes  et  ses  consaulx,  et  li  disent  que 
il  s'en  alast  devers  le  roi  de  France  et  li  baillast  ces  15 
lettres,  dûl  respondi  que  volentiers,  et  chevaucha 
tant  par  ses  journées  que  il  vint  à  Senlis.  Là  trouva  il 
le  roi  et  ses  trois  oncles;  si  délivra  ses  lettres.  Li 
rois  les  prist  et  les  fist  lire,  présent  ses  oncles  et  son 
conseil.  Quant  on  les  ot  leutes  et  entendues,  on  n'en  20 
fist  que  rire,  et  fu  adont  ordonné  de  retenir  le  mesa- 
gier  et  dou  mettre  em  prison  pour  tant  que  il  estoit 
venus  en  la  présence  dou  roi  sans  sauf  conduit;  et 
lors  fu  mis  en  prison  et  i  demora  plus  de  sis  sep- 
maines. Phelippes  d'Artevelle  le  sceut,  car  ses  mesa-  25 
giers  point  ne  retournoit  :  si  le  prist  en  grant  indina- 
tion,  et  fist  venir  devant  lui  toutes  les  cappitaines  de 
l'ost,  et  leur  dist  :  c  Or,  veés  vous  quelle  honneur  li 
rois  de  France  nous  fait,  quant  si  amiablement  nous 
li  avons  escript,  et  sur  ce  il  a  retenu  nostre  mesagier  !  30 
Certainement,  nous  mettons  trop  longuement  à  nous 


262  CHRONIQUBS  DK  J.  FR0IS8AAT.  [1382] 

fortefiier  dou  oosté  d'Engletière;  [si]  nous  en  poront 
bien  maulx  prendre,  car  ne  pensés  ja  dou  contraire 
que  li  dus  de  Bourgongne,  qui  est  tout  en  France 
maintenant  et  qui  maine  le  roi  enssi  comme  il  voelt, 

5  car  c'est  uns  enffes,  doie  laissier  les  besongnes  ave- 
nues en  cel  estât  ;  certes  nenil,  et  exemple  par  nostre 
mesagier  que  il  a  retenu.  Et  si  avons  trop  bien  cause 
et  matère  de  envoiier  en  Engletière,  tant  pour  le  com- 
mun pourfît  de  Flandres  que  pour  nous  mettre  à  seur  et 

10  donner  double  à  nos  ennemis.  Je  voel  bien,  dist  Phe- 
lippes,  que  nous  envoions  en  Engletière  dis  ou  douse 
de  nos  hommes  des  plus  notables,  par  quoi  la  con- 
gnissanoe  en  viengne  en  France,  et  que  li  rois  et  ses 
consaulx  quide  que  nous  nos  volons  aloiier  au  roi 

15  d'Engletière,  son  aversaire  ;  mais  je  ne  voel  mies  que 
tels  aliances  soient  sitretos  faites,  se  il  ne  nous  besongne 
autrement  que  il  ne  face  encores  ;  mais  voel  que  nos 
gens  demandent  au  roi  d'Engletière  et  à  son  conseil 
d'entrée,  et  de  ce  avons  nous  juste  cause  de  deman- 

20  der,  la  somme  de  deus  cens  mille  vies  escus  que 
Jaquemes  d'Ârtevelle,  mes  pères,  et  li  paix  de  Flan- 
dres prestèrent  jadis  au  roi  d'Engletière,  lui  estant 
devant  Tournai,  pour  aidier  à  paiier  ses  saudoiiers, 
et  que  on  die  au  roi  d'Engletière  et  à  ses  oncles  et  à 

25  tous  leurs  consaubc  que  la  conté  de  Flandres  geo^nl- 
lement  et  les  bonnes  villes  de  Flandres  qui  jadis  fissent 
ce  prest,  font  de  tout  ce  ravoir  requeste  et  demande. 
Et,  quant  on  nous  ara  rendu  et  restitué  che  en  quoi 
li  rois  d'Engletière  et  li  roiaulmes  est  par  debte  endeb- 

30  tés  et  tenus  et  obligiés  envers  nous,  li  rois  d'Engle- 
tère  et  ses  gens  aront  belle  entrée  de  venir  en  Flandres. 
Encores  vault  mieux,  che  dist  Phelippes,  que  nous  nos 


[i382J  UVBB  DSUXIÉMS,  $  295.  263 

aidons  dou  nostre  que  K  estragnier,  et  jamais  ne  le 
pooDS  ravoir  plus  legierement  que  maintenant,  car  li 
rois  d*Engletière  et  li  roiaulmes  d'Engletière  ne  se 
eslongeront  mie  de  avoir  Tentrée,  l'amour,  le  confort 
et  Taliance  d'un  tel  pals  comme  à  présent  est  la  conté  5 
de  Flandres,  car  encores  n'ont  li  Englès  dessus  les 
bendes  de  mer  mouvant  de  l'Escluse  jusques  à  Bour^ 
diaux,  excepté  Gallais,  Ghierebourc  et  Brest,  nulle 
entrée  par  où  il  puissent  passer  en  France.  [Si]  leur 
venra  li  païs  de  Flandres  grandement  à  point,  car  10 
Bretaigne,  excepté  Brest,  leur  est  toute  close,  et  est 
li  dus  de  Bretaigne  jurés  à  estre  bon  François,  et,  se 
il  ne  l'estoit,  [si]  le  devenroit  il  pour  l'amour  de  son 
cousin  germain,  no  signeur  le  conte  de  Flandres.  > 
Adont  respondirent  tout  cil  qui  entendu  Tavoient  et  i5 
qui  à  ce  conseil  estoient,  et  dissent  :  c  Phelippe,  vous 
avés  très  bien  dit  et  sagement  parlé,  et  nous  volons 
que  il  soit  enssi  que  vous  l'avés  ordonné  et  devisé,  et 
qui  ordonneroit  dou  contraire,  il  ne  voroit  pas  le 
pourfit  de  Flandres.  >  20 

§  395.  Phelippes  d'Artevelle  ne  séjourna  pas  adont 
fonghement,  mais  ordonna  sus  che  conseil  et  pourpos, 
et  en  escripsi  à  Piètre  dou  Bos  et  à  Piètre  le  Wintre, 
qui  estoient  à  Bruges  cappitaines,  et  ossi  à  ceulx  de 
Ippre  et  de  Gourtrai.  Il  sambla  à  cascun  bon  de  enssi  25 
faire  :  si  furent  esleu  et  avisé  des  bonnes  villes  de 
Flandres  de  cascune  un  bourgois  ou  deux,  et  de  la 
vUle  de  Gand  sis.  Et  tout  premiers  François  Âcremen  i 
fîi  esleux.  Basses  de  le  Vorde,  Lois  de  Vos,  sire  Jehan 
Sootelare,  Martin  Yandreware,  Jacob  de  Brouère  80 
et  uns  clers  qui  estoit  esleus  à  estre  evesques  de 


264  CHRONIQUIS  DK  J.  FR0I88ART.  [1382] 

Gand  de  par  Urbain,  car  maistres  JehaDs  de  West, 
qui  avoit  esté  doiens  de  Teglise  Nostre  Dame  de  Tour- 
nai, avoit  aviset  en  son  tamps  que  on  feroit  un  evesque 
en  Gand,  qui  posesseroit  des  pourfis  que  li  evesques 
5  de  Tournai  i  devoit  avoir,  mais  en  ce  procurant  il 
estoit  mors.  Or  estoit  revenus  avant  uns  ders  de  k 
ville  de  Gaind  et  de  très  bon  linage  en  Gand,  qui  s'ap- 
pelloit  [Baude  Quintin] ,  et  cil  s'en  ala  avoecques  leurs 
gens  en  Engletière,  et  Ti  envois  Phelippes  d'Ârtevelle, 

iO  pour  aidier  à  faire  ces  traitiés,  car  il  estoit  de  son 
linage.  Quant  dl  douse  bourgois  de  Gand  et  de  Flan- 
dres furent  tout  ordonné  et  apparilliet  et  cargiet  et 
enditté  de  ce  que  il  dévoient  faire  et  dire,  si  prissent 
oongiet  à  leurs  gens  et  se  départirent  dou  siège  d*Au- 

45  denarde  environ  Feutrée  dou  mois  de  jullet,  et  che- 
vauchièrent  vers  Ippre  et  de  là  à  Bourbourc,  et  puis  à 
Gravelines,  et  esploitièrent  tant  que  il  vinrent  à  Calais. 
Le  capitaine  de  Calais,  messires  Jehans  d'Ëwrues,  les 
requella  liement  quant  il  sceut  que  il  voloient  aler  en 

20  Engletière,  et  les  pourveï  de  nefs  pasagière[s],  et  ne 
séjournèrent  à  Calais  que  trois  jours.  Quant  il  se  par- 
tirent, et  eurent  [vent  à]  volenté  et  furent  tantos  à 
Douvres,  et  dievauchièrent  tant  parmi  Engletière  que 
il  vinrent  à  Londres.  Et  partout  estoi^nt  bien  venut, 

25  espedalment  dou  conunun  d'Engletière,  quant  il  dis- 
soient que  il  estoient  de  Gaind,  pour  tant  que  li  Gan- 
tois s'esioient  si  bien  porté  que  il  avoient  desconfit  le 
conte  et  se  poissance  et  estoient  signeur  dou  pals  ;  et 
dissoient  que  Gantois  estoient  bonnes  gens. 

30  En  cbe  tamps  que  chil  de  Gand  arivèrent  à  Londres, 
estoit  li  rois  d'Engletiere  et  ses  consaubc  messires 
Jehans  de  Montagut,  messires  Simons  Burlé  et  mes- 


[1382]  LTVBB  DIUXIÈMS,  $  296.  265 

sires  Guillaumes  de  Biaucamp  à  Westmoustier,  pour 
ahireter  messire  Perducas  de  Labreth  de  toute  la  tère 
et  baronnie  de  Ghaumont  en  Gascoogne,  laquelle  tère 
estoit  en  la  main  dou  roi  pour  fair[e]  ent  sa  volenté, 
et  je  vous  dirai  par  quel  manière.  Messires  Jehans  de  5 
Ghaumont  et  messires  Alixandres,  ses  firères,  estoient, 
grant  temps  avoit,  mors  sans  hoirs;  si  estoit  leurs 
hiretages,  selonc  Fusage  de  Gasoongne,  retournés  à 
leur  liège  signeur,  le  roi  d'Engletière.  Li  rois  Edouwars 
dou  tamps  passet  Tavoit  donnet  à  messire  Jehan  Gam-  10 
dos,  et  le  tint  tant  comme  il  vesqui.  Après  sa  mort,  il 
le  rendi  à  messire  Thumas  de  Felleton.  Or  estoit  nou- 
vellement messires  Thumas  mors;  si  estoit  la  terre 
en  la  main  dou  roi  d*Engletière,  laquelle  terre  ne 
pooit  longhement  estre  sans  gouvreneur  demorant  t5 
sus,  car  elle  joinst  et  marchist  à  la  tère  le  signeur  de 
Labreth,  qui  pour  che  tamps  estoit  bons  Frans.  Si  (a 
regardé  et  avisé  dou  conseil  le  roi  d'Engletière  que 
messires  Perducas  de  Labreth,  qui  avoit  servis  les  rois 
d'Engletière  Edouwart  et  Richart  et  le  prince  et  le  20 
pals  de  Bourdelois  bien  et  loiaument  plus  de  trente 
ans,  estoit  bien  mérites  de  avoir  telle  terre,  et  que  il 
le  garderoit  bien  et  deffenderoit  contre  tout  homme. 

§  S96.  Messires  Perducas  de  Labreth,  quant  il  rechut 
le  don  de  la  terre  de  Ghaumont  en  Gascongne,  dist  25 
enssi  au  roi  qui  l'en  pourveoit  et  ahiretoit,  présent  les 
nobles  de  son  pals  :  c  Sire,  je  preng  et  rechoi  cel 
hiretage  pour  moi  et  pour  mon  hoir,  à  condition  telle 
que  contre  tous  honunes  je  vous  servirai  et  ferai  servir 
de  mon  hoir  ensieuant,  excepté  contre  Fostel  de  30 
Labreth;  mais  contre  cellui  dont  je  sui  issus  ne 


266  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1382] 

ferai  je  ja  guerre  tant  que  on  m'i  voelle  laissier 
mon  hiretage  en  paix.  >  li  rois  et  ses  oonsaulx  res- 
pondirent  que  Dieux  i  eust  part,  et  que  enssi  on  li 
deliveroit. 
5  Or  vous  dirai,  puis  que  en  ceste  matère  je  sui,  que 
il  avint  de  messire  Perducas  de  Labreth.  Quant  il  fu 
venus  en  Gascongne  et  il  eut  pris  la  posession  de  la 
terre,  et  que  messires  Jehans  de  Noefville,  seneseaulx 
de  Bourdiaulx  et  de  Bourdelois  pour  le  tamps,  Ten 

10  ot  mis  en  posession  par  la  vertu  des  lettres  dou  roi 
d'Engletière  que  il  monstra,  li  sires  de  Labreth  en  ot 
grant  joie,  car  bien  savoit  que  ses  cousins  ne  li  feroit 
point  de  guerre.  Et  demorèrent  ces  terres  de  Labreth 
et  de  Gaumont  toutes  en  paix,  et  tenoit  à  amour  li 

15  sires  de  Labreth  grandement  son  cousin,  car  il  con- 
tendoit  à  ce  que  après  son  dediiès  il  le  vosist  mettre 
en  posession  des  castiaulx  qui  sont  en  la  baronniie 
de  Ghaumont  ;  mais  Perducas  n'en  avoit  nulle  volenté, 
et  avint  que  il  s'acoudia  malades  au  lit  de  le  mort. 

20  Quant  il  veï  que  morir  le  convenoit,  il  appella  tous  les 
hommes  de  la  terre  et  fist  devant  lui  venir  un  sien 
cousin,  un  joue  escuier  et  bon  honune  d'armes,  qui 
s'appelioit  [Perducet],  et  li  dist  :  c  [Perducet],  je  te 
raporte,  en  la  présence  de  mes  hooames,  toute  la  terre 

25  de  Ghaumont.  Si  soies  bons  Ënglès  et  loiaus  envers  le 
roi  d'Engletière,  dont  li  dons  m'en  vient,  mais  je  voel 
que  à  l'ostel  de  Labreth,  dont  nous  issons,  tu  ne  faces 
point  de  guerre,  se  il  ne  te  sourquièrent  ou  efforcent.  » 
Li  escuiers  respondi  liement,  qui  tint  à  grant  che  don  : 

30  c  Sire,  volentiers.  >  Enssi  fu  [Perducès]  de  Labreth 
sires  de  Ghaumont  en  Gascongne,  et  morut  messires 
Perducas,  qui  en  son  tamps  avoit  esté  uns  grans  capi- 


r 


[1382]  LIVRl  DEUXIÈMB,  §  297.  267 

tains  de  gens  d*anne8  et  de  routes;  de  li  ne  sai  je 
plus  avant. 

§  297.  Quant  cil  Gantois  furent  venu  à  Londres, 
leur  venue  fu  tantos  segnefie  au  roi  et  à  son  conseil. 
On  envoia  devers  eux  pour  savoir  quel  cose  il  voloient    5 
dire.  Il  vinrent  tout  en  une  compaignie  au  palais  à 
Wesmoustier,  et  là  trouvèrent  premièrement  le  duc 
de  Lancastre,  le  conte  de  Bouquighen,  le  conte  de 
Saleberi,  le  conte  de  Kemt,  messire  Jehan  de  Montar 
gut,  maistre  d'ostel  dou  roi,  messire  Simon  Burlé,  io 
messire  Guillaume  de  Windesore  et  la  grigneur  partie 
dou  conseil  dou  roi  ;  et  n'estoit  mies  li  rois  presens  à 
celle  première  venue.  Ces  gens  de  Gand  et  de  Flan- 
dres endinèrent  ces  signeurs  d'Ëngletière,  et  puis 
commencha  li  clers  esleux  de  Gand  à  parler  pour  tous,  15 
et  dist  enssi  :  c  Mi  signeur,  nous  sommes  chi  venu,  et 
envoiiet  de  par  le  bonne  ville  de  Gand  et  tout  le  païs 
de  Flandres,  pour  avoir  conseil,  confort  et  aide  dou 
roi  d'Engletière  sus  certains  articles  et  bonnes  raisons 
que  il  i  a  de  aliances  anchiennes  entre  Engletière  et  20 
Flandres.  Si  le[s]  voilons  renouveller,  car  il  besongne 
au  païx  de  Flandres  à  present,  car  il  est  sans  signeur 
et  n'ont  les  bonnes  villes  et  li  païx  que  un  regard, 
c'est  uns  homs  qui  s'appeUe  Phelippes  d'Ârtevelle, 
liquels  princhipaument  se  recommende  au  roi  et  à  25 
vous  tous  qui  estes  de  son  conseil,  et  vous  prie  que 
vous  requelliés  ce  don  en  bien,  car,  où  li  rois  d'En- 
gletière voira  ariver  en  Flandres,  il  trouvera  le  païs 
ouvert  et  aparilliet  pour  reposer,  rafresquir  et  démo- 
rer  tant  comme  il  lui  plaira,  lui  et  ses  gens,  et  pour  30 
mener  avoecques  lui  dou  paix  de  Flandres  cent  mille 


268  CHRONIQUES  DS  J.  FR0I8SABT.  [1382] 

hommes  tous  armés.  Mais  oultre,  li  païx  fait  requeste 
que  de  deus  cens  mille  vies  escus  que  jadis  Jakemes 
d'Ârtevelle  et  les  bonnes  villes  de  Flandres  prestèrent 
au  roi  Edouwart  de  boine  mémoire  au  siège  de  Tour- 
5  nai  et  ensieuant  au  siège  de  Calais,  il  les  voellent 
ravoir,  et  est  li  intention  des  bonnes  villes  de  Flandres, 
anchois  que  les  aliances  passent  oultre,  que  la  somme 
que  dit  est  soit  misse  avant,  et,  là  où  elle  le  sera,  li 
rois  d'Engletière  et  tout  li  sien  pueent  bien  dire  que 

10  il  sont  amit  as  Flamens  et  que  il  ont  entrée  à  leur 
volenté  en  Flandres.  »  Quant  li  signeur  eurent  oï  oeste 
parolle  et  requeste,  il  regardèrent  Tun  l'autre  et  com- 
menchièrent  li  aucun  à  sousrire.  Adont  parla  li  dus  de 
Lanclastre,  et  dist  :  c  Biau  signeur  de  Flandres,  vostre 

15  parolle  demande  bien  à  avoir  conseil,  et  vous  vous 
retrairés  à  Londres,  et  li  rois  se  consillera  sur  vos 
requestes,  et  vous  en  responderons  tellement  que  bien 
vous  devera  par  raison  souflSre.  »  Ghil  Gantois  res- 
pondirent  :  <  Dieux  i  ait  part!  i  Âdont  issirent  il 

20  hors  de  la  cambre,  et  U  signeur  dou  conseil  demorè- 
rent  qui  commenchièrent  à  rire  entre  eux  et  à  dire  : 
c  Et  ne  avés  vous  oï  ces  Flamens  et  les  requestes  que 
il  ont  faites?  Il  prient  à  estre  consillié,  conforté  éL 
aidié,  et  dient  que  il  leur  besongne,  et  [si]  demandent 

25  avoec  tout  ce  à  avoir  nostre  argent.  Ce  n'est  pas 
requeste  raisonnable  que  nous  paions  et  si  aiderons.  » 
Lors  se  départi  li  consaulx  sans  riens  plus  avant  adont 
consillier,  et  assignèrent  journée  de  estre  de  rechief 
ensamble.  Et  li  Gantois  s'en  retournèrent  à  Londres, 

30  et  là  se  logièrent  et  s'i  tinrent  un  grant  tamps,  car  il 
ne  pooient  estre  respondu  [du]  roi  ne  de  son  conseil, 
car  li  conssaus  d'Engletière  sus  leurs  requestes  estoit 


[1382]  LIVRK  DSUXliMB,  {  298.  S89 

en  grant  diflPereDt  et  [tenoit]  les  Flamens  à  orguilleux 
et  presomptieux,  quant  il  demandoient  à  ravoir  deus 
cens  mille  escus,  si  anchienne  debte  que  de  qua- 
rante ans.  Onques  cose  ne  cheï  si  bien  à  point  pour  le 
roi  de  France,  qui  voloit  venir  sus  Flandres,  que  oeste  5 
oose  fist  qui  fii  enssi  démenée,  car,  se  li  Flament 
n'euissent  point  demandé  la  somme  des  florins  dessus 
dis  et  n'euissent  singulièrement  fors  requis  le  roi  d'En- 
gletière  de  confort  et  de  aide,  li  rois  d'Engletière  fust 
venus  en  Flandres  ou  euist  envoiiet  si  poissanment  que  iO 
pour  atendre  à  bataille,  avoecques  l'aide  des  Flamens 
qui  estoient  adont  tout  ensamble,  la  poissance  dou 
plus  grant  signeur  dou  monde  ;  mais  il  ala  tout  autre- 
ment, dont  il  leur  en  mesvint,  sicom  vous  orés  recor^ 
der  avant  en  Tistore.  15 

§  S98.  Nouvelles  vinrent  en  France  au  conseil  dou 
roi  que  Phelippes  d'Ârtevelle,  qui  avoit  le  corage 
englois,  et  li  pals  de  Flandres  avoient  envoiet  en 
Engletière  une  quantité  de  homes  des  villes  de  Flan- 
dres, pour  faire  aliances  au  roi  d'Engletière  et  as  20 
Englès  ;  et  couroit  vois  enssi  que  li  rois  d'Engletière  à 
poissance  venroit  en  celle  saisson  ariver  en  Flandres, 
et  se  tenroit  en  Gand.  Ces  nouvelles  et  ces  coses  estoient 
assés  à  soustenir  et  à  croire  que  li  Flament  se  fortefie- 
roient  en  aucune  manière.  Adont  fu  avissé  ou  conseil  25 
dou  roi  que  le  messagier  Phelippe  d'Artevelle,  que  on 
tenoit  en  prison,  on  deliveroit,  et  que  au  voir  dire  on 
n'avoit  nulle  cause  dou  tenir.  Si  fu  délivrés  et  ren- 
voiiés  en  Flandres  et  devant  Âudenarde,  où  li  os 
estoit.  30 

En  che  tamps  avoient  cil  de  Bruges  pris  des  bour- 


«70  CHROraOraS  DB  i.  FROISSART.  [!382] 

gois  de  Tournai  et  retenu  et  mis  en  prison»  et  mon»- 
troient  li  Flament  que  il  avoient  osai  chier  la  guerre  as 
François  comme  la  pais.  Quant  cil  de  Tournai  ve&*ent 
ce,  si  fissent  tant  que  il  atrapèrent  et  retinrent  devers 

5  eux  des  boui^ois  de  Gourtrai,  et  les  amenèrent  pri- 
sonniers à  Tournai.  Enssi  se  nourissoiait  haines  entre 
les  Tournisiens  et  les  Flamens.  Toutesfois  li  signeur 
de  Tournai,  qui  ne  voloient  mies  de  leur  fait  avoir 
title  de  guerriier  les  Flamens  qui  estoient  leurs  voi- 

40  sins,  sans  avoir  commandement  dou  roi  de  France, 
dont  il  n'avoient  encores  nul,  avisèrent  que  il  envoie- 
roient  deus  de  leurs  bourgois  devant  Audenarde  par* 
1er  à  Phelippe  d'Ârtevelle,  pour  savoir  se  intention  et 
pour  ravoir  leurs  bourgois  et  rendre  ossi  en  escange 

15  ceulx  qu'il  tenoient.  Si  i  furent  esleu  de  aler,  et  i 
alèrent,  Jehan  Bonenffant  et  Jehan  [Pietart],  et  vin- 
rent au  siège  devant  Audenarde,  et  parlèrent  à  Phe- 
lippe, liquels,  pour  Fonneur  de  la  citté  de  Tournai, 
non  pour  le  roi  de  France,  sicomme  il  leur  dist,  les 

20  requelloit  amiablement,  c  car  li  rois  ne  Tavoit  pas 
deservi  ne  aquis  envers  le  païs  de  Flandres,  quant  un 
mesagier  pour  bien  envoie  devers  lui  on  avoit  retenu 
et  mis  en  prison.  »  —  c  Sire,  respondirent  li  doi 
bourgois,  vostre  mesagier,  vous  le  raves.  »  —  c  C'est 

25  voirs,  dist  Phelippes,  le  plus  par  cremeur  que  autre- 
ment. Or  me  dites,  dist  Phelippes,  pour  quelle  besongne 
vous  venés  maintenant  ichi.  >  —  c  Sire,  respondirent 
li  bourgois,  c'est  pour  ravoir  nos  bonnes  gens  de 
Tournai  que  on  tient  en  prison  à  Bruges.  >  —  c  Ha! 

30  respondi  Phelippes,  se  on  les  i  tient,  ossi  tenés  vous 
de  ceulx  de  Gourtrai  par  devers  vous.  Vous  ne  devés 
pas  perdre  à  vostre  venue  ;  rendes  nous  les  nostres, 


[i382J  UVRK  DKUUÈMB,  |  296.  Vti 

VOUS  rares  les  vostres.  »  Respoodirent  cil  de  Tour* 
Dai  :  c  Voas  pariés  bien,  et  nous  le  ferons  enssi.  » 
Là  fu  aoordé  de  faire  cel  escaoge,  et  en  escripsi  Phe- 
lippes  à  Piètre  dou  Bos*et  à  Piètre  le  Wintre,  qui  se 
tenoient  à  Bruges,  que  on  delivrast  les  bourgois  de  & 
Tournai  que  on  tenoit  en  la  Pière  en  prisson,  et  on 
deliveroit  à  Tournai  ceulx  de  Ciourtrai,  car  il  s'en  tenoit 
bien  à  ce  que  la  citté  de  Tournai  en  avoit  ordonné  et 
escript.  Enssi  exploitièrent  li  doi  bourgois  de  Tournai, 
et  vous  di  que,  quant  che  vint  au  congiet  prendre,  iO 
Phelippes  d'Ârtevelle  leur  dist  enssi  :  c  Entendes, 
signeur,  je  ne  vous  voel  mie  trahir;  vous  estes  de 
Tournai,  laquelle  ville  est  toute  liège  au  roi  de  France, 
auquel  nous  ne  volons  avoir  nul  traitiet  jusques  à  tant 
que  Audenarde  et  Tenremonde  nous  seront  ouvertes,  i5 
et  ne  revenés  plus  par  devers  nous  ne  renvoiiés,  car 
dl  qui  i  venroient  demor[r]oient;  et  contregardés  vos 
gens  et  vos  maroheans  de  aler  ne  venir  ne  envoiier  ne 
marcander  en  Flandres,  car,  se  il  i  vont,  il  seront 
retenu  et  li  leurs  pris,  combien  que  il  vaille  ;  et,  se  li  ^0 
nostre  i  vont,  nous  [les]  abandonnons  à  estre  pris  et 
retenus  sans  nul  pourcas,  car  bien  savons,  quoi  que 
nous  atendons,  que  li  rois  de  France,  vostres  sires, 
nous  fera  guerre.  »  Gbil  bourgois  de  Tournai  entendi- 
rent bien  ces  parolles  ;  si  les  retinrent  et  glosèrent,  et  25 
dissent  que  de  tout  ce,  iaulx  revenu  à  Tournai,  il  en 
aviseroient  la  bonne  ville  et  les  gens.  Si  se  départirent 
dou  siège  d'Âudenarde  et  retournèrent  à  Tournai; 
si  recordèrent  tout  ce  que  vous  avés  oï.  Âdont  fu  faite 
une  deffense  que  nuls  n'alast  ne  marcandast  à  ceulx  30 
de  Flandres  sus  à  estre  escheu  en  le  indination  dou 
roi.  Toutesfois  li  bourgois  de  Tournai,  qui  estoient 


tn  CHROraQUKS  DB  J.  FROISSART.  [1392] 

prisonnier  à  Bruges,  revinrent,  et  cil  de  [GourCrai] 
furent  renvoiiet.  Enssi  n'ossoit  nuls  marchans  de  Tour- 
nai marchander  as  Flamens,  mais,  quant  il  leur  oon- 
venoit  [avoir]  des  marcheandisses  de  Flandres,  il  les 
5  venoient  quérir  ou  acater  à  ceulx  de  Yalenchiennes, 
car  cil  de  Hainnau,  de  Hollande  et  de  ZeUandes  et  de 
Braibant  et  dou  Liège  pooient  seurement  aler  demoro* 
et  marchander  par  toute  Flandres. 

§  299.  Ensi  se  tint  li  sièges  devant  Audenarde 

10  grans  et  biaux,  et  toute  celle  saisson  Phelippes  d*Âr- 
tevelle  et  cil  de  Gand  estoient  Ic^et  sus  le  mont 
d* Audenarde,  au  lés  deviers  Hainnau  ;  et  là  seoient  li 
engien  et  li  grande  bombarde  qui  jettoit  les  grans 
[quariaux]  et  qui  rendoit  tel  noise  au  descliquier  que 

15  on  Tooit  de  sis  lieues  loing.  Ens  es  prés  desoulx 
a  voit  on  fait  un  pont  sus  TEscaut  de  nefs  et  de  doies, 
couvert  d'estrains  et  de  fiens,  et  par  delà  che  pont 
estoient  logiet  chil  de  Bruges,  en  remontant  sus  les 
camps  oultre  le  porte  de  Bruges.  Après  estoient  logiet 

20  cil  de  Ippre  et  de  Gourtrai,  de  Popringhe  et  de  Gassel 
et  dou  Franc  de  Bruges,  et  comprendoient  le  tour  de 
la  ville  en  rallant  jusques  à  l'autre  part  de  TEscaut. 
Enssi  estoit  toute  la  ville  de  Audenarde  environnée, 
et  quidoient  bien  par  tel  siège  li  Fiament  afamer  ceulx 

25  de  dedens,  mais  à  le  fois  li  compaignon  issoient  di 
faissoient  des  envales.  Une  eure  perdoient,  Fautre 
gaagnoient,  ensi  comme  à  tels  besongnes  li  fait  d'armes 
aviennent  ;  mais  toutesfois  d'assaus  n'i  avoit  nuls  fais, 
car  Phelippes  ne  voloit  pas  follement  aventurer  ses 

30  gens,  et  dissoit  que  tout  sans  asallir  il  aroient  la  ville 
et  que  par  raison  elle  ne  se  pooit  tenir  longhement, 


[1382]  UVIIB  DKUXliMB,  §  300.  VU 

quant  il  n'estoient  conforté  ne  ne  pooient  estre  de  nul 
oosté,  ne  à  paines  uns  oisellès  ne  [volast]  mies  en  Âude- 
narde  que  il  ne  fust  veus  de  ceulx  de  Tost,  tant  bien 
avoient  il  environné  la  ville  à  tous  lés. 

§  300.  Or  retournons  au  roi  de  France  et  à  son  con-    5 
seil.  Li  oncle  dou  roi  et  li  consautx  de  France  avis- 
sèrent  pour  le  mieux  que  il  envoieroient  à  Tournai 
aucuns  prelas  et  chevaliers  dou  roiaulme,  pour  trai- 
tier  à  ces  Flamens  de  Flandres  et  pour  savoir  plus 
plainement  leur  entente.  Si  furent  esleu  et  ordonné  io 
de  venir  à  Tournai  messires  Milles  des  Dormans, 
evesques  de  Biauvais,  li  evesques  d^Auchoire,  li  eves- 
ques  de  Laon,  messires  Guis  de  Honcourt  et  messires 
Tristrans  dou  Bos  ;  et  vinrent  chil  à  Tournai  comme 
commissaire  de  par  le  roi  de  France,  et  là  s'arestèrent.  15 
Quant  il  furent  venu,  asés  nouveUement  estoient 
retourné  de  Tost  de  devant  Âudenarde  Jehan  Bonen- 
fant  et  Jehans  Pietars,  qui  remonstrèrent  à  ces  prelas 
et  dievaliers  commissaires  dou  roi  comment  Phelippes 
d'Artevelle,  au  congiet  prendre,  leur  avoit  dit  et  que  20 
liFlament  n*entenderoient  jamais  à  nul  tretiet  jusques 
à  tant  que  Âudenarde  et  Tenremonde  leur  seroient 
ouvertes,  c  Bien,  respondirent  li  commissaire,  se 
chils  Phelippes,  par  orguoel  et  beubant  dont  il  est 
plains,  fait  sa  grandeur,  espoir,  che  n'est  pas  li  acors  25 
des  bonnes  villes  de  Flandres.  Si  escriprons  à  Bruges, 
à  Gand,  à  Ippre,  et  envoierons  de  par  nous  à  cascune 
ville  une  lettre  et  un  mesagier.  Par- aucune  voie  faut  il 
entrer  ens  es  coses,  puis  que  on  les  voelt  commenchier, 
et  nous  ne  sommes  pas  chi  venut  pour  guerriier,  mais  30 
pour  traitiier  envers  ces  maleois  Flamens.  >  Âdont 

X  — 18 


274  GHB0NIQUK8  DB  J.  FROI88ÀRT.  [1382] 

eacripsirent  cil  commissaire  trois  lettres  as  trois  villes 
et  princhipaux  de  Flandres^  et  i  mettoi^t  en  casoune 
PheUppe  d'Artevelle  en  ligne  et  ou  premier  chief.  Si 
contenoient  les  lettres  enssi  : 

5  §  301  •  c  A  Phelippe  d' Artevelle  et  à  ses  oompaignons 
et  as  bonnes  gens  des  trois  bonnes  villes  de  Flandres 
et  le  Franc  de  Bruges. 

€  Plaise  vous  savoir  que  li  rois,  nostres  sires,  nous 
a  envoiiés  en  ces  parties  en  espèce  de  bien,  pour  paix 

10  et  acord  faire,  comme  souverain  signeur,  entre  noble 
princbe,  son  cousin,  monsigneur  de  Flandres,  et  le 
commun  païs  de  Flandres  ;  car  renonmié[e]  queurt  que 
vous  querés  à  faire  aliance  au  roi  d'Ëngletière  et  as 
Ënglès,  laquelle  cose  seroit  contre  raison  et  ou  pre- 

45  judice  dou  roiaulme  de  France  et  de  la  couronne,  et 
ne  le  poroit  le  roi  souffirir  aucunement.  Pour  quoi  nous 
vous  requérons  de  par  le  roi  que  vous  voelliés  à  nous 
baillier  sauf  conduit,  alant  et  venant,  pour  ceste  pais 
faire  amener  à  bonne  conclusion,  sique  le  roi  vous  en 

20  sache  gré,  et  nous  rescripsiés  response  de  vostre 
intention.  Nostres  Sires  vous  voelle  garder.  Escript  à 
Tournai,  le  sesime  jour  de  octembre.  » 

§  SOS.  Quant  ces  trois  lettres,  toutes  contenans  une 
meïsmes  cose,  furent  escriptes  et  scellées,  on  les 

25  bailla  à  trois  hommes,  et  leur  fu  dit  :  c  Vous  irés  à 
Gand,  et  vous  à  Bruges,  et  vous  à  Ippre,  et  nous 
rapporterés  response.  >  Il  respondirent  :  c  Yolentiers 
response  vous  rapporterons  nous,  se  nous  le  poons 
avoir.  >  A  ces  mos  il  partirent,  et  ala  cascuns  son 

30  chemin.  Quant  dl  de  Gand  vint  à  Gand,  pour  ce  jour 


[!382]  UVRB  DBUXIÈia,  g  303.  275 

nielippes  d' Artevelle  i  estoit  ;  autrement  dl  de  Gand 
n'euîssent  point  ouvert  la  lettre  sans  lui.  Il  Touvri  et 
le  lissî  ;  et,  quant  il  l'eut  leu,  il  n'en  fist  que  rire  et 
se  parti  assés  tos  de  Gand,  et  s'en  retourna  devant 
Audenarde,  et  enporta  la  lettre  avoecques  li  ;  mais  li  5 
mesagiers  demora  em  prison  à  Gand.  Et,  quant  il  fu 
▼enus  devant  Âudenarde.  il  appella  le  signeur  de  Har- 
sdles  et  aucuns  de  ses  oompaignons,  et  leur  lissi  la 
lettre  des  commissaires,  et  dist  :  c  II  samble  que 
ces  gens  de  France  se  truffent  de  moi  et  don  paix  de  iO 
Flandres.  Ja  avoie  je  dit  as  bourgois  de  Tournai,  quant 
il  furent  avant  hier  chi,  que  je  ne  voloie  mais  olr  nulles 
nouvelles  de  France  ne  entendre  à  nul  traitié  que  on 
me  peuist  faire,  se  Âudenarde  et  Tenremonde  ne 
nous  estoient  rendues.  >  Â  ces  mos  vinrent  nouvelles  15 
de  Bruges  et  de  Ippre  des  cappitainnes  qui  là  estoient, 
comment  ossi  on  leur  avoit  escript,  et  que  briefment 
li  mesagier  qui  ces  lettres  avoient  aportées  estoient 
retenu  ei»  es  villes  et  mis  en  prison,  c  Ge  est  bien 
fait,  »  die  dist  Pheiippes.  Âdont  busia  il  sus  ces  20 
besongnes  un  petit,  et,  quant  il  eut  merancoliet  une 
espasse,  il  s'avisa  que  il  rescriproit  aus  coDomissaires 
dou  roi  de  France.  Si  rescripsi  unes  lettres  ;  si  avoit  en 
le  superscrision  :  €  A  très  nobles  et  discrés  signeurs 
les  signeurs  coounissaires  dou  roi  de  France.  25 

%  303.  c  Très  chiers  et  poissans  signeurs,  à  vostres 
très  nobles  discreptions  plaise  vous  savoir  que  nous 
avons  recheu  amiables  lettres  à  nous  envoiies  de  très 
exellent  signeur  Charles,  roi  de  France,  faissans  men- 
tion comment  vous,  très  nobles  signeurs,  estes  envoiiet  30 
de  par  lui  par  dechà  pour  traitier  de  paix  et  d'acord 


276  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [138!t] 

entre  nous  et  haut  prince  monsigneur  de  Flandres  et 
son  païs,  et  par  le  roi  devant  dit  et  sen  [consâl]  aians 
plaisance  de  ce  conduire  et  aoomplir,  siques  ceux  de 
Tournai,  nos  chiers  et  boins  amis,  nous  tesmongnent 
5  par  leurs  lettres  patentes  par  nous  veues.  Et,  pour  ce 
que  li  rois  escripst  que  à  lui  moult  desplaist  et  a  des- 
pleut que  li  discors  ont  si  longhement  esté  et  encores 
sont,  dont  nous  avons  grant  mervelle  comment  che 
puet  estre,  en  tamps  passé,  quant  la  ville  de  Gand  fu 

10  asisse  et  la  paix  d'Audenarde  n'estoit  de  nulle  valeur, 
et  ossi  quant,  nous  dou  commun  conseil  des  trois 
bonnes  villes  de  Flandres  à  lui  escripsimes,  sicom  à 
nostre  souverain  signeur,  que  il  vosist  faire  la  paix  et 
acord,  que  adont  ne  li  pleut  en  otant  faire  enssi  que  il 

15  nous  samble  maintenant  que  volentiers  feroit.  Et  aussi 
en  telle  manière  avons  receu  unes  lettres  patentes  con- 
tenans  que  deus  fois  nous  avés  escript  que  vous  estes 
venu,  dou  roi  devant  dit  chargiet,  sicomme  chi  dessus 
est  declairiet;  mais  il  nous  satnble  que,  selonc  nostre 

20  response  à  vous  sur  ce  envoie,  que  nous  avons  volenté 
d'entendre  au  traitiet  ce  que  fermement  nul  traitiet 
n'est  à  querre  entre  nous  et  le  païs  de  Flandres,  se 
ce  n'est  que  les  villes  et  forterèches,  à  la  volenté  de 
nous,  regars  de  Flandres  et  de  la  dite  ville  de  Gaind, 

25  fremée[s]  contre  le  païx  de  Flandres  et  nomméement 
et  expresséement  contre  la  bonne  ville  de  Gand,  dont 
nous  sommes  regard,  seront  descloses  et  ouvertes  à 
la  volenté  de  nous,  regars,  et  de  la  dite  ville.  Et,  se 
ce  estoit,  nequedent  ne  poriens  nous  traitier  à  la 

30  manière  que  vous  le  requarés,  car  il  nous  samble  que 
li  rois  ou  nom  de  vous  a  et  puet  asambler  en  l'aide  de 
son  cousin,  nostre  signeur,  grant  poissance,  car  nous 


[i382]  UVRE  DEUXIÈME,  §  303.  277 

savons  et  veons  que  fauseté  i  a,  enssi  comme  autrefois 
i  a  eu.  Doot  nostre  intention  est  de  ce  estre  seur  et 
sur  nostre  garde  et  deffence,  sicomme  nous  sommes 
après  atendans.  Il  trouvera  Tost  apparilliet  pour  lui 
deffendre  contre  ses  ennemis,  car  nous  espérons,  à  5 
l'aide  de  Dieu,  avoir  victore,  enssi  conmie  autrefois 
avons  eu  à  vous,  oultre  donnant  à  entendre  que 
renommée  est  que  vous  avés  entendu  que  nous  ou 
aucuns  de  Flandres  traitent  aliances  envers  le  roi 
d'Eogletière,  et  que  nous  esrommes  pour  ce  que  nous  10 
sommes  subjet  à  la  couronne  de  France  et  que  li  rois 
est  nostre  signeur  souverain  à  qui  nous  sommes  tenu 
de  nous  i  aquiter  ;  ce  que  fait  avons,  en  tant  que  en 
tamps  passé  à  lui  avons  envoiiet  nostres  lettres,  ensi 
comme  à  nostre  signeur  souverain,  enssi  que  il  vosist  45 
faire  la  pais;  et  sur  quoi  il  pas  ne  respondi,  mais  nos 
mesagiers  fu  pris  et  détenus,  ce  que  grant  blasme  nous 
sambloit  de  tel  signeur.  Et  encores  li  est  plus  grans 
blasmes  [et  fait]  à  blasmer  que  desour  ce  il  a  à  nous 
escript  sicomme  souverain  signeur,  et  il  ne  nous  daigna  20 
envoiier  response,  quant  à  lui  escrisimes  conune  à 
nostre  souverain  signeur.  Et,  pour  tant  que  adont  che 
ne  li  pleut  à  faire,  pensâmes  nous  à  quérir  le  pourfit 
dou  païs  de  Flandres  à  qui  que  ce  fiist  à  faire,  sicomme 
fait  avons.  Nientmains  que  aucune  cose  en  est  encore,  25 
pora  li  rois  bien  venir  à  tamps  à  manière  que  toutes 
forterèces  soient  ouvertes,  et  pour  ce  que  nous  def- 
fendesimes  ceux  de  Tournai,  quant  darrainement 
furent  en  nostre  ost,  que  nuls  ne  venroit  mais  en  telle 
manière  cai^és  de  lettres  ne  de  bouce  sans  avoir  sauf  30 
conduit,  et  oultre  se  sont  venut  portant  lettres,  sans 
sent  ne  consent  de  nous,  à  Gand  et  à  Bruges  [et  à 


278  CHRONIQUBB  DB  J.  FROI88ART.  [I3tt] 

Ippre],  si  avons  les  mesagiers  fait  prendre  et  détenir, 
et  leur  aprenderons  à  porter  lettres  tellement  que 
autres  i  prenderont  exemple,  car  nous  sentons  que 
traïson  aquerés,  espedaulment  pour  moi,  Phelippe 
5  d'Ârtevelle,  dont  Dieux  me  voelle  deffendre,  et  aussi 
faire  et  mettre  disoord  ou  païs.  Pour  quoi  nous  vous 
laissons  savoir  que  de  ce  ne  vous  traviUiés  plus,  se  ce 
n'est  que  les  villes  devant  dites  soient  ouvertes,  die 
que  briefment,  à  Taide  de  Dieu,  elles  le  seront,  liqnels 
10  vous  ait  en  sa  sainte  garde.  Escript  devant  Audenarde, 
le  vintime  jour  dou  mois  d'octembre.  Tan  mille  trois 
cens  quatre  vins  et  deus.  PmsuppB  d*ârtbysllb, 
regard  de  Flandres,  et  ses  compagnons.  » 

§  304.  Quant  Phelippes  d'Artevelle  eut  enssi  escript, 

15  présent  le  signeur  de  HarseUes  et  son  conseil,  [si] 
leur  sambla  que  riens  n'i  avoit  à  amender,  et  seeUè- 
rent  la  lettre,  et  puis  regardèrent  [à]  qui  il  le  baille- 
roient.  Bien  savoient  que,  se  nuls  de  leur  costé  apa[r}- 
tenans  à  eubc  portoit  ces  lettres  à  Tournai,  il  seroit 

20  mors  ou  retenus,  pour  tant  que  il  tenoient  les  trois 
mesagiers  des  commissaires  en  trois  villes  en  prison. 
Si  demanda  Phelippes  :  c  Avons  nous  nul  prisonnier 
de  ceulx  d' Audenarde?  >  On  li  respondi  :  c  Oïl,  nous 
avons  un  vallet  qui  fu  hier  pris  à  Tescarmuce,  mais  il 

25  n'est  pas  d' Audenarde;  il  est  d'Artois,  vallès  à  un 
chevalier  d'Artois,  messire  6[e]rart  de  Marquillies, 
sicomme  il  dist.  »  —  c  Tant  vault  mieux,  dist  Phe- 
lippes, faites  le  venir  avant  ;  il  portera  ces  lettres,  et 
parmi  tant  il  sera  délivrés.  >  On  le  fist  venir  avant. 

30  Adont  l'appella  Phelippes  et  li  dist  :  c  Tu  ies  mon  pri- 
sonnier, et  te  puis  faire  morir,  se  je  voel,  et  tu  en  as 


[1382]  LTVBB  DBUXIÈMK,  g  804.  279 

esté  en  grant  aventure;  et,  puis  que  tu  es  chi,  tu  seras 
délivrés  parmi  tant  que  tu  m*aras  en  convenant  aour 
ta  foi  que  ces  lettres  tu  me  porteras  à  Tournai  et  les 
bailleras  as  commissaires  dou  roi  de  France  que  tu 
trouveras  là.  »  Li  variés,  quant  il  Yoï  parler  de  sa  5 
délivrance,  ne  fii  onques  si  liés,  car  il  quidoit  bien 
morir  ;  si  dist  :  c  Sire,  je  vous  jure  par  ma  foi  que  je 
les  porterai  là  où  vous  volrés,  se  ce  estoit  pour  porter 
en  infier.  »  Et  Phelippes  comiiiendia  à  rire  et  dist  : 
c  Tu  as  trop  bien  parlé.  >  Adont  li  fist  il  baillier  deux  10 
escus  et  le  fist  convoiier  tout  hors  de  Tost  et  mettre 
ou  chemin  de  Tournai. 

Tant  exploita  li  variés  et  tant  chemina  que  il  vint  à 
Tournai  et  entra  ens  es  portes,  et  demanda  où  il  trou- 
veroit  les  commissaires;  on  li  dist  que  il  en  oroit  15 
nouvelles  sus  le  marchiet.  Quant  il  fu  venus  sus  le 
mardûet,  on  li  enseigna  Tostel  de  Tevesque  de  Laon  : 
il  se  traXst  celle  part,  et  fist  tant  que.  il  vint  devant 
Tevesque,  et  se  mist  en  genous  et  fist  son  mesage  bien 
et  à  point.  On  li  demanda  des  nouvelles  de  Âudenarde  20 
et  de  Tost.  Il  respondi  ce  qu^il  en  savoit  et  compta 
comment  il  estoit  prisonniers,  mais  on  Tavoit  en  Tost 
delivret  pour  tant  que  il  avoit  aporté  celle  lettre.  On 
li  donna  à  disner  ;  entrues  que  il  disnoit,  il  fu  très  bien 
examinés  des  gens  de  l'evesque.  Quant  il  ot  à  grant  25 
loisir  disné,  il  se  parti.  Li  evesques  de  Laon  ne  volt 
mies  ouvrir  ces  lettres  sans  ses  compaignons,  et  envoia 
devers  eux  ;  et,  quant  il  furent  tout  troi  li  evesque  et 
li  chevalier  ensamble,  on  ouvri  ces  lettres  :  si  forent 
lentes  à  grant  loisir,  et  bien  examinées  et  considérées.  30 
Adont  parlèrent  il  ensamble,  et  dissent  :  «  Cils  Phe- 
lippes, à  ce  que  il  monstre,  est  plains  de  grant  orguoel 


280  CHRONIQUES  DE  J.  FR0I8SART.  [1382] 

et  présomption,  et  petitement  amire  la  majesté  roial 
de  France  ;  il  se  confie  en  la  fortune  que  il  eut  pour 
li  devant  Bruges.  Quel  cose  est  il  bon,  ce  dissent 
il,  en  chechi  à  faire?  >  Lors  consillièrent  il  longhe- 

5  ment,  et,  eux  consilliet,  il  dissent  :  €  li  prevos  et 
li  juret  et  li  consaulx  de  Tournai,  en  quelle  dtté  nous 
sommes,  sevent  bien  que  nous  avons  envcmet  à  Pfae- 
lippe  d'Ârtevelle  et  aux  villes  de  Flandres  :  s'est  bon 
que  il  oent  la  response  telle  que  Phelippes  nous  fait.  > 

iO  Ghils  consaulx  fu  tenus.  Messires  Tristrans  dou  Bos, 
gouvernères  de  Tournai,  envoia  quérir  les  prevos  [et 
jurés]  ;  on  ouvri  la  halle,  on  sonna  la  cloque  :  tout  dl 
dou  conseil  vinrent.  Quant  il  furent  venu,  on  lissi  et 
relissi  par  deus  ou  par  trois  fois  tout  généralement 

i5  ces  lettres.  Li  sage  se  mervilloient  des  grosses  et  pre- 
somptieuses  paroUes  qui  dedens  estoient.  Adont  fu 
consilliet  que  la  copie  de  ces  lettres  [demorroit]  à  Tour^ 
nai,  et  li  commissaire  dedens  deus  ou  trois  jours  s'en 
retoumeroient  devers  le  roi  et  i  reporteroient  ces 

20  propres  lettres  scellées  dou  seel  Phelippe  d'Ârtevelle. 
Âtant  se  départi  cils  consaulx,  et  s'en  retourna  cascuns 
en  son  hostel. 

§  305.  Phelippes  d'Ârtevelle,  qui  se  tenoit  à  host 
devant  Âudenarde,  enssi  comme  vous  savés,  ne  se 

25  repentoit  mies  de  ce  se  durement  et  poindanment  il 
avoit  escript  en  aucunes  manières  aux  conunissaires 
dou  roi  de  France,  mais  il  se  repentoit  de  ce  que 
parellement  ou  plus  doucement  il  n'avoit  escript  aux 
prevos  et  jurés  de  Tournai,  en  faindant  et  en  mons> 

30  trant  amour,  quoique  petit  en  i  eust.  Par  voie  de 
disimulation  il  dist  que  il  i  escriroit,  car  il  n'i  voroit 


[1382]  LIVRE  DBUXlàia,  §  306.  281 

mie  aourir  toute  le  haïne  ne  maie  amour  que  il  poroit 
bien.  Si  escripsi  Phelippes  en  le  fourme  et  manière 
conmie  cbi  s'enssieut,  et  fu  li  supercription  telle  :  <  A 
h<Minerable8  et  sages  nos  chiers  et  bons  amis  les  pre- 
vos  et  jurés  de  la  ville  et  dté  de  Tournai.  5 

§  306.  c  Très  chier  et  bon  ami,  vous  plaise  savoir 

que  nous  avons  recheu  unes  lettres  mention  faissant 

de  deus  vos  bourgois  et  manans,  portant  lettres  à 

Gand  et  à  Bruges  des  commissaires  dou  roi  de  France, 

pris  et  détenus  par  nous,  pour  avoir  hors  de  pri-  10 

son  à  la  prière  de  vous,  par  quoi  la  bonne  amour 

et  afection  qui  est,  et,  se  Dieux  plaist,  perseve[r]ra 

entre  vous  et  le  commun  païx  de  Flandres,  soit  de 

tant  plus  perseverée  ;  laquelle  amour,  très  chier  amit, 

nous  samble  bien  petite,  car  à  nostre  connissance  est  15 

venu  que  li  rois  de  France,  li  dus  de  Bourgongne,  li 

dus  de  Bretaigne  et  pluiseur  autre  grant  signeur 

assamblent  forment  pour  venir  en  l'aide  de  monsi- 

gneur  de  Flandres  sour  le  païs  de  Flandres  et  pour 

avoir  le  dit  païs  pour  combatre,  nonobstant  les  lettres  20 

que  il  à  nous  envoiièrent  pbur  traitier  pais  et  acord  : 

ce  que  à  nous  ne  samble  pas  voie  faisable,  à  ceux 

appartenant  :  dont  nous  sommes  sour  nostre  garde 

et  deffence,  et  serons  d'ores  en  avant  de  jour  et  de 

nuit.  Et  tant  que  des  prisons  vos  bourgois,  si  sadiiés  25 

que  nous  les  detenrons  devers  nous  tant  que  nous 

sarons  le  vrai  de  Fasamblement  des  signeurs  et  que 

à  nous  aplaira  de  eux  délivrer,  car  vous  savés  que, 

quant  vos  bourgois  lurent  darainement  en  Flandres 

pour  trouver  la  pais,  que  là  fu  dit,  ordonnet  et  com-  80 

mandet  que  on  n'envoieroit  mais  nulle  personne,  ne 


282  CHR0NIQUB8  DE  J.  FROMSART.  [1882] 

par  lettres  ne  autrement,  à  savoir  est  sans  sauf  con- 
duit, che  que  li  signeur  conunissaire  là  estant  ont 
fiadt,  pour  faire  discort  et  content  ou  dit  paix.  Si  vous 
prions,  chiers  amis,  que  ne  voelliés  plus  envoiier  nulle 

5  personne  en  Flandres  de  vos  bourgois  ne  de  autres 
de  par  les  dis  signeurs;  mais,  se  aucune  oose  vous 
plaist,  à  vous  touchant  ou  à  vos  bourgois,  ce  que  nous 
porons  faire,  nous  rediepverons  vos  besongnes  en 
telle  manière  comme  nous  volriens  que  les  nostres 

10  fuissent  redieues  par  vous,  en  qui  nous  avons  aucu- 
nement, en  ce  cas  et  en  plus  grant,  fiance,  siami 
on  doit  avoir  en  ses  bons  voisins;  et  est  nostre 
intention,  et  generallement  don  païx  de  Flandres, 
que  tout  marceant  et  leurs  maroeandisses  passent 

15  et  voissent  sauvement  de  Fun  pals  en  Tautre,  sans 
eux  ne  aux  maroeandisses  riens  fourfaire.  Et  Dieux 
vous  gard  !  Escript  en  nostre  ost  devant  Âudenarde, 
le  vint  et  troisime  jour  dou  mois  d'octembre,  Tan  mil 
trois  cens  quatre  vins  et  deus.  PmsLippBS  d'Artb- 

20  VELLB,  regard  de  Flandres,  et  ses  compaignons.  > 

§  307.  Au  diief  de  trois  jours  apriès  ce  que  la  pre- 
mière lettre  fu  envoiie  aux  commissaires  dou  roi, 
enssi  que  li  seigneur  de  Tournai  estoient  en  [la]  halle 
asamblé  en  conseil,  vinrent  ces  secondes  lettres,  et 

25  forent  aportées  par  un  varlet  de  Douai,  sicom  il  disoit, 
que  cil  de  [Gand]  estant  au  siège  devant  Audenarde 
leur  envoioient.  Les  lettres  furent  recheues  et  portées 
en  halle,  et  li  commissaire  appellet,  et  là  furent  lentes 
à  grant  loisir  et  consillies.  Finablement  li  conmiissaire 

80  dissent  ensi  as  provos  et  jurés  de  Tournai,  qui 
demandoient  conseil  de  ces  besongnes  :  <  Signeur, 


[1382]  UVBK  DEUXIÈMB,  §  306. 

nous  VOUS  dissoDs  pour  le  mieux  que  vous  n'aiiés  nulle 
aquintance  ne  canlandisse  à  ceux  de  Flandres,  car  on 
ne  vous  en  saroit  gret  en  France  ;  ne  ne  ouvrés  ne 
redievés  mais  nulles  lettres  que  on  vous  envoie  de  che 
lés  là,  car,  se  vous  le  faites  et  on  le  scet  au  conseil  5 
dou  roi,  vous  en  recheverés  blasme  et  damage,  et 
sera  grandement  ou  préjudice  dou  roiaulme.  Ghils  Phe- 
lippes  d*Artevelle  monstre  et  nous  enseigne  par  ses 
escripsions  que  il  ne  fait  pas  grant  compte  dou  roi  ne 
de  sa  poissance  ;  mais  se  laira  trouver  au  debout  de  10 
la  conté  de  Flandres,  qui  est  hiretages  au  conte,  à 
toute  sa  poissance.  Ghe  sont  parolle[s]  impétueuses 
et  orguilleuses,  et  li  rois  et  monsigneur  de  Bourgongne 
en  aront  à  nostre  retour  grant  indignation;  si  ne 
demo[r]ront  pas  les  coses  longhement  en  cel  estât.  »  15 
Et  cil  de  Tournai  respondirent  que  par  leur  conseil 
il  perseve[r]roient  et  que,  se  à  Dieu  plaisoit,  il  ne 
feroient  ja  cose  dont  il  fussent  repris.  Depuis  ne 
demora  que  trois  jours  que  li  commissaire  partirent 
de  Tournai,  et  s*en  retournèrent  devers  le  roi,  et  le  20 
trouvèrent  à  Peronne,  et  ses  trois  oncles  les  dus  dallés 
lui,  Berri,  Bourgongne  et  Bourbon. 

§  308.  Le  jour  devant  estoit  là  venus  li  contes  de 
Flandres,  pour  remonstrer  ses  besongnes  au  roi  et  à 
son  conseil,  et  pour  relever  la  conté  d'Artois,  en  quoi  25 
il  estoit  tenus,  car  encores  ne  Tavoit  il  point  relevée. 
Si  en  estoit  il  contes  par  la  sucession  de  la  contesse 
d'Artois,  sa  mère,  qui  estoit  morte  en  Tanée.  Quant 
chil  commissaire  furent  venu,  li  consaulx  dou  roi  se 
mist  ensamble,  présent  le  jone  roi,  et  là  furent  lentes  30 
les  deus  lettres  dessus  dites  que  Phelippes  d'Artevelle 


284  CHRONIQUES  DS  J.  FR0I8SART.  [1382] 

et  dl  de  Flandres  avoieût  mvoiies  à  Tournai.  De  ce 
que  on  les  converti  en  grant  mal  et  que  il  fu  dit  que, 
en  le  nouveleté  dou  roi  de  France,  si  grans  orgieux 
qui  estoit  en  Flandres  ne  faissoit  mies  à  sou&ir  ne  à 
5  soustenir,  de  ce  ne  fu  pas  li  contes  de  Flandres  cou- 
rouchiés,  che  fu  raisons,  car  bien  veoit  et  congnissoit 
que,  sans  l'aide  et  poissance  dou  roi  de  France,  il  ne 
pooit  jamais  retourner  à  son  hiretage  de  Flandres.  Si 
fist  là  li  contes  de  Flandres  au  roi,  présent  son  conseil, 

10  ses  complaintes  bien  et  à  point,  et  fu  bien  oïs  et  respon- 
dus  en  dissant  des  dus  :  c  Cousins,  des  Flamens  ne 
poés  vous  à  présent  dire  ne  parler  de  nul  raison- 
nable traitiet,  sicom  il  appert  par  leurs  [lettres]  scel- 
lées, et  sont  orgilleux  et  presomptieux  et  trop  fourfait, 

15  quant  il  querent  aliaoces  à  estragne  signeur  tel  comme 
le  roi  d'Engletière,  qui  est  nostres  aversaires;  et  ce  ne 
sera  point  soustenu,  mais  les  ira  li  rois  bastéement 
combatre,  et  de  che  soies  tous  asseurés.  >  Lors  se  offri 
et  présenta  li  contes  de  Flandres  au  roi  de  relever  la 

20  conté  d'Artois,  enssi  comme  à  son  naturel  signeur  et 
que  il  le  devoit  faire.  Li  rois  fu  consilliés  de  respondre 
et  dire  enssi  :  c  Contes,  vous  retoumerés  en  Artois, 
et  tremprement  nous  serons  à  Ârras,  et  là  ferés  vous 
vostre  devoir,  presens  les  pers  de  France,  car  mieux 

25  ne  poons  nous  monstrer  que  la  querelle  est  nostre 
que  de  aprochier  nos  ennemis.  > 

Li  contes  se  contempta  moult  de  ceste  response,  et 
se  parti  de  Peronne  trois  jours  après,  et  s'en  retourna 
en  Artois,  et  vint  à  Hesdin.  Et  lirois  de  France,  comme 

30  chils  qui  de  grant  volenté  voloit  venir  en  Flandres  et 
abatre  l'oi^oel  des  Flamens,  enssi  que  autrefois  si 
predicesseur  avoient  fait,  mist  ders  en  oevre  à  tous 


[1382]  LIVU  DBUXIÈMK,  %  309.  285 

lés  et  envoiia  lettres  et  mesagiers  et  mandemens  qui 
s'estendirent  par  toutes  les  parties  de  son  roiaulme, 
en  mandant  que  tantos  et  sans  délai  cascuns  venist 
vers  Arras  pourveux  au  mieux  que  il  peuist,  car  au 
plaisir  de  Dieu  il  voloit  aler  combatre  les  Flamens  en  5 
Flandres.  Nuls  sires  tenant  de  lui  n'osa  désobéir,  mais 
fissent  leurs  mandemens  de  leurs  gens,  et  s'aparilliè- 
rent  et  se  départirent  li  lonlaing  d'Auvergne,  de 
Roerghue,  de  Quersin,  de  Toulousain,  de  Gascongne, 
de  Limosin,  de  Poito,  de  Sainctonge,  de  Bretaigne  et  10 
d'autre  part,  de  Bourbonnois,  de  Forois,  de  Bour- 
gongne,  de  la  Daufiné,  de  Savoie  et  de  Loeraingne, 
de  Bar  et  de  tous  les  circuités  et  chaingles  dou 
roi[aume]  de  France  et  des  tenances.  Et  tout  avaloient 
aval  vers  Artois  :  là  se  faissoit  li  amas  des  gens  d'armes  i& 
si  grans  et  si  biaux  que  mervelles  estoient  à  consi- 
dérer. 

§  309.  Li  contes  de  Flandres,  qui  se  tenoit  à  He[s]- 
din  et  qui  tous  les  jours  ooit  nouvelles  dou  roi  et  dou 
duc  de  Bourgongne  et  dou  grant  mandement  qui  se  20 
faissoit  en  France,  fist  une  deffense  par  tout  Artois 
ou  plat  pals  que  nuls,  sus  à  perdre  corps  et  avoir,  ne 
traisist  ne  mesist  hors  de  son  hostel,  en  forterèce  ne  en 
bonne  ville,  cose  que  il  euist,  car  il  voloit  que  les  gens 
d'armes  fuissent  aissiet  et  servit  de  ce  qui  estoit  ou  25 
plat  païs.  Âdont  s'en  vint  li  rois  en  Ârras,  et  là  s'aresta  ; 
et  les  gens  d'armes  de  tous  lés  venoient  et  aplouvoient 
tant  et  si  bien  estofé  que  ce  estoit  grant  biauté  dou 
veoir,  et  se  logoient  enssi  comme  il  venoient  sus  le 
plat  pals,  et  trouvoient  les  granges  toutes  plaines  et  30 
bien  pourveues,  lesquels  pourveances  leur  venoient 


286  CHR0NIQUB8  BK  J.  FBOI88ART.  [iSK] 

bien  à  points  car  tout  estoit  abandonné,  et  li  corps 
des  grans  aigneurs  se  logoîent  ens  es  bonnes  villes. 
Adont  vint  li  contes  de  Flandres  en  Ârras,  et  conjol 
grandement  le  roi  et  les  signeurs  qui  là  estoient  vttiu, 
5  et  fist  là  hommage  au  roi,  présent  les  pers  qui  là 
estoient,  de  la  conté  d'Ârt<Hs,  et  li  rms  le  recîiut  à 
homme,  et  li  dist  :  c  Biaux  cousins,  se  il  plaist  à  Dieu 
et  à  saint  Denis,  nous  vous  remeterons  temprement 
en  l'iretage  de  Flandres,  et  abaterons  tellement  Tor- 

10  guoel  de  ce  Phelippe  et  de  ses  Flamens  que  jamais 
[n'aront]  cure  ne  poissance  de  euk  révéler  ne  rele- 
ver. >  —  c  Monsigneur,  dist  li  contes,  je  i  ai  bien 
fiance,  et  vous  i  aque[r]rés  tant  d'onneur  et  de  grâce 
que  à  tous  les  jours  dou  monde  vous  en  serés  prisiés, 

15  car  maintenant  voirement  est  li  orgieux  moult  grans 
en  Flandres.  > 

§  310.  Phelippes  d'Ârtevelle,  lui  estant  [au  siège] 
devant  Audenarde,  estoit  tous  avisés  et  enformés 
comment  li  rois  de  France  voloit  à  poissance  venir  sur 

20  lui.  Par  samblant  il  n'en  faissoit  compte,  et  disoit  à  ses 
gens  :  c  Mais  par  où  quide  dis  roitiaux  entrer  en  Flan- 
dres? n  est  encores  trop  jones  d'un  an,  quant  il  nous 
quide  esbahir  par  ses  asamblées.  Si  ferai  tellement 
garder  tous  les  passages  et  les  entrées  de  Flandres 

25  que  il  ne  sera  mies  en  leur  poissunce  que  il  se  voient 
de  ceste  anée  dechà  le  rivière  dou  Lis.  >  Adont  manda 
il  à  Gand  le  signeur  de  Harselles  que  il  venist  devant 
Audenarde  :  il  vint.  Quant  il  fu  venus,  Phelippes  li 
dist  :  c  Sires  de  Harselles,  vous  savés  bien  et  enten- 

30  dés  tous  les  jours  conunent  li  rois  de  France  se  appa* 
relie  pour  nous  destruire  ;  il  faut  que  nous  aions  avis 


[1S82J  un»  DBUZlilfll,  i  310.  i87 

et  conseil  sur  oe.  Vous  deiiior[r]és  cfai  et  tenrés  le 
siège,  et  je  m*eQ  irai  à  Bruges  et  à  Ippre  aprendre 
encores  mieux  des  nouvelles,  et  rafiresquirai,  par 
paroUes  et  monitions  de  bien  faire  et  de  eux  enconn 
gier,  les  bonnes  gens  des  bonnes  villes,  et  establirai  5 
sus  la  rivière  dou  Lis  aux  passages  tant  de  gens  que 
li  François  ne  poront  oultre.  »  A  tout  oe  s'acorda 
bien  li  sires  de  Harselles.  Lors  se  départi  Phelippes 
dou  si^e,  et  s'en  chevauca  vers  Bruges  ;  et  chevau- 
dioit  oonune  sires,  et  faissoit  porter  son  pennon  10 
devant  lui  tout  desvolepet,  armoiiet  de  ses  armes,  et 
portoit  de  noir  à  trois  cappiaulx  d'argent. 

Quant  il  fu  venus  à  Bruges,  il  trouva  Piètre  dou 
Bos  et  Piètre  le  Wintre,  qui  là  estoient  gardiien  et 
cappitaines  de  Bruges.  Si  parla  à  eulx  et  leur  remous-  t5 
tara  comment  li  rois  de  France  atout  sa  poissanoe 
voloit  venir  en  Flandres,  et  que  il  oonvenoit  aler  au 
devant  pour  i  remediier  et  garder  les  passages  :  c  Si 
voel,  Piètre  dou  Bos,  que  vous  allés  au  pas  à  Gom- 
mines  :  vous  garderés  là  la  rivière.  Et  vous.  Piètre  le  20 
Wintre,  vous  irés  au  [pont]  à  Wameston  et  là  garde- 
rés vous  le  passage.  Et  faites  tous  les  pons  en  de^ 
sus  la 'rivière  jusques  à  la  Gorge  et  à  Estelles  et  à 
Henreville  rompre,  et  en  desous  jusques  à  Gourtrai. 
Par  enssi  ne  poront  li  François  passer,  et  je  m'en  25 
irai  à  Ippre  parler  à  ceux  de  Ippre  et  eux  en  amour 
rafresquir  et  reconforter,  et  remonstrer  conunent  nous 
sommes  conjoint  ensamble  par  une  unité,  et  que  nuls 
ne  se  fourvoie  ne  isse  de  ce  que  nous  avons  juret 
ensamble  à  tenir.  Il  n'est  mies  en  la  poissance  dou  roi  30 
de  France  ne  de  ses  François  que  il  puisent  passer  la 
rivière  dou  Lis  ne  entrer  en  Flandres,  puis  que  li  pas 


288  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSABT.  [1382J 

seront  gardé,  se  il  ne  vont  au  lonc  de  la  rivière  querre 
passage  vers  Saint  Orner  et  Berghes.  Et,  se  il  faissoient 
die  chemin,  il  trouveroient  tant  d'empeoemens ,  de 
crolières  et  de  mauvais  pas  que  il  ne  se  poroiait  tenir 
5  ensamble,  avoec  ce  que  il  est  iviers  et  que  il  fait 
fresc  et  mauvais  chevauchier,  que  il  seroient  tout 
perdu  d'avantage.  >  Ghe  respondirent  cil  doi  Piètre  : 
c  PheUppe,  vous  dites  voir,  et  nous  ferons  ce  que 
vous  dites.  Et  de  nos  gens  qui  sont  en  Engletière, 

10  avés  vous  oï  nulles  nouvelles?  >  —  c  Par  ma  foi  !  res- 
pondi  Phelippes,  nenil,  dont  je  m'esmervelle.  Li  par- 
lement sont  maintenant  à  Londres,  si  en  deverons 
temprement  oïr  nouvelles.  Li  rois  de  France  ne  se 
puet  jamais  tant  haster  que  nous  ne  soions  conforté 

15  des  Ënglès,  anchois  que  il  nous  porte  point  de  con- 
traire. Espoir,  fait  li  rois  d'Engletière  son  mandement, 
et  venront  Englois  à  TEsduse  sus  une  nuit,  quant  nous 
ne  nos  en  donrons  garde,  car  il  ont  vent  pour  issir 
hors  d'Engletière  à  votenté.  »  Ensi  se  devisoient  chil 

20  troi  compaignon  ensamble.  Auques  pour  ce  tamps 
toute  Flandres  estoit  en  obéissance  à  eux,  excepté 
Tenremonde  et  Audenarde. 

§311.  Ëntrues  que  ces  ordonnances  se  faissoient, 
et  que  li  rois  de  France  sejournoit  à  Arras,  et  que 

25  gens  d'armes  s'amassoient  en  Artois,  en  Tournesis  et 
en  le  castelerie  de  Lille,  se  avissèrent  aucun  cheva- 
lier et  escuier  qui  sejournoient  à  Lille  et  là  environ, 
par  l'emprise  et  ennort  dou  Halse  de  Flandres,  que  il 
feroient  aucun  exploit  d'armes,  par  quoi  il  seroient 

30  renommé.  Si  se  quellièrent  un  jour  environ  sis  vins 
hommes  d'armes,  chevaliers  et  escuiers,  et  vinrent 


[1382]  UVRS  DBUXIÈIIB,  S  3ii.  289 

passer  la  rivière  dou  Lis  au  pont  à  Hemn,  à  deux 
lieues  de  Lille,  liquels  pons  n'estoit  point  enoores 
deffiJs,  et  chevauchièrent  en  la  ville  et  restourmirent 
moult  grandement,  et  tuèrent  et  decopèrent  en  la 
ville  et  là  près  grant  fuisson  de  gens,  et  les  cachièrent  5 
priés  tous  hors  de  leur  ville.  Li  haros  commencha  à 
monter;  les  villes  voisines  commenchièrent  à  sonner 
leurs  cloques  à  herlle  et  à  traire  vers  Uenin,  car  li 
haros  venoit  de  là.  Si  s'[as]aniblèrent  grant  fuisson 
de  gens,  et  se  requellièrent  tout  ensamble  en  Menin.  iO 
Quant  li  Halses,  messires  Jehans  de  Jeumont,  li  cas- 
telains  de  Buillon,  messires  Henris  de  Dufle  et  li  che- 
valier et  escuier  eurent  bien  esmeu  le  païs  et  leur  fu 
vis  que  il  estoit  tamps  dou  retourner,  il  se  missent  au 
retour  pour  rapasser  à  ce  pont  la  rivière,  enssi  que  il  15 
avoient  passé  ;  et  ja  le  trouvèrent  il  fort  et  pourveu  de 
Flamens  cgai  le  deffaissoient  ce  qu'il  pooient,  et,  quant 
il  en  avoient  rosté  une  ais,  il  le  couvroient  de  fiens, 
afin  que  on  ne  veist  point  le  mehaing.  Evous  cheva- 
liers et  escuiers  retourner,  montés  sur  fleurs  de  cour-  20 
siers  et  de  chevaux,  et  truevent  en  la  ville  plus  de 
deus  mille  de  ces  païssans  qui  là  s'estoient  requelliet, 
liquel  se  mettent  tout  en  bataille  pour  venir  sus  eux. 
Quant  dl  gentil  honmie  en  veïrent  le  convenant,  si 
dissent  :  <  Il  nous  faut,  par  force  de  chevaux,  rompre  25 
ces  villains,  ou  nous  sommes  atrapet.  >  Âdont  se 
missent  il  tout  ensamble,  et  abaissièrent  les  lances  et 
les  espées  roides  de  Bourdiaux,  et  esperonnèrent  les 
chevaux  de  grand  randon,  et  missent  devant  les  plus 
fors  montés,  et  commenchièrent  à  huer.  Ghil  Flament  30 
s'ouvrirent  qui  ne  les  osèrent  atendre,  et  li  autre 
dient  que  il  le  fissent  tout  par  malisse,  car  il  savoient 

X  — 19 


2M  CHRONIQUKS  DB  h  FROISfSAET.  [1M2] 

bien  que  U  pons  oe  les  poroit  porter;  et  disnient 
entre  eux  li  Flament  :  c  Paissons  leur  voie;  vous 
Terés  ja  biau  jeu.  »  Li  Halse[s]  de  Flandres,  li  chevalier 
et  li  escuier  qui  se  vdoient  sauver,  car  li  sejoumers 

5  leur  estcMt  contraires,  fièrent  chevaux  des  espérons 
sus  oe  pont,  liquels  n*estoit  pas  fors  pour  porter  on 
tt  grant  fais.  Toutesfois  li  Halses  de  Flandres  et  anoun 
autre  eurent  Teur  et  l'aventure  de  passer  oultre,  et  pas- 
sèrent environ  trente,  et,  enssi  que  li  autre  voldent 

iO  passer,  li  pons  rompi  desous  eulx.  Là  eut  des  che- 
vaus  enrasquiés,  qiû  ne  se  peurent  ravw,  qui  i 
forent  mort  et  leurs  maistres.  Ghil  qui  estoient 
derière  velrmt  cfae  meschief  :  si  furent  moult  esbi^ 
et  ne  soeurent  où  fuir  pour  eux  sauver.  Si  ferirent  li 

15  aucun  en  la  rivière,  qui  le  quidoient  noer,  mais  il  ne 
pooient,  car  elle  est  parfonde  et  de  hantes  rives  où 
cheval  ne  se  pueent  aherdre  ne  [rescoure] .  Là  &A  grant 
raesohief ,  car  li  Flament  venoient,  qui  les  encaociioient 
et  ochioient  à  volenté  ^  sans  merdii,  et  les  fsissoient 

20  saillir  en  Faige,  [et]  là  se  noioient.  Là  Ai  messires 
Jehans  de  Jeumont  en  grant  aventure  d^estre  perdus, 
car  li  pons  rompi  desous  11,  mais,  par  grant  apertisse 
de  corps,  il  se  sauva.  Toutesfois,  il  fu  navrés  éou 
trait  moult  durement  ou  chief  et  ou  corps,  dont  il  jut 

25  puis  plus  de  sis  sepmaines  ^  ne  se  peut  armer  en 
grant  tamps.  Â  che  dur  rencontre  furrât  mort  li  cas- 
telatns  de  Buillon  et  [Bouchars]  de  Saint  Hilaire  et 
pkiiseur  autre,  et  noiiés  messires  Henris  de  Dufle  ;  et 
en  i  eut  que  mors  que  noiiés  plus  de  soissante,  et  dl 

30  tout  ewireux  qui  sauver  se  peurent,  et  grant  foison 

de  Mechiés  et  de  navrés.  Enssi  ala  de  ceste  emprisse. 

Les  nouvelles  en  vinrent  as  signeors  de  France  qui 


[1382]  UVBB  WmsÈME,  g  842.  291 

estoient  à  Ârras,  oonmieiit  lears  gens  avoieot  perda» 
€t  comment  follement  li  Hatees  de  Flandres  avoit  die- 
yaudiirt.  Si  farent  des  aueons  plains,  et  des  autres 
noa  ;  et  disoient  dl  qui  le  plus  estoient  usé  d'armes  : 
<  Il  ont  fait  une  folle  emprisse  de  passer  une  rîvîèm  & 
sans  gué  et  aler  courir  une  grosse  ville«  et  entrer  ou  pals, 
et  retoomar  au  pas  par  où  il  avoient  passet,  et  non 
[garder]  ^be  pas  jusques  à  leur  retour;  che  n*est  pas 
emprise  faite  de  sages  gens  d*araies  qui  voellent  venir 
à  bon  efaief  de  kur  besongne,  à  faire  enssi,  et  pour  ^0 
ce  que  outrequidiet  il  ont  cbevaudiiet,  leur  en  est  il 
mal  pris*  » 

g  31S.  Gheste  oose  se  passa;  on  le  mist  en  oubUanoe, 
ci  Phdippes  d'ArfteireUe  se  départi  de  Bruges  et  s'en 
vint  à  Ippre,  où  il  fu  requeUiés  à  grant  joie.  Et  Hêtres  45 
don  Bos  s'en  vint  à  Gonomines,  où  tous  M  plas  pals 
estoit  asamUés,  et  là  entendi  as  besongnes  et  fist 
toutes  les  ais  dou  pont  de  Gommines  deaclauer  et  dei»- 
cpieviUier,  pour  estre  tantos,  se  il  besengnoit,  [deffait]  ; 
mais  encore  ne  vaut  il  mies  le  pont  eondempner  de  tous  20 
poiiis^  pour  l'avantage  de  ceulx  dou  plat  païs  requellier , 
qui  passaient  tous  le&  jours  leurs  bestos  à  grant  fuifr- 
son  et  mettoient  oïdtre  le  Lis  à  sauveté  et  eacbœent 
cas  es  bos  et  ens  es  praimes  sus  le  pals  et  environ 
Ippre.  Si  en  estoit  li  ptis  si  cargiés  que^à  grans  mer*-  25 
velles. 

Che  propre  jour  que  Pbelippes  d'Aitevelle  vint  à 
Ippre,  vinrent  les  nouvelles,  comment,  au  pont  à 
Menin,  li  François  avoitnt  perdu  et  li  Hdses  avoit  esté 
priés  atrappés.  De  ces  nouvelles  fu  Pbelippes  tous  res*  30 
joitof  et  dirt  en  riant,  peur  rencoragier  oeuU  qui  daUés 


^92  CHR0NIQUB8  DB  J.  FROISSART.  [1382] 

lui  estoieot  :  t  Par  la  grâce  de  Dieu  et  le  boo  droit 
que  nous  avons,  tout  li  autre  veuroot  à  celle  fin,  ne 
jamais  cils  rois  de  France,  jonement  consilliés  selonc 
che  qu'il  est  d'eage,  se  il  passe  la  rivière  dou  lis, 
5  ne  retournera  en  France.  » 

Phelippes  d'Ârlevelle  fu  cinc  jours  à  Ippre,  rt 
preecha  em  plain  marchiet  pour  rencoragier  son 
peuple  et  tenir  en  leur  foi  ;  et  leur  remonstra  com- 
ment li  rois  de  France,  sans  nul  title  de  raison,  venoit 

10  sus  eux  pour  eux  destruire  :  c  Bonnes  gens,  dist  Phe- 
lippes, ne  vous  esbahissiés  point  se  il  viennent  sur 
vous,  car  ja  n'aront  poissance  de  passer  la  rivière 
[dou  Lis].  J'ai  fait  tous  les  pas  bien  garder,  et  est 
ordonnés  à  Gommines  Piètres  dou  Bos  atout  grant 

15  gent,  qui  est  uns  loiaux  homs  et  qui  aime  l'onneur  de 
Flandres;  et  Piètre  le  Wintre  est  à  Warneston,  car 
tout  li  autre  passage  [sus]  la  rivière  dou  Lis  sont 
romput,  ne  il  n'i  a  passage  ne  gué  fors  à  ces  deus 
villes  là  où  il  puissent  passer.  Et  si  ai  oît  nouvelles 

20  de  nos  gens  que  nous  avons  envoiiet  en  Engletière. 
Nous  arons  temprement  un  très  grant  confort  des 
Englès,  car  nous  avons  bonnes  aliances  à  eux  :  il  se 
sont  ahers  avoecq  nous  pour  aidier  à  faire  nostre 
guerre  contre  le  roi  de  France  qui  nous  voelt  heriier. 

25  Si  vives  loiaument  en  cel  espoir,  *  car  li  honneurs  nous 
demor[r]a,  et  tenés  che  que  vous  avés  juret  et  promis 
à  moi  et  à  la  bonne  ville  de  Garid,  qui  tant  a  eu  de 
paine  et  de  frait  pour  soustenir  et  garder  les  droi- 
tures et  les  francisses  des  bonnes  villes  de  Flandres. 

30  Et  tout  cil  qui  voellent  demorer  dalés  moi,  enssi 
comme  il  l'ont  juret,  [lièvent]  le  main  vers  le  chiel  en 
segnefiant  loiauté.  »  A  ces  mos,  tout  cil  qui  ou  mar- 


[1382]  LIVRE  DEUXIÈME,  S  312.  293 

diiet  estoient  et  qui  oït  Favoient  levèrent  le  main 
amont,  et  le  aseurèrent  que  tout  demor[r]oîent  dalés 
lui.  Âdont  descendi  Phelippes  de  l'escafaut  où  il  avoit 
pre[e]chiet,  et  s'en  vint  fendant  parmi  le  marchiet 
jusques  à  son  hostel,  et  se  tint  là  tout  ce  jour.  A 
Tendemain,  il  monta  à  cheval  et  retourna  à  toute  sa 
route  vers  Âudenarde,  où  li  sièges  se  tenoit,  qui  point 
ne  se  defifaissoit  pour  nouvelles  que  il  oïssent  ;  mais  il 
passa  parmi  Gourtrai,  et  reposa  là  deus  jours. 


Fm  DU  TEXTE  DU   TOME  DIXIEME. 


VARIANTES. 


VARIANTES. 


f 


§  169.  P.  ly  1.  2  :  Sartre.  —  Ms.  B 12  :  Chartres. 

P.  ly  1.  3  :  Noiion.  —  Ms.  A  2  :  Nogent. 

P.  ly  1.  5  :  deslogiërent.  —  Les  mss.  A  7,  B  5,  7  ajoutent  : 
et  puis  se  partirent. 

P.  iy  1.  6  :  là.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  s'arrestèrent  et. 

P.  iyX.l  '.  Sablé.  —  Mss.  B  5,  7  :  Sales. 

P.  ly  1.  8  :  Mans.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Ms.  A  1  :  Man. 
—  Ms.  B  12  :  Mayens. 

P.  2,  1.  1  :  d'Arve.  —  Mss.  B 1,  2,  12,  20  :  d'Ame. 

P.  2|  1. 4  :  marescages.  —  Mss.  A  7,  B  7  :  marez.  —  Ms.  B  5  : 
mares. 

P.  2,  1.  7-9  :  seuissent...  garde.  —  Ms.  B 12  :  les  eussent  là 
assaillîz,  ilz  n'eussent  aucunement  peu  secourir  à  l'un  l'autre. 

P.  2,  1.  7  :  convenant.  —  Ms.  B  20  :  inconvénient. 

P.  2,  1.  11  :  passèrent.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  onltre. 

P.  2, 1.  12-13  :  en  iaulx...  esperoient.  —  Mss.  A7,  B  5,  7  : 
en  espérant. 

P.  2,  1.  15  :  Hainbon.  —  Mss.  A  2,  B 12  :  Hennebont. 

P.  2y  1.  19  :  recorda.  —  Ms.  A  2  :  compta. 

P.  2y  1.  19-20  :  l'eut  tantos  passé.  —  Ms.  B  20  :  en  eut  de 
legier  passé  son  deuU. 

P.  2,  1.  22  :  je  avoie.  —  Mss.  B 1,  2  :  il  avoit. 

P.  2,  1.  24  :  la  moitié.  —  Manquent  aux  mss.  B  1,  2.  — 
Ms.  B  12  :  plus  de  la  moittié. 

P.  2,  1.  28  :  me  fault.  —  Ms.  B  12  :  ainsi  pour  la  cause  de 
ce  roy  Charles  mort  il  m'est  besoing  de. 

P.  2y  1.  31  :  laisseront.  —  Les  mss.  A  2,  B  5,  12  ajoutent  : 
entrer. 


298  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1380] 

P.  2,  1. 32  à  p.  3,  1.  1  :  et  chiaulx...  fiance.  —  Mes.  B  5,  7  : 
telz  que. 

P.  3y  1.  2  :  c'on  dist...  Guion.  —  Manquent  au  ms.  fi  12. 

P.  3,  1.  2  :  messire  Bertram.  —  Manquent  aux  mes.  A  7, 
B5,  7. 

P.  3,  1.  2  :  Guion.  — •  Le  ms»  A  2  ajoute  :  admirai  de  Bre- 
taigne. 

P.  3,  1.  3  :  Tannegui.  —  Ms.  A  2  :  Aubigny.  —  Ms,  B  1  : 
Chavregni.  —  Ms,  B  2  :  Channi.  —  Ms,  B  20  :  Cauvegny. 

P.  3, 1.  4  :  Câresmiel.  —  Ms,  A2  :  Carismel.  —  Ms,  B 12  : 
Carmel.  —  Ms,  B  20  :  Karennel. 

P.  3,  1.  4  :  Tesleu  de  Lion.  —  Ms.  A  2  :  grant  gouverneur 
de  Léon.  —  Manquent  aux  mss,  B  5,  7. 

P.  3»  1.  25  et  plus  bas  :  Vitré.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  — 
Af5.  A  1  :  Viteri.  —  Mss.  A  2,  B  12,  20  :  Vîtry. 

P.  3,  I.  28-29  :  où  il...  jours.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  et  de  là. 

P.  3,  1.  29  :  Chastel  Bourg.  —  Leçon  du  ms.  B  12.  — 
Ms,  A  1  :  Chastel  Brout.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  Chastel  Briant. 
—  Mss.  B  1,  20  :  Chastel  Bronc.  —  Ms.  B  2  :  Chasteau- 
briant. 

P.  3,  1.  29-30  :  Chastel  Bourg  en  Bretaigne.  —  Ms,  A  2  : 
Bron,  qui  estoit  le  propre  heritaige  de  messire  Bertran  du 
Guesclin,  connestable  de  France  qui  avoit  esté,  car  il  estoit 
mort,  n*avoit  guaires,  devant  Chasteau  Neuf  de  Randon,  si 
comme  nous  avons  dit  ci  devant. 

§  170.  P.  4,  1.  6-7  :  et  li...  n'estoit.  —  Ms.  B  20  :  et  les 
barons  de  son  païs  de  Br.  n'estoient. 

P.  4, 1.  11  :  de  France*  —  M$.  A  2  :  bon  ou  maugré  leurs 
ennemis. 

P.  4, 1.  17  :  chil.  —  Mss.  A  7,  B  2,  5^  7,  12  :  de  ceulx. 

P.  4,  1.  18  :  sont.  —  Leçon  dums.Al. ^^M$s.  A  1,  B 1,  20 : 
est.  —  Ms,  B  2  :  et  qui  est.  — -  JlCfs.  B  6,  7  :  lesquelz  sont.  «— 
Ms.  B  12  :  laquelle  est. 

P.  4,  1.  18  :  tous  rebelles.  —  Leçon  des  mss.  A7,  B5,  7.  — 
Mss.  A  1,  B  1,  2,  12,  20  :  toute  rebelle. 

P.  4,  1.  19  :  ordonnent.  —  Leçon  des  mss.  B  5,  7»  12.  — - 
Mss.  A  1,  7,  B  1,  2,  20  :  ordonne. 

P.  4,  1.  21  :  scellèrent.  —  Ms.  A  7  :  s'allèrent. 


[13801  VARIANTK8  DU  UVRS  DBUXliMS,  §  171.  999 

P.  4,  1.  23  :  régent.  -^  Les  m$9.  A  7^  B  5,  7  aJouUiu  :  de 
France. 

P.  4)  1.  25  :  pour.  —  Leçon  des  mss,  À  7,  B  1,  5,  7,  12^  20. 

—  Manque  au  nu.  A  1. 

P.  4,  1.  31  :  et...  enssi.  —  Ms.  A  7  :  distrent.  —  Mss.  B  5, 
7  :  dirent. 

P.  5,  1.  4  :  à  Chastiel  Bourg.  —  Ms.  A  2  :  en  la  ville  de  Bron. 

P.  5,  1.  7  :  entrer.  —  Le  ms,  B  12  ajoute  :  ne  antres. 

P.  5,  1.  7  :  mais.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  pour  Tamour  et 
honneur  du  duc. 

P.  5, 1.  22  :  qui  estoient.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  qu*il£  sen* 
toient. 

P.  5y  1.  25  :  se.  ---  Ze  ms.  B  20  aj'oute  :  conduisoit  et. 

P.  5, 1.  29  :  prioient.  —  Le  ms,  A  2  aj'oute  :  moult  humble- 
ment. 

P.  6,  1.  5  :  de  mettre.  -^  Mss.  B  1,  2  :  demorèrent.  — 
Ma.  B  20  :  remettre. 

S  171.  P.  69 1.  10^11  :  messires  Robert  CanoUes.  — •  Man^ 
quent  aux  mss.  B  5,  7. 

P.  6,  I.  19  :  trois.  —  Ms.  B  1,  2  :  quatre. 

P.  69  1.  20  et  plus  loin  :  Combourg.  —  Mss.  A  1,  B  1,  2,  5, 
20  :  Ck)mbrout.  —  Ms.  A  2,  7  :  Ck)mbour.  —  Ms.  B  7  :  Gom- 
brenc.  —  Ms.  B  12  :  Cambourg. 

P.  &y  1.  23  :  les  convenans.  —  Ms.  B  20  :  la  conduite. 

P.  7,  1.  1  :  de  Venues.  —  Manquent  aux  mss.  B  1^  2. 

P.  7,  1.  1  :  Venues.  —  Leçon  des  ms.  A  2,  7,  B  5,  7.  — 
Mss.  A  1,  B  12,  20  :  Rennes. 

P.  7,  1.  9  :  jour.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  se  ilz  eussent  voulu. 

—  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  se  il  voulsissent. 

P.  ly  1. 10  et  plus  loin  :  le  Heidé.  -^  Mss.  A  7,  B  5  :  la  Heidé. 

—  Mss.  B 1,  2  :  le  Herdé.  —  ATs.  B  7  :  la  Herdé.  —  Ms.  B 12  : 
la  Heydé. 

P.  7y  1.  17  :  amour.  —  Ms.  A  2  :  signe  d'amour  par  sem- 
blant. —  Ms.  B  20  :  signe  d'amour. 

P.  7, 1.  21  :  de  l'esté.  —  jlfj.  B  1  :  de  li  estre.  —  Ar«.  B  2  : 
de  lui  estre. 

P.  7,  1.  28  :  merchi.  -^  Le  ms.  B  12  aj'oute  :  et  en  seront 
tous  aises  et  joyeulx. 


300  GHRONIQUIS  DB  J.  FROI88ABT.  [1380] 

P.  8f  1.  8-9  :  tout...  Madère.  —  Ms.  B  12  :  là  tout  autour 
logiez. 

P.  8,  1.  8  :  et. — Leçon  des  msM.Aly  Bi,  2,5,7. — Manque 
au  ms.  A  1. 

P.  8y  1.  9  :  Bretaigne.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  le  conseil 
du  conte. 

P.  S,  1. 11-12  :  et...  compaignie.  —  Af«.  A2  :  ces  .un.  barons 
estoient  propres  conseilliers  du  conte. 

P.  8^  1.  13  :  besongnes.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  pour  sça- 
voir  comment  ilz  se  pourroient  maintenir  contre  cenls  de 
Nantes. 

§  172.  P.  8^  1.  16  :  devant.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12. 
—  Manque  au  ms.  Al.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  à. 

P.  8, 1.  24-25  :  et  que...  le.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  on. 

P.  8,  1.  24  :  ces.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  besoingnes  et. 

P.  8,  1.  26  :  querre.  —  Le  ms.  A  7  ajoute  :  le  conte.  —  Les 
mss.  B  5,  7  ajoutent  :  le  conte  de  B. 

P.  8,  1.  26  :  où  il...  hoos.  —  Mss.  A  7»  B  5,  7  :  pour  estre 
à  ces  obligacions  et  consaulx. 

P.  9,  1.  5  :  à  Rennes.  —  Ms.  A  2  :  encores  es  faubours  de 
Rennes  et  le  conte  et  ses  barons  en  la  ville. 

P.  9y  1.  9  :  che.  —  Le  ms.  B  20  aj'oute  :  que  ilz  Tattenderoient 
francement. 

P.  9,  1.  13  :  Morfouace.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  de  Saint 
Maslou  de  llsle. 

P.  9,  1.  14  :  Malatrait.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  le  Besgue. 

P.  9y  1.  14  :  Toumemine.  —  Ms.  A  2  :  mons.  Jehan  T.  — 
Mss.  A  If  B  b,l  lie  sire  de  T. 

§  17S.  P.  lOy  1.  2  :  li  contes  de  Savoie.  ^  Manquent  au 
ms.  B  20. 

P.  lOy  1.  4  :  li.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  mais  li. 

P.  10,  1.  22-23  :  et  tout  li  enffant.  —  Aff.  B  20  :  et  tous  les 
jouvenceaulx  o  lui,  et  par  especial  ceulx. 

P.  lOy  1.  24-25  :  dont...  devant.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  jour 
de  la  Toussains. 

P.  10, 1.  25  :  joedi.  ^  Leçon  du  ms.  A  2.  ^  Mss.  A  1,  B  1, 
2,  12,  20  :  venredi. 


[1380]  VARIANTES  DU  LIVRK  DEUXIÈME,  |  174.  301 

P.  10,  1.  30  :  roi.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  chrestien. 

P.  11,  1.  8  :  vestie.  —  Ms.  B  1  :  vestus.  —  Ms.  B  2  :  vestu. 

P.  11,  1.  8-9  :  si...  avoir.  —  Ms.  B  20  :  et  le  roy  estoit  tant 
ricliemeiit  et  noblement  vestu  que  Ton  ne  pouoit  plus. 

P.  11,  1.  10  :  escamiaulx.  —  Mss.  B  5,  7  :  eschafaulx. 

P.  11,  1.  11  :  à  ses  pies.  —  Ms.  A  2  :  assez  près  du  roy. 

P.  11, 1.  27  :  aliennées.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  au  moins  lors. 

P.  11,  1.  32  :  tref.  —  Leçon  des  mss.  A  2,  B  2,  5,  7,  12.  — 
Mss.  A  1,  7,  B  1  :  tret. 

P.  12,  1.  2  :  cinc.  —  Mss.  B  1,  2  :  quatre. 

P.  12,  1.  2  :  Braibant.  —  Manque  aux  mss.  B  1,  2. 

P.  12, 1.  3  :  Bourbon.  —  Les  mss.  B  1, 2  ajoutent  :  avoecques 
eulx  son  grant  oncle. 

P.  12,  1.  5  :  servoient.  —  Ms,  B  12  :  seroient. 

P.  12,  1.  6  :  li  sires  de  Cliçon.  —  Manquent  au  ms.  A  2. 

P.  12,  1.  7  :  France.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  la  mer. 

P.  12,  1.  14  :  pas.  —  Mss.  A  2,  B  12  :  repas. 

P.  12,  l.  28  :  mort.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  qui  estoit  tres- 
passez. 

§  174.  P.  13,  1.  13  :  Montraulieu.  —  Ms.  A  2  :  Montauban. 

—  Ms.  B  12  :  Monstreuil. 

P.  13,  1.  13  :  Houssoie.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  mons.  Gef- 
froy  de  Karrismel. 

P.  13,  1.  29  :  Ricebourc.  —  Ms.  B  12  :  Chierbourg. 

P.  13,  1.  31  :  priés.  —  Le  ms.  B  20  aj'oute  :  des  portes  de 
la  cité. 

P.  14, 1.  2  :  d'Ango.  —  Le  ms.  A  2  aj'oute  :  de  Touraine. 

P.  14, 1.  3  :  du  Mainne.  —  Leçon  du  ms.  B  1.  —  Ms.  A 1  : 
de  Humaine. 

P.  14,  1.  11  :  nuit.  —  Le  ms.  A  2  aj'oute  :  où  nous  sommes. 

—  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  de  huy. 

P.  14,  1.  11  :  escarmuchier.  —  Le  ms.  A  2  aj'oute  :  espoir 
ont  les  aucuns  tant  beu  que  le  mal  Saint  Martin  les  tient  es 
testes  tellement  qu*ilz  sont  ja  endormiz,  et  ainsi  cuident  ilz  de 
nous.  »  Si  commencièrent  tous  à  rire. 

P.  14,  1.  13  :  est.  —  Leçon  du  ms.  B  2.  —  Manque  aux 
mss.  A  1,  B  1.  —  Mss.  A  2,  7,  B  5,  7,  20  :  dites. 

P.  14, 1. 13  :  et  est...  faire.  —  Ms.  B  12  :  ainsi  devrions  faire. 


8M  CHR0N1QUS8  DX  J.  nOISSART.  [4SM] 

P.  14,  1.  13-14  :  et  nous  le  voilons.  -*  Manquent  mue 
m9$.  B  $,  7. 

P.  14, 1.  15  :  sis  vins.  —  Ms.  A  2  :  vu". 

P.  14,  L  17  :  i.  —  Leçim  des  rnse.  B  1,  2.  — -  Manque  aux 
mss.  A  1,  7,  B  5,  7,  12. 

P.  14,  1.  25  :  mebaignier*  •—  Ms.  B  12  :  deoopper.  —  Xe 
me.  A  2  ajouu  :  et  mettre  ea  gnnt  meschief, 

§  175.  P.  15,  1.  8  :  eussions.  —  Leçon  du  me.  B  2.  «-<- 
Me.  A  1  :  issions.  «--*  Mes.  A  7,  B  7,  12  :  yssions.  ^-^  Me.  B  1  : 
heussions.  -*-  Me.  B  5  :  yssissions. 

P.  15, 1.  8  :  sis.  —  Mes.  B  2,  5,  7,  12  :  de  sis. 

P.  15,  1.  8  :  set.  —  Ms.  B  20  :  huit. 

P.  15,  1.  15  :  fiiente.  -^  Ms.  A  2  :  nol  semblant.  -^^  jlfo.  B  5  : 
bruyt.  —  Ms.  B  7  :  frieme.  —  ilfji.  B  12  :  freinte. 

P.  15,  1.  28  :  moult  coiteussement.  —  Ms.  A  2  :  mouit  cour- 
toisement. —  Ms.  B  20  :  tout  à  la  couverte. 

P.  16, 1.  9  :  Nantes.  •*-  Le  ms.  A  2  ajoute  :  à  pou  de  dom- 
maige. 

§  tW.  P.  16,  1.  13  :  les.  '*«<'  Xe  199.  B  20  ajoute  :  escarmu- 
choient  et. 

P.  16,  L  15  <l  ailleurs  :  il.  *^  Leçon  du  me,  B  1.  -^Me.  A 1  :  il£« 

P.  16,  1.  16  :  setime.  —  Af^.  A  2  :  vm«. 

P.  16, 1.  22  :  Alghars.  —  ils.  A  2  :  AJehart. 

P.  16, 1.  22-23  :  Tbumas.  ^  A&.  B  1  :  Tbnns.  —-  JW».  B  2  : 
Tun. 

P.  16,  .1.  23  ;  Rodes.  -^  ilfs.  B  5  :  Rodez. 

P.  17,  L  4  :  Thumas.  —  iUf .  A  1  :  Thune»;  ef.  plue  haut 
p.  16,  1.  22-23.  -—  Mss.  B  1,  2  :  Thomas. 

P.  17, 1.  9  :  point.  —  Mss,  A  7,  B  7  ;  pou.  —  Ms.  B  5  :  peu. 

P.  17,  1.  12  :  resvilliet.  ***-  Le  ms^  B  20  ajoute  :  par  les  sail- 
lies des  François. 

§  177.  P.  17,  1.  15  :  duck.  -^  Le  me.  B  20  ajoute  :  Jehan. 
P.  18,  1.  2  :  mors.  —  Le  me.  B  20  ajoute  :  saas  nul  remède. 
P.  18,  1.  6  :  fottllées.  —  Ms.  A  2  :  pillées  ne  fouUées.  — 
Mss.  B  1,  2  :  violées.  —  Ms.  B  12  :  pillées. 
P.  18, 1.  12  :  tiroit  trop.  ^  Ms.  B  20  :  iraveiUoit  moult. 


[I8M]  VARIAmUS  BO  LIVBB  I»UXIÈ1fB.  {  179.  303 

P.  18, 1.  32  :  Roem.  —  Le  nu.  A  2  ajoute  :  le  seigneur  de 
Beaamanoir. 

P.  18,  1.  32  :  Rocefort.  —  Le  ms,  A  2  ajoute  :  le  conte  de 
Longueville,  le  yiconte  de  la  Bellière. 

P.  18,  1.  32  :  li.  —  Manquent  aux  nus.  A  1,  7,  B  1^  7.  — 
Msê.  B  2,  5,  12  :  les. 

P.  19,  1.  6  :  les.  —  Leçon  des  nus.  B  2,  5,  7,  12.  —  Manque 
aux  nus.  A  1,  7,  B  1,  20. 

P.  19,  1.  8  :  à  siège.  —  JUb*  A  1  :  assiège. 

P.  19, 1.  10  :  tant.  —  Le  nu.  B  20  ajoute  :  de  sonssy  et. 

P.  19,  1.  21  :  auquel.  —  Le  nu.  A  2  ajoute  :  aler. 

P.  19,  1.  22  :  si.  —  Leçon  des  nus.  A  7,  B  1,  2,  5,  7,  12.  — 
Ms.  A  1  :  se. 

§  178.  P.  19, 1.  28  :  iiommes  d'armes.  —  Mss.  A  7,  B  5, 7  : 
lances. 

P.  20,  1.  1  :  de.  —  Leçon  du  nu.  B 1.  —  Manque  au  ms.  A 1. 

P.  20,  1.  5  :  Amauris.  —  Ms.  B  12  :  Aymeri. 

P.  20,  1.  9  :  de  Quisenton.  —  Mss.  B  1,  2  :  de  Guisenton. 

—  Ms.  B  5  :  de  Gousoicenton.  —  Ms.  B  7  :  de  Gouçuicenton. 
-*  Manquent  au  m«.  B  12. 

P.  20,  1.  20  :  siis.  —  Ms.  A  2  :  vm.  --  itff.  A  7  :  dix.  ~ 
Mss.  B  5,1  :  des. 

P.  20,  1.  21  :  trois.  —  Mss.  B  1,  2  :  quatre. 

I  179.  P.  20,  1.  24  :  Golet.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12  ; 
cf.  plus  loin  p.  22, 1. 10.  —  Mss.  A  1,  B  20  :  Celet.  —  Ms.  A  2  : 
Rieux.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  Selete. 

P.  20,  1.  27  et  plus  loin  :  Donvesière.  —  Ms.  A  1  :  Domes« 
cière.  —  Ms.  A  7  :  Douvestre.  —  Mss.  B  1,  2,  12,  20  :  Den- 
nesière.  —  Ms.  B  5,  7  :  Dnnestre.  —  Le  nu.  A  2  donne  comme 
leçon  :  Hostidonne  et  ses  gens. 

P.  21,  1.  3  :  Tiriel.  —  Afs.  A  2  :  Tinciel.  —  Jtf«.  A  7  :  Ticiel. 

—  Mss.  B  1,  2,  20  :  Titiel.  —  Mss.  B  5,  7  :  Ûciel.  —  Ms.  B  12  : 
Titcl. 

P.  21,  1.  13  :  tenoient.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  pour  le  roy 
de  France  en  garnison. 
P.  21,  1.  14  :  fovragesrs.  —  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  fouriers. 
P.  21, 1. 18-19  :  qui...  nouvelles.  ^^ Manquent  aux  nus.  B 1, 2« 


304  CHRONIQUES  DK  J.  FROISSART.  [1386] 

P.  2iy  1.  18-22  :  qui...  fesist.  —  Manquent  au  ms,  B  12. 

P.  21,  1.  19  :  n'ooient.  —  Leçon  des  mss,  A  7,  B  5,  7.  — 
Ms.  A  1  :  n'ooit. 

P.  22,  1.  2  :  ou.  —  Le  ms,  B  20  ajoute  :  xn^  ou. 

P.  22,  1.  5-6  :  ne...  Toost.  —  Ms,  B  20  :  le  dit  messire 
Robert  Ganolle  ne  nulz  autres  ne  départirent  point  de  l'ost. 

§  180.  P.  22,  1.  10  :  Collet.  —  JIftf.  A  2  :  Rieux. 

P.  22,  1.  11  :  Morfouace.  —  Manque  aux  mss,  A  7,  B  5,  7. 

P.  22,  1.  20  :  Traiton.  —  Mss.  A 1,  7,  B 1,  2,  5,  7,  20  :  Rai- 
ton.  —  Ms.  A  2  :  Raton.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  Roiton  ;  ef.  plus 
bas  I.  29. 

P.  22,  1.  28-30  :  et  i...  chevalier.  —  Manquent  au  ms,  B  12. 

P.  22,  1.  29  :  Traiton.  —  Leçon  des  mss.  A  1,  7,  B  1,  2,  5, 7. 
—  Ms.A2:  Tinton.  —  Ms.  B  20  :  Traicon. 

P.  23,  1.  2-15  :  si  s'armèrent...  venu.  —  Mss.  B  1,  2  :  si 
vinrent  tantost  moult  estofféement  à  l'escarmuce  [B  2  ajoute  : 
et  tellement  que]. 

P.  23,  1.  3  :  et.  —  Leçon  du  ms,  A  7.  —  Manque  au  ms.  A 1. 

P.  23,  1.  5  :  à  faire.  —  Ms.  A  1  :  affaire. 

P.  23,  1.  20-21  :  pour...  avant.  —  Ms.  B  20  :  moult  avant 
pour  acquérir  loz  et  pris. 

P.  23,  1.  21  :  agraciier...  avant.  —  Ms,  B  12  :  acquérir 
honneur. 

P.  23,  1.  22  :  Galle.  —  Af5.  A  2  :  Jaille. 

§  181.  P.  23,  1.  31  :  eus.  —  Ms.  B  20  :  en  la  cite. 

P.  24,  1.  8-9  :  si...  touchoit  et.  —  Ms.  B  12  :  mais  estoient 
toujours  les  Anglois  sur  leur  guet,  et  ce  que  plus  leur. 

P.  24,  1.  8  :  fors.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7.  —  Manque 
au  ms.  A  1.  — r  Mss.  B  1,  2,  12  :  que. 

P.  24,  1.  13  :  mais...  assés.  —  Ms.  B  20  :  et  cenlx  de  la  cité 
en  avoient  à  plenté. 

§  182.  P.  24,  1.  17-21  :  deus...  eulx.  —Ms.X2:  moult 
travaillez  et  endurans  assez  de  mesaises,  deus  mois  et  quatre 
jours  attendans  la  venue  du  duc  de  Br.  ainsi  qu'il  leur  avoit 
promis,  et  ilz  virent  que  point  ne  venoit  ne  ses  convenances 
point  ne  tenoit,  et  qu'ilz  n'en  aroient  autre  chose. 


[1380]  VARIANTBS  OU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  182.  30$ 

P.  24,  1.  21  et  ailleurs  :  il.  -^  Ms.  A  i  :  ilz. 

P.  24y  1.  25  :  au  deslogier.  —  Ms.  A  7  :  le  deslogier. 

P.  24,  1.  26  :  de  Tan  renoef.  -—  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  de  Tan 
révolu.  —  Ms,  B  12  :  du  jour  de  Tan.  —  Ms.  B  20  :  de  Tan 
renouvelle. 

P.  24,  1.  29  :  Nord.  —Ms.X2:  Aunoy.  —  Mss.  A  7,  B  5, 
7  :  Niorch.  —  Ms.  B  12  :  North. 

P.  24,  1.  31  :  Maide.  —Ms.A2:  Haidé.  —  Mss.  B  1,  2  : 
Blarde. 

P.  25,  1.  6  :  Lohîac.  —  Mss.  B  1,  2  :  Loheric. 

P.  25,  1.  8  :  Gors.  —  Jlfs.  A  2  :  Guer.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  : 
Gros. 

P.  25, 1. 8-10  :  deus...  Treuitté.  —  Ms.  A  2  :  trois  jours  pour 
eulx  aisier  et  reposer  leurs  chevaulx,  et  rendemain  au  matin 
ilz  s'en  partirent  et  vindrent  logier  à  la  Trinité  en  Forhouet,  et 
là  demoura  l'ost  deus  jours. 

P.  25,  1.  9  :  Maron.  —  Ms.  B  12  :  Maurot. 

P.  25,  1.  9  :  au  Maron.  —  Ms.  B  20  :  ilz  se  arrestèrent  à  la 
Trinité  soubz  Àmauron. 

P.  25, 1. 10  :  jours.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7.  —  Manque 
au  ms.  A  1. 

P.  25,  1.  12  :  Brehaing.  —  Ms.  Il2:  Brehal.  —  Ms.  B  12  : 
Beliaing. 

P.  25,  1.  18  :  et  vinrent.  —  Ms.  B  20  :  Adont  ilz  envolèrent 
deux  bourgois  de  la  ville. 

P.  25,  1.  24-25  :  Il  respondirent.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2. 
—  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  Geulx  resp.  —  Ms.  B  12  :  Les  bourgois 
de  Venues  resp. 

P.  25, 1.  30^31  :  nous...  noient.  —  Ms.  B  20  :  ceulx  de  Venues 
ne  sont  point  conseilliez  de  leur  faire  ouverture  ne  de  les  y 
recepvoir. 

P.  25,  1.  31  :  Brehain.  —  Ms.  B  12  :  Bain. 

P.  26,  1.  6  :  Si.  —  Leçon  du  ms.  B  5.  —  ATs.  A  1  :  Se.  — 
Ms.  B  20  :  Je. 

P.  26,  1.  13  :  rechepvoir.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  en  toute 
humilité  et  bonne  amour. 

P.  26,  1.  13  :  tant.  --  Ms.  kl  \  tout.  —  Ms.  B 5  :  ce  Gom- 
mant. 

P.  26,  1.  24  :  frère.  —  Le  ms.  A,2  ajoute  :  car  le  duc  avoit 

x-20 


306  CHRONIQUES  DE  J.  FBOISSART.  [4380] 

la  seur  du  conte  esponsée,  qui  estoit  fille  du  roy  d'Angleterre. 
P.  26,  1.  27  :  un  cop.  —  Ms,  B  5  :  une  fois. 
P.  27y  1.  10  :  si.  —  Leçon  du  ms.  A  7.  —  Mss,  A 1,  B  i  :  se. 

P.  27,  1.  13-18  :  mes  gens...  frontières.  —  Ms.  B  12  :  il  y 
a  eu  sur  les  frontières,  le  siège  durant,  grant  plenté  de  gens 
d'armes,  chevaliers  et  escuiers  de  ce  pays,  telz  que. 

P.  27,  1.  15  :  je  aie.  —  Leçon  du  ms.  B  5.  —  Mss,  A 1,  B 1  : 
il  aient.  —  Ms,  A  2  :  ilz  ont.  —  Mss,  A  7,  B  2,  7, 20  :  ilz  aient. 

P.  27,  1.  19  :  Laval.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  Derval. 

P.  27,  1.  20  :  Rochefort.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  le  sire  de 
Rain,  le  sire  de  Montauban,  le  sire  de  Montfort,  le  sire  de  Quin- 
tin,  le  viconte  de  la  Bellière  et  mons.  Olivier  du  Guesclin,  conte 
de  Longueviile. 

P.  27,  1.  25  :  Si.  —  Leçon  du  ms.B  i.  —  Ms.  A  i  :  Se. 

P.  28,  1.  24  :  ens  es.  —  Ms.  B  20  :  long  des. 

P.  28,  1.  25  :  Suseniot.  —  Ms.  B  7  :  Susemont. 

P.  28,  1.  27  :  là  d'où.  —  Leçon  du  ms.  B  5.  —  Mss.  A  1,  7, 
B  7,  20  :  de  là  où. 

P.  28,  1.  28-29  :  li  sires...  Trivès.  —  Ms.  B  12  :  de  Fitz 
Warin. 

P.  28,  1.  32  :  fourbours.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  en  grant 
destroiteté. 

P.  29,  1.  5-9  :  Messire's...  camps.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2. 
—  Manquent  aux  mss.  A  1,  2,  7,  B  5,  7,  12,  20. 

P.  29,  1.  13  :  chevaulx.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  de  fain. 

P.  29,  1.  17-26  :  Li  viscontes...  amender.  —  Mss.  B  1,  2  : 
Les  grans  barons  de  Bretaigne  et  leurs  castiaus. 

P.  29,  1.  19  :  Gommelin  Guighant.  —  Ms.  A  2  :  Kemere 
Gningant.  ~»  Ms.  B  12  :  Gommelinghant. 

P.  29,  1.  24  :  Mont  Contour.  -—  Ms.  B  12  :  Montroutoier.  — 
Le  ms.  A  2  ajoute  :  que  plus  n'osoient  aller  fourrer  celle  part. 

P.  29, 1.  29  :  ouvrir...  de.  —  Ms.  B  20  :  eslargir  ne  deffou- 
quier  Tun  d'avec. 

P.  30,  1.  2-4  :  chiaulx  de  Hainbon...  Campercorentin.  — 
Mss.  B  1,  2  :  l'un  l'autre. 

P.  30, 1.  2  :  chiaulx  de  Camperlé.  —  Af#.  A  1  :  cil  de  G. 

§  183.  P.  30,  1.  11  :  le  duch.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5, 
7.  —  Mss.  A 1,  B 1,  2  :  lui.  —  Mss.  B  12, 20  :  le  duc  de  Bretaigne. 


[1380]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  184.  307 

P.  30, 1.  31  à  p.  31,  1.  7  :  il  tiennent...  le  roi  de  France.  — 
Ms.  A  2  :  on  les  trouve  prests  de  vous  rendre  ce  qni  est  de 
vostre  droit  demaine,  le  plus  noble  hiretage  de  crestienneté 
sans  couronne,  mais  que  vous  soies  amés  de  vos  gens  ;  car  se 
ainsi  vous  le  faittes,  pour  certain  la  duchié  et  les  gens  d'icellui 
pals  vous  ameront  et  obéiront,  mais  jamais  ilz  ne  laisseroient 
le  roi  de  France. 

P.  31,  1.  1  :  le.  —  Leçon  des  mss.  B  i,  2.  *-  Manque  aux 
nus.  A  1,  7,  B  5,  7,  12. 

P.  31, 1.  2-4  :  et  n'est...  héritages...  —  Leçon  des  mss.  B 1, 
2.  —  Manquent  aux  mss.  A  1,  B  20. 

P.  31, 1.  2-5  :  et  n'est...  couronne.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  si 
vous  souffîse  atant  vostre  seignourie. 

P.  31,  1.  2-6  :  et  n'est...  Bretaigne  et.  —  Manquent  au 
ms.  B  12. 

P.  31, 1.  8-9  :  Se  vostre...  de  ce.  —  Manquent  au  ms.  A  2. 

P.  31, 1.  8  :  moullier.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  femme. 

P.  31,  1.  20  :  .autres.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7,  12.  — 
Manque  au  ms.  A  1. 

P.  32,  1.  1  :  ahatie.  — -  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  jouste. 

P.  32, 1.  4  :  taire.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  car  ilz  embellissent 
moult  grandement  nostre  histoire. 

.  §  184.  P.  32, 1.  14  :  pouls.  —Ms.X2:  pointes.  ^  Mss.  B  1, 
2  :  fers.  —  Ms.  B  7  :  cops.  —  Ms.  B  12  :  coups. 

P.  32,  1.  15  :  haces.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  trois  cops  de 
dague. 

P.  32, 1.  16  :  refuser.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  car  il  ne 
demandoît  autre  marchandise. 

P.  32,  1.  18-19  :  ne  le  volt  pas  consentir.  —  Ms.  B  12  :  ne 
voult  point  souffrir.  —  Ms.  B  20  :  ne  le  volt  pas  souffrir  ne  c. 

P.  32,  1.  18-19  :  pas  consentir.  —  Mss.  A  7,  B  7  :  et  com- 
manda. —  Ms.  B  5  :  mie  souffrir  et  commanda. 

P.  32,  1.  19  :  que...  riens.  —  Manquent  aux  mss.  B  1,  2. 

P.  32,  1.  23  :  de.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Manque  aux 
mss.  A  1,  7,  B  5,  7,  12,  20. 

P.  32, 1.  26  :  ainton.  —  itfs.  A  7  :  Gliçon.  —  Ms.  B  5  :  Glis- 
son.  —  Ms.  B  7  :  Qiçon.  —  Ms.  B 12  :  Glichon.  —  Ms.  B  20  : 
GUnchon. 


308  CHRONIQUES  DE  J.  FROISSART.  [1380] 

P.  33y  1.  12  :  asserissiet.  —  Mss.  A  7,  B  5^  7  :  assegrisiez. 

—  Ms.  B  12  :  arrestez. 

P.  33y  1.  22  :  Envoiiés.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  an  heraolt. 
P.  33^  1.  26  :  ahati.  —  Ms.  A  7  :  aers.  —  Mss,  B  5,  7  :  ahers. 

—  Ms.  B  12  :  aatiés. 

P.  33,  1.  27  :  à  chevalx.  —  Ms.  A  2  :  trois  coups  de  hache, 
trois  coups  d*espée  et  trois  coups  de  dague. 

P.  33,  1.  30  :  d'armes.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  et  de  asseoir 
trois  coups  de  glave. 

P.  34,  1.  4  :  Touwars.  —  Ms.  A  1  :  Gouwars.  —  Ms.  B  1  : 
Thouart. 

P.  34,  1.  10  :  Josselin.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  ouquel  le  con- 
nestable  si  se  tenoit. 

§  186.  P.  34,  1.  11  :  qui  se  tenoit.  —  Leçon  clés  mss.  B 1, 2, 
12.  —  Manquent  au  ms.  Al.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  fut. 

P.  34,  1.  12  :  Venues.  —  Les  mss.  A  7,  B  5,  7  ajoutent  :  et. 

P.  34,  1.  13-14  :  qui  portoit  la  paroUe.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  : 
tout  en  hault.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  ainsi  qu'il  lui  plaira. 

P.  34,  1.  18  :  à  ses  gens.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  aux  siens.  — 
MaJiquent  aux  mss.  B  1,  2. 

P.  34,  1.  25  :  en  sa  présence.  —  Manquent  aux  mss.  B  1,  2. 

P.  34,  1.  26  :  eu.  —  Le  ms.  B  5  ajoute  :  en  la  siene. 

P.  34, 1.  26  :  en  le  presensse  de  la  sienne.  —  Mss.  B 1,  2, 12  : 
en  sa  présence.  —  Manquent  au  ms.  B  5. 

P.  34,  1.  30  :  faissans.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  fais. 

P.  35,  1.  9  :  dévoient.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  et  tous  les 
autres  en  leur  compaignie. 

P.  35,  1.  17  :  Tristran  de  le  G.  —  Ms.  B  12  :  Jehan  de  G. 

P.  35,  1.  19  :  François.  —  Mss.  B  12,  20  :  Haynuyers. 

P.  35, 1.  22-23  :  et  d'espées  de  Bourdiaulx.  —  Manquent  aux 
mss.  B  1,  2,  5,  7,  12. 

§  186.  P.  35,  1.  31  à  p.  36,  1.  1  :  mes  il...  que  il.  —  Leçon 
des  mss.  B  5,  7.  —  Ms.  A  2  :  car  le  sire  de  Busançois  le  ferit 
par  tele  manière  qu'il.  —  Mss.  A  1,  7,  B  20  :  ly  sires  de  Ver- 
taing  le  feri  par  tel  manière  qui.  —  Mss.  B  1,  2  :  mais  li  sires 
le  feri  par  telle  manière  que  il  lui.  —  Ms.  B  12  :  et  le  sire  de 
Pousances  fu  féru  du  sire  de  Vertaing  par  telle  manière  qu'il  lui. 


[1380]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  188.  309 

P.  36,  I.  20-21  :  moult  courouchiet.  —  Ms.  B  12  :  plus  cou- 
rouchiez  que  devant. 

P.  36y  1.  22  :  cel.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7,  12  :  cest. 

P.  36y  1.  22-23  :  ensonniier  de  jouster.  —  Mss.  Kl  y  B  5>  7  : 
à  Savoyen  jouster  ne  ensonnier  de  quérir  jouste. 

P.  37,  1.  1  :  Janekins  Setincelée.  —  Mss.  Al,  B  7  :  Janekin 
Setincelles.  —  Ms.  B  5  :  Jenekin  de  Stincelles.  —  Ms.  B  12  : 
Jennequin  Stincelle. 

P.  37,  1.  9  :  Adont  recouvrèrent  il  le.  —  Mss.  B  1,  2  :  et 
ainsi  du. 

P.  37,  1.  9  :  recouvrèrent.  —  Mss.  A  1,  7,  B  5,  7  :  retour- 
nèrent. —  Ms.  B  12  :  recouvrèrent  [au  second]  ;  cf.  plus  haut, 
p.  36,  1.  4. 

P.  37,  \.  i2  :  k.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  bon  et. 

P.  37,  1.  19  et  ailleurs  :  Clinton.  —  Leçon  du  ms.  A  7.  — 
Mss.  Al,  B  1,  2,  20  :  Cloton.  —  Mss.  B  5,  7  :  Gliton.  — 
Ms.  B  12  :  Glichon. 

§  187.  P.  37, 1.  25  :  à  faire.  —  Ms.  A  i  :  affaire. 

P.  37,  1.  30  :  contes.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  «  Ostez. 

P.  38,  1.  8  :  plaisir.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  vous  prie  que 
ce  soit  le  plus  fort  de  toute  vostre  compaignie  et  le  choisissez 
à  vostre  bon  loisir. 

P.  38,  1.  12  :  Toost.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  qui  tindrent  ce 
à  grant  vaillance. 

P.  38, 1.  13-14  :  et  as...  dissent.  —  Mss.  B 1,  2  :  et  deman- 
dèrent. 

P.  38,  1.  17  et  ailleurs  :  Ferrinton.  —  Mss.  A 1,  B  20  :  Fer- 
mitton.  —  Mss.  A  2,  B  12  :  Fremeton. 

P.  38,  1.  23  :  place.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  pour  faire  fait 
d*  armes. 

§  188.  P.  38, 1.  30  à  p.  39, 1. 1  :  armé...  arresté.  —  Mss.  B 1, 
2  :  Tun  contre  l'autre. 

P.  38,  1.  31  :  le  came.  —  Mss.  A  2,  7,  B  5,  7,  12,  20  :  la 
visière. 

P.  39,  1.  3  :  fleca.  —  Afs.  A  7  :  flechy.  —  Ms.  B  5  :  fleschy. 
—  Le  ms.  X2  ajoute  :  en  reculant  lourdement  jusques  bien 
près  de  cheoir. 


310  GHRONIQUBS  DK  J.  FB0I8SABT.  [1380] 

P.  39, 1.  6  :  de.  —  Leçon  des  mes.  A  7,  B  !>  5,  7.  —  Manque 
au  ms,  A  1. 

P.  39,  1.  7-9  :  et  li..,  tant.  —  Msè.  B  12,  20  :  tant  qne  le  fer 
lui  conlla  parmi  la  cuisse  tellement. 

P.  39,  1.  8  :  et.  —  Leçon  dums.Al*  —  Ms.  A  i  :  à. 

P.  39y  1.  10  :  une  puignie.  —  Ma.  A  2  :  demi  pié. 

P.  39,  1.  12-13  :  et  chevalier...  durement.  —  Mss.  B  1,  2  : 
moût. 

P.  39,  1.  13  :  courouchiet.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  aussi  fut 
le  conte. 

P.  39,  1.  15  :  et.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Manque  au 
ms.  A  1. 

P.  39,  1.  19  :  piet.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  lui  convient 
reculer  ou  cheoir. 

§  189.  P.  40,  1.  7  :  alet.  —  Mss.  B  12,  20  :  alonez. 

P.  40, 1.  12  :  chevauchier.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  au  large. 

P.  40,  1.  12  :  Si.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Mss.  A  1,  7, 
B  5,  7  :  II. 

P.  40,  1.  13  :  illes.  —  Ms.  B  12  :  parties. 

P.  40,  1.  13  :  Gomuaille.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  de  Jarsy. 

P.  40,  1.  17-18  :  11  viscontes...  Rocefort.  —  Mss.  B  1,  2  : 
les  .nn.  barons  dessus  nommés. 

P.  40, 1.  21  :  de  che.  —  Leçon  du  ms.  A  7.  —  Ms.  A 1  :  che. 
—  Mss.  B  5,  7  :  ne  ce.  —  Ms.  B  12  :  ainsi.  —  Manquent  aux 
mss.  B  1,  2. 

P.  40,  1.  24-25  :  en  la...  poroient.  -^  Mss.  B  1,  2  :  an 
mains  mal. 

P.  40,  1.  28-30  :  si...  bonne  et.  —  Mss.  B  1,  2  :  qui. 

P.  41,  1.  10  :  li.  —  Ms.  B  5  :  si  que  li.  —  Ms.  B  7  :  que  11. 

P.  41, 1. 15  :  le  souverain  gouvrenement.  —  Ms.  A  2  :  le  gou- 
vernement, au  moins  la  plus  grant  partie. 

P.  41,  1.  17-20  :  tendoit...  retardés.  —  Manquem  aux 
mss.  B  1,  2. 

P.  41,  1.  17  :  tart.  —  Mss.  B  6,  7  :  tost. 

P.  41,  1.  18  :  ne.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  et  ne.  —  Ms.  B 12  : 
si  ne. 

P.  41,  1.  21-22  :  à  che...  à  paix.  —  Mss.  B  1,  2  :  à  la  paix 
dou  duc  de  Br. 


[ISaO]  VARIANnS  DU  LlVn  DKUXltlfE,  §  191 .  311 

P.  4I9 1.  22-23  :  il...  France.  —  Mss.  B  1,  2  :  ses  volages 
n'en  fast  brisiés^  car  il  tendoit  devant  .n.  ans  aller  en  Polie  et 
en  Caliabre. 

P.  42y  1.  il  :  Suseniot.  —  Afo.  B  5  :  Snseniont.  —  Mes.  B  7, 
20  :  Susemont.  —  Ms.  B  12  :  Susseur. 

P.  k2y  1.  12  :  dur,  à  che.  —  Ma.  A  2  :  peine  et  avoit  contre 
cner  ce. 

P.  42, 1. 13  :  savoit.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2, 12.  —  Mss.  A 1, 
7y  B  5,  7  :  savoient. 

P.  42,  1.  13  :  pooit.  —  Mss.  B  5,  7  :  pouoient. 

P.  42,  1.  14  :  mautallent.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  au 
conte  de  Bonq.  et. 

§  190.  P.  42, 1.  15-16  :  Quant...  Englès.  —  Ms.B5  :  Quant 
le  conte  de  B.  et  les  Angloys  scenrent  et  eurent  cognoissance. 

P.  42,  1.  19  :  deceus.  —  Leçon  des  mss.  Â.ly  B  2,  12.  — 
Ms.  A  1  :  de  ceulx. 

P.  42, 1. 19-20  :  deceus...  avoit.  —  Manquent  aux  mss.  B  5,  7. 

P.  42,  1.  21  :  ne  s'estoit.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5, 
7,  12.'—  Jlf5.  A  1  :  n'estoit. 

P.  42,  1.  25  :  couvertement.  —  Ms.  B  20  :  ouvertement. 

P.  43, 1.  6  :  Venues.  —  Ms.  A  7  :  Rennes. 

P.  43,  1.  9  :  CSamperlé.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  à  Quimper 
Gorentin. 

P.  43, 1.  12  :  gens.  -^  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Manque  aux 
mss.  A  1,  7,  B  5,  7,  12. 

P.  43,  1.  16  :  Houssoie.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  capitaine  de 
Rennes. 

P.  43, 1. 17  :  Guion. — Lems.  A  2  ajoute  :  admirai  de  Bretaigne. 

P.  43,  1.  18  :  Tannegui.  —  Ms.  B  12  :  Cbavegny. 

P.  43, 1. 18  :  Karemiel.  —  Ms.  B  5  :  Kaermel.  —  Le  ms.  A  2 
ajoute  :  Tristan  de  Pastinien,  Tristan  d'Engoulevent. 

P.  43,  1.  21  :  lui.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  qu'il  lui  pleust 
venir  à  terre. 

P.  44,  1.  3  :  et  desancré.  —  Ms.  A  7  :  et  des  autres.  — 
Ms.  B  5  :  et  des  autres  navires  aussi.  —  Ms.  B  7  :  et  des  autres 
aussi.  —  Manquent  au  ms.  B  12. 

§  191.  P.  44,  1.  28  :  estoit...  le  conte.  —  Mss.  B  5,  7  :  avoit 


312  CHRONIQUES  DE  J.  PR018SART.  [1380] 

à  nom  Jehan,  seigneur  de  Bourbon  et  ung  de  Tostel  au  conte. 

P.  44,  1.  31  :  Boncinel.  —  Afs.  B  1  :  Boumiel.  —  Ms.  B  2  : 
Boumel.  —  Mes,  B  12,  20  :  Bourcinel. 

P.  45, 1. 1  :  en  Yalongne.  —  Leçon  du  ms.  B 12.  —  Afss.  A 1, 
B  1,  2,  20  :  en  Avalongne.  —  Ms,  A.1  :  de  Boulongne.  — 
Mss.  B  5,  7  :  de  Bouloigne. 

P.  45,  1.  5  :  Cliffort.  —  ATs.  A  1  :  Criffort  ;  cf.  plus  loin, 
1.  9-10. 

P.  45,  1.  9  :  Boucinel.  —  Ms.  A 1  :  Bourcinel  ;  ef,  plus  haut, 
p.  44,  i.  31,  et  plus  loin,  p.  47,  1.  8. 

P.  45,  1.  11  :  lieriiet.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  ahaitis. 

P.  45,  1.  16  :  à  celle.  —  Mss.  A  7,  B  5  :  à  celle  heure  et. 

P.  45,  1.  27  :  que.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12.  —  Manque 
aux  mss»  A  1,  7,  B  5,  7. 

P.  46,  1.  8-9  :  deus...  otels.  — Ms.  A  7  :  tous  telz.  — 
Mss.  B  5,  7  :  des  armeures  tous  telz. 

P.  46,  1.  9  :  ievols.  —  Manque  au  ms.  A  2.  —  Ms.  B  1  : 
egalz.  —  Ms,  B  2  :  egaulz.  —  Mss.  B  12,  20  :  pareilz. 

P.  46,  1.  14  :  pointiiés  si  avant.  —  Ms.  B  20  :  poursieuvy  de 
si  près.  * 

P.  46,  1.  17  :  coses.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  tÀnt  de  par- 
çons. 

P.  46,  1.  26  :  venue.  —  Mss.  B  1,  2  :  entente. 

P.  47,  1.  3  :  cops.  —  Ms.  B  20  :  mots. 

P.  47,  1.  7-8  :  des  parchons.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  des 
paroles.  —  Ms.  B  12  :  de  ces  tralttiez. 

S  192.  P.  47,  1.  24-25  :  nous  verrons.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  : 
vous  verres. 

P.  47,  1.  27  :  gides.  — •  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  gardes. 

P.  48,  1.  2  :  seront.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7.  — 
Ms.  A  1  :  serons.  —  Ms.  A  2  :  seroient  plus.  —  Ms.  B  12  : 
seroient. 

P.  48,  1.  4  :  acumeniièrent.  —  Ms.  B  12  :  administrèrent. 

P.  48,  1.  11  :  parellement.  —  Ms.  B  12  :  plainement. 

P.  48,  1.  13  :  ma.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Manque  au 
ms.  A  1. 

P.  48,  1.  16  :  se  doit  armer.  —  Ms.  A  2  :  doit  faire  à  ung 
autre. 


[4380]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  193.  313 

P.  48,  1.  21  :  avalés.  —  Les  nus.  B  5,  7  ajoutent  :  leurs 
bacinetz. 

P.  48, 1.  21  :  les...  bacinès.  —  Mss.  B  5,  7, 12  :  leurs  visières. 

P.  48, 1.  28  :  escippa.  —  Ms.  Al  :  esclicha.  — >  Mss.  B  1,  2, 
12  :  esquipa.  —  Mss.  B  5,  7  :  esclissa. 

P.  48, 1.  30  :  orginal.  —  Mss.  A  7,  B  7  :  orgonal.  —  Ms.  B  5  : 
organal. 

P.  48, 1.  32  :  tronçons.  —  Ms.  B  1  :  trenchans.  —  Ms.  B  2  : 
trenchant. 

P.  49,  1.  6  :  de  son  costé.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12.  — 
Ms.  A  1  :  de  son  cop.  —  Manquent  aux  mss.  A  2,  7,  B  5,  7. 

P.  49,  1.  21  :  ahaties.  —  itfs.  A  7  :  fait.  —  Mss.  B  5,  7  : 
faiz. 

P.  49,  1.  24  :  heure.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  temps. 

P.  50,  1.  1-2  :  Tenvoiia...  et.  —  Ms.  B  5  :  envoya  ung  de 
ses  escuyers  pardevers  luy  et  luy  commanda  luy  dire  qu'il  le 
prioit  qu'il  venist  parler  à  lui,  et  il  y  vint. 

P.  50,  1.  9  :  parechons.  —  Ms.  B  5  :  usances.  —  Ms.  B  7  : 
parçons.  —  Ms.  B  12  :  adventures.      , 

P.  50,  1.  11  :  pris.  —  Ms.  A  2  :  et  les  espices  données  et 
prinses. 

P.  50,  1.  21  :  Pont  Ourson.  —  Mss.  B  5,  2  :  Pontrouson. 

P.  50,  1.  31  :  et.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  dirons. 

P.  50, 1.  32  :  dou  conte.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5, 
7,  12.  —  Ms.  A  1  :  donte. 

§  198.  P.  51,  1.  4  :  n'amiroit.  —  Ms.  A  2  :  n'amoit.  — 
Mss.  B  5,  7  :  ne  craignoit. 

P.  51,  1.  23  :  signenr.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  bon  ami. 

P.  51,  1.  23  :  estoient.  —  Mss.  A  7,  B  5  :  estoit. 

P.  51,  1.  27  :  Flandres.  —  Le  ms.  A  1  ajoute  de  nouveau  : 
en  se  compaignie. 

P.  51,  1.  31  :  et.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  2,  5,  7,  12.  — 
Manque  au  ms.  A  1. 

P.  52,  1.  1  :  Pière.  —  Ms.  ^1  i  Prière. 

P.  52,  1.  11  :  Franc.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  2,  5,  7,  12. 
—  Ms.  B  1  :  Francq.  —  Manque  au  ms.  A  1. 

P.  52,  1.  13  :  reconquerroit.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2, 
5,  7.  —  Ms.  A  1  :  reconqueroit. 


314  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1380] 

P.  52,  L  19  :  comparroient.  —  Leçon  des  mss,  A  7,  B  1,  2, 
5,  If  12.  —  Ms,  A  1  :  comparoient. 

P.  52y  1.  29-30  :  quoiteusement.  *—  Mss.  B  5,  12  :  secrète- 
ment. —  Ms.  B  7  :  convertement. 

P.  53,  1.  2  :  proumesse.  —  Ms,  B5  :  serement.  —  Ms.  B7  : 
serment. 

P.  53,  1.  3  :  Emoul.  —  Mss.  B  1,  2  :  Jehan. 

P.  53,  1.  6  :  cheulx...  amis.  —  Ms.  A  2  :  nos  bons  amis  de 
la  ville,  ainsi  que  tenuz  y  sommes. 

§  194.  P.  53, 1.  14-15  :  tous  ces  convenans.  —  Mss.  B  1, 2  : 
ces  convenances  estre  vraies. 

P.  53,  1.  20  :  relleveroit.  —  Mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7  :  rele- 
veroient. 

P.  53,  1.  24  :  chiequantenier.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  dize- 
niers. 

P.  53,  1.  25  :  noef.  —  Ms.  k2i  dix. 

P.  54, 1. 19  :  d'Enghien  et.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  y  ot. 

P.  54,  1.  24  :  Emoul.  —  Ms.  B  20  :  Piettre. 

P.  54,  1.  27  :  dissent.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  demandèrent 
Tun  à  Tautre. 

P.  55,  1.  7  :  las.  —  Ms.  B  12  :  lassez.  —  Manque  au  ms. 
Bl. 

P.  55,  1.  20-21  :  et  li...  fîiianx.  —  Ms.  B  1  :  les  vel.  — 
Ms.  B  2  :  les  vit. 

P.  56, 1.  3-4  :  Si  se...  Gaind.  —  Ms.  A  2  :  Si  se  deslogièrent 
du  milieu  des  champs  et  se  mistrent  plus  seurement. 

P.  56,  1.  8  :  Ippre.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  si  que  dit  est. 

P.  56, 1.  9  :  douse  cens.  —  Ms.  A  2  :  .xvm®.  hommes  tuffes 
et  tacriers. 

P.  56, 1.  13  :  rataint.  —  Jlf^.  B  12  :  occiz  et  mors. 

P.  56,  1.  16  :  gens.  —  Manque  au  ms.  B  1.  —  leurs  gens 
manquent  au  ms,  B  2. 

P.  56,  1.  18  :  comment.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  diable. 

P.  56,  1.  20  :  et.  —Ms.Aiie. 

P.  56,  1.  20  :  et  menet  mourir  maisement.  —  Ms.  B  12  : 
livrez. 

P*  56,  1.  20  :  maisement.  —  Ms.  A  7  :  mauvaisement.  — 
Mss.  B  5,  7  :  faulcement  et  mauvaisement. 


[1380]  YARIANTBS  DU  UVBS  DKUXiftiII,  |  i97.  315 

§  106.  P.  56^  1.  31  :  mener.  —  Mss.  B  i,  2  :  amener  et  adre- 
chier. 

P.  hly  1.  2  :  il.  —  itfff.  A  2  :  ces  commuies. 

§  196.  P.  57,  1.  19  :  trois  mille.  —  itfs.  A  2  :  im». 

P.  57,  1.  19  :  mille.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7.  — 
Manque  au  nu,  A  1. 

P.  57,  1.  22  :  i.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  5,  12.  —  Manque 
aux  mss,  A  1,  7,  B  7. 

P.  58,  1.  2-3  :  par  le...  Ippre.  —  Ms,  B  12  :  que. 

P.  58, 1.  3  :  gens.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  qui  sont  marrados 
et  crafPeurs. 

P.  58,  1.  4  :  notable  et  si  merciable.  —  Mss.  B  1,  2  :  noble. 

P.  58,  1.  4  :  merciable.  —  Mss.  A  7,  B  5  :  piteable.  — 
Ms.  B  7  :  pitable. 

P.  58,  1.  6  :  trois  cens.  —  Ms.  A  2  :  mi^. 

P.  58,  1.  11  :  YoUenté.  —  Les  ms.  B  1,  2  ajoutent  :  et  bonne 
merci. 

P.  58,  1.  16  :  set  cens.  —  ATs.  A  2  :  vi». 

P.  58,  1.  17  :  gens.  —  Ms.  A  2  :  meschans  gens,  compai- 
gnons  des  chaperons  blans  de  Gand  et. 

P.  58,  1.  21  :  chevaliers.  — Le  ms.  A.2  ajoute  :  qu'ilz  avoient 
tuez. 

§  197.  P.  59, 1.  2-3  :  dallés...  loiaulté.  —  Ms.  B  12  :  aveeq  lui. 

P.  59,  1.  14  :  sis.  —  Ms.  A  2  :  viii. 

P.  59,  1.  21  :  Biete.  —  Mss.  A  2,  7,  B  5,  7,  12  :  Biette.  — 
Ms.  B  20  :  Bietre. 

P.  59,  1.  26  :  Bourgongne.  —  Ms.  A  2  :  Bretaingne. 

P.  59,  1.  30-31  :  painne  ne  péril.  —  Leçon  des  mss,  A  7, 
B  1,  7.  —  Ms.  A  1  :  ne  painne  péril.  —  Mss.  B  2,  12  :  paine 
ne  traveil. 

P.  60,  1.  1  :  si.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  2,  5,  7,  12.  -*• 
Mss.  A  1,  B  1  :  se. 

P.  60, 1.  8  :  à  faire.  —  ill^.  A  1  :  affaire. 

P.  60,  1.  12  :  quatre  ou  à  sis.  —  Ms.  A  2  :  .viii.  ou  à  .x. 

P.  60,  1.  12  :  marchissans  à.  —  Mss.  B  1,  2  :  de. 

P.  60,  1.  15  :  Braibans  li  pals.  ^  Mss.  A  7,  B  2,  5,  7,  12  : 
le  pays  de  Braibant. 


316  CHRONIQUES  OB  J.  FR0IS8ART.  [1381] 

§  198.  P.  60,  1.  22  :  Flandres.  —  Les  mss.  F  1,  A  1,  2,  4, 
1,  9,  B  1,  2,  5,  7,  12,  15,  16,  20  ajoutent  :  qui. 

P.  60,  1.  28  :  deus  cens.  —  Ms,  B  5  :  cent. 

P.  60,  1.  31  :  séparées...  ne.  —  Ms,  B  12,  20  :  estoffez  et  ce 
pour  les  rivières  que  merveilles,  car. 

P.  61, 1.  4  :  tous.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  deffendables  et. 

Pt  61,  1.  6  :  à  siège.  —  Ms,  A  1  :  assiège. 

P.  61,  1.  6  :  un.  —  Af5.  A  2  :  deux. 

P.  61,  1.  10  :  jour.  —  Les  mss,  B  1,  2  ajoutent  :  il  avint  que. 

P.  61,  1.  14  :  Lonc  Pont.  —  Ms,  B  12  :  passage. 

P.  61,  1.  22  :  chiés.  —  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  le  souverain  chief. 

P.  61,  1.  27  :  le  Witre.  —  Mss,  B  5,  7  :  de  Mittre. 

P.  61,  1.  29  :  sitretos.  —  Ms,  B  20  :  incontinent. 

P.  61,1.31:  à  effort.  —  ilfs.  A  2  :  à  grant  effort.  —  Afs.  B5: 
que  merveilles.  —  Ms,  B  7  :  que  effort. 

P.  62,  1.  3  :  jettée.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7.  — 
Mss.  A  1,  B  12  :  jette. 

§  109.  P.  62,  1.  17  :  siis  mille.  —  Jlfs.  A  2  :  .vm*. 

P.  62,  1.  23-28  :  et  escuiers...  et  vuidier.  —  Mss.  A  7,  B  7  : 
que,  quant  ilz  sçorent  la  prise  [B  7  :  Temprise],  s'en  vuidèrent. 
— Ms.Bb:  lesquelz,  quant  ilz sceurent  Temprise,  s'en  vindrent. 

P.  63,  1.  3  :  Mamines.  —  Ms,  A  2  :  Mauvinet.  —  Ms,  B  5  : 
Nammur. 

P.  63,  1.  6  :  contre  eulx.  —  Ms.  B  12  :  si  qu*ilz  n'eurent 
point  de  dommaige. 

§  200.  P.  63,  1.  16  :  à  grant  frait  et  à  grant  painne.  ^ 
Mss,  B  12,  20  :  à  grans  despens  et  à  grant  traveil. 

P.  63,  1.  19  :  Granmont.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  et  tout  le 
plat  pays. 

P.  63, 1.  25-27  :  si...  et.  —  Ms.  B  12  :  se  rafreschir.  En  ce 
temps  furent  faittes  de  ceulx  de  Gand  pluseurs  belles  issues 
sur  ceulx  d'Audenarde  qui. 

P.  64,  1.  10-17  :  où  Jehans...  &  Donse.  —  Ms.  B  12  :  et 
d'autre  part  Jehan  de  Lannoy  estoit  à  Denze. 

P.  64,  1.  12  :  Basse  de.  —  Ms.  B  20  :  Jaques. 

P.  64,  1. 14-15  :  siis  mille  hommes.  —  Ms,  A  2  :  .vui"*.  com- 
paignons  tuffaulx. 


[1381]  VARIANTBS  DU  LIVBB  OBUXIÂMS,  §  201.  317 

P.  64y  1.  18-19  :  Adont...  trouvèrent.  —  Ms.  B  12  :  trouva. 

P.  64,  l.  29  :  venroit.  —  Leçon  des  mss,  A  7,  B  1,  2,  5,  7. 
—  Ms.  A  1  :  venront.  —  Ms.  B  12  :  yroit. 

P.  64,  1.  30  :  mes.  —  Les  mss,  B  1,  2,  20  ajoutent  :  Jehans 
de  Launoit  n'i  estoit  point,  mais  [B  2  :  car;  B  20  :  ainchois]. 

P.  65,  1.  2  :  siis.  —  Ms.Il2:  huit.  —  Mss.  A 7,  B  5,  7  :  dix. 

P.  65,  1.  4  :  il  tournèrent  vers.  —  Leçon  clés  mss.  B  1,  2.  — 
Ms.  B  20  :  ilz  s'en  alèrent  vers.  —  Manquent  au  ms.  A  1. 

P.  65,  L  4  :  il  tournèrent  vers  Nieule,  car.  —  Ms.  A  2  :  ib 
eurent  autre  conseill,  car.  —  Manquent  aux  mss.  A  7,  B  5,  7. 

P.  65,  1.  15  :  Niewle.  —  Mss.  B  5,  7  :  demye  lieue. 

P.  65,  1.  25  :  ables.  —  Mss.  A  7,  B  5  :  abilles.  —Ms.Bb  : 
abiles.  —  Ms.  B  12  :  hardis.  —  Ms.  B  20  :  aidans. 

P.  65,  1.  31  :  trouveroient.  —  Mss.  B  1,  2,  5,  7,  12  :  trou- 
voient. 

P.  66,  1.  1  :  à  par  li.  —  Ms.  B  12  :  à  par  elle.  —  Manquent 
aux  mss.  A  7,  B  5,  7. 

P.  66, 1.  10  :  grandeur.  —  Ms.  B  5  :  oultrecuydance. 

§  201.  P.  66,  1.  23  :  quinse  cens.  —  Ms.  A  2  :  .xvi<». 

P.  66,  1.  28  :  Risoi.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Mss.  A  1, 
7,  B  5,  7,  20  :  Risson.  —  Ms.  A  2  :  Busson. 

P.  66,  1.  30  :  Berlaimont.  —  Leçon  du  ms.  B  2.  —  Ms.  A  1  : 
Barbaumont.  —  Ms.  A  2  :  Barbamont.  —  Mss.  A  7,  B  20  : 
Barbammont.  —  Ms.  B  1  :  Berlaumont.  —  Mss.  B  5,  7  :  Bar- 
bommont. 

P.  66,  1.  31  :  messires  Guis  de  Gistelles.  —  Manquent  au 
ms.  B  20. 

P.  67, 1.  2-4  :  messires  Thieris...  Villains.  —  Manquent  au 
ms.  A  2. 

P.  67,  1.  3  :  Grutus.  —  Afs.  A  7  :  Gentus. 

P.  67,  L  6  :  en  devant.  —  Mss.  B  1,  2  :  en  la  saison  en 
devant.  —  Ms.  B  12  :  un  petit  en  devant.  —  Ms.  B  20  :  un 
petit  devant  ce. 

P.  67,  1.  7  :  à  Obies.  —  Mss.  A  1,  B  1,  2  :  au  Bies.  — 
Mss.  A  2  :  à  Doubies.  —  Ms.  A  7  :  au  Biez.  —  Mss.  B  5,  7  : 
à  Aubiez.  —  Mss.  12,  20  :  en  un  lieu  nommé  le  Biez.  —  Cor^ 
rigé  diaprés  une  leçon  antérieure^  t.  IX,  p.  228. 

P.  67,  1. 14  :  trois.  —  Le  ms.  B 12  ajoute  :  de  ceulx  de  Gand. 


318  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [138iJ 

P.  67,  1.  17  :  les.  —  Les  mss.  A  7,  B  5, 7  ajoutent  :  batailles. 

P.  67y  1.  18  :  amonnestoit.  —  Ms,  B  12  :  administroit. 

P.  67,  1.  20  :  painne.  —  Les  msê.  B  12,  20  ajoutent  :  et  de 
dangiers. 

P.  68,  1.  1  :  en.  —  Leçon  de»  mss.  B  1,  2.  —  Ms.  A  1  :  on. 

P.  68,  1.  1  :  ceoit.  —  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  en  y  avoit. 

P.  68, 1.  3-4  :  je  vous...  poussis.  —  Mss.  B 12,  20  :  nn  mer^ 
veilleux  estour  monlt  aspre  et  dangereux. 

P.  68,  1.  d-10  :  bon  boutels.  —  Mss.  B  12,  20  :  nng  moult 
fier  estour. 

P.  68,  1.  18  :  sis.  —  ifs.  A  2  :  .vm». 

P.  68, 1.  20  :  plassiet  d'aige  et  de  mares*  —  Mss.  B  12,  20  : 
marescage  couvert  d*eaue. 

P.  68, 1.  26  :  cace.  —  Ms.Bb  :  fouyte. 

P.  68,  1.  28  :  recouvrier.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  : 
que  tout  le  pays  fors  ceulz  qui  tenoient  le  party  des  Gantois 
ne  feust  allé  en  essil  et  à  perdition  par  feu  et  par  glaive  [B  12 
ajoute  :  et  eussent  tout  destruit]. 

§  202.  P.  69,  1.  1  :  ses  commugnes.  —  Mss.  B  5,  7  :  les 
compaignons. 

P.  69, 1.  10-11  :  les  tuoient  à  mons.  —  Ms.  B  12  :  occioient 
à  tous  lez. 

P.  69, 1.  10-11  :  à  mons.  —  Mss.  A  2,  7,  B  5,  7  :  à  mon- 
ceaulx.  —  Ms.  B  20  :  de  toutes  pars. 

P.  69, 1.  16  :  ou  moustier.  —  Mss.  B 12,  20  :  dedens  Teglise 
avecq  maint  autre. 

P.  69,  1.  19  :  dehors.  —  Mss.  A  7,  B  6,  7,  12  :  der- 
rière. 

P.  69,  1.  24  :  contre  le  conte.  —  Mss.  B  12,  20  :  à  rencontre 
de  son  droiturier  seigneur. 

P.  69, 1.  31  :  feu.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  dedens  à  tous 
costez. 

P.  70,  1.  1  :  velourdes.  —  Mss.  A  7,  B  5  :  balourdes.  — 
Mss.  B  12,  20  :  menuz  fagoz. 

P.  70,  1.  1  :  apoia.  —  Ms.  A  1  :  apaia. 

P.  70, 1.  5  :  à  grant  martire.  —  Mss.  B  12,  20  :  en  grant 
misère. 

P.  70, 1.  6  :  esboullë.  —  Mss.  B  12,  20  :  effondrez. 


[4381]  VARIANTS8  DU  UVRK  DBUXIÈMB,  §  203.  319 

P.  70, 1.  12  :  galler.  —  Mss.  A  7,  B  i,  5,  7,  12,  20  :  gaber. 
—  Ma.  B  2  :  moquer. 

P.  70,  1.  14  :  biau.  —  Afs.  B  12  :  sombre. 

P.  70, 1.  15  :  euwan.  —  Mss,  12,  20  :  en  vain. 

P.  70, 1.  16  :  Launoit.  —  Ms.  A  1  :  Laimoy. 

P.  70, 1.  17  :  tel  parti.  —  Mss.  B  1,  2  :  ce  péril. 

P.  70,  1.  18  :  le  quoitoit  de  si  priés.  —  Mss.  B  12,  20  :  lui 
commença  à  approchier  [B  20  :  le  oppressoit]  de  si  près  que  plus 
ne  le  pouoit  souffrir  et. 

P.  70, 1.  19-20  :  entra...  car*  —  Ms.  B  12  :  par  feu  on  sail- 
lir de  hault  en  bas,  si. 

P.  70, 1.  22  :  Enssi.  —  Les  mss.  B 1, 2  ajoutent  :  que  vous  oes. 

P.  70,  1.  23  :  Launoit.  —  Lss  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  sa  vie 
misérablement. 

§  208.  P.  70,  1.  29  :  ville,  ou  ars  ou  moustier.  —  Ms.  B  12  : 
ville  et  en  Teglise  de  Nyeule.  —  Ms.  B  20  :  ville  de  Nieule  ou 
ars  en  Feglise. 

P.  71,  1.  2  :  plasquier.  —  Ms.  A  2  :  marestz.  —  Ms.  A  7  : 
flaichis.  —  Ms.  B  2  :  placart.  —  Mss.  B  5,  7  :  flachis.  — 
Ms.  B  12  :  palliz.  —  Ms.  B  20  :  palus  et  marescage. 

P.  71,  1.  3  :  eulx.  —  Mss.  B  12,  20  :  Basse  ne  le  secourir. 

P.  71,  1.  9  :  sommes.  —  Ms.  A  1  :  somme. 

P.  71,  1.  11  :  gens.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  faire 
dolent  et. 

P.  71, 1.  22  :  la  mort.  —  Ms.  B  5  :  l'amour. 

P.  72,  1.  6-7  :  que...  il  Tochiroient.  —  Ms.  B  12  :  de  le 
occire. 

P.  72, 1.  12  :  toutç.  ^  Afff.  A  1  :  toutes. 

P.  72,  1.  12  :  toute  Flandres.  —  Mss.  B  5,  7  :  la  comté  de 
Flandres  toute. 

P.  72,  1.  14  :  maus.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  qui  dévoient 
advenir  au  pals. 

P.  72,  1.  14  :  sanchiés.  —  Ms.  A  4  :  sachiez.  —  Mss.  A  7, 9, 
B  5,  7  :  ce  saichiez.  —  Ms.  B  2  :  rapaisez.  —  Mss.  B  12,  15, 
16  :  advenuz. 

P.  72, 1.  16  :  Après.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  5,  7,  12.  — 
Mss.  A  1,  7  :  Près.  -~  Un  noupeau  paragraphe  commence  ici 
dans  les  mss.  B  1,  2,  12. 


320  CHRONIQUES  DB  J.  FROISSART.  [1381] 

P.  72y  1.  24  :  tout  lassé.  —  Ms.  A  2  :  touz  lassez  et  travaillez. 

—  Ms.  B  12  :  assez  traveilliez  et  lassés,  si.  —  Ms.  B  20  :  tra- 
veilliez  et  lassez. 

P.  72,  1.  25  :  cinc  cens  ou  sis  cens.  —  Ms.  B  12  :  six  on 
sept  cens. 

P.  72,  1.  27  :  poursieuir.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  et 
costoier. 

P.  72, 1.  29  :  logement.  —  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  deslogement. 

—  Ms.  B  12  :  logiez. 

P.  72,  1.  32  :  cinc  cens.  —  Ms.  A  2  :  yi«. 

P.  73,  1.  4  :  tierne.  —  Mss.  A  2,  7,  B  2,  12,  20  :  tertre.  — 
Ms.  B  1  :  tiertre.  —  Mss.  B  5,  7  :  tartre. 

P.  73,  1.  12  :  requellerons.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  hardie- 
ment.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  lourdement. 

P.  73,  1.  18  :  n'avoit.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ms.  A  1  :  n'avoient. 

P.  73,  1.  19  :  ses  gens.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7.  — 
Mss.  A  1,  B  1,  2,  20  :  leurs  gens.  —  Ms.  B  12  :  Jehan  de 
Launoy. 

P.  73,  1.  24  :  doUans.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  courrouciez. 

P.  73,  1.  24  :  Basse.  —  Le  ms.  A  7  ajoute  :et  aussi  doullant. 

—  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  et  de  toute  sa  compaignie. 

P.  73,  1.  32  :  ne...  respondus.  —  Ms.  B  12  :  n'eut  adont 
point  de  responce. 

P.  74,  1.  2  :  Dont.  —  Les  mss.  A  7,  B  5,  7,  12  ajoutent  :  de. 
P.  74,  1.  8  :  anée.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  ensieuant. 

§  204.  P.  74,  1.  14  :  renvoiia.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1, 
2,  5,  7,  12.  —  Ms.  A  1  :  renoiia. 

P.  74,  1.  21  :  guerre.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  puisque  nous  y 
avons  commencié,  à  noz  ennemis. 

P.  74,  1.  23  et  p.  75,  1.  11  :  quinse  mille.  —Ms.  A  2  :  xvi". 

P.  75,  1.  6  :  à  siège.  —  Leçon  du  ms.  B  1.  —  Ms.  A  1  : 
assegié. 

P.  75,  1.  6  :  conseil...  siège,  et.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  con- 
seil de  là  plus  tenir  le  siège.  —  Ms.  B  2  :  conseil  de  demourer 
là,  mais. 

P.  75,  1.  8-9  :  segnefieroient.  —  Mss.  B  1,  2,  5,  7  :  segne- 
fièrent. 


[1381]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIAhE,  §  205.  321 

P.  75,  1.  9  :  remanderoient.  —  Mss.  B  i,  2,  5^  7  i  reman- 
dèrent. —  Afs.  B  12  :  demandèrent. 

P.  75,  1.  14  :  Herlebèque.  —  Leçon  des  mss,  A  7,  B5,  7.  — 
Afo.  Â  1  :  Horlebèque.  —  Mss.  B  12,  20  :  Harlebèque. 

P.  76,  1.  3  :  sa  maison.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7,  12  :  son  hostel. 

P.  76,  1.  4  :  Trois.  —  Ms,  A  2  :  Environ  .vi.  ou  .vn. 

P.  76,  1.  13  :  qninse  cens.  —  Ms.  A  2  :  .xvi^.  —  Ms.  B  20  : 
quinse  mille. 

P.  76, 1.  15  :  Ramseflies.  —  Mss.  B  1,  2  :  Rengheillut. 

P.  76,  1.  16  :  li  sires  de  Lieureghen.  —  Leçon  des  mss.  B  1, 
2,  20.  —  Mss.  A  1,  7,  B  5,  7  :  le  sire  d'Anghien.  —  Manquent 
au  ms.  A  2. 

P.  76,  1. 16  :  Mamines.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Ms.  A  2  : 
Hauvinès.  —  Mss.  B  5,  7  :  Maninez. 

P.  76,  1.  17  :  Galonné.  —  Ms.  A  7  :  Callemie.  —  Mss.  B  5, 
8  :  Golenne. 

P.  76, 1.  26  :  deffense.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ms.  A  i  :  dense. 

P.  76,  1.  30  :  empainte.  —  Ms.  B  5,  7,  12  :  emprise. 

P.  76,  1.  31  et  ailleurs  :  Eham.  —  Ms.  A  7  :  Ham.  —  Mss. 
B  1,  2  :  Exhan.  —  Ms.  B  5  :  Cham.  —  Af«.  B  7  :  Champ.  — 
Âis.  B  12  :  Eenham  (leçon  à  adopter). 

P.  76,  1.  32  :  Pière.  —  Ms.  X  i  :  Pièrez. 

P.  77,  1.  1  :  Stinehus.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Ms,  A  1, 
2,  7  :  Stunehus.  —  Ms.  B  12  :  Scamuches. 

P.  77,  1.  3  :  dar.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  peine. 

P.  77, 1. 6-7  :  au  signeur...  Haluin.  — Manquent  au  ms.A2. 

P.  77,  1.  6-7  :  à  messire...  estoient.  —  Ms.  B  12  :  et  aux 
antres. 

P.  77, 1. 12  :  unes.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2.  —  Ms.  A 1  : 
one. 

P.  77,  1.  13-14  :  à  glaves...  damages.  —  Mss.  B 12,  20  :  sur 
les  pointes  de  leurs  picques  et  de  leurs  glaives. 

P.  77,  1.  13-14  :  et  le...  damages.  —  Mss.  B  1,  2  :  et  là 
endroit  morut. 

§  206.  P.  77,  1.  17  :  douse.  —  Mss.  B  5,  7  :  quinse. 
P.  77,  1.  18-19  :  et  mort...  abbele.  —  Ms.  B  20  :  l'abbaye 
et  que  ilz  avoient  prins  le  cloistre  et  occis  leurs  compaignons. 

X-.21 


3tt  GHRONIQmS  DK  J.  FR0IS8A1IT.  [138i] 

P.  77y  1.  23-24  :  s'ordonnoi^t...  jour.  — <-  Mm.  B  5^  7  : 
demoureroient  là  ce  jour^  car  Uz  s'ordonnoyent  pour  y  de- 
mourer. 

P.  78y  1.  2  :  pour.  —  Lt  nu.  A  7  a/ouie  ;  appronchier  et. 

P.  78,  1.  12  :  avoient.  —  Leçon  de»  msa.  A  7,  B  1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ma.  A  1  :  aroient. 

P.  78y  1. 21  :  Gapprons.  —  Le  me.  A  2  ajouie  :  qui  devindrent 
rouges. 

P.  78,  I.  21  :  durèrent.  -^  Leçon  des  msa.  A  7,  B  1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ms,  A  1  :  durent. 

P.  78y  1.  23  :  douse  cena«  —  Mss.  B  5,  7  :  quinse  c«is. 

P.  78,  1.  24  :  onse  cens.  —  Ms.  B  12  :  de  wit  à  noef  cens. 

P.  78, 1.  2Ô  :  haie.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  après  que  il  fust 
congneu  d'entre  les  autres. 

§  206.  P.  79, 1. 9  :  gens.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  se  manque 
nostre  avoir. 

P.  79,  1.  12  :  retoura.  -^  Ms.  B  12  :  redonderont.  —  Ms. 
B  20  :  redondra. 

P.  79,  1.  28  :  si.  —  Mss.  A  1,  B  1,  2  :  se.  —  Manque  aux 
mss.  A  7,  B  5,  7,  12. 

P.  79,  1.  31  :  à  —  Leçon  des  mss.  A  7^  B  2.  —  Manque  aux 
mss.  A  1,  B  1. 

P.  79,  1.  31  :  présent.  -^  Le  ms.  B  2  ajoute  :  faire.  —  Le 
ms.  B  20  ajoute  :  certaine. 

P.  80, 1.  5  :  les  amesist  on.  —  Mes.  B  5,  7  :  leur  meTst  on 
sus.  —  Ms.  B  12  :  leur  eust  on  mi^  sur. 

P.  80,  1.  8  :  mauvais.  —  Ms.  A  2  :  guieliers. 

P.  80,  1.  16  :  mauvais.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  garçons  qui 
avoient  prins  livrée  des  Blans  Chaperons. 

P.  80,  1.  17-18  :  à  faire  justice.  —  Ms.  A  2  :  et  aidié,  se 
mestier  en  eust. 

P.  80,  1.  22  :  guerre.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7.  — 
Manque  aux  mss.  A  1,  2,  B  1,  2,  20. 

P.  80,  1.  22  :  gens.  —  Ms.  A  2  :  truans. 

P.  80,  1.  22-24  :  guerre...  maistre.  —  Ms.  B  12  :  de  mes- 
chans  gens  leurs  seigneurs,  ilz  feroient  les  maistres. 

P.  80,  1.  22-23  :  et...  seroient.  —  Manquent  aux  mss. 
Bl,  2. 


ri38f]  VARIANTES  DU  LIVRB  08UX]tlfR,  §  207.  323 

P.  80,  1.  23  :  seroient.  —  Leçon  des  mes.  A  7,  B  5>  7.  — 
Manque  aux  mes.  Al,  2y  B 20. 

P.  80,  1.  23  :  Tille  et.  —  Mss.  B 1,  2  :  maistre,  ce. 

P.  80,  1.  23  :  et.  —  Leçon  des  mss.  A 7,  B5,  7.  —  Afo.  Al  : 
che.  —  Ms.  B  20  :  ce.  —  Ms.  A  2  :  et  avoir  finances  et  porter 
estât,  qu'ilz. 

P.  80, 1.  29-30  :  dont...  demandés.  —  Ms.  B  5  :  dont  il  pen- 
soit  en  riens  n'en  pouoir  estre  ataint.  —  Ms,  B  7  :  dont  on  ne 
hn  peast  riens  demander. 

P.  80, 1.  30  :  morut.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  honteusement. 

P.  81,  L  2  :  boiteox...  devant.  ^  Leçon  du  ms.  B 12.  — 
Manquent  aux  mss.  A 1,  2,  7,  B 1,  2,  5,  7,  20. 

P.  81,  1.  6  :  amis.  —  Ms.  A2  :  accusé.  -^  Mss.  B12,  20  : 
chargié. 

P.  81,  1.  7  :  Simon.  —  Ms.  A  2  :  Jdian  de« 

P.  81,  1.  7  :  Rin.  —  Ms.  B  12  :  Ruy. 

P.  81,  1.  8  :  chevalier.  —  Ms.  A 1  :  chevaliers.' 

P.  81,  1.  10  :  ont.  —  Mss.  B 1,  2  :  en  sont  mort. 

P.  81,  L  14-16  :  sicom...  après.  •'*-  Ms.  B  12  :  comme  il 
sera  plus  à  plain  cy  après  declairé  avant  en  Tistoire.  — Ms.  B20  : 
si  eom  plus  à  plain  sera  ci  après  racompté. 

P.  81,  1. 15  :  en  Tistoire.  —  Manquent  aux  mss»  B  5,  7. 

P.  81,  L  16-16  :  chi  après*  —  AfaJi^iieiir  aux  mss.  B 1,  2i.-— 
Mss.  B  5,  7  :  ensuyvant. 

§  307.  P.  81, 1.  18  :  afoiblissoit.  —  Mss.  B 1,  2  :  n'establis*^ 
soit  nuls. 

P.  81,  1.  24  :  que  il...  Si.  —  Ms.  B  12  r  tpfW  en  morust, 
pour  quoy. 

P.  81,  1.  24  :  Si.  —  Leçon  des  mss.  A7,  B2,  5,  7.  -«  Mss. 
A 1,  B  1  :  Se. 

P.  82,  I.  1  :  sage.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  courtois  et. 

P.  82,  1.  1  :  assés.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  et  comtois  et 
bien  loquent. 

P.  82,  1.  7  :  recorder.  —  Le  ms.  B 12  ajoute  :  par. 

P.  82,  1.  21  :  et  contre  la  rolne.  —  Ms.  A  7  :  et  tenu,  pour 
l'amour  de  qui.  —  Mss.  B  5,  7  :  et  tenu,  par  l'amour  de  laquelle. 

P.  82,  1.  21-22  :  et...  Phelippes.  —  itfir.  B12  :  et  donné 
son  nom. 


324  CHRONIQUES  DE  J.  PROISSART.  [138iJ 

P.  82y  1.  25  :  s'aquinta  de  lui.  —  Mss,  A  7,  B  7  :  s'acquitta 
à  lui.  —  Ms.  B  5  :  s'adroissa  à  luy. 

P.  82,  1.  29  :  ferés.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7,  12  :  fériés. 

P.  82,  1.  30  :  ferai.  ~  Mss,  A  7,  B  5,  7,  12  :  diray. 

P.  82,  1.  31  :  que.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Manque  aux 
mss.  A  1,  7,  B  5,  7,  12,  20. 

P.  83,  1.  3  :  resusite.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  resuscitera. 

P.  83,  1.  10  :  stille.  —  Ms.Hi:  setille. 

P.  83,  1.  18  :  hauster.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  haultain  — 
Ms.  B 12  :  austre. 

P.  83,  1.  18  :  car.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  nngs  homs  et. 

P.  83,  1.  23  :  tenir.  •—  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7,  12.  — 
Manque  au  ms.  A  1. 

P.  83,  1.  23  :  tenir...  ne.  -^  Manquent  aux  mss.  B 1,  2. 

P.  83,  1.  23  :  nient.  —  Mss.  B 1,  2  :  de  vies  d'ommes  non. 

P.  83,  1.  24  :  des  arondiaulx.  —  Mss.  B 12,  20  :  d'oiseleU. 

P.  83,  1.  30  :  au.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12.  —  Ms.  A 1  : 
à.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  ou. 

P.  83,  1.  31  :  Bos.  —  Le  ms.  B  12  ajoute  :  se  leva. 

P.  84,  1.  1  :  sexte.  —  Mss.  B  1,  2  :  sorte. 

P.  84,  1.  3  :  ordonneroit.  —  Ms.  B 12  :  pourroit  maintenir. 

P.  84,  1.  5  :  dedentrainnes.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  et  des 
affaires.  —  Ms.  B 1  :  deventraines.  • —  Ms.  B  2  :  dedens.  — 
Mss.  B 12,  20  :  d'entre  eulx. 

P.  84,  1.  5  :  usoit.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  et  de 
son  conseil. 

P.  84,  1.  6  :  au  dehors.  —  Les  mss.  B 12,  20  ajoutent  :  sur 
les  champs  à  main  armée. 

P.  84,  1.  13  :  bien.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  :  aidables  et. 

P.  84,  1.  19  :  as.  —  Mss.  A7,  B5  :  sus.  —  Mss.  B7,  12  : 
sur. 

P.  84,  1.  28  :  ot.  — -  Leçon  des  mss.  B  i,  2,  5,  7.  —  Manque 
aux  mss.  A 1,  7. 

P.  84,  1.  29  :  les.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  des.  —  Ms.  B 12  : 
par  les. 

P.  84,  1.  30  :  droit.  —  Ms.  B 12  :  droit  ne  en  justice.  — 
Ms.  B  20  :  droit  et  justice. 

P.  85,  1.  2  :  qui.  —  Mss.  A 7,  B5,  7  :  qu'il.  —  Ms.  B 12  : 
comme  il. 


[1381]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  208.  325 

P.  85^  1.  7  :  dou  Dos.  —  Leçon  des  mss.  kl  y  B  5,  ly  12.  — 
Manquent  aux  mss.  A  i,  B 1,  2. 

P.  85,  1.  10  :  ne...  ensonniier.  —  Mss,  A7y  B5y  7  :  nous 
ne  le  devons  mie  ensonnier. 

P.  85, 1. 10  :  de  nous  soi  ensonniier.  —  Ms.  B 12  :  emprendre 
nos  besongnes. 

§  208.  P.  85,  1.  16  :  li.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  5,  7.  — 
Manque  au  ms.  A  1. 

P.  85,  1.  16-17  :  là  li  requesrent.  —  Mss.  B 1,  2  :  le  arai* 
sonnèrent.  —  Ms.  B  20  :  rarrenguèrent. 

P.  85,  1.  21  :  avisset.  —  Ms.  B5  :  esleu.  —  Ms.  B20  :  entre 
tous  autres  choisi. 

P.  85,  1.  23  :  ceoit.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  seoit. 

P.  85,  1.  25-26  :  que  de...  ville.  — Ms.  B5  :  qu'il  luy  pleust 
prendre  en  cure  les  affaires  de  la  ville  de  Gant.  —  Ms.  B  7  : 
de  la  ville. 

P.  85,  1.  28  :  entérinement.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  Bl,  7. 

—  Ms.  A 1  :  et  terimement.  —  Mss.  B  2,  5,  12,  20  :  entière- 
ment. 

P.  85,  1.  29  :  com  grans  qu'il  fuissent.  —  Ms.  A  2  :  de  quel- 
conques estât  qu'ilz  fussent.  —  Ms.  B.5  :  qui  pour  lors 
estoient. 

P.  85,  1.  30  :  ville.  —  Le  ms,  B  ajoute  :  seroyent  contrains. 

P.  85,  1.  31  :  moult.  —  Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  avisée- 
ment  et. 

P.  86,  1.  4  :  Vous.  —  Mss.  B  1,  2,  5  :  Et.  —  Manque  au 
ms.  B7. 

P.  86,  1.  6  :  atrait.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  mais  il  est  vray 
que. 

P.  86,  1.  7  :  peut.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  ne  sceu 
[B  12  ajoute  :  faire]. 

P.  86,  1.  15  :  eslevés.  —  Mss.  B  5,  7  :  esleu. 

P.  86,  1.  17  :  les  maieurs  et  les  eschievins.  —  Ms.  B  12  : 
la  loy. 

P.  86,  1.  18  :  Phelippes.  —  Ms.  A  2  :  Jaquemart. 

P.  86,  1.  20-21  :  à  lui  à  besoingnier.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2. 

—  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  à  besongner  à  lui.  —  Ms.  B  12  :  à  beson- 
gner  avecq  lui.  —  à  lui  manquent  au  ms.  A 1. 


326  CHR0NIQUS8  D8  J.  PA0I88ART.  [1381] 

§  909.  P.  87,  1.  3  :  moulUer.  —  Msê.  A  7,  B 1,  2,  5,  7  : 
femme. 
P.  87^  1.  6  :  actions.  —  M$$,  B 12,  20  :  condicions. 
P.  87,  1.  7  :  pour  le  fait  des.  —  M$b.  B  1,  2  :  les. 
P.  87, 1.  13  :  planées.  —  Mss,  A  7,  B  5,  7  :  déshéritées.  <— 
Mss,  B  1,  2  :  privées.  — Ms,  B  12  :  bannis  [sic).  —  Le  m».  B20 
ajoute  :  et  mises  hors. 

P.  87,  1.  20  :  bon.  —  Mes.  B 1,  2  :  roi  et  prince. 

P.  87,  1.  22  :  Galise.  —  Les  mss.  A  2,  B  20  ajoutent  : 
€astille. 

P.  87,  1.  22-23  :  couronnet.  —  Mss.  B 1,  2  :  à  gouverner. 

P.  87, 1.  26  :  géniteurs.  —  Mss.  B 12,  20  :  routiers. 

P.  87,  1.  32  :  Berguettes.  —  Ms.  B  12  :  Bergerettes. 

P.  87,  1.  32  :  Lingnac.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B 1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ms.  A 1  :  Luicinac.  —  Ms.  A  2  :  Neilhac. 

P.  88,  1.  1  :  le  signeur  de  Taride.  —  Manquent  aux 
mss.  B5,  7. 

P.  88,  1.  12  :  grant  treteur.  —  Mss.  B 12,  20  :  qui  parloit 
trop  bien. 

P.  88,  1.  13  :  Frenando.  —  Mss.  A  2,  7  :  Ferrando.  ^ 
Mss.  B 1,  2  :  Frenande.  —  Mss.  B  5,  7  :  Ferrand. 

P.  88,  1.  13  :  entente.  —  Leçon  des  mss.  îlIj  B  1,  9,  6.  — 
Ms.  A  1  :  ente.  —  Mss.  B  12,  20  :  intencion. 

P.  88,  1. 15  :  Engletière.  —  Les  mss.  B 1,  2  ajoutent  :  devers 
le  roy.  -^  Les  mss.  B 12,  20  ajoutent  :  et  les  présenterez  de 
par  moy  au  roy  Richart  [B  20  :  Edouard]. 

P.  88,  1.  17  :  lettres.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  qui 
portent  créance. 

P.  88, 1.  19  :  fac.  —  Mss.  kly  B5,  7  :  est  ja. 

P.  88,  1.  19-20  :  ouverte.  —  Manque  aux  mss.  B 1,  2. 

P.  88,  1.  28  :  bonne.  —  Mss.  B 1,  2  :  si  bonne. 
*  P.  88,  1.  29  :  nostre.  —  Mss.  B 1,  2  :  vostre. 

P.  88,  1.  29  :  tant.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B 5,  7.  -^Manque 
aux  mss.  A  1,  B  1,  2,  12,  20. 

P.  88,  1.  31  :  plaisir.  —  Les  mss.  B  12,  20  ajoutent  :  Dieu 
devant. 

P.  89,  1.  3  :  Pleumoude.  —  Mss.  B  5,  7  :  Pelerimoude. 

P.  89,  1.  7  et  ailleurs  :  Englès.  —  Ms.  A  1  :  Englescq. 

P.  89,  1.  10  :  mauvais  vent.  —  Mss.  B 1,  2  :  vent  contraire. 


[1381]  VÀRIÀNTIB  DU  LIYRB  DEUXIÈMB,  §  211.  327 

P.  89, 1.  10  :  arivet.  —  Mss.  A  7,  B  7  :  arriTa.  —  Mss.  B  1, 
2,  5,  12,  20  :  arrivèrent. 

P.  89, 1.  16-17  :  ii...  estoit.  —  Mb.  A2  :  ik  trouvèrent  le  roi 
d'Engl. 

I  210.  P.  89,  1.  19  :  li  Londriien.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  cenlx 
de  la  cité. 
P.  89, 1.  20  :  si  doi.  —  Mss.  B  1,  2  :  ses  trois. 
P.  89,  1.  24  :  frères.  —  Ms,  B  5  :  oncles. 
P.  89, 1.  30  :  demandés.  —  Le  ms.  B  2  ajoute  :  enquis. 
P.  90,  1.  1  :  estoit.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7,  12. 

—  Ms.  A  1  :  est. 

P.  90, 1.  10  :  paroUe.  —  Mss.  A  2,  7,  B 1, 2, 5,  7,  12  :  parlé. 

—  Le  ms.  A  2  ajoute  :  de  ceste  matière. 

P.  90,  1.  11  :  estraingnes.  —  Ms.  Bl  :  estrangiers.  — 
Ms.  B  2  :  estranger.  —  Mss.  B  12,  20  :  portingalois. 

P.  90,  1.  13  :  dalés  le.  —  Af«.  B  20  :  à  la  table  du. 

P.  90,  1.  14  :  quinse.  —  Ms.  A  2  :  xviu. 

P.  90,  1.  22  :  frescement.  —  Mss.  B  1,  2  :  nouvellement. 

P.  90,  1.  24  :  juing.  —  Mss.  B  1,  2  :  Tan. 

P.  90,  1.  27-29  :  et  estoient...  lui.  —  Ms.  B  12  :  car  le  duc 
de  Lancastre  ne  pouoit  aller  en  Portingal,  car  c*estoit  ung  trop 
loing  voyage  pour  lui,  comme  ilz  disoient. 

P.  90,  1.  29-30  :  on...  repentir.  —  Ms.  B  20  :  qu'on  en  pour- 
roit  venir  tart  au  repentir. 

P.  91,  1.  4  :  hauls.  —  Ms.  B  20  :  autres. 

P.  91, 1.  7  :  otant  d'archiers.  —  Ms.  A  2  :  mil  archiers. 

P.  91,  1.  12  :  sour.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  5,  7,  12.  — 
Ms.  A  1  :  soulz.  —  Ms.  A  7  :  soubz. 

P.  91,  1.  14-15  :  besongnoit  à.  —  Ms.  A  2  :  ressongna  le 
voiage  de  Portugal  pour. 

P.  91, 1. 17  :  Tassem.  —  Mss.  A  2,  B  20  :  Gassem.  —  Mss.  A  7, 
B  5  :  Tasson.  —  Ms.  B  7  :  Casson.  —  Ms.  B  12  :  Sasses. 

P.  91,  1.  17  :  Ravane. —  Le  ms.  A  2  aj'oute  :  et  le  seigneur 
de  Beauchamp  et  mons.  Symon  Burlé. 

P.  91,  1.  21  :  11  evesques  de  Saint  David.  —  Ms.  B  12  :  l'ar- 
che vesque  de  Cantebery. 

§  211.  P.  92,  1.  6  :  hostés.  —  Mss.  A2,  7,  B5,  ^  :  gens  de 
son  hostel. 


328  CHRONIQUES  DE  J.  FR018SART.  [!381] 

P.  92,  1.  9  :  regars.  —  Ms.  B  20  :  régent. 
P.  92,  1.  9-10  :  regars...  et.  —  Mb9.  B  5,  7  :  gouyemenr. 
P.  92, 1.  17  :  Pleumoude.  —  Manque  aux  mss.  A  7,  B  5,  7. 
P.  92,  1.  23-24  :  li  canonnes.  —  Ms.  B  20  :  Julien. 
P.  92, 1.  24  :  Raimons.  —  Leçon  clés  mss.  B 1,  2.  —  Mss.  A  2, 
7,  B  5,  7,  12  :  Jehans. 
P.  92,  1.  24-25  :  messires...  Noef.  —  Manquent  au  ms.  B  20. 
P.  92,  1.  26-27  :  le  soudich...  Thaleboz.  —  Manquent  au 
ms.  B  20. 

P.  92,  1.  27  :  Thaleboz.  —  ilfs.  A  2  :  Taillebourc.  —  Mss.  B  5, 
7  :  Gabbor. 

P.  92, 1.  29  :  Sandevich.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Mss.  A 1, 
2,  7,  B  5,  7,  12,  20  :  Chaudevic. 

P.  92,  1.  31  :  Pleumoude.  —  Mss.  B  5,  7  :  Pleumon. 
P.  93,  1.  1  :  cargier.  —  Mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7  :  chargièrent. 
P.  93,  1.  5  :  Frenando.  —  Ms.  A  1  :  Frenaube.  —  Ms.  A  7  : 
Ferrando  ;  voy.  plus  haut,  p.  88,  1.  13. 
P.  93,  1.  18  et  plus  bas  :  Bervich.  —  Lisez  :  Beruich. 
P.  93,  1.  20  :  le  Mare.  —  Mss.  B  1,  2,  12  :  la  Marche. 
P.  94,  1.  7  :  Tuide.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Mss.  A  1, 
7,  B  5,  7  :  Ruide.  —  iJfs.  A  2  :  rivière  de  Thui. 

P.  94,  1.  10  :  Morlane.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Mss.  Al, 
2,  7,  B  5,  7,  20  :  Mourbane. 

P.  94,  1.  10  :  trois.  —  Ms.  B  12  :  quatre. 
P.  94,  1.  19-20  :  en  si.  —  Ms.  A  1  :  enssi. 
P.  94,  1.  22  :  gratoit  et  vivoit.  —  Ms.  A  7  :  lors  estoit  et. 
—  Mss.  B  5,  7  :  estoit  lors  et.  —  Ms.  B  12  :  se  sentoit. 
P.  94,  1.  24  :  Jaque.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  vilains. 

§  212.  P.  94,  1.  27  :  cose  et.  —  Mss.  B 1,  2  :  aventure  et 
chose. 

P.  94,  1.  27-28  :  cose  et...  fondacion.  —  Ms.  B  12  :  besoigne 
de  petite  conduite.  —  Ms.  B  20  :  cose  et  de  petite  conduitte  et 
fondacion. 

P.  94,  1.  30  :  bonnes  gens.  —  Ms.  A  2  :  gens  qui  veulent 
tout  bien  et  tout  honneur. 

P.  95,  1.  8  :  oevres.  —  Mss.  A  2,  B  1,  2,  20  :  corvées.  — 
Mss.  A  7,  B  5,  7  :  choses.  —  Ms.  B  12  :  courroées. 

P.  95, 1. 13  et  plus  loin  :  d'Exsexs.  ^  Mss.  B 1,  2  :  d*Exestre. 


[1381]  VARIANTES  DU  LIVRE  DEUXIÈME,  §  213.  329 

P.  95,  1.  13  :  Beteforde.  —  Leçon  du  ms.  B 1.  —  Mm.  A  i, 
2,  7,  B  5,  7,  20  :  Betefoude. 

P.  95,  1.  22  :  engle.  —  Ms,  A 1  :  engles. 

P.  95,  1.  28  :  esrederiefi.  —  Ms,  A  2  :  erreurs  et  folies.  — 
Mss.  A.1,  B  5,  7  :  machinacions.  —  Mss,  B 12,  20  :  mauvais- 
tiés  et  enfermetez. 

P.  95,  1.  30  :  Balle.  —  Jlfs.  B  5  :  Baille. 

P.  96,  1.  3  :  Taitre.  —  Leçon  du  nu.  B  1.  —  Ma,  A 1  :  lettre. 

—  Ms.  A  7  :  Testre.  —  Ms.  B  2  :  la  place.  —  Mas.  B  5,  7  : 
Faitre  ou  cimetière.  —  Ms.  B 12  :  cimetière. 

P.  96,  1.  15  :  camocas.  —  Ms,  B20  :  d'autres  fins  draps. 
P.  96,  1.  17  :  espisses.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  les  poucins. 
P.  96,  1.  18  :  le  retrait  et.  —  Ms.  A  2  :  et  tout  le  gros  de. 

—  Ms.  B  2  :  et  le  son. 

P.  96,  1.  18  :  et.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  —  Manque  au 
ms.  Al. 

P.  96,  1.  19  :  buvons.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7. 

—  Ms.  A  1  :  buvez. 

P.  96,  1.  23  :  batu.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  comme  asnes  à  oont. 

P.  96,  1.  24  :  si.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  5.  —  Ms.  A 1  :  se. 

P.  96,  1.  28  :  pourverrons.  —  Ms.  A 1  :  pourveurons. 

P.  96,  1.  31  :  orra.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  1,  2,  5,  7.  — 
Ms.  A  1  :  ara.  —  Ms.  B  20  :  avra. 

P.  97,  1.  3  :  l'ooient.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  et  escoutoient 
voulentiers. 

P.  97,  1.  7  :  si.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B5,  7,  12.  — 
Ms.  A  1  :  se. 

P.  97,  1.  10  :  mois.  —  Ms.  A  2  :  ans. 

P.  97,  1.  12-13  :  à...  faissoit.  —  Ms.  A  2  :  à  mourir  en  prison. 

P.  97,  1.  13  :  delivroit.  —  Ms.  A  7  :  vouloit  délivrer.  — 
Mss.  B  5,  7  :  faisoit  délivrer. 

P.  97,  1.  16  :  russe.  —  Ms.  A  2  :  ruse  et  sermon. — Ms.  B 12  : 
irenaisie. 

P.  97,  1.  17-18  :  aviset.  —  Ms.  B  1  :  acusez.  —  Ms.  B  2  : 
abuvrez. 

P.  97,  1.  29  :  en.  —  Mss.  B  5,  7  :  ou  royaume  de. 

§  218.  P.  97,  1.  31  à  p.  98,  1.  1  :  de  Kemt...  d'environ.  — 
Ms.  A  2  :  de  Betephoude  et  de  Douzières. 


330  CHRONIQUES  DI  J.  PR01S8ART.  [1381] 

P.  98,  1.  2-3  :  et  se...  Londres.  —  Leçom  des  m$s.  B 1,  2, 
12,  20.  —  Manquent  aux  mss.  A 1,  2»  7,  B  6,  7. 

P.  98,  1.  3  :  au  retour.  —  Ms,  B 12  :  entour. 

P.  98y  1.  6  :  troi.  —  Mss.  A2,  B20  :  (piatre. 

P.  98,  1.  9  :  gars.  —  Ms.  A2  :  Tillain. 

P.  98,  1.  10  :  envenimés.  —  Mss.  A  7,  B  5>  7  :  ennemis.  — 
Mss.  B 12,  20  :  plain  de  Tennemi. 

P.  98,  1.  16  :  eurent.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B 1,  2,  5,  7, 
12.  —  Ms,  A 1  :  l'eurent. 

P.  98,  1.  17  :  il  dissent.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2,  5,  7.  — 
Manquent  aux  mss.  Al,  7.  —  Ms.  A  2  :  il  s'aTisièrent.  — 
Mss.  B 12,  20  :  ilz  conclurent. 

P.  98,  1.  20  :  par  fous.  —  Leçon  du  ms.  B 1.  —  Ms,  A 1  : 
par  fons.  —  Ms.  A  2  :  ces  meschans  gens.  —  Ms.  B  2  :  par  feux. 

P.  98,  1.  20  :  fous  d'un  village.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  les 
portes  par  Tune.  —  Mss.  B  12,  20  :  assemblées  de  villaiges. 

P.  98,  1.  20  :  ou.  —  Mss.  B  5,  7  :  et  par  l'autre. 

P.  98,  1.  21  :  ou.  —  Mss.  B  5,  7  :  par  l'autre. 

P.  98,  1.  23  :  troi.  —  Mss.  B  1,  2  :  deux. 

P.  98,  1.  28  :  villain.  —  Ms.  A  2  :  archivillains  tuffaulx. 

P.  98,  1.  29  :  cent  lieues. —  Les  mss.  A7,  B5,  7  ajoutent  : 
de  cinquante  lieues. 

P.  98,  1.  29  :  de  soissante  lieues.  —  Manquent  aux  mu. 
B5,  7. 

P.  98,  1.  31  :  plenté.  -—  Mss.  B  1,  2  :  partie. 

P.  99,  1.  3  :  révéler.  —  Ms.  B  20  :  eslever  et  rebeller.  — 
Les  mss.  B  1,  2  ajoutent  :  et  eslever. 

P.  99,  1.  7  :  meschans.  —  Mss.  B 12,  20  :  povres. 

P.  99,  1.  14  :  aucune.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  5,  7.  — 
Mss.  A 1,  2  :  ennemies.  —  Ms.  A  7  :  annemie.  —  Mss,  B 12, 
20  :  hayne  couverte  ou  autrement. 

P.  99,  1.  17  :  s'osa  anuitier.  —  Ms.  B 12  :  lui  firent  mal, 
mais  elle  ne  se  osa  arrester  ne  anuytir. 

P.  99,  1.  17  :  anuitier.  —  Mss.  B  5,  7  :  séjourner. 

P.  99,  1.  23  :  gens.  —  Ms.  A  2  :  meschans  gens. 

P.  99,  1.  23  :  reveloient.  —  Mss.  B  6,  7  :  eslevoyent. 

P.  99,  1.  31  :  esclarcirai.  —  Ms.  B  5  :  declareray.  —  Ms.  B  7  : 
esclareray. 

P.  99,  1.  31-32  :  che  fait...  démenés.  —  Ms.  B 12  :  ceste 


[i38i]  VARIÀimS  DU  LIVBB  DBUZltMB,  §  214.  331 

chose  et  manldite  besoingne  de  point  en  points  ainsi  qu'elle 
advint  et  qu'elle  fut  démenée.  —  Ma.  B  20  :  caste  mauvaise 
besoingne,  tout  ainsi  qu'elle  fîit  démenée. 

§  214.  P.  100^  1.  i-2  :  sepmainne...  Sacrement.  —  Ms.  B  20  : 
sepmainne  du  Sacrement  devant  le  jour  à  bonne  estrine. 

P.  iOOy  1.  3  :  gens.  —  Ms.  A  2  :  meschans  g.  —  Afe.  B  20  : 
povres  g. 

P.  100,  1.  9-10  :  Wautre...  entrèrent.  -^ Ms.  B  2  :  Et  lorsque 
Wautre  Strate  Tuilier  et  Jaques  Strau  entrèrent. 

P.  lOOy  1.  12  :  sexte.  —  Mss,  Â  7,  B  5,  7  :  sorte. 

P.  100,  1.  14  :  compaignons.  —  Ms.  B  5,  7  :  capitaines. 

P.  100,  1.  14  :  oultre  le  Tamisse.  —  Manquent  aux  mss. 
B  1,  2. 

P.  100,  1.  15  :  de  Stafort.  —  Mss.  B  5,  7  :  d'EsUnfort. 

P.  100,  1.  18  :  escaper.  —  Mss.  A7,  B5  :  estouper  le  pas. 
—  Ms,  B  7  :  estouper  le  chemin. 

P.  100,  1.  23  :  fustèrent.  —  Ms.  B 12  :  frustrèrent. 

P.  100,  1.  24  :  hors»  —  Ms.  A2  :  ses  biens  meubles.  — 
Ms.  B  20  :  les  biens. 

P.  100,  1.  30  :  l'endemain.  —  Leçon  du  ms.  B  12.  —  Mss.  A 1, 
7,  Bl  :  le  lundi.  —  Mss.  A2,  B20  :  le  mardi. ^  Mss.  B 2,  5, 
7  :  ce  lundi. 

P.  101,  1.  1  :  fondefloient.  —  Ms.  A  2  :  confundoient.  — 
Ms.  A  7  :  fondoient.  —  Ms.  B 1  :  fondeflioient. 

P.  101,  1.  1-2  :  fondefloient  et  abatoient.  —  Ms.  B  2  :  demo- 
lissoient,  abatoient  et  ruoient.  —  Mss.  B  5,  7  :  abatoient  et 
fondroyoyent.  —  Mss.  B 12,  20  :  abatoient  et  craventoient. 

P.  101,  1.  4  :  merci.  —  Ms.B2:  pitié. 

P.  101,  1.  9  :  Meuton.  —  Mss.  B 1,  2,  12,  20  :  Menton.  — 
Mss.  A7,  B5,  7  :  Mouton. 

P.  101,  1.  9  :  Si.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  2,  5.  —  Mss.  A 1, 
B 1  :  Se.  —  Mss.  B 12,  20  :  Et. 

P.  101,  1.  9  :  Si  li.  ^  ilfo.  B  7  :  Ceulx. 

P.  101,  1.  18  :  obeT.  —  Ms.  B 12  :  s'acorda. 

P.  101,  1.  21  :  Sousexses.  -^  Ms.  A 1  :  Sousexsexes. 

P.  101,  1.  22  :  Norduich.  —  Leçon  des  mss.  B  1,  2.  — 
3f^.  A2  :  Warwich.  —  Mss.  A  1,  B6,  7,  12,  20  :  Verduich. 

P.  101,  1.  23  :  Gememue.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  — 


332  CHRONIQUES  BK  J.  FROiSSART.  [138tJ 

Ms.  A 1  :  Genoume.  —  Mss.  A?,  B5y  7  :  Genomme.  —  Ms. 
B 12  :  Germine. 

P.  101,  1.  23  :  Line.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Mss.  A 1, 

7,  B  5,  7  :  Lime. 

P.  lOly  1.  25  :  Morlais.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Mss.  A 1, 
7 y  B  5,  7,  12  :  Moylais. 

P.  101,  1.  26  :  Estienne.  —  Leçon  des  mss.  B 12,  20.  — 
Mss.  A 1,  2,  9,  B 1,  2,  5,  7  :  Thomas. 

P.  101, 1.  26-27  :  Cosington.  —  Leçon  de  Johnes.  —  Mss.  A 1, 
2,  7,  9,  B  1,  2,  5,  7,  12,  20  :  Ghisinghem. 

P.  102^  1.  2  :  le...  faire.  —  Ms.  B2  :  se  rebellèrent  contre 
le  roy  de  France  et  firent. 

P.  102,  1.  3  :  de.  —  Le  ms.  B  5  ajoute  :  dix,  voire  plus  de. 

P.  102,  1.  5-6  :  Engletière.  —  Les  mss.  B  5,  7  ajoutent  : 
et  des  marches  dessus  dites. 

« 
\  §  215.  P.  102,  1.  11  :  mansions.  —  Mss.  B  1,  2,  12  : 
manoirs.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  maisons. 

P.  102,  1.  12  :  procureurs.  —  Le  ms.  A  2  ajoute  :  du  roy  et 
de  Tarcevesque. 

P.  102,  1.  13  :  testes.  -—  Ms.  B  20  :  hatereaulx. 

P.  102,  1.  26  :  sour.  —  Le  ms.  B  20  ajoute  :  la  Tamise  et  sur. 

P.  102,  1.  28-29  :  devers...  venist.  —  Mss.  B5,  7  :  an  roi 
et  dire. 

P.  102,  1.  31  :  une.  —  Leçon  des  mss.  B 1,  2.  —  Ms.  A 1  : 
un.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  par. 

P.  103,  1.  2  :  menu.  —  Ms.  A  7  :  commun.  —  Mss.  B  5,  7  : 
commun  et  menu. 

P.  103,  1.  15  :  messire  Thumas.  —  Manque  aux  mss.  A  7, 
B5,  7,  12. 

P.  103,  1.  20  :  Senselles.  —  Ms.  B  5  :  Faucelles.  —  Ms.  B  7  : 
Sautelles. 

P.  103,  1.  27-28  :  faire...  avant.  —  Ms.  A 2  :  faire  maugré 
moy  et  par  force,  car,  chier  sire,  ces  villains  m*ont  mis  si 
avant  que  je  suis. 

P.  103,  1.  29  :  dont.  —  Ms.  B 12  :  pour  quoi  estes  vous 
venus,  et  de  ce  que. 

P.  104,  1.  2  :  que.  —  Ms.  B  1  :  plus  que. 

P.  104,  1.   10  :  devers.  — •  Leçon  des  mss.  B  1,  2,  12.  — 


[1381]  VARIANTB8  DU  LIVRE  DKUXIÈMB,  g  217.  333 

Mb,  a  1  :  vous.  —  Msa.  kl  y  B  5,  ly  20  :  vers.  —  Les  nus.  B 1, 
2  ajoutent  :  et  parlé  proprement  à  tous. 

P.  104,  1.  14-15  :  quel...  ceste.  —  Ms,  B20  :  qu'il  estoit  de 
faire  pour  le  mieulx  sur  celle. 

P.  104,  1.  16  :  le  matin  le  joedi.  —  Ms,  B 12  :  Tendemain 
au  matin  qui  estoit  le  lundy. 

P.  104,  1.  20  :  batiel.  —  Mss.  A  7,  B  5,  7  :  vaissel. 

P.  104,  1.  24  :  rois.  —  Mss.  B 1,  2  :  personnellement  sans 
nulle  faulte. 

P.  104, 1.  29  :  et  c'estoit  raisons.  —  Mss.  B  1,  2  :  et  se  les 
enfelenioit  trop.  —  Mss,  B  5,  7  :  par  raison.  -^  Manquent  aux 
mss.  B 12,  20. 

§  216.  P.  105,  1.  1  :  Norhantonne.  ^  Mss.  A  7,  B  5,  7  : 
Northombrelande. 

P.  105,  1.  18  :  Miauros.  —  Leçon  des  mss,  Bl,  2.  — 
Mss,  Al,  B5,  7  :  Miaurés.  —  Ms.  A7  :  Maures.  —Ms.  B20: 
Miaurez. 

P.  105,  1.  20  :  car  bien  savoit.  —  Mss.  B 1,  2  :  si  se  dissi- 
muloit  ce  qu'il  pooit,  car  dur  lui  estoit  à  entrer  en  traîctié 
à  le  deshonneur  dou  roy  ne  dou  royaulme  d'Engleterre,  et  ot 
pluseurs  ymaginacions  sur  ce,  car  bien  sentoit. 

P.  105,  1.  22  :  si.  —  Leçon  des  mss.  B  5,  7.  —  Mss.  A 1,  7, 
B 1,  2,  12,  20  :  se. 

P.  105, 1.  24  :  de.  —  Leçon  des  mss.  A  7,  B  2,  5,  7,  12.  — 
Man